Le jeune homme portant un manteau violacé semblable à celui de sa mère crispa les mains alors que son pouvoir s'écoulait en un flot trop rapide.

_ C'est ça, contrôle le flux, Fan… Doucement… C'est mieux.

_ Ouvrir un portail est si complexe, mère…

_ Oui, je sais. Léo ton verdict ?

_ Il a la force suffisante pour contrôler l'énergie que provoque l'ouverture du portail. Pourquoi tu m'as fait venir, au fait ? Tu as largement assez de puissance pour contrôler une éventuelle implosion du portail.

_ Prudence est mère de sûreté !

Daraen sourit malicieusement à son ami, gardant un œil sur son fils. De l'autre côté de la salle, elle voyait Chrom observer avec fierté les progrès de leur Linfan.

Soudain, les choses basculèrent. Une brusque explosion de magie perturba la création du portail qui s'ouvrit d'un coup.

_ LEO ! BOUCLIERS !

Daraen bondit devant son fils tentant de contrôler le pouvoir monstrueux qui se dégageait du vortex devenu incontrôlable. A l'intérieur, un monde qui lui était inconnu tourbillonnait follement.

La jeune femme se sentit violement tirée en avant, vers ce monde. Comme si elle devait y aller.

C'était la seule solution pour refermer le portail. S'il avalait quelque chose, ou quelqu'un, il n'aurait plus de raison d'être. Les boucliers de Léo tiendrait bon, même quand le portail se refermerait. Elle lui faisait confiance pour protéger son royaume en son absence.

Le regard de la redoutable stratège croisa celui, terrifié, de Chrom. Elle lui sourit joyeusement pour le rassurer.

_ Je reviens bientôt mon chéri !

La jeune femme se laissa engloutir par le vortex débridé avec la sensation qu'une nouvelle histoire particulièrement amusante l'attendait dans ce monde inconnu.

Elle espérait juste que ce ne serait pas trop long, elle détestait être séparée de son mari !

Léo bloqua l'explosion de magie que provoqua la fermeture du portail et tourna la tête vers Chrom.

_ Pardon de parler comme ça de ta femme, mais cette cinglée va finir par tous nous tuer ! Enfin… Je ne lui donne pas 10 minutes pour revenir.

_ Plus si elle trouve une histoire d'amour taboue, tordue et impossible.

_ Alors là… Elle n'est pas là de rentrer !

_oOo_

Vengerberg…

Daraen observa la place du marché bourdonnante de vie où elle venait d'atterrir. Les passants la regardaient comme si elle venait de surgir de nulle part, dans son manteau violacé aux motifs en forme d'yeux bien loin des sombres vêtements locaux.

Le fait étant que c'était ce qu'il venait de se passer.

Daraen haussa les épaules et tourna les talons, ses bottes de cuir claquant sur les dalles de pierres.

_ Ces magiciens… Il faut toujours qu'ils se fassent remarquer !

La stratège rajusta sa capuche sur sa tête, laissant ses deux fines et longues tresses d'un turquoise si sombre qu'il en paraissait noir revenir sur ses épaules.

Une chevelure blanche comme le lait attira son regard. Une impressionnante épée était accrochée par des baudriers à son large dos. L'homme était intimidant, avec son visage dur sans âge et marqué de plusieurs cicatrices plus ou moins anciennes.

Une femme aux boucles brunes et soyeuses se tenait à son bras puissant, lui parlant d'une jeune fille que le couple semblait considérer comme leur enfant.

Ils passèrent devant la stratège qui eut brusquement l'impression de suffoquer lorsqu'une odeur de groseille à maquereau lui assaillit les narines.

_ Qu'elle horreur ! Quand on se parfume avec une infection pareille, on reste chez soi !

L'homme aux cheveux blanc retenus par un bandeau se tourna vivement vers la stratège, tirant son épée dans le mouvement et menaçant de sa pointe la jeune femme.

Le sourire qu'elle lui adressa le fit frémir, lui qui avait combattu les pires monstres de la Création. Et pas uniquement les créatures non humaines. Les monstres se terraient chez toutes les espèces vivantes.

Et devant lui, il sentit que c'était un danger comme il n'en avait jamais connu. Devant son rictus, il comprit que sa trop grande réactivité à sortir son épée était une erreur.

Mais c'était plus fort que lui. La jeune femme avait insulté sa compagne, et une force impérieuse le poussait à la défendre.

_ Geralt, fais attention, elle est douée de magie… je crois.

_ Yen…

_ Elle pue, mais elle est raisonnable.

L'épée siffla mais se retrouva bloquée par la fine rapière dorée de Daraen.

_ Tsss… Grossière erreur, Geralt. J'ai déjà tué pour moins que ça.

Geralt parut étonné de son propre geste. Il sentait que ce petit brin de femme était plus dangereuse que quiconque, et pourtant il l'attaquait.

_ Néanmoins, je vais faire preuve de… magnanimité. Ce n'est pas ta vie que je prendrais, mais celle de la personne la plus chère à ton cœur.

Daraen glissa son regard vers Yennefer, sondant en même temps l'esprit de l'homme, un Sorceleur, un chasseur de monstres qui avait beaucoup d'horreurs dans ses souvenirs. Pourtant, ce ne fut pas à sa compagne brune qu'il pensa fugacement quand elle menaça la vie de la personne qu'il aimait le plus. Un autre visage était apparut, si rapidement qu'elle n'était pas sûre d'avoir bien vu.

_ Ça empeste la magie d'envoutement à plein nez.

Daraen disparut brusquement, laissant Geralt et Yennefer sous le choc. Personne ne pouvait se téléporter aussi rapidement, sans même laisser la trace d'une empreinte de magie.

Elle avait trouvé son histoire tordue à remettre dans le bon sens. L'envie de s'amuser était trop forte pour qu'elle laisse l'occasion filer !

_ C'est vrai, mon chéri, tu as raison… Je suis vraiment capricieuse !

_oOo_

Daraen traversa la ville avant de s'arrêter dans une auberge, le soir tombant.

La stratège s'assit tranquillement dans un coin de la taverne et riva ses yeux noisette sur un barde jouant une ballade sur un magnifique luth. Sa voix elle-même avait quelque chose d'envoutant. Mais la ballade qu'il chantait avait quelque chose de triste, comme si l'amour impossible du personnage de la chanson était sa propre histoire.

_ Tiens ? Je l'ai trouvé plus vite que prévu…

La stratège se concentra sur les paroles, tranchant radicalement avec la mélodie enjouée que le barde aux cheveux oscillant entre le brun à reflet roux et le blond jouait sur son luth.

''Toi mon cher amour,

Toi qui valse au bras d'une autre que moi,

Pourras-tu me voir malgré ses magnifiques atours ?

Puis-je un jour espérer n'appartenir qu'à toi ?''

Daraen plissa les yeux.

''Cher amour aux cheveux de lune,

Je sais que nos âmes ne pourront jamais n'être qu'une...

Malgré tout je continue d'espérer,

Et prie pour me tenir un jour à tes côtés.''

Elle se mêla aux applaudissements à la fin du dernier couplet et attrapa une bouteille d'eau de vie sur le plateau d'une serveuse passant à sa portée.

Le barde s'éclipsa après avoir salué son auditoire, prodiguant moult sourires enjôleurs à l'adresse de la gent féminine.

La taverne s'anima et personne ne remarqua la silhouette encapuchonnée suivant le barde à l'étage où se trouvaient les chambres.

_oOo_

Jaskier ferma sa porte sans la verrouiller et posa avec précaution son luth sur une chaise. Il accrocha son petit chapeau orné d'une longue plume d'aigrette sur le dossier et s'allongea sur le lit, les bras croisés derrière sa tête. Bientôt, la tenancière de l'établissement devrait lui envoyer ses deux plus jolies filles.

Il n'aurait plus qu'à choisir ! Ou pas… les deux pourrait très bien faire l'affaire.

Mais un vague malaise l'envahit, comme à chaque fois. Comme une impression que ce n'était pas ce qu'il fallait faire.

Il ferma les yeux et l'image fugace d'un éclair blanc comme le lait traversa son esprit.

La porte s'ouvrit et le barde se redressa, tout sourire.

_ Oh ? Une seule ? J'ai pourtant cru comprendre que deux jolies demoiselles me tiendraient compagnie. Pourquoi gardes-tu ton manteau ?

La capuche de la nouvelle arrivée tomba et Jaskier ressentit un frisson lui traverser le dos. Son sourire en coin l'effrayait presque autant que l'éclat amusé brillant dans ses yeux noisette.

_ Je lui ai promit de lui faire payer l'affront qu'il m'a fait… J'ai juré de lui prendre la personne la plus chère à son cœur… Etrange que ce soit à toi qu'il ait pensé alors que cette femme était pendue à son bras… Et si nous lui envoyions un message ?

Jaskier bondit de son lit mais la jeune femme fut plus rapide, les pans de son manteau violacé claquèrent quand elle se jeta sur lui.

_oOo_

Geralt sentit son médaillon vibrer contre sa poitrine. L'instant d'après une brèche déchirait l'air devant lui et quelque chose de mou en jaillit avant qu'elle ne se referme. Une voix résonna, menaçante et vengeresse.

''Je te l'ai dit, la personne la plus chère à ton cœur…''

Le Sorceleur ramassa l'objet qui venait de lui arriver et sentit ses mains trembler.

Un petit chapeau bien connu, orné d'une plume d'aigrette. Dégoulinant de sang.

Yennefer entra dans la chambre, attirée par la magie, et observa l'homme aux cheveux blanc avec un regard courroucé.

_ Ne cède pas à son chantage. Je suis en sécurité, et Ciri également. Ce barde n'est rien, elle cherche à t'attirer loin de moi. C'est évident ! C'est à moi que tu es Destiné ! Elle ne peut pas m'atteindre temps que tu es là, et Ciri est trop puissante et intelligente ; alors elle s'attaque à ton ami si faible.

Geralt aurait put se laisser convaincre. Presque.

Parce que quoi qu'il arrive, quoi que Yennefer lui dise, une force inconnue le poussait à aller sauver Jaskier. Comme si sa propre vie en dépendait. Il voulait aller vers lui comme le barde venait vers lui quand il en avait le plus besoin.

Comme lorsque, malgré sa peur, Jaskier l'avait retrouvé à Brokilone et l'avait suivit à travers le monde, et comme tant d'autre fois encore.

Il repoussa Yennefer et s'empara de son épée avant de partir d'un pas rapide.

_oOo_

Daraen s'amusa avec un éclair, le faisant circuler entre ses doigts.

_ Pourquoi m'avoir enlevé ?

_ Parce que ça me semble la solution la plus rapide. J'ai envie de rentrer chez moi, alors je n'ai pas le temps de m'attarder en profondeur. D'autant plus que j'ai l'impression… Ce parfum m'a fait de l'effet. Sans mes protections magiques… Elle n'aurait pas osé commettre un tel crime ?

Jaskier regarda la jeune femme, sans comprendre. Elle semblait attendre quelque chose. Ou quelqu'un.

_ Si cette sorcière qui empeste débarque aussi… Nous verrons bien.

_ Ma Dame, où sommes-nous ?

_ Pas loin de l'endroit où je t'ai enlevé. Et j'ai laissé plusieurs indices pour mener ce Sorceleur jusque toi. A l'heure qu'il est, il doit mourir de peur, avec ton chapeau sanglant… Si la panique fait son effet, il ne se rendra pas compte que c'est du simple sang de cochon…

Jaskier réalisa que la jeune femme parlait seule en commençant à s'impatienter. Le barde regarda par la fenêtre en soupirant.

_ Je ne sais pas ce que vous imaginez, mais si vous espérez avoir une rançon contre ma libération, vous avez tord. Je… Personne ne voudras payer pour me sauver, je ne suis pas stupide au point de croire que je suis vraiment important pour qui que ce soit.

Daraen sourit de son air le plus fourbe. Si ses amis avaient été là, ils auraient immédiatement sut ce que signifiait un tel sourire.

Tout ce passait comme elle l'avait prévu. Encore une fois.

La jeune femme se leva de la caisse sur laquelle elle s'était assise, elle avait toujours adoré se percher sur les caisses, et s'approcha de la fenêtre devant laquelle se tenait Jaskier.

_ Je serais vous, je reculerais un peu. Un Sorceleur particulièrement remonté, poursuivit par une sorcière en furie, arrive à grand pas ! Que ça va être amusant !

D'un geste de la main, la stratège repoussa en arrière le barde juste au moment où la fenêtre volait en éclats.

_ Enfin ! J'ai faillit attendre !

_ Que lui as-tu fais !?

Daraen observa l'homme aux cheveux blanc comme le lait et son rictus s'intensifia.

_ Il va très bien, regarde par toi-même, Loup Blanc… Aussi bien que peut aller un homme sur qui une sale garce de magicienne puant la groseille à maquereau a jeter un sort.

Le regard soudainement glacial de la stratège se riva sur la femme brune se tenant derrière Geralt.

Yennefer recula mais son dos heurta soudain un mur invisible. Elle comprit immédiatement que ce champ de force était l'œuvre de la jeune femme face à elle. Et c'était terrifiant car, malgré tout ses efforts, elle ne sentait pas la moindre trace de magie chez elle.

_ Comment…

_ Je réponds à ta question si tu réponds à la mienne, magicienne. Qu'as-tu fais à ces deux hommes ?

Daraen désigna alors Geralt, l'épée au clair devant Jaskier pour le protéger.

_ Je n'ai rien fait !

_ Que voilà une bien vilaine menteuse… Ais au moins le cran d'avouer ton crime.

_ Je ne comprends pas !

Une rapière apparue dans la main de Daraen et la pointe se posa sur la gorge plantureuse de Yennefer.

_ Tu comprends très bien. Et j'aime autant que ce soit de ta propre bouche traitresse que ces deux là apprennent que tu as profité du moment où tu soignais la gorge de Jaskier pour utiliser un sort tabou… Que tu as profité du chaos provoqué par ce djinn furieux pour détruire un lien pour la vie ! Même Grima n'a jamais tranché de la sorte ce genre de lien ! Séparer des amants par la mort, oui, mais jamais il n'aurait commit un acte aussi monstrueux ! C'est comme si tu avais arraché la moitié de leur deux cœurs pour les brûler ! Alors avoue-le en les regardant bien en face, sorcière, car de ma bouche ils ne le croiront pas.

Yennefer sentit du sang couler depuis la pointe de la rapière s'enfonçant légèrement dans sa chair. Son regard glissa vers Geralt et Jaskier, tout deux l'observant avec incompréhension.

_ Yen… Ce que dis cette femme est un mensonge, n'est-ce pas ? J'ai finit par l'admettre, nous sommes Destinés l'un à l'autre ! Elle ne peut pas… Tu n'as pas put faire ça.

Daraen éclata soudain de rire, un rire sans joie, froid comme le vent polaire.

_ Sérieusement ? Destinés l'un à l'autre ? Rien que ça ! La solution de facilité. C'est beaucoup plus drôle de chercher ton bonheur par toi-même, Loup Blanc ! Destinés… Je vais pas m'en remettre ! Qui t'as mit cette idée dans le crâne ? Pour ta gouverne, le Destin n'existe que pour les couards refusant d'assumer leurs actes. ''Ce n'est pas ma faute, c'est mon Destin !'' … Pathétique.

La stratège rejeta ses deux longues tresses sombre dans son dos d'un geste désinvolte. Son regard braqué sur Yennefer ne cillait pas.

_ Alors, sorcière puante ? La vérité, pour une fois. C'est vrai que tu mens sur tout, sur ton apparence, bossue misérable ; sur tes sentiments, lamentable putain ; sur tout ! Avoue !

Yennefer plaqua ses mains délicates sur ses oreilles mais la voix de Daraen continuait de résonner dans son esprit. Comment pouvait-elle être entrée dans son esprit pourtant si bien protégé ?

_ ASSEZ !

La magicienne lança soudain un torrent de flamme sur Daraen, un de ces sorts surprise capable d'éliminer les plus puissants adversaires.

Les flammes tourbillonnèrent un bref instant autour de la jeune femme en manteau violacé avant de disparaitre purement et simplement d'un claquement de doigt de sa part.

_ Avoue. Parce que contre moi, tu n'as aucune chance. Et ton parfum si entêtant ? C'est un envoutement supplémentaire, n'est-ce pas ? Parce que, malgré ton maléfice, il ne pourra pas t'aimer de façon aussi absolue qu'il l'aimait lui. Mais tu veux cet amour si puissant que même les dieux s'inclinent devant lui, et je m'y connais en dieux, crois-moi. Tu le veux mais tu ne le peux pas, alors tu lui embrouille l'esprit pour le persuader qu'il t'aime plus que tout… C'est tellement pitoyable que je n'ai même pas envie de rire. Alors, sorcière brune, avoues-tu, ou non ?

Yennefer secoua ses boucles de jais et chercha du regard le secours de Geralt. Pourtant le Sorceleur ne bougeait pas, se tenant devant un Jaskier tremblant pour le protéger, son épée brillant dans ses mains puissantes. Il semblait attendre, vouloir connaitre le fin mot de l'histoire. Après tout, Yennefer ne lui avait pas répondu lorsqu'il l'avait interrogée.

Le visage de la magicienne se tordit en un rictus furieux alors qu'elle bondissait sur Daraen en invoquant sa magie.

_ SALE GARCE !

_ Encore ? Pourquoi tous mes adversaires me disent ça ? Remarque, si je dois être une garce, autant être la pire de toutes !

Un éclair jaillit de la paume de la stratège, envoyant la magicienne valdinguer à travers la pièce. Elle se releva en fulminant et l'étoile noire à son cou tomba au sol. Un nouvel éclair s'écrasa sur la pierre, la brisant en morceau.

Dans le dos de Daraen, Geralt émit un râle étranglé et chancela.

La jeune femme lui jeta à peine un regard et sa foudre crépita entre ses doigts.

_ Je vois, cette pierre aussi te permettait de le garder sous ton emprise… Grâce à elle, tu t'insinuais jusque dans ses rêves pour être certaine que même loin de toi, il ne t'oublie pas. Quelques échecs, bien sûr… Je vois dans son esprit que tu es loin d'être la seule femme à avoir conquit son lit. Comment tu le vit ? Ça doit être frustrant pour une magicienne de voir que ta malédiction n'est pas si efficace que ça puisqu'il peut coucher avec d'autre que toi sans remord. Cela dis, je crois que tu t'en fiche, du moment qu'il ne réalise pas qui est son véritable amour. Comment le pourrait-il, tu as détruit le lien les unissant !

Yennefer cracha du sang et se redressa autant qu'elle le put. Elle était tellement furieuse qu'elle ne s'aperçut pas que son dos restait vouté.

_ Ce lien n'est rien ! Je l'ai détruit parce qu'il n'a aucune importance ! Ce n'est pas le Destin qui est à l'œuvre !

_ Non, c'est plus fort que ça, pour une fois nous sommes d'accord. Donc tu avoues avoir tranché le lien qui unissait pour la vie Geralt et Jaskier ?

_ Oui je l'ai fait ! Et ça t'en bouche un coin, gamine ! Il faut être très puissant pour y arriver, tu peux me croire ! Et j'ai bien cru que quelqu'un sentirait ma manœuvre lorsque j'ai coupé ce lien au moment où je soignais la gorge de ce lamentable barde ! Comprends-moi… Quand j'ai vu ce si beau Sorceleur presque à genoux devant moi pour sauver la vie de cet idiot, quand j'ai sentit ce lien d'amour improbable, je savais que je devais faire quelque chose ! Geralt m'est Destiné, et ce n'est pas un prétendu lien d'amour qui me prendra mon dût !

Le sourire narquois de Daraen étira ses lèvres et elle se détourna négligemment de Yennefer pour faire face aux deux hommes.

_ Alors ? Convaincu ?

L'homme aux cheveux blanc regarda durement la magicienne qu'il avait tant aimée. Il ne la voyait plus que telle qu'elle était, maintenant que ses supercheries était levée. Plus de pierre pour s'infiltrer dans sa tête, plus de parfum pour émousser ses sens. Et une malédiction toujours présente mais affaiblie par son démasquage.

_ Comment as-tu osé faire ça, Yen ?

_ Je… Voyons Geralt, n'étions-nous pas heureux ? N'étais-tu pas comblé par moi lorsque tu m'aimais, toutes ces nuits ? Je pouvais te donner tellement plus que ce ridicule petit barde ! Un homme !

_ Heureux ? … Oh Yen, nous n'avons pas cessé de nous faire souffrir.

_ Cela va de soit que vous souffriez. Essayer de nier un lien pour la vie pour le remplacer par une parodie de vie conjugale forcée par une malédiction. J'ai une sainte horreur des gens dans ton genre, sorcière.

Daraen s'approcha alors de Yennefer et la toisa malgré sa petite taille.

_ Tu n'es pas la seule à savoir jeter des maléfices, vieille peau. Personne ne pourra réparer ce que tu as brisé, pas même moi, mais je peux te le faire payer au centuple. Ton châtiment sera le suivant : ''ta magie se détruira, ton dos se courbera, de nouveau bossue tu seras, et humaine sans pouvoir tu deviendras. Que cette malédiction ne soit levée que par l'enfant que de tes entrailles tu enfanteras.''

Un petit rire amusé échappa alors à Daraen alors qu'elle plissait les yeux.

_ Tu es stérile, me semble-t-il… ça risque d'être difficile.

La stratège claqua des doigts et un tourbillon obscur s'enroula autour de la splendide Yennefer, tel un nuage de corbeau. Quand la jeune femme brune reparut, elle était redevenu l'hideuse bossue aux méchants yeux violet pleins de méprit qu'elle avait été avant d'obtenir sa magie.

Geralt la regarda sans surprise, il avait toujours sut que Yennefer cachait sa véritable apparence comme la majorité des magiciens. Quelque chose lui disait cependant que Daraen n'avait pas recours au moindre artifice, et c'était ce qui la rendait aussi intrigante. Ça en plus du fait qu'elle semblait tout savoir sur eux, qu'elle avait une puissance sans commune mesure, qu'elle était sortie de nulle part… et qu'elle avait anéanti Yennefer d'un claquement de doigts désinvolte.

La magicienne déchue regarda le Sorceleur avec fiel et cracha au sol.

_ Allez tous au diable ! Même si je ne t'aurais jamais, j'ai tout de même brisé ce foutu lien ! Alors je ne t'aurais pas, Geralt, mais personne ne t'auras. Ni moi, ni Triss, ni même cet immonde barde !

Elle fit un geste impérieux de la main et attendit, le bras en l'air. Son visage se tordu d'effrois en réalisant que sa magie ne répondait plus.

_ Qu'est-ce que tu m'as fais !? Rend-moi mes pouvoirs, sale garce ! Espèce de put…

Personne ne sut jamais la fin de l'insulte destinée à Daraen. Blasée, la stratège avait expédié son adversaire loin de là. Où ? Elle s'en moquait.

La jeune femme regarda Jaskier et Geralt et sourit beaucoup plus paisiblement. Le barde ce dit qu'elle avait vraiment un très beau sourire, lorsqu'il ne s'y cachait pas sa fourberie habituelle.

_ Vous deux, je suis désolée… Je ne peux rien faire pour réparer ce qui a été détruit entre vous par cette femme. Personne ne le pourra jamais… La seule magie capable de contrer une malédiction, c'est l'amour le plus fort, le plus absolu, celui qui résulte d'un lien pour la vie ; ce qu'elle a détruit. Peut-être… Non, si plus rien n'existe entre vous, ça ne pourra pas se reconstruire… Et pourtant… Quand je t'ai menacé de te prendre la personne la plus chère à ton cœur, c'est à Jaskier que tu as pensé en priorité alors…

La stratège secoua la tête et sourit à nouveau.

_ Je ne peux rien faire de plus. Merci à vous deux, je me suis bien amusée ! Mais je dois rentrer chez moi, maintenant. Mon mari me manque à crever ! C'est ça, les liens pour la vie, on ne peut pas vivre l'un sans l'autre !

La jeune femme agita alors la main et disparu devant les yeux étonnés des deux hommes.

_oOo_

Saint- Royaume d'Ylisse, Ylisstol…

Chrom sursauta lorsque Daraen réapparut devant lui avec son sourire le plus beau.

Il se précipita vers elle e la souleva dans ses bras puissant en la faisant tournoyer au-dessus du sol.

_ Je suis rentrée, mon chéri !

L e jeune homme lui planta un baiser heureux et soulagé sur les lèvres avant de la reposer doucement sur ses pieds.

_ Je commençais à m'inquiéter, ma reine…

Daraen sourit un peu plus et se blotti contre son mari en fermant les yeux de satisfaction.

_ Nous avons de la chance d'être ensemble, mon Chrom…

_ Oui… Dis-moi, où as-tu été envoyée ?

Daraen sourit de son air espiègle et embrassa Chrom sur la joue.

_ Un endroit follement amusant avec une belle histoire d'amour tordue à souhait ! Je suis rentré avant d'en savoir la fin, mais je suis persuadé qu'ils n'ont pas besoin de mon aide… C'est vrai que j'ai un peu mentit… Cette sorcière puante n'était pas assez puissante pour tout détruire de leur lien pour la vie. Il en restait un filament prêt à se rompre, mais bien réel. J'ai juste eut envie de les pousser à ne plus s'en remettre à leur ''Destin'' et de batailler par eux-mêmes pour trouver leur propre bonheur ! Après tout… C'est ce que je fais de mieux, non ?

Chrom sourit et serra sa compagne contre lui. Il se sentait tellement heureux de l'avoir retrouvée !

Il l'embrassa sur le front en resserrant son étreinte.

_oOo_

Geralt laissa tomber ses bottes crottées au pied du lit avant de se laisser tomber lui-même sur le dos, les yeux rivés au plafond.

Il se redressa et observa Jaskier cajoler son luth, assit sur l'autre lit de la chambre de la taverne.

_ Au fait, cette femme m'a envoyé ça, pour que je parte à ta recherche.

Il sortit de sa sacoche un petit chapeau sanglant orné d'une plume d'aigrette si longue qu'elle touchait le sol.

_ J'étais persuadé qu'elle t'avait blessé… Je me suis fais avoir comme un bleu ! Du sang de cochon, j'aurais dût le remarquer dès le début ! Mais cette fourbe savait ce qu'elle faisait…

Jaskier récupéra son chapeau du bout des doigts, se promettant de le remplacer dès que possible. Le sang, très peu pour lui !

Les deux hommes restèrent silencieux un long moment, sans se regarder.

Le barde finit par soupirer et s'assit sur le bord de son lit.

_ Tu sais Geralt, j'ai eut beau écouter, je n'ai pas comprit grand-chose à ce qu'il vient de se passer.

_ Et bien… D'après cette femme, nous étions liés l'un à l'autre, Yennefer à tranché ce lien avant que nous n'en ayons conscience et m'a manipulé et ensorcelé pour que je lui tombe dans les bras. Cette femme étrange a surgit de nulle part, a levé le voile sur toute cette histoire, a maudit Yennefer et est reparti chez elle.

_ Tu viens de résumer en deux phrases des kilomètres de monologue ! Pourquoi cette Daraen n'a-t-elle pas été droit au but dès le début ?

Le Sorceleur haussa les épaules.

_ Je ne sais pas. Peut-être parce qu'elle trouvait ça plus amusant comme ça ?

Jaskier réfléchit et se dit qu'une telle aventure ferait une bien jolie ballade. Un amour impossible, contrarié par une méchante sorcière et une ravissante enchanteresse venant sauver les amants maudits… Il imaginait déjà les rimes et vers, la mélodie jouée sur son magnifique luth offert par des elfes…

_ …Mais après… quand l'enchanteresse est repartit, que deviennent les amants ? Il faut une fin heureuse, mes auditeurs n'aiment pas les fins sans joies… Ils doivent finit ensemble mais…

Il semblait avoir totalement oublié que c'était à son histoire qu'il cherchait un dénouement.

Il finit par relever la tête et réalisa que Geralt l'observait avec une étrange intensité dans le regard.

Le barde répondit à son regard et se leva, comme hypnotisé.

Les mains de Geralt se posèrent sur les hanches de Jaskier et l'attirèrent contre lui.

Et alors qu'ils étaient jusque là complètement perdus, sans savoir comment se comporter l'un envers l'autre, ils surent à cet instant ce qu'il fallait faire.

Le premier baiser qu'ils échangèrent fut comme une évidence, doux comme les ailes d'un papillon, chaleureux comme le soleil d'été et grisant comme le plus délicieux des alcools.

_ Dieu que je t'aime…

Le second baiser fut aussi brûlant que le sable du désert.

_ Je t'aime aussi…

Et à chaque baiser supplémentaire fut plus passionné que le précédent, jusqu'à ce que plus rien ne puisse les retenir.

Et lorsque leurs corps s'unirent sans plus rencontrer le moindre obstacle entre eux, ils sentirent tout deux leurs âmes se mêler pour ne former plus qu'une seule entité.

Ce lien absolu, cet amour inconditionnel qu'une magicienne avide avait brisé, se reformait au rythme de leurs respirations saccadées, de leurs battements de cœurs précipités, de leurs baisers enfiévrés.

Sa présence était aussi visible que la lune dans un ciel sans nuage.

_oOo_

L'aube naissante se glissa entre les volets disjoints de la chambre d'une taverne. Le premier rayon de soleil de la journée s'étira sur le lit défait, éclairant le premier matin d'un couple endormit dans une étreinte d'amants libérés de leur malédiction.


J'avais envie d'écrire une histoire sur ce couple depuis que j'ai commencé les bouquins, mais il me fallait le personnage qui pousserait Geralt et Jaskier l'un vers l'autre. Un personnage sans complexe qui peut se mêler des histoires des autres sans se gêner, par simple caprice. J'ai bien pensé créer un OC, mais à chaque fois c'était la Daraen de mes fics Fire Emblem qui me venait à l'esprit. Et finalement cet OS est devenu un crossover. Deux univers médiévaux avec de la magie, il y avait forcément un moyen de les mélanger.

J'ai l'impression que Daraen est encore pire que d'habitude ! J'aime vraiment beaucoup trop ce personnage, et je lui prépare un final explosif dans ma fic Fire Emblem originale (Fates's Awakening et les suites, dont le troisième opus sur Three Houses est en cours d'écriture et au deux tiers achevé _J'ai prit du retard à cause du DLC à intégrer en dernière minute).

Quoi qu'il en soit, j'espère que cet OS vous a plut et vous à donné envie de lire mes fics Fire Emblem ! (Oui, je l'assume, je fais ma pub à mort !)