"Mamaaaaaaan ! Où t'as mis mes affaires de Quidditch ?' Entendis-je Hugo hurler depuis sa chambre au premier étage.

J'avais toujours refusé de prendre part à ce mode de communication qui consistait à crier le plus fort possible à travers la maison dans le but de ne pas avoir à bouger de sa place. C'est pour quoi je ne répondis pas et continuais la préparation du repas.

"Mamaaaaan?"

Le pas lourd d'Hugo descendait maintenant l'escalier, je ne pus réprimer un petit sourire satisfait.

Il déboula dans la cuisine, sa batte de Quidditch à la main, l'air paniqué. La rentrée de Poudlard avait lieu le lendemain et à en croire son agitation, ses bagages étaient loin d'être prêts.

"Ah Maman! Tu n'as pas entendu que je t'appelais?

-Si si! Mais tu vois bien que je suis occupée!" Répondis-je en continuant à couper des carottes.

Un voile d'inquiétude passa sur le visage de mon fils. Je cuisinais à la manière des Moldus et à en juger par les réactions de mes proches dès que je tentais l'expérience, ce n'était pas toujours une réussite...

"Tu es sûre que tu ne veux pas donner deux ou trois coups de baguette et nous faire des sandwichs? La dernière fois, c'était...

-Ecoute Hugo, c'est une recette qui me vient de ta grand-mère qui, comme tu le sais, est une Moldue, et ça serait très irrespectueux de changer la tradition!" le coupais-je en commençant à m'agacer.

Voyant qu'il se trouvait sur un terrain glissant, l'adolescent changea de sujet:

"Je n'arrive plus à mettre la main sur mes affaires de Quidditch, je te les avais donner à laver à la fin de l'année scolaire et je n'y ai pas touché de l'été...

-Si je me souviens bien Hugo, nous avons eu une discussion justement à cette période où je te disais que à 16 ans, on doit être capable de faire certaines choses soi même. Tu sais des choses comme ranger sa chambre, se faire à manger, laver son linge..."

Les yeux du jeune homme s'agrandir de surprise.

"Tu veux dire que ça comptait aussi pour mes affaires toutes pleines de boue et d'autreq trucs?

-Ecoute, je ne sais pas combien de fois je devrais vous dire à toi et ton père que je n'ai pas mené un combat pour libérer les elfes de maison pour, finalement, en devenir un!

-Oui bah papa il fait jamais sa lessive lui!" rétorqua Hugo.

Je posais doucement le couteau sur le plan de travail, un infanticide ferait très mauvais genre sur mon CV, et me tournais pour lui faire face.

"Ton père a été élevé par une mère qui prenait son rôle de ménagère bien trop à coeur! J'adore ta grand-mère Molly mais il faut bien avouer que niveau égalité homme/femme et répartition des tâches, on a déjà vu mieux!"

Hugo lâcha un grand rire qui sonnait faux:

"Haha! Tu parles! Quand c'est lui, tu ne dis jamais rien! Bon... Est-ce que tu vas finir par me dire où sont mes affaires par la barbe de Merlin!"

Je pris une longue inspiration histoire de garder mon calme. Je savais depuis longtemps que le premier à s'emporter était souvent perdant.

"Elles doivent être à l'endroit exact où tu les as laissées au début de l'été mon chéri. Je te l'ai dit, tu es un grand garçon maintenant, ce n'est plus à qui que ce soit de laver tes slips sales."

Hugo poussa un grognement rageur et sortit en trombe de la cuisine. Grognement qui se transforma en hurlement de dégoût quand, je le supposais, il découvrit son sac de sport qui était resté dans un coin de la lingerie tout l'été.

Je gloussai victorieusement et me saisis mon couteau pour continuer à découper mes carottes.

J'avais bien conscience que, vu de l'extérieur, j'aurais pu passer comme une mère indigne. Mais j'avais à la maison un parfait exemple de ce que cela pouvait donner quand on faisait croire à ses enfants que leur mère était là pour palier à leurs moindre besoins.

D'ailleurs, en parlant de lui, je l'entendis passer le pas de la porte:

"J'ai faim! J'espère que tu nous as préparé quelque chose de bon!"

Ron venait de rentrer de la boutique de farces et attrapes où il travaillait avec George. Nous étions maintenant mariés depuis presque 20 ans. Bon sang, 20 ans! Comme le temps passait vite!Et comme l'avait fait remarquer Hugo quelques instants plus tôt, mon époux avait lui aussi tendance à me prendre pour son elfe de maison.

En tant que ministre de la magie, poste que j'avais occupé pendant huit ans avant de laisser la place à quelqu'un ayant des idées neuves, j'avais fait passé une loi qui avait permis de libérer les elfes de maison. Ces derniers ayant maintenant le droit de demander un salaire.

Le dommage collatéral que je n'avais pas prévu était qu'en l'absence de domestique dans leurs maisons, certains foyers de sorciers avaient dû trouver une nouvelle organisation.

Et c'est ainsi que je me retrouvais à faire tous les jours les tâches ménagères pour la famille.

Bien entendu, ma famille ne restait pas affalée sur le canapé, les pieds sur la table basse. Quand je leurs demandais, ils me donnaient un coup de main. Mais de là à prendre des initiatives...

Ron fit son entrée dans la cuisine, il paraissait d'humeur joviale.

Quand il me vit en train de couper toujours ces mêmes carottes, le même air inquiet que son fils apparu sur son visage.

"Eh mon Lapin! Qu'est ce que tu prépare?"Demanda-t-il prudemment.

Malgré le couteau que je tenais entre les mains, il m'enlaça par la taille et déposa un rapide baiser sur ma joue.

J'avais beau me plaindre, je devais quand même avouer que mon mari n'était pas si mal. Il était aimant avec moi, un très bon père pour nos enfants, et même après plus de vingt ans de vie commune, il continuait de me faire rire.

"Du pot-au-feu! J'ai retrouvé un vieux carnet de recettes de ma mère et j'avais envie de cuisiner à la manière des moldus. Ce soir, pas de baguette magique!"Annonçais-je en me retournant et en agitant mon couteau comme s'il s'agissait d'une baguette.

L'air faussement apeuré, il recula d'un bond en levant les mains en l'air. J'éclatai de rire en réalisant qu'effectivement, vu d'un autre oeil, la scène aurait eu avoir l'air de tout autre chose.

"Poteau quoi? Me questionna-t-il, sceptique.

-Pot-au-feu! Articulais-je. C'est une recette française. C'est une sorte de ragoût."

Peu convaincu, il désigna le plan de travail où tous les ustensiles et ingrédients que j'avais sorti depuis que j'avais commencé à cuisiner, c'est à dire depuis le début de l'après-midi gisaient dans, je devais bien l'avouer, un certain désordre.

"Heu... mon lapin, je sais que tu adore tenter de nouvelles choses depuis que tu as pris ta retraite de ministre et que tu estime que ce n'est plus la peine de payer un elfe de maison quand on a le temps de faire les choses soi-même, mais c'était quand même bien quand on n'avait pas à cuisiner tous les jours non?"

Ces remarques sur ma manière de cuisiner allait finir par doucement m'échauffer et tout comme l'eau dans la marmite posée sur le gaz, je sentis que je commençais à bouillir intérieurement.

"Comment ça quand 'ON n'avait pas à cuisiner tous les jours'? Je ne savais pas que 'On' était mon nouveau petit surnom? Rétorquai-je du tac au tac. C'est fini les 'lapins'?"

Je me rendis compte que j'étais déjà bien plus énervée que ce que je pensais. Ce que répondit Ron ne fit rien pour arranger les choses.

"Eh mais tu oublie que moi aussi j'ai cuisiné Moldu la semaine dernière!

-Tu as commandé une pizza Ron! Je n'appelle pas ça cuisiner!

-Oui bah c'est pas toi qui à eu à te servir du létéphone!

-JE SAIS TRÈS BIEN ME SERVIR D'UN LETEPHONE! Haussai-je la voix. ET PUIS, EN PLUS CA S'APPELLE UN TÉLÉPHONE!

Vu la tête d'abruti un peu perdu qu'il faisait, ce devait être une blague.

C'est ce moment, qu' Hugo choisit pour faire irruption dans la pièce, avec dans la main son polo de Quidditch dans lequel un gros trou avait été percé.

"Bah voilà! J'ai essayé de faire partir la saleté avec un sortilège de récurage et maintenant il y a un gros trou en plein milieu!Se plaignit-il.

-Vois le bon côté des choses, au moins on ne voit plus la tâche." Commenta son père.

Hugo le regarda d'un air sombre essayant de réprimer un sourire. Ron et lui avait toujours eu le même humour... Humour que je ne partageais pas toujours. Et surement pas à cet instant, la colère continuant de monter en moi.

"Tu vois Maman, tu aurais dû le faire toi plutôt que d'encore essayer de cuisiner quelque chose."

Ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase.

A quel moment avais-je laissé mon fils et mon mari devenir de tel tirs au flanc?

Depuis que Rose avait terminé ses études à Poudlard et déménagé pour vivre sa vie, et surtout depuis que je ne travaillais plus j'avais l'impression d'être devenue leur esclave personnelle.

D'un air théâtrale j'arrachais mon tablier. Enfin j'essayais car ce dernier était attaché solidement dans mon dos. Je laissais tomber.

"Vous savez quoi? Je pense que je vais vous laisser vous débrouiller un peu seul tous les deux. Je vais me prendre de vraies vacances!"

Je sortis de la cuisine, les laissant eux et leurs airs de n'y rien comprendre. Je montai en trombe dans notre chambre? Saisis la baguette que j'avais laissé sur ma table de nuit et fis descendre une valise du haut de l'armoire conjugale. Elle s'ouvrit d'un mouvement et j'y fis voler quelques vêtements et le stricte nécessaire de toilette avant de la voir se refermer d'un coup sec.

Je l'empoignai et redescendis les escaliers tellement vite que Ron et Hugo n'avaient pas bougé comme s'ils avaient été pétrifiés.

C'est quand je me dirigeai vers la porte d'entrée que mon cher mari parut réagir.

"Mais mon lapin... Qu'est que ce qu'il te prends voyons?"

Je ne répondis pas et attrapai mon manteau dans l'entrée avant de me retourner pour dire à Hugo:

"Bon courage pour ta rentrée scolaire mon chéri! Maman a besoin de vacances."

Je lui souris malgré tout et ouvris la grande porte d'entrée.

Une fois dehors et sans vraiment réfléchir, je pivotai sur moi même et transplanai.