Bonjour. A l'heure du confinement et de l'ennui mortel qu'il représente, je poste cette petite fanfiction. L'écriture en est terminée et elle compte 5 chapitres.
Bonne lecture !
Le paysage verdoyant était désormais silencieux. Jonché de collines que la lune baignait de reflets argentés, on ne pouvait percevoir que le hululement des chouettes. Un château de pierres se laissait deviner dans l'ombre, cerclé d'une épaisse muraille, scellé par d'épaisses portes de bois. A travers les fenêtres étroites, on pouvait apercevoir le miroitement des flammes, entendre la rumeur des voix et des rires, ponctués par quelques airs enjoués de cornemuses.
Quelques fauteuils avaient été installés devant le feu chatoyant de la cheminée de la salle de banquet. Le roi Fergus faisait face à son public familial. Il arborait fièrement son tartan et décrivait quelques pas du son de sa jambe de bois, ponctuant son récit.
- « Après avoir prié au clair de lune dans le cercle de pierres, la princesse conversa avec un feu follet... », murmura-t-il sur le ton de la confidence.
Ses trois fils à la chevelure bouclée et enflammée étaient tous trois assis en tailleur, fixant leur père avec intérêt. Mérida était assise à côté de sa mère, un sourire amusé sur ses lèvres. La reine Élinor quant à elle, ne portait qu'une oreille distraire à son époux, préférant s'affairer à une pièce de broderie. La lueur des flammes donnait à sa robe émeraude les teintes du soleil couchant.
- « ... Sitôt qu'elle eut touché les pierres, elle disparut soudainement..., continua Fergus de sa voix rauque, la moustache hirsute. Les jours de grands vents, on entend encore son hurlement déchirant à travers les pierres... »
Des échos de lamentations parvinrent à leurs oreilles. Un long frisson parcourut l'échine des triplés. Harris tomba raide évanoui. Hubert était pétrifié, tout comme Hamish. Ce dernier se retourna et dévoila l'astucieux mais néanmoins prévisible stratagème : Mérida soufflait ses sanglots dans un cor de chasse. Il prévint alors son frère; Hubert se retourna, subtilisa le cor à sa sœur et le lui jeta au visage. Le projectile lui arriva en plein front.
- « Aïe ! » cria-t-elle en portant la main à l'endroit où le mal avait frappé.
Hubert et Hamish filèrent aussitôt, embarquant à bras le corps, le dernier des leurs, toujours évanoui.
Fergus éclata de rire. Il en rit tellement que sa jambe valide se déroba sous lui. Il tomba avec lourdeur sur le sol, le faisant trembler. Il rit tout son saoul, se moquant de sa fille qui le toisa d'un regard de faux reproches.
Élinor, qui n'avait rien manqué de la scène, se contenta de secouer la tête d'un air désapprobateur quoique néanmoins amusé. Mérida se frotta encore le front quelques secondes.
- « Qu'est-il véritablement arrivé à cette princesse ?, demanda Mérida.
- Elle s'est sans doute fait dévorer par un ours... ou pire, répondit-il du tac au tac.
- Fergus, le réprimanda sa femme.
- Quoi ?!, s'offusqua-y-il théâtralement.
- C'est ne sont que des histoires.
- Comme celle des trois princes, hein ?, la piqua-il aussitôt.
Élinor ne répondit pas. On ne pouvait pas mélanger les sagas ancestrales avec des ragots vaporeux qui ne s'ancraient dans aucun fait vérifiable.
Elle s'apprêtait à gratifier le roi de sa pensée quand ce dernier la pris dans ses bras et la souleva.
- « Voyons ! Fergus ! », lança-t-elle spontanément en lâchant sa broderie.
Néanmoins , elle passa ses bras autour de son cou et comme une jeune mariée, il la porta en claudiquant jusqu'à leur chambre. Mérida les regarda rire ensemble avant de les voir disparaître au coin du long couloir de pierres. La princesse reporta son attention sur les flammes qui dansaient joyeusement dans l'âtre. Tout était si paisible.
Un brouhaha parvint dans la grande salle du château. Fergus repose sa femme et descendit aussitôt, une épée courte à la main. Il arriva par la porte du mur des trônes, faisant son entrée dans la grande salle vide où les bougies du larges lustre éclairait la pièce d'une lumière flageolante, comme apeurée. Un vassal écossais, le tartan brûlé aux quatre coins, la tignasse encore fumante hurlait à perdre haleine :
- « On est attaqué !
- Mais par qui ? », interrogea le roi.
Élinor arriva en haut de l'escalier de bois circulaire. Elle bailla à s'en décrocher la mâchoire tout en descendait les marches d'un pas somnolant. Ses longues manches évasés léchaient la rampe.
Mérida n'était pas bien loin; elle aussi avait entendu le bruit. Elle arriva à sa suite, le cœur battant à tout rompre.
- « Ils arrivent !, hurla l'écossais en proie à la plus terrifiante des paniques. Les nucklavees ! Ils font jaillir le feu, ils ne souffrent pas de leur brûlures !
- Envoyez quelqu'un prévenir les clans Dingwall, McGuffin et Macintosh. Réveillez tout le monde. Où sont-ils ?
- Ils sont là ! »
Et comme pour confirmer ses dires, les portes de bois s'ouvrirent à la volée. Fergus sentit la chaleur envahir la pièce et se plaquer contre son visage. Les pointes de sa moustache en fumèrent. Depuis le haut de l'escalier, Mérida ne pouvait que voir le halo des flammes, sentir la chaleur du brasier.
Fergus dégaina son épée.
- « Élinor !, beuglant-il. Partez tout de suite avec les enfants. »
Elle n'avait pas attendu qu'il le lui souffla à l'oreille. Elle était alors parfaitement éveillée. Elle avait rebroussé chemin. Elle attrapa Mérida par la main; cette derrière refusa de la suivre. Élinor s'arrêta :
- « Que fais-tu ? Viens donc.
- Je veux aider Père. Il faut juste que j'aille chercher mon arc.
- Hors de question, la coupa sa mère avant de l'attraper fermement par le bras. Tu viens avec nous. »
La reine traîna sa fille dans son sillage. Elle tourna la tête. Elle ne put apercevoir qu'un bref instant son père faire face à d'étranges cavaliers en armure dont la peau même semblait crépiter d'un feu ardent.
Élinor marchait d'un pas pressé. Elles croisèrent Maude, la servante au visage rondelet.
- « Fuyez. », ordonna la reine sans s'étendre davantage.
Cette dernière, d'un naturel fort peureux ne demanda pas plus d'explications.
Élinor et Mérida arrivèrent dans la chambre des triplés. La mère prit deux de ses fils encore endormis dans ses bras, tandis que sa fille prenait en charge le troisième. Elles traversèrent le couloir en courant. Elles devaient traverser l'aile Est avant de descendre dans la cuisine afin d'arriver, par l'entrée, aux écuries.
Hubert émergea de son sommeil, se rendant compte qu'il était ballotté comme un vulgaire sac de patates. Il put observer Maude, de son courage somme toute bien peu téméraire, hurler à pleine voix en apercevant un soldat monter l'escalier tout en l'embrassant à chacun de ses pas.
Elle hurla, paniqua et en cherchant à courir, elle buta sur chacun des murs à chacun de ses pas, s'assommant tout en seule avant de choir sur le froid sol de pierre.
Hubert siffla. Ses deux frères se réveillèrent aussitôt.
Le cavalier était à présent dans le couloir. Son corps ne faisait qu'un avec celui de sa monture dont on ne distinguait ni œil ni naseau. Ses jambes s'effaçaient dans le flanc de son cheval. Le cavalier avait les bras anormalement long. Ces derniers léchaient presque le sol de ses araignées à cinq doigts. Son corps était écorché vif tant et si bien qu'on pouvait en mirer les muscles saillants dont les veines jaunâtres laissaient parfois échapper du sang purulent. Son armure granuleuse avait due être affectée par le magma épidermique de son maître. Ses yeux était d'un rouge sans pupille, d'une fureur sans âme. Il était grand et devait se tenir légèrement voûté pour pouvoir se frayer un chemin dans ce dédale de pierres.
Hamish et Harris bondirent des bras de leur mère. Hubert fit de même et s'extirpa des bras de sa sœur. Ils détalèrent à petits pas pressés. D'un couloir adjacent, ils prirent un tonneau d'eau. Deux des frères tinrent le tonneau dans l'axe tandis que le troisième le dégoupillait.
Le guerrier tendit sa main vers Maude, toujours étendue au sol. L'eau roula, se jeta à corps perdu sur le sol en direction de l'ennemi. Elle lui dévora les pieds; le choc des températures fut tel qu'il en hurla de douleur, les pieds soudains noirs comme des pierres.
Les triplés firent rouler le tonneau jusqu'à Maude. Ils la chargèrent dans sa voiture de fortune avant de monter sur le tonneau pour lui donner de l'élan. D'abord en marchant puis emporté par la vitesse, ils durent se mettre à courir. Les cris étouffés de Maude s'échappait du fut de bois. Le tonneau tressautait sous le pavé inégal, arrivant à la rencontre de leur mère et de leur sœur qui avaient rebroussé chemin pour les rattraper. Élinor se déroba dans un couloir le temps que le tonneau passe. Mérida n'eut pas cette chance et du se plaquer contre le mur. Le tonneau lui roula sur le bout des orteils. Elle repartit d'un pas boitant qui aura rappelé à maints égards celui de son paternel.
Le tonneau heurta le bout du couloir avec lourdeur. Élinor attrapa ses fils tant bien que mal, tandis que Mérida délivrait la servante de son tonneau. Elle la tira avec difficulté en bas du petit escalier qui menait à la cuisine. La pauvre femme était toute déboussolée.
Élinor ouvrit la porte des boxes. Elle prit son cheval, celui de son époux. Les triplés montèrent à cru, les uns derrière les autres, sur l'imposant étalon, se cramponnant à sa crinière.
Mérida jeta Maude sur Angus qui s'offusqua de cette charge inhabituel dans un hérissement de réprimandes.
- « On a pas le temps. » s'excusa promptement sa cavalière.
Mérida prit appui sur la barrière afin de monter. Elle empoigna le crin de sa monture et d'une impulsion sur ses flancs, lui sonna le clairon. Elle rajusta la corde de son arc qu'elle portait en bandoulière, le carquois sur l'autre épaule. Les trois chevaux partirent au galop, sans se retourner, tandis que de grandes flammes et des gerbes de fumées noirâtres quérissaient le ciel nocturne.
Les chevaux s'enfoncèrent la forêt noire. Les nuages avaient bordé la lune, la cachant sous un épais drap brumeux. Ils aperçurent quelques mystérieux cavaliers de feu au détour d'un arbre, reconnaissable par leur corps rougeoyant et sanguinolent. La forêt s'embrasait, réveillant sa quiétude nature. Les oiseaux s'envolèrent en nuées tandis que la nature terrestre faisait trembler le sol au rythme effréné de son pas de course. Ils arrivèrent au cercle de pierres. Seul le paysage soudainement dégagé le leur laissait deviner : la nuit était trop sombre alors pour en deviner plus que les vagues contours.
Soudain, un cerf aux bois immense leur coupa la route. Sa mère et ses frères poursuivirent leur route, disparaissant dans la nuit. Angus prit peur. Il se cabra. Le corps encore inconscient de Maude roula sur la mousse. Mérida se cramponna comme elle put. Le cerf présenta ses bois d'une peur vindicative, ne faisant qu'attiser celle d'Angus. L'étalon se cabra encore. Cette fois-ci, Mérida ne put tenir. Elle fut éjectée de sa monture. Elle crut bien voir une de ces larges et hautes pierres se dessiner sur le chemin de sa chute. Elle ferma les yeux et se prépara au choc.
Notes :
Dans la Reine des Neiges 2, nous pouvons voir un cercle de pierres similaire à celui qui apparaît dans Rebelle.
Pour ce qui est de traverser les pierres, l'idée est prise de la série Outlander.
Je mettrais le prochain chapitre samedi. A bientôt !
