1 Septembre 1991, quai 9 ¾ de la gare de King's Cross

La fumée, le bruit et l'excitation qui règnent sur le fameux quai ¾ dont il a rêvé depuis son plus jeune âge déconcentrent Drago Malefoy. L'enfant blond épie ses futurs camarades, observe les expressions enthousiastes qui se peignent sur leurs visages avec amertume. Une pression appuyée sur son épaule de la part de son père le ramène brusquement à la réalité.

- C'est l'heure, déclare Lucius Malefoy avec gravité.

Sa mère se penche vers lui, et son parfum rassurant détend à peine l'enfant qui s'est à nouveau crispé. Elle l'embrasse, puis se détache de lui à regret, obéissant au regard muet de reproches de Lucius.

- Nous nous reverrons donc pour Noël, annonce celui-ci à son fils en reportant son regard froid sur lui. D'ici là, sois rigoureux dans ton travail et n'attire pas inutilement l'attention. J'espère que les leçons de Mr Highmore porteront leurs fruits. Sois sélectif dans tes fréquentations, termina-t-il en embrasant la gare d'un coup d'œil dédaigneux à la vue des familles qui étreignent bruyamment leurs enfants.

- Tout ira bien, lui chuchote sa mère à l'oreille. Il n'y a qu'une seule maison qui te mérite, tu le sais bien, lui souffla-t-elle avec affection. Je t'écrirai aussi souvent que possible, lui assura-t-elle avec confiance.

S'il avait eu le choix à ce moment précis, Drago serait immédiatement reparti dans la diligence familiale. Il sait qu'une fois embarqué dans le train, sa mère ne sera plus là pour adoucir le quotidien, pour faire retomber la pression. Il aperçut la chevelure lustrée de Pansy au loin, et elle lui apporta peu de réconfort. Il prit une grande inspiration, puis se détourna de ses parents, se dirigeant vers un compartiment. Il mourut d'envie de se retourner, mais ne le fit pas-il sait que son père haussera un sourcil agacé. Il monta enfin dans le train, grimaçant face aux compartiments déjà pris d'assaut par le reste des élèves.

- Drago, ici, s'écria aigüe de Pansy, toujours présente au bon moment.

Son enthousiasme mit Drago mal-à-l'aise, et il préféra échanger un regard ostensiblement agacé avec Théodore Nott, un gamin peu bavard mais qui a l'avantage de ne pas l'ennuyer. Rangeant sa valise, il s'assit à côté de Pansy, faisant face à Crabbe et Goyle, qu'il a déjà vu plusieurs fois lors de fêtes organisées par leurs parents. Les paysages mornes défilent, et Drago se sent peu intégré dans leur conversation insipide.

Tu n'as pas intérêt à être paresseux, défile la voix autoritaire de son père dans sa tête. Tu dois faire partie des meilleurs, quelles que soient les matières ridicules que Dumbledore peut décider de vous imposer. C'est un investissement sur long-terme. Les Malefoy dirigent.

- Moins fort, Crabe, lance Malefoy d'une voix irritée, interrompu dans ses pensées par le rire débile de son camarade.

Un petit silence se fait dans le compartiment, et Goyle rangea les cartes de sorcières dénudées qu'il a étalé sur la table au plus grand mépris de Pansy, qui fronça son nez de désagrément comme si elle respirait une bouse de Doxy. La porte du compartiment s'ouvra alors précipitamment, mais Drago retient la phrase cinglante qu'il réservait à la femme du chariot de sucreries. Un gamin aux membres longs et aux yeux noirs perçants se tient là, l'air indifférent.

- Je peux m'assoir avec vous ? Demande-t-il placidement, sa valise à la main. Y'a plus de place ailleurs, explique-t-il d'une voix traînante devant l'air méfiant de tous.

Il s'invite un peu plus et pose sa valise dans le porte-bagage. Son audace impressionne Drago, dont le ton devient donc plus acéré.

- Qui es-tu ? S'enquiert-il d'un ton sec, décidé à ne pas laisser de sang impur franchir la porte.

- Zabini. Blaise Zabini, précisa l'autre d'un ton nonchalant qui contrasta comiquement avec la phrase grandiloquente de Drago.

Le garçon poussa Pansy, qui émit un petit cri d'indignation, s'assoit, apparemment peu réceptif aux mines hostiles des autres. Je le connais, songe Drago. Père a parlé de sa mère quelques fois. Trop positivement, se souvient le garçon aux cheveux presque blancs, qui grimace.

- J'espère que tu as plus de tenue que ta mère, lança Drago d'un ton venimeux qui se souvient de l'air blessé de sa mère face aux remarques lubriques de son père. On dit qu'elle connaît un peu trop bien la bonne société Sang-Pur, termina-t-il avec satisfaction.

Pansy haussa un sourcil, incertaine du sous-entendu, mais Nott, Crabbe et Goyle se contentèrent de ricaner, se doutant que Drago vient de critiquer la mère du nouveau-venu d'une façon ou d'une autre. Zabini semble peser le pour et le contre, et Drago voit que sa mâchoire tressaille, mais la voix du grand garçon reste égale :

- Foutez-moi la paix et tout se passera très bien, déclare Zabini d'un ton détendu que ses yeux démentent fortement, emplis de mépris à l'égard de Drago, qui se sent à présent stupide.

Drago se retourna, vexé qu'il n'ait pas réagi à son sous-entendu insultant, et lui envie immédiatement sa position flegmatique et ses yeux fermés, comme s'il somnolait déjà. Drago, lui, tremble de colère et de frustration : son sang bout, mais il n'en laisse rien paraître. Le goût métallique de la colère dans la bouche, il serra ses poings sous la table, et évita de regarder Zabini, envieux et admiratif de son sang-froid. Pour se tempérer, il décida de se lever, tandis que Crabbe et Goyle le suivirent immédiatement, sans parole échangées.

Drago s'était à peine calmé lorsqu'il vit le garçon à la cicatrice dont son père lui avait si souvent parlé. Des cheveux noirs ébouriffés, des yeux verts interrogatifs et naïfs, des habits élimés, Harry ne correspondait pas du tout aux descriptions puissantes que faisait son père de lui. Drago ressentit immédiatement une vague de ressentiment envers Harry. Qu'est-ce que ce minable pouvait bien avoir de plus que lui pour que son père prononce son nom avec respect ?

- Alors, c'est vrai ? lança-t-il. On dit partout que Harry Potter se trouve dans ce compartiment. C'est toi ?

- Oui, dit Harry.

Harry Potter, fait la voix de son père dans la tête de Drago. Tu dois lui montrer dès le début qu'il doit te respecter, et tu dois également gagner sa confiance. C'est un garçon important pour Lui. Souviens-t'en. La complicité qui règne déjà entre Potter et Weasley étoffa la colère de Drago, qui resurgit aussi vite qu'elle s'était calmée. Néanmoins, il se reprit aussi vite qu'il le put.

- Lui, c'est Crabbe et l'autre, c'est Goyle, dit Drago d'un air détaché. Moi, je m'appelle Malefoy, Drago Malefoy.

Le Weasley étouffe un grognement de moquerie, ce qui a le mérite d'agiter encore le sang de Drago.

- Mon nom te fait rire ? Inutile de te demander le tien, lance Drago sèchement. Mon père m'a dit que tous les Weasley ont les cheveux roux, des taches de rousseur et beaucoup trop d'enfants pour pouvoir les nourrir. Fais bien attention à qui tu fréquentes, Potter. Si tu veux éviter les gens douteux, je peux te donner des conseils.

Malgré son envie de lancer un sort bien senti au Weasley, Drago sentit qu'il dut se retenir pour ne pas effaroucher Harry. Il lui tendit la main, mais Harry refusa de la serrer.

- Je n'ai besoin de personne pour savoir qui sont les gens douteux, dit-il avec froideur.

Drago écarquilla les yeux, sentant une vague de colère lui étreindre la poitrine. Les gens douteux ? Ce type était définitivement un crétin.

- Si j'étais toi, je serais un peu plus prudent, Potter, dit-il lentement. Si tu n'es pas plus poli, tu vas finir comme tes parents. Eux aussi ont manqué de prudence. Si tu trames avec de la racaille comme les Weasley ou ce Hagrid, ils finiront par déteindre sur toi.

Drago mit une main protectrice sur sa baguette, impatient de voir la réaction d'Harry Potter.

- Répète un peu ça, dit-il.

- Vous voulez vous battre, tous les deux ? lança Malefoy avec mépris.

Qu'ils essayent, songea Drago avec haine. Qu'ils essayent seulement.

- Vous feriez mieux de filer d'ici, dit Harry.

- Oh, mais on n'a pas du tout l'intention de s'en aller, pas vrai, les gars ? On a fini toutes nos provisions et vous avez l'air d'en avoir encore.

Drago se fichait bien des sucreries-lui-même évitait d'en manger, sa mère l'avait habitué à une hygiène de vie saine-, mais il ne vit pas d'autres solutions pour faire décoller la situation vu l'air pétrifié des deux guignols qui se tenaient dans le comportement. Puis soudain Crabbe hurla, des pas se firent entendre, et Drago comprit qu'il valait mieux décamper pour ne pas attirer l'attention. Ils retournèrent dans leur compartiment, Crabbe et Goyle gémissant tandis que Drago tentait une nouvelle fois de se calmer. L'air moqueur de Zabini n'arrangea rien.

Ça a été un fiasco, songea Drago avec désespoir. C'était foutu d'avance. Je hais ce type, songea Drago avec force. Drago n'était pas du genre à tendre une main aux autres : c'était vers lui qu'on se tournait, tout comme les sorciers léchaient les bottes de son père. Quémander, c'était être faible : ça, il s'en était toujours souvenu. Il avait fait une exception pour Harry Potter, et le regrettait amèrement. Son attirail de pauvre, son amitié avec Weasley, sa bouche cernée de chocolat, son regard naïf puis hautain à l'égard de Drago : ce type n'avait rien d'un héros. Il était même stupide de s'entourer de crétins alors qu'il était déjà si célèbre. Quelle vie il doit avoir, songea Drago avec un serrement de cœur. Il a prouvé sa valeur sans faire d'efforts en étant bébé, et maintenant tout le monde l'admire. Il n'a rien à prouver à personne, lui, se dit-il avec frustration. C'est le premier jour, et il a déjà des amis, aussi insignifiants soient-ils, parce qu'il est célèbre ! Je le hais, conclut mentalement en se fermant. C'était la première fois que Drago Malefoy détestait Harry Potter, pour lui et ce qu'il représentait : cinq ans plus tard, le même jour, cette haine brûlait avec la même intensité.

1 Septembre 1996, quai 9 ¾ de la gare de King's Cross

- Te voilà, soupira une voix féminine dans son dos. J'ai cru que tu ne pointerais même pas, fit Pansy derrière lui.

Drago posa sa valise et se retourna vers elle. Cela faisait plus d'un mois et demi qu'il ne l'avait pas vue, ce qui n'était pas habituel. Mais l'été de Drago avait été un peu particulier. Mouvementé, songea-t-il en effleurant sa taille, l'embrassant rapidement sur la joue. En fait, il n'avait vu quasiment personne, à part Zabini. Potter, lui paraissait s'être bien amusé chez les crétins roux vu sa mine enchantée, réalisa Drago en voyant Harry rire bêtement à ce que disait Weasley.

- Regardez-moi ça, déclara Pansy d'une voix méprisante. Le petit Potter a même des gardes du corps, cette année, lança-t-elle en zieutant les Aurors qui accompagnaient tout le convoi Weasley.

- Si les Aurors n'ont pas pu empêcher Ses serviteurs de s'échapper d'Azkaban, tout ça n'est qu'une mascarade, fit Drago d'un ton cynique.

Pansy ne répondit rien, occupée à l'examiner en fronçant les sourcils.

- Tu n'as pas l'air bien, fit-elle immédiatement.

- Trouve-nous un compartiment au lieu de jacasser, répliqua Drago d'un ton las qui la fit grimacer, mais elle obéit.

En comparaison, l'été avait souri à Pansy Parkinson. Elle semblait plus assurée, légèrement bronzée et son style sobre mais élégant soulignait la finesse de sa taille. Drago embrasa tous ces détails d'un œil, mais se garda bien d'en faire un commentaire. Il vit Blaise se diriger vers lui, et ils s'étreignirent quelques secondes.

- Il s'est passé quelque chose ? Demanda tout de suite Blaise, ce qui fit rouler des yeux Drago.

- Mec, lâche-moi, ordonna Drago en se dirigeant vers le train.

Voyant que Drago ne se dirigeait pas vers le compartiment des préfets, Blaise haussa un autre sourcil.

- Pas cette fois, répondit Drago en devinant l'interrogation muette. Tu le saurais si t'avais été préfet, mais ce n'est pas très intéressant comme job. Je laisse Granger aux premières années, c'est assez comme punition, ricana-t-il. Mais je t'en prie, remplace-moi, fit-il en fouillant dans sa sacoche pour trouver son badge de préfet qu'il colla sur la poitrine de Blaise, qui le retira avec dégoût.

- Non merci, vraiment, refusa Blaise en fourrant le badge dans la poche de Drago.

Ils allaient rentrer dans le compartiment où se trouvaient Pansy et Millicent lorsque Drago s'immobilisa.

- Qu'est-ce que Weasley fout dans le compartiment des préfets ? Demanda Drago, ressentant soudain une envie sauvage de reprendre le badge pour aller remettre la belette à sa place.

- A moins qu'il ait un rendez-vous galant avec Granger, j'imagine qu'il est préfet, répondit Blaise avec flegme.

Drago le fusilla du regard, irrité par la banalité qu'il venait de proférer.

- On est tombés bien bas, murmura-t-il. Si Dumbledore n'a personne d'autre de mieux à nommer préfet chez les Gryffondors, c'est définitivement qu'ils ne sont bons à rien…

- Je croyais que tu ne prenais pas Dumbledore au sérieux, objecta Blaise avec un agaçant bon sens.

Drago déposa sa valise et sa sacoche dans le casier à bagage d'un geste impatient.

- Le premier qui ne prend pas Dumbledore au sérieux est un imbécile, rétorqua Drago en songeant à son père en prison avec un serrement de cœur. Mais nommer Weasley préfet, c'est vraiment n'importe quoi, marmonna-t-il en se laissant tomber sur son siège.

Naïvement, Drago avait pensé ressentir un peu de joie à l'idée d'enfin quitter le Manoir. Cependant, voir le Ministère aux pieds de Dumbledore présageait forcément une année mauvaise pour les Serpentards, et maintenant Weasley allait être capable de coller des retenues aux Serpentards, une idée si absurde que Drago ne put s'empêcher d'émettre un rictus incrédule.

- Y'a vraiment un truc qui va pas chez toi, constata Pansy en se tournant vers lui.

Comme toujours lorsqu'il voulait détourner le sujet, les yeux de Drago cherchèrent une possible distraction. Elle tenait entre ses mains un magazine féminin pour Sorcières, et le premier titre que Drago put déceler fut les plus belles teintures pour votre familier.

- Passionnant, commenta Drago d'un ton ironique. Est-ce que tu peindras ton cochon d'inde en bleu azur ou rose fuchsia ? Le suspense est à son comble, commenta-t-il d'un ton faussement interrogatif.

- Je préfère lire ça plutôt que de me morfondre dans mon coin en faisant des bruits bizarres, répliqua Pansy en tournant le magazine de sorte que Drago ne puisse plus le déchiffrer.

Comme d'habitude, Pansy fut piquée au vif, et c'était un des plus grands plaisirs de Drago que de la voir constamment se braquer pour ce genre d'ineptie. La légèreté de la conversation le fit se sentir un peu mieux, jusqu'à ce qu'une fille toute frêle toque à la porte de leur compartiment.

- J'ai un message pour Blaise… Blaise Zabini, déclara-t-elle en tendant un parchemin au grand garçon.

Tous les regards se convergèrent vers Blaise, qui haussa les épaules.

- Je connais cette fille, fit Drago en regardant la vitre où se tenait la fille quelques secondes auparavant.

- C'est la sœur de Daphné, fit Pansy d'un ton anodin. Tu l'as déjà vue, indiqua-t-elle.

Drago acquiesça vaguement, puis se tourna vers Blaise d'un air interrogateur qui se levait.

- J'ai rendez-vous avec le nouveau prof de potions, qui s'appelle Horace Slughorn apparemment.

- Je savais que t'étais pas terrible en potions, mais une colle dès le premier jour, c'est bien joué, fit Drago avec un sourire acide qui lui valut sa sacoche envoyée à la tête par Blaise, qui sortit à ce moment précis pour ne pas recevoir de réponse.

Pansy prit la sacoche en secouant la tête d'incrédulité devant leurs gamineries, puis s'adapta lorsque Drago vint poser sa tête contre ses genoux. Elle réprima un sourire, et ne sachant que faire de ses mains pendant quelques secondes, elle prit la liberté de caresser ses cheveux.

- Si ce type nous enseigne les Potions, que fera Rogue ? Demanda soudain Millicent avec à-propos.

Drago eut un sourire charmeur, connaissant déjà la réponse et faisant volontairement attendre les autres quelques secondes.

- Il enseignera la matière dans laquelle il baigne et qui le consume depuis toujours : la défense contre les forces du mal, annonça Drago avec théâtralité.

- Comment tu sais ça ? S'enquit Pansy avec une note d'admiration dans la voix.

- Je le sais, c'est tout, fit Drago d'un ton mystérieux en savourant les airs choqués autour de lui.

A vrai dire, il l'avait su cet été, lors des toujours plus nombreuses réunions au Manoir entre son père et d'autres mangemorts. Drago n'était pas toujours autorisé à y assister, mais il se souvenait avec précision de ce moment où, à la fin d'une réunion relativement banale, Rogue s'était levé et avait annoncé au Seigneur des Ténèbres que Dumbledore lui avait offert le poste de professeur contre les forces du mal. Drago connaissait la nature ambigüe du rôle joué par Severus Rogue : il s'était donc attendu à ce que le Seigneur des Ténèbres soit satisfait. Au lieu de cela, le Seigneur des Ténèbres avait questionné Rogue de façon très poussé, tentant de lire dans son esprit, ce qu'Il ne faisait pourtant jamais avec Rogue. Loin d'en être content, Il semblait au contraire trouver cela menaçant.

Drago crevait d'envie de poser la question à Rogue, mais il savait pertinemment qu'il serait vite rabroué. Le Seigneur des Ténèbres doutait-Il de la loyauté de Rogue à son égard ? L'hypothèse paraissait invraisemblable à Drago, mais après tout, aucun mangemort, fusse-t-il Severus Rogue, n'était à l'abri de perdre la faveur du Seigneur des Ténèbres. Drago ne pouvait s'empêcher d'admirer l'intelligence, l'implication et la compétence de Rogue, sans compter son favoritisme évident à l'égard de Serpentard, et appréciait peu de choses autant que la réalisation appliquée d'une potion. D'un autre côté, il lui semblait que Rogue agissait toujours selon son agenda personnel, et Drago pouvait-il réellement se fier à lui ? J'aurais bien aimé, cette année, songea Drago, les yeux scannant vaguement les majestueuses collines vertes qui se présentaient à lui par la vitre du train. Mais le Seigneur des Ténèbres avait été clair : Drago ne devait en parler à personne.

Mal à l'aise, Drago apprécia grandement la distraction qu'offrit le retour de Blaise, qui fit un bruit extraordinaire en heurtant le coin à bagages. Qu'est-ce que…songea-t-il en fixant les valises qui semblaient remuer toutes seules. Immédiatement, Drago songea à Potter. Quand quelque chose d'étrange arrivait aux alentours de Poudlard, c'était toujours lui la cause : ce type n'aimait pas l'anonymat. Il aura trouvé un moyen de se dissimuler pour venir nous espionner, songea Drago. Il ne peut pas s'empêcher de se mêler de ce qui ne le regarde pas, hein ? Ça n'aura pas suffi de faire emprisonner mon père ? Eh bien, qu'il reste ici quelques temps. J'ai d'autres projets pour lui, pensa-t-il avec délectation.

- Alors Zabini, qu'est-ce que Slughorn voulait ? Demanda-t-il en jetant un autre coup d'œil aux valises.

- Il essayait simplement de se faire bien voir par les fils de bonne famille, répondit Zabini qui continuait de lancer à Goyle des regards furieux. Mais il n'a pas réussi à en trouver beaucoup.

Des fils de bonne famille sang-mêlé, c'est sûr que c'est moins prestigieux, mais c'est la nouvelle coqueluche on dirait, songea Drago avec amertume.

- Qui étaient les autres invités ? demanda-t-il.

- McLaggen, de Gryffondor.

- Ah ouais, son oncle est une huile du ministère. Dommage qu'il n'ait pas assez de cervelle pour être préfet, bien que ça n'en demande pas beaucoup. Même Potter n'en n'a pas été jugé digne, lança Drago en direction du casier à bagages.

un autre qui s'appelle Belby, de Serdaigle…Reprit Blaise.

- Ah non, pas lui, c'est un abruti ! s'exclama Pansy.

Drago eut un rictus amusé.

- C'est peut-être bien le seul point commun à tous ceux qui sont convoqués dans ce club, lança-t-il en direction de Zabini.

- … et aussi Londubat, Potter et la fille Weasley, acheva Zabini en ne relevant pas la pique de Drago.

A la mention de Londubat, Drago eut un sursaut indigné. Non seulement il n'avait rien de spécial, mais en plus il était complètement inapte, quelle que soit la matière. La définition même de l'insignifiance, songea Drago.

- Il a invité Londubat ?

- J'imagine, puisqu'il était là, dit Zabini d'un air indifférent.

- Potter, le précieux petit Potter, ça évidemment, il voulait voir à quoi ressemble l'Élu, poursuivit Drago en regardant une fois de plus sur le côté avec un rictus méprisant, mais Weasley au féminin ? Fit Drago d'un ton sceptique.

- Elle est populaire parmi les mecs, assura Pansy en jetant à Drago un regard en biais pour voir sa réaction. J'ai du mal à comprendre pourquoi, mais même Blaise se rince l'œil à l'occasion, ajouta-t-elle d'un ton dégoûtée.

Drago haussa les épaules, peu désireux de se lancer dans l'éloge de Weaslette quand Potter écoutait avidement.

- Vu la famille qu'elle se tape, ça ira, affirma Zabini avec froideur, et Pansy parut satisfaite.

- Le mauvais goût de Slughorn me fait pitié. Peut-être qu'il devient un peu gâteux. Dommage, mon père, qui était un de ses élèves préférés, a toujours dit -qu'il était un bon sorcier en son temps. Il a intérêt à être à la hauteur de Rogue. Et son club doit être chiant à mourir, bailla Drago.

- On sait bien que tu meurs d'envie d'y aller, ricana Blaise. Quand je suis arrivé, il m'a demandé des nouvelles du père de Nott. Ils étaient amis, apparemment, mais quand il a appris qu'il avait été arrêté au ministère, il ne semblait pas très content et Nott n'a pas été invité. Je ne crois pas que Slughorn s'intéresse aux Mangemorts.

Evidemment, songea Drago. Pas encore, du moins, mais peut-être qu'il n'aura tout simplement plus le choix après, se dit-il.

- Personne ne se soucie de ce qui l'intéresse ou pas. Qui est-il, quand on y réfléchit ? Un imbécile de prof, rien de plus, fit Millicent, que Drago gratifia d'un coup d'œil appréciateur.

- Peut-être que je ne serai même plus à Poudlard l'année prochaine, alors qu'est-ce que ça peut me faire qu'un vieux fossile obèse m'aime ou pas ?

- Qu'est-ce que tu veux dire, tu ne seras peut-être plus à Poudlard l'année prochaine ? s'exclama Pansy d'un ton indigné en interrompant ses caresses.

- On ne sait jamais, répondit Drago avec l'ombre d'un sourire. Il est possible que…je m'occupe de choses plus importantes et plus intéressantes.

Crabbe et Goyle restèrent bouche bée : apparemment, ils n'avaient pas la moindre idée de ce que pouvaient être ces choses plus importantes et plus intéressantes que projetait Drago. Même Blaise trahissait une curiosité qui tempérait l'expression hautaine de ses traits. Pansy, la mine ahurie, recommença à caresser lentement les cheveux de Drago.

- Tu veux dire… Lui ?

- Je savais bien que tu nous cachais quelque chose, déclara Blaise d'un ton désapprobateur.

Drago sentit son cœur se gonfler de fierté. Tu écoutes bien, Potter ? Tu réalises que tu n'as plus d'Aurors pour te protéger ici ? Songea Drago avec jubilation.

- Ma mère veut que je finisse mes études mais personnellement, je ne crois pas que ce soit si utile, de nos jours. Réfléchissez un peu… Quand le Seigneur des Ténèbres aura pris le pouvoir, vous croyez qu'il s'occupera de savoir combien de BUSE et d'ASPIC chacun peut avoir ? Bien sûr que non… Ce qui comptera, c'est le genre de services qu'on lui aura rendus, le degré de dévotion qu'on lui aura montré.

- Et tu crois que toi, tu seras capable de faire quelque chose pour lui ? demanda Zabini d'un ton cinglant. Seize ans et même pas encore diplômé ?

- Ne joue pas les Granger, Blaise. Je viens de te le dire, non ? Peut-être qu'il s'en fiche que je sois diplômé ou pas. Peut-être que le travail qu'il veut me confier ne nécessite pas de diplôme, répondit Malefoy à voix basse, suffisamment basse pour qu'Harry le prenne au sérieux.

Crabbe et Goyle avaient tous deux la bouche ouverte comme des gargouilles. Pansy, impressionnée, le fixait avec une telle intensité qu'il se dégagea d'elle.

- J'aperçois Poudlard, annonça-t-il. Il est temps de mettre nos robes.

Drago ouvrit méthodiquement sa valise, prenant garde à appuyer avec autant de force que possible sur l'espace censé être vide à côté de lui. Un bruit étouffé confirma ses soupçons. Il en sortit une cape noire en velours fourrée, qu'il déplia avec soin. Il se l'attacha lentement au cou, décourageant Pansy du regard qui tentait de l'aider. Blaise lui fit signe, mais Drago avança la tête pour signifier qu'il partirait en dernier. Ce qui va suivre ne concerne personne d'autre que toi, Potter, songea Drago qui sentait déjà la colère refluer dans ses veines.

- Avance, Pansy, je vous rejoins, fit Drago sans même voir la main qu'elle lui tendait, le regard fixé sur le casier à bagages.

Elle sortit d'un pas brusque, le laissant enfin seul. Drago sortit sa baguette d'une main leste et lança un Petrificus Totalus bien senti à l'endroit qu'il guettait depuis un bon moment. La magie révéla bien sûr Potter, qui s'étala lamentablement aux pieds de Drago, une expression figée stupide sur le visage.

- C'est bien ce que je pensais, jubila-t-il. J'ai entendu la valise de Goyle te cogner. Et j'ai cru voir passer un éclair blanc après le retour de Blaise…Tu as l'air pathétique Potter, mais j'imagine que ça ne change pas vraiment de d'habitude, conclut Drago d'un ton dégoûté.

Ses yeux s'attardèrent un instant sur les baskets de Harry.

- Je suppose que c'était toi qui bloquais la porte quand Blaise est revenu ? Ecouter aux portes Potter, c'est vraiment bas, même de ta part. La vie est ennuyeuse pour l'Elu, hein ? Pourtant tu as appris à parader en public depuis que tu n'as même pas un an, Potter.

Il observa Harry un moment.

- J'espère que nos petites conversations t'ont bien plu. Bien sûr, tu aurais pu aller tout répéter aux deux imbéciles qui te suivent en permanence, mais je ne crois pas que tu le feras, parce que ta destination, là, maintenant, c'est Londres, l'informa-t-il d'une voix faussement plaisante.

Il lui donna un violent coup de pied en plein visage.

- De la part de mon père. Tu mérites plus que ça, c'est sûr, constata Drago d'une voix placide.

Peut-être que je devrais le tuer, songea Drago. Peut-être que c'est l'occasion, là, tout de suite. Après tout, c'est Son but, non ? Son cœur se mit à battre très vite, tandis qu'une sueur glacée lui coulait le long de la colonne vertébrale. Il n'aurait qu'à lever sa baguette et… Il avait déjà exécuté ce sort, sur des animaux, ainsi que Bellatrix le lui avait ordonné. Un coup de baguette, et plus de Potter, plus de risque que son père ou pire, sa mère, aillent en prison, plus d'entrave aux plans du Seigneur des Ténèbres, plus de rappels incessants de cette humiliation il y a cinq ans, de cette politique pro-moldue ridicule, de matchs de Quidditch perdus pour Serpentards, d'apartés privés avec Dumbledore, de favoritisme constant de la part de presque tous les profs, de succès intempestifs contre le Seigneur des Ténèbres uniquement dus à la chance… Peut-être même que son père apprécierait cette prise d'initiative. Mais la réalité frappa Drago. Le Seigneur des Ténèbres le veut. Ce n'est pas mon rôle, décida-t-il en baissant sa baguette, sans s'avouer que le refus de tuer avait pris le dessus.

- Je n'ai pas envie de revoir ta tronche d'Elu si rapidement que ça, Potter. Alors je te laisse apprécier le voyage retour, termina Drago d'une voix saccadée, encore sous le coup de ce qu'il venait de vivre, couvrant Harry pour ne pas qu'il soit découvert trop vite.

Il sortit du train d'un pas preste, le froid dynamisant sa démarche. Il entendit remuer derrière lui, mais refusa de se retourner, tout à ses pensées. Avait-il pris la bonne décision ? N'avait-il pas été faible, comme son père le lui répétait en permanence ? En attendant, son attitude l'a mené en prison, pensa Drago pour se convaincre qu'il avait bien agi. Ouvrant les portes de Poudlard, évitant le regard ulcéré de Rusard et résistant à l'envie de mettre un coup de pied à son chat qui miaulait plaintivement, il posa ses valises et entra dans la grande salle où chacun s'était assis. Saisissant d'office le siège réservé pour lui par Pansy au milieu de la table, il s'assit, satisfait de retrouver la grande salle et ses mille lumières. Son estomac fit un grand bruit, masqué par le discours du Choixpeau.

- Qu'est-ce que tu foutais, chuchota Pansy, tandis Blaise et les autres tournaient également la tête vers Drago.

- Vous le verrez bien assez tôt, fit Drago dans un rictus satisfait.

Au bout de quelques minutes, Harry entra dans la grande salle à son tour, le nez en sang. Evidemment, Potter avait réussi à revenir pour leur plus grand déplaisir, mais après tout Drago avait l'habitude. A son expression défaite, Drago fut assuré que Potter avait bien compris le message. Cette année ne serait pas une partie de plaisir pour Drago, mais aussi pour Potter, qu'il en soit bien certain. L'air affolé de Granger confirma sa victoire au Serpentard.

- Ce salopard s'était caché dans notre compartiment. Je crois qu'il évitera de nous espionner, maintenant, assura Drago

- Bien joué mec, reconnut Blaise en fixant Harry, un sourire en coin.

Tous se tournèrent vers lui une nouvelle fois, l'air confiants. Drago avait toujours pris les choses en main lorsqu'il s'agissait de remettre Potter à sa place, ils le savaient, et c'était plus nécessaire que jamais : le Choixpeau magique parlait déjà de dissensions et de loyauté, ce que Drago trouva hypocrite. A Poudlard, on ne choisissait pas sa loyauté : ne pas être du côté de Dumbledore signifiait forcément être un mangemort. Qu'ils le disent, songea Drago. Qu'ils parlent du Seigneur des Ténèbres au lieu de taire son nom. L'air effrayé des Poufsouffle le fit sourire. Il dirigea son regard vers Rogue, qui venait d'apparaître, étonnamment, en même temps que Potter. Drago s'attendait à un regard désapprobateur de la part de son ancien professeur de potions, qui devait avoir compris ce qu'il s'était passé dans le train, mais au contraire, il lui fit un léger clin d'œil. Drago détourna la tête, incertain de savoir comment réagir. A ce moment-là, Dumbledore annonça que Rogue allait être professeur de défense contre les forces du mal, et chacun applaudit fort à la table des Serpentards.

- Autre chose à présent, disait Dumbledore comme tout le monde le sait dans cette salle, Lord Voldemort et ses partisans sont à nouveau en liberté et se renforcent de plus en plus.

Appréciant les regards admiratifs de ses camarades, Drago releva la tête et bomba le torse. Potter le fixait avec indignation et Drago prit bien soin de maintenir une façade nonchalante. Cette école, c'était son terrain de jeu. Aucune raison que ça change, pensa-t-il en embrasant la salle du regard.