Disclaimer : Les personnages et l'univers de Star Wars sont la propriété de beaucoup de monde, mais certainement pas la mienne.


Mustafar - 19 av BY

Et moi Anakin, qui m'a aidé ? Qui m'a aidé quand mon monde s'est effondré ? Quand mon maître a piétiné douze années d'apprentissage et de complicité en une simple phrase. Quand celui que j'aimais comme un père est mort dans mes bras, alors que nous n'avions pas eu le temps de nous pardonner. Quand j'ai tué son assassin en dansant si près du côté obscur qu'il m'a fallu puiser au plus profond de moi pour ne pas céder et me refondre dans l'étreinte lumineuse de la Force.

Qui m'a aidé quand à peine devenu chevalier, sans jamais avoir l'honneur de voir mon maître couper ma tresse, je suis également devenu un enseignant, portant avec moi la responsabilité d'un enfant ? Un enfant qui n'a jamais été formé au temple et à qui il a fallu tout apprendre. Un enfant qui n'a jamais vraiment compris les fondements du code Jedi, parce qu'il avait grandi dans l'étreinte rassurante d'une mère.

Qui m'a aidé quand j'essayais de te faire surmonter ton passé d'esclave et la perte de tes repères, tout en tentant désespérément de t'inculquer les préceptes du temple, pour lesquels tu avais si peu d'intérêt ? Qui m'a aidé face au regard réprobateur du conseil quand, à chacune de tes frasques, je prenais sur moi d'assumer tes égarements ? Qui m'a aidé quand je me sentais seul face à mes doutes et mes incertitudes ?

Je n'étais pas prêt pour ça Anakin ! Et j'ai fait des erreurs, de nombreuses erreurs. Mais j'ai fait du mieux que j'ai pu. J'ai toujours placé ton éducation et ton bien-être avant toute chose. J'ai toujours essayé de faire ce qui était bon pour toi.

Et je me suis trompé Anakin. J'aurais dû comprendre que tu avais besoin qu'on t'apprenne à gérer tes attachements, plutôt de fermer les yeux sur ceux-ci. J'aurais dû mieux te dire que laisser partir ne signifie pas cesser de ressentir, mais accepter la perte.

Il y a tellement de choses que je n'ai pas su voir, et d'autres que je pensais anodines et qui ne l'étaient pas. J'ai voulu t'enseigner comme Qui Gon m'avait enseigné et j'ai mis du temps à comprendre que toi et moi devions trouver nos propres marques.

Est-ce que Qui Gon aurait été un meilleur maître, comme tu aimais si souvent le clamer ? Peut-être. En tout cas bien plus expérimenté que moi. Mais Sith Anakin ! Est-ce que je n'ai pas le droit moi aussi de ne pas savoir ? De me tromper ? De trébucher ? Tu me reproches d'être ce Jedi « parfait », tout en critiquant chacune de mes imperfections. Ai-je jamais fait quoi que ce soit qui soit à la hauteur de tes attentes ? Je ne suis pas sans faille Anakin, je ne l'ai jamais été.

Mais il y a une chose que je t'interdis de me reprocher : c'est ne pas t'avoir aimé. Je t'ai aimé Anakin, tellement. Parce j'étais incapable de faire autrement. Parce qu'on ne peut pas ne pas aimer un enfant qu'on veille une nuit entière parce qu'il a attrapé la grippe corellienne. On ne peut pas ne pas s'attendrir quand une personne vient chercher le soir une chaleur rassurante, pour faire face à la peur d'un monde trop nouveau pour elle. On ne peut pas ne pas s'attacher à un garçon à qui l'on tente d'enseigner tout ce que l'on sait et pour lequel on ressent de la fierté à chacun de ses progrès.

Tu dis que je ne me souciais pas de toi, mais je me suis mordu la langue à de nombreuses reprises pour ne pas te demander d'explications immédiates. Parce que j'avais peur de te brusquer. Parce que je gardais l'illusion qu'il ne te fallait que du temps et que tu finirais par t'ouvrir à moi. Tu vois Anakin, je n'ai rien du Jedi parfait. Je me suis laissé aveugler par mon amour et par l'illusion que tu comprenais que mes actions envers toi étaient dictées avant tout par l'affection. Je te disais de laisser tomber tes attachements, sans y réussir très bien moi-même.

Je t'ai manqué et j'en suis terriblement désolé. Mais Anakin, mes erreurs valent-elles la vie de milliers de Jedis, l'asservissement de la république, l'abolition des libertés ? Mes erreurs valent-elles la destruction de ta compassion, de ton amour, de notre amitié ?

J'aurais pu tout te pardonner Anakin, tout. Mais ça, ça c'est au-delà de toi et moi. C'est au-delà de tout ce que j'aurais pu imaginer. Quand je te regarde, je ne vois plus rien du jeune Jedi épris de liberté et de rêves d'héroïsme. Je ne vois plus que la destruction et la haine.

Tu dis avoir fait ça pour sauver Padmé, mais aimer quelqu'un Anakin, ce n'est pas posséder cette personne. C'est faire preuve de respect, de confiance et d'abnégation. C'est aimer l'autre pour lui-même. Où était ton amour lorsque tu as détruit tout ce en quoi Padmé croyait ? Tout ce pour quoi elle se battait avec une telle force et un tel désintéressement. Où était ton amour lorsque tu as usé de la Force pour étrangler ta femme, sous prétexte que les crimes commis en son nom l'ont trop choquée pour qu'elle te suive dans cette descente vers l'obscurité ?

J'aurais aimé que tu me demande mon aide Anakin. J'aurais aimé être là pour toi. Peut-être ma façon de t'aider n'était pas aussi attrayante que les belles paroles de Palpatine, mais au moins elle était sincère, elle l'a toujours été.

Tu penses que je ne peux pas comprendre ta détresse face à la perte de ta mère, ou à l'idée de voir mourir Padmé. Mais quelle partie penses-tu que je ne puisse pas saisir ? Ce que c'est de voir mourir un parent sous ses yeux impuissants et de devoir faire face à la colère ? Ou bien ce que l'on ressent lorsque l'amour de notre vie meure dans nos bras, parce que l'on s'est trouvé incapable de l'empêcher ? Crois-tu vraiment, après Qui Gon, après Satine, après tant d'autres, que j'ignore ce que tu peux ressentir ? Que toi seul fais face aux affres de la douleur des sentiments ? Que tu es si différent de moi, des autres Jedis ?

Oui Anakin, tu n'as jamais été un Jedi comme les autres. Et oui, c'était à la fois gratifiant pour toi et un terrible poids à porter. Tu m'en voulais à moi de te traiter comme tout le monde et tu en voulais aux autres de marquer la différence.

Peut-être n'étions-nous pas, l'ordre, les Jedis, moi, assez bien pour toi. Peut-être méritais-tu plus, ou du moins quelque chose de différent. Peut-être aurais-tu pu plus facilement trouver le bonheur dans la vie civile. Mais j'ai beau chercher, je peine à trouver des excuses à la hauteur des horreurs que tu as commises.

Je t'aimais, tu étais mon frère Anakin et aujourd'hui mon cœur brûle de voir ce que le côté obscur a fait de toi...

- Je te hais !