Rating : T ? La mort vaut bien au moins ça.
Genre : Douleur, Tragédie, Songfic, Romance ?
Pairing : Sterek
Disclaimer : Tout l'univers de la série appartient à Jeff Davis. Et la chanson est à Jin.
Spoiler : Je dirais que l'action se situe après la fin de la saison 2 (merci le wiki)
Avertissement : Je n'ai vu que les quatre premiers épisodes de la série. Donc oui, ça risque de se sentir (OOC potentiel). Je connais simplement les grandes lignes de la série et j'ai appris à connaître et aimer ses personnages à travers les fanfics.
Par ailleurs, j'ai été prise d'inspiration soudaine en réécoutant Kagerou Days (que je vous conseille d'aller écouter aussi après la lecture de cette fic [no spoiler] si vous ne l'avez jamais entendue et dont j'ai emprunté certaines paroles*) et voilà ce que ça a donné.
Ceci est donc mon premier Sterek.
15 août
La chaleur était étouffante. Au point qu'il en avait du mal à respirer.
Derek Hale, loup-garou de son état, mourrait littéralement de chaud. Fait peu commun.
Difficilement, il sortit un bras de son lit et attrapa son téléphone.
« 15 août – 12h28 »
Voilà ce qu'indiquait l'écran.
Poussant un grognement, le loup se leva légèrement hagard. Il avait trop dormi. Cela arrivait rarement car il préférait se lever tôt pour aller courir ou faire de l'exercice. Fait inhabituel, il s'était rendormi. La journée commençait mal. Toutefois, dans cette chaleur suffocante qui faisait presque cuire le béton, il se voyait mal s'adonner à sa pratique quotidienne. Les vapeurs d'asphalte étaient trop fortes pour son odorat et lui donnait mal à la tête quand il devait inspirer plus vite ou plus fort.
Foutu été.
Il mit ce qui lui parut une éternité à se lever et à se diriger vers son coin salle de bain pour se passer de l'eau sur le visage.
Mieux. L'eau fraîche lui faisait décidément du bien.
Après s'être débarrassé de sa sueur nocturne, il enfila rapidement quelque chose de léger et sortit faire le tour de la ville. Stiles, gamin agaçant au possible, appelait ça « sa patrouille »… Ce qui, apparemment, « ne sied guère à un loup grincheux, déjà arrêté. Sérieusement Sourwolf, c'est le travail de la police. Arrête de rôder, tu fais peur aux enfants. ».
Derek ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel face au souvenir tandis qu'un micro sourire prenait place sur ses lèvres. Oui, le môme savait se montrer pénible. Il avait rétorqué sans hésiter que la police n'était pas capable de repérer des traces de surnaturel, elle. Stiles avait gardé le silence deux minutes (un nouveau record pour le jeune Hale) avant de se remettre à parler à tort et à travers, dissertant à propos de tout et de rien. Foutu gosse.
Il déposa sa voiture dans le centre-ville et décida de parcourir le reste à pied, afin de profiter du temps radieux.
C'était définitivement ce qu'on appelle une belle journée. Le soleil bien haut dans le ciel, aucun nuage à l'horizon et le crissement des cigales qui accompagnait chacun de ses pas.
Il marcha longtemps dans la chaleur étouffante de l'été, passant par les coins et les recoins de Beacon Hills qu'occupent les lycéens dont il s'était vu attribuer la charge, bien malgré lui. En milieu d'après-midi, quand il arriva face à la maison de l'hyperactif, il fut surpris de trouver la Jeep mais de n'entendre aucun battement de cœur dans la maison des Stilinski.
Un peu curieux, quoiqu'il ne l'avouerait jamais, le brun reprit sa marche en quête du jeune homme. Après tout, il s'ennuyait et l'autre était la meilleure source de distraction possible. Son babillage permanent était devenu une constante de sa vie, un fond sonore, qui, bien qu'il soit désagréable au début (et même encore maintenant, en étant tout à fait franc), avait quelque chose d'immanquablement rassurant. Il l'accompagnait dans des moments difficiles (sous-entendu : quand il se retrouvait blessé/en danger/presque mort – pas la peine de rayer une mention inutile, il n'y en a pas) depuis plusieurs mois et avait un petit quelque chose d'apaisant à force d'être écouté.
Non vraiment, il n'avait pas grand-chose de mieux à faire. Les autres étaient occupés et c'était un peu moins drôle de leur grogner dessus.
Étonnamment, il mit un bon quart d'heure à retrouver le jeune humain, pourtant non loin de chez lui. Stiles était assis sur une vieille balançoire, un peu rouillée, dans un petit parc déserté par les enfants qui préféraient sûrement se ruer dans la piscine municipale en ce moment même. Le brun traversa rapidement la route le séparant de l'hyperactif. Arrivé près de lui, Derek remarqua que celui-ci tenait dans ses bras un chat noir face auquel le loup ne put s'empêcher de froncer les sourcils.
Il n'aimait pas trop les chats.
L'humain leva la tête à son approche et eut un léger sourire face à sa grimace caractéristique.
« Bah alors, Sourwolf, on n'aime pas les chats ? C'est cliché pour un grand méchant loup comme toi.
Derek roula des yeux avant de répliquer :
- Rien à voir avec le chat, c'est voir ta tête qui me fait cet effet-là. »
Mensonge éhonté mais il ne laisserait pas le mot de la fin à l'hyperactif. Question de principe.
Il prit place à ses côtés, sans un mot de plus. Étonnamment, Stiles ne dit rien non plus pendant de longues minutes. Fait anormal.
Le silence lui convenait, normalement, mais sous l'éclat des rayons de soleil et la chaleur persistante, au côté du jeune homme qui ne disait rien et qui semblait si plongé dans ses réflexions qu'il paraissait absent de la réalité, le brun ne put se retenir très longtemps.
« Tout va bien ? lui demanda-t-il.
Il avait pris l'habitude de s'inquiéter un peu pour le môme. A force de se sauver l'un l'autre plusieurs fois, il avait appris à avoir confiance en lui et à le tolérer. Il irait même jusqu'à dire, tant que le type en question n'était pas dans les parages, qu'il l'appréciait.
- Non. Je crois que je déteste l'été, répondit l'adolescent, les yeux dans le vague et sa main caressant toujours le chat.
Derek sentit bien qu'il y avait quelque chose derrière ces mots. Il se garda toutefois d'interroger Stiles et le laissa simplement parler, lui laissant le choix de poursuivre ou non la conversation, ce qui ne tarda pas à se produire.
- Ma mère est morte un jour d'été, au début du mois d'août, sous une chaleur écrasante, murmura l'hyperactif. Je me souviens qu'aucun rideau ne bougeait. Tout ce sur quoi je pouvais me concentrer à part le bruit strident du moniteur c'était le crissement assourdissant des cigales. Ça et la chaleur suffocante. Je crevais de chaud, Derek, comme aujourd'hui.
Le loup ne dit rien pendant quelques instants avant d'ajouter, presque timidement :
- Je déteste aussi la chaleur. Elle me fait me sentir malade. »
Stiles eut un petit sourire triste, comprenant sans peine ce que le brun avait tu.
La chaleur sèche avait un goût de cendre. La sueur qui coulait sur sa nuque avait des reflets d'angoisse. Le crépitement des flammes remplaçait le bruit des cigales. Et l'odeur de chaud qui régnait partout en ville lui en rappelait une autre, bien plus lourde.
Le brun ne réagit même pas quand l'hyperactif posa une main hésitante sur son avant-bras tant les souvenirs étaient vivaces. Et puis, avant d'avoir réellement conscience de ce qu'il faisait, le loup attrapa la main de l'autre et la serra un bref instant pour revenir dans la réalité.
Il se permit de faire un léger sourire, à peine perceptible, avant de se redresser.
Comprenant que Stiles était dans un de ces jours où on a besoin du soutien des autres et de leur écoute pour avancer, il lui proposa d'aller manger quelque chose de frais. L'adolescent le regarda avec des yeux ronds, ne s'attendant sûrement pas à un geste sympathique de sa part, avant de sourire tendrement. Derek supposa qu'il avait compris lui aussi quelque chose. Probablement qu'il pouvait compter sur lui pour lui prêter un peu son épaule pour pleurer, juste aujourd'hui. Parce que Derek savait assurément ce qu'il ressentait.
Il lui tendit la main pour l'aider à se mettre debout et l'hyperactif la saisit, sans hésiter. La chaleur contre sa paume était agréable contrairement à celle qui les entourait et le loup ne put s'empêcher de serrer la main un peu plus fort. Stiles se mit donc debout, le chat toujours dans les bras. Du moins jusqu'à ce que dernier s'échappe.
Un peu par automatisme, le jeune homme se mit à le poursuivre, sa main glissant de celle de Derek. Il s'était déjà éloigné de quelques mètres avant que l'autre prenne conscience de la situation. Pris d'un mauvais pressentiment, le loup s'élança à la suite de l'humain.
Il tenta de le rattraper et, en toute logique, il devrait y arriver facilement au vu de ses capacités. Mais, il n'y parvint pas. Au loin, il entendit un bruit de roulement. Quelque chose de lourd fonçait dans cette direction. Il tenta vainement d'accélérer. Il tenta de l'appeler, hurlant son nom et lui criant de ralentir, de laisser le chat. Mais rien n'y fit.
Ce fut comme si la scène se passait au ralenti.
Le chat s'élance sur le passage piéton.
Stiles le suit.
Le feu est d'un rouge écarlate.
Sa main est à quelques centimètres de la sienne. Plus loin, juste un peu plus.
Le klaxon rugit puissamment.
L'impact est bruyant, tonitruant, assourdissant.
Et sa main est projetée très loin de la sienne.
L'air se teinte d'une insoutenable couleur rouge.
Et le corps valdingue sur plusieurs mètres.
Le chat disparaît. Le décor disparaît. Tout disparaît.
Ne reste plus que l'odeur insupportable du sang qui se mêle à l'odeur pourtant si douce et familière.
Ne reste plus que le goût métallique qui imprègne sa langue.
Ne reste plus que l'image de son corps, fragile et brisé, qui repose dans un angle bizarre sur le bitume.
Ne reste plus que la sensation de chaleur persistante au creux de sa main qu'il ferme et rouvre compulsivement.
Et enfin, ne reste plus que le silence. Plus le moindre battement de cœur.
Puis vint le hurlement guttural. Le rugissement de peine et la rage qui brûle le sang.
Et Derek réalisa. Il réalisa que le son venait de sa bouche, grande ouverte, qu'il n'arrivait pas à refermer.
Il avait mal. Il souffrait, comme brûlé au fer rouge. Incapable d'avancer.
L'odeur et la douleur l'étranglèrent peu à peu, le rendant muet. Mais son sang, son sang, lui, battait furieusement à ses tempes. Ses yeux se brouillèrent de larmes qu'il ne vit pas.
Et alors que son corps n'était plus que douleur, comme si c'était lui qui avait été percuté, il entendit comme un chuchotement monter dans la chaleur de l'été.
« Tout cela est bien réel. »
Le monde s'évanouit tandis que ses yeux se fermaient sous la lumière de l'été et le chant perturbant des cigales retentit de nouveau.
Il hurla le prénom qu'il avait au bord des lèvres. Ce prénom qui se répercuta dans un drôle d'écho, courant le long des murs. Il se redressa dans son lit, complètement en sueur, le souffle court et la poitrine comprimée dans un étau douloureux.
Le tic-tac rassurant d'une horloge résonnait dans la pièce.
Il s'assit prudemment et observa ses mains prises de tremblements.
Son téléphone indiquait « 14 août – 12h04 ».
Il expira un souffle tremblotant et plongea son visage dans ses mains.
Ce n'était rien, il avait simplement fait un cauchemar.
Pourtant, lorsqu'il passa ses mains sur ses joues, il sentit des larmes bien réelles et le sel sur ses lèvres avait un arrière-goût d'amertume.
Il revit pendant de longues minutes le corps de l'adolescent voler devant ses yeux sans qu'il ne puisse rien n'y faire. Le goût de sang envahit sa bouche d'un coup et il s'aperçut que ses canines étaient sorties et avaient percé sa lèvre.
Il prit une grande inspiration et saisit son portable, incapable de contrôler ses gestes. Ses doigts firent défiler les noms sur l'écran jusqu'à ce qu'il trouve celui tant désiré (intitulé sobrement « Crétin n°1 ») et que la sonnerie retentisse. Les tonalités lui parurent interminables tandis que son genou commençait à s'agiter violemment. Une litanie de « décroche, décroche, décroche » envahit bientôt le silence. Pas la messagerie. Pitié pas la messagerie.
« Allô ? bougonna une voix ensommeillée.
- Stiles ?
- Le seul, l'unique.
Derek ne put s'empêcher de lâcher le souffle qu'il retenait jusque-là.
- Derek ? interrogea la voix du jeune homme. Il y a un problème ? Un kanima à battre ? Un chasseur fou sur ton dos ? Un vampire en ville ? Oh mon dieu, est-ce que les vampires existent ? Si oui, je te jure que je serai vraiment très déçu s'ils brillent comme des boules à facettes au soleil. Non mais quelle idée de merde quand même. Comment est-ce qu'on a pu passer d'une créature qui tombe en poussière au soleil à une créature qui brille ? A moins qu'ils tombent en poussière de diamant… Non, même comme ça, ça n'a aucun sens.
- Stiles, l'interrompit le loup en poussant un léger grognement, bien qu'il soit soulagé d'entendre de nouveau le babillage. Les vampires ne brillent pas au soleil. D'où diable sors-tu cette idée ?
- Décidément, je vais finir par croire que tu vis vraiment dans une tanière Big Bad Wolf… Remarque, on peut comparer ta garçonnière à-
- Stiles, n'essaye même pas de finir ta phrase ou je t'égorge avec mes dents.
- On va éviter ça. Et du coup, pourquoi tu m'appelles ?
- Pour rien.
- Donc ma douce voix suave te manquait juste ? C'est mignon, Big Guy, je suis touché. Je savais que tu m'aimais bien malgré tes sourcils froncés et tes grognements… Et ta manie de me plaquer contre un mur. Oh mon dieu, est-ce que c'est l'équivalent de tirer les couettes de son amoureuse en maternelle ? Tu tires mes couettes, Sourwolf ?
- Mais qui m'a fichu ça dès le matin, sérieusement, grogna Derek.
- Je dirais… Toi-même. Après tout, c'est toi qui m'appelle.
- Oui bah justement, je vais raccrocher.
- Oh non, déjà ? Je suis déçu, vraiment déçu. Je pensais enfin entendre ta grande déclaration d'amour au télépho-
- Vraiment Stiles ? Vraiment ?
Pendant un instant, seul le rire de l'autre lui répondit et Derek ne put s'empêcher de pousser un soupir de soulagement. Il allait raccrocher mais au dernier moment, son rêve lui revint en mémoire et il laissa glisser doucement :
- Stiles ?
- Oui Derek ?
- Si jamais ça ne va pas… Je… Je suis là. Tu sais, si Scott est encore fourré avec Allison, et que tu cherches quelqu'un à qui parler…
L'autre garda quelques instants le silence, sûrement légèrement surpris. Et alors que Derek commençait à maudire son rêve en se disant que l'hyperactif allait se foutre de lui, Stiles répondit doucement :
- Merci, Derek. Merci d'être là. »
Quoi qu'étonné de l'absence de sarcasmes ou de moqueries, le loup ne put faire autre chose que sourire tendrement, à l'abri des regards. Il n'ajouta rien de plus et se contenta de raccrocher. Rassuré, il vaqua à ses occupations le reste de la journée.
Le lendemain, Derek se réveilla une fois de plus en nage.
Avec appréhension, il saisit son téléphone. « 12h28 »
Son cœur fit une violente embardée et son estomac tomba dans ses talons. Il allait commencer à paniquer quand il vit qu'il avait un nouveau sms. Crétin n°1 lui avait écrit. « Salut Sourwolf, aujourd'hui ça va pas fort. Je crois que j'ai besoin de parler de certaines choses mais je n'arrive pas à joindre Scott. Ton offre tient toujours ? »
Le cœur battant désormais à cent à l'heure, Derek lui demanda où il pouvait le retrouver. Quand la réponse du gamin lui parvint, il se jeta hors de son lit et s'habilla en quatrième vitesse. Il savait que le rêve lui montait à la tête mais Stiles était dans ce foutu parc. Et quoi que soit ce rêve, réalité, prémonition ou juste sixième sens surdéveloppé, le loup ne voulait pas prendre le moindre risque. Alors il conduisit aussi vite qu'il le put jusqu'au petit parc.
Une fois arrivé, il prit le temps de rationnaliser et d'éloigner sa panique. Il devait être environ treize heures. Dans son rêve, le camion avait fauché Stiles bien plus tard, vers dix-sept heures. Tout allait bien se passer. Il allait retrouver l'adolescent, écouter ce qu'il avait à lui dire, quoi que ce soit, et ils rentreraient tous les deux chez eux tranquillement.
Quand il arriva, il trouva le jeune homme assis sur un banc. Il se leva à son approche et tenta un sourire un peu cassé. Ses yeux étaient humides et Derek sut de quoi il allait lui parler.
Tout se passa comme dans son rêve. Seulement, cette fois-ci, pas la moindre trace du chat. Cela rassura considérablement le loup qui se détendit un peu pour la première fois de la journée. Il en arrivait même au point d'enfin oublier la chaleur étouffante.
Il écouta donc tout ce que l'hyperactif voulu bien lui confier, serra sa main dans la sienne en se jurant de ne pas la lâcher aujourd'hui, quoiqu'il arrive. Il autorisa même un sourire serein à venir se frayer un chemin sur son visage et continua de discuter avec Stiles, parlant de tout et de rien, celui-ci riant et le charriant beaucoup. Le soulagement le faisait se sentir bien et le climat de confiance régnant entre eux lui permettait d'être à l'aise et de ne pas se renfermer contrairement à d'habitude. Il était sûr que le garçon l'avait remarqué. Pourtant, il n'avait rien dit par rapport à ça et quelque part, Derek lui en était reconnaissant.
Au bout d'un moment, sur le ton de la confidence, Derek se permit même de lui parler de son rêve de la veille.
« Tu sais, c'est étrange. J'ai rêvé hier que nous étions dans ce même petit parc.
- Donc tu rêves de moi, Sourwolf, remarqua malicieusement Stiles.
- Oui, enfin tu sais, si c'est pour faire ce genre de rêve à propos de toi, je m'en passerais bien.
- Pourquoi ? Ça finissait en rêve érotique ? demanda-t-il en remuant les sourcils explicitement.
- Non. Tu te faisais renverser par un camion.
- Berk. Voyons Derek, je savais que tu ressentais des envies de meurtres à mon encontre mais de là à rêver que je meurs écrabouillé, je trouve que tu pousses le bouchon un peu loin ! dit-il en arborant un faux-air sérieux.
- C'est pas drôle, crétin !
- Donc ça t'a bouleversé ?
- Je ne dirais pas ça non plus, lança le brun, dédaigneusement.
Mais au souvenir de son rêve, il ne put empêcher un frisson de le parcourir. Alors il reprit :
- Oui. Ça m'a bouleversé, en quelque sorte. Ça avait l'air tellement réel…
- Eh ! Tout va bien Big Guy. Je suis là, tu es là, on va bien, répondit l'autre en posant sa main sur son épaule. »
Derek allait acquiescer quand il le vit. Son cœur s'arrêta et un frisson glacé parcourut son corps malgré la température extérieure. La chaleur le fit de nouveau suffoquer et déjà, il avait l'impression de sentir l'odeur du sang et de voir la scène se colorer de rouge.
Le chat trottinait lentement vers eux. Stiles se leva et alla le caresser pendant que Derek semblait s'être statufié sur place. Son regard tomba sur l'écran de son portable. « 16h17 »
Il avait le temps. Il pouvait le faire !
Derek se leva brusquement et, ce faisant, il fit peur au chat. Celui-ci commença à s'éloigner vers la route et Stiles allait pour le suivre mais le brun attrapa fermement son poignet avant qu'il ne se mette à courir.
« Rentrons à la maison. » dit-il simplement. L'hyperactif se contenta d'acquiescer, voyant bien que Derek était perturbé, et il se laissa entraîner.
Ils marchaient depuis à peine quelques minutes vers la maison des Stilinski, toujours dans la chaleur étouffante de l'été et le chant des cigales les accompagnant, lorsque le loup entendit un drôle de bruit. Comme de la tôle qui se froisse. Un bruit de câblage ou d'élastique qui lâche. Il chercha la source du bruit aux alentours et vit un chantier non loin d'eux. Il commença à s'en approcher pour voir s'il ne pouvait pas aider discrètement. Puis il entendit une femme hurler et retourna prestement vers elle. Elle pointait quelque chose dans le ciel, complètement horrifiée. D'autres personnes s'étaient arrêtées et affichaient cette même expression.
Une fois de plus, le temps sembla s'étirer.
Il sentit sa prise sur le poignet de Stiles être défaite. Et avant qu'il ait pu réagir, il fut projeté assez loin en avant. Dans sa chute, il se retourna.
Il aurait aimé ne pas le faire.
Une poutre d'acier tombe du ciel et transperce son corps frêle.
Son cri déchire une fois de plus l'air et les larmes coulent sur ses joues.
L'odeur de sang est omniprésente.
Derek a de nouveau échoué.
Au loin, le crissement des cigales retentit et la chaleur vint l'étouffer.
Il eut juste le temps d'entendre un autre murmure.
« Ce n'est pas un rêve. » lui chuchote le ciel d'été.
Puis son monde s'éteignit sur la vision du sourire soulagé de Stiles, épinglé par le bout d'armature.
A son cinquième réveil, Derek programma son portable pour qu'il puisse se lever tôt le lendemain. Il s'empressa de courir chez Stiles le quinze août pour qu'il reste chez lui. Ils passèrent la journée ensemble et se rapprochèrent.
Mais Stiles mourut en tombant dans ses escaliers après qu'il soit parti. Nuque brisée.
Derek est anéanti. L'été l'empêche de respirer.
Au trente-huitième réveil, Derek chercha à s'enfuir loin de la ville avec Stiles. Une voiture heurta la sienne côté passager. Son portable affichait « 21h48 ». Il avait presque réussi.
Ce soir-là, la fumée du moteur se mêle aux vapeurs d'été.
Au quatre-vingt quinzième réveil, Derek se mit à pleurer dans les bras d'un Stiles extrêmement surpris. Il essaya de le consoler comme il put et passa deux jours à essayer de lui redonner le sourire. Toutes ses tentatives furent anéanties lorsqu'il mourut avant le seize août.
Le vent se lève et un carillon résonne au loin.
Au cent vingt-sixième réveil, Derek décida de ne pas intervenir le quinze août car il estimait que c'est lui qui était responsable du fait que Stiles finisse renversé par le camion.
S'il n'est pas là, personne ne lui demandera de se lever pour aller manger quelque chose de frais.
Derek était presque sûr de son choix. Pourtant, il ne fut pas surpris quand il reçut le message de Scott lui annonçant la mort de son meilleur ami. Le verdict tomba. Une crise de panique l'avait happé et il était tombé sur le rebord du trottoir. Traumatisme crânien.
Ce soir-là, Derek laissa exploser sa rage et dévasta son habitation.
Tout est ravagé quand il ferme les yeux.
Au cent soixante-quinzième réveil, Derek se trompa dans les dosages des médicaments de Stiles. Il pensait pouvoir lui éviter la crise de panique. Il s'était trompé et il en avait payé le prix.
Overdose.
Mort par sa faute. Il était mort par sa faute.
Le chant des cigales lui paraît bien moqueur ce soir-là.
Au deux centième réveil, il espérait sincèrement que tout serait fini. Mais Stiles mourut une fois de plus.
Il tient dans ses bras le corps brisé en se demandant où était son erreur cette fois-ci.
Sa déception n'a jamais été aussi grande depuis le début de tout ça.
Au mille quatre cents quatre-vingtième réveil, Derek se permit d'énoncer des évidences.
Stiles revivait toujours les deux mêmes jours sans jamais se douter de rien. Ce n'était pas le cas de Derek. Et plus il en apprenait sur l'adolescent, plus il se sentait tomber amoureux de lui, inévitablement. Il avait donc fini par se l'avouer durant la quatrième année.
Et la constatation ne l'avait poussé qu'à souffrir davantage.
Oh oui, il souffrait. Bien plus que quand Kate l'avait trahi.
Car il n'avait contemplé la fin de sa famille qu'une seule et unique fois quand il avait vu Stiles mourir des centaines de fois.
Malgré tout, cela ne l'empêcha pas d'essayer de construire quelque chose avec l'adolescent. Au diable ses principes !
Parfois, il profitait simplement du temps qu'ils passaient ensembles. D'autres fois, il l'invitait à sortir. Et de temps en temps, quand il s'en sentait la force, il l'embrassait passionnément. Stiles lui avait dit une fois qu'il pensait ne plus rien ressentir pour Lydia mais seulement s'attacher à elle par habitude. Il avait réfléchi à ce qu'il avait dit à Scott (à propos de son plan pour conquérir Lydia en 10 ans) et se demandait si ça en valait la peine. Pendant l'été, Stiles avait en quelque sorte fait le deuil de cette relation irréaliste. Du moins, il le faisait quand Derek passait deux jours à ces côtés. Alors Derek profitait de ces deux jours pour l'aimer, inconditionnellement, jusqu'à ce que la douleur emporte tout le quinze août.
C'était un cycle sans fin.
Une boucle temporelle. Il était coincé –ils étaient coincés – dans une foutue boucle temporelle. Depuis le temps, il s'en était rendu compte.
Comment diable c'était possible ? Il l'ignorait.
Il avait perdu le compte des jours.
Quelques fois, il avait essayé de demander de l'aide à Stiles lui-même. Et même s'il l'avait pris pour un dingue, l'adolescent s'était lancé dans des recherches plus compliquées les unes que les autres. La seule chose qu'il avait pu trouver pour expliquer l'origine de la boucle était un lien avec la fête d'O bon, autrement appelée « fête des fantômes » qui se déroulait du 13 au 15 août au Japon et qui visait à célébrer les morts.
Mais rien n'indiquait pourquoi ils étaient pris dans la boucle. Peut-être étaient-ils des fantômes qui revenaient d'entre les morts ?
Cela rendit Derek fou plusieurs fois.
Toutefois, le brun continuait à guider l'hyperactif à chaque boucle durant laquelle il acceptait de l'aider. Il n'avait refusé que certaines fois au cours desquelles le loup avait craqué et avait laissé exploser sa rage. Il s'en était mordu les doigts car le résultat avait été le même que les autres fois.
Ça finissait toujours, toujours, toujours de la même putain de façon.
Quel que soit le comportement de Derek ou ses actions. Stiles finissait inlassablement par mourir.
Le corps brisé, la colonne vertébrale rompue, le traumatisme crânien et bien d'autres causes de décès.
Bon dieu, ce type avait réussi l'exploit de s'étouffer avec une chips pendant que Derek avait le dos tourné ! La situation aurait pu être risible dans d'autres circonstances.
Mais chacune de ces morts brisait le cœur du loup un peu plus.
Derek perdait espoir. Tout ça finissait par l'achever. Il était incapable de le sauver malgré tous ses efforts. Il suffoquait. Étouffait. Crevait à petit feu.
Stiles ne passait jamais la barre du quinze août. Et le jour brûlant et étouffant se répétait, inlassablement.
Son amour pour l'autre était en train de le tuer.
Cela allait bientôt faire dix ans maintenant qu'ils étaient coincés ici. Trois mille six cents cinquante réveils.
L'été semble encore se moquer de lui.
Il y avait bien une chose qu'il n'avait pas testée. La première fois, il avait rejeté l'idée en bloc. Mais tout lui paraissait plus clair avec la lassitude des années. Il savait ce qui lui restait à faire. Il n'avait jamais essayé cette possibilité. Et il ne pouvait pas laisser Stiles mourir définitivement. Pas devant lui. Jamais.
Il avait trouvé une autre solution pour rompre le cycle.
Ce quatorze août, Derek se leva sereinement. Il avait chaud, comme d'habitude. Il sourit tristement avant de se mettre à rire comme un dément.
Tout ça pour ça. Toute cette souffrance pour les conduire à ce qui allait se passer demain.
Stiles était mort plus de mille huit cent vingt-cinq fois. Un chiffre astronomique. Un chiffre qui faisait pleurer Derek et le brisait chaque fois un peu plus. Mais pas ce matin.
Ce matin, il était las. Mais il espérait aussi. Oui, il y croyait.
Stiles allait enfin survivre au quinze août.
Cette histoire clichée ne pouvait avoir qu'une seule fin.
Derek passa une autre journée à se rapprocher de Stiles. Il l'embrassa le soir du quatorze août et il le retrouva sur la balançoire le quinze août.
Stiles avait de nouveau le chat sur les genoux mais cette fois il souriait et riait avec Derek.
Le loup jeta un regard au chat et lui sourit tristement quand ils se levèrent tous les deux. Pendant un instant, leurs regards se perdirent l'un dans l'autre. L'animal semblait presque triste. Voire même fautif, comme s'il s'excusait déjà de ce qui allait advenir. Derek lui sourit simplement, un sourire que l'on offre à un vieux compagnon de voyage ou d'infortune. Il leva la main et caressa la petite tête duveteuse. Puis l'instant d'après, le chat sauta des bras de Stiles et s'enfuit vers la route. L'hyperactif se mit à le poursuivre sans que Derek ne cherche à le retenir.
On y était.
Alors, Derek prend une dernière grande inspiration. Un pauvre sourire tordu s'étire au coin de ses lèvres. Et il s'élance.
Il court le plus vite possible. Il court plus vite qu'il ne l'a jamais fait.
Cette fois le temps ne semble pas ralentir. Cette fois, il a l'air de trembler. Cette fois, la chaleur de l'été ne joue pas contre lui.
Le chant des cigales résonne toujours dans ses oreilles, fond sonore auquel il s'est habitué.
Il étouffe bien sûr car l'air est sec et brûle ses poumons mais il l'ignore.
Et enfin, il le rattrape.
Il tire Stiles en arrière.
C'est lui que le camion percute.
La couleur du sang se reflète sur l'asphalte et son odeur envahit le nez de Derek.
« Prends ça, foutu été. » Et le murmure se tait.
C'est un bon jour d'été pour que l'histoire se termine.
Il sait déjà avant de toucher le sol.
Il a gagné.
Il le sait car il se voit dans les yeux horrifiés de Stiles et il le sent dans les larmes qui tombent sur ses joues. Il l'entend dans la voix de l'hyperactif qui panique mais qui reste si agréable à ses oreilles. Il savoure sa victoire au goût de fer et pourtant il sourit. Il aimerait le toucher une dernière fois.
Mais il n'arrive pas à retrouver ses forces. Une côte a percé son poumon droit, sa cage thoracique est enfoncée et est dangereusement proche d'étouffer son cœur, son crâne le lance et le fait glisser vers l'inconscience. Tout son corps n'est plus qu'un requiem de douleur.
Pourtant il plonge ses yeux dans ceux de Stiles.
L'ambre rencontre le vert d'eau.
Et il ne reste plus qu'eux sur cette terre.
« Derek ! »
Il y a cette voix qui l'appelle. Lointaine, très lointaine. Mais une voix familière. Une voix qu'il aime. Loin, très loin du bruit des cigales.
« J'ai encore été inutile. »
Il aimerait pouvoir lui dire qu'il ne l'est jamais.
La voix est pleine de larmes et ça ne lui plaît pas.
La voix est faite pour être chaude, moqueuse, joyeuse.
Mais il retombe dans le noir avant de pouvoir dire quoi que ce soit.
L'air est frais sur sa peau nue. C'est la première chose qu'il remarque aujourd'hui.
Une respiration lointaine lui parvient. Quelqu'un est endormi non loin de lui. Il sent une chaleur dans sa main. Ça lui suffit.
« Je me souviens de tout maintenant, tu sais ? »
Mais Derek, lui, ne veut pas se souvenir. Pas maintenant. Pas tout de suite. Alors il repart.
« Merci. » Le murmure qu'il a le temps d'entendre n'est pas moqueur.
La voix chantonne tranquillement non loin de son oreille et c'est tellement doux que Derek voudrait que ça dure pour toujours. Il oublie sa douleur, ses peurs et sa rage. Il se vautre dans l'obscurité bienfaitrice.
« Derek » « Derek » « Derek »
La voix lui parle sans cesse. Il sait que ça fait longtemps qu'elle est là. Pourtant elle ne l'abandonne pas.
Un jour, son odeur vient se mêler à l'équation. C'est doux, un peu musqué. Un curieux mélange de miel, de forêt et de cannelle. Le loup, avec lui dans son esprit, hurle. Tous les deux veulent plonger dans l'odeur. Dans le cou de la source de cette odeur ? Oui, ça doit être ça.
Derek veut plonger dans le cou. Là où l'odeur est le plus forte, la plus chaude et la plus réconfortante.
Derek en a vraiment envie.
Et un jour, ce que veut Derek, c'est simplement ouvrir les yeux. Il est prêt maintenant. Il sait que le cauchemar ne recommencera pas. Il sait qu'il veut se fondre dans l'ambre de ses yeux.
Et il veut goûter. Mon dieu, il veut reprendre possession de ces lèvres. Elles sont à lui. Le loup, possessif, grogne d'assentiment. Il encourage l'humain à ouvrir les yeux. Il n'y a plus à avoir peur. Il ne nous quittera pas.
Derek le croit aussi.
Alors, quand la chaleur recouvre sa main, une fois de plus, Derek ouvre un œil en gémissant car cela lui demande beaucoup d'effort. Il ouvre malgré tout le deuxième et plonge dans les yeux brouillés de larmes de Stiles.
« Sourwolf ? » Et le murmure traverse la chambre d'hôpital pour parvenir jusqu'à ses oreilles et harponner son cœur.
Toutefois, ses yeux se font soudainement implorants. Il ne peut pas parler tout de suite, pas avec le tube dans la bouche.
Mais Stiles comprend immédiatement la question silencieuse. Alors, avec le plus éclatant des sourires qu'il n'ait jamais lancé, il lui dit, doucement et d'un air complice : « Aujourd'hui, nous sommes le vingt-et-un mars. »
Et Derek n'a jamais entendu de plus belle phrase que celle-ci si ce n'est, peut-être, le « Je t'aime » que Stiles ajoute quelques secondes plus tard.
FIN
N.d.a : Merci de ne pas lancer de cailloux sur ma maison pour avoir fait souffrir autant ces deux-là. Et désolée si certains voulaient une bad end (parce que j'aime bien quand ça finit bien de temps en temps). En espérant que ça vous ait plu malgré tout.
* P.S. : Pour la chanson, je vous conseille le cover de Sainte Séïa et la vostfr de la version d'Hatsune Miku (ce sont les deux versions dont les paroles m'ont inspiré).
