Disclaimer : Saint Seiya et tous ses personnages appartiennent à Masami Kurumada. Et l'idée vient de Miss Silver K. Je recommande d'aller voir sa fanfic 'idées en bazar', elle vaut le détour.

La petite rencontre du matin

Il la guettait tous les matins, quand elle se levait avant les autres pour aller jusqu'au puits. Il faisait semblant de passer par hasard et il lui proposait de l'aider à porter les énormes seaux. Il n'arrivait jamais à prononcer un mot de plus tellement il avait la gorge nouée. Elle non plus ne disait rien.

Il la regardait du coin de l'œil. Elle était toute mignonne avec sa chevelure en désordre et sa robe à fleurs qui semblait avoir été découpée dans un vieux rideau (ce qui était probablement le cas). Il se sentait le cœur serré les jours où des bleus s'étalaient sur ses bras délicats. Evidemment, son salopard de père la tabassait à chaque occasion. Qu'est-ce qu'il pouvait bien y faire ?

Un jour, elle s'arrêta pour le dévisager et il se rappela à quel point la séance d'entrainement de la veille avait dégénéré. C'était cette énorme coupure entre ses deux yeux qu'elle regardait. Elle murmura : « attends-moi ici ! » et partit en courant. Ensuite, elle revint avec une sorte de pommade verdâtre qu'elle avait probablement fabriquée elle-même. Il voulut lui dire à quel point ce geste le touchait mais les papillons dans son estomac s'agitaient tellement qu'il n'arriva qu'à prononcer qu'un seul mot : « merci ».

Qu'est-ce qui n'allait pas chez lui ? Pourquoi n'arrivait-il pas à avoir une conversation normale avec elle, la seule personne qui lui apportait un peu de réconfort ? C'était tellement plus facile, avant ! Enfant, Ikki ne s'intéressait pas du tout aux filles. D'ailleurs, elles avaient presque toutes peur de lui. C'était le petit Shun qui avait un don pour s'attirer la sympathie de toutes les fillettes qu'il croisait. Pour la première fois de sa vie, Ikki souhaitait que son frère soit là pour lui demander des conseils.

Pourtant, elle n'avait pas du tout peur de lui. Elle connaissait sa réputation, elle savait qu'il était l'aspirant chevalier le plus dur et le plus agressif de toute l'île. Et elle le laissait porter ses seaux comme si c'était tout naturel. Au fil des jours, elle se mit même à lui parler. Elle parlait de la météo, de la marée, des vents contraires. Tout ce qu'il arrivait à dire, c'était « oui » et « non ».

Un jour, elle lui demanda d'où il venait, s'il avait de la famille. Il fut bien obligé de répondre en faisant des phrases. A sa grande surprise, c'était plus facile que ce qu'il avait cru. Les semaines passèrent, ils essayaient tous deux de survivre tant bien que mal. Chaque matin, porter les seaux avec elle lui donnait le courage d'affronter le reste de la journée.

Et puis, un matin, elle lui posa la question :

- Tu as une petite amie, au Japon ?

Il resta muet pendant une minute. La question était tellement gênante qu'il aurait préféré que quelqu'un le frappe. Au moins quand on le frappait, il savait comment réagir ! En voyant son embarras, elle baissa les yeux.

- Désolée, dit-elle. J'aurais pas dû poser cette question.

- Non, c'est pas grave.

- En tout cas, elle a bien de la chance.

- Je n'ai jamais eu de petite amie, dit-il beaucoup trop vite.

- Ah ? Moi non plus.

Le reste de leur rituel du matin se déroula dans un silence gêné. Ikki repensa à cet échange pendant toute la journée, de la séance de torture du matin à la séance de torture du soir. Qu'est-ce qu'elle avait voulu dire ? Et est-ce qu'il avait tout foiré ? Aurait-il mieux fait de se déclarer ? Pourquoi tout était-il aussi compliqué avec elle ? POURQUOI ?

Il la retrouva près du puits le lendemain. Il n'arriva même pas à dire bonjour. Et puis il remarqua qu'elle avait les yeux rouges, comme si elle avait pleuré. Oh non. Etait-ce de sa faute ?

- Tu sais, dit-elle soudain, j'ai une cachette secrète sur l'île. Un endroit plein de fleurs. J'aimerais que tu viennes m'y retrouver.

Son cœur sauta et tout ce qu'il arrivera à dire, ce fut un mot. Merci.

- Je te montre où c'est après la corvée d'eau, d'accord ? continua-t-elle. Tu comptes beaucoup pour moi.

Et il parvint enfin à prononcer ces mots miraculeux :

- Toi aussi, tu comptes beaucoup pour moi.

La fin !