Bonjour à tous !

Premier écrit de publier sur le magnifique fandom d'Hetalia. Une fanfiction est en cours d'écriture, et sera publiée dès que je l'aurais terminée.

Ce one-shot est dédié à peresc81, ma première lectrice, celle qui m'a conforté dans mon envie de publier sur ce fandom.

Nellana (magnifique auteure que je conseille à tout le monde), attention à toi. Tu es la prochaine sur la liste.

J'ai essayé de faire au mieux pour respecter la personnalité de chacun. Je sais que Hetalia est plutôt un manga humoristique, et que là, ça ne l'est pas vraiment. J'ai exploité l'un de mes personnages préférés (Prusse/Gilbert) pour en faire quelque chose de plus censé à mon goût. Désolée si je ne respecte pas vraiment son caractère au début de l'histoire.

Disclaimer : Aucun des personnages ne m'appartient. Ils sont la propriété de Himaruya.


25 février 1947

Ça y est. On y était. Le Conseil allié avait proclamé la dissolution de la Prusse. Considéré comme étant le berceau du militarisme allemand, son territoire avait confié en partie aux Alliés, en partie aux Soviétiques, et avait été dissout par les premiers. Mais à quel prix ?

Prusse, plus connu sous le nom de Gilbert Bielshmidt, n'avait pas été choqué outre-mesure par cette annonce radicale. Ce qui devait arriver, était arrivé.

Depuis la propagation du nazisme en Allemagne, Gilbert n'avait pu que constater la déchéance de son petit frère, Ludwig. Complètement pris par sa nouvelle politique, celui-ci avait décidé de mettre son frère de côté pour « venger les Allemands lors de la Première Guerre Mondiale ». La guerre avait été déclarée en 1939, et Gilbert avait prié toutes les Dieux connus pour que quelqu'un arrête son frère dans ses délires de mégalomanie.

Son vœu avait été exaucé, mais à quel prix... Alors qu'il assistait à la réunion qui déciderait de son avenir, Gilbert savait déjà quelle sentence allait être donné. Ce n'était pas les regards emplis de haine de la part des Alliés, celui confus de son ami de toujours Francis, ou celui empreint de tristesse de son frère qui lui avaient mis la puce à l'oreille. Il l'avait deviné, c'était tout.

Gilbert assistait donc à la dissolution totale de ses terres au profit de pays divers et variés, comme l'Allemagne, la Pologne, ou la Russie. C'est d'ailleurs dans la province nouvellement appelé Kaliningrad (Königsberg) qu'il établit son lieu de retirement. C'est dans son pays, sur ses terres qu'il voulait mourir.

Comment allait se passer sa mort ? Allait-il disparaître du jour au lendemain, comme Rome ? Ou sa mort se ferait-elle dans l'attente longue et douloureuse, comme son père Germanie ? Gilbert était lassé. Quoi qu'il arrive, il s'en irait dans le terrible anonymat. Sans personne pour le voir s'endormir et ne jamais se réveiller.

Ce ne fut pourtant pas comme cela que sa « mort » se déroula.


Intégré de force dans l'URSS, il lui arrivait de se rendre à Moscou où avaient lieu des réunions toutes plus folles les unes que les autres. Gilbert avait l'habitude de la folie, mais pas de ce genre de folie.

Ivan présidait comme un prince son assemblée de nations. Ses sœurs, Natalya et Katyusha, se tenaient à ses côtés. L'une adulant ce frère, tandis que l'autre était terrifié par ce qu'il était devenu.

Les Baltes, Toris, Eduard et Raivis, se cachaient constamment de peur d'être victime de son courroux. Son amie Hongrie, Elizabeta, n'était plus que l'ombre d'elle-même, et à son humble avis, c'est ce qui peinait le plus Gilbert.

Il avait bien essayer de la faire sortir de ses gongs, sans grand succès. Il avait alors décidé de mettre sa fierté de côté et l'aider à remonter la pente.

C'était lors de l'une de ces fameuses réunions que le prussien avait coincé l'hongroise :

- Dégage, Gilbert, lui avait dit d'un ton morne et las la brune.

- Certainement pas, Eli ! Tu vas me dire ce qui ne va pas et de suite, avait rétorqué l'albinos.

- Parce que toi, la nation la plus géniale du monde s'intéresse à une pauvre fille comme moi ? Avait demandé ironique Hongrie. Ne me fais pas marcher, imbécile. Pousse-toi, je te dis.

Gilbert l'avait alors attrapé par le bras et il s'était enfermé avec elle dans une pièce vide. Une autre salle de réunion, dans laquelle il s'était probablement déjà rendu avec les autres. Les pièces se ressemblaient toutes, dans des tons rouges et jaunes, rappelant le drapeau soviétique. Le parquet était comme neuf et brillait de milles feus (sans doute une réalisation des Baltes qui séjournaient avec Ivan).

La jeune femme se braqua immédiatement. Elle voulut sortir, mais Gilbert lui barra le passage. Il croisa les bras et ils se fusillèrent du regard.

Plusieurs minutes passèrent ainsi, et à la grande surprise du prussien, c'est Elizabeta qui brisa le silence pesant, qui s'était installé entre eux. Elle poussa un soupir à fendre l'âme, et s'installa – ou s'affala sur l'une des chaises de la salle de réunion.

- Qu'est-ce que tu veux, Gilbert ? Ça ne t'a pas suffi de m'ennuyer tous ces siècles durant, il faut aussi que tu le fasses ici ?

- Je n'ai jamais dit que je venais pour t'ennuyer.

- Qu'est-ce que tu cherches alors ? S'énerva la brune.

Enfin, une réaction...

- Je cherche juste à comprendre. Eli, comprends-moi, tu n'as réagi à aucune de mes insultes verbales. J'ai essayé de te mener la vie dure pour te changer les idées, mais rien n'y fait...

- Gilbert... Est-ce qu'il t'arrive de penser que le monde ne tourne pas autour de toi ? Demanda mollement sa camarade.

- Pas quand ma meilleure amie se morfond pour un amour perdu ! S'agaça l'albinos.

La dite meilleure amie resta bouche bée. C'était la première fois que Gilbert l'appelait ainsi. Était-ce donc ce qu'elle représentait pour lui ?

Gilbert soupira et s'installa à ses côtés. Il prit ses mains dans les siennes et commença à chuchoter de peur que quelqu'un ne les entende.

- Écoute, Eli... Nous sommes tous dans la même galère. Personne n'a demandé à être sous l'emprise d'Ivan – à part peut-être Natalya. Il faut que nous nous serrions les coudes pour parvenir à sortir d'ici.

- Mais comment ? Chuchota sa collègue, aux bords des larmes. Gilbert, nous sommes coincés ici à jamais. Cela fait des mois que je n'ai eu aucune nouvelle de Roderich. Nous allons tous crever ici. Nos gouvernements suivent à la lettre les ordres de Staline.

- Parce que tu penses que j'ai eu des nouvelles de mon frère ?! Je sens dans mes entrailles profondes que je suis devenu ce que je redoutais le plus : l'Allemagne de l'Est. S'il y a bien une chose qui ne devait pas arriver, c'était bien cela. Je souhaitais mourir.

- Quoi ?! S'exclama la brune.

- Moins fort. On risque de nous entendre.

Gilbert apposa son index sur ses lèvres, intimant le silence à Elizabeta. Ensemble, ils écoutèrent les bruits de dehors. Rien en vue. Gilbert reprit :

- Tu pensais qu'il allait m'arriver quoi, exactement ? Continua l'albinos d'un voix sourde, mais chuchotée. Que j'allais survivre à tout cela et qu'un nouvel état prussien allait voir le jour sous le règne d'Ivan ?! Si j'ai déménagé à Königsberg, ce n'est pas pour rien.

- Tu voulais mourir en paix, c'est cela ? Mais merde, Gilbert, t'as pensé à nous ?! Au mal que cela ferait à ton frère ? Demanda Elizabeta, paniquée.

- Au même frère qui déclenché la Seconde Guerre mondiale sous les ordres d'un sombre fou ? Ludwig n'a été que l'ombre de lui-même durant toutes ces années de guerre. Je pense qu'il s'était résigné à ce que je disparaisse à un moment ou un autre, répondit amèrement son camarade. Du moins, c'est ce que m'ont indiqué son regard et son silence quand j'ai rejoint l'URSS...

- Il aurait fait quelque chose pour toi, et tu le sais très bien. Nous aurions tous fait quelque chose pour toi.

- Parle pour toi. Je vois bien les Alliés se dire : « oh, pauvre Prusse, aidons-le à reconstituer son territoire, lui qui a tant fait pour nous ». Non, Eli, c'était terminé pour moi. Du moins, je le pensais. À présent, je ne suis plus sûr de rien...

- Gilbert... Tu sais que je serai toujours là pour toi. Nous avons eu nos différends, mais maintenant, c'est du passé. Crois-moi, j'aurais obligé Ludwig à ne pas t'abandonner. C'est toi qui l'as éduqué, et bien que tu ne sois clairement pas le meilleur grand frère du monde, comme tu as aimé le proclamer haut et fort, il fait partie de ta vie. Jamais je ne le laisserai t'abandonner comme les autres, tu m'entends ?

- Merci, Eli, dit l'albinos un pauvre sourire aux lèvres. En attendant, j'attends une révélation de ta part. Je t'ai avoué vouloir mourir. Tu dois donc me dire ce qui te chiffonne, autre que « nous allons tous mourir ».

- C'est pourtant bien le cas, Gilbert. Regarde-nous, dit-elle en englobant la salle des mains. Nous faisons partie intégrante de l'URSS. Les Alliés nous ont abandonné. Qu'allons-nous devenir ?

- Ne t'en fais pas pour ça, j'ai un plan, lui assura son ami.

- Quel genre de plan ? A la Bad Touch Trio, ou un vrai plan ?

- Un vrai plan, cette fois-ci. Et je vais avoir besoin de ton aide. Allons parler chez moi. Je t'invite pour les prochains jours.

Les deux nations sortirent de la salle de réunion, puis du bâtiment, discutant ça et là comme deux vieux amis. Pas trop joyeusement, de peur d'attirer les regards. Gilbert invita sa camarade à loger dans sa maison de Königsberg. Dans un pur style traditionnel allemand, le logis était situé au bord du port, mais loin de la population locale.

Un peu isolé des autres. À son image.

Là-bas, Gilbert lui expliqua son plan pour contacter les lignes alliées dans le but de faire chuter l'URSS. Elizabeta argumentait de façon constructive, et les deux nations purent faire l'ébauche d'un plan à leurs deux.

La nuit tombée, Gilbert invita Elizabeta à loger dans une chambre d'amis. La pièce était munie de meubles datant d'une autre époque, et avait tout ce qu'il fallait pour un séjour prolongé.

À la porte, la nation hongroise s'arrêta un instant, puis se tourna vers son ami prussien, qu'elle enlaça. La jeune fille lui embrassa la joue et lui dit :

- Merci, Gilbert. Sans toi, je n'y serais pas arrivé. Si nous réussissons...

- Il n'y a pas de « si », Eli. Nous allons réussir, lui sourit-il, la tenant toujours dans ses bras.

- D'accord, dit-elle en souriant à son tour. Sache juste que je ferais tout pour que tu restes en vie, que ça te plaise ou non.

- Fais-moi une promesse, alors...

- Quoi ?

- Redeviens la fille hargneuse que j'ai toujours connu. Provoque Ivan, protège les autres de son courroux, et sois enfin toi-même. Ne te laisse pas abattre par cette séparation entre Roderich et toi. Tu le reverras un jour.

- Promis ? Lui dit-elle en tendant son petit doigt.

- Je te le promets, lui répondit-il scellant ce pacte de son auriculaire.

Elle lui sourit et il l'embrassa à la tempe, lui souhaitant une bonne nuit.

Les jours qui suivirent furent consacrés à l'établissement d'un plan comme il se doit.


Les années suivantes, Gilbert travailla avec acharnement des deux côtés. La Guerre Froide avait été déclarée, sans aucun étonnement de la part des nations soviétiques. Ivan nourrissait une haine farouche envers son voisin américain, qui semblait prêt à tout pour faire comprendre au monde qu'il était le meilleur.

Le prussien les laissait se disputer à coups de téléphone, nouvelle invention révolutionnaire. Il profitait des absences d'Ivan pour envoyer des courriers à son frère, avec qui il avait repris un contact strictement professionnel.

Gilbert se doutait que tous les courriers de Ludwig étaient soigneusement décrypté par ses amis alliés. Il ne faisait donc pas de commentaires sur sa propre situation et lançait des appels à la révolte chez ses amis soviétiques. Tous à l'exception de Natalya, qu'il gardait bien à l'œil.

Un semblant de plan plus ou moins bancal s'établit entre l'Allemagne de l'Est et les Alliés. Gilbert taisait les soupçons d'Ivan en alimentant sa haine pour son collègue américain, et ça marchait comme sur des roulettes.

De son côté, Elizabeta ne se laissait plus faire. Armé de sa poêle fétiche, elle menaçait Ivan avec classe. Quiconque l'approchant à moins d'un mètre en faisait les frais. De nombreuses fois, Gilbert avait fait face à cette poêle teigneuse, mais il ne se plaignait jamais. Il était trop heureux de retrouver son amie.

Les années passèrent, et sans jamais s'arrêter, Gilbert essayait de détruire de l'intérieur le gouvernement soviétique. Ses efforts finirent par porter leur fruit.

C'est ainsi que le 9 novembre 1991, la chute du mur de Berlin se produisit.


Gilbert était là, à regarder l'Allemagne se réunir enfin. Des familles se retrouvaient, les larmes aux yeux. Des amis de longue date criaient leur joie en se retrouvant. Les Allemagnes de l'Ouest et l'Est n'étaient plus.

Quand le monde s'estompa, ne laissant que quelques passants en pleine retrouvailles, Gilbert pensa à s'en aller. La mort dans l'âme, il allait partir quand il le vit.

Son frère. La chair de sa chair. Ludwig Bielshmidt. Il n'avait pas beaucoup changé. Il se tenait droit dans un uniforme aux couleurs des Alliés. Pourtant, son regard était différent. Il était comme éteint. Une barbe de trois jours entourait ses joues, et il n'avait pas l'air d'avoir vu un lit depuis des lustres.

Le regard de la nation allemande s'illumina à la vue des cheveux caractéristique de son grand frère. Il s'approcha pas à pas de peur de l'effrayer. Pourtant, Gilbert ne bougeait pas d'un muscle, dans l'attente de quelque chose.

Une fois séparé par quelques mètres, le plus jeune parla :

- Bruder... Je suis tellement désolé.

- De quoi ? Demanda l'albinos, terrifié.

- Je n'aurais jamais du t'abandonner à ton sort. Je n'aurais jamais du laisser Hitler prendre possession de notre pays. Je n'aurais jamais du te laisser partir chez Russie.

- C'est à moi de m'excuser, petit frère. C'est moi qui ai fait toutes ces choses. Tu n'y es absolument pour rien dans cette histoire. C'est moi qui n'ai pas été assez fort pour te mettre en garde sur ce salopard. Moi qui n'ai pas eu la force de t'arrêter. Moi et moi seul. Pardon.

Le blond, la larme à l'œil, prit violemment son frère dans ses bras pour une étreinte qui dura une éternité. Les deux frères s'excusaient à tout va et pardonnaient à l'autre.

Gilbert ne sut comment il atterrit dans une maison cossue de Berlin. Ludwig le transportait sur son épaule avec courage. Ils ne purent se séparer de la nuit de peur que leurs retrouvailles ne soient qu'un rêve. Gilbert berça son frère comme il l'avait tant fait de fois quand il n'était que le Saint-Empire Romain Germanique.

Les deux Bielshmidt passèrent la semaine suivante enfermés entre quatre murs à s'échanger tout ce qui avait bien pu se passer entre le départ de Gilbert et le moment où Gorbatchev avait abdiqué. Ils gardèrent la suite pour eux, ne daignant jamais mentionner comment ils s'étaient retrouvés auprès de leurs camarades nations.

Quelques jours plus tard, Gilbert fit son entrée dans une salle de réunion européenne aux côtés de son frère, qu'il regardait fièrement, sans se préoccuper des autres. Il ne voulait pas affronter le regard de ses anciens amis et camarades.

Pourtant, il dut se prêter au jeu, saluant ici et là les Alliés qui avaient aidé à mettre son plan en œuvre. Alfred avait bien entendu crier sa victoire contre le ruskoff haut et fort, s'attribuant tous les mérites du plan de Gilbert, mais celui-ci s'en fichait. Ce qui l'importait était son frère.

À la fin d'une réunion passablement ennuyeuse sur les termes du contrat entre l'Allemagne et les Alliés, les nations purent enfin quitter le bâtiment. Gilbert, fatigué, attendait son frère près de l'entrée, quand il les vit arriver, le regard dévoré par la honte. Il les suivit, sous la demande de son ami français, dans une salle de réunion vide. À croire que tout se joue dans ces dites-salles.

L'ancien Bad Touch Trio se tut en s'observant du regard. Francis et Antonio n'avaient pas changé d'un poil. Ils paraissaient juste usés par les années et les différentes guerres que chacun avait du affronter. C'est le français justement qui prit la parole :

- Gilbert, je...

- Je sais, Francis. Vous êtes désolés, et tout particulièrement toi. Antonio ne pouvait rien faire depuis que Franco avait pris le pouvoir, et tu te sens coupable de ce qui m'est arrivé, mais comme je l'ai dit à mon frère, tout est de ma faute, répondit l'albinos, ne laissant pas le temps à ses amis de commencer à parler. C'est moi qui n'ai pas protéger Ludwig du nazisme. C'est moi qui n'ai pas été assez fort pour m'opposer aux Alliés. Je suis désolé de vous avoir fait vivre un tel calvaire.

- Non, Gil, intervint Antonio. J'étais bloqué par Franco, c'est bien vrai. Pourtant, nous t'avons lâchement abandonné au profit de nos gouvernements. Ce n'est pas ce qui était convenu entre nous.

- Tonio a raison. J'étais bloqué par les autres, et je ne pouvais pas me permettre d'agir seul. Nous avons agi comme des lâches, et nous nous excusons platement, continua Francis.

- Est-ce qu'il y a une chance pour que tu nous pardonnes et que nous redevenions amis ? Demanda l'espagnol, incertain.

- Je n'ai jamais dit que vous n'étiez plus mes amis, leur sourit Gilbert.

Les deux latins se regardèrent et lui sourirent. Une nouvelle étreinte fraternelle fut de mise, et les nouvelles furent échangées. Gilbert passa la soirée avec ses deux meilleurs amis, et rentra tard le soir chez son frère, qui lui demanda :

- Bruder ? Tout va bien ?

- Ja. Rien n'a jamais été aussi bien, sourit l'albinos en envoyant un sourire chaleureux à son frère. Je crois qu'il est temps pour nous de reconstruire le pays.

Ludwig acquiesça et prit son frère par l'épaule pour l'emmener dans sa chambre. Une autre nuit entre frères s'imposait.


Janvier 1999

Pologne et Hongrie furent accueilli en fanfare par les membres de l'OTAN. Sa meilleure amie était resplendissante dans sa robe verte, et elle saluait ses camarades nations avec une nouvelle ferveur. Le cœur de Gilbert s'accéléra quand elle le vit.

Eizabeta courut dans ses bras pour l'enlacer. Gilbert la rattrapa au vol pour la faire tournoyer. Tous leurs camarades les observaient, mais ils semblaient être dans un autre monde. Cela faisait des années qu'il ne s'était pas vu. Depuis la fin de l'URSS, en fait.

- Gilbert ! S'exclama la jolie brune. Ça a marché ! Ton plan a fonctionné ! Tu n'imagines pas à quel point je suis heureuse de te revoir sain et sauf.

- J'imagine bien, répondit-il en la prenant dans ses bras. Je t'avais bien promis que tu allais le revoir, pas vrai ?

L'hongroise rougit à ses mots. Elle regarda son mari, qui l'observait d'un air compréhensif. Il avait été mis au courant par sa belle des manigances de son ancien voisin prussien. Il acquiesça dans leur direction, et s'en alla discuter avec ses collègues, laissant les deux amis ensemble.

- Nous sommes à nouveau ensemble, c'est vrai, répondit-elle en regardant l'autrichien s'éloigner. Mais nous n'y serions pas arrivé sans toi, tu sais. Peu importe ce que dit Alfred...

- Si tu veux mon avis, Alfred a quelques complexes d'infériorité à régler avec son camarade russe, lui dit-il en lui faisant un clin d'œil

- Ça, c'est bien vrai.

Elle continua à lui sourire, puis l'embrassa tendrement sur le front :

- Je te serai à jamais reconnaissante pour ce que tu as fait pour nous, Gilbert. J'espère que tu seras encore parmi nous pour les années à venir.

- Ne t'en fais pas, Eli. Personne ne peut se débarrasser de moi aussi facilement, lui sourit-il.

- J'espère, dis ! Merci, Gilbert ! Infiniment.

- Je t'en prie, Eli.

Les deux amis s'assirent l'un à coté de l'autre, et discutèrent tout le long de la réunion. Ce fut à partir de ce moment-là que Gilbert ressentit une plénitude encore jamais acquise. Ce fut aussi ce jour-là qu'il sentit le poids d'un regard invisible se poser sur lui.


Il était assis à son bureau en train d'étudier en dossier sur l'Allemagne. Il sentait ce regard invisible sur lui, mais il avait appris à vivre avec. Cela faisait de nombreux mois qu'il se sentait observé par cette même personne, mais impossible de la faire sortir de sa cachette.

Il avait essayé de l'attirer avec de la bière (sans succès), des biscuits, et même du wurst (il avait quand même reçu un « je t'emmerde » de la part de l'inconnu, ce qu'il considérait comme une victoire). La nourriture et la boisson ne fonctionnant pas, il était passé aux menaces.

Cela n'avait pas non plus fait sortir son inconnu de sa cachette, mais un jour, il avait entendu un éclat de rire. Gilbert gardait précieusement ce souvenir, ce son, dans sa tête. Jamais il n'avait entendu une pareille merveille. Cependant, ce fut la seule chose qu'il parvint à entendre de cette personne.

Les mois défilant au grès du temps, il s'était habitué à être suivi dans ses moindres mouvements. Il avait pensé à une tactique alliée pour surveiller ses faits et gestes, mais il ne connaissait personne d'assez intelligent pour le suivre sans se faire repérer.

En effet, les Alliés n'étaient plus qu'au nombre de trois : Francis, Arthur et Alfred, ou la « petite famille » comme aimait les appeler Antonio et Gilbert. Leur ami français ne leur avait jamais caché que l'Amérique et le Canada étaient en réalité les enfants du couple, dû à un tour de magie d'Arthur.

Pourtant, Gilbert n'avait jamais rencontré le Canada. Quand il l'avait mentionné à son ami, il n'avait pas pu arrêter la tornade française qui s'extasiait sur la beauté de son fils et de ses talents pour la cuisine. Arthur était intervenu au nom de « Matthew » et avait alors commencé à le comparer (en bien) avec « ce morveux ingrat, qu'est Alfred ».

Les parents semblaient très fiers de leur enfants, malgré tout. Eux seuls pouvaient se permettre d'insulter Alfred ou complimenter Matthew, Gilbert le savait d'expérience. Lors d'une réunion, il avait osé insulter Alfred de « petit con ». L'insulte n'était pas passé auprès du Daddy, qui s'en était méchamment pris à Gilbert. Pour une fois qu'il avait réussi son sort, en plus...

Il en était à son dossier (pas passionnant, d'ailleurs) quand il capta du mouvement dans sa vision périphérique. Il releva soudainement la tête pour rencontrer brièvement un regard lavande, avant que celui-ci ne disparaisse de sa vue.

Il savait maintenant une chose : cette personne avait les plus beaux yeux qu'il n'ait jamais vu. Il recroisa son regard quelques mois plus tard.


11 septembre 2001

Le monde était devenu chaotique. Les attentats du 11 septembre 2001 resteraient à jamais dans les mémoires, Gilbert en était certain.

Plusieurs nations européennes étaient réunies à Berlin pour une réunion de crise. Alfred était inconsolable et Francis et Arthur essayaient vainement de le raisonner. L'américain n'avait que le mot « vengeance » à la bouche. Entre deux sanglots, il parvenait à établir des plans pour punir le fautif. Ses parents tentaient de le calmer.

Tout le monde était calme. Tout le monde était sérieux. Jamais une réunion ne s'était aussi bien déroulée. Chaque nation argumentait et apportait son soutien à Alfred, comme elle le pouvait.

Après la réunion, Gilbert s'en alla vers la machine à café. Il n'aimait pas Alfred, personnellement. Ce n'était pas une raison pour souhaiter du mal au gosse, ceci dit. Des temps difficiles s'annonçaient pour l'Amérique, ainsi que l'Europe entière. Il fallait se soutenir les uns les autres. Tout pour ne pas retomber dans cette période de guerre, pensa amèrement Gilbert.

En chemin, il aperçut une silhouette familière recroquevillé au sol. Pensant avoir affaire à l'américain, il allait s'approcher quand une pensée fugace traversa son esprit. Il venait de le quitter dans la salle de réunion. Il savait Alfred rapide, mais pas au point de défier le temps.

Il était donc devant son jumeau, Canada. Il s'approcha à pas de loups de la silhouette et demanda d'un ton calme :

- Ça va, Canada ?

Gilbert ne comprit pas pourquoi le canadien s'était raidi à ses mots. Il allait lui demander à nouveau si cela allait, quand le garçon leva des yeux larmoyants vers lui. Des yeux couleur lavande.

Gilbert fut frappé par la vision de l'inconnu qui l'espionnait constamment. Il voulait lui dire deux mots à ce cachottier pour s'être échappé quand il allait enfin découvrir son identité, mais il était frappé par la beauté de ce regard.

Les yeux de Matthew n'étaient pas réellement lavande, comme il le pensait. Ils étaient en réalité bleus striés de taches de lavande. Les plus beaux yeux qu'il lui avait été donné de voir.

Comme dans un autre monde, les deux hommes s'observaient. Gilbert s'agenouilla et entra dans la bulle de calme de Matthew, le rendant invisible aux yeux des autres. Il s'approcha tellement près de lui, qu'il put le voir rougir sous son regard inquisiteur. Ses yeux exprimaient de la curiosité et une pointe de crainte, que Gilbert ne comprit pas. Pourquoi ce jeune homme avait-il peur de quelqu'un qu'il côtoyait régulièrement depuis des mois ?

Il approcha une main tremblante contre la joue du canadien. Il était littéralement subjugué par ses yeux. Le charme fut rompu par la voix de Francis :

- Gilbert ! Qu'est-ce que tu fais ?

Les deux nations se tournèrent vers le français, qui s'en allait lui aussi pour la machine à café. Quand celui-ci aperçut son fils, il poussa un cri de soulagement et se précipita vers son fils :

- Mathieu ! Tu nous as fait une peur bleu avec ton père ! Est-ce que ça va ? Mais tu as pleuré ? Aller, dans mes bras, mon trésor.

Gilbert avait donc sa réponse. Il s'agissait bien du deuxième fils de Francis et d'Arthur. Mais pourquoi se sentait-il trahi par son ami d'un coup ? Se faisait-il réellement espionné par Canada pour le compte des Alliés ?

L'albinos secoua la tête, incrédule. Avant de croire à des trucs qui n'étaient pas forcément vraies, il fallait qu'il parle avec Canada pour clarifier les choses. Il s'en alla et sentit à nouveau ce regard dans son dos. Il frissonna involontairement et poursuivit son chemin direction la machine à café.


Les réunions qui suivirent celle du 11 septembre s'enchaînèrent vite. Gilbert gardait toujours un œil sur Matthew, qu'il arrivait à apercevoir à des mètres à la ronde. Il faisait semblant d'être occupé par une fausse prise de notes, quand il observait de plus près le canadien.

Matthew était très joli garçon. Toujours affublé d'un manteau rouge, il tenait dans ses bras un ours blanc, qui lui demandait constamment qui il était, ce qui énervait au plus haut point l'albinos.

Le canadien avait un visage fin entouré de boucles blondes. Gilbert avait constamment envie de passer sa main dans ses cheveux, sans en comprendre la raison. Il portait des lunettes qui assombrissaient un peu ses yeux.

Ses voisins semblaient aussi ignorer sa présence, ce qui énervait aussi énormément l'allemand. Comment pouvait-on ne pas remarquer une aussi belle personne ?!

Il comprit bien malgré lui, que le canadien s'effaçait pour laisser de la place à son frère. Beaucoup trop de place au goût de l'albinos. Si ce dernier ne l'oubliait pas, il lui arrivait par contre de ne pas le voir alors que le canadien était juste sous son nez.

Gilbert désespérait à lui parler en tête à tête. Il avait l'impression que le jeune homme avait compris ses plans, car il disparaissait toujours en fin de réunion et restait auprès de ses parents et de son frère durant les pauses. Impossible pour l'albinos de l'approcher en présence de sa famille.

Néanmoins, il parvint à taire les doutes du blond et à l'attraper au détour d'un couloir. Gilbert le prit par le bras et il l'enferma avec lui dans une salle de réunion. Décidément, tous les moments cruciaux de sa vie s'étaient déroulé dans des salles de réunions vides, ces temps-ci...

L'allemand jaugea du regard son camarade, avant de tendre la main dans un geste formel :

- Bonjour, je suis l'ancienne Prusse, Gilbert Bielschmidt, mais tu le sais probablement déjà à m'avoir ainsi suivi pendant tous ces mois...

- Je... Dit le blond d'une voix faible. Je suis désolé !

- À propos ? S'étonna Gilbert.

- Je... Je n'aurais jamais du te suivre comme tu l'as mentionné. C'est juste que mon frère s'inquiétait au sujet de ton frère et toi. Il m'a missionné pour te suivre.

- Me suivre ?

- Bien sûr. Il vous pensait dangereux, et comme il est absolument insupportable quand il a une idée en tête, j'ai accepté de te suivre. Pas que je lui ai dit quoi que ce soit à ton sujet.

- Depuis quand ce petit jeu dure-t-il ? Demanda sévèrement le représentant de la Prusse.

- Depuis la chute du mur de Berlin, souffla le canadien intimidé. Au début, je vous observais seulement de loin. Plus tard, des années plus tard, je me suis approché...

- Pourquoi ?

- ...

Matthew était rouge vif. Il semblait intimidé par sa présence et inquiet de ce qui allait bien pouvoir se produire entre les deux. Gilbert se calma immédiatement et reprit plus calme :

- En gros, ton frère t'a demandé de nous suivre. Tu as accepté. Quand tu as remarqué à quel point j'étais absolument génial, tu t'es approché de moi dans le but d'en savoir plus. J'ai bon ?

Le blond rougit pour seule réponse.

- Pourquoi ne pas m'avoir abordé directement ? S'enquit-il, curieux. Tu sais, je ne mors pas, j'aurais accepter de te parler.

- Mouais... Répondit son camarade, dubitatif. Si tu m'avais remarqué et si tu m'avais vu.

- Comment ça ?

- Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, je suis invisible aux yeux des autres nations, soupira Canada. Il y a peu de chance qu'un des meilleurs amis de mon père ait fait la différence entre Alfred et moi.

- Attends ! Tonio t'a déjà rencontré ?

- Oui, et il m'a confondu avec Alfred, si tu veux tout savoir, s'agaça légèrement Matthew. Ceci dit, c'est pas comme si ça ne m'arrivait jamais. Même Papa et Daddy arrivent à me confondre avec mon jumeau...

- Incroyable, souffla l'albinos.

- Si tu le dis...

- Non, je le pense vraiment ! Ça doit être plutôt cool d'être confondu avec son frère. Tu peux faire toutes les conneries que tu veux, et lui faire porter le chapeau !

- Tu penses comme Papa, répondit le canadien amusé.

- Mais à partir de maintenant, c'est terminé ! Continua l'albinos. Maintenant que tu as rencontré la plus géniale des nations, tu vas apprendre à te mettre en valeur.

- P-...pourquoi ? Demanda gêné le représentant du Canada.

- Parce que tu es la deuxième nation la plus géniale de ce monde, après moi bien entendu, déclara Gilbert, modeste. C'est scandaleux que personne n'ait conscience qu'un si beau jeune homme existe sur cette planète.

- Oh, crois-moi, ça arrange bien mes parents, dit Matthew, le rouge lui montant aux joues.

- C'est pour ça qu'il faut que tu t'affirmes ! Tu es le Canada. Tu n'es pas n'importe qui. Maintenant que nous sommes amis, le monde doit être au courant de ton existence !

- Nous sommes amis ?

- Parfaitement ! Alors, je recommence, dit Gilbert en lui tendant à nouveau la main. Je suis Gilbert Bielschmidt. Enchanté de te rencontrer.

- Matthew Williams, répondit-il amusé. Enchanté aussi.

Gilbert sourit de toutes ses dents, faisant rougir son nouvel ami.

- Tu vas voir, Matthew. Tu vas devenir une encore plus belle personne, affirma-t-il certain de ses paroles.


Gilbert et Matthew passèrent de plus en plus de temps ensemble. C'est au cours de vacances organisées par le premier dans le pays du second que Gilbert découvrit des facettes qu'il ignorait encore de Canada.

Il venait de se lever de son long voyage quand une odeur absolument délicieuse s'invita dans sa chambre. Il s'habilla en vitesse et se dirigea vers la cuisine, où Matthew préparait des sortes de crêpes.

- Déjà réveillé ? Demanda celui-ci.

- Que veux-tu ? J'ai un métabolisme absolument génial ! S'exclama son ami, sous le rire joyeux du canadien, ce qui amena des papillons dans le ventre de l'allemand. Qu'est-ce que tu fais ?

- Des pancakes.

- Et c'est bon ?

- Attends ! Ne me dis pas que la nation la plus géniale du monde n'a jamais goûté au meilleur plat du monde. Je n'y croirai pas un seul instant !

- Mattie ! Je n'ai pas encore eu le temps de visiter tous les pays du monde entier, tu sais, et ça m'étonnerait que ce soit le meilleur plat au monde.

- Goûte d'abord, juge ensuite, rétorqua le canadien en souriant.

- D'accord. Laisse-moi sortir les couverts et on goûtera ça ensemble.

Matthew le guida par la parole dans sa cuisine. Gilbert sortit assiettes et couverts et les installa sur la table. Il attendit sagement que son ami pose les pancakes dessus et s'asseye pour se poser à son tour. Matthew lui expliqua comment manger et il prit une bouchée des pancakes enduits copieusement de sirop d'érable avant de pousser un gémissement de délice, qui fit rougir et sursauter son ami blond :

- Je retire absolument tout ce que j'ai pu dire sur tes pancakes, Mattie. C'est définitivement le plat le plus génial de l'univers, déclara Gilbert avant d'engloutir son assiette, sous le regard affectueux de son ami. Qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui ?

- Je voulais te faire visiter la ville de Montréal, qu'en penses-tu ? Demanda Matthew.

- C'est parfait pour moi, si ça l'est pour toi. J'ai hâte d'en découvrir plus sur toi, mon cher Mattie.

Le dit Mattie rougit de plus belle et termina son assiette.

- Je vais me changer. On se rejoint ici dans dix minutes ?

- Parfait !

L'allemand et le canadien passèrent les semaines qui suivirent avec pour seule compagnie l'autre. Gilbert apprit que Matthew n'était pas aussi timide qu'il voulait le faire croire. C'était un garçon très intelligent qui avait décidément hérité du charisme de son père français. Matthew était bourré d'humour et riait à toutes ses blagues idiotes.

Il avait aussi un sens inné de l'empathie. Gilbert avait l'impression que son ami analysait chacune de ses paroles et l'écoutait réellement. Il ne s'agaçait pas de ses frasques, ne lui demandait pas de se taire, comme les autres nations le faisaient. Matthew ne cessait de l'impressionner par son caractère gentil.

Il découvrit malgré tout quelques sombres choses à son propos. Lors d'une semaine de randonnée, Gilbert fut réveillé une nuit par un hurlement du canadien. En plein cauchemar, celui-ci se débattait avec ses draps et pleurait. L'allemand l'avait secoué vivement pour le réveiller. Quand cela fut fait, Matthew l'avait fixé de ses grands yeux bleus.

Gilbert avait encore senti ces maudits papillons dans son ventre et avait tenté à nouveau de les nier. Il ne pouvait pas en pincer pour le fils de son meilleur ami. Il ne pouvait pas aimer une nation aussi pure que Matthew.

Et pourtant, ce que lui disait son corps et son cœur était en totale contradiction avec ses pensées actuelles. Tout à sa réflexion, il sentit plus qu'il ne vit Matthew se coller à lui pour un câlin. Surpris, l'albinos le berça de longues minutes, avant que le blond ne se calme et n'explique son cauchemar.

Apparemment, Matthew rêvait régulièrement de la guerre. Les époques se mélangeaient dans sa tête, et il voyait ses proches mourir au combat. Il lui était impossible de se calmer des heures durant habituellement. L'aide de Gilbert lui avait été d'un grand secours.

L'ancienne nation prussienne n'eut pas pitié de lui. Comment aurait-il pu l'être quand lui-même rêvait encore de sa séparation avec Ludwig ? Cette nuit-là, il le prit dans ses bras et le borda jusqu'à ce qu'ils s'endorment. Il ne s'était jamais senti aussi bien avec quelqu'un de toute sa vie.


Ensuite, Gilbert invita Matthew à séjourner quelques semaines en Allemagne. Cependant, il ne serait pas possible d'avoir la paix avec son frère dans les pattes. Mais ! Gilbert avait trouvé le parfait stratagème pour faire fuir Ludwig.

Le coinçant un beau jour, la veille de l'arrivée de Matthew, dans la cuisine, il s'appuya contre le plan de travail et fixa son frère de longues minutes. Celui-ci était en train de lire le journal national. Au bout d'un certain temps, il leva des yeux interrogateurs de sa lecture et demanda à son frère ce qui n'allait pas :

- Tu sais très bien ce qui ne va pas...

Ludwig jeta rapidement un œil au calendrier. Ce n'était pas leur genre d'oublier des dates, mais ne savait-on jamais avec l'aîné des Bielschmidt. Nous étions le 16 mai et rien n'était prévu à ce jour et ce pour les semaines à venir. Il jeta un regard inquiet à son frère, qui soupira de dépit :

- Ludwig... Si tu n'ouvres pas les yeux à propos de Feliciano, c'est moi qui les ouvrirais pour toi. Et crois-moi, tu ne veux pas que cela arrive...

- Je ne vois absolument pas de quoi tu parles, nia le blond, rouge écrevisse.

- Oh, je pense que si..., ajouta l'albinos en faisant semblant d'être passionné par ses ongles. Quand comptes-tu lui avouer que tu l'aimes bien ?

- Il le sait déjà, ça. Nous sommes amis.

- Ne veux-tu pas être plus qu'amis avec lui ? Demanda Gilbert, voyant que son frère essayait de noyer le poisson.

- Non..., répondit le représentant de l'Allemagne, gêné.

- Bon ! Allons au bout des choses si c'est ce que tu souhaites. J'ai besoin de la maison pour les jours qui viennent. Et non, ce n'est pas pour préparer une farce avec Francis et Antonio, dit-il, alors que son frère fronçait les sourcils. Ensuite, j'aurai besoin de la clé du bungalow en Bavière. Je compte inviter un ami, et non, tu ne sauras pas de qui il s'agit. Si tu ne vas pas chez Feli lui dire que tu en pinces pour lui, je me chargerais de le faire... Avec Francis et Antonio, bien entendu, sourit l'aîné.

- Mais... C'est du chantage que tu me fais là ? Demanda incrédule le blond.

- Parfaitement ! Écoute, c'est une amitié naissante, tu comprends ? Il n'a pas encore fui ma présence, et ce simple fait relève du miracle. Alors, pourrais-tu, s'il te plaît, t'en aller compter fleurette au représentant de l'Italie du Nord pour que je puisse faire bonne figure en sa présence ? Supplia Gilbert, dans une tactique pure et simple d'endormir la vigilance de son cadet.

Le regard de Ludwig se fit triste un instant, avant de se faire compréhensif. Il acquiesça légèrement de la tête et lui dit :

- D'accord. Je téléphone à Feliciano de ma venue. Si son frère vient à râler à propos de ma présence, je dirais que c'est de ta faute.

- Oh, ne t'en fais pas pour Lovino... Il est entre de bonnes mains..., sourit d'un air pas du tout innocent le prussien.

Le blond déglutit difficilement. Décidément, Gilbert voulait absolument impressionné cette personne. Il se risqua alors à une question :

- Est-ce que cette personne est Elizabeta ?

- Non, pourquoi ? S'étonna Gilbert.

- Je ne voudrais pas que tu coures après une femme mariée, eut pour seule réponse Ludwig.

- Premièrement, je ne cours pas après une femme mariée. Je ne cours après personne, en réalité, répondit l'albinos, rouge de gêne. Deuxièmement, il s'agit d'un garçon. Un très gentil garçon.

À voir ta tête, il n'est pas que gentil, s'amusa Ludwig, en souriant à son frère.

- Très bien, lui dit-il alors. Je m'en vais puisque c'est comme ça. À plus tard, Bruder.

- À plus tard, Luddy.


Une fois la maison libérée par son frère, Gilbert entreprit un ménage méthodique (dans une maison déjà propre). Il rangea avec application toutes ses affaires compromettantes, c'est-à-dire les prochaines bêtises avec le Bad Touch Trio, et prépara la chambre d'amis pour Matthew.

Le lendemain, le canadien se présentait à sa porte en fin d'après-midi. L'albinos le fit entrer rapidement, et lui proposa de s'installer pendant que le repas cuisait. Matthew observa le salon du regard et s'en alla dans la cuisine, où son camarade vêtu d'un tablier disant « Je suis génial » faisait la cuisine. Il rougit, avant de s'approcher de l'allemand :

- Qu'est-ce que tu fais ?

- Pommes de terre sautées et saucisse.

- C'est pas ton plat bizarre là, j'espère.

- Si tu parles du wurst, ce n'est pas bizarre. Et non, c'en est pas. Ton « je t'emmerde » était assez clair, la dernière fois, dit-il en regardant le canadien par en dessous.

Matthew eut la décence de rougir de honte, ce qui fit rire son ami. Il lui demanda de s'installer à la table déjà prête et ils dînèrent joyeusement tous les deux.


Quelques jours plus tard, Gilbert emmena son nouvel ami en visite en Bavière. Le lieu qu'avait choisi son frère pour le bungalow était magnifique. Alors qu'ils faisaient un feu de camp, Matthew lui apprit à griller des marshmallows.

Les deux nations discutaient de tout et de rien, quand vint la nuit. Matthew, subjugué par le ciel, se coucha dans l'herbe. Gilbert l'imita et ils ne dirent rien. Les yeux perdus dans le vague, le canadien raconta des anecdotes de son enfance :

- Quand on était petits, Alfred et moi rêvions d'aller dans l'espace. On voulait découvrir ce qui se cachait derrière les étoiles. Papa nous racontait alors des histoires et Daddy enchérissait avec les contes et légendes de son pays. On passait alors la nuit, blottis les uns contre les autres, à imaginer ce qu'il pourrait y avoir après la Terre.

- Tu n'es pas déçu par la vérité ? Demanda son ami.

- Pas le moins du monde, répondit Matthew. Alfred et moi rêvions déjà de nouveaux mondes à explorer. Notre but premier était d'imiter nos parents, mais de ne pas faire les choses comme eux. D'où notre envie de visiter l'espace. C'était quoi ton rêve quand tu étais petit ?

- Si je te dis « être la meilleur nation au monde », tu me croiras ou pas ?

- C'est tout à fait ton genre, rit le canadien, faisant apparaître les papillons dans le ventre de son ami.

Ce n'est pas possible, Gilbert ! Concentre-toi ! Il s'agit du fils de ton meilleur ami. C'est l'une des nations les plus puissantes au monde. Et toi, qu'est-ce que tu es ?! Rien du tout.

Gilbert était à ses pensées moroses quand il vit Matthew au-dessus de lui, lui jetant un regard interrogateur. Ses yeux devaient parler à sa place, parce que Matthew s'approcha de lui et lui demanda ce qui n'allait pas. Il décida de jouer la carte franc jeu.

- Ça ne t'ait jamais arrivé de douter de ton existence ? Je ne parle pas de ton invisibilité face aux autres. C'est juste... Je ne suis plus rien, maintenant, soupira l'allemand. J'étais la grande nation Prusse, et maintenant, je suis toujours l'Allemagne de l'est dans l'esprit des gens. Est-ce qu'un jour mon statut changera-t-il ?

- Je ne sais pas, Gilbert, répondit Matthew, pensif. Par contre, désolé de te décevoir, mais tu n'es pas aussi insignifiant que tu penses l'imaginer.

- C'est-à-dire ? Demanda l'albinos.

- N'as-tu jamais remarqué comment les autres nations te regardent ? Papa et Antonio ne jurent que par toi. Daddy est parfois jaloux de toi, parce que Papa ne fait que te mentionner. Et ton frère, Gilbert ! Quand il n'est pas agacé par tes bêtises, c'est un regard fier que je vois. Le même que dans les yeux d'Elizabeta. Tu n'imagines pas à quel point les gens t'aiment, Gilbert.

Matthew le regardait avec fierté et – était-ce de l'amour qu'il percevait dans ses yeux ? Impossible, pensa Gilbert. Oh, et puis zut !

Il s'approcha encore plus de son ami. Il le regardait droit dans les yeux, tandis que Matthew rougissait en jetant des coups d'œil ses lèvres. Une fois à quelques centimètres l'un de l'autre, leurs souffles se mélangèrent.

Gilbert avait sa réponse. Alors qu'il allait reculer et établir un plan pour courtiser la nation canadienne, Matthew le surprit par son geste. Il déposa délicatement ses lèvres sur les siennes. Le baiser dura deux secondes tout au plus, avant que le blond ne s'éloigne en rougissant.

- Désolé, fut son seul mot, alors que les larmes menaçaient de couler sur ses joues. Il n'eut pas le temps d'en dire plus que Gilbert repartit à l'assaut de ses douces lèvres.

Le baiser s'éternisa un moment. Matthew s'était accroché à son cou, et ne voulait pas le lâcher. Pourtant, à bout de souffle, ils s'éloignèrent à peine l'un de l'autre, collant leurs fronts ensemble.

Matthew le regardait avec curiosité et attente. Gilbert n'en put plus et décida de jouer cartes sur table :

- Mattie... Je ne sais pas quand c'est arrivé, mais je pense être tombé amoureux de toi. Je t'en supplie, ne m'abandonne pas comme les autres l'ont fait auparavant, parce que je crois que je ne le supporterai pas.

- Ne t'en fais pas. Je ne vais nulle part sans toi, sourit le blond.


14 avril 2011

Les années passèrent ainsi dans le calme. Gilbert et Matthew allait bientôt fêter leur neuf ans ensemble. Personne, pas même Arthur et Francis, n'était au courant pour leur relation, et cela leur allait bien comme ça. Ils pouvaient se voir aux différentes réunions et séjourner chez l'un ou l'autre, sans que personne ne les ennuie.

Gilbert était à une réunion européenne absolument passionnante concernant l'économie. Il baillait à intervalles réguliers. Il s'était levé pourtant étrangement en forme ce matin. Matthew et lui avaient rendez-vous, ce week-end, et il avait hâte de revoir son petit-ami.

Petit-ami... Même après toutes ces années ensemble, il peinait à le croire. Comment une nation aussi adorable que le Canada avait-elle pu lui rendre ce baiser ce fameux soir en Bavière ?

Matthew, ou Birdie comme il se plaisait à l'appeler, n'avait fait qu'embellir son quotidien. Bien sûr, il y avait eu des disputes entre eux, bien qu'ils parviennent toujours à ne pas faire dégénérer la chose trop loin. Il y avait eu des bagarres pour l'honneur de l'autre, comme cette fois où Matthew avait tabassé son jumeau à coups de crosse de hockey pour avoir insulté l'amour de sa vie. Personne n'avait compris la colère du canadien, pas même Alfred, mais tous s'accordaient à ne plus énerver la nation de l'érable.

Matthew avait gagné en charisme avec le temps. Tout le monde pouvait le voir à présent. Il avait travaillé dur avec son chéri pour se faire remarquer des autres. Malgré sa nature timide, il parvenait à calmer son frère en un tour de bras, quand celui-ci n'était pas arrêté par son camarade russe.

Il avait presque réussi à caser son jumeau, par ailleurs. Voyant Amérique et Russie se tourner autour, il avait demandé de l'aide à Gilbert pour pouvoir les mettre ensemble. Ils étaient à deux doigts de conclure, disait Matthew joyeux, mais l'albinos savait repérer les gens amoureux à des kilomètres à la ronde.

Il pensait encore à son cher canadien, quand l'allemand annonça la fin de la réunion. Alors que les nations européennes allaient se lever pour sortir, Matthew apparut à la porte en souriant. Il s'approcha de son frère et lui tendit un papier. Celui-ci parut décontenancé et fit signe à ses camarades de se réinstaller. Alors que Lovino allait râler, son frère le fit taire d'un geste :

- Un problème, Ludwig ? Demanda-t-il au représentant de l'Allemagne.

- Pas vraiment, non. C'est plutôt une bonne nouvelle, dit-il en regardant Canada l'air de lui demander s'il était sûr.

Matthew acquiesça et l'intima à partager la dite bonne nouvelle. Ludwig tourna vers son frère un regard perdu :

- Félicitations, bruder. Tu es officiellement le Nouvel Empire prussien.

Le silence se fit dans la salle de réunion. Gilbert regardait avec incrédulité son frère et son petit-ami. Il se leva et rejoignit les deux hommes à pas pressés. Il prit Matthew dans ses bras et lui demanda :

- Qu'est-ce que tu as fait ?

- J'ai créé le Nouvel Empire prussien au Canada, annonça-t-il fièrement.

- Matthew, demanda son père anglais. Peux-tu nous expliquer la situation ?

- C'est bien simple, répondit celui-ci. J'ai créé une nouvelle nation à partir de mon territoire et le représentant de cette nation est mon petit-ami, Gilbert.

- Petit-ami ?! S'exclama le couple franco-brittanique, sous le rire de leur fils.

- Je le savais ! Cria à son tour Elizabeta. On ne peut rien cacher à sa meilleure amie, Bielschmidt !

- Mattie... Pourquoi ? Demanda ému, Gilbert, ignorant les remarques de ses camarades nations.

- Tu te souviens de notre premier baiser en Bavière ? Juste avant, tu t'inquiétais de n'être personne aux yeux des autres. J'ai donc tout fait pour que tu aies un propre territoire... sur mes propres terres.

- J'avais cru comprendre, mais pourquoi ?

- Parce que je t'aime, Gilbert, et je veux passer ma vie à tes côtés.

Le silence se fit encore plus dans la salle, jusqu'à ce qu'Elizabeta et Bella ne se lèvent pour applaudir la magnifique déclaration d'amour. Quelques nations les suivirent, mais les parents de l'un des deux hommes lançaient des regards noirs en direction du prussien.

Gilbert sourit fier de la déclaration de son petit-ami. Il sortit de sa poche un écrin et dit à la salle :

- Tant qu'on est dans les déclarations, je tiens à avouer mes fautes. Oui, Lovino, c'est bien moi qui ai forcé Ludwig à avouer ses sentiments à ton frère. Oui, c'est moi qui ai dit à Antonio où tu te cachais pour que tu laisses à ton frère du temps à passer avec le mien. Arthur, Francis, cela fera bientôt dix ans que Matthew et moi vous cachons que nous sortons ensemble. Désolé de ne t'avoir rien dit, mon ami, mais j'avais peur de votre réaction à chacun. Matthew me rend plus heureux que vous ne pouvez l'imaginer et jamais je ne lui ferai de mal. Eli, merci d'avoir cru en moi ce jour-là quand je t'ai raconté mon plan. Tu es la meilleure des amies qui existe en ce monde. Et enfin, Matthew, j'ai une demande à te faire. Est-ce que tu voudrais passer le restant de tes jours de nation en tant que mon époux ?

- ... Bien sûr, Gil ! S'exclama joyeusement le canadien en lui sautant dans les bras.

- Bielschmidt ! Cria Arthur. Je refuse cette union.

- Laisse-le, mon lapin, le calma Francis. Tu sais bien que rien ne les arrêtera. Même si j'aurais préféré être au courant plus tôt. Vous avez notre bénédiction, Matthew, affirma dans un sourire le français.

Des exclamations de joie fusèrent dans la salle, quand Gilbert cueillit doucement les lèvres de Matthew. Elizabeta n'arrêtait pas de crier à qui voulait l'entendre qu'elle serait demoiselle d'honneur au mariage de son meilleur ami, le Nouvel Empire prussien.

Les parents de Matthew boudèrent un peu, avant de féliciter les jeunes fiancés. Arthur menaça tout de même copieusement Gilbert de morts toutes plus sombres les unes que les autres, s'il osait faire du mal à son petit garçon. Le prussien acquiesça et jura de ne pas lui faire de mal.

Plus tard dans la soirée, Matthew dînait avec Ludwig, Feliciano, et Gilbert dans la cuisine des deux allemands. Une fois les deux autres endormis, l'albinos vint embrasser celui qui deviendrait son époux.

- Est-ce que je t'ai remercié pour le magnifique cadeau que tu m'as fait ?

- Hmm... Non, pas que je sache. J'attends, du coup, répondit Matthew, taquin.

- Birdie. Merci énormément pour le magnifique cadeau que tu m'as offert en ce jour. Je jure de te choyer et de t'aimer jusqu'à la fin de mes jours.

- Je t'aime aussi, Gilbert.

Les fiancés s'embrassèrent sous la lumière de la cuisine. Ludwig ouvrit un œil et serra l'anneau dans sa poche. Il attendrait un peu avant de faire sa déclaration à Feli. Il ne voulait pas gâcher le mariage de son frère.


FIN !

Voilà ! Tout ça part d'un rêve absolument dément que j'ai fait à propos de cette histoire. Un grand merci à Wikipédia pour la mine d'informations que j'ai pioché sur ses pages.

Merci de m'avoir lue. N'hésitez pas à laisser un commentaire, même un simple « j'aime ».

Désolée s'il reste quelques fautes d'orthographe. Le texte a été entièrement relu, mais l'erreur est humaine...

A la prochaine !

Yacchan