Hello!
En l'honneur de la Saint-Valentin et surtout pour participer au défi
ÉVÉNEMENT SAINT-VALENTIN 2020 : Rendez-vous derrière l'école
du forum Plus Ultra, voici ma petite contribution.
Bien que Française, c'est la première fois que j'écris une fanfiction en Français donc j'espère que c'est lisible ^^
Le scénario qui m'a été attribué est le suivant : Katsuki fait une déclaration d'amour sous la pluie !
Sans transition, j'espère que ça vous plaira! Bonne lecture et Joyeuse Saint-Valentin (en retard^^)
De l'avis général, Bakugo est un adolescent à fleur de peau, avec un sérieux problème de gestion de la colère. La plupart des gens le perçoivent comme étant perpétuellement prêt à exploser — figurativement comme littéralement — et incapable d'exprimer autre chose que de la fureur ou de la condescendance.
Mais Eijiro n'est pas la plupart des gens. Il sait bien que Bakugo, son Bakugo, est bien plus que ça. Après bientôt trois années dans la même classe, Eijiro se targue même — en son for intérieur — d'être capable de décrypter chaque émotion et mimique de son ami. Le langage de Bakugo, appris à la manière forte après plusieurs ratés soldés par des explosions et menaces en tous genres, n'a désormais plus de secret pour lui. Oui, Eijiro se l'avoue volontiers, il est devenu un expert es Bakugo Katsuki.
C'est du moins ce qu'il croyait encore en se levant ce matin. Mais là, alors qu'il fait face à son meilleur ami, trempé de la tête au pieds sous une pluie battante, il n'est plus sûr de rien. Cette expression sur le visage ruisselant de son ami, il ne l'a encore jamais vue.
— Plus tôt —
L'alarme stridente tire violemment Eijiro de son sommeil. Comme chaque matin, il sursaute et durcit son corps sous l'effet de l'adrénaline, puis émerge lentement avant d'évaluer les dégâts infligés à son sac de couchage. Le pauvre est en triste état, couvert de trous et lacérations. Eijiro soupire et repousse les quelques lambeaux de tissu rouge sur le côté avant de se lever pour s'étirer. Au moins cette fois, il n'a pas encore rayé le parquet.
Après plus d'une semaine à dormir par terre après un coup de fil exaspéré de sa mère lui apprenant qu'elle ne paierait pas un énième matelas, le sol de sa chambre évoque davantage le repère d'une bête sauvage que le parquet d'un dortoir. Cette facture-là, sa mère risque vraiment de ne pas l'apprécier, grimace Eijiro avant de secouer la tête. Rien ne sert de se lamenter sur ce qui est fait, autant mettre à profit les quelques mois restant avant l'obtention du diplôme pour trouver de quoi payer les réparations.
Fort d'une nouvelle détermination mais le ventre vide, il enfile rapidement son uniforme et c'est de bonne humeur qu'Eijiro quitte sa chambre pour rejoindre sa table habituelle au réfectoire de l'école. Comme d'accoutumée, il est le dernier arrivé. Bakugo est déjà là, la moitié de son petit déjeuner déjà engloutie, et Eijiro se laisse tomber sur une chaise à ses côtés. Il offre un hochement de tête à la tablée, peu désireux de parler avant d'avoir bu son premier café de la journée, mais ce matin, aucune salutation ne vient en retour.
A mi-tasse, le rouquin réalise enfin que la discussion est bien plus animée qu'une discussion de petit déjeuner devrait l'être, même pour leur groupe haut en couleurs. Il observe ses amis, la plupart l'air goguenard, mitrailler de questions Bakugo, qui lui, Eijiro remarque avec appréhension, à l'air sur le point d'exploser. Pour de vrai.
— Si tu nous dis son nom, on arrêteras de t'embêter! insiste Ashido.
— Pas ques-
— Et on pourra même t'aider! surenchérit Kaminari.
— Aah?! Qui voudrait de ton aide, espèce de-
— Ou alors c'est quelqu'un dont tu as honte? taquine Sero.
— De quoi!? s'offusque Bakugo.
— Ooooh, s'émerveillent simultanément Ashido et Kaminari.
— Ben oui, continue Sero, le sourire innocent, Genre tu ne veux pas nous dire qui sait parce que c'est un prof ou un truc comme ça?
— Oh mon dieu, une amour défendue! s'exclame Ashido. Comme Roméo et Juliette! C'est tellement romantique.
— Oui, sauf qu'ils meurent à la fin, non? ajoute Kaminari.
— Hum, oui. Mon p'ti Baku, tu as encore la vie devant toi! Pas de bêtises, hein? ricane Ashido.
À ce stade, de minuscules explosions dansent dans les paumes du blond et Eijiro décide d'intervenir avant que l'un d'entre eux ne finisse à l'infirmerie ou, plus vraisemblablement, en retenue. Il prend délicatement les paumes du blond dans ses mains durcies et étouffe les flammes sous le regard noir de Bakugo. Il ignore le pincement dans sa poitrine lorsqu'il entre en contact avec les paumes de son meilleur ami, si douces contre sa peau rocailleuse, et focalise son attention sur ses amis.
— Ok les gars, je ne sais pas de quoi il s'agit, mais c'est un peut-être un peu tôt pour risquer vos vies futilement? tente le rouquin.
— Hum, peut-être que Kiri à raison. À votre avis, c'est quand le meilleur moment de la journée pour risquer nos vies futilement? répond Sero en hochant la tête d'un air faussement raisonnable.
Eijiro grogne sous les ricanements de ses trois amis. À son grand embarras, même Bakugo semble lutter contre un de ses fameux sourire-rictus. Un de ceux qui font danser la samba au coeur d'Eijiro, mais là n'est pas la question.
— Les gars, c'est vendredi et on n'a même pas encore attaqué la journée de cours, allez-y mollo… tente encore le rouquin.
Sérieusement, où trouvent-ils tous cette énergie de bon matin? Le deuxième trimestre touche à sa fin et avec les examens qui approchent, Eijiro a quelques heures de sommeil à rattraper. Et si ce n'était pas tout sauf viril, il se laisserait volontiers penser que ces trois-là feraient mieux d'utiliser leur énergie à réviser plutôt qu'à ricaner bêtement à ses dépends.
— Justement! continue Ashido, j'attends ce jour depuis le début de la semaine et—
— Le début de la semaine, dit plutôt le début de l'année, s'esclaffe Kaminari.
— ET, continue Ashido en lançant un regard noir à Kaminari, c'est notre dernière chance de voir une grande histoire d'amour débuter le jour de la Saint-Valentin pendant qu'on est à l'école! Après on sera tous diplômés et dans la vie active et je ne pourrais chambrer aucun d'entre vous à votre mariage!
— Comme si l'un d'entre nous allait te laisser parler à son mariage, rétorque Kaminari.
— Comme si l'un d'entre nous avait des chances de se marier un jour, ricane Sero sous les airs offusqués de ses camarades.
Tous sauf un à vrai dire. Bakugo est inhabituellement silencieux et Eijiro se tourne vers lui pour lui demander si tout va bien. Sauf qu'il s'en trouve incapable. Pas quand Bakugo, les joues roses, a le regard vissé sur ses mains, toujours prises au piège de celles d'Eijiro. Oh.
Eijiro s'empresse de les relâcher et se frotte la nuque d'un air contrit.
— D-désolé, mec, je n'ai pas fait attention!
Au lieu de l'explosion attendue, Bakugo se contente de glisser les mains dans ses poches et de hocher la tête en évitant son regard, les joues toujours rosies. Adorable.
Même s'il voudrait vraiment y voir le signe de sentiments réciproques, Eijiro est expert dans l'art de déchiffrer Bakugou Katsuki. En l'occurrence, il sait que c'est plutôt le signe que Bakugo est toujours inconfortable avec les contacts physiques mais a fait un effort pour ne pas blesser les sentiments d'Eijiro. Et même si ce n'est pas la preuve d'amour brûlante qu'Eijiro se prend parfois à espérer (tous les jours en fait), c'est une preuve d'amitié touchante et virile qui fait battre son coeur plus vite et il offre son plus beau sourire à Bakugo. Eijiro se satisfait de ce qu'il peut avoir.
Bakugo le regarde du coin de l'oeil et Eijiro peut voir le moment exact où il s'apprête à parler, avant d'être grossièrement interrompu par des sifflements.
— Prenez une chambre! siffle Kaminari.
— Ne vous dérangez pas pour nous, on va essayer de mâcher silencieusement, surenchérit Sero.
— Si ça se trouve c'est Kiri, la personne dont Bakugo est amoureux?! s'exclame Ashido.
Ils partent tous les trois d'un grand fou-rire avant d'être obligés de quitter la cafétéria en courant pour sauver leur vie, un Bakugo vocal et au bord de l'apoplexie sur les talons.
En temps normal, Eijiro serait intervenu. Il se serait levé et, une fois n'est pas coutume, il se serait interposé entre les trois mousquetaires suicidaires et le blond explosif.
Mais pas cette fois. Cette fois, il reste figé sur sa chaise, pétrifié par le choc.
'Si ça se trouve c'est Kiri, la personne dont Bakugo est amoureux?!'
BAKUGO EST AMOUREUX?!
Dans les téléfilms romantiques au rabais qu'Eijiro affectionne tant, c'est généralement le moment où le héros réalise que le plus important, c'est que la personne qu'il aime soit heureuse, même si elle doit trouver son bonheur avec quelqu'un d'autre. Qu'il doit être là pour la personne qu'il aime et la soutenir dans sa démarche vers le bonheur.
Jusqu'à présent, soutenir ceux qu'il aime, et surtout Bakugo, dans leur tentatives, c'était aussi facile que de respirer. Les encourager quand ils doutent, les réconforter quand ils rencontrent un obstacle, et être aussi heureux qu'eux en les voyant réussir et sourire, c'est de l'ordre de la seconde nature chez Eijiro.
Mais soutenir Bakugo, sourire et se réjouir pour lui alors qu'Eijiro regardera quelqu'un d'autre faire le bonheur du blond, le faire rire et sourire, lui caresser les cheveux et l'embrasser ? Non. Juste. Non.
Eijiro n'en est pas capable. Son coeur ne le supportera pas. Rien que d'imaginer Bakugo enlacer quelqu'un d'autre lui donne des sueurs froides. Son coeur bat plus vite, probablement une tentative désespérée pour empêcher qu'il ne se brise, et sa respiration s'accélère. Il entend la sonnerie marquant le début des cours comme si elle venait de très loin et se demande vaguement depuis combien de temps il est là, figé sur sa chaise à lutter contre la nausée grandissante et la panique mêlées à l'idée de perdre Bakugo. Non. Juste. Non.
Une main sur son épaule le tire de sa torpeur, suivie par une exclamation de surprise. Eijiro fait volte face à temps pour voir Iida observer sa paume griffée avec perplexité avant de tourner son regard vers le rouquin.
— Pardon! s'exclame immédiatement Eijiro, les joues rouges de honte avant de relâcher le durcissement de son épaule.
— Ce n'est rien, ma main n'est pas blessée et c'était mal avisé de ma part de surprendre ainsi un future héros en formation, répond le délégué, de son habituelle voix monocorde.
— Hum…
— Je suis venu te rappeler que les cours allaient commencer. Il nous reste moins de 2,37 minutes avant la deuxième sonnerie.
— Oh, euh, merci. Je, ok, vas-y et je te rejoins une fois que j'ai rangé mon plateau.
— Bien, mais n'oublies pas que courir dans les couloirs est interdit, rappelle Iida avant de s'engager d'un pas rapide vers la sortie.
Eijiro se lève à contre-coeur et range son plateau avant de courir vers sa salle de cours. Sur le chemin, il tente par tous les moyens de se convaincre de faire bonne figure. De se convaincre que ça va aller, que ce n'est qu'une journée de cours de plus et qu'après, il pourra aller s'acheter un pot de glace et se cacher retirer dans sa chambre. Tout ce qu'il a faire, c'est sourire et rester attentif pendant une journée de cours. Comme si de rien n'était. Comme si son monde ne venait pas de s'écrouler. Facile, pas vrai?
・* 。
Surprise, surprise, mais non. Facile est à mille lieues de décrire ce qu'Eijiro ressent à cet instant. Dévasté, nauséeux, au bord des larmes, certainement. Mais facile? Non.
Le rouquin force un sourire mais aux vues des regards surpris et inquiets de ses amis, il peut dire que ce n'est pas une grande réussite. À l'instant où la fin des cours retentit pour la matinée, il se dirige à la hâte hors de la classe.
— Kiri! l'appelle Ashido.
— Je vous rejoins! lance le rouquin sans se retourner avant de s'élancer dans la foule d'élèves et de s'enfermer dans les toilettes les plus proches.
Il prend soin de verrouiller la porte et de s'assurer qu'aucun bruit ne s'échappe des autres cabines avant de laisser libre cours à ses sanglots. De grosses larmes roulent le long de ses joues sans qu'il ne cherche à les arrêter, tandis qu'il cherche quelque réconfort en s'entourant de ses bras. Ironiquement, pour se sentir mieux, se sont les bras de Bakugo qu'il lui faudrait. Le rouquin éclate d'un rire sans joie, les larmes s'écoulant toujours lentement comme autant de déchirures que son coeur ne peut supporter.
Je suis satisfait de ce que Bakugo veut bien me donner? Etre son ami me suffit? pense amèrement le rouquin, quelle blague! Tu es le roi des clowns, Eijiro!
Eijiro se mord la lèvre inférieure pour tenter de calmer un peu ses sanglots, assez fort pour percer la chair sensible de ses lèvres charnues et faire perler quelques gouttes de sang. Mais il s'en moque pas mal. Qu'est-ce que quelques gouttes comparé à l'état dans lequel se trouve son coeur? Il se demande vaguement s'il peut, s'il devrait essayer de le durcir avec son alter. Peut-être que ça ferait moins mal? Peut-être que ça le tuerait aussi…et pendant une inquiétante seconde, Eijiro envisage sérieusement de tenter l'expérience.
Seconde qui passe aussi vite qu'elle est venue, heureusement. Quel que soit l'état de son coeur et son désespoir, pour Eijiro, rien ne pourrait justifier la souffrance qu'il causerait à sa famille et ses amis, à Bakugo, s'il se laissait aller à quelque chose d'aussi stupide. Alors il fait contre mauvaise fortune bon coeur, il essuie ses joues et ses lèvres sur sa manche, se frappe les joues deux ou trois fois et prend trois grandes inspirations. Il est Red Riot. Il est indestructible. Et ses amis l'attendent et vont s'inquiéter. Bakugo l'attend et va s'inquiéter. Alors il ramasse son sac là où il l'a jeté en entrant, déverrouille la porte des toilettes et se dirige vers le petit jardin derrière l'école.
・* 。
Ils sont tous assis en rond à l'endroit habituel depuis que le soleil est assez chaud, en tailleur ou avachis côtes-à-côtes sur l'herbe. Rires goguenards et blagues douteuses sur les éventuels problèmes digestifs d'Eijiro fusent dans les airs lorsqu'ils l'aperçoivent et c'est rougissant et niant fermement qu'il s'assoit entre Bakugo et Kaminari.
Bakugo l'observe sortir son sandwich de son papier d'aluminium du coin de l'oeil, tout en mangeant son propre bentô, tandis que les autres continuent leurs suppositions sur le retard du rouquin. Soudain, Bakugo fronce les sourcils et coupe court aux spéculations :
— Putain! Qu'est-ce qui est arrivé à ta lèvre?
— Hein? répond Eijiro avant de se toucher la lèvre par réflexe, Oh, euh, je me suis mordu…
Bakugo le fixe sans rien dire, le sourcil arqué dans cette expression amusée qu'Eijiro connaît si bien et qu'il aime à traduire comme tu es un crétin mais tu es mon crétin.
Ou du moins jusqu'à présent, se renfrogne Eijiro. Bientôt, comme bien d'autres choses qui n'appartenaient qu'à eux deux, Bakugo dirigera cette expression vers quelqu'un d'autre. Quelqu'un qui ne l'aimera pas autant qu'Eijiro aime Bakugo, parce que c'est tout simplement impossible. Et injuste, injuste pour Eijiro et injuste pour Bakugo. Parce que Bakugo mérite quelqu'un qui l'aime autant qu'Eijiro l'aime…et apparemment Eijiro ne mérite pas d'être aimé par Bakugo.
La bile lui vient à cette pensée et le rouquin referme le papier d'aluminium autour de son sandwich intact. Le blond fronce les sourcils encore davantage et se penche vers lui, la mine inquiète :
— Kiri-
— Au fait! le coupe bruyamment Ashido, les yeux brillant d'une lueur dangereuse, ne crois pas que j'ai oublié notre petite conversation de ce matin! J'exige un nom et des détails! Parle nous de la personne qui fait battre ton coeur, Bakugo!
Instantanément, les épaules du blond se contractent jusqu'à être à hauteur de ses épaules et il grogne, hargneux :
— Comment ça 'tu exiges'? Tu exiges que dalle! Pour qui tu te prends, hein?
— Je finirai pas trouver, Bakugo. Alors autant nous épargner du temps et de l'énergie à tous les deux, tu ne crois pas? roucoule Ashido.
— Va te faire voir! Tu peux dépenser tout ce que tu veux, c'est pas mon problème. Et pour ce que valent tes efforts et ton énergie, rappelle-moi lequel de nous deux a encore foiré ses exams, hum? renifle Bakugo avec mépris.
Eijiro fait de son mieux pour garder la face mais il ne peut qu'observer, immobile, ses deux amis se disputer bruyamment, Kaminari et Sero, sourire sardonique aux lèvres, observant silencieusement comme s'ils assistaient à une partie de tennis.
Sa nausée grandit avec chaque question insistante d'Ashido, la douleur dans sa poitrine avec chaque refus catégorique de Bakugo. Eijiro voudrait être n'importe où ailleurs. Ailleurs, où il n'aurait pas à être témoin, de ses propres yeux, de l'embarras de Bakugo à la mention de la personne qu'il aime. Ailleurs où il n'aurait pas la confirmation de ses pires craintes. Ailleurs, où il ne serait pas sur le point d'entendre, à tout moment, le nom de quelqu'un d'autre, le nom qu'il ne veut surtout pas entendre. Il se lève soudain, faisant sursauter les quatre amis qui le fixent avec surprise et inquiétude.
— Kiri- commence Sero.
— Je, euh, j'ai un peu mal au ventre. Je crois que j'ai dû manger un truc qui ne passe pas, aha. Je vais aller voir Recovery-Girl vite fait pour qu'elle m'arrange ça avant l'entraînement de cet aprèm. On se voit là-bas? s'empresse de sortir Eijiro, tout en reculant lentement vers le bâtiment de l'école.
Bakugo fait mine de se lever :
— Attends, je viens-
— Non! Euh, non, c'est bon, aha, merci mec mais ça va aller. À plus! s'écrie presque le rouquin avant de faire volte-face et de marcher d'un pas vif vers l'entrée.
Eijiro tente de faire taire ses pensées tout en courant presque dans les couloirs. L'air surpris et blessé sur le visage de Bakugo lorsqu'Eijiro a refusé qu'il l'accompagne n'est probablement que le fruit de son imagination jalouse.
・* 。
L'après-midi est un véritable enfer. Eijiro a le plus grand mal à retenir ses larmes et Bakugo semble vraiment de mauvaise humeur. Sans doute qu'Ashido a un peu trop insisté. On aurait pu croire qu'après presque trois ans, elle saurait mieux jauger les limites du blond mais apparemment, c'est la prérogative d'Eijiro. Cette pensée suffit à lui miner encore plus le moral. Comme s'il avait besoin de s'infliger ça.
Le rouquin secoue la tête, comme pour chasser toute pensée, et essaie de reporter son attention sur les consignes d'Aizawa. Plus qu'un après-midi et il pourra se réfugier dans sa chambre pour pleurer toutes les larmes de son corps loin des regards. Et si c'est pitoyable et vraiment pas viril, tant pis!
・* 。
Comme on pourrait s'y attendre, ses performances à l'entraînement du jour sont assez peu glorieuses. Au point qu'Aizawa est obligé de le rappeler à l'ordre devant toute la classe pour lui demander de bien vouloir faire l'effort de se concentrer. Vraiment, quelle bonne journée!
Une fois l'exercice fini, Eijiro est un des premiers à arriver dans les vestiaires. Il n'a plus qu'une seule idée en tête: se changer le plus vite possible et rentrer se rouler en boule devant un bon Walt Disney dans ce qu'il reste de son sac de couchage. Tant pis pour la douche, puisqu'il est seul et mal aimé, il peut bien sentir le coyote pour ce que ça changera!
Il s'apprête à quitter les vestiaires lorsque Bakugo l'arrête d'une main autour du poignet. Eijiro se fige et se mord la lèvre nerveusement tout en tentant d'éviter le regard du blond.
— O-oui?
— Attends, faut que je te dises un truc.
Oh. Bakugo veut sûrement lui demander pourquoi il s'est comporté bizarrement toute la journée. Ou pire, il veut peut-être lui parler de la personne qu'il aime, voire même lui demander des conseils. La pensée lui déclenche une douleur si vive à l'estomac qu'Eijiro se demande comment il réussit à ne pas vomir. Il inspire. Il n'est pas prêt. Il ne veut pas entendre ce que Bakugo s'apprête certainement à lui dire. Il ne peut pas l'entendre. Alors il libère sa main d'une secousse, yeux vissés sur la porte du vestiaire.
— Euh, pas maintenant, je dois aller prendre une douche. Plus tard, mec!
Il se précipite dans le couloir avant que Bakugo puisse répondre quoi que ce soit.
・* 。
Eijiro se jette presque à l'intérieur de sa chambre et s'empresse de verrouiller la porte derrière lui avant de s'écrouler sur les lambeaux rouges de son sac de couchage. Il attrape un des morceaux encore à peu près intact et le fourre dans sa bouche pour étouffer ses hurlements. Et il hurle. Il hurle encore et encore jusqu'à ce que l'air arrivant par son nez devienne insuffisant et que la tête lui tourne. Puis il s'écroule de tout son long et fixe son plafond, immobile, les larmes s'écoulant délicatement du coin de ses paupières pour venir s'écraser sans bruit sur le sol lacéré de sa chambre.
Après presque trois ans à UA, il s'est passé bien des choses, mais Eijiro ne s'est jamais senti aussi misérable. À tel point qu'il commence même à envisager d'appeler sa mère.
Il sursaute au bruit soudain du tonnerre qui gronde avant qu'une violente averse ne démarre dehors. Il tourne la tête en direction de sa fenêtre.
Super, au moins le temps est en accord avec ce que je ressens, pense amèrement le rouquin.
Une petite voix lui intime qu'au moins, toute déclaration romantique et enflammée dans le jardin de l'école est désormais rendue impossible par le temps pourri. Le commencement d'un sourire sardonique point à ses lèvres avant d'être immédiatement remplacé par des dents mordillant sa lèvre inférieure.
Tu devrais avoir honte de penser ça, se sermonne-t-il, ce n'est pas parce que Bakugo aime quelqu'un d'autre que cet autre, et même tous les autres, n'ont pas le droit au bonheur!
Il se roule en boule et s'apprête à passer la soirée en tête à tête avec lui-même et son coeur en charpie, quand quelqu'un frappe violemment à sa porte. Et par quelqu'un, Eijiro pense bien sûr à Bakugo. Parce que personne, à part l'explosif blond, ne frappe aux portes comme si elles avaient personnellement insulté l'entièreté de ses ancêtres.
— Kirishima, ouvre cette putain de porte!
Oh, et il à l'air en colère. Mais le rouquin ne peut pas le voir maintenant. Il sait que c'est égoïste, lâche et qu'il est injuste envers Bakugo, mais il ne peut simplement pas.
Juste ce soir, il pense, laisse-moi juste ce soir pour m'apitoyer sur mon sort.
Il ferme les yeux et ne répond pas. Bakugo finira bien par se lasser et Eijiro s'excusera demain en lui disant qu'il écoutait de la musique ou un truc comme ça. Les coups redoublent et Eijiro durcit instinctivement tout son corps.
— Bordel, Kirishima, je sais que tu es là!
— …
— EIJIRO!
Le cri le fait sursauter. C'est la première fois que Bakugo utilise son prénom, et le rouquin serait aux anges si le ton de Bakugo ne suggérait pas sa mort imminente. Mais Eijiro n'a pas le temps d'aller plus avant dans ses réflexions: apparemment, la (courte) patience de Bakugo vient de toucher à sa fin et Eijiro laisse échapper un couinement de surprise lorsque la porte de sa chambre est soudainement arrachée de ses gonds et projetée à ses pieds sous le coup d'une puissante explosion.
Dans l'encadrement de la porte, Bakugo, dans sa glorieuse rage, le toise d'un air terrifiant. Eijiro agit sans réfléchir. Il se précipite vers sa fenêtre et l'ouvre à la volée avant de sauter du balcon, plusieurs mètres plus bas. Le goudron vole en éclats sous son corps durci mais Eijiro sans fiche comme d'une guigne. Parce que là, pieds nus et sous la pluie, il réalise ce qu'il vient de faire.
Bakugo va être furieux! Il ne me pardonnera pas! Comment je vais-
Il est coupé là dans ses réflexions par un hurlement furieux :
— RAMENE TES FESSES ICI TOUT DE SUITE EIJIRO!
Eijiro lève la tête juste à temps pour voir le blond se projeter d'un bond dans les airs puis contrôler sa trajectoire avec ses explosions pour atterrir juste devant lui.
De l'avis général, Bakugo est un adolescent à fleur de peau, avec un sérieux problème de gestion de la colère. La plupart des gens le perçoivent comme étant perpétuellement prêt à exploser — fugitivement comme littéralement — et incapable d'exprimer autre chose que de la fureur ou de la condescendance.
Mais Eijiro n'est pas la plupart des gens. Il sait bien que Bakugo, son Bakugo, est bien plus que ça. Après bientôt trois années dans la même classe, Eijiro se targue même — en son for intérieur — d'être capable de décrypter chaque émotion et mimique de son ami. Le langage de Bakugo, appris à la manière forte après plusieurs ratés soldés par des explosions et menaces en tous genres, n'a désormais plus de secret pour lui. Oui, Eijiro se l'avoue volontiers, il est devenu un expert es Bakugo Katsuki.
C'est du moins ce qu'il croyait encore en se levant ce matin. Mais là, alors qu'il fait face à son meilleur ami, trempé de la tête au pieds sous une pluie battante, il n'est plus sûr de rien. Cette expression sur le visage ruisselant de son ami, il ne l'a encore jamais vue.
Ce n'est pas la fureur qu'il s'attend à y voir, ni la confiance impérieuse avec laquelle Bakugo à l'habitude d'exiger. Non. Si Eijiro devait deviner, il dirait que c'est un mélange entre de la douleur, de l'humiliation, et de la résignation. À bien y regarder, Eijiro réalise avec effroi qu'il ne peut pas dire avec certitude si l'eau qui coule sur les joues de Bakugo provient seulement de la pluie.
J'ai fait ça, il réalise, j'ai fait du mal à Bakugo. C'est tellement pire que d'avoir le coeur brisé qu'Eijiro trouve la force d'arrêter de fuir. Parce que faire du mal à Bakugo, son Bakugo, c'est quelque chose qu'il s'est jurer de ne jamais faire. Il se racle la gorge :
— Je-
— Putain d'enfoiré! T'es vraiment…huh…bordel! le coupe Bakugo, le visage caché dans une main.
— Bakugo, je-
— T'es pas obligé de m'aimer mais putain, c'est horrible à ce point que je t'aime? Au point que tu préfères sauter d'un putain de balcon plutôt que de m'écouter? gémit Bakugo.
Eijiro se fige sous la pluie, interdit.
Je, il, je, quoi?!
— Tu quoi? s'écrie Eijiro.
Bakugo relève le visage et oui, Eijiro peut y voir les larmes qui s'y mêlent à la pluie. Ses tripes se nouent, à la fois brûlantes et douloureuses.
— Sûr! Fous-toi de moi en plus! Je t'aime, espèce d'enfoiré! Là, content? Marre-toi bien!
Eijiro veut rire et pleurer. Il veut prendre Bakugo dans ses bras pour le réconforter. Il veut attraper son visage ruisselant et l'embrasser sauvagement sous la pluie.
Moi! Il m'aime! C'est moi qu'il aime! Bakugo m'aime! il chante, encore et encore dans sa tête, alors qu'un sourire gigantesque s'épanouit sur ses lèvres.
Il veut se précipiter vers le blond, son blond, et le faire tournoyer dans les airs comme dans ces navets romantiques qu'il aime tant. Mais avant, avant il doit rattraper ses bêtises.
— Bakugo-
Aussitôt, le blond se détourne et fais mine de s'en aller.
— Bakugo!
— Garde ta pitié! Et va te faire voir, tu as déjà été bien assez clair!
— Non, attends-
— Je t'ai dit d'aller te faire voir! s'écrie le blond.
— Et moi je te dis d'attendre! crie Eijiro, faisant sursauter Bakugo.
Eijiro se jette en avant et enlace fermement le blond avant de se pencher vers lui. Sous les yeux médusés de Bakugo, il incline légèrement la tête sur la droite et dépose doucement, timidement ses lèvres sur celles du blond. Il relève la tête presque immédiatement, le baiser un simple effleurement. Embarrassé, Eijiro ouvre les yeux et croise le regard perplexe de Bakugo.
— M-mais…mais… bredouille ce dernier.
— Je suis désolé, murmure Eijiro, je croyais…j'avais peur que tu aimes quelqu'un d'autre.
Et enfin, sur le visage de Bakugo, Eijiro peut voir une des expressions qu'il connaît bien et qu'il affectionne tout particulièrement : son sourire-rictus favori.
— Crétin, soupir affectueusement Bakugo.
Eijiro sourit et s'apprête à se pencher en avant pour voler un autre baiser mais Bakugo l'arrête d'une main sur la poitrine.
— Alors? demande le blond, impérieux.
— A-alors? répète Eijiro, hésitant.
— Tu m'aimes? demande encore Bakugo en roulant les yeux.
Eijiro exhale un soupir de soulagement et offre à Bakugo son plus beau sourire :
— Evidemment! Je t'aime! Je t'aime de tout mon coeur, avec tout ce que j'ai et tout ce que je suis, Bakugo!
— Oh la vache, t'es trop embarrassant! grogne Bakugo en cachant son visage derrière sa main droite, la gauche toujours fermement appuyée contre la poitrine d'Eijiro. Eijiro rigole et résiste à l'envie de dire à Bakugo que sa main ne suffit pas à cacher son sourire et le fait qu'il rougisse.
Lentement, Bakugo abaisse sa main et murmure quelque chose.
— Pardon? demande Eijiro.
— J'ai dit : tu peux m'appeler Katsuki! Rho, écoute un peu! râle Bakugo, un peu plus fort.
Oh. Il est adorable.
Eijiro est certain que s'il continue à sourire de la sorte, il va se froisser un muscle. Et c'est le moment que choisit Bakugo — Katsuki — pour fourrager dans la poche de son pantalon et en sortir une rose rouge un peu tordue et écrasée. Il la tend timidement à Eijiro, les joues quasiment de la même couleur que la fleur.
— Ben, joyeuse Saint-Valentin, quoi! bougonne le blond en fixant le sol.
Ça y est, c'est la fin. Eijiro est mort et au paradis. Il ne voit pas d'autre explication. Son coeur bat la chamade dans sa poitrine et il lutte de toutes ses forces pour retenir le rire d'allégresse qui lui brûle les lèvres et ferait à coup sûr sortir Katsuki de ses gonds. Délicatement, de la main gauche, il prend la rose des mains de Katsuki. Elle fait triste mine sous la pluie et clairement, le blond a dû s'assoir en l'ayant dans la poche à un moment donné, mais aux yeux d'Eijiro, c'est la plus belle fleur qu'il ait jamais vue. Oubliés les muscles froissés, Eijiro va probablement resté coincé toute sa vie avec un sourire sur les lèvres. Comme le Joker.
Il chasse la pensée d'un mouvement de tête et pose doucement la main droite sur la joue de Katsuki. Le blond relève la tête et les deux jeunes hommes s'observent en silence un instant, à moins de quelques centimètres l'un de l'autre.
Finalement, Katsuki glisse timidement les bras autour du cou d'Eijiro et l'attire à lui dans un baiser.
・* 。
— Heu Ashido? Qu'est-ce que tu fais? demande Midoryia.
La jeune femme ne prend pas la peine de relever la tête de là où elle est, accroupie à une fenêtre du rez-de-chaussée, regard et caméra de smartphone braqués vers l'extérieur et sourire sardonique aux lèvres, avant de répondre :
— Je prépare mon discours pour un mariage.
