Léa se réveilla ce matin là avec un mauvais pressentiment. Elle détestait cette faculté en elle, celle de sentir venir les emmerdes. Mais cette fois ci, au delà de l'énervement habituel, elle sentit monter en elle une véritable panique. Quelque chose d'énorme. De beaucoup trop dangereux. Elle se leva et jeta un oeil par la fenêtre de sa chambre. La ville semblait calme. Quelques promeneurs marchaient dans la rue, accompagnés d'enfants ou de chiens. Elle descendit dans la cuisine et vit son frère aux fourneaux, en pleine préparation de pancakes. Elle l'embrassa et le serra dans ses bras. Elle avait l'impression que c'était la dernière fois qu'elle pourrait le faire.


Un sursaut la fit presque tomber de son arbre. Heureusement, elle avait pris l'habitude de s'attacher. Un regard autour d'elle lui indiqua que la forêt était calme. Pour une fois... Elle sorti de son sac une des boîtes de conserve qu'elle avait déniché la veille, dans un entrepôt. Les rôdeurs l'avait faite souffrir, elle s'était salement amoché l'épaule gauche en prenant la fuite. Il devait y avoir une horde dans le coin, ils étaient rarement si nombreux.

En grignotant ses haricots blancs à la tomate (un véritable festin), elle se demanda quand ce rêve prendrait fin. Quand le visage de son frère agonisant disparaîtrait de son esprit, et pire, son frère se relevant d'entre les morts pour essayer de la tuer. Il était son premier meurtre, si on pouvait qualifier de meurtre le fait de tuer un mort.

Soudain, au loin, un cri déchirant retentit. Léa saisit ses jumelles et regarda en direction du bruit. Elle ne vit rien d'autre que la forêt. Le cri s'était évanoui. Le silence était revenu. Elle continua de manger, tout en restant aux aguets. Puis le bruit d'un moteur se fit entendre. Léa bondit, rangea sa boîte entamée dans un sac plastique, fourra le tout dans son sac, se détacha, rangea sa corde, vérifia ses couteaux et descendit de son arbre.

Elle pris la direction de la route, le regard vif, l'oreille attentive. Ses pas effleuraient le sol avec légèreté, ses mouvements furtifs la déplaçaient en silence. Quelques dizaines de mètres plus loin, elle se cacha dans des fourrés, s'assura que les rôdeurs ne puissent pas la voir et elle attendit. Le bruit du moteur se rapprochait. Une moto. Elle ne roulait pas vite, semblait même sur le point de s'arrêter. Un bruit de métal lui indiqua qu'elle était tombée. Ça venait de derrière la côte, tout près d'elle. Des râles. Les rôdeurs. Ils avaient l'air nombreux. Et des cris. De rage. Un homme, vivant.

Sans hésiter, elle sortit de sa cachette et couru le plus vite possible. Il ne lui était pas concevable de ne pas venir en aide a un vivant. Arrivée en haut de la côte, elle stoppa net. Il y avait effectivement une horde dans les parages. Et elle était juste en face d'elle. Devant les mort, l'homme, muni d'une arbalète, se défendait contre cette infamie. Elle reprit sa course pour lui venir en aide. Elle refoula sa peur. C'était la plus grosse horde qu'elle n'ait jamais vu.