One shot écrit dans le cadre de la cent-vingtième nuit du FoF sur le thème "Esoterique"
La première réaction de Sylvain quand il avait entendu Byleth conseiller à Félix de commencer à se plonger dans quelques livres de magie noire avait été la surprise. D'ailleurs, à voir la tête que tirait le concerné, il n'avait pas l'air non plus de si attendre. Le roux n'avait jamais imaginé le bretteur avec un maniement de l'épée aussi parfait dans ce genre d'arts. Il n'avait pas non plus réellement pensé qu'il suivrait le conseil.
Pourtant, alors qu'il s'approchait à une heure tardive de la bibliothèque, il avait vu la lueur d'une chandelle. Il pensait pourtant être seul. Il passa l'angle et s'immobilisa.
Félix était là, penché sur un manuscrit, quelques mèches sombres cachant son visage. Mais à la façon dont il dodelinait lentement de la tête, Sylvain comprit bien qu'il devait être sur son étude depuis des heures et que la fatigue commençait à le prendre. Cependant, fidèle à lui-même, l'épéiste se redressa vivement dans sa chaise en captant sa présence puis tourna la tête vers lui.
Qu'est ce que tu fais là ?
En réponse, Sylvain avait secoué le livre qu'il ramenait et s'était dirigé vers l'étagère dont il provenait pour l'y ranger. Il avait senti le regard de Félix le suivre pendant ce court trajet. Il avait compris qu'il n'était pas le bienvenu. Il n'avait pas demandé son reste et il était sorti.
Quelques soirs plus tard, la scène s'était répétée. Sylvain avait alors compris que chaque soirée de son ami était consacrée à l'apprentissage de cette magie dont lui-même ne connaissait rien.
Il avait vu ses cernes se creuser mais la motivation de leur compagnon de classe restait intacte.
Alors Sylvain avait pris l'habitude de passer dans la journée emprunter un livre, ne serait ce que pour avoir l'excuse de venir le déposer ensuite dans la soirée.
Si au début Félix semblait vouloir le mettre dehors d'un bon coup de pied au cul si nécessaire, il avait peu à peu accepté sa présence. Et le regard appuyé s'était transformé en un salut fatigué qui ne le décrochait même pas de sa lecture.
Le roux n'en avait cure. Ce n'était pas l'attention de Félix qu'il voulait. Enfin, pas vraiment. Non… ce qui le fascinait, c'était cette expression qu'il avait surprise alors et que peu à peu, le brun lui laissait percevoir sans s'inquiéter de sa présence. Cette concentration teintée de fatigue si résolue… Félix ne devait pas se rendre compte de combien son visage perdait de sa dureté habituelle dans ces moments-là. Combien il semblait soudainement accessible… et combien Sylvain le trouvait irrésistible.
Puis avec l'avancée des études de Félix, la table s'était peu à peu couverte de croquis auxquels Sylvain lançait un regard distrait sans rien en saisir. Mais Félix progressait vite pour ce qu'il avait entendu. Il avait un véritable don avec cette magie sombre.
Tant mieux.
Connaissant l'animal, il n'abandonnerait pas tant qu'il ne maitriserait pas cet art comme un maitre. Alors leurs rendez vous quotidien que Sylvain était le seul à prendre pourraient continuer.
Et il n'avait jamais manqué à l'appel.
Avec prudence, il s'était même autorisé à tenter une avancée en posant une question sur un croquis d'un parchemin tombé au sol qu'il avait remis sur le bureau. Félix l'avait regardé un instant d'un regard froid puis avec un petit soupir, il avait commencé à expliquer le concept compliqué mis en œuvre sur le croquis. Sylvain avait même senti un effort à tenter de simplifier les choses avec des exemples pour mettre les choses à sa portée. Ils avaient alors parlé un peu autour du sujet puis le roux avait disparu comme chaque soir pour rejoindre sa chambre.
Avec le temps, il lançait la conversation de plus en plus régulièrement et celle-ci continuait parfois tard le soir. Parfois, il passait juste poser son livre en lui adressant juste un sourire. Il ne fallait pas l'agresser… il fallait le laisser respirer.
Si Sylvain excellait dans un domaine, c'était bien dans celui de faire céder les barrières. Et il en jouait avec le jeune noble épéiste avec habilité, passant peu à peu les limites qu'il fixait. Là où les premières nuits il restait parfois debout des heures pour tenir la conversation, il prenait maintenant la liberté de s'asseoir à sa table.
Il avait même pris le soin un soir de ramener des biscuits dont il avait réclamé la conception à Annette spécialement pour pouvoir en amener une petite assiette le soir à Félix.
A sa surprise, il l'avait trouvé endormi, la face contre le parchemin. Il s'était alors figé à l'entrée de la bibliothèque. Puis un sourire avait étiré ses lèvres.
Il semblait si détendu ainsi, son beau épéiste… Il était resté un moment à le contempler. Il était certain qu'en temps normal, l'autre aurait sauté sur ses pieds dès l'instant où il avait franchi la porte mais il n'en était rien.
Soit il était vraiment épuisé, soit se considérait en sécurité et la présence qu'il ressentait été amie. Sylvain s'en sentit comblé. Et cette vue n'était pas donnée à tous.
Il entra finalement, déposa en silence l'assiette et vint déposer sa veste sur les épaules de Felix en douceur, prenant bien garde de ne pas le réveiller.
Il soupira d'aise. Ce n'était rien. Et pourtant, c'était tellement…
Il se dirigea alors vers la sortie.
Un jour, il faudrait qu'il se décide à lui parler…
