Bonjour !
Ce texte est un petit Soukoku que je dédie à Ahriall-Sann si tu passes dans le coin o/. Il traite de la relation de Chuuya et Dazaï de manière un peu déstructurée, à l'image de la relation qu'ils ont dans cette histoire. J'ai utilisé un mode de narration fragmenté, et fractionné, donc pour certaines choses c'est subtiles, pour d'autres, c'est sous-entendu, j'espère que ce sera réussi en tout cas, c'est un essai sans prétention :3.
Globalement, c'est à la fois chou et... drama, je suppose ? Au passage, TW : allusion à un alcoolisme, mais rien d'explicite ou de larmoyant là-dessus. Bien que ça ne reste pas très jouasse... !
Un petit smut est présent mais il est pas bien méchant.
Sans en dire plus, je vous laisse lire ~
Enjoy o/
« Chuuya, laisse-toi aller. »
Éprouvant toutes ses barrières, les dernières, Chuuya gémit alors que Dazaï caressait son téton entre deux doigts, son autre main serpentant le long de son corps. Il avait chaud. Si chaud. Et il en mourrait d'envie, qu'il le touche, qu'il le prenne, qu'il le fasse réellement sien. Il ne put que gémir quand la main du plus grand se referma sur son entrejambe, la prenant en coupe, sans brusquerie pour autant. Dazaï serra un peu, Chuuya fermant les yeux. Il l'embrassait dans le cou, et continuait de martyriser son foutu téton. Il était complètement à sa merci.
Et Chuuya aimait ça.
Doucement, la main de Dazaï massa son entrejambe, le rouquin se tendant considérablement. Les baisers pleuvaient dans sa nuque. Il lâcha un soupir de bien-être, se mordant la lèvre aussitôt.
« Ne te retiens pas. J'aime t'entendre.
—La ferme, enfoiré ! Gâche pas tout. »
Un rire éclot, proche de son lobe, le faisant sursauter. Adroitement, Dazaï déboutonna son pantalon et glissa sa main à l'intérieur de son caleçon. Il ne mit que peu de temps à empoigner son érection, Chuuya rougissant jusqu'aux oreilles. Il donna un rude mouvement de pompe. Chuuya se mordit violemment la lèvre, sa tête ruant vers l'arrière.
« Eh bien, je vois que tu apprécies.
—Dazaï… »
Il riait encore.
Chuuya voulait bien avouer qu'il l'appréciait. Peut-être même plus. Mais c'était un sacré trou du cul, ce gars. Y avait pas à tortiller.
« À quoi tu penses, mon chéri ? »
Cette fois, la colère saisit Chuuya.
« M'appelle pas comme ça !
—Et pourquoi pas ? »
Sa main continuait à le caresser. Le rouquin eut du mal à avaler sa salive, les vagues successives de plaisir le traversant depuis cet endroit si intime. Merde, Dazaï avait un putain de bon mouvement de poignet. Il avait déjà l'impression d'être sur le point de jouir. Même lui ne se maniait pas aussi bien en se paluchant, alors que c'était son propre corps. C'en était limite vexant. Doucement, Dazaï le branlait, sa paume étrangement douce, le jeune homme se tendant. Il ferma les yeux, retenant un autre gémissement. Dans son cou, d'autres baisers. C'était vraiment bon. Il ne comprenait pas pourquoi c'était si bon.
« Je veux être en toi, Chuuya. Est-ce que tu en as envie, toi aussi ? »
Cette main qui le caressait pressa le bout de son sexe, lui envoyant une décharge électrique dans le bas ventre. Il en mourrait d'envie, putain.
« Vas-y. » Il se cachait la tête dans l'oreiller, ne voulant pas voir l'expression rieuse de Dazaï. « T'as des capotes ?
—Toujours. »
Chuuya vit rouge, s'étouffant avec sa salive. Le con lui disait ça avec un tel aplomb !
« T'avais prévu ton coup, connard ?! »
Dazaï rigola.
« Je sors toujours couvert, avec mon précieux manteau.
—Débile. »
Il se laissa pourtant embrasser, Dazaï lui infligeant une autre délicieuse caresse. Chuuya lui mordit la lèvre, involontairement. Ils sursautèrent, la main du châtain bougeant, le rouquin lui faisant partager son frisson. Ils n'en menaient pas large tous les deux, entre excitation et une sorte de fascination pour les réactions de l'autre qui n'en finissait pas.
Ce n'était pas la première fois qu'ils couchaient ensemble. Chuuya savait que ce n'était pas la dernière. Il ne voulait pas que ça le soit, du moins. La seule chose, c'est que pour lui, ça devenait de plus en plus sérieux. Et il pouvait pas s'empêcher de se demander si pour Dazaï, il y en avait d'autres, si c'était important, ou si ce n'était que l'amusement de se taper son coéquipier. Il ignorait ce que Dazaï ressentait, ce qu'il pensait. Quand bien même il avait envie de lui, il commençait à l'aimer… et le doute venait avec.
Est-ce que c'était bien, pour lui, dans ces conditions ?
Si Dazaï jouait, si Dazaï partait, est-ce que ça ne finirait pas, inévitablement, par lui faire du mal ?
Coupant ses pensées, Dazaï vola ses lèvres. Il l'embrassait avec douceur. Un mélange d'érotisme et de passion. Ça faisait décoller ses entrailles. Chuuya se sentait con, tellement, tellement con.
Il ne savait pas y résister.
« Baise-moi. »
Chuuya souffla les mots malgré lui. Mais il était fatigué, fatigué de lutter. Tout ce qu'il voulait, c'était que Dazaï le prenne.
Il avait été son premier, et jusqu'à présent, le seul. Il n'avait pas envie que ça s'arrête, entre eux. Vraiment pas.
Alors il se laissa faire, se laissa aller comme l'autre le lui avait demandé, se faisant ôter son pantalon, le reste des vêtements, préparé avec une bonne dose de lubrifiant parce qu'ils n'attendraient pas dix mille ans avant de passer aux choses sérieuses, et pénétré jusqu'à la garde. En lui, Dazaï soupirait. Il lui chuchota qu'il était doux, Chuuya mordant l'oreiller avec une gêne intense couplée à un désir palpable.
La main du brun, sur son pénis, continuait son irrésistible torture.
La suite ne fut que mouvement pressés, désir, soupirs et gémissements, baisers et morsures. Dazaï adorait le marquer. Chuuya, malgré sa propension à l'engueuler dès qu'il les découvrait, appréciait de les savoir là.
C'était comme si la trace que ce qu'ils faisaient, le moment où ils unissaient leurs corps, était là. Un contour de dents, une griffure. Vivante. Enracinée. À même sa peau.
Chuuya aimait bien trop ça, ce qui n'appartenait qu'à eux.
Lorsqu'ils finirent, ils avaient joui, s'endormant l'un contre l'autre, Chuuya au creux des bras de Dazaï en se demandant pourquoi il cédait —il était consentant, totalement, ce qu'il ne comprenait pas, c'était pourquoi il en avait envie, et pourquoi il ressentait tout ça.
Le temps finirait bien par lui donner une réponse.
La bouteille au coin de la gueule, Chuuya chantonnait en pleurant, ce jour-là. Ce jour où Dazaï était parti. Il pensait que ça n'aurait aucune conséquence, qu'il s'en foutrait. Après tout, ils étaient des mafieux, ils butaient des gens. Ils étaient pas là pour faire du sentiment, si ? Il n'en avait rien à foutre, que Dazaï reste dans la mafia ou qu'il s'en aille. Il se le répéta avec ferveur, un afflux de pression grimpant dans ses veines, jusqu'à sa cage thoracique nouée. Avec peine, il respira, et reprit une gorgée. Il s'enfilait la bouteille comme si… comme si ça changerait quelque chose.
Sauf que rien ne s'effacerait en buvant.
Rien ne s'effacerait.
En ne buvant pas non plus.
Chuuya hoqueta bruyamment, hors de lui.
Cette connerie, ce Double Noir qu'ils étaient censé être…. Bah, c'était classe, ça avait de la gueule, mais ça mangeait pas de pain, et Chuuya trouvait que Dazaï était le roi des chiants. Manipulateur, cruel… un salopard en puissance. Il se savait pas mieux, cela dit ! Il n'avait jamais su contrôler ses émotions, et s'énervait très vite en conséquence. Jouissant d'un tempérament sang chaud, Chuuya suivait son instinct, ses pulsions. Il n'était peut-être pas une flèche, ni une lumière, mais de temps en temps, ça lui arrivait de faire fonctionner ses neurones, et il n'était pas con.
Il se doutait bien que pour qu'il chiale comme une merde en buvant de l'alcool, qu'il veuille se bourrer la gueule, que même chanter des chansons paillardes à tue-tête ne le faisait pas rire – c'était Dazaï qui lui avait fait découvrir ces connerie, comme s'il serait allé chercher ça tout seul, c'était typique, typique de ce con de Dazaï – c'est qu'il y avait une couille dans le pâté.
Dazaï… Son absence… C'était une déchirure.
Et en s'effondrant dans un coin de la pièce, la bouteille au creux de la main, Chuuya laissa libre court à ses larmes. Il pleura longuement, se demandant ce qu'il allait faire sans son coéquipier, sans ses conneries, sans ses piques, sans s'énerver contre lui… Sans Dazaï.
Il aurait voulu que tout soit comme avant.
Ces missions.
Ces embrassades.
Ces moments à coucher ensemble avec vigueur dans une chambre. Après les massacres.
Les pleurs. Les étreintes. Les baisers. Les insultes.
Tout ce qui était eux, tout ce qui était lui, tout ce qui était Dazaï.
Sauf que ça ne le serait plus. Jamais.
Dans le noir profond de la nuit, Chuuya sombrait, confusément seul.
Le liquide vermillon ondoyait dans le verre, renvoyant le reflet chatoyant des lumières tamisées du bar accrochées aux linteaux. Typiquement asiatique, l'éclairage se constituait de grosses lanternes surmontées d'un dôme rougeâtre avec des caractères kanji peints tout autour. La pièce se trouvait séparée en deux parties par une allée assombrie car les lumières ne l'atteignaient pas : le comptoir, où Chuuya était accoudé, et une série de gros sièges en bois mis face à face avec pour chacun une table entre eux. De quoi accueillir quelques clients les jours d'affluence. Ce n'en était pas un. L'établissement était assez petit, mais agréable, il y faisait chaud. Comme il n'y avait pas grand monde à cette heure de la soirée, c'était pratique. Ses pieds glissant sur la barre du tabouret, le rouquin serra soudainement le récipient dans sa main avant de s'enfiler son contenu d'une violente rasade. Il le reposa tout aussi promptement, son cul claquant contre la table en un bruit mat.
Chuuya poussa un soupir, agacé, hélant le barman pour se faire servir à nouveau. Sa bouche était pâteuse, c'était assez désagréable. Il ne savait même plus à combien de verre il en était.
Il avait passé une journée de merde, le genre qui filait des aigreurs d'estomac, les nerfs en pelote, et une envie de tuer quiconque croisait son regard. Putain, ça faisait longtemps que le karma ne lui avait pas fait de tels coup de pute. Une mission qui se passait mal, Mori-san qui l'engueulait, les autres qui se foutaient de sa gueule… Et surtout, surtout, il avait croisé Dazaï.
Cet enfoiré s'était rangé en compagnie des détectives. Une bonne blague.
Ce salopard de saligaud de bâtard l'avait bien baisé. Autant au sens propre qu'au figuré. Et Chuuya ne lui pardonnait pas. Ça faisait maintenant sept ans que Dazaï avait quitté la mafia. Sept ans qu'il ne lui avait pas dit au revoir, pas adressé la moindre excuse, la moindre explication, qu'il l'avait simplement abandonné. Chuuya avait souffert. Il était tombé amoureux de lui. S'il était plus jeune, moins expérimenté, il savait que c'était de l'amour. Il avait mis longtemps à l'accepter, à vouloir le reconnaître. Ce n'était jamais évident de se figurer ses propres sentiments pour un adolescent, encore plus dans un milieu comme le leur.
Alors quand Dazaï était parti, Chuuya s'était dit que depuis le début, il avait joué avec lui. Qu'il avait été le seul à s'attacher, le seul à l'aimer, le seul à tenir à l'autre. Ça l'avait détruit. Chuuya avait en effet connu son premier chagrin d'amour, très douloureux. Personne n'avait été là pour le consoler, personne n'avait panser ses blessures.
Le seul qui aurait pu le comprendre était Akutagawa, qui avait été largement aussi affecté que lui. Dieu savait pourtant qu'ils avaient pas la même relation et que cette raclure de Dazaï le traitait mal. Ryunosuke s'était semblablement entiché de lui, également. Chuuya avait eu les boules, doublement les nerfs, l'envie de défoncer des murs, en comprenant que derrière celui qu'il avait aimé, il ne restait que de la souffrance, de l'amertume.
Dazaï n'était qu'un égoïste. Un salopard d'égoïste. Un fou furieux assoiffé de sang, encore plus déglingué que lui. Il l'avait vu tuer sans émotion. Rire face à la mort, face à la souffrance. Il était esquinté par la vie, ce pauvre gars.
Chuuya savait qu'il n'était pas mieux.
Deux mecs paumés, toxiques comme qu'eux, ça pouvait pas fonctionner, donner un résultat sain. À part qu'il aurait aimé. Il aurait vraiment aimé que ça se fasse.
Même maintenant, à ses vingt-deux ans, Chuuya continuait de pleurer Dazaï. Leur relation lui faisait toujours aussi mal. Quoique, c'était différent. Il avait appris à s'accommoder de la douleur, à la faire sienne, à la sentir dans ses tripes, dans ses membres. Il s'octroya une autre rasade, et une autre, encore une.
Le goût ambré envahissait son palais. Il appréciait cette caresse agressive du liquide qui descendait dans son œsophage, emplissant sa gorge avec force. La violence de l'alcool, il en avait besoin. Il n'y avait rien d'autre qui l'aidait dans ces moments de déprimes, ceux-ci devenant particulièrement fort lorsqu'il voyait Dazaï.
Malgré le temps passé, tout son quotidien portait l'empreinte du châtain. Il était une vraie tornade, qui faisait ce qu'il voulait de lui. C'était largement aussi frustrant que rageant.
Reposant encore son verre, il soupira. Hélant le barman pour la énième fois, ses joues lui parurent chaudes.
Il passa la main dessus, soufflant, exténué, comme s'il espérait grainer plus d'air, sa cage thoracique comprimée en manquant cruellement.
« Tu t'es encore mis dans un sale état. »
Une voix rieuse.
À ses côtés.
Chuuya se figea.
Sa main glissa lentement de son visage, jusqu'à sa bouche, pour s'empêcher de lâcher un cri de rage.
Ses propres cheveux retombés devant son visage, donc il ne voyait pas l'intrus, sa vision engloutie par ses mèches rousses. Mais il reconnaissait cette voix. Il savait qui était cet enculé qui se permettait de commenter ses habitudes comme si – comme si ce n'était pas la première fois qu'il l'observait. La colère grimpa alors dans le jeune homme, similaire à la lave en fusion. Dans son dos, jusqu'à son crâne, il la sentait l'emplir, des pieds à la tête.
Un quart de seconde. Son globe oculaire remua dans son orbite, une veine explosant à sa tempe. Sa rétine imprima lentement, très lentement, ce que la place, auparavant vide à ses côtés, retranscrivait. Son iris bougea, imperceptible. Ses pupilles se figèrent.
Un quart de seconde. Sa nuque. Les muscles tirent. Sa gorge déglutit, son verre est de nouveau plein, le liquide est versé, il l'entend – sa bouche est sèche.
À côté de lui, à ses côtés, le responsable de son tourment, de son courroux.
Ce salopard de mécheux mal fringué avec ses bandages à la con.
Ce type au sourire malsain.
Celui qui lui a fait tant de peine.
Dazaï.
Chuuya cligna des yeux, se demandant sérieusement s'il avait la berlue. Mais non. Assis sur le tabouret du bar, son ancien coéquipier le toise, une bière dans sa main, le verre plein, et il le regarde. Comme si de rien était. Comme si c'était normal.
C'était une grosse blague…
Le sang du rouquin ne fit pas qu'un seul tour dans ses veines, tant son énervement le dépassa d'un coup.
« Qu'est-ce que tu fous là, enfoiré ?! »
Un cri surpris étranglé, il n'y avait pas d'autre manifestation possible de son désarroi de toute façon. Dans la rue, quelques silhouettes piétonnes fixèrent le bar, pour s'engager de nouveau dans leur marche indolente. Le barman, lui, vaquait à ses occupations.
C'fout comme c'est des discrets, ces mecs, pensa un Chuuya circonspect, ils relèvent jamais rien.
De son côté, Dazaï se mit à sourire.
Un sourire en coin qui se transforma petit à petit en un étirement ingénue des lèvres. Putain, comme s'il était heureux d'être là avec lui, comme si c'était normal. Chuuya se demanda, pour la deuxième fois, sérieusement s'il rêvait, s'il devenait pas taré, si c'était pas l'alcool, si c'était pas des hallucination, quelque chose qui fonctionnait pas normalement chez lui. Y avait forcément un problème quelque part. Il trouvait pas où.
Dazaï pouvait pas être là. Il pouvait pas…
« Calme-toi, c'est mauvais pour tes nerfs. Tu ne devrais pas boire autant. »
…
« JE T'EN POSE DES QUESTIONS, CONNARD ? »
Chuuya se sentit démarrer au quart de tour. En face de lui, le châtain rigolait.
« Tu n'as pas changé, Chuuya. »
Alors c'était pas un rêve. C'était vrai.
Dans sa main, le verre, il serrait. Serrait plus fort, fort, au point qu'il sentait les ornements lui défoncer la main. Dazaï était toujours le même salaud, pour sa part. Toujours là pour le faire chier, pour l'emmerder, ou pour lui casser les couilles. Oui, ça devenait une déclinaison inlassable de synonyme, et même qu'il aurait pu ne pas s'arrêter là ! Putain, cet enfoiré lui donnait envie de l'étriper. Un vertige le saisit presque. La colère, ou la boisson. Il avait si chaud. Et sa hargne, elle, irradiait comme un feu brûlant dans l'atmosphère tiède du bar avec le relent d'humidité provenant de la rue passante, de sa pente raide, les paravents délivrant la vue de quelques passants qui se pressaient. Des lycéens avec des sacs, des hommes d'affaires.
Chuuya était vert de rage. Ou plutôt rouge. Son visage devenait littéralement bouillant.
Néanmoins, il devait se contenir. Ce n'était pas la première fois que Dazaï le faisait chier. Et pas la dernière. Il se le ferait un jour. Il se vengerait. Pas dans ce bar, et pas avec au moins deux bouteilles dans le nez.
La voix basse, lasse, il souffla :
« Toi non plus. »
Reprenant son droit, la quiétude du soir. Leurs iris s'accrochèrent l'un à l'autre, ce qui voulait tout dire et rien à la fois.
Dazaï s'était incrusté, il n'y avait rien de plus à faire que de faire avec. Chuuya était trop soûl pour feindre d'essayer de le tuer, et il ne voulait pas détruire l'échoppe. Ce fichu Dazaï avait intérêt à avoir une bonne raison d'être là, avant que sa patience ne s'entame…
« Qu'est-ce que tu veux ? »
Chuuya, le ventre noué, plein de palpitation, en sueur, le tours des yeux brûlants, se racla la gorge. Mal à l'aise. Il avait beau se contenir, les sentiments qui cuisaient dans son ventre remontaient au cœur, avec le risque dangereux de l'explosion.
« Oh, rien ! Juste te parler, en souvenir du bon vieux temps. »
Chuuya s'enfila son verre d'un seul coup, sanguin.
C'était la blague de trop.
« Te fous pas de ma gueule, Dazaï. Tu sais comment il était, le bon vieux temps. Tu t'es bien fichu de moi. De nous tous.
—J'ai dû quitter la mafia, oui, » sa voix doucereuse, quelque chose y dormait, une émotion que Chuuya ne parvenait pas à identifier, « et je ne le regrette pas. C'est simplement une étape de ma vie.
—Et moi, j'étais une étape ? »
Enfin.
Enfin, ça sortait.
Ce qu'il avait sur le cœur.
Devant un Dazaï abasourdi, Chuuya lâchait son sentiment le plus intime, le plus complexe à exprimer pour lui : sa vulnérabilité.
Le regard bas, les yeux mauvais, il espérait que l'autre répondrait, mais en même temps, il redoutait sa réponse. Parce qu'il n'avait pas envie de savoir que Dazaï avait joué avec lui, avec son cœur, avec son âme.
Chuuya reprit, décidé à faire les questions et les réponses :
« C'était qu'un jeu, pour toi. Depuis le début.
—Ça n'en a jamais été un. »
Silence froid.
Chuuya se mordit la joue à sang. Il n'y croyait pas. Dazaï blaguait encore. Ou alors, il s'était endormi au bar, il rêvait vraiment, parce que c'était cliché, si cliché… merde, Dazaï ne pouvait pas lui faire ça, maintenant, pour l'achever de cette façon.
Ignorant sa colère noire, comme il en avait si bien l'habitude, ce dernier poursuivit, son visage revêtant un sérieux qui déplut à Chuuya. Parce qu'il n'avait pas le droit.
« Tu n'as jamais été un jeu pour moi, je te le promets. Les raisons de mon départ m'appartiennent et tu n'as à voir là-dedans.
—Bien sûr que si. » Chuuya renâclait, n'arrivant pas à contenir ses sentiments. « Je n'étais pas suffisant pour te faire rester. »
Ces paroles, ses propres paroles lui crevaient le cœur.
Chuuya avait envie de pleurer. Ça faisait simplement trop longtemps que ça lui pesait sur le poitrail, que ça l'empêchait de dormir, hantait ses songes comme un spectre maléfique, au point de lui donner des sueurs froides. Il avait besoin de savoir, au fond. S'y refusait en même temps. Parce qu'il avait été déçu, trop déçu, trop fâché, abandonné et lâché au moment où il s'était attaché. Ça faisait mal, putain, si mal, de perdre un être aimé.
Que cet être aimé se joue de lui appuyait justement là où ça faisait mal. Mais ça avait toujours été comme ça, ça avait toujours été Dazaï.
Le détective gardait le silence, semblant comprendre ce qui se tramait en lui. Ses yeux jugeaient ses réactions. Humilié, Chuuya ferma les yeux, tentant de refouler les larmes.
Dazaï, soupirant, commanda à boire, faisant servir deux shots devant eux.
« Ce n'est pas question de ça, Chuuya. C'est plus complexe.
—J'en ai rien à foutre, de tes conneries. »
Une larme avait coulé, le rouquin cramponné à son verre. Il avait plus envie de penser. Il se le siffla, pour la énième fois. Sa tête tournait, ses pensées s'embourbaient. Son souffle, dans sa gorge, se coupait. Découpé en déchirure sporadiques. Tout était lui. Tout était Dazaï, le temps suspendu entre eux, les souvenirs amers, douloureux.
Coupant l'affliction infernale, Chuuya un goût de bile dans la gorge, le châtain déclara :
« Je t'aimais, tu sais. Je t'aime toujours. Sois sûr que ça n'a rien changé. Je ne suis pas resté pour toi, mais mes sentiments étaient réels. J'étais juste con. »
Un petit ricanement caractéristique, façon typique de Dazaï de mettre à distance ses émotions avec de l'humour.
N'y tenant plus, car à bout, Chuuya éclata en sanglots.
C'était pas son genre, de chialer comme ça. Surtout pas devant Dazaï, avec la fierté. Toutefois, l'alcool aidant, c'était dur de s'y cramponner. Le barman ne réagissait toujours pas, coupé d'eux. Dans sa bulle. Le rouquin, lui, il était comme une épave.
À la dérive, comme l'était l'autre jeune homme. Ils avaient bien dérivé, naufragés, jusqu'à s'échouer contre le récif, le corps maigre de leur navire se fracassant contre la côte. C'était pathétique. Surtout parce qu'ils ne pourraient pas être ensembles. Si, en vérité, ces mots étaient ceux qu'il aurait pu attendre, qu'il aurait aimé que Dazaï lui dise, ça ne changeait rien. Il avait trop souffert, était tombé trop bas, pour que ça mette du baume au cœur sur ses émotions.
Parce qu'il croyait quoi, ce sale con ?! Qu'il allait lui sauter au cou ? Que ça effacerait tout ?
Avant qu'il ne cède à sa colère, ou à ses larmes faute de filtre entre ses émotions et ce qui en transparaissait, une sensation chaude sur son crâne le fit sursauter. La main du châtain. Dazaï lui caressait la tête.
Autant dire que c'était le pompon.
Littéralement stupéfait, ainsi que complètement rond, Chuuya se laissa faire. S'appuya même dans l'étreinte.
« Je sais que je t'ai fait du mal, » murmura Dazaï, « et j'en suis désolé. Je ne regrette pas mon choix, mais t'avoir perdu, ça, je l'ai toujours regretté. »
Son murmure était bas, si bas.
Chuuya ne l'entendit presque pas. Il continua de pleurer, avachi sur le comptoir, la tête entre ses propres bras, à se faire caresser la tête par son ancien amant, son ancien partenaire, son verre vide au creux de la paume. Ils avaient une belle gueule, les putain de mafieux. Toujours doucement, Dazaï s'excusait. Ses paroles se figeaient dans le temps, s'envolant dans la nuit. Elles le berçaient presque.
Chuuya ne voulait pas croire ce qu'il se passait. Et il ne comprenait pas à quoi jouait Dazaï. C'était juste irréel, surréel. Impossible.
Le rouquin était perdu, il se miroitait en l'image d'un pantin. Triste et las. Il aurait aimé savoir quoi faire, quoi répondre – s'il fallait répondre, même, et quoi penser.
Au fond, pourraient-ils un jour se retrouver ?
Le mal de tête, puissant, le terrassait. Les larmes, elles, ne tarissaient pas.
Petit à petit, le rouquin s'endormait. Il ne tenait presque plus debout, il avait trop picolé, son cœur et sa tête allaient exploser — ses pensées l'étaient déjà, plus qu'éparses, éparpillées, incomplètes, désarticulées.
Il ne savait plus dire ce qu'il ressentait, ce qu'il pensait.
Tout ce qui comptait, c'était l'odeur de la bière, l'odeur du bar, la chaleur de Dazaï, le vent frais de la nuit.
Il y succombait complètement.
« Je vais l'emmener, et appeler un taxi. » Dazaï s'adressait au barman, et sortit son téléphone.
Ni une ni deux, Chuuya l'entendit distraitement donner des directives et l'adresse de l'échoppe, en plus de celle de son appartement.
Il devait vraiment halluciner, en fait.
Ayant raccroché, rangeant le téléphone dans son manteau beige, Dazaï s'approcha de lui, tout sourire. Il amorça un mouvement dans sa direction, son genoux se cognant au tabouret boisé, Chuuya se sentant glissé sur la partie en cuir du siège lorsque le plus grand tenta de l'en déloger.
Il le repoussa, beuglant qu'il avait pas besoin de lui, mais au bout d'un moment, il ne réussit plus à lutter. Il en avait même pas l'envie.
Comme le dernier des pochetrons, il se fit traîner dehors, bras dessus bras dessous, par Dazaï. Ils restèrent en vue devant le bar, afin que le taxi les trouve facilement. Chuuya assoupi contre lui, à moitié vaincu, à moitié bataillant contre « ce salopard qui ruinait sa soirée ».
Son ancien ami paraissait n'avoir que faire de son rejet.
Un long moment se passa dans cette ambiance étrange.
Enfin, ils virent une voiture noire se garer devant eux. Dazaï leva une main, l'appelant.
Il aida le mafieux à s'installer à l'intérieur, remerciant le chauffeur et lui tendant son pourboire.
Puis, Dazaï ébouriffa le crâne de Chuuya avant de poser sa main sur le haut de la portière.
« On se reverra une prochaine fois, Chuuya. En espérant que tu sois assez sobre pour t'être rappelé de cette conversation. »
La porte claqua. Chuuya fut emmené dans le taxi, qui démarra et s'éloigna, le moteur vrombissant. Dazaï, quant à lui, demeura là. Debout. À fixer la silhouette longiligne du véhicule, les pensées pour son passager.
Qui sait, peut-être qu'ils se retrouveraient ?
Un jour, ç'aurait été bien. C'était de sa faute, tout ça. Autant qu'il s'en voulait, leurs contextes faisaient que c'était dur de ne pas merder avec Chuuya.
En attendant, il voyait, et ce n'était pas la première fois, partir au loin un être qu'il avait aimé.
Il ne tenait qu'à lui, tôt ou tard, de savoir le rattraper.
Fin
Je vous invite à interpréter les paroles de Dazaï de deux façons : soit, ce n'est pas la première fois qu'il fait ce cinéma à Chuuya mais Chuuya oublie, soit il compte retenter parce qu'il n'a pas eu le courage de le faire quand Chuuya était à 100%... Peut-être un peu des deux...
Reviews ? Je serai ravie de savoir ce que vous en avez pensé !
Merci d'avoir lu !
