Elle avait horriblement mal. C'en était insupportable. Mais elle devait continuer, elle n'avait pas le choix. Ils comptaient sur elle, et ce n'était pas dans ses habitudes d'abandonner sa famille. Elle poussa, hurla, s'accrocha au drap, ferma les yeux, serra les dents. Elle le sentait, elle était proche. Elle tourna la tête vers la porte, guettant. Qu'attendait-il pour arriver ? Elle avait besoin de lui, et il avait promit de rentrer à temps.
Soudain, quelqu'un entra dans la pièce. Elle sourit, excitée, mais redevint immédiatement triste lorsqu'elle reconnut la chevelure rose de son amie Sakura. Cette dernière se dirigea vers Tsunade et lui chuchota quelque chose à l'oreille. Elle pensait que la jeune femme n'entendrait pas, mais elle avait parfaitement compris les mots qui étaient sortis d'entre les lèvres de la médecin. Abattue, elle donna toutes ses forces pour remplir son rôle, et lorsqu'elle entendit des pleurs, elle ne retint pas son sourire heureux et fier. Elle regarda le fruit de son travail, de leur travail, et lorsqu'elle le vit, des larmes vinrent rejoindre son sourire. Elle lui adressa une parole, puis regarda Sakura, lui murmura quelques mots, et s'endormit.
Pour toujours.
Les pas du Hokage résonnèrent dans le couloir tandis qu'il se dirigeait vers son bureau. Dès qu'il avançait, il se sentait lourd. Respirer, marcher, cligner des yeux, chacune des actions de son corps le faisait atrocement souffrir, et cela parce qu'il a rendu un enfant orphelin. Pas intentionnellement, non. Kakashi Hatake avait vécu sans ses parents durant une partie de son enfance, il savait que c'était douloureux, et ne souhaitait cela à personne. Pourtant, ses choix de Rokudaime Hokage l'ont amené à commettre le pire des crimes : briser la vie d'un enfant à peine né.
Il arriva enfin devant la porte de son bureau. Il soupira un grand coup, toqua doucement et pénétra dans la pièce. A peine avait-il refermé derrière lui qu'il entendit des bruits de tissus. Ses deux invités se levaient des sièges sur lesquels ils étaient assis. Lorsqu'il croisa leurs regards vides et rouges, il pressentit que la discussion n'allait pas être une partie de plaisir.
-Kazekage-sama, Kankurô-san, salua-t-il.
-Hokage-sama, hocha la tête Gaara.
L'ancien ninja copieur s'installa derrière son bureau, et en inspirant profondément, il croisa ses doigts et plongea son regard dans celui de son collègue.
-Êtes-vous allé au cimetière ?
-Nous en revenons, répondit Gaara.
-Elle avait décidé d'être enterrée ici, près de son mari. Dès que l'autopsie de ce dernier sera terminée, nous l'enterrerons et respecterons ainsi ses dernières volontés.
Kankurô tapa de son poing sur la table, mais son action n'étonna aucun des deux hommes. Elle était légitime, et ils ne pouvaient rien faire pour apaiser sa colère.
-Je veux des explications, grogna-t-il. Comment a-t-on pu en arriver là ?!
-Kankurô, s'il-te-plaît...
-Notre sœur est morte, Gaara ! Je ne peux pas me calmer !
Il s'approcha du bureau et posa avec violence ses mains dessus, laissant déborder sa colère sans retenue.
-Nous vous l'avions confiée ! Nous vous l'avions laissée, à vous et à Shikamaru ! Alors pourquoi, lorsque nous venons prendre de leurs nouvelles en pensant que tout va bien, on nous apprend qu'ils sont tous les deux morts ?!
-J'ai été dans l'obligation d'envoyer Shikamaru en mission il y a quelques jours.
-Alors que sa femme risquait d'accoucher bientôt ?!
-Je reconnais que je n'aurais pas dû, mais je n'avais pas le choix.
-On a toujours le choix !
Il s'approcha de la fenêtre et observa la rue. Voir des familles qui se baladaient en riant eurent vite fait de l'énerver encore plus, et il tira brutalement le rideau.
-Racontez-nous ce qu'il s'est passé, demanda Gaara d'une voix tremblante.
-Temari était en train d'accoucher lorsque la nouvelle de la mort de Shikamaru nous est parvenue. Il est arrivé agonisant à l'hôpital, et nous avons fais tout ce que nous pouvions pour le sauver, sans succès. Sakura est allée prévenir Tsunade, qui s'occupait de votre sœur. Nous pensons qu'elle avait tout entendu...
-Bravo la discrétion, grogna Kankurô en tirant un autre rideau.
-Elle s'est éteinte après avoir donné un nom à leur fils, et avoir demandé à être enterrée avec son mari.
Un silence pesant s'installa, durant lequel chacun réfléchissait. Que devait-il faire ? Le petit Nara était à peine né qu'il n'avait déjà plus de parents. Etant un membre du clan Nara, c'était une situation vraiment très délicate à ne pas prendre à la légère. Des coups retentirent contre la porte, et après l'autorisation de Kakashi, Tsunade entra avec une couverture dans les bras.
-Ah, Tsunade-sama...
-Je l'ai amené, comme tu me l'as demandé, Kakashi. Il est en parfaite santé et peut déjà quitter l'hôpital.
-Vous, bégaya Gaara en s'approchant, vous parlez de...
-Kazekage-sama, sourit la femme, je vous présente votre neveu, Shikadai.
Les deux ninjas de Suna se penchèrent alors sur la couverture, que Tsunade avait un peu écartée pour laisser apparaître une petite tête ronde. Ils furent sidérés par la ressemblance frappante avec Shikamaru.
-Sh...Shikadai ?
-C'est ainsi que Temari l'a appelé : Shikadai Nara.
-Elle a eu le temps de lui donner un nom avant de mourir, pleura Gaara. Exactement comme notre mère.
-J'aurais préféré qu'elle ne finisse pas comme elle, serra les dents Kankurô.
Tsunade baissa la tête, lorsqu'elle sentit que le petit bougeait. Lentement, il ouvrit les yeux et les posa sur ses oncles. Il les fixa longtemps, fit un petit sourire, et se rendormit. Les deux frères se mirent à trembler, et alors que les larmes redoublaient sur le visage de Gaara, Kankurô laissa lui aussi sortir sa peine.
-Ses yeux, dit-il, il a ses yeux. Les yeux de Temari.
-Un parfait mélange, dit tristement Kakashi.
La blonde acquiesça et posa délicatement le bébé dans les bras du Kazekage. Ce dernier essuya rapidement ses larmes afin qu'elle ne tombe pas sur le beau visage de son neveu. Il ne voulait pas le réveiller à nouveau, il avait besoin de sommeil.
-Kazekage-sama, appela Kakashi, je vous ai fait venir car, étant de la famille de Shikadai, vous avez le droit de donner votre avis sur ce que nous allons faire pour cet enfant.
-Il a peu d'endroits où aller, rétorqua Kankurô en s'essuyant les yeux avec un mouchoir.
-J'ai peur que nous ne puissions pas le laisser à Yoshino ; elle vient de perdre son fils, elle a besoin de temps pour faire son deuil.
-Ce n'est pas un problème, déclara soudainement Gaara. Shikadai va venir vivre avec nous, à Suna. Nous donnerons régulièrement des nouvelles de lui à Yoshino, et elle pourra même venir le voir si elle le souhaite.
-Gaara, tu es sûr ?
Le roux leva un regard rempli de détermination vers son frère aîné, et resserra un peu son emprise sur le bébé.
-Il est la seule famille qu'il nous reste, Kankurô. C'est le fils de notre sœur, et nous ne pouvons pas l'abandonner.
-C'est vrai, mais...
-Le seul problème, intervint Kakashi, c'est qu'il est du clan Nara. Il ne peut pas quitter le village comme ça, il est l'héritier et a des responsabilités dès lors qu'il est en vie.
-Alors la solution est toute trouvée.
Il remonta un peu la couverture sur le jeune enfant, car ils étaient au mois de septembre, et les nuits commençaient à être fraiches.
-Pour tout le monde dorénavant, Shikadai sera mort.
Il faisait nuit lorsque le convoi du Kazekage se mit en route, accompagné de Tsunade. Elle avait tenu à les suivre pour s'assurer qu'il n'arrive rien au bébé durant le voyage, et vérifier qu'il s'adapte bien à Suna. Les trois jours passèrent dans un silence des plus complets. Gaara évitait de parler avec qui que ce soit, ne voulant pas argumenter ses choix tout de suite. Il préférait savoir son neveu déjà bien installé avant de tenir cette conversation. Kankurô respectait sa décision, mais avait vraiment hâte de rentrer.
Enfin, ils passèrent les portes de Suna. Grâce à un oiseau messager envoyé par Kakashi, la chambre avait déjà été préparée pour Shikadai. Ils purent donc le coucher dans un lit dès leur arrivée. Puis, Tsunade, Kankurô et Gaara prirent place dans le bureau du Kazekage pour parler.
-Gaara, commença le brun, tu es sûr que c'est une bonne idée de l'arracher à son village natal sans prévenir personne ?
-Logiquement, répondit tranquillement son frère, ce garçon est à peine né mais doit déjà faire face aux responsabilités de chef de clan. Comme l'a dit l'Hokage : s'il est en vie, il appartient au clan Nara. Faire croire à sa mort lui permettra de bien grandir avec une famille pouvant prendre soin de lui convenablement jusqu'à ce qu'il soit prêt à reprendre sa place.
-Je suis d'accord avec vous, déclara Tsunade. Mais vous n'avez pas peur qu'il ne puisse finalement pas retourner à Konoha plus tard ? Il sera habitué à Suna et désirera peut-être rester ici, avec ceux qui l'ont élevé.
-Temari est partie pour fonder sa famille et épouser l'homme qu'elle aimait. Si Shikadai désire prendre soin du clan de son père...de son clan...alors il restera là-bas.
Kankurô était partagé : l'idée n'était pas mauvaise, c'était sûrement ce qu'il y avait de mieux à faire. Mais Gaara et lui seraient-ils prêts à voir de nouveau quelqu'un les quitter pour rester vivre à Konoha ? Ne risquait-il pas de l'élever de sorte qu'il remplace leur défunte sœur et reste à jamais avec eux ? Pouvaient-ils vraiment être impartiaux dans cette histoire ?
-Tu oublie une chose, poursuivit Tsunade. Vous ne maitrisez pas les techniques du clan Nara. Vous ne pouvez pas les lui apprendre.
-Nous nous contenterons de celle de Temari pour le moment.
-On prend un gros risque, Gaara ! Et s'il ne parvenait pas à les maîtriser plus tard, comment pourrait-il retourner dans son clan d'origine ?!
-Si cela devait arriver, il restera avec nous. Mais ça n'arrivera pas, parce que je suis persuadé qu'il sera aussi doué que ses parents avant lui.
Des coups retentirent à la porte, qui s'ouvrit sur une jeune femme venue prévenir le Kazekage que le bébé pleurait. Gaara hocha la tête et se leva, prêt à aller consoler son neveu. Avant de sortir, il s'arrêta et se tourna vers Kankurô et Tsunade, mettant fin à la discussion par ces mots :
-A partir de maintenant, l'existence de Shikadai ne devra être connue à Konoha que par le 6ème Hokage, Yoshino et vous-même, Tsunade-sama. Pour tous les autres, le fils de Shikamaru et Temari est mort avec eux.
Il sortit, plongeant le bureau dans un silence pesant que personne ne voulut ni ne put briser.
-Oncle Gaara, oncle Gaara !
Le roux leva la tête de son dossier au moment où la porte de son bureau s'ouvrit. Shikadai entra dans la pièce, un grand sourire aux lèvres. Il avait à peine 5 ans mais portait déjà une tenue ressemblant à celles des ninjas. Plus que tout, il avait envie de faire comme ses oncles, qu'il prenait comme modèle. Les deux frères étaient très fiers de lui, et avaient souvent tendance à être surprotecteurs.
-Qu'y a-t-il, Shikadai ?
-Regarde ce que je sais faire !
Il composa un mundra avec ses doigts et s'exclama :
-Fûton : la grande tornade !
Il souffla devant lui, et une toute petite tornade apparut sur le sol. Gaara ne put retenir un sourire lorsqu'il la vit s'évanouir, faisant pousser un grognement au jeune garçon.
-Elle devait être plus grosse que ça...
-C'est parce que tu es encore petit. Quand tu seras un peu plus grand, et que tu seras entré à l'Académie des ninjas, elle sera sans doute plus puissante.
-Je vais continuer de m'entrainer, tu verras !
-Shikadai !
Kankurô entra en trombe dans la pièce et attrapa le petit sous les bras, le levant au niveau de son visage.
-Combien de fois devrai-je te dire de ne pas déranger oncle Gaara pendant qu'il travaille ?!
-Pardon tonton Kankurô...
-Il voulait me montrer ses progrès en ninjutsu, le défendit Gaara.
-Faut toujours que tu prennes sa défense, soupira le plus âgé. Aller, il est temps que tu prennes ton bain.
Il plaça l'enfant sur ses épaules et partit en direction de la salle de bain après avoir fermé la porte derrière lui. Il pouvait dire ce qu'il voulait ; il était tout aussi gaga de son neveu que lui. Et ça ne datait pas d'hier ! Depuis que le petit était entré dans leurs vies, ces dernières avaient considérablement changées. Ils faisaient de leur mieux pour élever Shikadai, n'ayant pas forcément eu le meilleur exemple durant leur enfance.
Force était de constater que le jeune Nara ressemblait énormément à ses parents. Kankurô et lui avaient pris l'habitude depuis qu'il était enfant de le coiffer comme le faisait Shikamaru ; de toute façon, c'était ce qui lui allait le mieux, étant donné qu'il avait un visage grandement similaire à celui de son paternel. En revanche, il avait les yeux de sa mère, ainsi que certains traits de son caractère.
Avec le temps, parler de leur sœur leur était devenu moins difficile. Shikadai était de nature curieuse, comme beaucoup d'enfants de son âge, et il avait posé énormément de questions. Comme convenu au départ, ils lui avaient parlé d'elle, et avaient commencé à lui apprendre quelques-unes de ses techniques. Il faisait des progrès à vue d'œil, et ils en étaient fiers.
Cependant, ils ne pouvaient pas non plus oublier qu'il avait un père. Parfois, Shikadai s'asseyait et regardait les nuages pendant des heures sans bouger ni faire le moindre bruit. Bien qu'il n'eût que 5 ans, il semblait se perdre dans des pensées importantes. Il ne demandait pas d'informations sur son deuxième parent ; peut-être avait-il compris que Kankurô et lui ne sauraient pas vraiment lui en fournir. Mais ils devaient reconnaitre que le jeune garçon était aussi calme, intelligent et débrouillard que l'était Shikamaru. Et plus le temps passait, plus il lui ressemblait. Malgré tout, ils ne lui parlaient pas de lui, et essayaient de cacher toutes les photos et dossiers qui pourrait lui donner des informations. Ils ne voulaient pas qu'il ne le connaisse pas, simplement qu'il ne le fasse pas tout de suite.
Shikadai ne savait donc qu'une chose sur son père : que son nom de famille était le même que le sien...Nara. Kankurô s'était étonné que Gaara ne veuille pas donner à Shikadai le nom de « No Subaku ». Mais le roux ne voulait en aucun cas retirer à son neveu ses origines. Il n'avait jamais caché au petit qu'il n'était pas son père, et que ses parents étaient morts tous les deux. C'était parfois dur pour le jeune enfant qu'il était, et le Kazekage était jugé comme trop dur par les autres membres du village de Suna. En faisant cela, il faisait prendre conscience à Shikadai qu'il avait une famille, une identité quelque part, et qu'un jour, elle le rattrapera. Ce sera alors à lui de décider qui il veut être, et d'où il vient. C'était à lui de faire ce choix, pas à Gaara.
En soupirant, le chef de Suna se leva et s'étira. Il se saisit d'un rouleau sur son bureau et alla à la fenêtre pour le lire. Il venait de Yoshino ; c'était une réponse à la dernière lettre qu'il lui avait envoyée.
« Cher Kazekage-sama,
Merci à vous de prendre soin de mon petit-fils comme vous le faites. Je suis certaine qu'il ne manque de rien, et qu'il grandira bien, et sûrement vite. Shikamaru et Temari-san seraient fiers de ce qu'il devient.
Merci aussi de m'envoyer si souvent de ses nouvelles, et de me faire un compte-rendu de ses progrès. Je suis très impressionnée par ce qu'il sait faire ! Il est aussi intelligent que ses parents. J'espère qu'il n'en profite pas pour faire des bêtises ou manquer à son devoir... »
Des souvenirs affluèrent dans la tête de Gaara, qui ne retint ni un sourire, ni une larme de nostalgie. Il faut dire qu'il était très difficile de donner des ordres autres que professionnels aux deux têtes-brûlées qu'étaient ses parents. Ce ne serait pas étonnant qu'il sèche l'Académie pour aller observer les nuages.
« Je tenais une fois de plus à vous présenter mes excuses. J'aurais aimé m'occuper de lui, ou au moins venir le voir. Mais les nombreux deuils auxquels j'ai dû faire face, ainsi que l'âge et mes récents problèmes de santé, m'empêchent toujours de me déplacer. Sans les photos que vous m'envoyez, je ne saurais même pas à quoi il ressemble. Je vous suis extrêmement reconnaissante de tout ce que vous faites pour me permettre de me sentir un peu moins seule. Vous m'apportez une raison de rester dans ce monde.
En ce qui concerne le secret, je vous promets que je n'en ai parlé à personne. Chacune des lettres que vous m'envoyez sont enfermées dans une boîte, que je cèle grâce à plusieurs jutsus que moi-seule peut contrer. On n'est jamais trop prudents.
J'ai hâte de recevoir une autre de vos lettres. Merci encore, Kazekage-sama.
Yoshino Nara »
En souriant, il posa le parchemin dans un coffre qu'il scella avec un jutsu. Lui aussi prenait des précautions. Il sortit ensuite de son bureau et se dirigea vers la chambre de Shikadai. A cette heure-ci, il devait être sorti du bain et l'attendait pour aller se coucher. En entrant dans la pièce, il vit Kankurô lui raconter une histoire avec ses marionnettes. Ils avaient tous les deux une lueur de joie intense dans le regard, et cette simple lueur pouvait attendrir le cœur de n'importe qui. Une fois l'histoire finie, Kankurô céda la place à son frère, qui s'assit sur le lit en caressant les cheveux noirs de Shikadai.
-Oncle Gaara...
-Oui ?
-Parle-moi encore de maman, s'il-te-plaît.
-De quoi veux-tu que je te parle ?
-Comment elle a rencontré papa ?
Le roux fit semblant de réfléchir, puis sourit et leva un doigt en l'air.
-Quand ta mère a rencontré ton père, il est littéralement tombé du ciel devant elle.
-Mon père était un ange ?!
-Ça, ce sera à toi de le découvrir.
-Roh, pourquoi tu fais toujours des mystères ?
-Parce que j'adore ton expression lorsque tu réussis à trouver quelque chose.
Kankurô ricana doucement en entendant ces mots. Depuis toujours, à chaque fois qu'il réussissait quelque chose, Shikadai avait les yeux brillants, comme Temari à son âge. En revanche, quand il était penché depuis longtemps sur une question ou un mystère, et qu'il trouvait enfin la réponse, c'était sans hésiter à Shikamaru que sa tête faisait penser. Et Gaara avait toujours prit un malin plaisir à lui faire avoir ces expressions.
-Dit, oncle Gaara...ma maman...elle sera toujours dans mon cœur, hein ? Elle n'en sortira jamais ?
-Non, jamais. Une maman reste toujours auprès de son enfant, peu importe les circonstances. Tu es ce que ta mère avait de plus précieux, et elle s'est battue pour toi jusqu'au bout. Jamais elle ne sortira de ton cœur, je te le promets.
-Parfois, je la sens près de moi.
-C'est normal.
Il prit une de ses petites mains et souffla dessus. Une petite tornade apparut, chatouillant la paume de l'enfant, qui se mit à rire.
-Ta maman te protègera à travers le vent que tu emploieras pour accomplir ton devoir de ninja.
-Comme grand-mère ?
-Oui...ma maman ne m'a jamais abandonnée pendant un combat. Elle est mon alliée la plus précieuse, celle en qui j'ai le plus confiance. C'est pareil pour toi.
-Oui.
Il entoura de ses petits bras le cou de son oncle, et après un joyeux « bonne nuit », il s'endormit. Les deux hommes s'éclipsèrent alors pour le laisser se reposer. Eux-mêmes avaient besoin de repos. Ils pouvaient dire ce qu'ils voulaient, s'occuper d'un enfant, ça restait épuisant, même s'il était le plus mignon de tous.
-Chers élèves, je suis fier de vous annoncer que vous avez tous réussi l'examen, faisant de vous des gennins du village de Suna. Je vais dès à présent vous appeler et vous attribuer à un sensei, qui se chargera de votre formation dans le but de faire de vous de vrais ninjas. Dès que j'ai prononcé votre nom, levez-vous et dirigez-vous vers la salle d'à côté.
Tous les élèves lui répondirent d'une voix très enjouée, puis le silence retomba. Tous avaient envie de savoir avec qui ils étaient tombés.
-D'abord, pour l'équipe de Yaoki, j'appelle...Yuto.
-P...présent, s'exclama un jeune garçon en se levant.
-Ensuite...Aika.
En soupirant, la jeune fille alla rejoindre son partenaire, qui semblait pressé de découvrir leur sensei.
-Et enfin...Shikadai Nara. Shikadai ?
Un ronflement lui répondit. Une petite veine de colère apparue sur la tempe du professeur, qui se saisit en vitesse d'une craie pour l'envoyer sur le pauvre garçon. Ce dernier se réveilla, semblant soudainement prendre conscience de là où il était.
-Shikadai ! Être le neveu du Kazekage ne te donne pas le droit de ne pas être attentif à ce qu'il se passe ! Tu as de la chance d'avoir réussi l'examen !
-G...gomen, sensei, bailla le gennin.
-Dépêche-toi d'aller rejoindre ton équipe !
-Oui sensei.
Il se leva à son tour et rejoignit les deux autres enfants. Ils se rendirent ensuite dans la pièce d'à côté, là où les attendaient leur sensei. Mais même durant ce cours voyage, la jeune demoiselle Aika ne put se retenir de se plaindre.
-Pourquoi a-t-il fallu que je sois avec vous deux ?!
-Les filles sont galères, commenta Shikadai. Heureusement que tu es avec moi, Yuto.
-Moi...elle me plaît bien cette équipe...
-Oh, je t'en prie ! Un pleurnichard et un machiste, franchement, à ce rythme, je ne serai pas chunin avant mes 50 ans !
Shikadai soupira en ouvrant la porte de la salle. Depuis son entrée à l'Académie, il avait été difficile pour lui de se faire une place parmi ses camarades. Les filles ne s'intéressaient pas à lui, pour trois raisons : déjà, il n'était pas le plus canon de l'école. Ensuite, on ne faisait pas plus macho que lui. Enfin, bien qu'il soit de la famille de l'honorable Kazekage, il n'était pas celui qui avait les meilleurs résultats. Par ailleurs, si les gens avaient aussi tendances à le fuir, c'était parce qu'il était le neveu de Gaara, et les enfants ne voulaient pas de problèmes avec lui. Au moins, ça lui permettait d'être tranquille, loin des galères. Il n'avait pas besoin de beaucoup d'amis ; Yuto lui suffisait. C'était un garçon timide et un peu peureux, mais très attentionné et gentil avec lui. Un ami vraiment très agréable. Le seul défaut qu'il pourrait lui donner serait d'être amoureux de la « pimbêche de service » : Aika. Cette fille est aussi détestable qu'elle déteste les autres. Râleuse, plus préoccupée par son physique et les beaux garçons, elle n'a pas vraiment l'âme d'un ninja d'après Shikadai. Il s'était un jour risqué à lui dire ce qu'il pensait vraiment d'elle (il tenait ça de sa mère d'après ses oncles), et depuis, elle le haïssait. C'était à se demander qui avait composé les équipes...
-Les enfants, appela une douce voix masculine. Vous êtes bien Aika, Yuto et Shikadai ?
-Oui, répondit Yuto.
-Ah, bien ! Je me présente, je suis votre sensei : Yaoki. C'est avec moi que vous allez vous entrainer dans le but de devenir de puissants ninjas.
-On le sait déjà, râla Aika.
-Je précise tout de même qu'il faudra bien écouter ce que je dis. En mission, certaines erreurs peuvent être fatales.
-Nous serons obéissants, sensei, promit Yuto.
-Bien.
Le petit groupe sortit de l'établissement en direction d'un terrain d'entrainement disponible afin que Yaoki puisse évaluer ses élèves. Durant le trajet, il ne put s'empêcher d'observer Shikadai, qui sentait le regard pesant de son sensei sur lui.
-Il y a un problème, sensei ?
-Non, aucun. Je repensais seulement à de vieux souvenirs...
-Avec mon oncle, je suppose.
-Oui. Lui et moi étions amis, et j'ai été très heureux d'avoir pu travailler avec lui ! C'est une personne tout à fait admirable, et c'est un honneur pour moi d'être le sensei de son neveu !
Le jeune Nara ne sut pas trop quoi répondre à son professeur, aussi se contenta-t-il d'un petit sourire. Ils arrivèrent à destination, et après quelques dernières explications, le combat commença.
-Alors, demanda Gaara en avançant une pièce de shogi.
-Quoi, répondit Shikadai en jouant à son tour.
-Comment s'est passé ta première journée avec ton équipe ?
-On s'est fait laminer par notre prof.
Il soupira, faisant rire son oncle. Il s'attendait à ce que ça se passe ainsi le premier jour.
-Est-ce que vous savez ce qui vous fait défaut ?
-Le travail d'équipe.
-Plus précisément ?
-Aika veut foncer, persuadé que son plan est le meilleur, et ne prend pas la peine d'écouter mes propositions. Yuto n'ose pas la contredire à cause de ses sentiments pour elle, et il a peur de se mettre en avant et de se tromper. Quant à moi...je dirai un manque de motivation.
Le roux hocha la tête et joua, mettant le jeune garçon en difficulté.
-Oncle Gaara...
-Oui ?
-Tu savais que nous ne nous entendrions pas, tous les trois. Pourquoi tu nous as mis ensemble ?
-Tu ne te retrouveras pas toujours avec des partenaires que tu apprécies, Shikadai. Nous mettons ensemble des ninjas ayant les capacités requises en fonction de la mission assignée. Vous pouvez travailler ensemble tous les trois, si vous apprenez dès à présent à corriger vos erreurs.
-Peut-être...mais...
Il serra le poing sur la pièce qu'il allait poser. Ne l'ayant jamais vu réagir ainsi, Gaara commença à s'inquiéter.
-J'ai l'horrible impression...de ne pas être à ma place dans cette équipe.
-Que veux-tu dire ?
-Dans ma tête, ils sont mes coéquipiers...mon sensei...mais mon instinct me dit que ce n'est pas avec eux que je devrais être. Et mon cœur...il me dit sans arrêt que je devrais partir.
Il ramena son poing serré contre son cœur et jeta un regard implorant à son oncle, qui eut l'impression de sentir son cœur se briser.
-Tu n'as jamais ressenti ça, toi ? Tu n'as jamais connu l'impression de ne pas être à ta place ?
-Si, ça m'est déjà arrivé. Mais tu sais...je ne pense pas que cela ait été pour les mêmes raisons que toi...
Shikadai baissa la tête, et finalement, posa sa pièce de shogi. Mais ni l'un ni l'autre n'avait envie de continuer cette partie, et l'apparition de Kankurô dans la pièce fut presque un soulagement pour eux.
-Gaara, je viens de rentrer de Konoha. Tu as du temps à me consacrer ?
-Oui, bien sûr, Kankurô. Shikadai...
-Je vais aller me reposer dans ma chambre. Mon entrainement d'aujourd'hui m'a épuisé.
Il se leva, salua ses oncles et s'éclipsa avant que le curieux marionnettiste n'oublie le sujet de sa venue pour lui poser des questions. Les deux hommes se rendirent dans le bureau du Kazekage et fermèrent immédiatement la porte derrière eux.
-Qu'est-ce qu'il a, Shikadai ?
-Il ne se sent pas à sa place, dans son équipe. Il aimerait partir de Suna, je pense.
-Attends, attends, tu t'emballes, là ! Il n'a jamais dit vouloir quitter le village !
-Je pense qu'il faudrait lui raconter le reste de l'histoire, lui expliquer enfin d'où vient son nom de famille, qui il est et d'où il vient...
-Tu as toujours défendu que c'était à lui de faire ce choix. Il est encore jeune...
-Mais je ne veux pas qu'il ait l'impression de ne pas appartenir à ce monde, tu comprends. Il doit être là où il pense qu'est sa place.
Le brun soupira et croisa les bras sur son torse, le visage devenant soudainement froid.
-De toute façon, pour le moment, c'est impossible.
-Comment ça ? Il y a un problème à Konoha ?
-Eh bien, comme tous les ans, je m'y suis rendu afin de prendre des nouvelles de Yoshino. Mais elle m'a annoncé que sa santé se dégradait de plus en plus, et qu'elle ignorait combien de temps encore elle tiendrait le coup.
Le roux s'affaissa sur sa chaise, le regard se perdant dans le vide. Elle allait si mal que ça ? Pouvait-elle vraiment les quitter sans avoir vu son petit-fils au moins une fois ? Cela serait sa faute à lui, si c'était le cas. Il l'avait privé de cette joie.
-Kankurô, elle ne peut pas partir sans avoir rencontrer Shikadai ! Il faut...
-Elle savait que tu t'en voudrais, mais comme je te l'ai dit, on ne peut pas emmener Shikadai maintenant.
-Pourquoi, voyons !
-Le clan Nara n'a pas d'héritier. Yoshino a tenu ce rôle pendant ce temps, mais elle va bientôt s'éteindre, et le clan est en péril. Elle m'a dit être obligée d'épouser un autre homme du clan, afin qu'il devienne chef. Il a déjà un fils pour assurer la succession.
-Mais, si on emmenait Shikadai là-bas, il pourrait réclamer ce poste ! Il aurait enfin un but, une place !
Le marionnettiste secoua la tête et posa ses mains sur les épaules de son jeune frère dans le but de le calmer. Il perdait totalement son calme, ce qui était pourtant rare chez lui. Il voulait tellement bien faire qu'il en oubliait le plus important : la maîtrise de soi.
-Yoshino m'a cependant fait une confidence, qui fait que je suis réticent à envoyer Shikadai à Konoha pour le moment.
-Quelle confidence ?
-Sachant que son petit-fils pouvait réclamer cette place, Yoshino avait d'abord refuser le mariage. Mais il l'a menacé, et a dit qu'il avait les moyens de mettre Konoha sans dessus-dessous si elle tentait quoi que ce soit pour l'empêcher d'être chef du clan.
-Non...
-Nous ne savons rien de lui, c'est pourquoi nous ne pouvons pas prendre ça à la légère. Si Shikadai veut reprendre sa place légitime, il doit d'abord devenir plus fort afin de le battre.
Gaara se dégagea de l'emprise de son frère et lui tourna le dos. Yoshino avait été contrainte d'accepter ; s'ils arrivaient maintenant, ce prétendant au poste de chef pouvait lui faire du mal, voir la tuer. Et même s'ils arrivaient à prouver que Shikadai devait être l'héritier, sans sa grand-mère, il ne pourrait pas apprendre à diriger correctement le clan. Sans compter que l'autre affirmait avoir de quoi s'en prendre à Konoha tout entier. De plus, il n'était pas certain que les Nara acceptent d'obéir à un jeune garçon que tout le monde croyait mort. Ils n'avaient pas le choix : ils devaient accepter ce mariage pour le moment.
-Très bien, attendons. Nous allons entrainer Shikadai afin qu'il devienne l'un de nos meilleurs éléments. Et quand il sera prêt, nous l'enverrons à Konoha, et il verra par lui-même ce qu'il fera.
-Ah, là je te retrouve, petit frère !
-Je me demande bien ce que nous veut Kazekage-sama, dit timidement Yuto.
-Il souhaite peut-être s'entretenir avec vous de vos nombreux progrès depuis votre sortie de l'Académie, suggéra joyeusement Yaoki.
-Shikadai, grogna Aika, tu es le neveu du Kazekage, tu dois forcément savoir ce qu'il nous veut !
-Je ne m'immisce pas toujours dans les discussions des adultes, moi, râla le Nara. Je ne sais pas ce qu'il veut nous dire.
-Team Yaoki...
Un silence s'installa, alors que l'équipe se tourna vers Kankurô, qui les avait appelés. Il les scruta un à un, comme s'il les analysait pour évaluer leur valeur, puis il leur fit signe de le suivre. Il les emmena dans le bureau de Gaara, qui les accueillit avec le sourire.
-J'espère ne pas trop vous avoir fait attendre.
-Bien sûr que non, Kazekage-sama, s'exclama le sensei.
-Ouais, enfin, un peu quand même, grommela Aika.
Gaara lui adressa un signe de tête en guise d'excuse, et aussi pour lui signaler qu'il l'avait parfaitement entendue.
-Je vous ai fais venir pour m'entretenir avec vous de quelque chose d'important, qui en va de l'honneur de Suna.
-L...l...l'honneur de Suna ?!
-Oui, mais sachez que vous êtes en droit de refuser.
Il ouvrit un de ses tiroirs et en sortit un petit paquet de feuille qu'il tendit à Yaoki. Ce dernier s'en saisit en tremblant et commença à les lire. Ses yeux s'écarquillèrent, et il manqua de lâcher les feuilles par terre.
-L'examen chunin ?! Vous voulez nous envoyer à Konoha pour représenter Suna à cet examen ?!
-Au vue de vos nombreux progrès, je pense que vous êtes prêt. Bien sûr, c'est à vous et à votre sensei d'en juger. Je vous donne donc les papiers d'inscription, ainsi que les règles. Vous avez une semaine pour vous décider, afin que je prévienne Konoha de votre participation.
-Eh bien je...je pense que mes élèves sont prêts. Ils ont réussi à corriger bon nombre de leurs erreurs, et bien qu'ils aient encore des choses à apprendre, je suis certain qu'ils vont réussir cet examen !
Les trois gennins se regardèrent, et s'il ne les connaissait pas, Yaoki aurait pu penser qu'ils étaient vraiment très complices. Les enfants se mirent soudainement à sourire, et hochèrent vivement la tête, donnant alors leur accord pour leur participation à l'examen chunin de cette année.
-Parfait, sourit Gaara. Je préviens donc Konoha. Vous partirez dans un mois.
Il les remercia d'un signe de tête et les laissa repartir. Son regard se posa alors sur un rouleau, envoyé par Yoshino, lui donnant des nouvelles sur son état de santé ainsi que sur le clan Nara et Konoha, comme le lui avait demandé le Kazekage. Il devait la prévenir de l'arrivée de Shikadai à Konoha, afin qu'elle s'y prépare.
-Ne t'en fait pas, Yoshino. Le véritable héritier est en route pour choisir qui il est.
