Disclaimer : La Soupe aux choux est l'oeuvre de Jean Girault.

Résumé : Les Gourdiflots ne veulent plus d'eux depuis longtemps, alors pourquoi s'évertuer à rester ?

Note de l'auteur : Ceci est une réponse à la foire aux prompts de Bibliothèque de Fictions, une foire mise en place pour occuper les auteurs pendant le confinement. Dans les commentaires, les gens proposaient des prompts et on pouvait piocher dedans. J'ai choisi le prompt : Prendre une de ses chansons préférées, en extraire le dix-huitième mot et écrire autour de ce mot. J'ai eu le mot «home » (maison) dans la chanson Broken Crown de Mumford and Sons.

Une nouvelle chance

Lorsque le Glaude voit une larme rouler sur la joue de son ami de toujours, la foule les haranguant, immonde, cruelle et monstrueuse, il comprend alors que sa maison, celle qui l'a vu naître, grandir, épouser la Francine, enterrer la Francine et vieillir, n'existait plus.

Au-delà de son vieux corps de ferme, les Gourdiflots sont aussi sa demeure. Mais alors que le Bombé ne peut retenir un sanglot, humilié par un morveux dont les parents ont négligé de lui apprendre le respect dû aux anciens, le maire leur jurant qu'il aurait leur peau et que le village serait débarrassé de ses parasites une fois les deux vieux paysans morts, il se demande si cette expulsion n'est pas plus ancienne qu'il ne le pense au final.

Avant même qu'on ne les parque comme des animaux de foire, ils étaient déjà vus en bêtes curieuses, les péquenauds bourrés du matin au soir, s'offrant des canons en invoquant des raisons aussi stupides les unes que les autres. Ne vivent-ils pas d'ailleurs à l'écart du lieu-dit, au cœur des prés ? Lui, passe encore, il saurait vivre ainsi, en faisant fi des cris des créatures plus bestiales que lui, de l'autre côté du grillage. Mais son vieux compère, le Bombé... Non, lui, il ne le peut pas et la destruction de tout ce qu'il a connu est une perte pire encore que celle de sa dignité, lui a qui on lance des cacahuètes, une flèche-ventouse fichée sur le front. Les Gourdiflots ne sont plus leur maison depuis longtemps mais aujourd'hui, c'est la tragique confirmation de ce que le Glaude suspectait depuis un moment mais qu'il a nié pendant des années, mettant cela sur le compte de l'irrespect des jeunes envers leurs aînés.

Il repense à la Denrée, à son offre d'émigrer sur Oxo, emmenant avec lui ceux qu'il aime et ce à quoi il tient. Qu'a-t-il à perdre en partant ? Francine l'a quitté et il ne peut pas la blâmer : il se souvient de sa première vie, de son labeur, la tendre petite a bien le droit d'avoir une vie plus facile, elle qui, à l'instar de Jésus Christ, a eu le droit à une deuxième existence. Le village ne le voit que comme le sabotier veuf et aviné du matin au soir. Tout ce qu'il a, c'est sa ferme, c'est son chat, c'est le Bombé, c'est sa soupe aux choux offerte avec le cœur et qui, en retour, lui ouvre les portes d'un monde nouveau. Un monde qu'il peut à son tour offrir à le Bombé. Un monde où leurs talents de fermier, d'hommes aimant la vie, les choses simples de la vie comme les choux ou le vin, sont appréciés à leur juste valeur. Il emmène son ami à l'intérieur, tente de le consoler. Sa résolution est prise : il laissera son or à la Francine, elle l'a bien mérité, elle, au moins, elle est partie en lui disant au revoir, sans insultes. Les Gourdiflots peuvent bien aller se faire foutre. Désormais, les canons, la soupe aux choux, ce sont la Denrée et ses pairs qui en profiteront. Il est hors de question qu'il assiste un peu plus au massacre de ses terres qu'il aime tant. Et au fond, il sait qu'une maison, au-delà des murs d'une bâtisse, c'est la chaleur des gens que l'on aime. Et sur Oxo, c'est bien un nouveau foyer qui l'attend avec son vieux matou, son bon Le Bombé et la Denrée si attachante.

Oxo était sa nouvelle maison, sa nouvelle chance.

Et là, au moins, son ami et lui pourraient écouler des jours tranquilles, loin de toutes ses histoires d'économie, de développement, de tourisme.

La paix d'une maison, enfin !

FIN