Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau et dernier tome de Zoé Nightingale ! Sérieusement, ce sera le dernier, parce que ça tire un peu en longueur là.
Vous connaissez la chanson : il y aura de l'absurdité, de l'opportunisme, des propos pas toujours politiquement corrects et beaucoup de plaintes. Si vous continuez à lire malgré tout, vous ne pourrez pas dire que vous n'êtes pas prévenus.
Sur ce, bonne lecture !
Prologue : Les temps changent ou Les space cookies sont illégaux ?!
Holà, du lecteur ! Ça faisait un bail non ?
C'est moi, Zoé, votre narratrice préférée ! Je vais sur mes trente ans, figurez-vous ! Je suis dorénavant confondue avec une adulte responsable par le commun des mortels, même si nous savons tous qu'on est loin du compte. Enfin, je suis mariée, j'ai un job de rêve et je n'ai pas d'enfant. J'ai donc tout ce qu'il me faut pour être heureuse.
Le contexte de l'époque… nah, c'est chiant. Quoique, c'est important pour la suite, donc je vous raconte quand même.
Pour commencer, nous avons un nouveau Ministre de la Magie depuis un peu plus d'un an. Il a un nom de merde dont je ne me souviens jamais et il m'évoque un peu ce crétin américain qui était président en 2020. Mais chuuut, faut pas lui dire hein. Bref, ce type a manifestement un gros problème d'ego et une drôle de conception de l'exercice du pouvoir, vu qu'il a des tendances absolutistes. Si on se retrouvait avec un dictateur sur les bras dans quelques mois, ça ne m'étonnerait même pas. Enfin, personnellement, je m'en fiche, vu que je n'ai aucun compte à rendre à cette bande de bureaucrates en costume.
Le souci, c'est que pour mon clan, c'est une autre histoire.
Depuis son arrivée au pouvoir (ou "sur le trône", comme le dit Méroé quand elle a envie d'être méchante, ce qui arrive souvent), le Ministre s'éclate à sortir décret sur décret, comme à la grande époque d'Ombrage. Le dernier régulait la circulation des sorciers et des objets magiques à travers les frontières du territoire britannique. Il fallait dorénavant une montagne de paperasse pour entrer et sortir du pays. Enfin, quand vous aviez quelque chose à faire de la loi.
Pour faire appliquer ce décret par tout le monde, le Ministre avait soulevé l'idée de poser un sort de Traque sur chaque citoyen des îles britanniques, un peu comme la Trace qui surveillait les jeunes jusqu'à leur majorité. Le peuple n'avait pas trop apprécié l'idée.
Si la Trace avait pour objectif d'assurer la sécurité des enfants et celle du Secret magique, le sort de Traque était purement et simplement là pour espionner les gens. Peu de sorciers connaissaient le terme Big Brother, mais si cette loi passait, ils allaient se retrouver dans le même cas de figure que dans le bouquin d'Orwell.
Nous étions donc en plein dilemme ; quitter ou ne pas quitter les îles ?
Pour ma part, comme je l'ai dit plus tôt, je m'en fichais pas mal, mais j'hésitais à rapatrier la famille Nightingale au grand complet en Europe, dans le vieux manoir français où vivait ma cousine Méroé avec toute sa branche d'arbre généalogique jusqu'à récemment. Quitter l'Irlande serait douloureux, mais si ça s'avérait nécessaire, je n'hésiterai pas.
En réaction à cette tentative de contrôle, les sorciers avaient entamé des actions de grève un peu partout, même au Ministère, et certains avaient même demandé la destitution du Ministre lui-même. Bien entendu, Sa Majesté le Ministre n'avait que faire de l'avis de la plèbe.
Dans un registre plus léger, la famille se portait bien. La petite Florence courait partout et cachait des coussins péteurs sur tous les sièges convenables du Manoir, aussi avions-nous pris l'habitude d'inspecter les fauteuils avant de nous y asseoir. La gamine avait malgré tout un grand respect pour moi, grâce à l'éducation prodiguée par cette chère Natasha, et me demandait toujours la permission avant d'aller vider ma fontaine à chocolat chaud. J'avais beau dire à sa mère que nulle Nightingale n'était censée demander la permission, Natasha m'ignorait avec des sourires aimables et continuait d'apprendre les bonnes manières à sa fille.
Les bonnes manières, ugh.
Je profitais donc de mes nombreuses visites au Manoir pour lui apprendre à emmerder les gens, et croyez-moi, cette petite avait un potentiel énorme. Si elle continuait de côtoyer Lucy, elle n'allait pas tarder à devenir une vraie Nightingale, une garce sans foi ni loi et sans cœur.
- …Bien sûr que je t'aime Curtis, roucoulai-je dans mon téléphone. T'oublieras pas de faire des pâtes carbo ce soir hein, j'en crève d'envie depuis au moins une semaine ! …Bien sûr que j'ai fait les courses, qu'est-ce que tu crois ?! Tu n'échapperas pas à ta corvée cuisine comme ça ! …Bon. Bonne répète et à toute ! Love ya !
Je raccrochai avec un sourire attendri, puis me souvins de la présence de mes deux cousines préférées au premier étage. Merde, j'avais une réputation de dure à cuire à préserver moi ! J'effaçai rapidement le rictus de mon visage et essayai de me rappeler de ce que je faisais avant le coup de fil de mon homme, mon Curtis à moi toute seule.
Ah, oui, j'étais en train de nettoyer le rez-de-chaussée. Une pression sur la télécommande, et ma musique spéciale Nettoyage se déversa à nouveau des enceintes, m'amenant à chanter à tue-tête en poussant la raclette sur le carrelage de la cuisine. Le refrain changea le manche de la raclette en micro, puis en guitare, et je bénis l'élastique qui retenait bravement ma touffe de cheveux hirsutes depuis tout à l'heure.
Sans lui, je cracherais mes mèches toutes les deux secondes, vu que j'étais incapable d'empêcher ma tête d'opérer un avant-arrière rythmique digne du batteur d'un groupe de metal. Cela rendait le nettoyage un tantinet hardcore, mais que voulez-vous, j'avais la danse dans la peau.
C'était dimanche, et comme d'habitude, Curtis répétait avec son groupe. Mine de rien, ils devenaient populaires et avaient déjà des milliers de fans grâce à Internet et à leurs concerts dans des bars londoniens et irlandais. Mon mari profitait parfois même de mes trajets à la maison-mère pour se faire connaître sur l'île d'Emeraude et créait une ambiance de folie dans les pubs de ma terre natale.
Nous n'avions aucun problème pour payer les factures depuis la sortie de son premier disque, et un deuxième était en production depuis septembre. Mon côté commerçant avait des dollars à la place des yeux et réfléchissait déjà à l'agrandissement de mon magasin de sorts. On est opportuniste ou on ne l'est pas. Et en bonus, les membres du groupe de Curtis étaient très cool et venaient parfois chez nous pour une soirée pizzas.
Je soufflai sur une mèche folle qui retomba aussitôt devant mes yeux et terminai mon nettoyage, satisfaite. Je rangeai mon matos et filai me laver les mains pour aller voir ma dernière fournée de cookies, que j'avais sortie du four une heure et demie plus tôt.
Pour être honnête, il s'agissait de space cookies magiques, préparés avec une drôle d'herbe égyptienne que j'avais ramassée pendant un voyage des mois auparavant. J'en avais mâché un brin un soir juste par curiosité, et j'avais passé la soirée à glousser comme une dinde devant les hallucinations provoquées par la plante. Après une étude poussée dans mon atelier personnel, j'avais décidé d'en faire de la farine. Connaissant l'amour de Curtis pour la cuisine, j'avais consciencieusement étiqueté le paquet, histoire d'éviter d'apporter un space cake pour l'anniversaire de Florence.
Une fois sûre que mes cookies étaient bien froids, je les empilai dans plusieurs paquets en cellophane que je rangeai dans mon sac à dos, histoire d'apporter ces premiers échantillons à mes amis moldus, toujours plus ou moins volontaires pour tester mes produits. Les pauvres.
Je changeai ensuite de fringues pour une tenue moins…puante (le nettoyage, la transpi… vous suivez ?) et passai les doigts dans mes cheveux pour leur donner l'air coiffé. J'enfilai ma veste et mon sac et allai beugler dans l'escalier :
- Les filles ! Je vais porter des cookies à mes amis !
Un rire hystérique me répondit. Méroé et Otrera avaient découvert Netflix deux ans plus tôt, et leur passe-temps préféré consistait à mater des séries jusqu'à l'épuisement. Et comme j'avais un compte, he bien… elles ne s'étaient pas ennuyées à payer un second abonnement. Netflix était l'une des raisons pour lesquelles Méroé n'avait pas encore d'homme dans sa vie. Ça et le fait qu'elle faisait peur à tout le monde, bien sûr.
Elles étaient arrivées ce matin, m'avaient plus ou moins aidée à préparer mes cookies, puis elles s'étaient enfermées dans ma chambre pour continuer la série qu'elles avaient entamée deux jours plus tôt sur l'ordinateur du gars qui avait eu le malheur d'inviter Otrera chez lui. Le pauvre homme ne s'attendait sûrement pas à ce qu'elle amène sa sœur à son rendez-vous. Je devais encore expliquer à ma jeune cousine les subtilités des rencards version moldue.
Enfin, au moins, quelqu'un serait là pour surveiller la maison en mon absence. Plus ou moins.
En plus, elles rentabilisaient à fond mon abonnement, je n'allais pas me plaindre.
Après avoir enfilé mes bottes et mes écouteurs, je sortis de la maison et remarquai immédiatement la berline noire aux vitres fumées garée à moitié sur mon trottoir. Considérant cette façon de conduire comme une insulte personnelle, je plantai la clé de ma maison dans la carrosserie et la laissai griffer toute la voiture tandis que je prenais la direction de l'appartement de Rachel. Je me retournai pour admirer la belle entaille, puis m'éloignai en sifflotant.
Moins de trois secondes plus tard, une grosse main rêche se posa avec violence sur mon épaule et je poussai un hurlement strident par réflexe. Je me tournai à moitié en tirant ma baguette de prunellier de ma veste, mais la même main m'empêcha de la brandir. Je restai comme une idiote avec la baguette coincée contre moi, et le type en costume noir me balança un coup dans le nez, provoquant un nouveau cri de la part de votre narratrice adorée.
Sonnée par le coup, le sang dégoulinant allègrement sur mon joli visage, je réagis à peine alors qu'un deuxième gars débarquait pour me traîner vers la berline que j'avais griffée.
- Chuis déjolée pour vot' badiole, articulai-je difficilement, une main sur le nez.
J'avais lâché ma baguette dans ma poche, préférant la garder sur moi et hors de portée plutôt que de la savoir perdue dans Londres et hors de portée. De toute façon, l'espèce de vigile n°1 ne me laisserait pas l'occasion de la saisir à nouveau. La portière arrière de l'espèce de tank de luxe s'ouvrit, et juste avant qu'on ne m'y balance comme un sac de patates, j'entendis distinctement la voix outrée de Méroé s'élever depuis la fenêtre du premier étage :
- Zoé !? Lâchez-la !
La portière claqua derrière moi et je me redressai sur mon séant pour voir Méroé transplaner jusqu'au trottoir et regarder la voiture s'éloigner avec de grands yeux mi-surpris, mi-furieux.
Il me fallut environ trois minutes pour récupérer du choc de m'être fait enlever a) devant chez moi et b) en plein jour. Mon kidnappeur en avait profité pour réparer mon nez et essuyer le sang qui en coulait toujours. J'avais essayé de le mordre à l'instant où j'avais repris mes esprits.
Je faisais confiance à Méroé pour suivre la voiture jusqu'à sa destination, mais j'ignorais si Otrera et elle parviendraient à me tirer de là. Il était fort possible que j'aie délibérément griffé la caisse d'un sorcier mafieux, après tout. J'espérais qu'elles allaient prévenir la famille au grand complet. Là, au moins, elles auraient une chance de gagner, surtout avec l'effet de surprise.
Je me figeai, puis maudis ma vie de merde, qui m'avait conduite à penser comme un général de la Légion étrangère plutôt que comme une gentille sorcière vendeuse de sorts illégaux.
Bon, d'abord, il me fallait comprendre à qui j'avais affaire, et pourquoi on m'avait enlevée.
- Dites… pour la griffe, je peux payer la réparation hein, pas besoin de vendre un de mes reins, tentai-je.
Bah quoi ? Dans les films, les kidnappeurs ignorent toujours les questions des gens qu'ils kidnappent. Ça doit être une règle du kidnapping, sûrement. Ce qui m'amène à la question suivante : qui a écrit ces règles et combien y en a-t-il ? Ah, zut, ça fait deux questions.
Personne ne me répondit, pas même le gars qui me surveillait de près, assis sur la banquette arrière avec moi. Je retirai donc mon sac de mon dos pour épargner les cookies survivants et croisai les jambes, songeuse.
- Si c'est à cause des space cookies, je peux tout expliquer, repris-je. Pour commencer, ce sont des cookies tout à fait normaux, avec du chocolat et tout.
Toujours pas de réponse.
- Je peux vous filer la recette si vous voulez…?
Silence.
J'examinai la voiture et tombai sur une pochette portant un M doré soigneusement calligraphié. Le Ministère, donc. Bon, au moins je ne me faisais pas arrêter, sinon ils m'auraient lu mes droits. Quoique. Est-ce que les sorciers faisaient ça aussi ?
Que pouvait bien me vouloir le Ministère ? S'ils tentaient à nouveau de me réintégrer dans leur système de sorciers officiels corvéables à merci, ils allaient se prendre un de ces refus de derrière les fagots, ils n'allaient pas s'en remettre !
Comme mes écouteurs étaient toujours collés sur mes oreilles, je me vautrai sur le siège très officiel et me mis à chanter aussi faux que possible. Après tout, on n'enlève pas une Nightingale, elles ont tendance à faire comme chez elle partout où elles vont, de toute manière. Je poussai le vice jusqu'à sortir mon téléphone pour changer la musique sous l'œil indécis de l'Auror, puis envoyai un texto rapide à Méroé pendant que mon gardien se facepalmait.
Prisonnière du Ministère, sais pas pourquoi.
Comme je ressentais une immense envie de leur faire payer mon kidnapping, j'ôtai la prise jack de mon téléphone, faisant sursauter tout l'habitacle à cause du niveau sonore de ma musique, puis me mis à jouer à Candy Crush, ajoutant encore plus de bruits bizarres à l'ambiance générale. Mon gardien me lança un coup d'œil indécis et décida de m'ignorer. Je vis grâce au rétroviseur le conducteur grimacer à cause des basses et soupirai d'aise, ravie de pourrir la vie de ces goujats.
Après vingt minutes dans le trafic londonien, la voiture s'arrêta doucement au coin d'une rue et on me poussa à l'extérieur sans se soucier d'écraser mes biscuits. Je remis mon sac sur mon dos et envisageai de m'enfuir en hurlant au viol, mais la grosse main de l'Auror se contracta de nouveau sur mon épaule, comme s'il lisait dans mes pensées. Il me poussa vers un escalier très familier, puisque je l'avais déjà vu dans un film. Dans Harry Potter 7.1, pour être précise.
Nous descendîmes les marches en vitesse et nous retrouvâmes dans des toilettes publiques qui sentaient… hé bien, les toilettes publiques. Mon kidnappeur me poussa dans une cabine, referma la porte derrière lui et m'enfila un sac brun sur la tête.
- Hééé ! Je verse pas là-dedans ! m'époumonai-je. En plus je suis mariée, je vous ferai dire !
J'agitai ma bague ornée d'un petit saphir devant son nez, et, comme je ne voyais plus rien, heurtai son menton. L'Auror grogna et replaça la prise jack sur mon téléphone après une bonne minute de chipotage, et je coupai ma musique à l'aveuglette, grâce à la force de l'habitude. Je sentis brusquement deux mains sur mes hanches et pris une grande inspiration pour appeler au secours, mais le mec se contenta de me soulever pour me poser à pieds joints dans les chiottes.
- Mec, mes chaussures ! me plaignis-je.
J'entendis la chaîne de la chasse d'eau se déplacer et pris une grande inspiration par réflexe. Mon téléphone fila au fond de ma poche tandis qu'une puissante aspiration m'entraînait vers… l'Atrium du Ministère, logiquement.
J'atterris sur un sol dur et faillis m'exploser le menton sur le carrelage, mais une main me retint par le coude pour me redresser de force.
- Sérieux, autant j'aime les bagnoles, autant vous auriez pu nous faire transplaner directement ici, ça nous aurait évité le voyage dans les putain de canalisations ! hurlai-je, ulcérée.
J'entendis les murmures des employés du Ministère tout autour de moi et on me mit en marche d'une poussée dans le dos. Nous marchâmes pendant un certain temps, prîmes l'ascenseur, et je tendis l'oreille pour entendre la voix préenregistrée annoncer l'étage auquel nous nous trouvions.
Le Département des Mystères.
- Mais qu'est-ce que c'est que ce bordel ?! m'exclamai-je, terrifiée à l'idée de figurer dans la galerie des horreurs du Département susdit.
Je veux dire, d'accord, ma famille présentait certainement des tas d'anomalies génétiques nous rendant plus vicieuses, perverses et dénuées de scrupules que les sorciers normaux, mais tout de même. Je refuse d'être enfermée ici jusqu'à la fin de ma vie, surtout si c'est pour la science. Je ne suis pas du genre à rendre service gratuitement, vous me connaissez. Alors donner littéralement de ma personne…
On m'entraîna dans un nouveau couloir et on me souleva presque sur toute une portion de l'étage, sûrement pour que je ne retrouve pas le chemin de l'ascenseur en cas d'évasion. Cinq minutes plus tard, on me déposa finalement sur le parquet.
- Bon, c'était très chouette et tout ce qu'on veut, mais maintenant je rentre chez moi, bande de bouseux !
Sur ces bonnes paroles, j'arrachai finalement le sac de ma tête et me retrouvai nez-à-nez avec une bande de Langues-de-Plomb, des Aurors sur la défensive et… Oh merde.
Le Ministre Fawley.
.
Hééééé, je me souviens de son nom ! Z'avez vu ?
À suivre…
J'espère que vous avez aimé ^^
Si comme Zoé, vous vous demandez pourquoi ils ne l'ont pas fait transplaner directement au Ministère, sachez que pour une personne normale, ce serait plus flippant de faire le voyage dans un silence de mort sans savoir ce qui se passe plutôt que d'avoir des réponses tout de suite. Le problème, c'est que là, c'est Zoé. Et qu'elle n'est pas une personne normale.
Et oui, le Ministre est un sadique.
N'oubliez pas de reviewer ! ;)
