Hello tout le monde!
J'espère que vous allez bien!
Tout d'abord, j'espère que vous prendrez autant de plaisir à lire cette fic que j'en ai eu à l'écrire. Ensuite cette fic est classée M pour la violence des propos qui y sont tenus. Je demande donc aux âmes sensibles de ne pas lire ce récit. Je demande aux plus jeunes de passer leur chemin! Il y a des centaines d'autres fictions moins cruelles et moins violentes que celle-ci.

Pour ceux qui auraient décidé de rester; bonne lecture!

Et n'oubliez pas que nos seules récompenses ici sont les commentaires que vous laisserez pour que nous puissions débattre et communiquer.

A très vite!

Lilly.


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La lumière dorée que diffuse le lustre de cristal enveloppe la pièce d'une douceur paisible, contrastant avec le froid glacial qui y règne. Au dehors, de gros flocons ont commencé à recouvrir Garden Street et ils continuent de tomber en tourbillons aléatoires. Noël n'est plus très loin, comme en témoignent les guirlandes lumineuses accrochées aux toitures environnantes et les petites lueurs clignotantes illuminant par intermittence les façades d'architectures diverses.

Le sac de voyage posé sur le lit ne comporte qu'une chemise de nuit épaisse, qui ressemble en réalité à une chemise taille XXL.

Emma observe depuis un long moment la moquette bleu de la pièce sans trop oser poser ses yeux ailleurs. Elle n'est jamais rentrée ici et si les circonstances n'avaient pas été aussi sérieuses, sans doute n'y aurait elle jamais mis les pieds.

Emma est une grande blonde au teint pâle, le corps sculpté par des heures à l'entraînement spécial qu'elle s'inflige chaque semaine et par le temps qu'elle passe à courir après les malfrats qui peuplent cette ville. Malgré son âge, elle est déjà lieutenant de police et à toutes les peines à s'en convaincre. D'ailleurs, elle ne cherche pas à en convaincre quiconque. Elle préfère largement l'étiquette d'enquêtrice ou d'inspecteur, parce que cela parle plus aux gens, selon elle.

Elle a enfoncé les mains dans son long manteau noir et reste debout au milieu de la pièce avec l'air aussi mal à l'aise que si je lui avais proposé de m'aider à m'habiller. Elle fixe encore la moquette pour laquelle elle semble avoir trouvé un intérêt tout particulier. Durant une fraction de seconde, je me demande si elle a remarqué une tache qui marquerait le sol et dont je ne me serais pas aperçu. Mais je me raisonne.

Elle est silencieuse. Du reste, je n'aurais sans doute pas supporter qu'elle me propose son aide, et le fait qu'elle garde son regard sur le sol l'empêche de voir mes mains trembler.

Je continue de faire mon sac tant bien que mal; malgré mon coude au corps qui bloque le moindre mouvement envisagé. Alors que je me retourne pour fouiller dans mon dressing, je sens les yeux d'Emma me picoter le dos.

Je fais volte face et plante mon regard dans le sien. Elle est prise en flagrant délit même si j'ignore encore de quel délit exactement.

Elle soutient mon regard et alors que je vais parler, elle me coupe:

-Vous pensez que vous aurez assez de gants?

Je jette un œil au sac ouvert sur mon lit et prends conscience que la totalité de mes gants doivent être dedans.

Avec un soupir, je plonge ma main valide et récupère ceux que je ne mettrais pas.

-Regina, me dit Emma en prenant un ton doux. Prenez votre temps…

Je la fusille du regard. Elle n'a que ça à faire?...

Je sens la sueur dégouliner le long de mes flancs, et ma gorge se sert soudainement.

Ça fait une semaine que je n'ai pas vu Emma, elle me semble fatiguée, son air enfantin a laissé place à une franche détermination.

La porte d'entrée claque encore une fois et je sursaute. Le bruit ne m'a pas fait peur mais la seule pensée qu'encore un autre technicien de scène de crime entre chez moi m'est insupportable.

Je me tourne vers Emma qui sait déjà ce que je vais dire. Elle lève les mains devant elle, comme si j'allais la pointer avec un revolver.

-Ils ne font que leur boulot!

-Il ne peuvent pas attendre?! J'attaque sans écouter. Je ne suis même pas encore partie!

-Les victimes le sont rarement à leur arrivée.

Je manque d'étouffer lorsqu'elle prononce ce mot. Emma n'est pas connue pour son tact mais j'aurai espéré qu'avec moi, elle aurait tourné sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler.

Je lui jette un regard torve et entreprends de me concentrer pour faire un sac qui puisse m'aider à tenir plusieurs jours.

Je ne reviens encore pas de devoir quitter ma maison parce qu'elle est considérée comme une scène de crime. Mon épaule me fait mal. J'ai loupé l'heure de mon antidouleur et je me rends compte à présent que c'était une douloureuse erreur. Le sac de la pharmacie est posé en bas, sur la commode de l'entrée. Une commode en bois d'ébène du Gabon qui m'a été offerte il y a des années par un ébéniste du nom de Marco qui avait à cœur de me remercier pour avoir fait enfermer le meurtrier de son petit garçon. C'est l'un de mes meubles préférés car il a été sculpté avec soin et goût et qu'il représente sans doute l'une des affaires les plus dures qu'il m'ait été donné de plaider au tribunal.

Je mets un peu de temps à choisir mes chemisiers et je me demande un long moment pour combien de temps je devrais en prendre.

Je dois être figée depuis un bon moment car je n'ai pas entendu Emma pénétrer dans ce si petit espace que constitue mon dressing.

Au son de sa voix, je m'écarte vivement et le mouvement me donne une décharge qui irradie de mon épaule vers le reste de mon corps. Une grimace de douleur anime mon visage et je me contiens pour ne pas exploser.

-Vous voulez que j'attrape quelque chose? Propose Emma de sa voix traînante qu'elle utilise quand elle a peur de me mettre en colère.

Je ferme les paupières brièvement avant de reprendre contenance.

-Je veux surtout que…

Mais les mots ne viennent pas. Je ne sais pas vraiment ce que je souhaite… ou plutôt, je le sais exactement, mais comme cela fait partie d'une liste parfaitement irréalisable, je préfère me taire. Mon métier m'a appris à parler peu - ma mère aussi-.

J'attrape une pile de chemisiers, mes préférés et je décide de les emporter, tous. Je pousse de mon pied une plus grosse valise et Emma ne m'aide pas. Elle a compris, je crois.

Je pose la pile de chemisiers avant de hisser la valise sur le matelas et de ranger soigneusement le sac dans mon dressing.

Durant plusieurs minutes le silence est seulement troublé par mes pas sur la moquette. J'ai dérogé à la règle que j'avais fixé depuis toujours, pas de chaussures dans la chambre… cela me désole et achève de me montrer à quel point la situation est critique.

Emma semble m'observer depuis une éternité lorsqu'elle m'appelle doucement.

-Le procureur général va gérer cette affaire… ça n'a pas été facile parce que normalement…

Elle suspend sa phrase et je hoche la tête pour lui éviter d'avoir à l'achever.

C'est moi qui aurais du avoir cette affaire si je n'avais pas été impliquée dedans. Je relève le menton pour montrer à Emma que cela ne m'affecte pas. Mais elle n'est pas dupe.

-Vous savez, il faut juste attendre que tout ça se tasse un peu… marmonne-t-elle.

Une douleur lancinante vrille ma tête et je me retiens de me jeter au bas des escaliers pour aller récupérer mes précieux antidouleurs.

Je finis par refermer ma valise et j'attrape mon sac à main en essayant de tout manœuvrer à l'aide d'une seule main.

-Je vais le faire, intervient la blonde en prenant la anse de ma valise d'autorité.

Sur le pas de la porte, je ne peux m'empêcher de me retourner pour fixer ma chambre dans mon esprit. C'est ce que je fais à chaque fois que je sors d'une scène de crime. Pourtant, il n'y a eu aucun crime ici. Mon lit est juste froissé de la valise que j'ai posé dessus et qu'Emma est en train de pousser devant elle sur le parquet français de mon couloir. Mon regard glisse sur le décor de ma chambre et je referme la porte. J'ai l'impression qu'on me dépossède un peu plus de mon identité lorsque je vois une dizaines de techniciens scientifique scruter mon salon avec minutie. Je fais partie de leur monde, c'est moi qui suis avec eux lorsqu'ils passent une scène de crime au crible. C'est à moi qu'ils rendent leurs analyse. Je connais d'ailleurs très bien le chef du département scientifique de la police. Nous avons dîné ensemble il y a un peu plus d'un mois. Aucun ne lève la tête pour me saluer. Mon regard tombe sur un mince filet noirâtre qui macule le sol. Il s'agit de mon sang. Ma respiration s'emballe mais je me fais violence pour ne pas perdre la face. Je suis à deux doigts de la crise de nerfs ou du TSPT. Le roulement de ma valise contre le parquet me fait revenir à la raison. Je regarde Emma et derrière son épaule il y a un grand miroir encadré de plusieurs tiges de bois noir. Je ne m'étais pas regardé depuis mon retour; je n'ai pas bonne mine. Ma mâchoire est ornée d'une ecchymose violacée, mon œil droit est cerclé de noir et une coupure sur mon front est strippée pour contenir l'entaille. Mes cheveux qui sont habituellement coiffés avec soin, sont dans un état chaotique. J'aimerai pouvoir me les attacher, histoire de garder une certaine contenance mais mon épaule m'empêche de le faire. Je me contente de passer une main dans mes mèches indisciplinées et le regard d'Emma capte de nouveau mon attention.

Je hoche la tête sans vraiment savoir pourquoi et je m'approche d'elle calmement.

-Est ce que vous voulez passer par l'arrière? Demande-t-elle avant de saisir la poignée de la porte d'entrée.

Je la questionne du regard et son menton pointe la fenêtre qui jouxte la porte. Je remarque à présent que des journalistes ont pris possession du trottoir qui borde ma maison; celui d'en face est occupé lui aussi par quelques caméras et camion surmontés de grosses antennes.

Mon ventre se tord et des larmes affluent vers mes yeux. Mon égo en prend subitement un coup et je me sens humiliée rien qu'à l'idée de passer à la télé dans cet état… ma mère ne sait pas ce qui m'est arrivé, du moins, elle ne connaît que ce que les médias en ont dit mais à présent, les journalistes ne vont pas hésiter à relayer l'information de partout; à commencer par une image de la victime sortant de chez elle. Je jette à nouveau un coup d'œil à mon reflet et malgré la douleur, je me redresse, relève le menton et fais signe à Emma d'ouvrir.

Le froid me happe en même temps que les aboiements des journalistes et les flashs des appareils photos. Les flocons ont redoublé et une moquette blanche recouvre l'herbe de mon jardin. Je remarque que certains voisins ont leur face collés à leurs fenêtres; certains brandissent leur téléphone portable sans doute pour filmer Leur voisine. Je ressens une vague de colère à leur encontre.

Emma porte un talkie-walkie à sa bouche et je l'entends ordonner de dégager le passage.

Lorsque j'ouvre le portillon qui protège le jardin, ce sont les micros des journalistes qui m'arrivent sous le nez. Tous se contorsionnent pour passer leur bras à travers les membres de police qui font barrage de leur corps. J'entends leur question et je sais que je ne dois absolument rien dire. Je ne suis pas en position de le faire, ni même en mesure de réfléchir à une élocution qui aurait un sens pour les téléspectateurs. Pour finir, je n'ai pas envie de nourrir les fantasmes des habitants.

Je m'avance, suivie par Emma qui me dépasse soudain pour prendre les devants au cas où l'un des journalistes ne tente une percée. Nous remontons l'allée qui mène à un cortège de camions de police. Une fois que nous avons passé ce périmètre, les journalistes sont stoppés par de nouveaux officiers qui sont en charge de garder les camions en sécurité.

Emma marche d'un pas rapide et je peine à la suivre. Je la sens tendue et quelque chose que je ne parviens pas à saisir la rend nerveuse. Elle s'arrête en voyant que je ne la suis pas. Mes poumons sont en feu, et je viens de remarquer que j'ai oublié mes antidouleurs. La peur me tord le ventre une nouvelle fois. J'ai peur de dire à Emma que je dois retourner prendre ces fameux médicaments, j'ai aussi peur d'y retourner et de devoir repasser par la horde de journalistes qui n'attendent que ça pour me harceler de questions. Mon corps se met à trembler et ma respiration devient courte.

Instantanément, Emma bondit à côté de moi. Elle se rapproche vraiment très près; plus près que ce que nous avons l'habitude de pratiquer entre nous et cela me tend immédiatement.

-Vous êtes en stress post-traumatique, dit elle d'une voix si basse que je comprends à présent pourquoi elle est si proche de moi. Elle regarde en direction des journalistes qui sont à quelques mètres derrière nous et je sais qu'elle espère qu'aucun micro n'est braqué vers nous.

-Prenez de longues inspirations, m'ordonne-t-elle sans me regarder. C'est normal que vous ayez peur, poursuit-elle, vous étiez plongé dans la terreur pendant une semaine, mais à présent c'est terminé, je suis là, avec vous. Expirez par la bouche. C'est bien, vous êtes fatiguée, et une bonne nuit de sommeil vous fera du bien. Je ne dis pas que tout va s'arranger avec une nuit calme mais un bon repas et du repos, ça ne fait de mal à personne.

Je comprends pourquoi Emma est si douée dans son métier, je le savais bien avant mais à présent que je suis de l'autre côté de la barrière, c'est différent. Elle continue de me parler et si ses paroles ne trouvent pour l'instant aucun sens, j'arrête d'hyperventiler et je sèche mes yeux humides d'un revers de main. Je grimace de douleur en faisant un léger mouvement vers mon épaule.

-Vous avez pris les antidouleurs que le doc vous a prescrits? Demande-t-elle en s'éloignant enfin.

-Ils sont restés chez moi… je marmonne en pestant intérieurement.

Elle a une petite moue et je sais qu'elle ne veut pas y retourner elle non plus. Elle hésite à me laisser seule quelques minutes mais je la sens se raidir d'un seul coup et elle pose une main sur mon bras valide.

-Je repasserai vous les donner. Ça va aller?

Mes yeux se perdent un instant dans les siens et je sens qu'elle me demande si je vais pouvoir subir la douleur encore longtemps.

Cette question me détend soudainement, comme si on n'avait jamais pris autant soin de moi auparavant. Je lui suis reconnaissante d'avoir de telles considérations pour ma douleur.

J'acquiesce et elle reprend ma valise pour avancer de nouveau, mais cette fois, elle reste à ma hauteur pour que nous puissions discuter.

-Je voulais vous installer dans une planque, pas que vous risquiez encore quelque chose, mais juste pour que vous vous sentiez en sécurité… mais on n'a pas le budget pour. On a contacté l'assurance et vous avez le droit à l'hôtel tous frais payés.

-Ca sera très bien, dis-je d'un ton redevenu professionnel.

Emma secoue ses boucles blondes.

-Ouais,dit-elle, c'est ce que je me suis dit au début mais…

Elle s'arrête dans la marche et me fait un immense sourire.

-J'ai une surprise pour vous!

Elle fait un signe de tête vers trois silhouettes qui se découpent sous un lampadaire à quelques mètres de nous. Nos voix ont attiré leur attention et je reconnais soudain…

-Tante Régina! S'écrie la voix de ma nièce qui a franchement l'air soulagée.

Elle court vers moi et m'étreint avec force sans me faire le moindre mal. Son odeur a sur moi le même effet qu'un tranquillisant. J'ai l'impression d'être de retour dans un foyer bien chaud après un hiver passé à l'extérieur. Ma nièce m'a dit un jour que j'étais comme le chocolat qu'on mangeait après avoir croisé un détraqueur. Et si je n'avais absolument pas saisi de quoi elle me parlait à l'époque, je viens de mesurer à l'instant l'effet du chocolat.

Je l'entoure de mon bras valide pendant que je sens les siens entourer ma taille sous le blouson que m'a donné Emma à l'hôpital. Je n'ai plus froid. Ma sœur se joint à notre étreinte, elle ne pleure pas. Robin, mon beau-frère et ami, m'observe avant toute chose, comme pour déceler s'il serait de trop. Je parviens à extirper ma main d'entre ma sœur et ma nièce pour lui tendre et il la presse avec affection. Emma s'est éloignée pour répondre à un appel, elle nous regarde attentivement avant de jeter un œil aux alentours. Je ne sais pas ce qui l'inquiète tant.

Ma sœur se recule finalement et ma nièce garde un bras passé autour de ma taille, sa joue posé contre mon épaule.

Emma revient vers nous et serre la main de ma sœur et de Robin, ils échangent quelques mots et je fouille dans ma mémoire pour savoir à quel moment je les ai présenté les uns aux autres.

Ma nièce tourne son joli visage vers moi et dépose un baiser sur ma joue.

-Tu voudras bien dormir avec moi? Me demande-t-elle tout bas.

Margot a quinze ans et c'est une incorrigible petite peste. Tout comme l'était ma sœur au même âge.

Sa chevelure dorée et ses yeux bleus lui donnent l'air d'un petit ange qu'elle sait parfaitement utiliser lorsqu'elle en ressent le besoin.

Elle me fixe intensément.

-Je ne suis pas sûr de beaucoup dormir, chérie, dis-je doucement.

Il n'y a qu'à elle que je réserve ce genre de parole. Notre lien est fort, parfois plus que celui qu'elle a avec sa mère, « c'est le privilège d'être tata » soupire souvent Zelena en me foudroyant du regard. C'est peut être aussi parce que je suis la première personne de ce monde à l'avoir tenu contre elle durant des heures, des jours. Attendant que ma sœur se réveille de son coma et que mon beau-frère rentre de mission.

Emma repère un officier qui remonte l'allée avec un petit sac jaune dans la main. Mes antidouleurs!

-Merci Ronald! Remercie-t-elle en prenant le sac pour me le donner directement. Vous allez dormir chez votre sœur, il y aura des patrouilles de police devant la maison alors il ne faut pas vous inquiéter?!

-Des patrouilles pour me protéger de quoi au juste?

Emma fronce son nez.

-C'est plus pour nous assurer que les journalistes ne vous embêtent pas trop. Et qu'ils n'essaient pas de se planquer dans les buissons. Je repasserai sitôt qu'on aura terminé ici et que je serai repassée par l'hôpital.

-Pourquoi? Je demande sur la défensive.

Emma étira ses lèvres en un sourire.

-Pour prendre de vos nouvelles! Me dit-elle doucement.

La paranoïa me guette. Emma s'approche de moi et Margot se décale par précaution. La blonde me serre brièvement dans ses bras et plante son regard dans le mien.

-Faites moi plaisir, Regina, reposez-vous un peu!

Sans autre mot, elle s'enfonce dans la nuit, retournant vers les flashs qui forment à présent de petites étoiles lointaines.

Robin a pris ma valise, Zelena mon sac de médicaments et Margot me tire doucement par le bras.

-Tu viens, tante Regina?

Les antidouleurs commencent à faire effet alors que nous pénétrons dans la maison de ma sœur. Je regarde d'un air sombre la voiture qui stationne de l'autre côté de la rue. Emma avait parlé de patrouille, pas d'une surveillance rapprochée. Je suis à deux doigts de l'appeler pour être certaine qu'elle ne s'est pas trompée. Que les hommes qui sont devant chez ma sœur sont bien de la police. Mais je rationalise. Telle que je connais Emma, je suis étonnée qu'il n'y ait pas encore l'armée devant la porte pour me protéger.

-Margot, va te coucher, murmure Robin à sa fille comme s'il y avait quelqu'un à ne pas réveiller.

-Mais tante Regina est là! Proteste Margot d'un ton furieux.

-Et elle sera toujours là demain! Et après demain! Et même pour ta remise de diplôme! Dit il en riant doucement.

Elle lui lance un regard outré et dégoûté.

-Fais pas ce genre de promesse! Lâche-t-elle avant de monter les escaliers d'un pas lourd.

Il semble que la semaine qui vient de s'écouler ait remis en question ma capacité à vivre jusqu'au premier diplôme de ma nièce.

Robin se tourne vers moi, il n'a pas pensé à mal, je le sais.

-Si tu veux, on te la donne, plaisante-t-il en se dirigeant dans la cuisine pour se faire un café.

Robin est drogué à la caféine. C'est une sale habitude que ma mère, mon père, Zelena et moi-même n'arrêtons pas de lui reprocher mais que peut-on dire à un militaire qui ne connaît aucun meilleur remède contre le sommeil?

Je le suis pour me percher sur un tabouret et le regarder faire sa préparation.

-Tu vas mettre un temps fou avant de pouvoir nous refaire des petits plats! Dit il en montrant mon épaule engoncée dans son attelle.

-Je parie que je peux m'en sortir! Dis-je avec un sourire douloureux.

Une main passe dans mon dos lorsque ma sœur revient s'assoir près de nous.

L'heure sur le four indique quatre heure du matin, je dégage une main dans mes cheveux et pousse un profond soupire.

-On a vu qu'il avait été arrêté à la télé, me raconte Zelena. Emma nous avait dit de rester là au cas où…

J'avais vu juste, je ne les avais jamais présentés; ils s'étaient rencontrés durant ma semaine de disparition.

-On a eu si peur lorsqu'elle est venu nous annoncer que tu n'étais pas chez toi et qu'il y avait eu des signes de lutte… qu'est ce qui s'est passé? Je veux savoir ce qu'il t'a fait?!

-Zelena! Intervient Robin en versant le liquide noir dans une tasse Marin's Forever.

-Quoi?! C'est ma sœur!

Zelena a toujours tout justifié par cette simple phrase. Comme s'il s'agissait d'une formule magique que nul ne pourrait contester.

-On s'est tellement inquiété!

-Zelena! Répète Robin. Laisse la tranquille! Écoute, Regina, je pense que si tu veux nous en parler, tu le peux mais… on ne va pas te forcer! N'est-ce pas?!

-Non bien sûr! Bafouille à présent Zelena en n'osant plus me regarder. C'est juste qu'on s'est beaucoup inquiété et que…

-Je suis fatiguée, je monte me coucher, dis-je soudain en sentant une grande lassitude en moi. Je crois que les anti-depresseurs que m'a forcé à avaler ma sœur dans la voiture sont en train de faire effet.

-Oh… réagit soudain Zelena. Mais bien sûr! Monte te coucher, ta chambre est prête!

En montant je passe devant la chambre de ma nièce mais je n'ai pas le courage d'aller la rassurer. Dans mon état, comment le pourrai-je?

Je m'arrange pour éviter de regarder les bleus qui jonchent mon corps lorsque je me déshabille pour prendre le bain que m'a préparé ma sœur ou ma nièce. Cette étape s'avère compliquée étant donnée que je ne me sers que d'une seule main.

La chaleur soulage mes reins endoloris et la mousse recouvre assez mon corps pour que je puisse oublier toutes les marques.

Cependant, la couleur rosée que prend l'eau me fait froid dans le dos et je me relève rapidement pour finalement tenter de prendre une douche.

Au bout d'une bonne demi-heure, je ressors de la salle de bain en ayant aussi mal à mon épaule valide, celle-ci ayant compensée les taches de l'autre. Mais je suis propre, mes cheveux sont nettoyés de tout et l'odeur de la violette flotte autour de moi comme un parfum entêtant. Ce n'est pas mon odeur habituelle; peut être pourrai-je demander à Emma de me rapporter mes produits qui sont restés dans la salle de bain…

Je ne suis pas surprise de trouver Margot dans ma chambre.

-Je t'apportais juste un chocolat chaud! Se défend-t-elle alors que je ne l'accuse de rien.

-Juste ça? Tu ne viens même pas me border? Ironisé-je.

Elle attrape une brosse posée sur la table de chevet.

-Je pensais qu'avec ton épaule, tu ne pourrais pas te coiffer toute seule.

Elle démêle patiemment mes mèches sombres alors qu'un silence s'installe entre nous. Je sais qu'elle essaie de ne pas me poser mille questions. Margot est aussi curieuse que ma sœur, si ce n'est plus. J'imagine tout à fait l'angoisse qu'elle doit ressentir à l'idée de devoir aller se coucher sans aucune réponse. Mais je ne peux pas lui assurer d'y répondre un jour.

Lorsqu'elle a terminée, elle tire sur les couvertures pour me permettre de me glisser sur le matelas moelleux et tiède. Elle rabat la couette sur mon corps et viens se blottir contre moi. Je passe un bras autour d'elle et dépose un baiser sur le haut de son front. Elle a quitté ses lunettes pour la nuit et secrètement, j'espère qu'elle ne compte pas rester avec moi.

-Je t'aime, tante Regina, murmure-t-elle en quittant la chambre me laissant ainsi seule.

La solitude ne m'a jamais dérangée. Je n'ai aucun animal de compagnie, pas de petit ami qui m'attende quand je rentre le soir. D'aucuns diraient qu'il n'y a que mon travail dans ma vie, mais c'est là mon précieux équilibre. Je suis une acharnée, une farouche travailleuse, je suis substitut du procureur à New York et j'aime mon métier. Pourtant, cette nuit, je m'aperçois que c'est précisément mon métier qui m'a amené là et que la solitude que je recherchais tant a failli conduire à ma mort. Les échos de voix de Zelena et Robin me parviennent en un bourdonnement régulier et ce simple son m'apaise ; je ne suis pas seule. J'arrête de trembler alors que je ne m'étais même pas rendue compte que je le faisais. Je ramène les couvertures contre ma poitrine et essaie d'inspirer profondément. Je ne veux pas dormir, dès que je ferme les yeux, je revois les flashs de mes jours précédents. Malheureusement, la fatigue me gagne, les nerfs me lâchent et les anti-dépresseurs me poussent un peu plus dans les bras de Morphée.

Lorsque je me réveille à cause de la douleur qui me vrille l'épaule, quelques heures plus tard, j'entends toujours le bourdonnement des discussions en bas, dans la cuisine. Je discerne une nouvelle voix et tends l'oreille pour comprendre ce qui se dit. J'ai la désagréable impression que ces voix parlent de moi. Je repousses mes couvertures et file à la salle de bain pour m'habiller. Je choisis un pantalon de tailleur noir que j'accompagne d'une chemise lavallière bordeaux et d'un blaser noir. J'attrape une pince à cheveux qui traîne afin de ramener ma tignasse en arrière. J'hésite à me maquiller avant de m'apercevoir que quoique je fasse, le bleu qui occupe une partie de ma mâchoire demanderait bien trop de travail.

J'examine mon reflet; cela pourrait largement être pire. L'étape des chaussettes est sans doute la pire, je dois m'y reprendre à plusieurs fois et lorsque je parviens à insérer mon pied, la chaussette est légèrement de travers. Qu'importe, les voix à l'étage inférieur ont piqué ma curiosité. Je me mets en marche et trouve ma nièce en flagrant délit d'espionnage. Je touche son épaule brièvement et elle ne semble pas surprise, ni même gênée de s'être fait prendre.

-Qu'est ce qui se passe?

-C'est Emma, m'informe-t-elle alors que j'ai reconnu depuis longtemps la voix de ma partenaire. Maman m'a dit de remonter.

J'esquisse un sourire. Ma sœur aurait dû être plus précise dans l'ordre qu'elle a donné à Margot.

-Quelle petite fille obéissante, je murmure pour que nous ne soyons pas repérées. Va donc dans ta chambre et ferme la porte, petite chipie!

Elle me lance malgré tout un regard noir avant d'obéir.

Emma a l'air épuisée, elle porte les même vêtements que cette nuit; elle arrive tout droit de la première scène de crime. La tasse de café posée devant elle est remplie, j'en déduis qu'elle n'est pas ici depuis si longtemps. Robin m'accueille avec un baiser sur la tempe et ma sœur me prend dans ses bras.

-Regina! Me salue Emma, un air soulagée sur le visage.

Je fronce les sourcils, ce n'est quand même pas comme si j'aurais pu soudain disparaître pendant la nuit.

Je contourne l'îlot de la cuisine pour me mettre face à la blonde et aussi pour ravaler la colère qui s'insinue en moi.

-Comment s'est passée cette nuit? Demande-t-elle.

-Courte, dis-je seulement. Et la votre?

Emma se redresse sur sa chaise.

-Nous sommes restés sur la scène de crime…

-Ma maison, corrigé-je froidement.

-Oui. On est resté là-bas durant une bonne partie de la nuit. J'ai des questions à vous poser…

J'attrape un calepin qui traîne à côté du téléphone de la maison et griffonne dessus avant de tendre la feuille à ma sœur.

-Qu'est ce que…

-Zelena, nous n'allons pas nous gaver de pizza aujourd'hui, voici une liste de course pour que je puisse cuisiner quelque chose pour midi.

-Mais… enfin…bon… d'accord, capitule ma sœur en voyant mon regard meurtrier.

Robin et ma sœur quittent la pièce, sans doute trop heureux de ne pas avoir à m'affronter.

-Emma, vous avez besoin de repos. Ma déposition devra attendre encore un peu. Vous allez rentrer chez vous, prendre une douche, dormir, vous changer et revenir ici pour le repas de midi.

-Techniquement, me fait remarquer Emma avec un sourire, vous êtes en congés, je crois que vous ne pouvez pas me demander de me reposer.

-Si vous avez pris ça pour une demande, Miss Swan, c'est que je m'y suis fort mal pris pour vous faire passer le message.

Mon regard la transperce sauvagement. Emma se renfrogne, voilà cinq ans que je ne lui ai pas parlé de la sorte. Elle déglutit, soudain mal à l'aise.

-Regina, c'est moi.

Je me verse une tasse de café pour contrer le tremblement de mes mains.

-Il faut que...

-Pas maintenant!

J'entends ma voix grave raisonner dans la maison. Je suis certaine que ma nièce m'a entendu.

-Ma nièce est à l'étage, il est hors de question que je réponde à vos questions maintenant! Tout d'abord parce que vous n'avez pas dormi de la nuit et qu'il ne sert à rien de se précipiter dans cette affaire! Le coupable est détention et moi je suis là. Je répondrai, mais pas maintenant! Et certainement pas ici! Un peu de bon sens!

-Regina…

-Rentrez chez vous, Emma! Revenez à midi!

-Regina! S'écrie ma sœur de nouveau sur le pas de la porte. Tu ne vas pas renvoyer Emma chez elle alors qu'elle tient à peine debout! Je vais t'installer dans le bureau de Robin.

Le tutoiement pratiqué par Zelena me tord le ventre sans que je sache pourquoi. Je n'ai jamais aimé mélanger vie privée et vie professionnelle, et voilà que je n'ai plus mon mot à dire sur aucune des deux.

Emma connaît ma sœur depuis une semaine et elle la tutoie.

-Regina a raison, argumente Robin. Léna et moi allons faire les courses, Margot a son entrainement de patinage, tu seras parfaitement installées dans mon bureau, Emma. Regina tu auras la maison pour toi, profites-en pour te détendre.

Zelena accompagne Emma a l'étage alors que Robin me dévisage encore.

Il s'approche de moi tandis que je fais tout pour éviter son regard. Il sait la tempête qui se joue sous mon crâne.

Je n'ai jamais pu cacher grand chose à Robin. Nous nous connaissons depuis mes années de fac. Au début, lui et moi entretenions une relation amour-haine qui nous convenait parfaitement. Nous ne nous aimions pas d'amour mais nous couchions ensemble dès que l'envie nous prenait. Puis nous nous détestions car aucun ne voulait abaisser ses barrières pour que l'autre puisse constater la place qu'il avait dans son cœur. Et puis, lorsque la haine était arrivée à son paroxysme, nous reprenions nos ébats fougueux. Et puis un jour, il a rencontré ma sœur et elle a abaissé ses barrières, et dans le même temps, je n'ai plus été capable de coucher avec lui. Il n'en reste pas moins qu'il me connaît par cœur. Nous n'avons pas besoin de parler pour nous comprendre.

Sa main courre le long de mon bras; je sens parfaitement les cales sur ses doigts qui prouvent qu'il est un homme manuel. Il agrippe mon coude avec deux doigts et m'approche de lui avec une facilité déconcertante. Son souffle contre mon visage me ramène des années plus tôt, lorsqu'il se penchait sur moi pour m'embrasser avec toute la douceur du monde avant de me faire l'amour. Il pousse toujours contre mon coude avec ses doigts pour que mon bras passe sous le sien et que je puisse le tenir contre moi. Il m'enveloppe ensuite entre ses bras puissants pour me tenir contre lui. Je tremble; l'adrénaline de la colère qui courre dans mes veines ne s'apaise pas. Je pose ma tête sur son épaule et l'odeur de son eau de Cologne me happe dans les souvenirs qu'il me reste de nous. Robin est un homme bien, je suis heureuse qu'il soit avec ma sœur. Ils sont deux antipodes qui fonctionnent bien! Mon dos se décontracte alors qu'il passe une main dessus. Comme s'il détenait les formules magiques. A l'époque, lorsque j'étais furieuse contre lui, nous avions un jeu qui consistait à faire chavirer l'autre. Je perdais à chaque fois. Robin savait parfaitement me ramener à lui. Et lorsque nous faisions l'amour, il était tellement attentif et doux, que je m'abandonnais pleinement au plaisir. Cela fait bien longtemps que je n'ai pas repensé à cette époque. Comme si cela n'avait jamais existé. Je n'éprouve pour lui qu'un sentiment d'amitié profonde et durable. Il est le mari de ma sœur et un confident précieux.

Une de ses mains s'échoue sur ma hanche tandis que l'autre grimpe sur ma nuque pour faire de petit cercle afin de me détendre.

Je le repousse brutalement lorsque je m'en rends compte. Il m'a perdue, je le vois dans ses yeux. Il ne comprends pas ce qui vient de se passer. Je ramasse ma tasse de café sur l'îlot avant de me détourner pour braquer mon regard à travers la fenêtre.

Quelques secondes après, je le sens de nouveau près de moi. Il me parle.

-Regina, qu'est ce qui se passe ? Semble-t-il répéter pour la énième fois.

-Rien, Robin. Je suis fatiguée.

-Tu m'as plus l'air bouleversée que fatiguée.

J'émets un petit rire moqueur.

-J'ai été séquestrée pendant cinq jours, je crois que je peux être effectivement un peu bouleversée, non?

-Je ne parle pas de ça.

Évidemment.

-Je suis effectivement un peu chamboulée par tout ça alors… ce que tu as l'habitude de faire avec moi, ne le fais pas. Ne… ne m'approche pas.

Si ma remarque le blesse, il ne laisse rien paraître. Il s'éloigne de moi. Je les entends partir sur la pointe des pieds, comme s'ils n'étaient plus chez eux. Je fais le tour de la maison, m'assurant que tout est fermé. Bien que la présence rassurante d'Emma m'apaise quelque peu, je ne souhaite pas devenir dépendante de quiconque.

-Tout va bien? Demande Emma qui sort visiblement de la douche.

-Vous n'êtes pas couchée?! Je rétorque un peu froidement.

Elle me scrute avec attention sans prononcer un seul mot. Elle a cet air absent lorsqu'elle échafaude des plans ou tente de se faire un avis sur une situation pour en comprendre les tenants et les aboutissants.

-Je vais dormir un peu, mais je voulais juste m'assurer que… en fait, l'équipe m'a demandé de vous saluer…

-Comment va Mulan? Je me rappelle soudain que la jeune femme s'est blessé durant l'assaut qui a permis de me libérer.

-Une égratignure, elle est sortie de l'hôpital dix minutes après y être entrée, me rassure Emma avant de remonter à l'étage. Peu après, Zelena et Robin reviennent avec les ingrédients que je leur ai listé un peu plus tôt.

Zelena est au téléphone et elle monte s'enfermer dans sa chambre sans que je comprenne à qui elle s'adresse. Robin et moi restons seuls, les sacs de courses entre nous. Les yeux me piquent de sommeil mais il est hors de question que je retourne me coucher. J'attrape les ingrédients dans les différents sacs pendant que le militaire se lave les mains. Il propose de m'aider d'une voix qu'il m'adresse lorsqu'il a peur que je l'envoie paître. J'accepte car je suis bien consciente qu'il va me falloir de l'aide pour combler le fait que je n'ai qu'un seul bras valide.

-Alors? Qu'allons nous préparer?

-Eh bien, mon cher Robin, si Zelena n'a retenu que les pizzas de nos origines, ce n'est pas mon cas!

-Les pizzas de ta sœur sont délicieuses! Prend-il sa défense.

-Ce n'est pas une raison pour vous nourrir que de ça! Nous allons faire des osso buco!

Robin semble perplexe et je sais qu'il n'a jamais goûté ce plat.

-Bien commençons par émincer les oignons!

-Ca je sais faire! Se réjouit-Il en sortant les couteaux.

Nous restons quelques minutes dans le silence, nos couteaux tranchants la chair des oignons et faisant pleurer nos yeux. Puis, Robin suit mes consignes à la lettre quant à la préparation de la viande. Il coupe la membrane extérieure de la chaire pour que celle-ci ne se brise pas durant la cuisson. Puis, il farine les deux faces avec soin pendant que je fais suer les émincés. Au bout d'un moment, il place dans la casserole les morceaux de viande que nous faisons dorer. Robin ouvre la bouteille de vin pour arroser le tout.

-C'est tout me demande-t-il alors que je verse le coulis de tomate trouvé dans le réfrigérateur et dont je sais qu'il a été préparé par ma sœur dans l'espoir de faire une pizza avec.

-Tu peux préparer une gremolada?

C'est moi qui ait appris à Robin ce qu'était une gremolada, je sais parfaitement qu'il sait faire. Il mélange donc de l'ail et hache du persil sans piper mot pendant que je prépare les bruschetta aux tomates.

Cuisiner m'évite de penser trop. A ces cinq jours, à ce qui va suivre, à mon épaule, mes côtes à mon bleu sur le visage, mes diverses coupures… à lui.

Je suis plus lente à cause de mon attelle mais je me félicite d'être parvenue à cuisiner malgré tout. Zelena descend enfin, elle a sa tête des mauvais jours.

-Tout va bien? Je demande alors que je me rince les mains.

-J'ai eu papa et maman au téléphone.

Nos parents ont pris leur retraite pour la passer en Italie, pays d'origine de mon père, où ils ont fait retaper un ranch pour accueillir des cheveux de haut standing pour leur retraite ou pour traiter les problèmes de tension entre monture et cavalier.

-Oh…

Zelena a vers moi un petit regard compatissant.

-Ils ont enfin trouvé quelqu'un pour le ranch, ils vont venir.

Ma gorge se serre; je me sens tout à coup terrorisée à l'idée qu'ils me voient dans cet état physique et mental.

-Non! Rappelle les! Dis leur de rester là bas!

-Tu sais bien que quand maman a une idée dans la tête, rien ne l'arrête! Elle viendra que tu le veuilles ou non. Et encore une fois Regina, tu as été enlevée et séquestrée… ce n'est pas rien.

Je refuse de dire un mot de plus, préférant me concentrer sur le plat qui mijote. De toute façon, je ne pourrai rien faire pour changer le cours du temps ni ce qui arriverait dans les prochaines heures. Les dés étaient déjà lancés.

Autour de midi, Emma émerge et se joint à nous. Elle a l'air plus fraîche et reposée qu'auparavant. Elle n'a dormi que quatre heures et j'ai l'impression que cela lui a fait le plus grand bien.

Margot est rentrée de son entraînement et nous passons à table.

-Alors? Demande Robin au bout de quelque minutes. Qu'à dit ton coach au sujet de la semaine passée?

Margot coule un regard gêné vers moi et fusille son père du regard.

-Rien de particulier, elle m'a félicité.

Margot fait du patinage artistique depuis qu'elle sait marcher et elle est sacrément douée.

-De quoi parlez-vous? Demandé-je malgré l'inconfort visible de ma nièce.

Il y a un petit silence.

-Mais rien! Tante Regina, c'est pas important! Rétorque-t-elle de plus en plus inconfortable.

Je la sonde du regard et elle craque au bout de seulement quelques secondes.

-Oh chérie! S'écrie Zelena en mettant une main réconfortante dans son dos.

La réaction est presque épidermique. Margot se lève dans un grand fracas et lance sa serviette sur la table.

-Z'êtes vraiment trop cons! Pleure-t-elle en s'enfuyant à l'étage.

Je reste figée; jamais ma nièce n'a fait un tel scandale. Jamais je ne l'ai vu dans cet état et l'incompréhension qui me gagne me met sous tension. Je n'aime pas du tout ce qui vient de se passer et quelque chose d'important m'échappe.

-Désolée Emma.

Alors que Robin se lève pour rejoindre sa fille je me lève à mon tour.

-Je vais y aller, dis-je.

Je veux comprendre.

Lorsque je pénètre dans la chambre de ma nièce, je la retrouve en larmes sur le coffre de sa fenêtre. Elle s'est dissimulée derrière le rideau pour être seule dans sa bulle. Je parviens à me faire une place à côté d'elle et referme le rideau derrière mon passage.

-Margot… tu ne veux pas me dire ce qui se passe?

-Tu vas me haïr! Explose-t-elle en redoublant de tristesse.

Sa détresse est réelle, je la connais comme si elle était ma fille, je sais parfaitement lorsqu'elle est blessée au plus profond d'elle. Et c'est actuellement le cas.

-Je ne comprends pas, pourquoi est ce que je te haïrais?

Elle plonge sa tête entre ses bras, plus pour cacher son visage. Elle a honte.

-Ecoute… que dirais-tu de tout me dire? De toute évidence il y a quelque chose que j'ignore. Soit tu assumes ce que tu as fais et tu me le dit par toi même, soit je l'apprendrais d'une autre manière. C'est à toi de choisir.

Margot relève la tête vers moi et hoche la tête. Elle tourne la tête vers la fenêtre et mordille sa lèvre un certain temps. Nous restons dans le silence plusieurs minutes, sans doute parce qu'elle ne sait pas par où commencer.

-La semaine dernière, nous avions une compétition très importante…

-Oh oui! Ça me revient!

-On… on avait appris ta disparition alors… je ne voulais pas faire cette compet'! Je l'ai dit à papa et maman mais… ils m'ont dit qu'il fallait y aller… parce que comme ça tu pourrais être fière de moi quand tu reviendrais et que tu n'aurais pas voulu que je loupe ça… et j'y suis allée…

Elle se remet à pleurer de plus belle.

- Et alors ma chérie? Où est le problème?

-J'y suis allée et j'ai remporté la compétition… j'étais là bas à sourire à tout le monde alors que toi tu vivais des choses horribles! J'ai vu tout ce que ce taré a fait subir à ces femmes! Celles qu'il a enlevé avant toi et je m'attendais à ce qu'on te retrouve à moitié folle! Ou pire! Et j'avais peur pour toi, je me demandais où tu étais, si tu n'avais pas froid, si tu pouvais dormir un peu, si tu n'avais pas peur! Mais j'ai été heureuse quand j'ai remporté la compétition! J'ai souris alors que tu souffrais, tante Regina, je suis un monstre!

Elle s'effondre en un torrent de larme et de sanglots mêlés à des gémissements douloureux. Je reçois ses larmes sur mon épaule alors que ses mains s'agrippe à mon chemisier bordeaux. Je câline son dos en attendant que ses pleures se calment mais dès qu'elle semble s'apaiser, elle repart de plus belle.

-Ecoute, ma chérie, je suis fière de toi! Je ne t'en veux pas! Margot, ma souffrance n'est pas la tienne, tu comprends? Ce n'est pas parce que je ne vais pas bien que tu dois t'empêcher de vivre! D'accord?

Elle me regarde, m'écoute mais je sens qu'elle refuse de me croire. Je pousse un profond soupire.

-Il faut que tu comprennes que quoique tu t'imagines, ça sera toujours pire que la vérité. Ça ne sert à rien de faire de telles projections sur ce que j'ai vécu, tu te rendras malade et ça n'aidera personne. Je comprends que tu aies eu peur pour moi mais je vais bien maintenant. Je suis là. Et je ne t'en veux pas! Heureusement que tu as fait cette compétition! Tu l'as remportée et je suis très fière de toi! Et tu n'es pas un monstre! Encore une fois, ce n'est pas parce qu'il y a des gens bien malheureux que tu n'as pas le droit de rire, de sourire, d'être radieuse même! Ça ne t'enlève rien, chaton! Ça te rend humaine. Tu n'as pas dû vivre une semaine facile et tu avais le droit de renverser un peu la vapeur.

-Mais je n'étais pas enfermée avec un malade!

-Non mais tu as dû subir une grande pression! Et tu as dû avoir très peur. Sans doute plus que moi.

-Mais je m'en veux…

-Je sais, et je comprends les raisons qui te font te sentir coupable mais si je te disais que tes parents avaient raison; je suis tellement heureuse que tu aies fait cette compétition! Je suis très fière de toi et de la carrière que tu te traces!

Elle pleure de nouveau mais j'ai l'impression que cette fois-ci, elle est plus soulagée que triste.

-Je t'aime, tante Regina, je suis désolée…

-Désolée de quoi?

-C'est pas juste ce qui est arrivée…

Je la garde contre moi, il n'y a pas si longtemps je la consolais parce qu'elle avait perdu son nounours et à présent, je devais sécher les pleurs que mon kidnappeur avait provoqué.

Emma et moi nous croisons dans l'escalier. Elle a son téléphone à la main et paraît surprise de me voir.

-Margot va bien? Demande-t-elle.

Je relève soudain le menton, le simple fait qu'elle l'appelle par son prénom me démontre qu'elle s'est rapproché de ma nièce et un sentiment de possessivité monte en moi.

-Oui, merci.

Un silence inconfortable s'installe. Elle pousse un petit soupire.

-Regina… il faut vraiment que nous procédions à votre déposition.

-J'en ai déjà fait une à l'hôpital, dis-je en m'appuyant contre le mur, exténuée.

Elle me dévisage, la procédure ne s'arrête pas là, je le sais bien. Je suis celle qui a mis en place cette procédure, avec Emma. Elle et moi savons bien comment cela va se passer. Pourtant, une partie de mon esprit refuse de se l'intégrer.

-Comment est le procureur avec vous? Je demande plus pour la forme que pour nourrir ma curiosité.

-Une vraie plaie! Un emmerdeur de première!

J'émets un petit rire qui secoue ma cage thoracique et me provoque une douleur sous les côtes.

-Je suis prête à parier que c'est ce que vous avez dit de moi lorsque nous nous sommes rencontrés pour la première fois.

-Tout juste! Et je n'avais pas tort! Mais vous c'est différent! Vous n'avez pas mis vos bottes dans nos affaires sans qu'on vous y invite.

Je hausse un sourcil, c'est exactement le contraire.

-Ouais… enfin bon… vous, c'est pas pareil!

Je ricane doucement.

-Dois-je comprendre que j'ai trouvé une place au sein de l'équipe de la grande Emma Swan?! Raillé-je.

Elle ouvre la bouche plusieurs fois, comme un poisson hors de l'eau avant de comprendre que je ne fais là qu'une plaisanterie.

Elle se détend et me regarde avec une intensité nouvelle.

-Nous devrions aller ailleurs, me dit-elle.

Je baisse la tête pour regarder la pointe de ses chaussures.

Un endroit, n'importe lequel, mais pas ici. Je remonte pour me préparer et je rejoins Emma qui a déjà pris place dans la Tahoe noire. Je me hisse sur le siège avec une boule dans le ventre. Je sais parfaitement tous les détails de ce qui va à présent se passer et mon appréhension doit se lire sur mes traits parce qu'Emma tente de me distraire en faisant des commentaires sur les maisons qui bordent les routes. J'ai l'impression qu'elle s'est transformée en agent immobilier. Lorsque nous nous garons devant les bureaux, je ne peux m'empêcher d'observer ceux qui bordent l'entrée. Tout est calme, les va-et-vient naturel d'un poste de police. L'odeur du café bon marché me saute au visage lorsque nous longeons les bureaux. De nombreux regards se tournent vers moi, je les sens me brûler le corps et serre les dents face à la vague de sentiments diverses qui me fond dessus.

Une femme nous attend devant la salle des témoins avec un épais dossier sous le bras. Elle a une posture rigide et me fixe pendant que j'avance en m'efforçant de ne pas laisser transparaître la douleur qui traverse chaque muscle de mon corps. Avant qu'Emma n'ai eu le temps de dire un seul mot, elle se présente.

-Bonjour je suis Marian Forest, j'ai été chargée de diriger cette enquête.

-Depuis quand? Éructe Emma en lui jetant un regard sombre.

-Je vous demande pardon madame…

-Lieutenant! Précise Emma en détachant chaque syllabe devant l'affront qui lui est fait.

-Lieutenant, vous devriez voir ça avec votre capitaine; il a pensé, et on peut le comprendre, que cette affaire devait être gérée par quelqu'un qui n'a aucune interférence dans ce dossier!

-Quelles interférences? Demande Emma en jouant à la jeune femme stupide.

-Voyons, lieutenant, soyez réaliste! Vous travaillez tous les jours avec la substitue, votre équipe est même dirigée par elle.

Ce n'est pas tout à fait exact, je n'ai aucun ordre à donner, mais à New York, pour éviter les bavures policières, on préfère que le substitut soit en charge des enquêtes.

-Bah merde! Y'a six ans, mon équipe a travaillé sur le meurtre du substitut qui bossait avec nous et ça n'a perturbé personne.

Je reconnais quelques membres de l'équipe qui viennent prêter main forte à leur lieutenant en se plaçant derrière elle et autour de moi.

Mulan me fait un bref signe de tête et s'assure que je vais bien en m'analysant du regard. Graham me presse doucement l'épaule et fusille l'enquêtrice du regard. Il semble exister une haine profonde contre elle. Pino, les mains dans les poches, est venu s'appuyer au chambranle de la porte pour empêcher toute tentative d'entrave. Pino est le petit génie de la troupe, il a eu la plupart de ses diplômes a l'âge de quatorze ans et toutes les agences gouvernementales font pression pour le recruter dans leur rang. Il a un oeil aiguisé sur les tueurs, et je me range souvent à son avis lors des enquêtes où il s'agit de prévoir le prochain coup d'un suspect. Il ne croise pas une seule fois mon regard, malgré mes tentatives.

L'exubérante Ruby s'est placée derrière Emma, et elle a toutes les peines du monde à ne pas intervenir. D'ailleurs, Archi n'est pas loin derrière elle.

-Justement, il serait peut être tant que ce service fasse preuve d'un peu de discipline!

Emma voit rouge, je le sais, j'ai moi-même du mal à me retenir pour ne pas m'insurger devant tout le service. Ruby fait un pas en avant et est rapidement retenu par Archi qui la menace ensuite du regard.

-Écoutez, lieutenant, reprend Forest voyant qu'elle a fait un faux pas. Peut être que madame Mills sera plus à l'aise pour raconter ce qui lui est arrivé avec quelqu'un qui lui est inconnu. Je ne vous empêche pas de suivre cette déposition, vous ne pouvez simplement pas la diriger. C'est aussi pour que les avocats adverses ne retrouvent rien à dire à la procédure. Nous sommes dans le même camps, nous voulons tous empêcher qu'un criminel retourne se balader dans la nature.

Emma se détend un peu, même si elle reste sur la défensive. Elle me jette un regard désolé. Je comprends à présent pourquoi elle voulait m'interroger ce matin.

-Juste une question, c'est mon capitaine qui vous a demandé de me relever?

-Il a fait la demande à ses supérieurs, je présume. Répond Marian d'un air impatient.

Emma hoche la tête lentement, elle a une idée derrière la tête. A son attitude, je sens qu'elle a flairé une piste. Elle me regarde brièvement et tend la main à Forest.

-Eh bien en tout cas, merci de faire ça pour nous. C'est très gentil à vous d'être venu un dimanche pour prendre le relai.

Il y a un silence qui me met mal à l'aise. Mon cerveau, englué par les antidépresseurs n'avait pas noté ce détail. Nous sommes dimanche. Il est en effet étrange que tout ait été mis en place aussi rapidement. Ça, plus le fait qu'Emma se soit montrée particulièrement nerveuse depuis ma sortie d'hôpital me font dire qu'il n'y a un problème.

-Pas de repos pour les braves, lieutenant, rétorque Marian avec un sourire crispé avant de se tourner vers moi. Vous souhaitez boire quelques chose avant que nous commencions?

Emma pense que je vais sauter sur l'occasion pour qu'on se retrouve seules durant une minute ou deux.

-Non, je vous remercie, je crois qu'il y a une carafe d'eau à l'intérieur, dis-je en connaissant parfaitement la salle des témoins.

Le lieutenant semble déçue; elle soupire légèrement et recule à contre coeur pour laisser passer Marian qui me précède.

Pino continue de regarder ses chaussures alors que je passe devant lui, évitant de regarder les autres. Je referme la porte derrière moi. Nous sommes seules.

La salle des témoins est une salle qui se veut chaleureuse. D'épais coussins sont entassés sur un canapé moelleux. Des tableaux aux couchers de soleils chatoyants y sont représentés. Il y a un frigo rempli de boissons, une corbeille de fruit, des biscuits. On se croirait presque dans le repaire d'une grand mère aimante.

Marian s'assied à la table qui est au centre de la pièce, elle dépose son dossier devant elle et tire la chaise vers elle; elle me regarde m'asseoir face à elle. Je sens ma respiration devenir légèrement plus rapide, elle me rend nerveuse et j'ai conscience que je vais devoir lui confier les minutes de mon calvaire. Je jette un oeil au miroir qui est face à moi; je sais pertinemment qu'il s'agit en réalité d'une vitre sans teint et je n'ai aucune idée de qui peut se trouver derrière cette vitre. Emma, à n'en pas douter, le capitaine peut-être, le procureur éventuellement. Pour le reste de l'équipe, je ne sais pas et c'est précisément cela qui me rend nerveuse. Je comprends à présent que ma vie va être passée sous un microscope. Je sais que Ruby, notre tête chercheuse sur le net, le darkweb et à peu près tous les sites gouvernementaux passera tout au crible. Elle serait encore capable de trouver qui a mouché mon nez le neuf novembre dernier si je lui demandais… Je déglutis devant la gêne grandissante que je ressens.

Marian déclenche l'enregistrement vidéo et précise que nous nous trouvons seules dans la pièce. Elle est froide, détachée, professionnelle.

-Bien, dit-elle en me portant enfin attention. Avez-vous quelque chose à dire avant que nous commencions cet entretien?

-Je suis actuellement sous antidépresseurs; ils m'ont été prescrits par le docteur Frozzig, le médecin qui s'est occupé de mois à l'hôpital.

Elle hoche la tête.

-Je comprends tout à fait, ça ne doit pas être facile au vue de l'épreuve que vous venez de traverser.

Je serre les dents, je connais ces phrases qui sont dites à toutes les victimes, ça ne les rend pas moins sincères mais j'ai le sentiment d'être un numéro parmi d'autres. Mon nom est inscrit sur le dossier qu'elle ouvre devant ses yeux, il est accolé à celui de mon agresseur. Elle attrape une feuille qui n'est autre que la déposition que j'ai fait lorsque j'étais à l'hôpital, elle est loin d'être détaillée et je sais que nous allons passer du temps à combler les trous.

-La déposition que vous avez faites il y a moins de vingt-quatre heures mérite d'être approfondis afin que vous n'ayez pas à répéter certains détails lors de nos futurs entretiens. J'aimerai, si vous le voulez bien, qu'on reprenne depuis le début. J'entends par là depuis bien avant votre enlèvement, au moment où vous avez commencé à travailler sur le dossier qui vous a mené à August Wayne.

La simple évocation de son nom me donne la nausée.

-Nous avons commencé à travailler sur ce dossier à partir de la troisième victime, Sarah O'Malley. L'implication de Wayne est apparu à partir de la sixième victime.

-Rebecca Wintermann, précise Marian.

-C'est ça.

-D'après le profil des femmes qui sont enlevés, on peut remarquer que ce sont des femmes puissantes, intelligentes, belles, avec un niveau de vie tout à fait convenable. Généralement brunes.

-En effet.

-Vous correspondez tout à fait au profil.

Je ne réponds pas. De toutes évidences, je n'avais pas prévu de faire partie du tableau de chasse de Wayne.

-Ca ne vous a pas effrayé? demande-t-elle avec curiosité.

-Si nous devions nous affoler à chaque fois que nous correspondons vaguement à un profil… je crois que nous ne pourrions pas faire ce métier bien longtemps, dis-je sur la défensive.

-Vous êtes une battante, remarque-t-elle. Donc, vous étiez aux trousses d'August Wayne parce que…?

Parler de l'enquête me ramène à quelque chose que je sais faire et que je maîtrise parfaitement. Je me sens soudain un peu plus à l'aise.

-Au fil de l'enquête, et à la disparition de Rebecca, les inspecteurs ont reçu les conclusions du labo qui attestent la présence de traces ADN sur Déborah Griffin, la deuxième victime, et sur Sarah O'Malley. Les enquêteurs ont ainsi eu accès à ses relevés et ont découvert que son téléphone a borné près du domicile de Chandra Mayer, la première victime, le soir où celle-ci a été enlevée.

-Pourriez-vous nous parler du soir où vous avez à votre tour été enlevée? Dans les détails.

Je ramène mes mains devant moi. Nervosité.

-J'étais chez moi…

-Qu'aviez-vous fait dans la journée? Me coupe-t-elle.

-J'ai travaillé.

-Sur cette affaire?

-Oui, sur cette affaire.

-En quoi s'est résumé la journée?

Je sais très bien ce qu'elle essaie de me faire dire mais je ne vois pas bien où elle va aller ensuite et cela me dérange. Je sens que les antidépresseurs m'ont englué le cerveau; j'ai l'impression de ne pas être au maximum de mes capacités mentales. Je me lance prudemment.

-Nous avons fait une déclaration à la presse. Nous avons expliqué qu'un homme dangereux s'en prenait à des femmes lorsqu'elle était chez elles et qu'il fallait se montrer vigilants. Nous avons diffusé la photo de son permis de conduire pour avertir la population.

-Vous n'aviez pas peur qu'il s'échappe en faisant ça?

-Nous espérions le rendre nerveux et que cela lui fasse faire une erreur.

-Donc ensuite, vous finissez votre journée de travail et vous rentrez chez vous.

Mes mains deviennent moites.

-Oui.

-Et que s'est il passé?

-Quelqu'un a sonné à ma porte.

-Pourquoi avoir ouvert?

-Je…

Je m'arrête.

-L'inspecteur Humbert était chez vous, n'est ce pas?

-Oui. Je réponds la mort dans l'âme.

-Entretenez-vous une relation intime avec lui?

-Non. Nous sommes collègue uniquement.

-Vraiment? Pourquoi était-il chez vous?

-Il voulait me demander mon avis sur une loi… un contentieux avec ses voisins, je crois.

-Pourquoi ne pas vous téléphoner?

-Je fais les meilleures lasagnes de la région.

-Ah oui? Je ne savais pas!

-Graham si. C'est un bon vivant, il aime parler autour d'une bière, ou d'un bon repas. La journée avait été longue et je ne voulais pas aller dans un bar. J'aurais peut être dû ceci dit… quoique je ne pense pas que ça aurait changé la finalité.

-Donc il part de chez vous et…?

-Et c'est pour cela que j'ai ouvert ma porte, j'ai cru qu'il avait oublié quelque chose.

-La personne qui se trouve devant vous n'est pas Graham?

-Non.

Définitivement non.

-Où est-il?

-Graham?

-Oui?

-Je ne sais pas. Déjà parti.

-Et qui se tient devant vous?

Ma gorge devient incroyablement sèche; paradoxalement, mes yeux s'embuent rapidement.

-August Wayne.

Je bute un peu sur la dernière syllabe et Marian plante ses yeux dans les miens. J'ai l'impression qu'elle démontre un certain soutien envers moi.

-Pouvez-vous me décrire ce qui se passe ensuite?

J'ai terriblement besoin d'un verre d'eau tout à coup. Elle prépare une carafe pour que je puisse me servir à tout moment. Je bois quelques gorgées avant de reposer mon verre et de le garder entre mes doigts.

-Je le reconnais immédiatement, je n'ai pas le temps de refermer la porte, il la bloque avec son pied.

Je m'interromps mais je sais pertinemment qu'elle ne va pas me poser de question tant que ce n'est pas nécessaire. Elle va me laisser poursuivre mon histoire jusqu'au bout.

-Il a repoussé la porte; j'ai voulu crier mais… il m'a… donné une gifle assez forte et j'ai été sonnée. Il a dû refermer la porte derrière lui et il a éteint la lumière de l'entrée. J'ai essayé de ramper vers mon salon. Bien sûr, il m'a rattrapé et il a agrippé mes cheveux pour… me retourner contre le sol. Je me suis débattue…

Je sens mon coeur battre dans ma gorge. J'ai l'impression de revivre chaque sensation; chaque petite douleur. Ma respiration qui devient de plus en plus difficile parce qu'il s'est assis sur ma cage thoracique. Mes gémissements plaintifs me reviennent en mémoire et je me rends compte à quel point un meurtre peut être silencieux… je me demande comment ont pu se passer ceux des victimes précédentes… celles qui n'ont pas eu la même chance que moi.

-Il… il m'a maîtrisé…

Elle se racle la gorge discrètement. J'essaie d'humecter mes lèvres mais il n'y a vraiment plus aucune salive dans ma bouche. Je reprends une gorgée d'eau, mon bras et ma tête me font mal. Il faut que je précise "maîtrisé".

-Il m'a asséné un coup de poing au visage.

Je me rappelle la tache de sang sombre que j'ai vu hier en quittant ma maison.

-J'ai craché du sang… et ça l'a fait rire. Je hausse une épaule. Il a ricané et… il a sorti… son couteau. Il me l'a mis sous la gorge et… j'ai senti la lame contre ma gorge. Elle n'était pas froide. Je me suis fait la réflexion que… c'était encore plus désagréable. J'aurai préféré qu'elle soit froide à ce moment là parce que… j'avais l'impression d'être en contact très intime avec lui… et peut-être avec les autres victimes. Il a bloqué mes mains sous ses genoux. Il n'était pas doux mais… il a essuyé mon visage… parce que, il y avait du sang qui coulait et… ensuite… il a attendu.

-Il a attendu? Sans rien faire?

J'essaie de recoller les morceaux, ceux dont je ne veux pas parler. Je veux mesurer l'impact de l'aveu que je vais faire mais les médicaments, sans doute, m'en empêche.

Je place ma langue entre mes prémolaire pour me mordre au cas ou ma lèvre tremblerait.

-Quand il a essuyé ma bouche… il a passé son pouce sur mes lèvres.

Je marque une pause. Ce moment est très pénible, je fusille Marian du regard parce que je suis en colère de devoir lui dire ça. Je suis furieuse d'être cette femme assise en face d'elle; d'être celle qui témoigne.

-Et qu'a-t-il fait d'autre? me demande-t-elle avec une douceur insoupçonnée.

-Il a entré son pouce dans ma bouche…

Je ferme les yeux comme si cela pouvait me déconnecter de la scène que je suis en train de vivre. Grave erreur. Cela me replonge immédiatement dans l'horreur de ce moment.

Son pouce entre mes lèvres, le goût d'une cigarette qu'il a dû rouler entre ses doigts se dépose sur mes papilles; je déteste l'afflux de salive qui vient pour combler la sècheresse que crée son doigt. Il passe son pouce sur les parois de ma bouche, tranquillement, lentement, il appuie doucement sur ma langue et revient puissamment contre mon palais avant de ressortir. Ca va être si bon. Il plonge peu après son index et son majeur qui vont instantanément à la recherche de ma langue avant de s'éloigner plus loin dans ma gorge. Il fait un seul va et vient avant de sortir précipitamment pour m'agripper les cheveux. Il a l'air excité. Il l'est.

-Comment le savez-vous?

Elle a l'air désolé de me poser cette question.

-Il est assis sur ma poitrine à ce moment là. Son entrejambe est à quelques centimètres de mon visage…

Je marque une longue pause, je ne vais pas y arriver. Je me mords l'intérieur des joues pour ne pas me mettre à pleurer.

-Il m'attrape les cheveux donc… et…

Je ne peux pas. Il y a des choses que je ne dirai pas. Je décide de sauter des détails.

-Il me relève en position assise pour me mettre du serflex autour des poignets qu'il place dans mon dos. Il entoure mon visage avec du gros scotch… du.. du gaffeur je crois. Il met ensuite du serflex autour de mes chevilles mais il ne sert pas très fort. Il fait la même chose avec mes genoux. Il utilise une corde pour… il attache mes coudes comme s'il essayait de les rassembler… Ca fait atrocement mal mais il me… en réalité, il m'explique que c'est parce qu'il compte me noyer et qu'il veut pouvoir me relever de l'eau grâce à la corde.

-Vos coudes sont collés ensemble?

-Non… mais il les rapproches le plus possible.

-Dans votre dos?

-Oui.

-Fait-il quelque chose de particulier avant que vous ne partiez?

-Il me parle.

-Que dit-il?

-... qu'on va bien s'amuser. Qu'il va me… me préparer.

-Vous "préparer"?

-C'est ce qu'il dit. Dis-je sèchement. Et en ayant vu les photos de ses victimes précédentes je n'ai absolument aucune illusion sur ce que je vais vivre par la suite.

-Fait-il autre chose?

Je réfléchis sincèrement mais je ne vois pas. Je ne me rappelle pas.

-Non. Je ne me souviens pas qu'il ait fait autre chose.

-Ne remplit-il pas la gamelle pour votre chat?

Ma colonne vertébrale est parcouru par des picotements désagréables.

-Je n'ai pas de chat. Je n'ai pas d'animaux.

Elle dispose devant moi des clichés pris dans ma cuisine. Je reconnais tout à fait la faïence grise des murs qui entourent l'une de mes fenêtres. Il y a une gamelle où sont peintes en lettre noires les lettres GRAHAM.

Je sens mon sang battre contre mes oreilles dans un sifflement assourdissant.

-Persistez-vous à nier l'existence d'une relation entre l'inspecteur Graham Humbert et vous?

-Il n'y a pas de relation entre Graham et moi. Wayne cherche par tous les moyens à… salir celles qu'il mutile, viole et tue.

-Vous pensez donc que pour vous, il aurait cherché à vous créer une relation avec l'inspecteur Graham Humbert?

-De toute évidence.

Je suis en colère. Il ne m'a pas échappé qu'elle avait posé la question comme si j'étais une suspecte et non pas un témoin ou une victime. Je ne comprends pas ce qu'on me reproche.

-Bien… que fait-il ensuite?

-Il éteint absolument toutes les lampes de mon appartement. Il ferme les pièces comme si… comme si… comme si c'était moi qui quittais ma propre maison. Il se poste à côté de la porte d'entrée et regarde par la fenêtre. On attend… longtemps.

-Combien de temps?

-Plusieurs heures, je dirais.

-Il passe son temps à la fenêtre?

-Non.

Elle attend.

-Il revient parfois pour vérifier mes liens… il vérifie qu'ils ne sont pas trop serrés. Il… il touche ma nuque.

Ça va être bien, tu vas voir.

Une nausée me prend l'estomac et je précipite mon verre d'eau à mes lèvres pour enlever le goût de la cigarette.

-Vers quatre heures du matin, il monte à l'étage, vers les chambres, pour… pour vérifier que tout est fermé je pense… j'ai l'impression que ça dure une éternité et puis il redescend brusquement et se met à serrer au maximum mes liens avant de me jeter sur son épaule. Il s'arrête vers la fenêtre, regarde une dernière fois et on sort. Juste devant le portillon, il y a un van garé, juste à un mètre. Il ouvre rapidement les portières et me jette à l'arrière. Littéralement.

-Sur le sol?

-Non. Il y a un matelas qui sent… un peu toutes les odeurs répugnantes du monde.

Je passe une main sur ma bouche et frotte avec vigueur. Ce n'est pas la même chose que de témoigner pour une victime. J'ai déjà fait de nombreuses interview où on me demande de revenir sur des cas particulièrement sordides; parfois je suis prise par l'émotion mais… jamais comme ça. Je me sens actuellement morte de l'intérieur. Comme si ce que j'avais vécu à ce moment là faisait parti d'un secret entre lui et moi. Un secret qui ne devrait jamais être dévoilé et dont je taisais la confidentialité intime. L'odeur immonde me revient en mémoire. C'est un mélange de moisissure, de putréfaction, d'urine… Je sens que je vais bientôt vomir. C'est une certitude. Je m'approche de la poubelle et régurgite mon maigre repas dans un violent sursaut.

Marian s'approche et me tend un papier pour essuyer ma bouche. Je me sens fébrile, comme si j'avais attrapé une mauvaise grippe. Mes jambes sont tremblantes lorsque je me rassois à la table. Marian entrouvre une fenêtre et place la poubelle à l'extérieur de la pièce, supposant que quelqu'un va s'en occuper.

-Vous voulez quelque chose? me demande-t-elle en ayant repris sa froideur.

-Je n'ai pas l'habitude des antidépresseurs, dis-je pour justifier mon état.

-Reprenons.

-Le premier arrêt que nous faisons… je crois que c'est sur la plage. Quand il ouvre les portes, je suis face à une étendue d'eau et il… je ne sais pas, j'ai l'impression qu'il veut en finir avec moi parce qu'il m'a dit un peu plus tôt qu'il allait me noyer.

-Que se passe-t-il après?

-Il est furieux. Je ne sais pas pourquoi au début mais après… je comprends que sur la route, il a croisé une voiture de police et qu'il n'a pas pu tourner là où il voulait m'emmener. Il dit que c'est de ma faute parce que j'ai diffusé son portrait robot. Il me jette sur le sol et je reçois des coups de pieds dans le ventre. La position de mes bras fait que je ne peux même pas me tordre pour... me protéger… Et puis… il m'entraîne vers l'eau… il me met à genoux dans l'eau glacée et je sens son pied qui s'écrase entre mes omoplates. Il me maintient sous l'eau grâce à son pied et… j'ai l'impression que je vais mourir.

Je me fige. Revivant la même peur incroyable qui m'a nouée les entrailles à ce moment là. C'est étrange car c'est la seule fois de mon séjour où j'ai véritablement cru que j'allais mourir et si la peur a été présente à ce moment là, elle ne l'a plus été après. À présent, j'ai l'impression que la peur que j'aurai dû ressentir durant ces derniers jours fond sur moi comme une vague violente. Derrière le mur qui me sépare de la salle d'observation, j'entends du mouvement. Quelqu'un vient de quitter la pièce.

-Il tire finalement sur mes liens pour me relever… mais j'ai toujours le scotch sur ma bouche…

Il a paniqué à ce moment là, il voulait m'impressionner, passer sa fureur sur moi mais à ce moment là, il a eu peur que je meurs avant qu'il ait pu jouer avec moi.

Il arrache littéralement le gaffeur et je crache l'eau qui s'est introduit dans mes poumons. Il ne me retient pas et je m'effondre contre le sable.

-Est ce qu'il vous dit quelque chose?

-Non. Il se sert de mes liens pour me traîner jusque dans le camion et il me remet sur le matelas. Je suis transie de froid, j'ai seulement ma chemise sur le dos et… je sais que je devrais être terrorisé à ce moment là mais… c'est comme si mon esprit c'était mis dans un mode sans échec. Vous savez, comme sur les ordinateurs. Je n'intègre à mon cerveau que les informations qui lui sont utiles pour survivre. Et la peur n'est pas à prendre en compte. Je crois qu'il le remarque et cela l'ennuie.

-Que fait-il?

-Il me parle...il essaie de m'impressionner… il me dit qu'il va prendre soin de moi, comme les autres… il allume une cigarette et il reste un long moment à regarder la mer… assis à côté de moi. Avant de repartir, il détache les liens qui retiennent mes coudes et je lui demande de desserrer les autres parce que je commence à ne plus sentir mes membres.

-Que fait-il?

-...Wayne ne prend pas vraiment soin de ses… otages.

Je suis contrainte de trouver un autre mot que celui de victime.

-Vous roulez combien de temps?

-Je ne sais pas… ça me parait une éternité parce que je suis toujours trempée… je sais que m'enfuir alors que je suis à bord de la camionnette n'est pas franchement dans mes options.

-Fait-il jour lorsque vous arrivez à destination?

-Non… mais en plein mois de décembre… ça n'a rien d'étonnant.

Je m'arrête une minute. La puanteur du matelas me colle encore la mémoire.

-Lorsque les portes se sont ouvertes, j'ai rapidement analysé le décor. Un garage.

Il a sorti son couteau pour se pencher sur moi et a défait mes liens.

-Dans le camion?

-Oui.

Forest regarde mes poignets et fronce les sourcils.

-Ensuite?

-Nous nous trouvions dans la maison de sa mère. C'est ce qu'il m'a dit du moins…

-Était-elle présente?

-Oui. A l'étage de la maison, il m'a expliqué qu'elle avait une maladie qui l'obligeait à rester allongée. Et… il m'a prévenue que si elle se doutait de quoi que ce soit, il la tuerait…

Le silence de cette maison m'oppresse encore. Il y a juste de longs gémissements provenant de cette chambre là-haut.

-Que s'est il passé dans cette maison?

-Il m'a… il m'a dit de me déshabiller pour me donner de nouveaux vêtements…

-Vous a-t-il brutalisé?

-Il n'y a pas un jour où il ne l'a pas fait.

-À ce moment là? Précise-t-elle pour que je ne saute aucune étape.

-Non, pas à ce moment là, il m'a regardé me déshabiller, ça l'a excité… il me l'a dit, et j'ai passé les vêtements qu'il m'a donné. Il m'a ensuite trainé dans la cave et m'a attaché la cheville…

-Que s'est-il passé d'autre?

-À ce moment là… rien… il m'a laissé seul pour aller s'occuper de sa mère.

Forest semble agacée sans que je comprenne pourquoi. Elle tapote sa feuille avec la pointe de son stylo.

Dans la cave, il y a une salle de bain sordide, il y a installé une caméra et un haut parleur. Lorsqu'il a fini de s'occuper de sa mère, il m'ordonne d'aller me laver et il m'explique que je dois faire exactement ce qu'il me dit…

-En quoi cela consiste-Il?

Je soupire. J'essaie de trouver une formule car je suis fatiguée de devoir fournir des détails immondes.

-Je refuse de faire ce qu'il me demande.

-Mais que vous demande-t-il ?

-Des choses sexuelles, je fulmine.

-Quels choses?

Mon regard se perd sur mes mains… je n'en reviens pas d'être là. De devoir parler de choses si intimes avec une enquêtrice que je ne connais pas. Je suis épuisée à présent.

Je décide de me forcer à raconter comme s'il ne s'agissait pas de mon histoire. Comme si je lisais une déposition.

-Il me demande de me caresser les seins, le ventre, les cuisses et le sexe.

-L'avez-vous fait?

-Non.

-Comment à t il réagit?

-Il m'a frappé. Dans la toxicologie des victimes, nous avions retrouvé des substances qui prouvaient que Wayne avait probablement drogué ses victimes pour abuser d'elles. Je savais donc qu'il les voulait obéissantes, dociles mais pas consentantes. La limite est mince mais je voulais trouver le bon curseur. Il est revenu ensuite avec des médicaments… sans doute pour me droguer.

-Y est il parvenu?

-Nous nous sommes battus mais… Wayne a une musculature bien plus développée que la mienne et il a rapidement eu le dessus…

Je replonge malgré moi dans mes souvenirs. Là où il n'y a plus de carrelage pour la douche, il n'y a que de la terre, comme si Wayne avait lui même creusé cette cave. Il me soulève littéralement de terre et me plaque contre l'un des murs. Son regard froid et sans humanité se plonge dans mes yeux et je comprends qu'il va me tuer à un moment ou un autre et… je suis prête à cette éventualité. Il sert ma gorge un peu plus fort et je me débats mais des points noirs dansent dans mon champ de vision et il doit se rendre compte qu'il va me tuer parce qu'il me jette au sol. Comme je suis mouillée, la terre se colle sur mon corps et ça le fascine. Il se fige. Puis s'anime soudain en se mettant à genoux à côté de moi. Il me caresse la hanche et alors que je fais un mouvement de recul, il agrippe mes cheveux pour me ramener contre lui. La douleur est si violente que des larmes coulent seules le long de mes joues. Ses paroles me glacent sur place.

J'ai tellement hâte d'envahir ta jolie petite bouche. Je vais te prendre si fort que tu auras des dents en moins quand tu te réveilleras. Et après m'être occupée de ta bouche, je te retournerais et je m'occuperai de ton cul. Il caresse ma nuque et ricane. Peut-être qu'il te manquera des cheveux aussi… J'ai tellement hâte de voir ça.

Je prends une grande inspiration. Jamais je ne pourrai redire ces mots… jamais je ne pourrai témoigner de cette violence verbale qui m'a clouée sur place et qui a eu sur moi, plus d'impact que les coups. Je sais trop que les mots sont tout aussi puissants que le physique. Les deux peuvent tuer, terroriser… Je comprends à ce moment là pourquoi il drogue ses victimes. Il se moque de la douleur ou de la peur pendant l'acte. Il veut instaurer la peur avant le viole et voir les dégâts causés sur sa victime une fois qu'elle comprend qu'elle a été violée.

J'ai en tête les rapports du médecin légiste. Je sais ce que ces femmes ont subi. Sarah O'Malley était une connaissance de Graham. Il lui manquait effectivement beaucoup de cheveux… comme si on lui avait arrachés… je me rends à présent compte que c'est probablement en la sodomisant violemment qu'il lui a arraché. Je me figure le calvaire de ces femmes. Calvaire auquel j'ai échappé.

-Il est parvenu à vous droguer?

-Non.

-Non?

-Au moment où il a repris le flacon de pilules, j'ai poussé sa main et tout s'est renversé dans le trou qui servait à l'écoulement de la douche. Il était furieux et il m'a traîné sur le sol, frappé… il s'est arrêté d'un seul coup et il est remonté dans la maison. Je ne sais pas pourquoi. Toujours est-il que lorsqu'il est redescendu… des heures plus tard, il m'a donné mes vêtements secs et je me suis rhabillée. Il m'a ramené dans la camionnette et nous sommes partis.

-Il vous a attaché?

-Oui.

-Vous ne savez pas pourquoi vous avez quitté la maison de façon aussi précipité?

-Non.

J'ai la désagréable impression qu'elle le sait. Et je me rappelle que lorsqu'il est descendu, il s'était lavé et changé. Mais quelque chose dans son attitude était étrange. Il semblait galvanisé. Il avait plaqué ses cheveux en arrière, faisant ressortir la couleur si clair de ses yeux. Wayne est un bel homme, bien bâti, solide, charmant dans d'autres circonstances. C'est d'ailleurs grâce à cela qu'il a attiré certaines de ses victimes, j'en suis intimement persuadée.

Elle hoche lentement la tête. Je raconte petit à petit mon histoire et je sens de plus en plus mes jambes trembler. Comme si j'avais froid mais je sais pertinemment que c'est l'adrénaline.

Je raconte les jours qui suivent.

J'ai rapidement compris que Wayne ne pouvait plus se montrer nulle part à cause des patrouilles de police, de sa photo circulant dans tous les médias et j'ai le sentiment qu'il se sent traqué. Lorsque nous nous arrêtons quelque part, nous ne restons pas longtemps, quelques heures. Il n'a pas de médicament pour me sonner et ne passe donc pas au mutilation, ni au viol. En revanche, il m'explique en détail tout ce qu'il va me faire subir, mais ça je ne le dis pas. Le troisième jours, je le sens particulièrement nerveux et puis il prend la décision de quitter New York. Il me dit qu'il va m'emmener là où personne ne trouvera mon corps.

Je raconte ensuite les Catskills.

Il m'amène dans une cabane qui appartient à sa famille. C'est ce qu'il dit. Il se sent plus détendu. Il sait que personne ne viendra nous chercher ici. Je le sais aussi. Mais quand nous entrons, je cherche immédiatement une solution pour m'échapper. Je sais qu'il va forcément relâcher sa surveillance parce qu'il se sent tout puissant. Il retourne la maison pour trouver de quoi me droguer mais il n'y a rien. Il trouve une fiole de whisky mais on sait tous les deux que ça ne va pas me mettre chaos comme il le voudrait. Il m'attache au lit qui trône au milieu de l'unique pièce et se met à faire les cent pas. Je sens qu'il est contrarié, il réfléchis en marmonnant dans sa barbe et quelque fois, il vient jusque vers moi, sort son couteau et change d'avis.

Je sais qu'il veut profiter de moi mais qu'il a de plus en plus peur de se faire attraper si nous mettons le nez dehors. Je suis donc pleinement consciente et cela l'ennuie. Je sais qu'il est en train de se demander s'il ne pourrait pas juste violer mon cadavre mais cela enlèverait tout le plaisir de ma destruction mentale… et ça… il ne peut pas l'encaisser. Je me félicite d'avoir repoussé cette boîte de médicaments.

Je ne parle pas du moment où je me suis laissée emporter par la fatigue et où je me suis assoupie. Lorsque je me suis réveillée, il était assis contre moi, ses doigts contre ma joue, une lueur dansant dans le regard. Il regardait ma bouche, je ne sais pas pourquoi il était tant fasciné par celle-ci. Je ne raconte pas ce qu'il fait ensuite. Cela n'amènera rien de plus à ma déposition.

Le lendemain, il tourne en rond un moment avant de me sangler sur le lit et de partir. J'entends la camionnette démarrer et je sais que c'est ma chance. Je sais qu'il va chercher de quoi m'étourdir assez pour disposer de mon corps comme il l'entend. Je me mets à faire coulisser mon poignet pour chauffer mes liens sur le montant du lit. Il n'a pas resserré mes liens avant de partir et ma main gauche se libère rapidement. Je suis tellement soulagée à ce moment là que j'essaie de me lever. Je tire sur mon autre lien et parvient à passer ma main entre le lit et l'attache. Je défais la ceinture qu'il a utilisé pour maintenir ma taille contre le lit et je tire le plus fort possible sur mes pieds pour arracher les liens. J'ai encore un pied attaché lorsque j'entends le ronronnement de la camionnette. Je frappe de toutes mes forces contre le bois du lit qui fini par céder. Je me précipite vers la porte mais la camionnette se gare devant. Je fais volte face et soulève la fenêtre qui donne sur l'autre côté de la cabane. Je saute à l'extérieur et me mets à courir à toute vitesse. Je l'entends hurler quand il se rend compte que je ne suis nulle part mais je sais qu'il va me rattraper si je ne me dépêche pas… alors je fonce. J'arrive près d'une route où il y a beaucoup de voitures qui passent. Je pense que c'est un lieu touristique. J'ai l'impression que l'adrénaline me fait voler.

-Et puis… je me sens heurtée de plein fouet. Et je m'écrase par terre, son corps sur le mien, à une vingtaine de mètres de la route. Je sens mon épaule craquer et la douleur me coupe le souffle. Je me débats silencieusement… à ce moment, je sais que je lutte pour ma vie. Il m'assomme à moitié en me frappant trois ou quatre fois au visage. Je m'immobilise. Il a gagné la partie. Je me sens prête à partir. Il me relève…

J'ai trouvé de quoi nous amuser ma belle. Et tu sais quoi, je déteste courir, tu viens de me mettre très en colère… va falloir assumer les conséquences de tes actes!

Quand nous arrivons dans la cabane, il arrache mon chemisier et m'ordonne de me mettre à genoux.

Je vais commencer par ta bouche… oh bon sang… regarde comme je suis excité alors que je n'ai même pas commencé…

Le renflement de son pantalon me donne la nausée. Je sais que mes derniers instants sont arrivés et j'espère juste que ça va se passer très vite. Il m'attache au lit malgré mon épaule démise et sort une bouteille de vodka. Il déboutonne son pantalon, sort son sexe et me le montre fièrement dressé. Il ouvre la bouteille d'alcool et gémit d'anticipation.

J'aurai voulu que tu me suces… si j'avais été ton mec… tu m'aurais sucé sans arrêt… et je t'aurai prise comme une chienne! Parce que c'est ce que tu mérites, pas vrai?! À prendre les gens de haut! Madame la substitut! Avec tout ton pouvoir! Tous ces gens qui accourent lorsque tu claques des doigts… ça va leur faire une drôle de chose de retrouver ton cadavre… je vais le laisser bien en évidence et j'observerai de loin tes amis pleurer ta disparition… et puis… chacun reprendra sa vie. Peut être même que je deviendrais leur pote! Et en buvant des bières avec eux… je pourrai me rappeler ta bouche…

Il m'assène quelques gifles pour se motiver à me faire peur. Il ouvre ma bouche de force pour y introduire le goulot de la bouteille et il pince mon nez.

Il me fait descendre la moitié de la bouteille et je parviens à faire un mouvement de tête qui lui fait lâcher prise. Il s'assied sur mes jambes et je sens son sexe contre mon ventre. Il attrape une arme à feu que je n'avais pas encore vue et il glisse le canon dans ma bouche...

Suce

...Probablement pour me faire peur.

On entend des voitures qui s'approchent et il se rhabille…

-La suite… vous l'avez dans les détails de l'intervention.

Lorsque je termine mon récit, je sens que Forest est ennuyée.

Elle prend toutes les précautions du monde pour demander.

-J'aimerais que nous parlions d'un élément que vous avez occulté.

Je reste silencieuse, va-t-elle revenir sur cette gamelle retrouvée dans mon appartement? Sur ma supposée relation avec Graham?

-À l'hôpital, vous avez refusé l'auscultation annale et vaginale…

-Le kit de viole, reprends-je. Oui.

-Pourquoi?

Ma surprise est égale à mon incompréhension.

-Parce que je suis là pour témoigner qu'il ne m'a pas violé.

Elle remue sur sa chaise.

-Voyez-vous… August Wayne dans l'une de ses dépositions dit qu'il vous a violé à de multiples reprises.

La nausée arrive si brutalement que j'ai du mal à me contenir. Je me lève et m'approche de la fenêtre pour prendre de l'air à grandes inspirations.

-Regina, il faut que vous disiez tout ce qu'il vous a fait.

C'est l'humiliation suprême. Il cherche à m'atteindre alors qu'il est bouclé dans le fond d'une cellule. Il ne cherche qu'une chose… m'humilier. Il sait parfaitement l'impact médiatique que peut créer ce genre de nouvelle, ou encore les retombées sur mon travail, avec mon équipe. Il veut m'isoler.

-Il ne m'a pas violé. Je n'alimenterai pas les fantasmes d'un serial killer.

La rage s'insinue en moi, faisant fi des antidépresseurs. Je me sens souillée.

-Ecoutez… Wayne nous a laissé entendre que vous aviez une relation avec Graham Humbert et avec lui.

-Avec lui? Je demande, je ne suis pas sûr de comprendre.

-Avec Wayne. Après tout c'est un avocat et…

-Un commis d'office. Je précise, un dédain à peine dissimulé.

-Vous me dites que vous n'aviez pas de relation avec lui?

-Oui! Je conclue fermement en frappant du poing contre la table.

Elle me laisse me reprendre et me fais signe de m'asseoir.

-Quelles relations entreteniez vous avec Sarah O'Malley?

-Elle aussi serait une de mes conquêtes? Je demande en tremblant de rage.

-Non.

-Sarah O'Malley et moi, nous nous détestions cordialement.

-Pourquoi?

-Sarah était mon opposée, trempait dans des affaires louches et s'était mise en tête de me faire virer.

-Avez vous demandé à Wayne de la tuer?

Je me recule sur ma chaise, me trouvant à présent trop proche de Forest. Le choc me rend muette. Alors que je m'apprête à répondre, la porte derrière moi s'ouvre à la volée et mon sursaut renverse la carafe et mon verre d'eau qui vont se fracasser contre le sol.

Rumple Gold traverse la pièce d'un pas vif malgré la canne qui l'aide dans ses foulées. Il est à côté de moi en une demi seconde et attrape mon manteau pour me le tendre.

-Le lieutenant Swan va vous raccompagner chez votre sœur.

Il se tourne ensuite vers Forest.

-J'espère que vous avez bien profité du peu de temps que vous avez passé dans la police parce que dès le mois prochain, je vous garanti que vous ne foulerez plus aucun commissariat des États Unis!

-C'est une menace?

-C'est une promesse! Vous êtes si stupide pour croire ce que ce détraqué vous a raconté sur une substitue chevronnée?!

-Je vous informe que je vais demander à ce que Madame Mills subisse un examen gynécologique afin de savoir si elle a bien été violée.

Gold la regarde avec mépris.

-Retournez à l'école de police! Vous ne pouvez forcer quelqu'un à subir ce genre de tests. De toute évidence, vous avez oublié que le corps de Regina Mills ne fait pas partie des cadavres de la morgue.

Ma respiration se fait plus courte, mes mains tremblent et je ressens une certaine faiblesse dans mes jambes. Je suis en train de faire une crise de panique. Gold a posé une main sur mon épaule mais il s'avance à présent vers Forest. Ils sont en train de s'écharper alors que je sens que je suis dangereusement proche de l'évanouissement ou de la folie…

Un bras m'enveloppe doucement les épaules et m'emmène dans une autre pièce où les cris de Gold et Forest ne peuvent me parvenir.

Archi m'aide à m'asseoir sur le canapé du bureau d'Emma et se met à genoux devant moi. Il serre vivement ma main et la garde dans sa paume douce et chaude. Il me parle longtemps. Sa voix est apaisante. Je sais qu'il est doué avec les victimes. Il a cet air de papa tranquille qui aide à se sentir en confiance. Il m'oriente vers une respiration stable, calme, naturelle. Lorsque j'ai repris mes esprits, la nuit commence à tomber à l'extérieur. Je suis exténuée. La douleur dans mon épaule est lancinante et vive. Archi me lâche la main après m'avoir prévenu et je remarque enfin que la seule lumière qui nous parvient à présent, vient de l'extérieur du bureau. Je suis encore sous le choc des accusations qui pèsent contre moi. Emma le savait-elle?

-Regina, m'appelle doucement la voix de l'inspecteur. Vous vous sentez prête à sortir de ce bureau?

Je hoche la tête silencieusement. Je me redresse avant de sortir, la tête haute. Je n'aurai pas honte de ce qu'un petit scélérat a pu raconter sur moi.

-Je suis là, me dit Emma en me tendant mon sac à main.

Je ne dis rien. Nous descendons devant le bâtiment et je ne prends pas le chemin de la voiture. Au lieu de ça, j'oblique vers la gauche. La neige est encore tombée et le trottoir en est recouvert. Je ne veux pas monter dans la même voiture qu'Emma. Je ne veux pas affronter son regard? Fait-elle partie de ceux qui pensent que Graham et moi avions une liaison? De ceux qui imaginent que j'ai commandité un crime?!

-Regina!

Emma me rejoint en quelques enjambée et attrape doucement mon bras. Je me détache de son étreinte et la fusille du regard.

-Vous saviez?! Je demande brutalement.

-Désolée mais il va falloir être un peu plus précise?

Son ton calme me révolte. Nos places sont à présent inversées. Je suis la furibonde et elle est la stabilité incarnée.

-Saviez vous que Wayne se vantait de m'avoir violée? Et d'avoir eu une relation avec moi?

-Je ne doute pas de vous, Regina.

-Ce n'est pas la question, Emma! Est ce que vous saviez?!

-Oui.

-Pourquoi ne pas m'en avoir parlé?!

-Parce que je sais que c'est de la connerie! S'exclame-t-elle si fort que plusieurs passants se tourne vers nous.

Elle se reprend et lève les yeux au ciel.

-Vous et moi, on sait que son but c'est de salir les victimes même après leur… même après qu'il ne les ait plus en sa possession.

-Comment est-on passé du fait que j'ai une relation avec lui à un viol.

-Il a commencé par avouer le viol et après il a expliqué que vous aviez une liaison.

-À quoi bon? Qu'est ce que ça peut lui apporter si ce n'est une plus lourde condamnation?

-Regina… il veut votre tête. Il veut que vous tombiez.

-Mais ma déposition corroborera avec les indices que vous avez recueilli…

Emma détourne le regard et je comprends que les indices pourrait tout aussi bien appuyer les déclarations de Wayne. J'ai envie de fuir pour la première fois de ma vie.

J'ai l'impression d'avoir du sable dans les yeux, la fatigue me terrasse soudainement. Malgré tout, le fait qu'Emma ait vu clair dans le jeu de Wayne me rassure. Je ne proteste pas lorsqu'elle me ramène à la voiture et m'ouvre la portière.

Je reste dans mon mutisme en observant les routes à travers la vitre. Emma est silencieuse; elle sait que j'ai besoin de temps pour digérer la nouvelle. Un millier de question tournent dans mon esprit mais je me force à n'en poser aucune. Emma doit être épuisée aussi, pensé-je en regardant la blonde sortir pour m'ouvrir la portière. Je scrute son visage à la recherche d'une trace de colère ou de reproche mais je ne vois rien de tout ça. J'ai l'impression que je pourrai lui faire confiance.

Je la remercie de m'avoir ramené mais ne lui propose pas d'entrer. Je monte les marches du perron comme si c'étaient celles de l'échafaud et j'ouvre la porte sans difficulté. Mon dos glisse contre la paroi de celle-ci alors que mes jambes se dérobent. Mon corps ne me tient plus. La vague émotionnelle a envahi mes capacités physiques et je ne suis plus capable de faire un pas de plus malgré ma répugnance à l'idée qu'on me voit comme ça.

-Merde! S'exclame Robin lorsqu'il me trouve là.

Il se précipite vers moi mais le regard que je lui lance le dissuade de faire quoi que ce soit.

Je lui tend finalement la main pour qu'il m'aide à me lever.

-Gina, ça va? Demande-t-il.

-La fatigue…

Nous savons tous les deux que la fatigue n'a rien avoir avec tout cela, mais il fait semblant de me croire. Tout mon corps me fait mal d'une douleur aiguë qui broie chacun de mes muscles. Je me dirige vers la cuisine et avale avec hâte mes antidouleurs. Je regarde longuement le flacon contenant les antidepresseurs mais je décide de les reposer sur le coin de la table. J'observe la rue par la fenêtre tandis que Zelena prépare le dîner. Je la laisse faire; du reste, elle m'a interdit de toucher à quoi que ce soit.

Ma soeur bavarde; sans doute pour me faire penser à autre chose; mais je n'ai pas le coeur à répondre et alimenter la conversation. Le passage des voitures nourrit ma curiosité et mon ennuie soudain.

-Les parents arrivent demain dans la journée, m'informe-t-elle. Regina?

Je décolle un moment mon attention de la rue.

-Oui, dis-je d'une voix fatiguée. Où vont-ils dormir?

Une moto particulièrement bruyante vrombit et nous fait sursauter toutes les deux.

-Margot s'est proposée de leur laisser sa chambre et de dormir avec toi! Me dit Robin avec un sourire en coin.

Je remarque ma nièce qui bavarde, accoudée à une voiture conduite par un homme. Elle a son sac d'entrainement passé autour des épaules. Elle se relève et éclate de rire avant de faire un signe de la main au conducteur et de traverser pour rejoindre l'allée de la maison.

-Bon sang! Elle n'a plus quatre ans! soupire Zelena avec un sourire. Elle manigance toujours pour se retrouver avec toi! Comme ce fameux été où elle était "malade" et qu'elle n'a pas voulu nous accompagner en Grèce…

-J'étais vraiment malade! se défend Margot qui vient de rentrer.

Elle se déchausse et dépose sur ma joue un baiser frais. Je l'observe plus attentivement, elle a l'air radieuse.

-Oui… continue Zelena, tu étais tellement malade que tu as accompagné ta tante en France.

Elle hausse les épaules. Margot peut être si égoïste quelque fois… Elle se tourne vers moi pour que je lui prête main forte.

-On s'était bien amusé pas vrai?

-Tu es toute seule sur ce coup là, jeune fille, je réponds en reportant mon attention sur la rue animée par les gens qui rentrent du travail.

Elle me regarde, scandalisée que je ne l'aide pas.

-Hey! Lance-t-elle. On s'est retrouvé tous ensemble en France quelques jours après! C'était peut-être là mon seul but et je vous aurai, en fait, tous mené à la baguette!

-Bien sûr… grogne Zelena.

-Ca va, tante Regina? demande ma nièce.

Non. Je me sens très angoissée tout à coup.

-Oui, ton entraînement s'est bien passé?

Un homme observe la maison, je détourne le regard pour qu'il ne se sente pas menacé. J'ai l'impression que c'est la même voiture à laquelle ma nièce était accoudée mais je n'en suis pas certaine.

-Ouais… renforcement musculaire… c'est pas la partie que je préfère!

-Robin, dis-je soudain, ton arme est toujours rangée dans le tiroir de l'entrée?

Tout le monde s'arrête de parler. Je suis contre les armes, je n'en possède d'ailleurs aucune, mais je ne suis pas stupide au point de ne pas savoir m'en servir. C'est Emma qui m'a appris à tirer et d'après elle je pourrais "dégommer une canette à plus de vingt mètres" et même si c'est exagéré, je suis une bonne tireuse.

-Regina, qu'est ce qui se passe? demande mon meilleur ami en s'approchant de moi.

Je ne réponds pas, l'homme vient de braquer quelque chose dans ma direction, une arme. Je me décale soudain de la fenêtre et fonce dans l'entrée.

-Gina!

-Tatan! Qu'est ce que tu fais?!

J'attrape l'arme, enlève la sécurité et ouvre la porte à la volée.

-Oh putain! Crie ma nièce d'une voix suraiguë.

L'homme dans la voiture a compris, il démarre en trombe. L'adrénaline qui se diffuse dans mes veines me pousse à courir sur la chaussée pour l'empêcher de passer. Je braque l'arme devant moi, clairement menaçante. Il pile brutalement et nous restons là quelques secondes, à nous dévisager mutuellement. Tout à coup, deux hommes sortent de l'ombre en hurlant.

-Police! Police!

Mon doigt est sur la queue de détente.

-TANTE REGINA! ARRÊTE!

Zelena s'est précipitée vers moi.

-Regina, c'est un ami de Margot!

-Il a une arme! Crié-je aux policiers que je reconnais soudain comme étant Pino et Graham.

D'un seul mouvement, ils pointent le conducteur de leur arme et c'est alors un concert de cris.

-J'AI PAS D'ARME! J'AI PAS D'ARME!

-LÈVE TES MAINS! LACHE LE VOLANT! LEVE LES MAINS!

-PAR LA FENÊTRE! PAR LA FENÊTRE! PAR LA FENÊTRE!

Margot se rue sur la route et fait barrage de son corps entre mes collègues et le conducteur.

Mon sang ne fait qu'un tour et je me précipite vers ma nièce pour la mettre hors de danger, je la pousse et elle vacille contre la voiture. Je place mon arme face au visage de l'inconnu qui a maintenant le teint cireux. Ses mains sont levées et ils les a passé à l'extérieur de la voiture.

-ARRÊTE TANTE REGINA! C'EST TEDDY! C'EST TEDDY!

C'est alors que je distingue à côté de lui un objet métallique. Un appareil photo avec un zoom imposant. C'était ça qu'il braquait vers la maison. Il n'a pas d'arme. Je laisse mon bras retomber contre ma hanche. Graham m'éloigne doucement tandis que Pino intime l'ordre à "Teddy" de sortir de la voiture. Il obéit et se couche contre la chaussée, face contre terre.

-Il a un appareil, dis-je d'une voix blanche. J'ai cru que c'était une arme.

Pino et Graham ont un échange de regard. Graham me retire délicatement l'arme des mains et remet la sécurité.

-Qu'est ce que tu fais avec ça, gamin?

Margot s'est relevée et elle se met à hurler.

-C'est un photographe, putain! Il prend des photos du club et aussi de nos compétitions!

-Elle a raison, pleurniche Teddy, le souffle coupé.

-Messieurs, nous connaissons Teddy! C'est un ami de notre fille. Il la raccompagnait.

-Oui! Oui! Je l'ai déposé il y a deux minutes…

-Il prenait des photos de la maison. Je ne suis pas folle, je l'ai vu braquer quelque chose dans ma direction.

-C'est vrai, gamin? demande Graham.

-Ouais! Ouais! Je voulais… je voulais juste une photo de… je…

-De moi.

Je comprends soudain et ça me donne la nausée. Emma fait surveiller le quartier pour empêcher les journalistes de passer. Mais une voiture avec ma nièce à l'intérieur est hors de tout contrôle. Son ami en a profité.

Magrot attrape l'appareil photo et visionne la carte mémoire. Tout le monde est suspendu à ses lèvres.

-Espèce de sale con! s'écrie-t-elle soudain. C'est pour ça que tu voulais tellement me ramener?!

Il ne répond rien, la fureur de ma nièce se décuple et elle fracasse l'appareil sur le sol avant de se tourner vers moi, un regard accablé. Le choc me coupe en deux et je suis obligée de m'accroupir pour ne pas vomir. J'ai faillit tirer sur un gamin parce que j'ai mal perçu ce qui se passait sous mon nez. Je prends de grandes inspirations tandis que Graham et Pino gèrent la situation.

Ils nous conseillent de rentrer et Margot ne se fait pas prier. Elle rejoint le premier étage en toute hâte. Robin m'attrape le coude avec fermeté.

-La prochaine fois que tu touches à mon arme, Regina, ça se passera très mal.

Margot est en train de se déshabiller pour aller prendre sa douche lorsque je rentre dans sa chambre.

-Je n'ai pas envie de parler, dit elle sèchement.

-Je suis désolée, chérie.

Les larmes qui brouillent sa vue lui donne un air de petite fille.

-Je suis pas fâchée contre toi! Juste contre ce crétin! Comment j'ai pu croire qu'il s'intéressait à moi pour moi…? Je suis vraiment stupide!

-Absolument pas! Je rétorque en lui attrapant une main. Tu n'es pas stup…

-Tante Regina… je t'aime, vraiment, mais là… tout ce que tu pourras dire ne m'aidera pas. Je n'ai même pas envie qu'on m'aide ou qu'on me parle… tu… tu peux comprendre?

Je hoche la tête silencieusement et la laisse filer dans sa douche.

Je redescends pour faire deux Thermos de café que je place dans un sac et je sors dans la rue. Tout est redevenu calme à présent et la lune parvient à crever les nuages pour déposer sur la mousse de neige, des paillettes argentées. Je rejoins la berline banalisée et toque à la vitre. Graham ne se fait pas prier et me gratifie d'un sourire gentil.

-Jolie prise! Me félicite Pino.

Je leur tends les Thermos en silence.

-Comment allez-vous? Demande sincèrement Graham.

-Je suis heureuse d'être rentrée. Vous devriez faire de même.

-Et refuser votre café? Certainement pas! Plaisante Pino.

-Je suis capable de me défendre… ne gaspillez pas les maigres ressources de la police! Morigéné-je.

Ils échangent un regard contrit.

-Quoi?

-On n'est pas policier ce soir.

Je hausse les épaules.

-Raison de plus! Votre dévouement me va droit au cœur mais je ne suis pas une petite chose fragile dont il faut couvrir les arrières.

-Regina… vous savez que… certain du département veulent votre tête… et nous… on s'est dit que c'était mieux si quelqu'un veillait à passer du temps avec vous! Comme ça… ils ne pourraient rien vous reprocher…

La nouvelle me sidère. Je sais pertinemment que je ne peux être aimé de tous et je n'ai aucun scrupule à me faire des ennemis mais le fait qu'on veuille me faire tomber pour un crime aussi abjecte me révolte. L'histoire de Wayne ne tient pas debout et certains semblent prendre un malin plaisir à lui mettre des cales pour stabiliser les fondations.

-Graham, ils trouveront quelque chose à me reprocher que vous soyez là ou non!

-Qu'ils essaient! Gronde Pino d'une voix que je ne lui connais pas.

-Regina… on veut juste veiller sur vous! Laissez-nous faire ça! Supplie Graham.

-Non. Graham, ce n'est pas parce que vous étiez là ce soir là, que vous devez vous reprocher quoi que ce soit! Je n'accepterai pas votre culpabilité! Vous n'avez pas à vous racheter!

Il baisse le regard.

-Je vous invite au Granny's demain, pour le petit déjeuner. Qu'en dites vous? Je propose.

-Deal!

-Vous devriez rentrer vous reposer, me dit Graham avec un sourire. On va juste attendre que vous soyez couchée et partir.

-Marché conclu.

Le Granny's est un endroit comme New York n'en fait plus. Je ne me rappelle plus l'avoir déjà vu fermé. On y est accueilli par une vieille femme à la bonhomie inébranlable qui a toujours à cœur d'apprendre à connaître ses clients. Le café est à volonté et les plats sont à tomber par terre. Bien que la décoration soit un peu passée, on y retrouve toute la chaleur des petites villes perdues.

C'est Ruby qui nous avait traîné ici un matin, après une enquête déprimante à souhait. Le moral dans les chaussettes et l'estomac sur les talons, nous avions poussé la porte de ce café et avions rapidement établis le lieu comme étant notre QG.

Lorsque je franchis la porte, il n'y a pas grand monde. C'est cela qui nous plaît ici. On peut y discuter de nos enquêtes sans être trop dérangé. Une odeur de bacon, de tartine et de café fumant réveille mon estomac qui gronde d'impatience. Toute l'équipe est déjà là. Je me fais la réflexion que ce petit monde ressemble plus à une bande d'amis qu'à des collègues de travail.

Tous m'accueillent avec plaisir et je suis obligée de passer dans les bras de chacun pour une accolade bienveillante.

-Allez! Allez! Laissez la un peu tranquille! Réprimande doucement la lieutenant.

Elle se lève pour me tirer la chaise à côté de la sienne et je m'installe après l'avoir remercié.

Je n'ai pas pris mes antidépresseurs ce matin et mon regard se porte fréquemment vers la fenêtre. Je sens se developper en moi une certaine paranoïa mais je me force à rester concentrée sur la conversation.

Granny arrive devant nous avec des yeux larmoyants. Elle pose sur moi un regard ému et me sourit gentiment.

-Je suis contente de vous voir!

Je comprends qu'elle parle spécifiquement de moi et elle range son carnet dans la poche de son tablier avant de nous faire un geste rapide de la main.

-Ce matin, ne sortez pas vos portefeuilles! C'est pour moi! Dit-elle en riant maladroitement.

Elle finit par me prendre dans ses bras et même si je me raidit d'un seul coup, comme avec tous, elle n'en prend pas ombrage et me tapote doucement le bras.

-Rétablissez vous vite!

Nous prenons un petit déjeuner digne de grands princes et princesses. Puis chacun se met en route pour une nouvelle journée de travail et il ne reste bientôt plus qu'Emma et moi. Elle commence plus tard, c'est ce qu'elle me dit tout du moins mais j'ai l'impression que l'idée de trouver Forest dans ses bureau pour diriger son équipe ne l'enchante pas.

Nos yeux s'accrochent un moment et je peux lire une certaine crainte dans les siens. Je me racle la gorge.

-Graham et Pino étaient garé devant chez ma sœur hier, pour ma surveillance.

-Ils ont tenu à le faire.

Elle était au courant. Au fond, et sans que je comprenne pourquoi, cela me blesse un peu qu'elle n'ait pas ressenti le même besoin qu'eux. Je me secoue mentalement; je ne suis pas ce genre de personne en manque d'attention qui souhaite qu'on vole à son secours et qu'on la plaigne. Cela me met même mal à l'aise; mais j'ai beaucoup d'estime pour Emma. Je ravale ma fierté mal placées et décide d'attaquer d'un nouvel angle. Mais avant que je n'ai le temps d'ouvrir la bouche…

-Il n'a rien eu le temps de vous faire, pas vrai? Demande-t-elle en écrasant des miettes de pain avec son pouce contre la surface plane de la table.

-C'est exact.

Elle se penche vers moi, un air déterminé sur le visage mais il y a quelque chose que je ne parviens pas à déchiffrer… de la peur? De l'effroi? De la rage. Oui c'est ça.

-Alors pourquoi est ce qu'il dit le contraire cet imbécile?!

Je baisse les yeux vers mon assiette vide et mon estomac manque de se retourner complètement.

-Nous connaissons toutes les deux le profil de Wayne…

Je ne veux pas avoir à démontrer son esprit pervers. Je ne veux pas qu'elle me voit comme l'adjointe du procureur. Pas maintenant. J'ai besoin qu'elle me considère comme une victime, juste pour le moment.

-Il veut vous punir de lui avoir échapper… Devine-t-elles. Et il veut se vous soyez souillée..

-Tout juste, dis-je en une voix sombre.

Quelqu'un entre dans le restaurant en même temps qu'une bourrasque de vent et je me fige en reconnaissant l'odeur de la mer. La même odeur que le soir où, pour me punir, il a voulu me noyer…

-Regina… il y a des bruits qui courent… Forest cherche un juge qui pourrait faire accepter la motion pour que vous passiez le kit de viole…

-Aussi longtemps après ce n'est plus un kit de viole, Emma.

-Certes… mais…

-Aucun juge ne… à moins qu'elle ne veuille passer ça pour faire jurisprudence…

Cette idée ne m'enchante pas. Qu'une personne soit obligée de céder à des examens médicaux sous la force d'un juge me révolte.

-C'est ce qu'elle va essayer de faire… alors…

Voilà qu'elle utilise sa voix traînante de nouveau.

-Pourquoi vous ne lui couperiez pas l'herbe sous le pied?

-Je vous demande pardon?

-Si vous faites ce kit de viol… il n'y aura plus aucun doute…

Elle est dangereusement proche de l'outrage, je l'épingle froidement du regard.

-C'est mon droit de refuser ce kit! Grâce à votre intervention, il n'a pas eu le temps de faire quoi que ce soit!

Elle se renfrogne.

-Mais vous êtes resté cinq jours avec lui… il n'est pas parvenu à vous droguer ou… à vous faire boire…

Je revoie les chaussures d'Emma en flash. Ses bottes d'intervention qui sont les seules choses dans mon champ de vision tandis que je vomis sur le sol derrière la cabane. Je sens ses mains sur mes épaules et j'entends vaguement ses encouragements. Certaines autres voix viennent s'ajouter à la sienne de temps à autre. On l'informe que j'ai probablement ingéré la moitié d'une bouteille de vodka. On lui fait remarquer que j'ai probablement froid, avec ma chemise déchirée. On remarque le bleu qui orne mon épaule, ma mâchoire. Moi, je passe mon temps à toucher mes cheveux, pour m'assurer qu'ils sont bien là. J'ai mal dans le fond de la gorge, là où il a fait buter la bouteille.

-Emma… j'ai tout raconté à Forest. Dans les moindres détails. Je n'ai vraiment pas le cœur à tout recommencer.

-Il faudra, Regina, m'averti-t-elle.

Je prends une profonde inspiration et me recule sur ma chaise.

-En attendant, je veux avoir accès au dossier.

-C'est impossible… je…

-Je serai ma propre avocate!

Emma a l'air étonnée que je puisse vouloir me défendre seule.

-Je ne suis pas certaine que ce soit une bonne idée…

-Pourquoi?

Emma observe les gens qui nous entourent. Elle écrase rageusement ses doigts sur sa fourchette.

-Il y a des choses que vous ignorez encore…

-Eh bien je vous en prie?! Dites donc!

Le regard affolé qu'elle m'envoie achève de me terroriser. À quel point ma réputation va-t-elle en pâtir? À quel point pourrai-je être détruite?

-Pas ici, décide-t-Elle en se levant pour remettre sa doudoune kakie.

Elle prend mon manteau et m'aide à glisser mon bras valide à l'intérieur.

Je la suis sur le parking alors que de gros flocons continuent de tomber autour de nous. L'odeur des pancakes flottent autour du restaurant et je me perds un peu dans la contemplation du paysage. Nous grimpons dans sa voiture et elle se tourne vers moi pour voir si je m'en sors avec l'attache de la ceinture.

-On va chez moi, m'informe-t-elle.

Emma a un vaste appartement en plein centre de New York. Lorsqu'elle l'a acheté il y a plusieurs mois, certains ont pensé qu'elle trempait dans des affaires louches car aucun agent de police, aucun détective ne peut se permettre d'acheter dans un quartier aussi huppé. La réalité c'est qu'Emma est trop honnête pour tremper dans quoi que ce soit mais le fait qu'elle soit d'une haute intelligence l'a amené à développer plusieurs cryptage de sécurité qu'elle a revendu à des agences gouvernementales qui l'ont grassement payé pour ça. Emma est millionnaire, voire milliardaire car elle parlait avant mon enlèvement d'acheter une Bugatti Divo.

Nous passons les différents sas de sécurité et je constate que la blonde n'a pas résisté à l'idée d'installer des gadgets pour assurer sa tranquillité. Une reconnaissance rétinienne, une digitale; même si selon elle, la plus sûre de toute reste la vocale. Elle me glisse un regard nerveux et je ne peux m'empêcher d'esquisser un petit sourire moqueur. Un ascenseur en fer s'ébranle dans un fracas assourdissant et nous élève jusqu'en haut du building. Il nous dépose au beau milieu du salon d'Emma. A l'intérieur rien ne témoigne de sa nouvelle richesse. La décoration est modeste mais fait preuve de goût. Nous sommes accueilli par un grand braque de Weimar au pelage argenté et au regard fier. Il se secoue en faisant claquer ses oreilles tombantes avant de nous rejoindre.

-Salut Henry! Je chantonne en lui donnant une caresse.

J'ai longtemps cru qu'Henry était le petit garçon d'Emma. Sa façon de l'appeler « mon garçon » lorsqu'elle en parlait lorsque nous nous sommes rencontrés m'a plongé dans un quiproquo qui aujourd'hui nous fait tous beaucoup rire. C'est seulement lorsque j'ai offert un jeu éducatif pour enfant de trois ans qu'Emma m'a dévoilé qu'Henry, son « garçon », était en réalité son chien.

Elle me prépare un verre d'eau tandis que je m'assois dans le canapé bleu canard et qu'Henry se couche à mes pieds. L'odeur de la jeune femme est imprégné dans le tissu du meuble et je me surprends à trouver cela réconfortant. Devant moi, des papiers sont étalés sur la table basse, elle les rassemble nerveusement avant de balbutier une excuse pour le bazar.

-J'ai pas été là beaucoup la semaine dernière…

Elle me regarde en mordant sa lèvre inférieur. Et durant un instant, je crois voir des larmes embuer ses yeux mais elle se retourne pour aller ranger ses papiers et lorsqu'elle revient, il n'y a plus aucune trace de trouble.

Elle s'assied à côté de moi et nous nous mettons face à face.

-Comment va votre bras? Me demande-t-elle pour éviter de lancer la discussion.

-Emma… j'aimerai savoir ce qui se passe?! Vous connaissiez la déposition de Wayne, pourquoi ne pas m'en avoir parlé?

-Je vous l'ai dit, je sais que c'est de la connerie!

-Et la chose dont vous ne pouviez pas parler au restaurant?

Emma se tend immédiatement.

-Il y en a plusieurs…

-Arrêtez de marcher sur des œufs! Je suis loin d'être une petite chose fragile!

-Je le sais.

-Alors?!

Emma attrape un dossier caché sous son canapé et en sort une photo.

-Connaissez-vous cette femme?

J'attrape le cliché d'une très belle femme qui sourit à l'objectif en tenant un diplôme d'avocat.

-Non.

-Elle s'appelle Malia Tyson.

-Et que vient-elle faire dans cette histoire?

-La mère de Wayne est morte l'année dernière d'un cancer des os. Elle est enterrée ici à New York.

Donc Wayne m'a menti pour que je sois plus docile. Ce n'est pas très étonnant et ça rajoute à mon sentiment de culpabilité.

-Nous étions donc seuls dans la maison.

Emma secoue négativement la tête et jette un petit regard à la photo.

Ma main tremble soudainement.

-Comment va-t-elle?!

-Il l'a violé juste avant de lui trancher la gorge…Nous l'avons retrouvé dans la première maison où il vous a amené.

C'est pour ça qu'il est remonté. Est-ce parce que je n'étais pas assez docile?

-Elle avait pris des pilules?

Emma acquiesce.

-Il est donc plus que probable, que parce qu'il ne pouvait pas me… violer, il s'en est pris à elle.

-C'est ce que nous supposons.

J'encaisse difficilement mais il est hors de question que je le montre. J'attrape le verre d'eau et le bois calmement.

-Ensuite?

-Wayne a choisi ses avocats… bien qu'il ait essayé de nous faire gober qu'il n'en aurait pas besoin.

-Ses avocats?

-Deux ténors du barreau.

-Qui ça?

Emma triture ses mains confirmant ainsi que je les connais.

-Emma! J'insiste en forçant nos regards à se croiser.

-Greg Mendell et Tamara Martin.

-C'est une plaisanterie? Ma voix est dangereusement tremblante et grave.

Emma me connaît suffisamment pour comprendre que ma colère menace d'exploser à tout moment.

Je remets en place toutes les pièces du puzzle dans mon esprit.

-Il veut des détails sur ma sexualité.

-Je ne crois pas que…

-Pourquoi choisir deux de mes anciens amants sinon?! Je suis la seule qui ait survécue… il veut me traîner dans la boue et me détruire parce qu'il n'a pas pu m'avoir.

-On ne va pas le laisser faire!

-Emma! Forest est déjà persuadé que Graham et moi avons une liaison! Comme si j'étais…

Je ravale ma pensée afin de ne pas tomber dans la vulgarité.

-C'est le cas? Avec Graham?

-Oh mais non! Comment pouvez vous…

-Alors dites lui d'arrêter de paraître coupable! Il a refusé de dire pourquoi il était chez vous le soir où vous vous êtes fait enlever.

-Ce n'était certainement pas pour une relation sexuelle!

Ma fureur secoue mes jambes grâce à l'adrénaline qu'elle envoie dans tout mon corps.

-Alors c'était pourquoi?!

-Une discussion!

-Bordel! De quoi avez vous pu parler alors que nous avions tous passé la journée ensemble?!

Elle est en colère et je décèle même une forme de jalousie. J'ai toujours eu conscience de l'admiration qu'Emma me portait; je sais que nous travaillons très bien ensemble parce que nous nous complétons et qu'elle et moi avons un respect mutuel qui nous permet de ne jamais dépasser de limite.

-Wayne est malin, je reprends en ignorant la colère qui peint les trait d'Emma.

-Je sais qu'il est malin! Il a réussi à convaincre Forest que vous n'étiez qu'une manipulatrice.

-Comment ça?

Emma pousse un soupire et se lève pour faire les cent pas.

-Autant tout vous dire après tout… puisque vous allez finir par être au courant… Wayne a laissé entendre que vous seriez de mèche, vous et lui, pour l'assassinat de Sarah. Les autres constitueraient uniquement un panel plus large pour que les soupçons ne se portent pas sur vous.

-Et comment en serait-il venu à me violer?

-Il explique que vous l'avez forcé à tuer Malia et qu'il ne l'a pas supporté… alors…

Ma respiration s'accélère.

-Alors si je concède à faire ce test qui prouve que je n'ai pas été violée… il dira que j'étais consentante… n'est-ce pas?

Emma hoche la tête.

-Et comme j'ai déjà eu des relations avec des avocats… comme Greg ou Tamara… cela n'étonnerait personne que je sois sortie avec lui.

-C'est ça…enfin… c'est ce qu'il va essayer de démontrer…

Cela m'ennuie de devoir étaler ma vie sentimentale et sexuelle devant les tribunaux, probablement devant des juges que je connais, puisque je les connais tous. Greg et Tamara sont effectivement des requins et lorsqu'ils parviennent à blesser leur victime, ce n'est que pour la déchiqueter un peu plus tard.

Emma et moi restons un moment silencieuses, nous ne savons que trop ce qui va suivre. Le soleil se lève difficilement en ce 24 décembre. Je me sens si fatiguée et lasse tout à coup…

-Je vais vous laisser, Emma.

-Regina, vous savez que vous pouvez compter sur moi?

Je me tourne vers elle et j'ai un bref sourire pour elle.

-Je n'en ai jamais douté, Emma. Je savais que vous alliez venir.

Elle a l'air tellement surprise de ce que je lui dis qu'elle garde la bouche entrouverte durant quelques secondes.

-Je veux dire… même maintenant. Même pendant le procès.

-Nous verrons bien, Emma. Vous allez devoir obéir aux ordres, et si le département de la police décide de se ranger d'un côté, il faudra bien que vous le suiviez, même si ce n'est pas le côté que vous préférez. Pour l'instant, il vaut mieux que nous évitions de nous voir en dehors de l'enquête. Cela pourrait nous être reproché.

-Si ce n'est pas le vôtre, Regina, je ne me rangerai nulle part!

Là encore, je n'en doute pas. Mais j'espère qu'elle n'aura pas à choisir.

Trois jours après Noël, je suis retournée dans ma maison. Une partie de moi refusait que je remette un seul pied à l'endroit où j'avais subi toutes ces choses mais une autre, bien plus forte me poussait à ne pas donner cette satisfaction à Wayne. C'est ma maison. J'aime mon quartier, j'ai choisi chaque détail de cette maison, chaque moulure, chaque meuble, chaque tissu qui l'habille.

Evidemment, les journalistes sont revenus planter leurs caméras dans ma rue et je sens leur regard pesant à travers mes rideaux qui m'offre une protection efficace.

Les jours passent, les semaines, mon épaule s'est totalement remise à présent et j'ai hâte de pouvoir reprendre le travail. Même si je sens que le bureau du procureur me soutient de moins en moins. Sans doute parce que les accusations de Wayne me pointent du doigt et que les médiats relaient l'info à tout va.

Emma respecte mon choix de garder nos distances et cela me plonge dans une profonde déprime. Avec une certaine tristesse, je me rends compte qu'elle seule pourrait trouver les mots justes. Et si cela me fait mal de l'admettre, cet état de fait ne peut être exact que parce que je suis bien une victime.

D'aussi loin que je me souvienne, Emma a toujours su mieux parler aux victimes qu'à moi. Mais si nous avons démarré sur de mauvaises bases, aujourd'hui, je l'estime énormément et elle me manque.

Actuellement, le seul psychologue que j'ai accepté de voir est ma fidèle bouteille de cidre. Je m'efforce de ne pas devenir dépendante des médicaments, ni de tomber dans l'alcoolisme et je me promets d'arrêter tout ça une fois que le procès sera passé. Mais je me sens aussi dangereusement proche du précipice.

Les seules visites que je reçois sont celles de mon avocate, Faye, qui fait tout pour repousser les attaques des requins de Wayne. Leurs offensives sont violentes et me forcent à redoubler d'ardeur pour ne pas devenir folle.

Faye Tinker est une jeune femme douce, qui me rassure dès qu'elle pose un pied chez moi, elle parvient à calmer mes angoisses et nous nous comprenons sur le plan professionnel. Elle est douée, peut-être pas autant que moi mais nous avons des angles d'attaques différents ce qui nous permet d'étendre plus largement notre champ d'action.

Elle me prépare au combat avec une méticulosité que j'apprécie même si elle m'effraie.

La veille du procès, elle choisie avec moi la tenue que je devrais porter. Nous optons pour une robe grise agrémentée d'une ceinture d'argent qui souligne finement ma taille de deux ailes d'aigle.

Lorsque je me regarde dans le miroir, j'essaie d'ôter toute trace de fatigue ou même de peur.

Faye essaie de m'occuper l'esprit lorsque Wayne entre dans la salle d'audience mais je sens malgré tout mon ventre se tordre et ma respiration devenir plus courte. J'attrape le verre d'eau qui se trouve sur la table et en fait malencontreusement tomber quelques gouttes sur ma robe. Devant mon air catastrophé, Faye me rassure et calme mes angoisses.

-Regina, ne le regardez pas. Me dit-elle en cherchant mon regard.

Mais c'est trop tard, il me fixe et je l'affronte du regard. Il ne peut pas me faire peur. Il ne m'a pas brisé. Ce privilège a été réservé à quelqu'un d'autre bien avant; je suis debout, droite, j'ai choisi la justice et elle sera de mon côté. J'ai toujours cru en elle et l'ait toujours défendue avec ferveur. Je refuse qu'elle m'abandonne aujourd'hui.

Avant de rentrer dans la salle d'audience, j'ai vu Emma, Graham, Pino, Ruby, Mulan, ils étaient tous là. Ils me croient, ils me connaissent et s'ils n'ont pas le droit d'entrer dans la pièce, ils ont malgré tout tenu à me prouver leur soutien en attendant devant.

Les attaques de Greg et Tamara sont sans aucune pitié. A la fin de la première journée de procès, le jury me perçoit comme une manipulatrice. J'ai répondu aux questions, aux assauts, ma vie sexuelle a été étalée au grand jour, mais malgré tout, je passe pour une femme qui bascule d'un homme à une femme avec une facilité déconcertante, je quitte un lit pour aller à un autre, et à juger de certains regards, je suis déjà coupable d'avoir une libido développée.

Ma soeur et Robin me ramène chez moi, et si je leur demande de me laisser tranquille dès la sortie de la voiture, c'est sans compter sur leur formidable propension à ne pas m'écouter.

Ils me suivent jusqu'à l'intérieur de ma maison et proposent de faire mon repas.

-Je n'ai pas besoin d'aide! je grogne méchamment.

-Tu n'as rien à manger, et rien dans ton frigo! S'étonne Zelena.

-Lena, je m'en contrefiche de manger à cet instant précis!

-Gina, on a tous compris que tu étais en colère mais si tu pouvais juste essayer de rationaliser ce qui se passe...

Je me tourne vers Robin à la manière d'une lionne qui aurait subi un affront.

-Le jury l'a cru! je hurle pour laisser ma rage s'exprimer. Que veux-tu que je rationalise? Le jury est en train de le croire lorsqu'il dit que nous avions une liaison!...

-Regina...

-...Mais peut-être que vous le croyez, vous aussi! Hein Robin!? Après tout, vous connaissez parfaitement ma sexualité débridée! Je passe de main en main!

-Arrête! s'exclame Zelena qui sait parfaitement sur quelle rivages cette discussion va nous mener.

Ma soeur me connait par coeur, et elle sait que je suis rentrée dans la phase où tout ce que je vais dire sera fait pour les détruire.

-Je t'en prie, Lena! Je suis même passée par les siennes! Dis-je en pointant mon beau-frère du doigt. Tu sais quoi, tu devrais sans doute témoigner Robin! Expliquer quelle position je préfère...

La vulgarité est un trait que les gens ne me connaissent pas parce qu'il ne me caractérise pas. Je décide pourtant de l'adopter pour que Robin et Zelena soient suffisamment choqués pour quitter la maison.

-...à quelle heure je préférais te sucer ou si je suis dominatrice ou soumise...

Le silence qui me répond est pire que tout. Ils ne sont même pas choqués, Robin me regarde avec pitié et c'est le pire regard qu'il puisse me lancer. Zelena, au lieu de me hurler dessus ou de me regarder comme si je faisais un caprice, s'approche de moi pour me prendre dans ses bras.

Je recule.

-Non!

-Gina...

-Bon sang! Le jury pense que j'ai une liaison avec lui et...

-Mais Emma n'est pas encore passé à la barre, Graham non plus! s'écrit Robin. L'enquêtrice principale non plus! Et tu sais parfaitement, et ton avocate le sait aussi, ils vont prendre ta défense! Il faut que tu rationalises!

-Gina... Mets-toi dans ton rôle de substitue! Ce n'est que le premier jour du procès, tu sais très bien que rien n'est joué. Pour l'instant, tu es trop proche de ce procès et c'est normal, tu en es la victime, mais ne fais pas comme si tu ne savais pas comment ça marche...

-Je sais que la première impression du jury est celle à laquelle il se fiera au moment des délibérations.

-Si tu étais substitue dans cette affaire, qu'est ce que tu dirais à ta cliente?

Je prends une grande respiration. Je lui dirais probablement d'attendre les autres dépositions. Mais je sais aussi qu'une cliente comme moi, sera probablement difficile à défendre, justement à cause de sa sexualité.

Zelena m'enveloppe dans ses bras.

-Oh ma petite soeur...

Je me laisse faire, trop vidée pour tenter de la repousser. Ils repartent finalement vers deux heures du matin et je peine à m'endormir.

Le lendemain, je passe la journée comme si j'étais entourée de coton. Je n'écoute pas le témoignage de Graham, ou de Mulan, ni celui du médecin qui m'a examiné. Celui d'Emma retient un peu plus mon attention car elle ne me quitte pas des yeux. D'ailleurs, à la fin de son témoignage, elle vient s'assoir juste derrière moi et je l'entends souvent grommeler lorsque l'un des avocats de la partie adverse prend la parole.

Au moment de mon témoignage, les deux avocats me harcèlent de questions. J'ai à peine le temps de répondre à l'une d'elle qu'ils sont déjà passés à une autre.

Wayne me dévisage avec un rictus répugnant. Il fixe ma bouche et cela me décontenance tellement que je bafouille sur certaine phrase.

De retour à ma place, Faye tente de me rassurer mais je vois bien qu'elle est ennuyée.

Enfin, c'est au tour de Wayne de comparaître à la barre. Le sourire qu'il lance aux femmes qui sont assises dans le jury est un sourire charmeur. Et cela fonctionne parfaitement. Beaucoup d'entre elles se redresse pour mieux le regarder.

Faye griffonne quelque chose sur son calepin avant de se lever. Elle pousse le bloc note vers moi. Ne le quittez pas des yeux.

Je m'exécute, comme un zombie.

J'ai l'impression d'assister à un combat à l'épée. Faye utilise la même méthode que celle qui a été utilisée contre moi. Elle le pousse dans ses retranchements, note à haute voix les incohérences et je vois Wayne se déstabiliser peu à peu.

-Revenons sur cette histoire que vous auriez eu avec Mademoiselle Mills.

-Oui.

-Vous affirmez avoir eu une relation avec elle, n'est-ce pas?

-Oui, c'est exact... nous couchions ensemble.

Faye continue de lui poser des questions sur nos prétendues activités sexuelles et elle enchaine les questions. J'en ai la nausée, je ne le quitte pas des yeux mais peu à peu, il devient difficile pour moi de m'exécuter. Il raconte ensuite que le soir de mon enlèvement, je lui aurai fait une fellation dans le hall... il détruit mon témoignage en expliquant que ce qu'il a introduit dans ma bouche ce soir là ce n'était pas ses doigts mais son sexe. Puis il raconte les prétendus viols et Faye rentre dans son jeu. Je ne peux plus les regarder, je ne peux observer que mes mains parce qu'elles tremblent de façon incroyable.

-Très bien, monsieur Wayne, avant tout ça, vous aviez une relation avec ma cliente, c'est bien ça?

-Oui.

-Où faisiez-vous ça?

Il hausse les épaules et sourit salement.

-Un peu partout...

-Soyez plus précis! Dans la voiture? Dans les toilettes d'un bar?

-Chez elle ou chez moi... Ouais...

-Et lorsque vous étiez chez elle, où faisiez-vous ça?

-Objection! Lance Tamara. Pertinence?

-Je vais y venir votre honneur, rétorque Faye.

-Tâchez d'y venir plus vite! répond doucement le juge. Répondez à la question, monsieur Wayne.

-Dans le salon, dans le hall... sur le parquet, contre un mur... sur la commode de sa chambre...

-Wow... Regina Mills vous emmenait directement dans sa chambre?

-Ouais, on était amants! Evidemment qu'elle m'emmenait dans sa chambre!

-Pourriez-vous nous décrire sa chambre, monsieur Wayne, je veux juste m'assurer que vous nous dites bien la vérité!

Il s'installe confortablement dans son siège et tourne la tête vers moi.

-Eh bien... une fois, nous sommes rentrés de soirée et elle a voulu que je la prenne sur la moquette bordeaux...

-Je vous demande juste de me décrire la chambre, pas vos ébats!

-J'ai une mémoire faites comme ça, moi! Tranche-t-il avec un petit sourire. Après, nous avons fait l'amour sur la commode qui est juste à côté de la porte. Et puis ensuite, nous sommes allés sur son lit à baldaquin... elle a même demandé à ce que je l'attache.

Mon avocate soupire.

-Pourriez-vous nous décrire la chambre, je vous prie.

-Moquette bordeaux, la tapisserie est fleurie, je ne me rappelle plus des détails mais c'étaient des fleurs roses...

-Vous avez donc plusieurs fois vu la chambre de mademoiselle Mills.

-Oui.

-Vous dormiez ensemble dans cette chambre?

-Oui.

-Les affaires de mademoiselle Mills étaient dans sa chambre?

-Bien sûr!

-Vous rappelez-vous de quelque chose en particulier.

-Il y a une photo avec ces gens.

Il pointe Zelena et Robin qui sont installés dans la salle.

-Il y a une jeune fille avec eux et Regina bien sûr.

J'ai envie de vomir.

-Où se situe la chambre de Regina?

-Au premier étage, première porte à droite, je crois.

-Vous croyez?

-Non. J'en suis absolument certain.

Faye écarte les bras et lui lance un sourire.

-Dans la chambre de Regina Mills, la moquette est bleue, monsieur Wayne et elle n'a pas de lit à baldaquin. La chambre que vous venez de nous décrire, est celle qu'elle a aménagé pour sa nièce lorsque celle-ci veut lui rendre visite. Les agents ont effectivement trouvé du sperme sur le dessus de lit, le vôtre... Mais pas de sécrétion vaginale, aucune. Je pense pouvoir en déduire que le soir où vous avez enlever Regina Mills, lorsqu'elle vous a vu monter à l'étage, vous êtes en réalité allé vous soulager dans la première chambre que vous avez trouvé. Je vous remercie de prouver à cette cour que vous êtes un piètre menteur, monsieur Wayne. Je n'ai plus de question.

Wayne la regarde s'éloigner, un rictus de haine déforme ses traits et il mesure soudain que toute la cour le regarde. Il change son visage en un instant mais c'est trop tard.

Lorsqu'elle se rassoit, Faye se penche vers moi.

-Regardez-le bien Regina, il est en train de chuter et vous de vous élever.

Au bout de trois jours je ressors de l'audience en attendant le verdict. Faye m'ordonne de rentrer chez moi; elle sait que le jury est divisé. Wayne le sait aussi et le regard qu'il me lance lorsqu'il passe devant moi me glace. Il s'arrête et force les agents qui l'entourent à en faire de même. Dans sa tenue de prisonnier et avec les chaînes qu'il a aux chevilles, il s'avance d'un petit pas vers moi.

-Je me suis bien amusé, Regina.

Je reste muette, priant pour que les larmes de rage que je sens venir ne se voient pas avant qu'il ait quitté le tribunal.

Faye, malgré mes protestations m'a fait prendre un taxi pour rentrer chez moi et lorsque je referme la porte derrière moi; je lâche mes clés qui font un bruit d'enfer en rencontrant mon parquet. J'ôte mes chaussures et me précipite vers mon placard contenant mes bouteilles d'alcools et je m'enfile une bouteille de vin blanc français que j'ai acheté à un prix exorbitant. Sans doute l'avais-je prévu comme récompense d'une affaire rondement menée mais peu importe. Je refuse les appels de ma soeur, je ne réponds pas lorsque Robin vient frapper à ma porte et je me laisse aller dans mon canapé jusqu'à ce que mon cerveau ait soudain envie d'une douche.

Les traces sur mon corps ont presque disparus et je passe une main sur ma cuisse afin de mettre le baume qui effacera petit à petit mes cicatrices. Je mets mon pyjama et me jette un oeil dans le miroir encore légèrement embué. Alors que je suis en train de me faire la réflexion que ma cicatrice sur mon front a parfaitement disparu, j'entends sonner.

-Emma?! Qu'est ce qui se passe?

-Faye m'a appelé, elle voulait que je passe vous récupérer. Nous devons la retrouver au tribunal.

-Pourquoi?

Le juré aurait rendu un verdict si rapidement?

-Vous avez bu? me demande Emma en observant la bouteille de vin blanc vide et la bouteille de rhum entamée.

-Oui, pas beaucoup.

-Il faut que je vous ramène au tribunal. Le juge veut voir tout le monde apparemment.

Le tribunal est silencieux lorsque nous pénétrons à l'intérieur. Nos pas se répercutent le long des dalles de marbre et le grincement que fais la porte lorsque nous entrons dans la salle d'audience semble sinistre. Faye m'accueille avec un regard tendu.

-Le jury a rendu son verdict? je demande tout bas en rejoignant ma place.

-Je ne pense pas, ils ont l'air de se demander ce qu'ils font là autant que nous.

Le juge finit par arriver et nous intime l'ordre de nous assoir. Il a un long regard dans ma direction et hoche plusieurs fois la tête.

-A deux heures trente, cette nuit, lorsque les gardiens de Rykers ont fait leur ronde...

-Non!

J'ai compris avant même qu'il finisse.

-Regina!

-August Wayne a été retrouvé mort. Il s'est pendu dans sa cellule.


FIN DE LA PREMIERE PARTIE