Bonjour ce texte répond au défi 80 de la Bibliothèque de Fiction : écrire sur un couple issu de crossover, placer les mots « fenouil », « gigolo » et « cage ».


Catherine était enfermée dans une cage, elle ne savait pas où elle était. Un mystérieux brun s'approcha, il avait un sourire en coin et les yeux pétillants de malice. Ses yeux d'un bleu magnifique semblaient se délecter de sa détresse. Il avait la peau incroyablement pâle, elle ne l'avait jamais vu de sa vie. Le brun s'approcha des barreaux et lui fit signe d'approcher. La jeune brune ne savait pas si elle devait lui faire confiance ou non. Finalement elle s'approcha, peut-être voulait-il lui expliquer pourquoi elle était là. Il l'attrapa par les épaules et planta ses canines pointues dans sa gorge blanche.

Catherine se réveilla en sursaut. Elle regarda autour d'elle d'un air paniqué, le front en sueur, la respiration difficile. La jeune femme soupira de soulagement en constatant que ça n'avait été qu'un cauchemar. Elle repoussa le livre sur sa table de chevet, elle lisait beaucoup trop de romans fantastiques, elle le savait bien mais c'était plus fort qu'elle. La brunette alla se servir à boire, ce n'était n'était pas la première fois qu'elle faisait des rêves de ce genre mais elle n'aimait pas quand les images étaient aussi précises. Elle ne connaissait pas ce mystérieux vampire mais c'était un très bel homme, c'était sûrement ça qui l'avait le plus perturbée. Catherine retourna se coucher, en général elle se rendormait vite après ses cauchemars.


Thomas était en déplacement pour les affaires, il recherchait toujours des investisseurs. Lui qui vivait normalement dans une partie plutôt isolée de l'Angleterre était obligé de se rendre dans plusieurs grandes villes. Le brun désespérait de trouver un jour quelqu'un pour financer son invention. Il était seul à présent, sa sœur était morte d'une mauvaise grippe et il n'avait qu'elle au monde. Le brun soupira et se rendit à Bath, il avait plusieurs rendez-vous là-bas. Il savait que cette ville thermale était très prisée, peut-être profiterait-il des bienfaits des eaux thermales avant son retour à Crimson Peak. Il déposa ses affaires dans son hôtel et partit pour une réception où il allait rencontrer ses investisseurs. Il avait avec lui son dossier pour présenter son invention, il espérait réellement trouver l'accord ici, car ces hommes étaient sa dernière chance de ne pas finir à la rue. Il vérifia sa tenue et partit, il n'aimait pas être en retard, en plus ça faisait mauvaise impression. Il arriva dans une demeure bondée, il ne savait pas vraiment comment il allait trouver les hommes qu'il devait voir car il ne connaissait que leurs noms, il ne les avait jamais vus auparavant. Thomas soupira et finit par voir monsieur Highmore, l'organisateur de la réception. Les deux hommes s'étaient rencontrés quelques années plus tôt lors d'une autre réception du genre. Le brun s'approcha donc de l'hôte :

-Bonjour Monsieur Highmore.

-Monsieur Sharpe, c'est toujours un plaisir de vous voir !

-Merci, sauriez-vous si Messieurs Kirdouglas, Bench et Trowly sont déjà là ?

-Oui, je vous conduis à eux. J'espère pour vous qu'ils seront emballés par votre projet.

-Je l'espère moi aussi, de tout cœur.

Ils échangèrent un sourire poli et partirent en direction de trois hommes. Thomas les salua et après les présentations il commença à leur exposer sa machine. Étant le créateur il pouvait répondre à toutes les questions et maîtrisait le moindre aspect de tout ça. Finalement Monsieur Bench décida d'investir, il voyait beaucoup de potentiel dans tout ça. Thomas avait l'impression d'être sur un nuage, il aurait tant aimé que sa sœur soit là pour voir ça. Thomas décida de se détendre maintenant qu'il avait obtenu un investissement. Il alla donc prendre un verre de vin et regarda l'assemblée. Il y avait des musiciens dans un coin de la pièce et plusieurs danseurs. Thomas avait toujours adoré danser, il commença donc à observer les jeunes femmes présentes pour en inviter une.

Catherine était à Bath, elle accompagnait Monsieur et madame Allen, des voisins de ses parents. C'était une grande première pour elle, c'était la première fois qu'elle quittait Fullerton. Elle avait pris sa plus belle robe pour l'occasion malheureusement elle n'était plus assez à la mode. Monsieur Allen avait donc insisté pour qu'ils fassent le tour des boutiques et il avait acheté plusieurs robes à la jeune femme. Elle était à une réception où elle ne connaissait personne. Monsieur Allen était parti rejoindre des connaissances, laissant les deux femmes seules, entourées de parfaits inconnus. Comme il était très mal vu de faire les présentations soi-même elles étaient donc coincées. Catherine se sentait ridicule, elle avait envie de rentrer mais elle ne pouvait pas. Tout à coup deux hommes s'approchèrent, c'était Monsieur Highmore, l'hôte de la soirée et... l'homme de son cauchemar. Catherine n'en revenait pas. Monsieur Highmore sourit :

-Mademoiselle Morland, Madame Allen je vous présente monsieur Thomas Sharpe.

Les deux femmes firent une révérence :

-Monsieur Sharpe.

Il s'inclina et leur fit un baise-main chacune :

-C'est un plaisir de vous rencontrer Mesdames. Je me demandais si vous accepteriez de m'accorder une danse chacune ?

-C'est très gentil mais mes pieds me font atrocement souffrir à cause de mes nouvelles chaussures. Mais invitez plutôt Miss Morland, elle sera ravie de danser !

Thomas sourit et tendit son bras à la jeune brune :

-M'accordez-vous cette danse Miss Morland ?

-Bien sûr.

Il l'emmena sur la piste et une musique commença. Catherine était toujours très perturbée par cet homme qu'elle avait vu dans son rêve. Elle devait avouer qu'il était encore plus beau que dans ce cauchemar, de plus il sentait divinement bon. Il demanda :

-Alors, êtes-vous à Bath depuis longtemps ?

-Non je suis arrivée il y a deux jours.

-C'est la première fois que vous venez ?

-Oui, et vous ?

-Non j'y suis déjà venu deux fois par le passé.

-Oh, vous y veniez pour affaire ?

-Tout à fait je suis gigolo.

La brune devint rouge pivoine et Thomas éclata de rire :

-Je plaisante, je suis inventeur. Je suis désolé je n'aurais pas dû vous taquiner de la sorte.

-Ce n'est rien, c'était simplement très inattendu.

-Je sais, pardon. Alors, comment connaissez-vous Monsieur et Madame Allen ?

-Ce sont les voisins de mes parents.

-Fascinant.

La musique s'arrêta, ils se saluèrent donc et quittèrent la piste. Thomas demanda :

-Pour me faire pardonner de ma taquinerie puis-je vous rapporter quelque chose à boire ou à manger ?

-Je veux bien oui s'il vous plaît.

-Bien, je vous apporte ça tout de suite.

Il s'éloigna et Catherine ne pu retenir un soupir. Tout cela avait été très étrange, il était très perturbant : beau, intelligent et moqueur. Un jeune homme s'approcha d'elle :

-Bonsoir.

-Bonsoir.

-M'accordez-vous cette danse ?

-C'est très gentil mais je...

-Quoi, vous avez peur d'accepter ma proposition parce que cet homme est parti vous chercher à boire ? Ignorez le, il est bien trop vieux pour vous !

Le jeune impertinent l'attrapa par la main et la tira jusqu'à la piste de danse. Catherine ne voulait pas le suivre mais elle ne voulait pas créer de scandale en se débattant comme une forcenée. Elle fut bien obligée de faire les pas lorsque la musique commença. Elle jetait des regards désespérés en direction de là où elle se trouvait quelques instants plus tôt. Elle vit Thomas qui revenait. Il la chercha des yeux et eut l'air franchement contrarié lorsqu'il la vit avec un autre. Catherine se sentait très mal, elle n'aimait pas cette situation. Elle avait hâte que cette maudite danse se termine. Alors que la musique se terminait, il y eut un attroupement soudain et l'inconnu en profita pour tirer Catherine à l'écart. Elle essaya de se dégager mais il avait une poigne de fer, elle n'avait aucun moyen de s'échapper. Avec le brouahah de l'attroupement crier ne servait à rien. Catherine fut bientôt plaquée contre un mur froid dans un recoin sombre. Elle essaya à nouveau de se débattre :

-Lâchez moi vous me faites mal !

-Ne fais pas ta mijaurée je suis sûr que tu vas adorer !

-Non laissez moi je ne veux pas !

Il plaqua une main sur sa gorge et de l'autre commença à parcourir son corps, déchirant son jupon au passage. Catherine était en train de suffoquer, ce fou l'étranglait sans la moindre pointe de remord. Il commença à écraser ses lèvres sur le décolleté léger de Catherine, il finit de déchirer totalement le bas de la robe. Il arracha ensuite une partie du sous-vêtement et du haut de la robe. Alors qu'elle se croyait perdue, une main attrapa l'épaule de l'inconnu et le projeta en arrière. La jeune femme se mit à tousser, massant sa gorge douloureuse. Elle remarqua que son sauveur n'était autre que Thomas. Il attrapa l'homme par le col, lui faisant une clé de bras de son autre main. Il se tourna vers Catherine :

-Asseyez vous, je reviens dans un instant.

La brune hocha la tête et s'exécuta, son cauchemar avait tout faux, cet homme était un héros et non un vampire. Elle le vit s'éloigner, tenant toujours l'agresseur. Catherine n'arrivait toujours pas à croire ce qui s'était passé, elle était sûre que si Thomas ne les avait pas trouvé, alors l'inconnu l'aurait violée. Elle tentait de cacher son corps autant que possible avec les restes de sa robe en lambeaux. Catherine se sentait plus humiliée que jamais mais elle n'osait pas sortir de ce recoin sombre. Thomas revint quelques minutes plus tard, il tenait une robe à la main :

-Tenez, elle n'est pas à la pointe de la mode mais au moins elle cachera votre corps.

-Merci, je suis votre obligée à présent.

-Mais non voyons.

Il se mit dos à elle, mais devant afin de cacher la vue éventuelle d'autres personnes. Il y eut du bruissement de tissu et Catherine finit par demander :

-Pouvez-vous m'aider s'il vous plaît ? Je ne peux pas faire le lacet dans mon dos.

-Bien sûr.

Thomas noua la robe et lui sourit :

-Voilà, au moins vous pouvez sortir de cette cachette.

-Pourriez-vous me raccompagner ? Tout cela m'a épuisée et je n'ai pas envie de forcer les Allen à rentrer.

-Bien sûr.

Catherine prit le bras que Thomas lui offrait et sortit enfin de l'ombre. Ils se dirigèrent vers Madame Allen et la brune lança simplement :

-Je suis épuisée, Monsieur Sharpe va me raccompagner.

-D'accord, mais... quelle est cette robe ? Est-ce en rapport avec ce jeune vaurien que Monsieur Sharpe a sorti de force ?

-Je vous expliquerai tout cela demain. Pour le moment je vous souhaite bonne nuit.

-Bien sûr, reposez vous bien Catherine.

Les deux bruns s'éloignèrent et commencèrent à marcher à travers les rues de Bath. Catherine lança :

-Je... c'est assez embarrassant mais je dois vous avouer quelque chose.

-Oui ?

-J'ai rêvé de vous il y a un moment et... vous étiez un vampire. C'est très étrange car je ne vous connaissais pas, mais pourtant votre visage était très net.

Thomas eut un sourire amusé :

-Vraiment ?

-Oui vraiment, c'est à cause de ce rêve que j'ai été étrange toute la soirée.

-Ah je comprends mieux, mais si cela peux vous rassurer je vais vous montrer mes dents, ainsi vous serez fixée une bonne fois pour toute.

Il s'arrêta sous un réverbère et ouvrit la bouche pour montrer ses dents. Catherine soupira de soulagement, pas de canines pointues. Thomas lui fit un clin d'œil :

-Alors, est-ce mieux maintenant que vous avez vu mes dents ?

-Oui, merci. Mais à présent je me sens stupide.

-Pourquoi ?

-Mon imagination prend trop souvent le dessus sur la réalité.

-Ce n'est rien, je trouve que c'est une bonne chose d'avoir de l'imagination. Après tout, je suis inventeur !

-C'est vrai... oh nous sommes arrivés. Dommage.

-Pourquoi ?

-J'aurais aimé que le trajet soit plus long, nous aurions ainsi pu passer plus de temps ensemble.

-Ce n'est rien, nous nous reverrons ne vous en faites pas. Je reviendrais demain pour voir comment vous allez. Vous devriez placer un linge humide sur votre gorge cette nuit, pour éviter que ça n'enfle.

-Merci de votre conseil. Encore une fois je suis votre obligée. Je vous doit ma vie et... ma vertu. Bonne nuit Monsieur Sharpe.

-Bonne nuit Miss Morland.

Catherine déposa un rapide baiser sur la joue de son sauveur et rentra dans la maison.


Comme promis le lendemain Thomas se rendit à la résidence des Allen pour prendre des nouvelles de Catherine. Il les trouva dans le salon. Madame Allen brodait, Catherine lisait et Monsieur Allen somnolait sur un canapé. Le domestique annonça l'arrivée du brun et celui-ci s'inclina après être entré dans la pièce. Il donna un bouquet aux deux femmes. Catherine rougit, c'était la première fois qu'on lui offrait des fleurs. Madame Allen sourit :

-Monsieur Sharpe asseyez vous ! Catherine nous a raconté ce que vous avez fait pour elle, vous êtes un héros !

-Merci mais c'était tout naturel. Cet homme était étrange, je l'ai vu tout de suite. Je n'ai fait que mon devoir.

-Peu de gens ont encore vos principes monsieur.

Catherine portait un foulard autour du cou. Thomas s'approcha :

-Puis-je ?

-Allez-y.

Il commença à dénouer le foulard de ses longs doigts fins. Ses gestes étaient lents, doux, il ne voulait pas lui faire mal. Une fois le tissu retiré il grimaça. Sur cette gorge si pâle reposait la marque violacée de cinq gros doigts. Il demanda :

-Est-ce que vous avez mal ?

-Un petit peu, mais c'est supportable.

-Vous parvenez tout de même à manger et avaler votre salive ?

-Oui, ce n'est pas vraiment enflé. Monsieur et Madame Allen ont eu la gentillesse de faire venir un médecin après que je leur ai raconté toute cette terrible affaire. Le médecin a dit que la douleur disparaîtrait rapidement, que ce n'était pas gonflé, qu'il y avait eu plus de peur que de mal.

-Tant mieux, je suis heureux de l'entendre.

Il lui remit doucement le foulard et lui sourit. Les époux Allen regardaient cette scène d'un œil attendri, il était évident que ces deux jeunes gens étaient tombés amoureux. Une domestique apporta du thé et Thomas demanda :

-Alors Monsieur et Madame Allen, depuis combien de temps êtes-vous mariés ?

-Cela fera vingt-huit ans dans deux mois.

-Comme c'est beau, j'admire les longs mariages.

-Et vous, êtes-vous fiancé ou marié ?

-Non, je cherche encore celle que je pourrais rendre heureuse. Inventeur n'est pas un métier de fortune, il n'attire donc pas vraiment les jeunes femmes malheureusement.

-Eh bien elles sont sottes ! Vous êtes un homme très gentil, si il n'y a que l'argent qui les intéresse alors c'est qu'elles ne vous méritaient pas !

Catherine rougit aussitôt, les mots étaient sorti de sa bouche sans qu'elle puisse les retenir. La jeune femme baissa la tête pour cacher son humiliation, une jeune fille bien élevée ne se laissait pas emporter de la sorte, elle devait toujours faire preuve de retenue. Thomas lui sourit :

-Vos mots me touchent Miss Morland, je vous remercie de votre gentillesse.

-Alors vous êtes inventeur, qu'inventez-vous exactement ? Demanda Monsieur Allen.

-Je travaille en ce moment sur une machine qui extrait l'argile au plus profond de la terre et le rapporte à la surface. Ma famille est propriétaire de l'industrie Sharpe Clay, fournisseur royal d'argile depuis plusieurs décennies. L'exploitation abusive de nos mines pendant des années a fait s'effondrer nos vieux dépôts.

-Comme c'est intéressant, dites m'en plus !

Thomas commença à parler de sa machine et en fit un rapide croquis. Même si Catherine ne comprenait pas tout elle buvait les paroles du brun. Elle le trouvait si beau et sa voix avait quelque chose d'envoûtante. Au bout d'un moment Thomas se passa une main sur la nuque :

-Mais ce sujet n'est pas très intéressant pour ces dames, je me suis laissé emporté désolé. Quand je parle de mes inventions je perd rapidement la notion de ce qui se passe autour de moi.

L'horloge sonna, il était dix-sept heures, Thomas était là depuis deux bonnes heures déjà. Il se leva :

-Désolé le temps file à vive allure je ne m'en étais pas rendu compte. Merci pour le thé, Miss Morland continuez de vous reposer surtout. Bonne fin de journée à vous tous.

Il s'inclina et partit. Catherine resta surprise par ce départ si précipité. Elle soupira et reprit sa lecture, elle aurait aimé qu'il reste plus longtemps avec eux.


Thomas venait régulièrement rendre visite à Catherine. Et même si leurs sentiments ne faisaient plus aucun doute, rien ne se passait. Malgré les tentatives de la jeune femme pour montrer qu'elle espérait plus qu'une relation amicale rien n'y faisait. Ils se promenaient, prenaient le thé, discutaient d'art mais ça n'allait jamais plus loin. Même avec cette énergie palpable, Thomas restait galant et gardait cette retenue typiquement anglaise. Catherine en venait à douter, peut-être qu'elle s'était faite des idées et qu'elle n'était pas la jeune femme qu'il réussirait à rendre heureuse finalement. Il ne voyait peut-être pas en elle celle qui deviendrait son épouse. Cette pensait attristait beaucoup la brune car de son côté elle était persuadée que Thomas était l'homme idéal, qu'il était l'époux fait pour elle. Toutefois le brun ne semblait pas si réactif, malgré ses petites attentions rien ne montrait qu'il était sur le point de la demander en mariage. Les jours passèrent donc et l'heure du départ arriva pour Catherine et les Allen.


La jeune brune repartit à Fullerton avec le regret que Thomas ne lui avait pas déclaré sa flamme. Elle aurait tant voulu qu'il la demande en mariage, mais il était resté poli et bien élevé. Il n'avait jamais eu de paroles ou de gestes déplacés. Elle rentra donc chez ses parents et leur raconta son séjour. Sa mère la prit dans ses bras :

-Je suis sûre que Monsieur Sharpe avait de bonnes raisons pour ne pas te demander ta main. Après tout, il avait l'air charmant et fou de toi. Peut-être trouvait-il que ce n'était pas le bon moment. Il a dit avoir honte de sa situation précaire n'est-ce pas ?

-Mais cela ne me pose aucun problème !

-Je sais, mais lui fait peut-être partie de ces hommes qui veulent avoir les moyens de pouvoir gâter leur épouse avant de se marier. Il attend peut-être simplement de mieux te connaître, après tout vous ne vous connaissez que depuis deux semaines.

-Mais je suis sûre que c'est lui le bon !

-Alors si c'est lui le bon je suis sûre qu'il demandera ta main. Si Dieu a voulu que vos chemins se croisent ce n'est pas par hasard. De plus, Il entend nos prières, et il n'y a pas de raison pour qu'Il n'exauce pas ton souhait.

Catherine sourit tristement, les paroles de sa mère lui remontaient un peu le moral. Une lueur d'espoir avait été ravivée.


Thomas hésita longuement, il avait l'impression d'être fou. Comment pouvait-il être aussi amoureux d'une jeune femme qu'il connaissait à peine ? Il sentait qu'il était tombé sous son charme dès que leurs regards s'étaient croisés, mais était-ce suffisant pour la demander en mariage ? Il avait senti au fil des jours que Catherine l'appréciait beaucoup et qu'elle espérait plus que de l'amitié. Mais elle était jeune, elle avait tout juste quinze ans, lui en avait le double, était-ce raisonnable ? Peut-être ressentait-elle simplement cela car il avait été gentil avec elle, qu'il l'avait sauvée des mains de ce porc et que du fait son esprit romantique de jeune fille l'avait trompée ? Après tout cet amour qu'elle avait cru ressentir pour lui n'était peut-être qu'un feu de paille et que de retour chez elle il aurait disparu ? Thomas poussa un grognement de frustration, tant de questions se bousculaient dans sa tête ! Il donna un coup de pied rageur dans le prototype de sa machine et rentra dans son immense demeure en ruine. Il ne pouvait pas se torturer plus longtemps, il irait à Fullerton et en aurait le cœur net. Tout ce qu'il risquait était l'humiliation d'un refus, mais le cas échéant il s'en remettrait avec le temps. Thomas partit donc sur un coup de tête.

Le brun arriva à Fullerton à l'improviste. Il aurait peut-être dû s'annoncer plus tôt mais c'était trop tard. Il descendit de son cheval et toqua à la porte de la petite maison des Morland. Le brun était surpris de voir autant d'enfants courir partout alors que la maison était minuscule. Un domestique lui ouvrit la porte. Il donna son nom et il fut emmené dans le salon. Catherine était en train de faire de la broderie, sa mère tricotait et son père lisait. Tous trois tournèrent la tête lorsqu'ils virent Thomas entrer. Catherine en lâcha son ouvrage, elle était si surprise de le voir. Thomas s'inclina :

-Bonjour, je suis désolé d'arriver sans m'être annoncé avant mais j'avoue être parti de chez moi sur un coup de tête.

-Ce n'est rien, vous êtes donc le Monsieur Sharpe que notre fille a rencontré à Bath ?

-Tout à fait Monsieur.

-Asseyez vous voyons.

-Merci Madame.

Thomas s'assit et le domestique apporta de la citronnade. Thomas en but une gorgée et sourit :

-C'est délicieux.

-Merci, avec autant d'enfants j'ai rapidement appris à savoir en préparer.

-Je vois en effet que vous avez une famille nombreuse, ils semblent tous en parfaite santé.

-C'est le cas, le Ciel soit loué !

Thomas sourit de nouveau et regarda Catherine :

-Pourrais-je vous parler en privé Miss Morland ?

-Bien sûr, Catherine montre à Monsieur Sharpe le voisinage et la maison des Allen.

La brune se leva et sortit donc avec Thomas. Elle ne savait pas vraiment comment réagir, elle était toujours sous la surprise d'avoir le brun à ses côtés. Ils sortirent de la propriété des Morland et Thomas lança :

-Je suis venu car je n'arrêtais pas de penser à vous. C'est peut-être un peu cavalier de ma part mais j'ai eu l'impression qu'il se passait quelque chose entre nous à Bath et que vous espériez plus qu'une simple amitié entre nous. Je suis donc venu à Fullerton dans le but de vous demander votre main.

Catherine s'arrêta net, elle ne s'était réellement pas attendue à ça. Elle l'avait espéré si fort que maintenant que ça arrivait vraiment elle ne savait pas comment réagir. Thomas prit ses mains dans les siennes :

-Catherine voulez-vous m'épouser ?

-Je... c'est si inattendu ! Je n'attendais que ça à Bath, mais comme vous ne l'aviez pas fait je pensais m'être fait des idées, avoir imaginé des choses. Là vous arrivez de façon impromptue et vous me demandez de vous épouser... je n'arrive pas à croire que Dieu ait entendu mes prières et qu'Il ait choisi de les exaucer ! Vous m'aimez donc Thomas ?

-Mon cœur vous a appartenu dès que nos regards se sont croisés.

-J'accepte avec plaisir de vous épouser !

Elle lui sauta au cou et l'embrassa. Thomas sourit et referma ses bras autour d'elle, décidément cette jeune femme était pleine de surprises. Ils restèrent un long moment l'un contre l'autre à s'embrasser et finalement Catherine recula :

-Nous devons l'annoncer à mes parents !

Elle le prit par la main et le tira jusqu'à la maison. Elle lança à peine entrée dans le salon :

-Thomas m'a demandé de l'épouser et j'ai dit oui !

Monsieur et Madame Morland échangèrent un regard à la fois ravi et attendri. Ils se levèrent et serrèrent la main de Thomas qui venait d'entrer. La mère de Catherine lança :

-Vous resterez bien pour dîner Monsieur Sharpe ?

-Avec plaisir Madame.

-Bien, où allez-vous séjourner pendant votre temps dans la région ?

-J'avoue ne pas y avoir pensé, je suis parti si vite que je n'ai pas pensé aux détails techniques.

-Je vois, allez au village, il y a une auberge là-bas, Catherine va vous y conduire.

-Merci Madame.

-Catherine, tu en profiteras pour acheter une truite en plus.

-Oui Maman.

La mère de Catherine voulu lui donner de l'argent mais Thomas leva la main :

-S'il vous plaît n'en faites rien. Je viens sans avoir prévenu, vous m'invitez gentiment à votre table, j'insiste pour payer ma nourriture.

-C'est tout à votre honneur Monsieur Sharpe. Filez avant que tout ne soit fermé !

Le duo partit donc à cheval pour le village, ils firent même la course. Catherine gagna bien sûr, mais Thomas se moquait bien d'avoir été battu par sa fiancée avec une moins bonne monture que la sienne. Il était si heureux qu'elle avait accepté de l'épouser que rien ne pouvait le contrarier. Ils commencèrent par aller à l'auberge où Thomas réserva une chambre. Après ça le brun emmena Catherine dans une bijouterie qu'elle lui montra et lui sourit :

-Prenez la bague que vous voulez, ce sera votre bague de fiançailles.

Catherine rougit, elle n'avait jamais reçu de bijoux neufs de toute sa vie. Elle avait toujours récupéré ceux que sa mère ou Madame Allen ne mettaient plus. Elle craqua pour une bague en or sertie d'une émeraude. Thomas paya sans broncher et ils finirent enfin par aller acheter la truite. Ils rentrèrent chez les Morland et allèrent dans la cuisine déposer le poisson. Après ça les fiancés allèrent dans le salon et la brune lança joyeusement :

-Regardez ce que Thomas m'a offert.

Elle montra sa bague plus excitée que jamais. Son père sourit :

-C'est une bien belle bague de fiançailles, elle a dû coûter une fortune.

-Rien n'est trop beau pour votre fille monsieur. Malheureusement cette bague ne rend pas hommage à sa beauté, j'en suis navré.

-Vous êtes charmant Monsieur Sharpe, notre petite Catherine a eut beaucoup de chance de vous rencontrer.

-Merci Madame.

-J'espère que vous n'avez rien contre le fenouil. Nous en faisons ce soir pour accompagner la truite avec des pommes de terre et des carottes.

-Il n'y a aucun problème, je mange de tout.

-Tant mieux, certains jeunes gens sont si difficiles de nos jours !

Le couple s'installa dans le canapé et ils discutèrent tous les quatre. Thomas n'arrivait pas à lâcher la main de Catherine, il était si heureux qu'elle lui avait dit oui. Il avait l'impression que si il libérait sa main, il se réveillerait et se rendrait compte que tout ceci n'était qu'un rêve. Il brûlait d'envie de l'embrasser, mais il savait que ça ne se faisait pas. Il aurait tout le temps de le faire une fois qu'ils seraient mariés. Cette idée le réjouissait, et il pouvait voir dans l'éclat malicieux au fond des yeux de la brune que ce sentiment était réciproque. Thomas soupira d'aise, ce voyage de la dernière chance à Bath avait changé sa vie à jamais. La providence s'était penchée sur lui et lui avait offert une seconde chance qu'il n'aurait pu espérer, il avait rencontré la femme de sa vie qui le regardait avec un amour infini en ce moment même. Ils savaient qu'ils seraient heureux, c'était plus qu'évident, et le couple avait hâte de pouvoir le vérifier concrètement après leur mariage. Thomas se rendait aussi compte d'une chose avec ses futurs beaux-parents, il n'y avait pas besoin d'être fortuné pour être un couple heureux et amoureux. Car les Morland étaient clairement amoureux, et avec tous leurs enfants ils n'étaient pas riches du tout. Cela rassurait Thomas, Catherine n'avait pas été élevée dans un milieu où l'argent représentait tout, elle pourrait donc être heureuse avec lui même si par malheur sa machine ne relançait pas les industries Sharpe Clay. Les deux bruns savaient que l'amour était la principale richesse dont ils auraient besoin au cours de leur vie.


Fin.