Disclaimer : Genius ne m'appartient pas, cette série est l'oeuvre de Noah Pink et de Kent Biller. Le Seigneur en soit remercié, si ça avait été ma propriété, Eduard Einstein se serait trouvé doté de pouvoirs magiques, embarqué dans une aventure épique, alors qu'on est au siècle dernier, lors de la montée du nazisme. Vous voyez le genre donc.
Résumé : En peu de temps, cette fille était devenue indispensable pour le jeune Eduard. [Genius]
Note de l'auteur : Cette vignette est une réponse au défi n°85 de la page Facebook « Bibliothèque de fictions », avec le thème de la prison. Les conditions imposées étaient : 100 mots minimum, Votre personnage se rend compte qu'il est amoureux de son(sa) meilleur(e) ami(e) mais il est trop timide pour lui dire. Dans un moment de complicité il se décide a l'embrasser. Imaginez la réaction de son ami(e) (qui peut être cute ou pas). Ceci est un Modern AU.
Le fou amoureux
Il n'arrivait pas à croire qu'il se tenait là, au coeur de la France, alors que quelques mois plus tôt, il sortait du Burghözli après un second internement, de courte durée cette fois-ci, un internement à sa demande. La première, il n'avait pas encore vingt ans et c'était sa mère qui avait appelé au secours car il avait des signes clairs de délires. Persuadé qu'il y avait le feu chez lui, il avait été prêt à sauter par la fenêtre...
Du quatrième étage.
On l'avait diagnostiqué schizophrène.
Sa pauvre maman avait pleuré à l'annonce de la sentence. Lui, il avait juste dit que, en considérant ses symptômes, cela était terriblement logique.
- Logique? Lui avait demandé le psychiatre, étonné par le calme olympien du fils du plus grand physicien du monde.
- Je suis étudiant en médecine et je me prédestine à la psychanalyse. Avait-il répondu avec un haussement d'épaule.
Au début, ça n'avait pas été grand chose. Il avait des trous de mémoire à propos d'événements récents mais sans grande importance. Puis, il avait eu de plus en plus de mal à suivre ses cours, à restituer ses lectures, même quand il s'agissait de romans de gare. Cela avait continué avec la sensation de ne plus savoir s'organiser, au point qu'il ne savait vraiment plus comment faire cuire des pâtes. Peu à peu, il entendait des voix alors qu'il était seul et il ne pouvait pas les imputer à des passants dans la rue, pas en pleine nuit. Parfois, c'était la sienne, car il ne s'était pas rendu compte qu'il se parlait tout seul. Jusqu'à l'apothéose qui lui avait valu d'être marqué « fou » et de rester quelques mois dans cette clinique à Zurich. Les médias avaient vite eu vent de cela.
Eduard, fils du grand Albert Einstein, prix Nobel de physique, était chez les malades mentaux !
Il y avait des moments de mieux, des moments pires, et même si avec les traitements, il vivait une vie relativement normale, il sentait que l'homme qu'il avait été ne reviendrait jamais.
Avant, Eduard Einstein, c'était un être volontairement esseulé car sérieux, se concentrant sur ses études. Il préférait avoir peu d'amis mais des bons amis. Quand il était avec eux, il était parfaitement normal, il riait, répondait du tac au tac, il était expressif.
Désormais, son visage ne semblait savoir modeler que deux ou trois nuances, sa voix ne variait plus autant, il était retiré des hommes car prisonnier de son cerveau et ce malgré ses efforts. Dans ses mauvais jours, ses conversations étaient brèves. Et au final, cela n'avait plus d'importance parce que tous ses amis l'avaient lâché. La maladie leur avait fait peur. Ou alors, ils se disaient que cela faisait un candidat en moins à l'examen et comme il était dit brillant... Tous étaient parti...
Sauf une.
Une seule personne était restée malgré cet ouragan dans leur cercle social, celle dont on attendait le moins, celle qui s'avérait la plus résiliente :
Julianna Slokovia avait été l'ajout le plus récent à leur petite bande.
Une jolie petite métisse austro-hongroise née à Düsseldorf et qui avait déménagé en Suisse pour ses études, tout comme lui. Elle se destinait au professorat. Des grands yeux bleus dans un visage ovale et pâle, la lèvre du dessus fine et celle du dessous plus charnue, un nez droit mais légèrement épaté aux narines qui trahissait ses origines slaves. De taille moyenne, elle avait quelques rondeurs qui la complexaient alors qu'aux yeux des médecins, elle avait un poids tout à fait correct. Mais surtout, Julianna, c'était cette longue tignasse rebelle, qu'elle n'arrivait jamais à coiffer, qu'elle avait teint en rose pastel.
Quand il était revenu à la fac après presque un trimestre manqué, elle l'avait salué avec joie, comme s'il était juste revenu d'un long voyage. Elle lui avait prêté ses cours, étant donné qu'ils avaient quelques classes en commun. Parfaitement polyglotte, elle l'aidait avec le français. Il sentait sur lui son regard, un regard qui cherchait à le comprendre, un regard qui ne l'étudiait pas comme une bête de foire mais comme un ami qui avait une nouvelle composante avec laquelle il fallait jouer. Ceux qui avaient tourné le dos à Eduard lui tournèrent vite le dos, elle semblait en avoir vite fait son deuil. Julianna et lui n'avaient pas été spécialement proches du temps de leur clique. Ils s'entendaient assez, ils étaient cordiaux mais ils n'avaient jamais vraiment cherché à approfondir les liens amicaux qui pouvait les unir. Au début, il restait, parce que c'était confortable. Il détestait ses pensées de l'époque parce qu'avec le temps, il restait avec elle parce qu'il adorait cette fille ! Ils avaient en commun une curiosité dévorante, un désir d'apprendre constant, le goût des livres... Et elle était toujours gentille, si gentille, alors qu'il avait conscience qu'il ne devait plus être facile à vivre. Et quand ses hallucinations le reprirent de manière répétée, c'était aussi pour Julianna qu'il s'était volontairement interné. Pour sa mère, pour lui, mais aussi pour elle parce qu'il avait peur de lui faire mal un jour dans un délire schizoïde. Il était ressorti plus vite que la première fois. On lui avait conseillé de prendre une pause dans ses études, de voyager un peu... Et c'était là que Julianna lui révélait que ses parents avaient un appartement à Versailles, non loin du château et du domaine de Madame Elisabeth et qu'ils le lui prêtaient pour les vacances d'été. Il n'avait pas cherché à réfléchir, cela aurait été criminel, quand elle lui proposa de passer l'été en France avec lui, il avait dit oui de suite. Sa mère ne dit rien, par contre, quand il ouvrit sa valise le jour de l'arrivée, il se félicita d'être seul car elle y avait glissé des préservatifs. Dans le même temps, il ne pouvait pas la blâmer. Elle lisait en lui comme dans un livre ouvert et cela faisait longtemps qu'aux yeux d'Eduard, Julianna n'était plus une simple amie.
- On ne se croirait pas en plein cœur de la ville ! Lui dit Julianna alors qu'ils erraient doucement entre les allées du domaine de Madame Elisabeth.
Ancienne demeure de la sœur de Louis XVI, ses jardins étaient ouverts au public gratuitement et le salon de thé de l'orangerie était très abordable. L'endroit était entouré d'arbres qui bloquaient les sons des véhicules qui longeaient la grande avenue. La grotte était encore plus insonorisée. Le petit manoir pouvait être loué pour des fêtes et des mariages. Les amis avaient décidé de s'y rendre le matin, pour ne pas souffrir des montées de chaleur en ce mois de juillet. Et puis, comment mieux profiter de ses vacances en prenant un petit-déjeuner chez la sœur du roi ? Eduard regarda Julianna qui lisait les panneaux racontant l'histoire de l'architecture du lieu, en vraie mordue d'Histoire. Elle était devenue tout pour lui :
Sa meilleure amie.
Sa confidente.
Son espoir.
L'une de ses béquilles mentales.
Mais surtout, il était profondément amoureux d'elle, de son âme, de son être tout entier.
Il l'aimait tellement qu'il n'arrivait pas à en éprouver une quelconque joie, cet amour lui faisait trop mal, lui enserrant le cœur dans un étau, un sentiment qui ne demandait qu'à sortir, qu'à exploser mais qui n'y parvenait pas sous l'égide de son cerveau.
Le dire, cela signifiait tout ruiner, briser ce lien précieux et unique qu'ils avaient.
Et puis, il ne pouvait pas être avec elle.
Il lui imposait déjà tellement et pourtant, elle n'avait pas fui, ni la première fois, ni la deuxième. Elle était restée, elle avait affronté le regard des caméras et des appareils photos, les rumeurs sur sa relation avec le fils du grand Einstein et de la non moins célèbre Mileva Maric... Mais au moins, ça n'était pas tous les jours.
L'aimer et en être aimé en retour, c'était lui imposer une vie d'infirmière en plus d'épouse et il s'y refusait. Il avait vu sa mère s'étioler petit à petit, à le faire pour son père et malgré ses quatre ans à l'époque, cela l'avait marqué au fer rouge, lui apprenant que le mariage était la mort de l'amour et l'amour le début de sa propre mort si on acceptait tout.
Il se laissa mener à l'orangerie. Là, ils s'assirent sur la terrasse, commandant des viennoiseries, elle un jus d'orange, lui un café. Ils profitaient de l'arôme délicats des herbes aromatiques plantées et de la lavande qui se mélangeaient dans l'air frais du matin, le silence uniquement perturbé par le chant des oiseaux... Et une petite voix dans sa tête, la sienne, pas l'un des nombreux locataires de son occiput malade. Un ordre intimé, en boucle.
Embrasse-la !
Embrasse-la !
Embrasse-la !
Et cette fois-ci, son cerveau ne semblait pas contraindre son cœur. Ce fut quand elle se tourna vers lui qu'il en profita pour déposer ses lèvres sur les siennes dans un baiser aussi chaste et tendre que rempli des sentiments qui bouillaient en lui depuis longtemps déjà. Après ce qui lui parut une éternité, il recula, rouvrant les yeux, surpris de ne pas sentir les phalanges de son ami sur sa joue. Elle-même semblait retrouver la vue et elle avait une aura de béatitude autour d'elle, puis un charmant sourire.
- Depuis le temps que j'en rêvais... Avoua-t-elle
Face à son expression incrédule, elle eut un léger rire.
- J'ai eu le béguin pour toi dès que je t'ai vu.
Eduard lui demandait sa main un an plus tard sous le Temple de l'Amour près du Petit Trianon.
Deux ans plus tard, au manoir de Madame Elisabeth, Julianna Slokovia devenait Madame Eduard Einstein.
La même année, elle mettait au monde leur premier enfant, une fille, Elisabeth, en hommage à la sœur aînée d'Eduard, morte bien avant sa naissance, ainsi qu'en hommage à la princesse française. Surnommée Lieserl, elle avait été le petit secret du couple, bien cachée derrière les tissus de la robe de mariée de sa mère.
FIN
