le juste vivra par sa loyauté


Chapitre 1: empreinte magique


À 11 ans, tu avais compris qu'en restant dans la société sorcière, tu étais vouée à subir les séquelles des actions de ta mère.

Aux yeux de la communauté Sang-Pur, ta mère serait à jamais une souillon qui avait couché avec les bonnes personnes pour obtenir un poste au Ministère. Les railleries avaient même monté d'un cran lorsqu'elle avait réussi à être promu au rang d'assistante du représentant d'Angleterre au Ministère français en 1975. Rien ne les ferait changer d'avis.

Tu pourrais bien leur dire qu'à chacune de tes escapades nocturnes tu voyais que la lumière de son bureau était toujours allumée et que tu entendais la murmure de sa voix. Tu pourrais leur dire que la cheminée de votre appartement était toujours gourmande en « incendio » pour recevoir les nombreux appels destinés à ta mère en plus des hiboux faisant sans cesse des aller-retours dans votre appartement. Tu pourrais aussi bien leur dire que ta mère s'appliquait savamment tous les matins d'innombrables concoctions pour cacher cernes, rides ou toutes sortes d'imperfection pour parer à tous commentaires sur son physique voulant discréditer son professionnalisme. Tu pourrais leur dire que le réconfort de ses bras ou d'un de ses baisers était devenu de plus en plus rare alors que tu gagnais en centimètre.

Mais les paroles d'une gamine avec des affaires bon marché vieillottes n'avaient aucune valeur pour ces adolescents bien habillés et au regard méprisant.

Ta vie avait été préméditée à l'avance par une réunion bien tardive au Ministère le 3 juillet 1958 mais ça, tu ne l'apprendrais que bien plus tard.


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« Eva, attrape ! »

Charlotte dirait que c'était ton sixième sens innée qui te rendait capable d'attraper tout à n'importe quel moment – dans ce cas-là, pendant que tu étais accroupi dans le couloir, ton sac à même le sol, occupée à trifouiller dans ton sac pour en sortir un brouillon de dissertation de Sortilèges qui était coincé entre les pages de ton manuel de potions. Pourquoi là ? Toi-même tu ne savais pas. Sans doute que tu avais précipitamment mis ça la veille lorsqu'Emmeline t'avait proposé une partie de Baveboule. Tout cela pour dire que tu perçus un truc fendre l'air vers toi et la seconde suivante, tu levais la tête et dans ta main se trouvait un crapaud qui croassait frénétiquement.

« Oups, dis-tu d'un air penaud en relâchant la pression que tu exerçais sur l'amphibien. Mais t'es qui toi ? Demandas-tu aux yeux noirs globuleux qui clignaient en tandem avec les tiens.

Aah ! hurla Charlotte qui avait cessé de taper impatiemment du pied maintenant que son énervement était passé aux oubliettes à la vue d'un crapaud d'aussi près. Lâche-le Eva, c'est dégueu et tout visqueux ! » dit-elle avec une grimace de dégoût.

Tu émis un son contemplatif, tapotant la tête du crapaud avec l'index de ta main qui ne tenait pas en l'air l'amphibien qui ne cessait de croasser comme si tu pouvais le comprendre.

« Il n'est pas si moche que ça. Il est peut-être même mignon sous un angle différent. »

A l'effarement et au grand dégoût de Charlotte, tu te mis à bouger ta main pour trouver le bon profil de l'amphibien qui continuait à croasser désespérément mais tes recherches furent mises à terme par l'arrivée en trombe d'Akash.

« Tu vois, je t'avais dit que ton crapaud survivrait l'envol, » se marrait Amos, marchant tranquillement derrière Akash alors que celui-ci fonçait droit vers toi, la mâchoire serrée et le regard noir. Une fois arrivé à ta hauteur, il t'arracha le crapaud des mains et le blottit fermement contre lui.

Un peu décontenancée, tu te levas à ton tour, observant d'un œil curieux le visage renfermé d'Akash. Le voir d'aussi mauvaise humeur était rare. Il était plutôt du genre à mettre cette expression sur le visage des autres. Une fois qu'Amos arriva et posa sa main sur l'épaule de l'indien, le regard meurtrier de ce dernier ne fit que se renforcer.

« Il est à toi ce crapaud, Akash ? lui demandas-tu avec étonnement. Je ne t'imaginais pas apprécier ce genre de compagnie. »

Ton commentaire arracha un esclaffement à Amos qui attira des regards appréciateurs autour de votre groupe.

« Si tu savais, ce crapaud est le crapaud le plus chouchouté de Poudlard. On croirait pas comme ça mais les yeux globuleux, c'est le kiffe d'Akash. Ça doit expliquer son intérêt pour Astrid Matthews. »

Ce dernier commentaire lui valut un bon coup de coude de la part d'Akash dont la peau foncée ne parvint pas à cacher son rougissement à l'entente des murmures intéressées autour d'eux. La petite Serdaigle qui passait son temps libre en compagnie du garde-chasse bourru de Poudlard intéressait le plus grand des 7ème années ? Ça, c'était un scoop. Sans aucun doute que cette nouvelle allait faire le tour de Poudlard d'ici la fin du dîner. Mais ça, tu t'en contrefichais. Ce qui t'intéressait c'était de savoir depuis quand Akash avait un crapaud et pourquoi on te l'avait caché.

« Mais il est où ton crapaud d'habitude ? Comment ça se fait que je l'ai jamais vu ?

– Ça c'est parce qu'il a un lit tout douillet dans notre dortoir. Tu crois que c'est pourquoi que je ne ramène jamais de filles dans notre chambre, je veux pas qu'elles s'enfuient en hurlant en voyant un crapaud obèse, dit Amos.

– Ou plutôt que tu préfères les laisser en plan quand tu veux plutôt que de prendre la peine de les faire sortir de ta chambre, » cingla Charlotte d'un ton venimeux qui te fit regarder à côté avec gêne.

L'habituel spectacle commença.

Amos jeta un regard dédaigneux en réponse à celui méprisant de la blonde.

« T'es encore là toi ? »

Puis, il reposa son attention sur Akash dont il encercla les épaules de ses bras pour le secouer alors que tu voyais du coin de l'œil Charlotte virer au rouge sous l'effet de la colère et l'humiliation.

« Bon mec, on va ramener ton p'tit chéri à la maison maintenant que Hagrid t'a rassuré sur sa santé ou tu préfères y retourner pour mater la Matthews ? En même temps, je dois avouer qu'elle a une sacrée bonne paire de–

– La ferme, Amos ! » grogna Akash en se défaisant facilement de la prise du Poufsouffle pour s'éloigner à grands pas.

Tu tournas la tête pour le suivre du regard et remarquas la couleur de sa nuque. Un Akash gêné ne rougissait pas que du visage mais jusqu'au décolleté apparemment. Amos se mit à sa poursuite, son sourire toujours collé au visage :

« J'allais dire une bonne paire de gants ! brailla-t-il. Faut bien en avoir pour être une bonne véto, tu sais !

– Quel pauvre con ce mec, » entendis-tu Charlotte marmonner ce qui te fis lui jeter un regard hésitant.

Tu voyais bien l'effet qu'avait Amos sur elle mais tu ne savais pas quoi dire pour la calmer.

Qu'il n'était qu'un adolescent con et puéril ? Qu'elle valait mieux qu'un mec dont la vie tournait autour du Quidditch, de ses potes et de ses pulsions sexuelles ? Qu'elle ne devait pas lui porter d'importance ? Que d'ici un an ce serait elle avec le job de rêve tandis que lui il serait toujours à se bourrer la gueule avec ses potes et se réveillera tous les matins avec un mal de tête vrillant et le ventre qui tangue ? Tu le lui avais déjà dit des centaines de fois et à chaque fois avec le même résultat : elle se vrillait encore plus, te disait que tu ne pouvais pas comprendre puis partait te faire la tête jusqu'au lendemain où tu t'excuserais.

C'est pourquoi tu décidas d'ignorer le problème.

« Bon, on va la faire cette dissert' ? » proposas-tu avec un petit sourire.

Ses yeux sombres t'assassinèrent deux longues secondes du regard puis elle lâcha un soupir rageur tout en agrippant sa frange d'une poigne de fer. Diplomatiquement, tu ne lui fis pas remarquer que sa frange pointait vers le plafond une fois que vous vous dirigèrent vers la bibliothèque sans échanger un mot. Devoir t'excuser deux fois cette semaine t'avais bien suffi, tu ne voulais pas le faire une troisième fois. Et puis, la dissert' était pour demain et sans Charlotte tu allais recevoir un P qui allait te faire pleurer de désespoir. Autant ne pas te la mettre à dos ce soir.

« Hé, regarde c'est la catin de Poufsouffle. »

Tu te raidis à l'entente de la murmure dit d'un ton moqueur qui précéda un coup d'épaule brusque. Sous le coup de la surprise, tu faillis t'emmêler les pieds mais tu repris ton équilibre rapidement. Il y eu un instant de flottement où tu observas le sol dallé où une araignée courait joyeusement. Ton cœur se pinçait dans ta cage thoracique. Tu tournas mécaniquement la tête. Franchement, il n'y avait aucun intérêt à le faire : tu savais à quelle Maison appartiendrait l'élève qui t'avait insulté. Donc non, le sourire narquois que t'envoyait Rosier par-dessus son épaule n'était pas inattendu.

La main de Charlotte qui t'enserrait le poignet n'était pas surprenant non plus. Et le regard inquiet mais craintif qu'elle te jetait était à prévoir lui aussi. Donc, tu lui fis un piètre sourire qui n'était guère qu'un étirement de tes lèvres et vous reprîtes votre chemin.

C'était du banal. Tu aurais dû passer outre comme tu espérais que Charlotte le fasse concernant Amos mais tes pensées qui allaient habituellement du coq à l'âne restaient fixées sur le même sujet.

Plus tard, tu ne pourrais même pas dire par où vous étiez passées pour atteindre la bibliothèque. Tu ne te rappellerais même plus avoir rendu instinctivement son sourire à Emmeline alors que vous vous installiez sur sa table. Pour être honnête, tu ne serais même pas capable d'expliquer à Flitwick ce que tu avais écrit sur ta dissertation. Charlotte t'avait expliqué quoi écrire, tu avais écrit mais ton cerveau était comme une éponge déjà gonflée à bloc. Il avait absorbé tout le liquide du nuage noir, il n'y avait plus de place pour autre chose. En bref, tu avais recopié stupidement et tu allais le regretter amèrement au prochain contrôle surprise de Flitwick.


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« Miss Brown. Ne sortez pas tout de suite à la fin du cours, j'ai quelques mots à vous dire, » t'informa Flitwick de sa voix fluette en s'arrêtant à ta table où tu tentais de contrôler ton aguamenti pour qu'il ne dépasse pas 25 centilitres.

Tu détestais les exercices de contrôle. Si tu avais besoin d'utiliser un aguamenti ce serait pour éteindre un feu ou nettoyer Oscar – tu avais depuis longtemps abandonné l'idée de la nettoyer avec un pommeau de douche, elle s'amusait à le mordre au lieu de te laisser la laver en paix. Dans les deux cas, tu n'aurais pas besoin de serrer les dents pour contrôler ton empreinte magique. Tu ne comptais pas errer dans un désert avec seulement un gobelet de 25 cl avec toi. D'abord, l'eau de l'aguamenti avait un goût horrible et, deuxièmement, tu n'avais pas de gobelet de 25 cl en ta possession. Mais ça, Flitwick n'en avait rien à faire. Le but en tant que 7ème année n'était pas que d'avoir un vaste répertoire de sortilèges mais de savoir les utiliser avec modération pour pouvoir enchaîner sans s'évanouir de fatigue. Le but ultime étant aussi de pouvoir le faire non verbalement.

Tu oublias de répondre à Flitwick qui ne se départit pas de son sourire après avoir hoché la tête dans ta direction avant de partir inspecter les performances du côté des Serdaigles. Malheureusement pour Kate Godfried qui était occupée à discuter de manière virulente avec Marlène McKinnon qui, elle, ne paraissait pas accorder autant d'importance au sujet de leur discussion à en juger par ses hochements de tête discrets. Le manque d'attention de Kate Godfried lui coûta car, à la stupéfaction de la salle, elle jeta un aguamenti des plus puissants juste au moment où Flitwick arrivait à hauteur de leur table.

Il y eut un silence de mort brisé que par le son des gouttes d'eau éclatant sur le sol. Tu ne pus détacher tes yeux de la vue mortifiante du professeur de Sortilèges ayant l'air de s'être promené au milieu d'une violente tempête écossaise. Apparemment, il n'y avait pas que toi qui avait des problèmes à contrôler ta magie.

« Oh merde. »

Le sentiment collectif se fit bien transmettre par le chuchotement de Kate Godfried dont le visage avait perdu toute couleur alors que ses yeux étaient gros comme le crapaud d'Akash. Elle apparaissait comme tétanisée, la main tenant sa baguette toujours brandi vers Flitwick qui s'essuyait lentement le visage d'une main, paraissant lui aussi tout aussi choqué par son état de chien mouillé.

Il n'y avait qu'une personne qui ne perdait pas le nord.

Yeux verts pâles, haute queue de cheval, bouche finement recouvert d'un rose à lèvres, Marlène McKinnon avait le mental tout aussi soigné que son physique. D'un mouvement de poignet compliqué, elle agita sa baguette en direction de Flitwick dont les vêtements et cheveux furent agités par un courant d'air soudain avant qu'il ne soit aussi sec qu'il y a 15 secondes.

« Très belle démonstration d'un sortilège informulé, McKinnon. 5 points pour Serdaigle. Malheureusement, je me dois d'enlever 10 points à Serdaigle : votre inattention pourrait vous coûter dans l'avenir Miss Godfried si vous usez d'un sortilège plus dangereux que l'aguamenti. »

Godfried baissa la tête honteusement, son teint blafard reprenant des couleurs à l'entente de la réprimande de Flitwick dont la voix fluette ne cachait pas son agacement. Il arqua son bras puis avec une vitesse qui prouvait son expérience, il lança un sortilège informulé qui fit disparaître toute trace d'eau dans la salle et fit léviter les gobelets que les élèvent utilisaient depuis trois bon quart d'heure vers les étagères au fond de la salle.

« Bien, je crois que nous en avons tous eu assez de l'aguamenti pour aujourd'hui. Nous allons exceptionnellement terminer plus tôt. Les copies de votre contrôle sont sur mon bureau. Prenez les en sortant. CALMEMENT ! » ajouta-t-il alors que les chaises raclaient bruyamment sur le sol et que la voix des élèves s'élevait.

Son ordre fit effet une bonne seconde avant que le brouhaha ne s'élève de plus belle lorsque les premiers élèves ayant pu jeter un coup d'œil à leur note maugréèrent avec mauvaise humeur. Alors que la plupart se précipitait de sortir pour avoir une pause de 10h plus longue, toi tu rangeais lentement tes affaires contrairement à ton habitude. Tu savais que si tu voulais ne pas écoper d'une retenue tu n'avais pas intérêt de t'enfuir avant que Flitwick n'ait le temps de te rabrouer.

Tu répondis au « on se voit en Métamorphose » de Charlotte avec un sourire distrait puis tu remarquas qu'Akash et Amos s'approchaient de Godfried. Un trio peu banal mais ils devaient certainement la féliciter pour son aguamenti qui avait abrégé la leçon de par moitié. Du moins, Akash devait avoir ça comme motif, Amos en profitait juste, lui. En effet, la main qu'il avait posée sur l'épaule de la grande et menue Serdaigle ne bougeait plus. Sans doute qu'il avait tout aussi bien remarqué que toi le rougissement des joues de Godfried à son toucher. Tu le voyais à son sourire qu'il était amusé par cette réaction.

Tu posas ton sac sur la table puis enfonças ta joue dans la paume de ta main – Emmeline accaparait Flitwick pour l'instant, sans doute en train de titiller sur sa correction.

Akash était toujours en train de parler avec entrain, tu entendis des bribes de mots : « quidditch », « mouillé », « boue », « cul ». Sans doute ses complaintes contre les entraînements de Quidditch qui le faisait rentrer la plupart du temps d'une humeur massacrante et « avec de la boue jusqu'au trou du cul » comme il aimait le raconter à tout le monde. En effet, il faisait plus souvent moche que beau en Ecosse.

Mais son public ne paraissait pas très attentif : Godfried devait bugger sur le pouce d'Amos qui caressait langoureusement son épaule recouverte de sa robe sorcière. Marlène McKinnon qui était toujours aussi soigneuse avec le rangement de ses affaires était, elle, à côté du trio et n'avait pas raté de remarquer le manège du Poufsouffle. Tu la vis lever les yeux au ciel discrètement.

« Miss Brown. »

Tu tressaillis un peu sous le coup de la surprise, interrompu dans ta contemplation. Les yeux sombres de Flitwick t'observaient derrière sa monture. Il avait beau être petit, il t'intimidait avec autant d'aisance que McGonagall.

« Oui, professeur, dis-tu en te redressant.

– Vous ne prenez pas la peine de jeter un œil à votre copie ?

– Je pense déjà savoir que le résultat n'est pas bon si vous voulez me parler, » admis-tu en n'osant pas croiser son regard inquisiteur.

Flitwick émit un son contemplatif et deux secondes plus tard une feuille de parchemin lévitait sous ton nez, te faisant loucher dessus. Comprenant qu'elle ne bougerait pas, tu la pris d'une main récalcitrante.

« Eh bien, nous allons reprendre ensemble tout cela, » dit Flitwick et tu le regardas avec l'estomac noué léviter pour se mettre debout sur la chaise de Charlotte à ta gauche.

Dans un coin de ta tête tu te dis qu'il était l'exemple même d'un parfait contrôle de son essence magique : la majorité des étudiants de Poudlard exploserait vers le plafond s'ils se lançaient un sortilège de lévitation. Ce qui expliquait en partie la popularité de Levicorpus : il suffisait de nommer le sort puis de pointer sa baguette de sa victime vers le haut pour l'exécuter.

Derrière lui, tu vis qu'Amos, Akash et Godfried avaient disparu. Marlène McKinnon, quant à elle, rangeait ses deux plumes Maronnier qui brillaient dans leur pochette respective. Etant donné qu'il n'y avait parfois que 10 minutes d'intervalle entre chaque cours et que les couloirs et les escaliers de Poudlard étaient un labyrinthe d'une grandeur digne d'un marathon, c'était un réel mystère qu'elle soit toujours à l'heure à tous vos cours partagés vu l'attention qu'elle portait au rangement de son sac.

Tu reposas ton attention sur la feuille de parchemin où l'absence d'encre rouge te décontenança avant que tu ne te rendes compte que cela s'expliquait par le manque flagrant d'encre noir. Ce n'était pas étonnant que ne tu ne réussissais pas à te souvenir du contenu de ton contrôle lorsque Charlotte t'avait demandé plus tôt comment tu t'en étais sortie : la vérité était que tu n'avais pas de quoi en discuter puisque le contenu était malheureusement inexistant.

Quel jour aviez-vous fait ce contrôle ? Jeudi dernier ? Lundi de cette semaine ? Pourquoi n'en avais-tu aucun souvenir ? Qu'avais-tu fait de ces journées ? Le cours de Sortilèges était toujours le lundi et le jeudi matin à 8h10. Est-ce que tu étais montée prendre ton petit-déjeuner ? Est-ce que tu t'étais levée à l'heure ? Charlotte ne t'avait-elle pas amené des croissants dans le dortoir? Non, ça c'était avant-hier, pas lundi.

« Tout d'abord, la première question. Ce n'était qu'une question de culture générale sur les sortilèges. Vous avez bien répondu à la majorité des questions. Il y a juste le sortilège de détection de magie qui manque. Pouvez-vous me le dire ?

– Appare Vestigium ? proposas-tu avec une pointe de doute dans la voix après un instant de réflexion.

– Bien, fit Flitwick en hochant la tête avant de tapoter la question numéro 2 dont l'absence total de réponse te fit grimacer de honte. Maintenant, le mécanisme derrière le sort du saucissonnage ?

– Hum…, fis-tu en te grattant les cheveux derrière ton oreille, ton chignon rendant le geste inconfortable. Il est embêtant parce qu'il faut commencer le geste vers la droite et non pas dans le sens d'une aiguille d'une montre comme la majorité des sortilèges. Et…je crois bien qu'il faut faire un temps de pause entre chaque mouvement de poignet, ajoutas-tu en osant un coup d'œil à Flitwick qui ne laissait rien transparaître de ce qu'il pensait avec ses « hum, hum » et ses hochements de tête.

– Et combien de tours avec votre poignet ?

– Trois ?

– Oui, trois. Bien, faites-moi une démonstration sur cette chaise, t'ordonna Flitwick en pointant sa baguette vers la chaise vacante d'Astrid Matthews qui était assise devant Charlotte au grand désarroi de la Poufsouffle : elle préférerait qu'Astrid prenne la peine de s'attacher les cheveux pour qu'elle puisse voir le tableau dans son entièreté sans être obstruée par la chevelure bouclée impressionnante par son volume de la Serdaigle.

– Cordus, articulas-tu distinctement en pointant ta baguette vers la chaise en bois de chêne. Tu sentis la chaleur qu'émettait ta baguette donc tu entamas les trois mouvements brusques du poignet, en faisant attention à bien marquer un temps d'arrêt entre chaque cercle formé. Des cordes apparurent autour de la chaise qui émit des craquèlements inquiétants.

– Vous voyez pourquoi il est important de contrôler la force de sa magie. L'année dernière nous nous sommes entraînés sur des coussins et c'était pour que toutes mes chaises ne soient pas réduites en miettes. Desserrez les cordes, » te dit ton professeur de Sortilèges et tu fis le mouvement horizontal vers la droite pour ce faire.

Les cordes se desserrèrent drastiquement : elles tombèrent par terre avant de disparaître dans un étincellement. Mais tu fus mortifiée lorsque ce ne fut pas que les cordes qui tombèrent mais la chaise en elle-même. Les pieds de la chaise s'étaient cassés en deux à cause de la force de ton sortilège et le dos de la chaise était complètement en morceaux. Le vacarme du bois tombant sur le sol dallé te fit regarder Flitwick du coin de l'œil pour jauger sa réaction.

Il ne fit que soupirer lourdement. Sans doute que tu n'étais pas la première élève à détruire son mobilier cette année (ou cette semaine, qui sait ?). Flitwick dut faire un sortilège informulé car la chaise se redressa comme neuve la seconde suivante. Astrid Matthews ne serait pas sans chaise au prochain cours.

« Vous comprenez Miss Brown à quel point il est important de vous entraîner à contrôler votre magie durant les cours de 7ème année. Une fois partie de Poudlard, vous n'aurez plus l'occasion de le faire en étant aussi bien supervisé et ne pas contrôler sa magie peut être très dangereux. Vous imaginez si vous aviez lancé ce sort sur un être humain ? Il aurait suffoqué et, dans le pire, aurait pu exploser sous la force de vos cordes. »

L'image qui te vint à l'esprit te pétrifia de peur.

« Et c'est une des raisons pour lesquelles il est interdit de se livrer à des duels en dehors des heures de cours, continua Flitwick avec sérieux, te clouant sur place avec ses yeux sombres impossible à éviter vu qu'il était assis juste à côté de toi. Certains sorciers comme vous, Miss Brown, ont une empreinte magique très forte. »

Hein ?

« Mais heureusement pour nous, vous n'êtes pas d'un tempérament colérique sinon nous aurions beaucoup de dégâts dans nos locaux.

– Une empreinte magique forte, professeur ? Qu'est-ce que ça veut dire ? » Tu ne pus t'empêcher de demander – en sept ans d'étude tu n'avais jamais entendu ce terme. Tu avais toujours eu l'impression que chaque sorcier était sur un pied d'égalité en terme de magie, après, bien sûr, il y en avait qui avait le cerveau pour en user plus rapidement et agilement que d'autres.

– Que vous avez beaucoup de magie en réserve. Pour un sorcier non-expérimenté cela n'a pas d'avantages puisque cela veut dire que les sortilèges vous exploseront juste à la figure parce que vous extériorisez bêtement votre magie en disant juste une incantation. »

Bizarrement, tu pris ce commentaire comme s'il t'était destiné.

« Un sorcier expérimenté, lui, saura limiter la quantité juste de magie à extérioriser ce qui lui permettra d'enchaîner sortilèges sur sortilèges sans éprouver de fatigue aussi rapidement qu'une personne avec une empreinte magique moins conséquente. Mais il ne faut pas croire qu'avoir une empreinte magique importante fait automatiquement d'un sorcier un grand sorcier. Comparé à vous, par exemple, je fais partie de ceux avec une petite réserve de magie mais j'ai appris à en user de manière intelligente. Je ne gaspille rien en faisant les gestes le plus précisément possible et en faisant attention à la quantité de magie que j'utilise pour chaque sort. Regardez. »

Le cerveau pantois devant une telle explication, tu regardas avec une toute nouvelle admiration Flitwick jeter un sort de saucissonnage (informulé, bien sûr) à la chaise d'Astrid Matthews. Une seule corde apparut mais d'une longueur beaucoup plus importante que les tiennes et elle enserra de toute sa hauteur la chaise qui émit des grincements mais ne parut pas sur le point d'être réduite en morceaux.

« Vous m'impressionnez, professeur Flitwick. »

Ça t'échappa en un souffle. Hypnotisée par la chaise saucissonnée bien fermement, tu ne remarquas pas que ton commentaire venant indéniablement droit du cœur déstabilisa ton professeur qui sentit une vague de chaleur l'envahir. Pour se redonner contenance, il toussota puis tapota du bout de sa baguette le parchemin du contrôle abandonné.

Flitwick recommença à corriger le contrôle en te posant des questions jusqu'à ce que tu arrives logiquement jusqu'à la bonne réponse. Tu hésitais à chaque fois avant de répondre mais il ne te rabroua pas, se contentant de rediriger la conversation si tu te sentais bloquée. Au bout d'un bon quart d'heure, vous terminâtes les dix longues questions. Avant de te laisser partir, Flitwick t'informa qu'il n'allait pas prendre en compte ce contrôle pour la moyenne du trimestre, les résultats médiocres d'une partie de la classe l'en ayant dissuadé.

« Mais ne donnez plus de devoirs de ce niveau, Miss Brown. Si vous ne comprenez pas quelque chose, venez m'en parler à la fin du cours sinon vous aurez bien du mal pour vos A.S.P.I.C.S. C'est compris ? » te dit-il en t'observant par-dessous la monture de ses lunettes.

Ton cœur frémissait de nervosité à l'entente du mot « A.S.P.I.C.S. » mais les conseils de Flitwick t'avaient redonné la pêche. Tu lui décochas un sourire rendu lumineux par ton soudain regain d'énergie.

« C'est compris, professeur ! Je n'hésiterai pas alors, en espérant que vous ne finirez pas par en avoir marre de moi, plaisantas-tu en te levant, ton contrôle hâtivement rangé dépassant de l'ouverture de ton sac.

– J'ai bien peur que mes Serdaigles soient beaucoup plus avares en précision que vous, Miss Brown, rétorqua Flitwick avec un sourire, sautant lui aussi de sa chaise. Miss McKinnon doit certainement attendre que je sois libre pour me poser quelques questions d'ailleurs, ajouta-t-il en trottinant jusqu'à son bureau, toi derrière qui prenait garde de ne pas faire de trop grandes enjambées pour ne pas lui marcher sur ses chaussures.

– Oh non, j'ai dû la faire attendre longtemps.

– Ne vous inquiétez pas pour ça. A qui sait être patient, les choses arrivent toujours à temps, n'est-ce pas Marlène ? dit Flitwick en direction de la porte restée entrouverte qui fut poussée par la concernée qui arborait le même sourire que Flitwick sur ses lèvres rosées – un sourire typiquement Serdaigle à tes yeux. C'était le sourire mystérieux des sages. De ceux qui échangeaient des blagues intellectuelles qui te passaient complétement au-dessus.

– Oui, professeur car l'homme patient et courageux fait lui-même son bonheur.

– Joliment dit, Marlène.

Ils étaient bien des Serdaigles. Ce n'était pas avec tes camarades de Poufsouffles que tu allais t'amuser à échanger des proverbes. Et si quelqu'un le faisait, ça n'étirerait pas des sourires amusés sur les lèvres des blaireaux. Ça provoquerait plutôt un regard d'incompréhension. Dans le genre : qu'est-ce que tu me chies ?

– Hum, d'accord…marmonnas-tu tout bas, tes yeux allant de la figure bien soignée de Marlène McKinnon qui était rentrée dans la salle d'une démarche décontractée au professeur Flitwick qui l'accueillait en lévitant une boite de sucreries vers elle.

Marlène piocha dedans sans un mot. Comme si recevoir des bonbons de Flitwick n'était pas un honneur donné qu'à quelques rares élus. La dernière fois que tu avais assisté à ce privilège était l'année dernière lorsqu'Akash avait fait apparaître un patronus corporel dès son deuxième essai. Le sourire brillant de Flitwick n'avait été concurrencé dans sa brillance que par le panda rouge d'Akash qui trottinait tranquillement sur le sol pour renifler partout. Maintenant que tu y pensais, le panda rouge avait longuement reniflé les chaussures d'Astrid Matthews. Pas que ça ait dérangé à la Serdaigle qui s'était accroupi pour roucouler face au patronus. Peut-être que l'idée qu'avait Amos comme quoi Akash était intéressé par la brune n'était pas si saugrenue finalement…

Si tu ne te méprenais pas, Marlène avait elle aussi fait apparaître un animal un peu plus tard durant la même heure. Un tout petit qui sautait partout à une vitesse tellement fulgurante que tu n'avais pas pu identifier sa race. Mais, elle, elle n'avait pas eu droit à toute un cortège cérémonial pour l'échange des bonbons (la classe entière avait applaudi, dont toi, t'esclaffant à pleine gorge lorsqu'Akash s'était agenouillé pour accepter solennellement l'offrande de Flitwick, comme si c'était là un adoubement). Sans doute que Flitwick avait été ému de voir que le cancre de la classe qui utiliserait un wingardium leviosa pour faire léviter une plume et la coincer dans la narine d'un élève (Amos Diggory en 1ère année, la légende disait que c'était le début de l'amitié Akash-Amos) était capable de faire apparaître aussi aisément un sortilège d'un niveau si avancé que même des sorciers adultes peinaient à réussir.

Pour être honnête, tu n'avais pas été tant que ça surprise de l'apparition du Patronus d'Akash. C'était un imbécile heureux. Des souvenirs heureux il en avait des tonnes. La preuve, il était du genre à rigoler lorsqu'il lâchait un pet particulièrement bruyant – la colocation était parfois un peu difficile dans la salle commune de Poufsouffle.

Mais maintenant que tu refermais la porte derrière toi, te confrontant au silence du couloir vide à cette heure où tout le monde était en cours plutôt qu'à l'échange de banalités entre Flitwick et Marlène McKinnon, tu te disais que l'offrande de bonbons ne devait être un privilège rarissime que pour les Poufsouffles.

Sans doute que Flitwick avait de longues discussions passionnantes avec les esprits brillants qui siégeaient à Serdaigle toutes les semaines ou tous les jours et qu'il devait donc se restocker assez fréquemment en bonbons. Après tout, tu ne le voyais que quatre heures par semaine. Étant à la tête de la Maison des aigles, il devait avoir des entretiens privés remplis d'exhibitions de magie incroyables qui valaient deux Chocogrenouilles.

Il ne suffisait que penser au palmarès de la promo de Serdaigle de ton année. Astrid Matthews avait mauvaise réputation parce qu'elle traînait avec Hagrid, le gigantesque et robuste garde-chasse qui effrayait la plupart des élèves, mais ses heures passées à l'extérieur ne prouvaient que son virtuose et son dévouement pour s'occuper des créatures magiques.

Marlène McKinnon, elle, excellait dans tous les domaines, décrochant aisément tous les ans la place de tête de promo comme soupirait souvent Charlotte avec lassitude lorsqu'elle s'efforçait de réviser jusqu'à pas d'heure pour décrocher la meilleure note de la promo. Kate Godfried, malgré sa mauvaise performance d'aujourd'hui, n'avait jamais concocté de potions imparfaites, la faisant d'office une invitée récurrente du club de Slughorn. Et les quatre garçons de Serdaigle n'étaient pas en reste : Luke Carstein, préfet-en-chef, Tony Valasquez, chouchou de McGonagall et batteur d'exception, Francis Lockart, capitaine de l'équipe de Quidditch et, pour terminer, Adrian Parkinson, rival de McKinnon dans toutes les matières scolaires et héritier des Parkinson.

Non, Flitwick ne devait pas avoir besoin de dédier un quart d'heure à ses Serdaigles pour corriger un contrôle surprise mensuel. L'honneur te revenait à toi qui bataillait actuellement avec Akash, Meredith Ravencrest et Liam Oslen pour ne pas être la dernière de la promo.

Durant tes réflexions, tes pieds te dirigèrent automatiquement vers la cour où se trouvaient sans grande surprise Amos et Akash. Cependant, ils n'étaient pas assis à même la terre pour jouer à une partie de Baveboules comme vous en aviez pris l'habitude pour la pause de 10 heures. A la place, Amos s'était trouvé un coin pour se poser avec Kate Godfried dont les joues n'avaient toujours pas perdu de leur couleur alors qu'elle entourait une mèche de cheveux autour de son index, écoutant Amos en le regardant avec un regard par en-dessous. Ils étaient tous les deux assis sur un banc éloigné tandis qu'Akash discutait au niveau de la fontaine avec Francis Lockart et Tony Valasquez.

« Hé, Eva ! Attrape ! »

Ton bras se leva. Tu attrapas ce qui se révéla être un vif d'or. Ses ailes te chatouillaient la main alors qu'il se débattait pour s'enfuir. Une ombre se posa sur toi.

« C'est incroyable ton talent d'attraper tout à n'importe quel moment, rigola Luke Carstein qui venait de s'arrêter à ta gauche, le tissu de sa chemise t'effleura ton avant-bras à découvert puisque tu avais relevé tes manches jusqu'à tes coudes durant le cours de Sortilèges. T'es sûre que tu ne veux pas retenter de rentrer dans ton équipe de Quidditch ?

– Tu sais très bien que je suis aussi à l'aise sur un balai que Chourave avec des talons, répondis-tu avec un sourire, l'état pitoyable de ta Cheffe de Maison tentant de marcher avec les talons que McGonagall l'avait forcé à mettre pour les réunions parents-profs de ta fin de 6ème année à l'esprit.

– Tant mieux pour nous. Je ne voudrais pas que tu arraches des mains toutes les balles à nos poursuiveurs. On a déjà bien du mal avec Diggory et Potter, Serdaigle n'a pas besoin d'un autre monstre de Quidditch.

– Si seulement. J'aimerais bien revoir la coupe de Quidditch dans notre salle commune, soupiras-tu. Tiens, tu veux que je te le rende ? ajoutas-tu lorsque le vif d'or tenta avec force de s'échapper, faisant vibrer ta main.

– Oui, il vaudrait mieux que le Préfet-en-chef ne perde pas le vif d'or. Je sais pas qui me tuerait d'abord : McGonagall ou Francis ?

– McGonagall sans doute. Elle n'a toujours pas digéré sa défaite de l'année dernière. J'ai cru entendre qu'elle avait parié avec Slughorn toute sa collection de vaisselle écossaise. »

Luke fit une grimace alors que vous vous échangiez précautionneusement le vif d'or.

« Tiens, tu peux prendre la boite du vif d'or dans mon sac ? » te demanda-t-il en enserrant fermement le vif d'or entre ses mains jointes qui étaient comme secouées par des spasmes – le vif d'or semblait être d'humeur massacrante.

Tu acquiesças et te penchas pour ouvrir le sac pendant le long du flanc du brun. Il avait dû y jeter un sortilège d'expansion et d'allégement car il y avait un nombre impressionnant de livres là-dedans mais tu n'eus pas de difficulté à trouver la boite noire où un dessin de vif d'or peint de couleur or te faisait de l'œil.

« Hé, Eva ! Arrête un peu de toucher Luke en public, sa petite copine serait pas contente ! cria bien fort Tony Valasquez alors qu'il n'était pas si loin que ça, l'idiot.

Il avait un sourire malicieux aux lèvres alors qu'Akash levait son pouce en ta direction (« Nice, Eva ! » accompagné d'un clin d'œil) et que Francis Lockart souriait avec exaspération, habitué au volume inapproprié de son ami.

Tu te redressas, la boite du vif d'or en main. De l'autre, tu transmis le fond de ta pensée au Serdaigle avec ton majeur. Il en brandit deux en réponse, les secouant avec animation.

« Tu pourrais lui retirer des points pour ce geste, tu sais, Luke. »

Tu sursautas. Adrian Parkinson venait de se matérialiser derrière Luke et toi, complétant le quatuor des Serdaigles de ta promotion. Une mèche foncée s'était échappée de ses cheveux méthodiquement retenus en arrière par l'application d'une potion coûtant certainement une fortune, révélant ses yeux noirs perçants qui se posèrent sur toi pendant un bref moment déjà trop long à ton goût avant qu'il ne se désintéresse de toi.

La froideur de son regard t'avait glacé sur place. Tu préféras lui tourner le dos.

Luke soupira :

« Si je lui retirais des points à chaque fois qu'il fait des doigts, on terminerait facilement dernier pour la Coupe alors je préfère éviter. Allez, Eva, on va vite rentrer ce vif d'or colérique – mes bras vont bientôt me lâcher, ajouta-t-il avec une grimace de douleur bien expressive alors qu'il luttait pour ne pas suivre le mouvement du vif d'or qui l'avait déjà fait avancer d'un pas. Adrian, tu veux bien lancer un protego pour l'empêcher de s'enfuir ? »

Tu entendis Parkinson murmurer une formule trop longue pour être un simple protego et la seconde suivante un dôme de lumière vous entourait tous les trois. Tu levas les yeux au ciel : quel frimeur. Avoir son nez collé dans des bouquins vieux du XVIème siècle le rendait au moins capable de cantonner un vif d'or à un petit espace. Ça serait génial si ses bouquins pouvaient aussi lui apprendre l'étiquette sociale à suivre envers des gens qui n'étaient pas des Sang-Purs ou des étudiants savants qui allaient sans aucun doute décrocher des postes de renommée d'ici quelques années.

Luke te lança un regard inquisiteur :

« Prête ? »

Tu hochas la tête avec un petit sourire, ouvrant la boite et la rapprochant autant que possible des mains de Luke devenus pâles avec la pression qu'il exerçait sur celles-ci. Tu sentis le souffle chaud de Luke faire voltiger quelques cheveux s'étant échappés de ton chignon lâche mais tu n'y prêtas pas attention, tu étais prête à ce qu'il ouvre ses mains et hop, tu refermerais direct la boite sur le vif d'or. Le but étant bien sûr de ne pas pincer les doigts de Luke pendant l'opération.

« A trois. Un, deux, trois. »

Il retira ses mains. Le clac de la boite qui se refermait fut presque rendu inaudible par les vibrations furieuses du vif d'or qui n'appréciait pas du tout d'être pris au piège. Un rire surpris t'échappa alors que tu sentais la boite s'enfoncer dans ton ventre avec la force de la petite balle dorée.

Tu plaignais les joueurs de Quidditch. Devoir ranger le vif d'or après chaque entraînement ne devait pas être une partie de plaisir.

« Dis donc, quel petit excité ! rigolas-tu. Il doit avoir plus de force qu'Akash en a dans les bras.

– Hey, j't'ai entendu ! s'écria Akash qui s'était rapproché : Tony Valasquez et Francis Lockart l'entourant de chaque côté.

– Elle n'a pas tort, mec, commenta Tony, les yeux jaugeant du regard les biceps halés du Poufsouffle qui étaient bien loin de ceux bien définis de Tony qui attiraient nombreux regards appréciateurs (dont le tien, occasionnellement) lorsqu'ils n'étaient pas cachés par sa robe de sorcier. C'est pas avec ça que tu vas réussir à pécho notre défenseuse des droits des animaux.

– Si tu veux je peux te passer des exercices pour te les rendre irrésistibles, pipa Francis de l'autre côté d'Akash, son sourire narquois qui rendait furibond tout poursuiveur tentant de marquer un but contre lui scotché aux lèvres.

Ce sourire légendaire prouva être tout aussi frustrant pour Akash que pour tous les malheureux poursuiveurs qui s'évertuaient à essayer de franchir le mur de fer qu'était le capitaine de l'équipe de Quidditch de Serdaigle : il vira au rouge sous l'effet combiné de l'embarras et de la colère à en juger par l'expression de son visage.

Tu fus la première à rire lorsqu'Akash se retourna et gifla la partie la plus atteignable de Francis. En l'occurrence : son biceps gauche qui n'avait rien à envier à celui de Tony après presque 6 ans d'entraînement de Quidditch. La seconde suivante, Tony sautait sur le dos d'Akash, lui enroulant le bras autour du cou pour lui frotter férocement le cuir chevelu. Akash se débattit furieusement et Tony fut obligé de lâcher prise. S'ensuivit la création d'un cercle où Akash, Tony et Francis se regardaient en chien de faïence, avançant lentement pour saisir le bon moment et frapper sa victime tel un match de boxe.

Luke te tapota l'épaule alors que Francis et Tony échangeaient un regard entendu. La seconde suivante, tu entendis Akash crier à la fourberie et Tony rétorquer que ce n'était que de la solidarité de Maison alors que tu plongeais tes yeux dans ceux marrons et chaleureux du préfet-en-chef. Ses mèches d'un brun clair lui tombaient dans les yeux alors qu'il se penchait vers toi.

« Tu veux me rendre le vif d'or ou tu préfères le garder ? te demanda-t-il d'un ton amusé, te rappelant soudainement que tu n'étais pas obligée de continuer à contracter les muscles pour tenir en place la boite du vif d'or.

– Ah non, tu peux le reprendre. J'ai déjà assez à faire avec un petit monstre, » dis-tu en offrant la boite à Luke avec un sourire.

Il te lança un regard interrogateur :

« Comment ça t'as déjà un « petit monstre » ?

– C'est un secret, monsieur le préfet-en-chef, répondis-tu, son regard contrarié te faisant rire alors qu'il te reprenait son vif d'or.

– Le monsieur préfet-en-chef comme tu dis pourrait bien aller fouiller dans tes affaires, tu sais, maugréa-t-il en fourrant le vif d'or dans son sac.

– Un préfet-en-chef avouant ouvertement vouloir pénétrer dans le dortoir des filles. Et d'une autre Maison de surcroît ! t'exclamas-tu en ouvrant grand tes yeux de fausse surprise. Vite, je ferais mieux de prévenir Dumbledore de ce comportement intolérable ! »

Tu fis mine d'aller à la recherche du directeur mais à peine avais-tu tourné les pieds que Luke t'attrapait par le col et te tirait vers lui. Tes pieds évitant de justesse d'écraser les siens, tu croisas son regard par-dessus ton épaule. Il avait sa moue sérieuse qui était apparu pour la première fois lors de votre 5ème année lorsqu'il avait surpris Amos en train de soulever magiquement les jupes des filles ayant le malheur de passer devant l'armure où lui et Akash se cachaient.

« On ne se moque pas d'un préfet-en-chef, » dit-il d'un ton sérieux.

Tu éclatas de rire.

Luke le préfet disparu pour laisser place à Luke au sourire craquant. Sourire craquant qui, d'après les rumeurs, avait été le facteur final pour qu'Amelia Avery accepte d'être sa petite amie. Tu avais un fort soupçon qu'elle avait surtout accepté les sentiments de Luke pour son badge prestigieux de préfet-en-chef qui ne faisait que renforcer son statut de bon parti.

En effet, elle avait pris toutes les vacances d'été pour réfléchir à sa demande alors qu'il était pourtant l'héritier des Carstein. Ce n'était que lors du trajet de train de la rentrée qu'elle avait enfin donné sa réponse au grand bonheur de Luke qui s'était démené depuis votre 5ème année pour se rapprocher de la Serpentarde bien connu pour ses remarques cinglantes. Tu ne comprenais pas qu'elle ait eu besoin d'autant de temps de réflexion : Luke était honorable, rieur et avait des fossettes qui ne rendaient son visage d'enfant que plus craquant.

Sans doute un truc de Sang-Pur.

D'un autre côté, tu n'avais jamais compris l'intérêt de Luke pour la Serpentarde donc peut-être qu'ils se valaient bien tous les deux.

« Pour une fois qu'Eva flirte, elle décide bien sûr de le faire avec un homme déjà pris. »

Le commentaire soudain d'Amos qui avait réapparu en tenant la main de Kate Godfried dans la sienne te surprit toi et Luke. D'un bond, il lâcha ta chemise pour s'éloigner de toi et tu sentis une vague de chaleur attaquer tes joues alors que tu foudroyais Amos du regard. Il te fit un clin d'œil joueur qui te fit détourner les yeux, gênée et agacée. Tu ne pus t'empêcher de croiser les bras sous ta poitrine.

« Diggory, si tu pouvais éviter de faire ce genre de blague, dit Luke et tu le visualisais parfaitement : une main posée sur sa nuque et un regard plus gêné qu'imposant.

– Roh, t'inquiètes, mec. Tu sais bien que c'est juste une boutade. Je voudrais pas qu'Eva subisse les foudres de ta femme. Enfin, c'est pas comme si ce n'était pas déjà le cas, » se marra-t-il en essayant d'échanger avec toi un regard complice.

Tu refusas de croiser son regard : il était conscient du statut précaire de tes relations avec les Serpentards et pourtant il prenait toujours ça sur le ton de la rigolade.

Luke soupira lourdement.

« T'es vraiment lourd…

– Mais il n'a pas tort. »

Ah, toi qui avais oublié que Parkinson rôdait dans les parages.

« Amelia ne serait pas heureuse de savoir que tu te comportes de cette façon avec… » Parkinson s'arrêta. Tu sentais son regard brûler ta nuque. « Avec des membres de la gente féminine, » finit-il par dire d'un ton qui sous-entendait que c'était la formule la plus polie qu'il avait trouvé pour te décrire.

Tu ne fus pas la seule à prendre mal son commentaire dont le ton méprisant était impossible à ignorer. Amos avait beau ne pas contracter furieusement sa mâchoire comme toi pour réprimer ton envie de défoncer la gueule de bulldog de Parkinson, la tournure féroce qu'avait pris son sourire montrait bien qu'il partageait tes pulsions meurtrières.

Mais ce n'était pas que toi et lui. Les gars avaient cessé leur petit jeu. Un malaise s'était abattu sur votre groupe d'aigles et de blaireaux. Personne ne disait rien.

« Membres de la gente féminine… répéta lentement Amos d'un ton méprisant qu'il ne réservait qu'aux plus gros des trous du cul comme il aimait bien le dire. Tu te crois où, mec ? Le Moyen-âge comme dans tes bouquins ? T'as qu'à y retourner. Peut-être qu'une jouvencelle voudra bien être courtisée par un bâtard comme toi. En dernier recours, bien sûr. »

Ton cœur se serra. Tu fixas la terre à tes pieds, muette.

« Allez, on se casse. Ça pue la merde ici. »

Tu entendis les chaussures d'Amos claquer sur le sol. Il arriva à ta hauteur et sa main se posa sur ton épaule. Doucement, il fit glisser sa main jusqu'à ton omoplate pour te pousser en avant. Tu te laissas faire, remarquant qu'Amos n'avait pas lâché la main de Kate Godfried.

« Ce fils de pute, siffla Amos entre ses dents alors que vous disparaissiez dans l'enceinte du château, un de ces jours je vais vraiment lui défoncer sa gueule de branleur. Meilleur sorcier de la promo, mon cul, il saura pas quoi faire quand mon poing fera pisser d'sang son nez. J'te jure Eva, s'il rouvre sa gueule une seule fois devant moi, il est mort.

– Tu ne devrais pas dire ça Amos, » dit Kate Godfried d'une voix anxieuse.

La rage se lisant sur les traits fermés de son potentiel nouveau petit ami avait dû la refroidir voire carrément l'effrayer. Autant Amos savait se servir de son joli minois pour attirer les filles, autant ses muscles bien définis et sa grande taille très alléchants en temps normal devenaient menaçants lorsqu'il était pris d'une humeur noire.

« Tu pourrais être puni si un professeur t'entendait, » ajouta-t-elle.

Si tu n'avais pas été à des milliers de lieux de là, tu aurais été impressionnée par son cran. Rares étaient ceux qui osaient contredire Amos et, elle, elle le faisait alors qu'elle venait tout juste de trouver un accord avec le batteur des Poufsouffles dont les larges épaules avaient laissé derrière eux de nombreux blessés après des matchs de Quidditch.

« Désolé Kate mais j'en ai strictement rien à foutre. Si tu savais le nombre de fois que j'ai laissé couler avec ce mec. Si ça ne tenait qu'à moi, ça ferait longtemps qu'il serait cloîtré à un lit de l'infirmerie.

– Tu ne peux pas, Amos, insista Kate d'un ton plus pressant. Ce n'est pas n'importe qui. Si tu le touches…

– Je sais, grinça Amos. Ces putains de Sang-Purs de mes deux ! »

Sa main qui était toujours posée sur ton omoplate se contracta, froissant ta chemise.

« Amos, moins fort, implora Kate. La cloche va bientôt sonner. »

Et la cloche sonna.

« Je suis vraiment désolée mais il faut que je vous laisse, vous informa Kate après un soupir éreinté. J'ai potions. On se voit ce midi, Amos. Salut Eva, » ajouta-t-elle à dans ta direction et tu te forças à lever la tête pour lui adresser un sourire poli.

Son sourire à elle fut petit. Elle donnait l'impression de vouloir s'excuser pour le comportement de son camarade de Maison. Pourtant, après quelques secondes d'intense réflexion intérieure trahi par son mordillement de lèvre et son regard hésitant posé sur toi, elle finit par ne rien dire de plus. Elle tourna les pieds pour se fondre dans la masse d'élèves qui remplissaient déjà les couloirs avec une énergie exubérante.

« Tu sais… », commença Amos, te faisant lever les yeux vers lui.

Il ne te regardait pas. Il fixait un point au loin. Il avait un air déterminé que tu ne lui connaissais pas.

« J'suis peut-être une tête de con comme aime bien me le rappeler Charlotte mais je ne tomberai jamais aussi bas que tous ces merdeux qui crachent leur venin sur les supposés « impurs ». Je les emmerde, cracha-t-il. Et toi aussi tu les emmerdes, O.K ! » te dit-il avec fermeté en attrapant ton autre épaule de sa main libre. Il approcha son visage du tien et tu fus pris au ventre par la flamme qui brillait dans ses yeux chocolats.

Il était d'une étrange intensité qui te mettait mal à l'aise dans son honnêteté mais tu n'osais pas détourner les yeux.

Bizarrement, tu pensas au Choixpeau.

Si à Poufsouffle vous allez, comme eux vous s'rez juste et loyal

La loyauté légendaire des Poufsouffles. C'était à ça qu'elle devait ressembler. Amos était un Diggory, une famille sorcière remontant à plusieurs générations. Il n'était pas noble mais il aurait pu bien se placer. Il avait le physique et le charisme pour. A la place, il avait décidé de s'entourer de brebis galeuses. Tu avais eu de la chance d'être tombé sur lui dans ce couloir du 4ème il y a presque deux ans de cela. Mine de rien, tu n'étais pas sûre que tu serais là où tu étais aujourd'hui si ce n'était pour ce Poufsouffle qui préférait les blagues grivoises à toute forme de conversations civilisées.

« Et quand nous les Poufsouffles on les emmerde, ça veut dire qu'on les emmerde bien profond. »

Enfin, tu n'étais pas sûre qu'une phrase si joliment formulée devrait être citée comme démonstration de loyauté dans les annales de ta Maison. « On les emmerde bien profond...» Et il disait ça d'une manière si classe en plus. Malheureusement pour le futur de la société sorcière, son charisme était gâché par son cerveau toujours bloqué au niveau d'un adolescent pré pubère.

« Diggory ! Qui vous a donc appris à parler d'une telle façon ?! »

Oh non, McGonagall.


nombre de mots : 9055.
titre : empreinte magique

Next time : un petit incendie en cours, un Sirius à genoux et un James Potter qui réussit à attraper AUTRE CHOSE que des Vifs d'or

IMPORTANT : ça serait cool d'avoir un p'tit commentaire. Le début prend du temps mais il y a du piquant qui arrive ! ;)

kenavo