Bonjour tout le monde ! Me (re) voici sur le fandom Inazuma Eleven ! J'ai enfin terminé l'OG ! L'épisode 106 m'a inspiré ce petit OS très centré autour de mon personnage favori (aka Kidou lol). J'espère que vous apprécierez !

Bonne lecture !


« Kageyama est mort. »

Le regard vissé sur le plafond, Kidou ne parvenait pas à trouver le sommeil. Ces trois petits mots hantaient son esprit depuis que la nouvelle était tombée. L'idée lui semblait surréaliste. Comment un homme comme lui avait-il pu disparaître en un battement de cil ? C'en était presque risible, comme s'il s'agissait d'une farce de mauvais goût ou d'une nouvelle machination de celui qu'il appelait autrefois « Commandant ». Kageyama avait toujours réussi à revenir dans sa vie, d'une manière ou d'une autre. D'ailleurs sa présence constante, son aura si pesante sur ses épaules avaient bien failli le détruire.

Et pourtant, l'idée même de ne plus jamais le revoir lui procurait un sentiment étrange, qu'il ne pouvait - ou ne voulait - pas nommer. Sa mort ne lui donnait pas le soulagement qu'elle aurait dû. À la place, il se retrouvait avec un poids sur le cœur, un poids qu'il culpabilisait de porter. Malgré tout ce que Kageyama lui avait fait subir, Kidou savait qu'il ne parviendrait jamais à le détester complètement. Car cet homme, qu'il le veuille ou non, lui avait tout appris. Cet homme avait créé celui qu'il était aujourd'hui. Cet homme lui avait fait rencontrer Endou et les autres. Cet homme avait été bien plus un père pour lui que son père adoptif.

Et Kidou détestait ça. Ces sentiments. Ces souvenirs.

Avec un soupir, il se redressa sur son lit. Si ses pensées refusaient de le laisser dormir, il n'avait qu'à les chasser avec la seule méthode qui fonctionne. Son regard se posa sur le ballon de foot à ses pieds. Déterminé, Kidou s'en empara et enfila son uniforme avant de quitter les dortoirs à pas de loup. À une heure aussi tardive, même le coach Kudou devait dormir aucune chance donc qu'il se fasse arrêter par qui que ce soit.

À peine eut-il mis un pied dehors que l'air frais de la nuit provoqua des frissons le long de son échine. La lune brillait haut dans le ciel ronde, imposante, presque oppressante, elle semblait le surveiller comme une reine surveille ses sujets… ou comme un père veille sur son fils. Kidou serra les poings. À quoi pensait-il ? Kageyama n'avait jamais veillé sur lui ! Il l'avait trompé, manipulé, utilisé ! Certes, il s'était rendu à la police et avait fini par retrouver sa lumière derrière les ténèbres qui le consumaient, mais jamais cela n'excuserait ses agissements !

Irrité, l'adolescent envoya le ballon dans les filets d'un puissant coup de pied. Il répéta l'opération à plusieurs reprises, cherchant sans succès à se débarrasser enfin de ces pensées qui parasitaient son esprit, de ces émotions qu'il refusait de ressentir.

Encore une fois ! Plus fort ! Plus vite ! Ce n'est pas suffisant !

Malgré toute sa volonté, ses tirs manquaient de précision et ses dribbles, de flexibilité. Le fantôme de Kageyama continuait de flotter devant ses yeux, narquois et souriant. Il entendrait presque sa voix lui murmurer qu'il le décevait, qu'il pouvait faire mieux, qu'il restait sa plus grande création. Un flot d'émotions incontrôlable rugissait dans les veines de Kidou. Une rage noire, dangereuse, sinistre lui dévorait les entrailles, une rage comme rarement il en avait connu, une rage qui cachait bien plus qu'une simple colère contre lui-même et contre Kageyama.

Une rage qui menaçait d'éclater à tout instant.

Il frappa à nouveau le ballon. Mais, cette fois quelqu'un se trouvait là pour le rattraper. La lueur argentée de l'astre permit à Kidou de reconnaître la silhouette. Sa mâchoire se crispa. Il n'était vraiment pas d'humeur à jouer avec lui.

— Fudou. Qu'est-ce que tu fais ici ?

Un sourire arrogant s'étira sur son visage tandis qu'il jonglait nonchalamment avec le ballon. Kidou fronça les sourcils. Il détestait ce sourire.

— Tu devrais plutôt te demander par quel miracle je suis le seul ici vu le boucan que tu fais, Kidou-kun.

— Rends-moi ça, répliqua-t-il.

— Si c'est ce ballon que tu veux, viens le chercher !

Des mots remplis de suffisance accompagné d'un regard qui respirait le défi. Il savait que Fudou cherchait à le provoquer comme souvent. D'ordinaire, Kidou parvenait à ne pas rentrer dans son jeu, mais d'ordinaire Kidou ne ressentait ce feu qui le consumait de l'intérieur.

Sans plus réfléchir, l'adolescent se rua dans sa direction et un duel à coup de feintes et de maîtrise du ballon s'engagea entre eux. Si Fudou arborait toujours ce sourire dont lui seul avait le secret, la mine de Kidou affichait une expression des plus sérieuses. Soudain, son adversaire réussit à prendre possession du ballon par une pirouette surprenante.

— Bah alors, Kidou-kun ? Je t'ai connu plus réactif que ça ! C'est la mort de Kageyama qui te rend mou du genou comme ça ?

Tais-toi.

Les paroles assassines de Fudou transperçaient son cœur, mais il refusait de se laisser déstabiliser par ce stratagème.

Kidou tenta un tacle, en vain, puisque son opposant l'esquiva avec une aisance agaçante. À quelques pas devant lui, Fudou le narguait avec ce foutu sourire et cet éclat dans ses yeux.

— Oh ? J'aurais touché un point sensible ? Si tu veux mon avis, sa mort est la meilleure chose qui ait pu arriver. Ce type méritait rien de mieux.

Tais-toi !

Kidou chargea dans sa direction avec une agressivité inhabituelle chez lui. Pourtant, son adversaire ne se départissait pas de son sourire comme s'il s'agissait de la réaction qu'il attendait. L'esprit bien trop embrumé par sa colère et par les paroles de Fudou, l'adolescent commettait des erreurs de plus en plus fréquentes, des erreurs qui ne lui ressemblaient pas.

— Pourquoi t'es si énervé ? Ça te manque de plus être la marionnette de ton Commandant chéri ?

— Va te faire foutre, Fudou !

Les mots avaient franchi la barrière de ses lèvres dans un cri déchirant la nuit, un cri de rage et de désespoir mêlés, un cri incendiaire qui libéra enfin le brasier qui hurlait dans sa poitrine.

Et le sourire de Fudou s'agrandit.

Le jeu déjà agressif de Kidou devint brutal presque violent, mais son adversaire loin de se laisser faire lui tenait tête avec tout autant d'ardeur. Ils se disputèrent le ballon avec tant d'intensité et de virulence que celui-ci fut jeté hors du terrain et atterrit quelque part dans le sous-bois.

Exténué, l'adolescent aux lunettes aux lunettes ahanait tandis que, les mains posées sur ses genoux, il tentait de récupérer son souffle.

— Déjà fatigué, Kidou-kun ? se moqua Fudou tout aussi transpirant.

Kidou grimaça. Il ne pouvait même plus supporter d'entendre ne serait-ce que sa voix. Parce qu'au fond de lui-même, cette voix… elle lui faisait peur. Fudou ne cherchait qu'à le provoquer, mais derrière chacune de ses répliques cinglantes se cachait peut-être un fond de vérité, une vérité que Kidou refusait d'affronter et qui pourtant s'insinuait dans son esprit, sournoise et malicieuse.

Bien malgré lui, il tenait à Kageyama. Comme un fils tenait à son père.

Aucun mot ne pourrait décrire avec suffisamment de justesse et de puissance le choc qui venait de heurter Kidou. Il haïssait cet homme pour tout ce qu'il avait fait subir à lui et à ses amis. Il le détestait de toute son âme, le méprisait de toutes ses forces… Et pourtant, sa poitrine se comprimait à l'idée de sa mort tandis que sa vue se brouillait en dépit de tous ses efforts pour retenir cette fichue tristesse dont il ne voulait pas.

— Tu comptes rester planté là, longtemps ? râla Fudou. On a un ballon à récupérer !

Mais, Kidou ne l'écoutait pas. Au lieu de ça, il se laissa tomber lourdement sur le terrain poussiéreux, telle une poupée de chiffon. Les bras croisés comme s'il était frigorifié, Kidou sentait ses larmes trop longtemps retenues rouler le long de ses joues. Son chagrin demandait à sortir par tous les pores de sa peau, mais l'adolescent continuait de résister. Ne se débarrasserait-il donc jamais de la malédiction de Kageyama ? Des sanglots muets secouèrent ses épaules, mais les larmes, elles, continuaient de couler, comme pour éteindre les flammes de colère qui embrasaient son corps il y a un instant. Jamais Kidou n'avait ressenti autant d'émotions intenses en un si court laps de temps. Sa peine s'apparentait à un million de lames lacérant sa peau sans relâche.

C'était douloureux. Si douloureux que le souffle lui manquait. Si douloureux que ses mains s'ancrèrent dans le sol pour maintenir un contact avec la réalité. Si douloureux que Kidou ne parvenait plus à garder le silence. Il se recroquevilla pour enfouir sa tête contre ses genoux et ainsi étouffer ses pleurs, mais il savait que Fudou ne manquerait pas de les entendre.

En parlant du loup, Kidou réalisa qu'il venait de s'asseoir à ses côtés sans un mot. Il n'osait même pas relever un regard vers lui. De tous ses coéquipiers, pourquoi avait-il fallu que ce soit Fudou qui le retrouve ? Il était bien le dernier à qui Kidou souhaitait dévoiler sa vulnérabilité.

Soudain, l'adolescent tressaillit. La paume fraîche de son ami et rival venait de se poser sur la sienne en un geste de réconfort. Surpris, Kidou releva légèrement la tête pour observer la mine nonchalante en apparence de Fudou. Le regard rivé vers la lune, son profil se découpait face à la lumière d'argent il ressemblerait presque à une de ces peintures exposées au musée. Les yeux de Kidou glissèrent le long de son bras pour atterrir à l'endroit où leurs peaux se rencontraient. Ce contact aussi léger soit-il eut cependant le don d'adoucir le tourbillon de sentiments qui l'étreignait jusqu'à présent.

Fudou…

Est-ce que son camarade avait fait exprès de l'énerver pour qu'il se libère de ce poids pesant sur ses épaules ? Venant de sa part, ça ne l'étonnerait qu'à moitié.

— Tu devrais retirer ces trucs-là, lança-t-il en pointant ses lunettes. Tu vas finir par mourir noyé si tu les gardes.

Une pointe de sarcasme, un éclat moqueur, mais pas de sourire arrogant. De nombreux non-dits se cachaient derrière les mots et les gestes de Fudou. Il suffisait juste de les apercevoir.

Ne plus avoir ses fameuses lunettes sur le nez perturbait l'adolescent il se sentait vulnérable presque fragile sans elles. Mais, en cet instant, il n'aurait voulu les remettre pour rien au monde. Ses yeux mis à nu contemplaient la nuit étoilée comme jamais auparavant avant de se tourner vers équipier. La sensation de leurs mains entrelacées lui apparaissait avec bien plus d'acuité maintenant et son corps près du sien réveillait en lui des sentiments confus et légers, loin de l'intensité de sa précédente colère. Pourtant, il ne chercha pas à s'éloigner.

Avec Fudou à ses côtés, Kidou se sentait plus léger, plus… heureux, même s'il ne l'avouerait pas.

Avec Fudou à ses côtés, Kidou se libérait enfin de cette part d'obscurité qui l'engloutissait.

Et avec Fudou à ses côtés, Kidou regardait les papillons noirs de sa peine s'envoler comme s'ils n'avaient jamais existé.

— T'es vraiment le pire, Fudou.

Sa voix ne constituait plus qu'un murmure, mais Kidou savait qu'il l'avait entendu. Pour preuve, les commissures des lèvres de son camarade se relevèrent.

— Je vais prendre ça comme un compliment, Kidou-kun.