Cette fanfiction a été écrite dans le cadre d'un défi d'écriture : Les uns contre les autres (février-mars 2020).
Chaotique. C'était le mot adéquat pour décrire la situation actuelle.
Tout s'était déroulé très vite ; alors que le Tony Stark du futur était parvenu à subtiliser la mallette contenant le cube cosmique à son double du passé, un Hulk passablement énervé débarqua sur sa droite et le percuta, ce qui lui fit lâcher la mallette, qui elle-même laissa échapper son contenu.
Lorsque le tesseract roula à ses pieds, Loki n'hésita pas une seule seconde avant de s'en saisir.
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Quelque chose s'était mal passé pendant la téléportation. Cela seul pouvait expliquer pourquoi il se retrouvait allongé au sol, dans un endroit sans autre lumière que le bleu diffus émanant du tesseract. Le cube cosmique lui avait échappé des mains pendant le transport, semble-t-il, au vu des quelques mètres qui les séparaient. Loki prit appui sur ses avant-bras pour se redresser ; la manœuvre s'avéra difficile ; il se sentait lourd, comme si la gravité de ce lieu était plus importante que celle à laquelle son corps était accoutumé. Il parvint néanmoins à tendre le bras et posa la main sur le cube.
Rien ne se produisit. Loki fronça les sourcils. Concentre-toi, pensa-t-il, visualise la destination et… rien. Aucun moyen de se téléporter hors d'ici. Ah. Voilà qui était parfais. Il parvenait à échapper à son frère et ses chers nouveaux amis – ridicule – tout ça pour se retrouver dans cet endroit noir et vide.
Il se releva avec difficulté et fit quelques pas hasardeux. À droite, à gauche, en avant, en arrière… mais c'était peine perdue, il n'y avait rien ici. Il aurait bien hurlé sa frustration, mais il portait encore ce truc avec lequel Thor l'avait bâillonné. Il se demandait bien d'où il le sortait, d'ailleurs. Non, en fait, il s'imaginait très bien la scène : « Tu auras besoin de ça, ne perds pas de vu qu'il s'agit d'une bête monstrueuse et assoiffée de sang » avait dit Odin, en remettant l'objet à son si-parfait-et-adoré-et-unique fils.
Perdu dans ses pensées, il nota avec un temps de retard que le tesseract se comportait de manière étrange. Sa lumière se faisait faible, il était chaud dans sa main et Loki ne savait pas pourquoi, mais il avait une sensation étrange, comme si… comme si le cube ronronnait. Il lâcha l'objet sous l'effet de la surprise. Ce dernier heurta le sol dans un bruit caractéristique de verre tombant sur du carrelage. La lumière s'affaiblit encore, avant de disparaître.
Loki ne songea pas à paniquer tout de suite. Il tentait pour l'heure de déterminer ce qui l'effrayait le plus entre cet endroit noir, vide à l'infini et le fait qu'il était peut-être coincé ici pour de bon. Puis, il céda à la panique et se mit à fouiller les ténèbres à la recherche du cube avec des mouvements trop frénétiques pour être efficaces.
— Je suis là.
Le dieu fit volte-face, mais ne distinguait toujours rien d'autre que ce noir d'encre. Pourtant, il en était certain, c'était une voix… une voix féminine, cristalline... il n'avait pas pu l'imaginer. Cet endroit aura raison de ma santé mentale, pensa-t-il.
— Attends. N'aie pas peur, je dois prendre une forme que tu puisses concevoir.
Et elle fut là, devant lui. Une faible lueur émanait d'elle ; suffisante pour qu'il puisse distinguer ses contours. Elle n'était pas très grande, ne parvenant guère à atteindre la hauteur de ses épaules. Elle avait de longs cheveux blonds tressés et une robe blanche parcourue d'enjolivure dorée. La jeune femme possédait tous les critères de beauté recherchés par les asgardiens. Loki commençait à suspecter qu'elle était allée chercher ses informations dans son esprit et cette pensée le mis mal à l'aise.
— Bonjour, dit-elle simplement.
Loki fit de son mieux pour ne pas sursauter. Il tenta de trouver quelque chose à dire, avant de se rappeler qu'il était de toute façon toujours incapable de parler, et pria pour que son air éberlué la pousse à répondre à ses questions muettes.
— Mais c'est moi ! fit-elle, vexée. Le tesseract, le cube cosmique, la pierre d'infinie de l'espace… Pourquoi cette tête de poisson hors de son bocal ? Je te sais intelligent.
Loki fronça les sourcils.
— Je t'ai amené ici, poursuivit-elle, parce que je voulais te parler.
Si c'est pour continuer à monologuer, ce n'était vraiment pas la peine, se dit Loki. Il tenta un geste énervé en direction de la muselière, que l'entité en face de lui sembla comprendre ; il entendit un « oh, oui, pardon » et la seconde d'après, il se sentait libéré d'un poids. Elle lui enleva aussi les menottes qui l'entravaient toujours. Enfin, entraver était un grand mot… le gênait, disons.
— Très bien, lâcha Loki – sa voix déraillait, mais peu importe – maintenant, tu vas cesser cette folie et me faire sortir d'ici.
— Non.
— Je te demande pardon ?
Elle croisa les bras, bomba le torse, avant de répondre :
— J'ai dit non. Je ne suis pas venue ici pour que tu me parles sur ce ton.
Cette fois, Loki en était persuadé, il était devenu fou. Oui et rien de ceci n'est réel, pensa-t-il, je suis dans une prison asgardienne, et mon esprit s'est égaré dans les ténèbres… il n'y a pas de retour en arrière possible.
Le dieu sursauta pour de bon lorsque la chose prit son visage entre ses deux mains.
— Ne panique pas, tu ne crains rien ici et je ne te ferais jamais de mal.
Elle était beaucoup trop proche à présent et trop collante à son goût ; aussi, il la repoussa violemment.
— Ne me touche pas, siffla Loki.
La chose marqua un temps d'arrêt. Son visage abordait une expression préoccupée. Loki se détourna d'elle et marcha dans une direction au hasard.
— Où est-ce que tu vas ?
— Loin de toi. Tu ne m'es d'aucune utilité. Je trouverais la sortie moi-même.
— C'est impossible.
Il ne prit pas la peine de lui répondre.
Cet endroit doit bien exister quelque part, pensa Loki. L'aurait-elle créé de toute pièce ? Si c'était le cas, il n'était en effet pas possible d'en sortir sans son accord. La chose avait dit qu'elle voulait lui parler. Mais Loki n'était pas disposé à faire ce que la chose voulait.
Il se mit à marcher d'un pas ferme en ligne droite. Cet endroit devait bien avoir une limite, tout ce qu'il avait à faire, c'est d'avancer tout droit dans la même direction, jusqu'à tomber dessus.
— Cet endroit ne possède aucune limite, l'informa l'entité.
— Tu lis dans les pensées également ? grogna-t-il. La simple idée qu'elle puisse être capable d'une telle chose le rendait malade.
— Non, mais je te connais.
— Vraiment ? fit-il, d'un ton faussement intéressé.
— Oui, dit la jeune femme d'un ton joyeux, nous avons beaucoup voyagé ensemble.
Loki resta silencieux. Il n'avait aucun souvenir d'avoir voyagé avec quoi que ce soit dans le genre. Quant au tesseract… il n'avait posé la main dessus pour la première fois que quelques jours auparavant.
— Mais je pourrais t'expliquer tout ça, si seulement tu voulais bien m'écouter, ajouta-t-elle, avec une moue boudeuse.
Le dieu l'ignora et continua de marcher. Il en vint pour la seconde fois à questionner son intégrité mentale. Et si tout ceci n'était qu'une illusion créée par son cerveau malade ? Si c'était le cas, inutile alors de continuer à marcher. Inutile alors, de faire quoi que ce soit.
Loki se stoppa et se laissa tomber à même le sol. Il plia ses jambes contre lui. La chose, qui n'avait cessé de le suivre s'arrêta et s'accroupit à son niveau. Elle l'examina un instant, avant de lui demander :
— Si je t'emmène où tu veux aller, est-ce que tu ne seras plus triste ?
— Peut-être.
Il n'avait pas de meilleure réponse à lui donner. Il se sentait fatigué. Il voulait rentrer. Rentrer ? Et rentrer où ? Il n'y a nulle part où rentrer.
— Une fois que l'on sera parti, je ne pourrais plus te parler, dit-elle d'une voix peinée.
— Pourquoi voulais-tu me parler ? demanda Loki, soudain curieux de la raison pour laquelle elle l'avait amené ici.
— Je voulais te remercier.
— Me remercier ?
— Oui. Je sais que tu n'en as pas conscience, parce que tu n'es pas un être omniscient, mais nous avons souvent voyagé ensemble, à travers les époques, les mondes, les univers… j'ai apprécié ces moments passés avec toi et je sais… je sais que tu ne m'aimeras jamais comme je t'aime… j'ai pensé… je voulais seulement que tu le saches.
Elle baissa les yeux, gênée. Loki resta figé un moment.
— Ça me touche beaucoup, finit-il par articuler.
Peut-être était-ce vrai, peut-être était-ce faux. La seule certitude qu'il avait à cet instant, c'est qu'il était temps de partir d'ici.
Il se leva et la jeune femme l'imita. Ils échangèrent un dernier regard. Elle posa la main sur son épaule pour y prendre appui, se hissa sur la pointe des pieds et vint poser ses lèvres sur les siennes.
Le monde noir et vide explosa ; une lumière blanche se forma devant lui. Il cligna des yeux un instant, avant d'être capable de distinguer son environnement immédiat. Il n'avait aucune destination précise en tête, mais ça, ce n'était certainement pas ce à quoi il s'attendait. Il ignorait quelle voie il allait emprunter à présent, mais elle serait assurément chaotique.
