Yo !
Cet OS est écrit dans le cadre de la Nuit du FoF, sur le thème Maelström, mais aussi dans celui de la « Foire aux prompts », sur le troisième prompt à savoir :
DLC : 09/04/2020
Un nombre de persos minimum : 7
Une contrainte sur les persos : Il y a au moins un trouple (relation amoureuse entre 3 personnes)
Une situation : l'un des persos glisse et se rattrape à un autre
Un événement : une inauguration
Voili-voilou, bonne lecture !
Splash
« J'arrive pas à croire qu'elle ait appelé son expo comme ça. »
Ventus hausse les épaules. Lui, il n'est pas vraiment surpris. Peut-être parce que Naminé lui en a longuement parlé, a partagé ses questionnements avec lui. Sur le prospectus qu'on leur a donné à l'entrée, on lit en grosses lettres « Peut-on peindre en mille couleurs l'air du vent ? ». Les yeux de Vanitas percent des trous dans le papier glacé.
« C'est pas si terrible. Et puis si ça lui plaît, c'est l'important.
— Mais y a pas des emmerdes de copyright ou quoi ?
— Je ne crois pas ? En tout cas pas dont elle m'ait parlé. Oh ! Terra est là, je te laisse. »
Vanitas roule des yeux en voyant son meilleur ami se précipiter vers son âme-sœur. Il n'aime pas vraiment Terra, mais il ne peut rien dire. Quand ils se sont rencontrés, Ventus a découvert l'orange. C'est ainsi que viennent les couleurs, ici, au compte-goutte.
La plupart des gens naît avec une vision en noir et blanc. Petit, Vanitas croyait que tout le monde voyait comme lui, en noir et en blanc, sans nuances, juste les extrêmes. Et il a rencontré Riku, et il a découvert le gris. C'était pareil, mais pas vraiment. Moins saturé, moins de contraste. Les choses sont devenues plus floues, mais plus distinctes les unes des autres. Il ne savait pas ce que c'était. Ca lui faisait penser à du froid, alors il se demandait si ça n'était pas ça, le bleu. Mais il ne pouvait toujours pas faire la différence entre les cheveux de Ventus et ses yeux, alors apparemment, il ne voyait pas le bleu. Il avait fait les tests : on lui assurait qu'il ne voyait aucune couleur. Quand on a compris que c'était le gris qu'il avait découvert, il avait soupiré un petit rire. Tous ces efforts, pour arriver au point de départ des autres. Il était parti avec du train de retard, arrivé à zéro alors qu'il avait douze ans.
« Oh. Ça te va bien, cette chemise. C'est noir ? »
Mais les choses se sont précipitées, puisqu'il est arrivé à un alors qu'il avait quatorze ans seulement. Il se retourne pour faire face à Esmeralda, qui tient un bout de sa manche dans les doigts. Il opine du chef. Elle a la peau brune, comme elle l'avait à l'époque. C'était une drôle de couleur à découvrir. Le marron. Les peaux changeaient, et les ombres aussi, ça se découpait. Esmeralda se découpait dans le gris, et la peau de Riku aussi, en été.
« T'as vu Naminé ?
— Je viens de la quitter, elle est avec Riku. Je dois me préparer pour le concert. Tu restes, pas vrai ?
— Ouais. »
Vanitas regarde les peintures, un peu désintéressé. Il ne trouve pas ça tellement joli. C'est fade à ses yeux, mais puisque Riku et Esmeralda sont là, il va bien devoir rester. De ce qu'il y a écrit sur le papier, Naminé raconte qu'elle a voulu raconter des histoires, les histoires des gens qu'elle aime et qui s'aiment. Tout ce qu'il voit, ce sont des traits, des formes, des mouvements. Esmeralda lui colle un bisou sur la joue et il lui serre la main avant de partir en quête de l'artiste, quand quelque chose attire son regard. Quelque chose qu'il ne connaît pas. Qu'il ne pouvait pas connaître. Il le sait, il a déjà vécu ça deux fois. C'est une nouvelle couleur.
Il regarde autour de lui, cherche quelqu'un qui pourrait ressentir le même ébahissement que lui. Il entend un petit cri aigu.
« Maman, Maman ! C'est quoi ça ? »
Il tourne la tête. Juste à côté de lui, une petite fille montre un tableau du doigt. Elle a des cheveux sombres et courts, noirs avec des reflets de ce quelque chose de nouveau, dont Vanitas ne connaît pas encore le nom. Ses yeux partagent cette couleur, et son pantalon aussi. Elle doit avoir six ou sept ans, elle porte un débardeur blanc à fines bretelles, et sa mère ouvre et ferme la bouche, suivant le doigt de sa fille.
« C'est … du jaune. Tu peux le voir ?
— Oui ! Il vient d'apparaître ! Ça veut dire que j'ai une âme-sœur ?
— Je … Oui, mais …
— Euh, c'est moi. »
Vanitas lève la main pour se faire remarquer. La petite fille le regarde avec de grands yeux, et Vanitas s'accroupit pour être à sa hauteur. Elle fronce un peu les sourcils, avant de baisser la tête et de se cacher derrière les jambes de sa mère. Vanitas se frotte le crâne. Il n'a jamais été très à l'aise, avec les enfants. Il ne sait pas quoi lui dire, mais c'est la mère qui intervient.
« Vous avez une nouvelle couleur, vous aussi ? »
Vanitas opine du chef, montre le pantalon que porte la petite.
« Celle-là. Elle est sur ses yeux, aussi.
— Oh. Le bleu, alors. »
Vanitas prend en compte l'information. Le bleu. La femme aussi fait mine d'y réfléchir. Certains disent que la couleur que vous apporte votre âme-sœur reflète les émotions qu'elle vous apportera aussi. Le rouge, pour la passion et la colère. Le violet, pour la reconnaissance et les regrets. Le jaune, pour la fierté et la douleur. Le vert, pour l'espoir et la tristesse. Le marron, pour le confort et la jalousie. L'orange, pour la combativité et la rancœur. Le bleu, pour la sérénité et l'abandon. Vanitas a peur. De ce qu'il peut apporter comme de ce qu'il peut recevoir. Il ne veut pas faire de mal à la petite, et il ne veut pas la laisser lui faire de mal. Il veut se lever, garder la couleur et ne plus la revoir. Il regarde les tableaux, qui ont changé de visage. Celui qu'ils regardent, où la petite a pointé une étoile jaune, s'appelle Maelström (hommage à trois tourbillons). Le fond est bleu. Le reste, noir et blanc. Sans doute d'autres couleurs.
Le bleu, soudain, nouveau et inconnu, semble à Vanitas profond comme la mer, et il a l'impression de s'y noyer. Il se relève, les yeux fixés sur la toile.
« Oh, Vanitas ! Je te cherchais. »
Une main vient se poser sur sa hanche, et même sans l'avoir entendu, Vanitas aurait reconnu l'odeur de Riku. Il croise les bras sur sa poitrine, comme pour se protéger de l'assaut soudain de la peinture. Il ne veut pas relever le regard. Il ne veut pas voir que Riku a les yeux bleus. Il en deviendrait fou.
« Eh, ça va pas ? C'est la toile qui te fait ça ?
— Je vois le fond.
— Le fond ? Le fond de quoi ?
— Le fond bleu. »
Riku fait un petit bruit surpris et regarde autour d'eux à son tour, cherche l'âme-sœur de son âme-sœur, puis abandonne pour fixer lui aussi le fond. Il plisse les yeux très fort, comme si de le regarder, il finirait pas voir la couleur désirée. Mais rien. Il ne voit, sur la toile, que les formes rouges qui ondulent, soutenues par des nuances de vert, presque transparentes, presque noires.
« Tu sais qui c'est ?
— Je veux m'en aller.
— Attendez, Monsieur ! »
Vanitas tourne la tête vers la mère, évite la petite du regard. Elle a des yeux bleus, elle aussi, mais tout le reste en elle est gris pour Vanitas. Elle lui tend un petit bout de papier avec un numéro inscrit au stylo à bille. L'encre utilisée est bleue. Quelques instants plus tôt, Vanitas l'aurait vue noire.
« Je m'appelle Kairi. Et vous avez rencontré ma fille, Xion. Est-ce que vous voudriez venir boire un thé à la maison, un de ces jours ? »
Vanitas fiche le papier dans sa poche.
« J' sais pas. »
Il se détourne, marche d'un bon pas vers la scène, troublé. Maelström, Naminé a dit ? Oui, ça doit être ça. Peindre en mille couleurs l'air du vent, alors qu'il en suffit d'une seule pour que ce soit la tempête à l'intérieur de Vanitas. Le bleu ne devrait pas le calmer, au lieu de le perdre à ce point ? Il entend le pas de Riku qui le suit, accélère pour arriver plus vite à la scène. Il se sent perdre l'équilibre quand sa chaussure glisse sur le carrelage, voit le sol se rapprocher et bat des bras pour s'accrocher à quelque chose de solide. Quand il se redresse, il voit qu'il tient la main de Naminé. Elle l'aide à se remettre en place, mais Vanitas ne peut pas quitter ses yeux du regard. Elle aussi, elle les a bleus.
« Van ? Tout va bien ? »
Riku arrive peu après, pour poser une main sur l'épaule de son petit-ami.
« Vanitas, file pas comme ça. C'était elle ? La femme, c'était ton âme-sœur elle aussi ?
— Tu vois quelque chose ? »
Riku regarde autour de lui. Il ne note rien de particulier, rien de nouveau, non. Il secoue la tête. Alors Vanitas secoue la tête.
« Si c'est pas ton âme-sœur aussi, j'en veux pas.
— Vanitas, tu peux pas choisir ça.
— Si, je peux, et je veux. »
Riku va pour répondre quelque chose, mais le silence se fait entendre, et bientôt, une voix qu'ils connaissent tous les deux. Sautant sur l'occasion, Vanitas fait taire Riku d'un geste de la main et regarde la scène. La peau d'Esmeralda est brune, chaude de la lumière qui l'accompagne alors qu'elle entonne Lule lule. Riku lui voit les yeux verts, et Vanitas est un peu jaloux. Lui aussi, il aimerait voir ça. Mais pas besoin de couleurs pour voir l'éclat qui brille dans ses yeux, qui éclaire tout.
Esmeralda danse, chante, saute, tourbillonne, et un cri la prend alors qu'elle voltige, et elle regarde sa jupe, en saisit le tissu, s'arrête, regarde dans la foule. La fille, la petite de tout à l'heure, pointe Esmeralda du doigt.
« Sa bouche elle est toute bizarre ! »
Esmeralda éclate de rire et tout le monde murmure. Riku cherche la fille du regard, la trouve finalement, sortie de derrière les jambes de sa mère. Il halète.
« Vanitas. C'est elle ? Le bleu.
— Riku ?
— Je veux qu'elle me regarde. C'est quoi, son prénom ? »
Avant que Vanitas ait eu le temps de répondre, Esmeralda tend la main en direction de la petite, lui signifie de monter sur scène. Xion obéit, et Vanitas serre fort la main de Riku dans la sienne. La petite vient, et Esmeralda recommence un morceau, la fait danser. Elle est joyeuse, elle, elle accepte. Vanitas se sent un peu mal. A la fin du morceau, Esmeralda fait résonner son tambourin, se penche vers la petite, et tend le bras vers Vanitas et Riku. Les yeux de Riku et de Xion se croisent. La petite crie à nouveau, éclate de rire. Elle regarde partout autour d'elle, les yeux brillants. Vanitas est mal à l'aise. Qu'est-ce qu'ils vont faire d'elle, tous les trois ? Comment est-ce qu'ils doivent apprendre à l'aimer, alors qu'elle est si petite ? Qu'est-ce qu'elle doit être pour eux ? Qui a écrit leur destin d'une plume si incompréhensible. Esmeralda fait signe à la petite de retourner dans le public, et au lieu de se diriger vers sa mère, elle marche jusqu'à Vanitas et Riku. Elle pointe Vanitas du doigt.
« Monsieur Yellow. »
Après ça, elle regarde Riku et fronce les sourcils très fort.
« Monsieur comme la peau de Madame les lèvres. »
Kairi fait son chemin à travers la foule jusqu'à eux, s'accroupit à côté de sa fille.
« Xion, ne soit pas impolie. Ils ont des noms, tu sais ?
— C'est quoi comme couleur sa bouche ?
— C'est du rouge. Et sa peau, c'est du brun, ou du marron.
— C'est du brun ou du marron ? Maman, t'as les cheveux rouges !
— Regarde le ruban dans tes cheveux. »
Xion penche la tête sur le côté, retire le ruban et le porte à ses yeux avant de s'exclamer :
« C'est rouge aussi !
— Messieurs. Vous êtes conviés, avec votre amie aussi, à venir à la maison. Je serais heureuse de vous recevoir.
— Notre petite-amie, Vanitas précise sèchement. C'est notre âme-sœur.
— Oh. Platoniquement ?
— Pas une seconde. J'ai jamais compris les âmes-sœurs platoniques. »
Vanitas se défend, et Riku lui pose une main sur la taille pour le calmer. Il sourit à Kairi.
« On sera heureux de venir aussi. Et il est pas méchant. Juste … Perturbé.
— Ca se comprend.
— Maman ? Maman, ils s'appellent comment ?
— Eh bien demande-leur. »
La petite plisse les yeux et plie la bouche avant de se tourner vers eux.
« Moi c'est Xion. J'adore les camions et plus tard je serai serrurière. Vous c'est quoi vos noms ?
— Vanitas.
— Riku, je suis étudiant en médecine. Enchanté. Et celle qui chante, c'est Esmeralda.
— C'est ton amoureuse ?
— Oui.
— Ça veut dire que je peux pas être ton amoureuse ? Même si on est âme-sœurs ? Du coup ce sera Vanitas mon amoureux ? »
Le concerné s'étouffe avec sa salive.
« Mais t'es une gamine !
— Eh ! J'ai déjà sept ans.
— Et si on devenait déjà amis ?, propose Riku pour calmer le jeu. On parlera d'amour plus tard, d'accord ?
— Hm … D'accord ! »
La petite sourit, et Riku sourit aussi. Vanitas boude toujours, et Riku lui pince les hanches.
« Ouais, ouais, d'accord. Mais quel bordel.
— Vanitas ! Ton langage. »
Vanitas hausse les sourcils bien haut sur la tête avant de s'accroupir et de faire face à Xion.
« Putain, bordel, saloperie, connasse, couille, merde, connard. Si tu dois passer toute ta vie avec moi, c'est des mots que tu vas devoir apprendre. »
Après avoir dit ça, il se lève et tourne les talons vers les toilettes. Riku soupire. Kairi ne sait pas comment réagir. Xion compte les mots sur ses doigts. Elle lève les yeux vers Riku.
« Et ça veut dire quoi, tout ça ? »
Riku penche la tête. Il a bien vu, le petit sourire de son amoureux.
« Ça veut dire qu'il t'aime bien. Maintenant, je vais le voir avant qu'il ne se noie dans un lavabo. »
Elle promet, cette petite.
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A très vite les chats !
