Salut tout le monde !
En fouillant dans mes vieux textes (on s'occupe comme on peut), je suis retombée sur pas mal de textes non publiés ici. Je me suis donc dit "pourquoi ne pas partager ?" Voici donc sous vos yeux un petit Laverreshipping, à savoir Kalem X Serena dans Pocket Monster Spécial. Il y aura donc pas mal de références au manga, notamment pour les surnoms des Pokémon, donc désolée d'avance si vous n'avez pas lu l'arc XY (que je vous recommande au passage).
Ce texte est relativement vieux (presque deux ans je crois) et ne correspond donc pas totalement à ce que je pourrais produire maintenant. Il y a pas mal de choses que j'aurais aimé changer, mais hormis quelques fautes, j'ai préféré ne rien changer. Car, comme en dessin, il est bon de conserver ses anciens travaux intacts pour pouvoir voir sa progression. Excusez donc ce texte pour ses défauts, comme nous tous il est imparfait, et j'espère que cela fera son charme.
Rappelons aussi rapidement que rien de Pokémon ne m'appartient, je ne fais qu'emprunter les personnages le temps du récit.
Bonne lecture ~
Trois jours pour se retrouver
L'après-midi venait de s'achever. Lentement, le soleil poursuivait son déclin, colorant le ciel de Vermilava de ses plus belles teintes orangées. Le vent était chaud et sec, charriant une légère odeur de soufre en provenance du Mont Chimnée.
Assis en tailleur sur l'engawa à l'arrière du centre Pokémon, il observait distraitement les Hippopotas se prélasser sous la chaleur des rayons vespéraux. Les touristes avaient quitté depuis longtemps les bains de sable, cédant leur place aux créatures brunes qui en profitaient pour s'étaler à loisir. Leurs bâillements de quiétude étaient contagieux, si bien que Hito et Hari avaient fini par y succomber, somnolant à présent sur les tatamis de la chambre. La porte coulissante, légèrement ouverte, ne laissait qu'entrapercevoir la longue queue enflammée de son Dracaufeu, mais il n'avait pas besoin de rentrer pour savoir le Blindépique allongé contre son ventre brûlant. Ces deux-là avaient toujours été inséparables, raison pour laquelle il avait fait le choix de les prendre avec lui.
Les autres membres de son équipe étaient quant à eux restés à Kalos pour assurer son poste à la ligue sous la tutelle de Dianthéa, son mentor, qui avait gentiment accepté de reprendre son rôle de Maître durant quelques jours. À vrai dire, il aurait préféré ne pas devoir faire cette demande, prenant à cœur son poste et les responsabilités qui allaient avec. Un an déjà qu'il trônait au sommet de la ligue, patientant chaque jour afin d'affronter la nouvelle génération de dresseurs, de contempler de ses propres yeux la passion ardente qui emplissait leurs veines. Et pourtant, il avait fallu qu'elle lui fasse cette demande.
« S'il te plaît ! Seulement une semaine ! Ou même trois jours ! Je saurais me contenter de trois jours. »
Il avait tenté de refuser sa demande, de lui faire comprendre à quel point tout ceci était important pour lui, pour ses Pokémon et pour tous ces dresseurs qui souhaitaient lui succéder. Seulement, un battement de cils sur ses magnifiques perles orageuses, une moue boudeuse sur ses lèvres rosées.
« Tu me manques X. »
Et ces quelques mots prononcés d'un ton suppliants avaient suffi à détruire ses convictions.
« Trois jours, pas un de plus. »
Ainsi, il avait fini par accepter.
La destination ne lui fut annoncée qu'à quelques minutes du départ, alors que la nuit tombait sur Bourg Croquis et qu'il achevait d'accrocher leurs bagages sur le dos de Hito. Durant les quinze jours de préparation, son amie d'enfance avait tenu à garder la surprise. Et elle aurait certainement continué de le faire si le Pokémon Flamme n'avait pas eu besoin de connaître l'itinéraire. Si elle avait accepté de révéler le nom de la région à visiter, Hoenn, elle était cependant restée extrêmement vague sur les activités qu'elle y avait planifiée. Il n'avait pas cherché plus loin, ne voulant se confronter à l'opiniâtreté de la demoiselle si tardivement, et s'était donc contenté de grimper sur le dos de son Pokémon avant de l'aider à prendre place derrière lui.
Ils avaient ainsi voyagé de nuit, somnolant tous les deux parmi les nuages en confiant la trajectoire au Dracaufeu. Et, lorsqu'au petit matin ils avaient ouvert les yeux, ils avaient pu contempler les resplendissants paysages de Hoenn qui s'étalaient sous leurs pieds. Du bleu profond des océans rehaussé par le lever de soleil, à la terre rougie que le vert éclatant de la nature luxuriante sublimait. Il se souvenait encore du cœur de son amie tambourinant contre ses vertèbres, de ses exclamations de joie tandis qu'elle tendait son doigt dans toutes les directions, désireuse de lui faire partager ses trouvailles, de son sourire éclatant qu'il n'avait plus vu depuis longtemps. Ils étaient tous les deux très occupés, l'âge leur ayant offert à chacun un poste de rêve aux multiples contraintes. Lui en tant que Maître de la ligue de Kalos. Elle en tant que compétitrice de course de Rhinocorne et dresseuse aérienne. Le privant lui de temps et l'obligeant elle à voyager constamment, transformant leurs longues journées d'enfance en quelques minutes disparates durant lesquelles ils avaient à peine le temps de prendre des nouvelles de l'autre. Laissant la nostalgie, puis la mélancolie s'installer entre eux, mais n'effaçant pour rien au monde la tendresse les liant.
À la demande de sa passagère, Hito avait survolé la région en direction de l'est, rejoignant un petit groupe d'îles de taille et de forme variables. Parmi elles, l'une abritait Algatia, une ville célèbre notamment pour son centre spatial. « Algatia, l'endroit le plus proche de l'espace » déclarait les journalistes à chaque fois qu'une nouvelle fusée était envoyée dans l'espace. Des mots qu'Y lui avait rappelé, s'amusant à imiter la voix faussement émerveillée de Malva, tandis que le Dracaufeu perdait progressivement de l'altitude.
Après un rapide petit-déjeuné sur un banc face à la mer, de délicieuses galettes qu'il avait achetées la veille à Illumis, les deux amis d'enfance s'étaient ensuite dirigés vers leur première activité : le fameux centre spatial qu'il était possible de visiter. Ce choix ne le surprit pas, Y avait toujours été passionnée par les cieux, raison sans doute pour laquelle elle avait pris la tête de l'expédition, enroulant ses doigts autour de son poignet pour le guider dans les différentes salles d'exposition. Elle s'était extasiée devant tout et n'importe quoi, ses iris se parant de multiples étoiles, presque aussi nombreuses que celles ornant le ciel artificiel du planétarium, dernier lieu de leur visite. Là, elle s'était amusée à nommer les différentes constellations dessinées au-dessus de leur tête, lâchant enfin son poignet pour tournoyer sous cette mer céleste en riant. Lui avait préféré rester en retrait, se contentant de la contempler elle, un sourire doux peint sur les lèvres. Sourire qu'elle avait fini par surprendre. Sourire pour lequel elle l'avait ensuite taquiné tout le reste de la matinée.
« Tu es tout rouge. On dirait presque Passouille ! »
Car seule une assiette remplie à ras-bord au déjeuner était parvenue à faire taire ses éclats. Ils s'étaient installés à la terrasse d'un restaurant au bord de mer, profitant ainsi de l'air maritime et du chant des Goélise survolant les flots.
Une fois rassasiés, ils avaient gagné le petit bout de terre faisant office de plage au sud-ouest de l'île afin d'y installer leurs affaires. La demoiselle avait choisi pour deuxième activité de la journée la baignade, désireuse de profiter des eaux claires qu'offrait la région d'Hoenn. Après s'être changés et mutuellement badigeonnés le dos de crème solaire, ils s'étaient donc jetés dans les vagues joueuses. L'eau était fraîche, un véritable délice sur leur épiderme malmené par la chaleur estivale, si bien qu'une bataille d'éclaboussure avait rapidement débuté entre eux. Bataille à laquelle Nounousse avait volontiers pris part, s'amusant à asperger les deux adolescents impuissants face à ses capacités aquatiques. Le Pokémon Ninja les avait ensuite aidés à visiter les fonds marins, attrapant de ses pattes palmées leur main pour les aider à affronter les courants, dénichant pour eux les coins où les coraux les plus magnifiques se trouvaient. Ils eurent même la chance de croiser bon nombre de Pokémon dont un petit groupe de Coraillon « si adorables » selon les dires de Y.
La fin de l'après-midi, ils l'avaient passé assis sous un palmier, emmitouflés l'un contre l'autre dans un plaid, à observer le soleil se coucher derrière l'île principale. Ils étaient restés ainsi, contemplant les reflets mordorés que créait l'astre vespéral à la surface de la mer, la tête de son amie reposant sur son épaule, ses mèches blondes encore humides caressant sa joue, fleurant une douce odeur iodée. Elle avait même fini par s'endormir, blottie contre sa chaleur, offrant alors un spectacle plus magnifique encore que le coucher solaire. Un spectacle paisible, envoûtant, qui lui avait presque donné envie de l'imiter, de la rejoindre dans les ailes de Cresselia. Mais le ciel s'obscurcissant de plus en plus et le vent frais nocturne se levant l'avaient incité à ramasser leurs affaires et à rejoindre le centre Pokémon de la ville pour la nuit, Y confortablement installée sur le dos de Solsol venu en renfort.
Ainsi s'était achevée leur première journée.
Des bruits de pas se firent entendre dans son dos, le tirant de ses rêveries. Il eut alors juste le temps de tourner la tête que la porte coulissa pour laisser apparaître la silhouette de son amie. Tout comme lui, elle était vêtue d'un yukata blanc. Ses traits étaient détendus, égaillés par la rougeur fiévreuse ornant ses pommettes. Son Amphinobi l'accompagnait, portant entre ses pattes un petit plateau.
« - Un vrai délice ces sources chaudes ! Déclara-t-elle en prenant place à côté de lui sur l'engawa. Merci Nounousse, rajouta-t-elle en lui prenant des mains sa charge. »
Le Pokémon aquatique lui adressa un sourire derrière sa langue en écharpe. Puis, mimant un bâillement, il retourna à l'intérieur de la chambre, fermant la porte derrière lui. Face à ce geste qui voulait très clairement dire qu'il leur laissait un peu d'intimité, sa dresseuse leva les yeux au ciel, riant doucement.
« - Regarde ce que l'infirmière Joelle m'a donnée, dit-elle ensuite en posant le plateau entre eux. Selon elle, il n'y a rien de mieux après un bon bain chaud. »
Tout en l'écoutant, il baissa son regard sur l'assiette et les deux verres de lait Meumeu déposés dessus. L'assiette contenait quelques biscuits circulaires qu'il n'avait encore jamais eu l'occasion de goûter. Curieux, il en prit donc un entre ses doigts et le porta devant ses yeux. Sa couleur brune rappelait celle des galettes d'Illumis, à la différence qu'un quart du biscuit arborait une teinte verdâtre.
« - Ce sont des Lava cookies, poursuivit Y en le voyant faire, une spécialité locale. »
Il opina de la tête, songeur, avant de finalement porter le gâteau à ses lèvres. Une saveur épicée se répandit alors dans sa bouche, éveillant en sursaut ses papilles, lui donnant la sensation d'avoir un volcan à la place de la langue. Désireux d'éteindre ce feu gustatif, il s'empara du verre de lait et le descendit presque d'un trait, sous les exclamations moqueuses de la dresseuse aérienne.
« - Bon sang ! Maugréa-t-il en reposant le verre. Ce truc réveillerait un Pokémon endormi !
- Trop épicé pour vous, Monsieur le Maître de la ligue ? Ria Y en observant son cadet éventer sa langue tendue »
Fronçant les sourcils, il lui donna un coup de coude dans les côtes afin de faire taire ses moqueries. Malheureusement, cela eut l'effet inverse et des larmes de joie perlèrent rapidement au coin des yeux orageux. N'y tenant plus, il attrapa donc un second cookie et se jeta sur elle avec pour objectif d'étouffer ses rires avec. La dresseuse lutta de toutes ses forces, tournant la tête dans tous les sens pour échapper au biscuit, ses éclats résonnant dans la quiétude nocturne. Très vite, elle se retrouva ainsi allongée sur le plancher, le corps de son ami penché au-dessus du sien, les jambes masculines prenant en tenaille les siennes pour éviter qu'elle ne s'échappe, une main enserrant ses deux poignets au-dessus de sa tête, l'autre maintenant le biscuit contre les lèvres rosées. Lèvres qui restèrent absolument closes, émettant par moments quelques gloussements face à la persévérance adverse. Aussi, au bout de quelques minutes infructueuses, il céda en soupirant, conservant tout de même son poste de domination.
« - Tu abandonnes déjà ? sourit Y, fière d'avoir remporté la partie. »
Il lui jeta un regard sombre, sentant lentement son orgueil de combattant s'éveiller en lui, s'embrasant tel un Typhlosion sur le point de combattre. C'était une sensation agréable, proche de l'adrénaline engendrée par le début d'un combat. Une sensation qui lui avait déjà picoté l'épiderme plutôt dans la journée.
Après un petit-déjeuner prit dans le calme, Hito les avait conduit jusqu'à Cimetronelle, un village situé sur l'île principale vivant en harmonie avec la nature. Les maisons, prenant la forme de huttes, étaient en effet perchées sur les immenses arbres peuplant la zone. Des échelles permettaient de rejoindre la cime des géants sylvestres reliés entre eux par des ponts suspendus. L'endroit idéal pour s'essayer à l'accrobranche. Et c'est ce qu'ils avaient fait une bonne partie de la matinée, évoluant agilement sous la canopée dense en équilibre sur des cordes tendues. Hari avait veillé sur leur progression, ses lianes toujours prêtes à agir si l'un des deux dresseurs venait à basculer dans le vide. Heureusement, ces derniers s'étaient montrés plutôt doués pour cette activité, l'effort qu'elle requerrait n'entachant en rien leur bonne humeur. À l'aise, ils s'étaient même affrontés dans une course de vitesse aérienne, pour le plus grand malheur du Blindépique qui ne parvenait plus à suivre la cadence. Le Pokémon Epinarmure avait même fini par les perdre de vue, ce qui leur avait valu des remontrances lorsqu'il les retrouva finalement, X suspendu à une corde et son aînée, elle, à son cou.
« Bon timing ! L'avait félicité la dresseuse une fois en sécurité sur une branche »
Mais cela n'avait pas suffi à tempérer la colère de Hari qui, les attrapant tous les deux par les hanches, les avait forcés à quitter le terrain d'accrobranche. Les mains dans le dos, tels deux enfants venant de se faire gronder par leur mère, ils avaient donc ensuite suivi leur surveillant autoproclamé jusqu'au village, se jetant par moments des regards en coin et tentant d'étouffer leur amusement qui n'aurait certainement fait qu'amplifier l'irritation du Blindépique.
De retour au village, ils eurent la chance de rencontrer la championne d'arène de Cimetronelle, la spécialiste du type Vol, Alizée. Toutes les deux passionnées par les combats aériens, Y et elle s'étaient rapidement entendues, si bien que la championne les avait conviés à venir déjeuner dans son arène. Cette dernière était entièrement construite en bois, créant des passerelles et des escaliers qui menaient jusqu'au sommet du bâtiment où se tenait le terrain pour combattre. Le toit au-dessus de ce dernier était percé d'immenses ouvertures qui donnaient une vue d'ensemble sur la forêt entourant le village et par lesquelles s'engouffraient de fortes rafales de vent, amplifiées par les nombreuses éoliennes présentes dans l'arène.
C'était d'ailleurs là, au sommet de l'arène, que les deux dresseuses s'étaient fait face, leur repas digéré et leur combinaison aérienne enfilée. L'excitation de Y avait été palpable, gagnant sans problème ses deux Pokémon Vol, Passouille et Ninille, le Lépidonille que lui avait offert sa rivale Sora à la fin de ses études et qui, depuis, avait évolué en un magnifique Prismillon motif Zénith dont les couleurs chaudes s'harmonisaient à la perfection avec le plumage du Flambusard. Alizée avait quant à elle choisi un Hélédelle et un Airmure. Les quatre créatures ailées s'étaient ensuite hissées dans les airs, accompagnées de leurs dresseuses afin de débuter un combat double. C'était face à cette vue, face à la combativité explosive des deux dresseuses, que X avait senti son sang bouillonner dans ses veines. Les champions d'arène étaient des adversaires hors du commun. Tous les jours, il affrontait des challengers passionnants et débordant de volonté, allant des plus stratèges aux plus impulsifs. Une sensation certes grisante mais qui ne vaudrait jamais celle qu'il avait ressentie lorsqu'il avait parcouru Kalos pour récupérer les huit badges de la région. Cette sensation de se donner à fond, de batailler face à un adversaire plus fort que soi. Une sensation qu'il eut soudainement envie de retrouver, raison pour laquelle il s'était porté volontaire pour être le prochain adversaire d'Alizée. Y avait perdu de peu face à la championne, Ninille manquant encore un peu d'entraînement, mais c'est le sourire aux lèvres qu'elle avait retrouvé le plancher des Ecremeuh, lui offrant une tape sur l'épaule pour l'encourager.
« Je compte sur toi pour prendre ma revanche. »
En réponse de quoi, il lui avait affectueusement ébouriffé les cheveux. Puis, grimpant sur le dos de Hito, il avait rejoint Alizée dans les cieux. Un Altaria se tenait auprès d'elle, portant autour du cou une gemme à l'éclat rosé. Une Altarite qui, au cours de l'affrontement, permit au Pokémon Virevolteur de méga-évoluer. X avait alors pu sentir les muscles dorsaux de son Dracaufeu se contracter face au volatile devenu féerique. Une contraction qu'il avait interprétée comme une envie de se donner à fond, comme une requête personnelle qu'il lui adressait. Son regard avait croisé celui azuré de Hito dont les battements frénétiques de son cœur lui avaient chatouillé le bout de ses doigts, incitant son propre organe à accélérer le rythme. Cette sensation, c'était celle qu'il recherchait. Aussi, répondant à l'appel de son compagnon, il avait à son tour activé sa gemme Sésame, rentrant en résonnant avec la Dracaufite conservée dans les flammes de sa queue. La peau orangée de Hito avait alors viré au noir, ses flammes au bleu ardent, et son regard au rouge sanglant. Puis le combat avait repris, plus enivrant encore qu'au début. Il se souvenait encore du vent mugissant dans ses oreilles, des hurlements d'encouragement de Y, des cris des deux adversaires se faisant face, de la douleur au niveau de ses muscles à force de se cramponner pour ne pas tomber, des puissantes attaques du Altaria qui frôlaient à chaque fois sa chair, de ses cordes vocales vibrant à chacun de ses ordres, du sourire qui avait étiré ses lèvres ainsi que celles de son partenaire. Et enfin de ce délicieux goût emblématique de la victoire lorsque le Pokémon Virevolteur s'était échoué pour de bon sur le sol, victime d'un lance-flamme dévastateur.
« Tu as réussi ! S'était réjouie Y en se jetant à son cou une fois qu'il eut mis pied à terre, avant que sa joie ne soit remplacée par de l'inquiétude. Nom d'Arceus, tu es blessé ! »
Une brûlure était en effet présente sur sa joue. Une blessure que, dans le feu de l'action, il n'avait pas ressentie. Entendant ces mots, Alizée les avait rejoints, auscultant brièvement son ancien challenger. Elle leur avait alors conseillé de se rendre à Vermilava, un village à l'ouest de Cimetronelle réputé pour ses sources chaudes capables de soigner tout type de blessure. Y, trop inquiète pour lui, avait alors fait le choix d'annuler toutes les activités prévues pour le reste de l'après-midi et de suivre les recommandations de la championne. Cette dernière eut d'ailleurs à peine le temps de le féliciter pour sa victoire, lui remettant le badge Plume, que son aînée le traînait déjà en dehors de l'arène. Bien qu'épuisé par son combat, Hito avait insisté pour les conduire jusqu'à Vermilava. C'est ainsi qu'ils avaient rejoint ce village au style traditionnel où la demoiselle fit le choix de passer le reste de la soirée.
Repensant sans doute également à la même chose, Y posa délicatement sa main sur la joue blessée du garçon, caressant du pouce la fine ligne rougie et légèrement enflée.
« - Tu as encore mal ? Demanda-t-elle, l'inquiétude transperçant dans sa voix »
Pressant sa propre main contre celle féminine, il fit non de la tête. Grâce aux propriétés vulnéraires de l'eau de source, la sensation de brûlure, qui s'était peu à peu éveillée alors qu'ils survolaient Hoenn, s'était complètement estompée, ne laissant qu'une désagréable impression de picotement. La réponse sembla convenir à la dresseuse puisque ses lèvres s'étirèrent de nouveau en un sourire. Ce sourire qui lui manquait cruellement chaque jour qu'il passait sans sa présence à ses côtés. Des années s'étaient écoulées depuis leur toute première rencontre, alors qu'ils n'étaient que des enfants passionnés par les combats Pokémon. À cette époque déjà, il savait que cette petite fille aux longs cheveux miel, qu'il appelait alors maladroitement « voisine », deviendrait une personne importante pour lui. Au fil du temps, le mot « voisine » s'était transformé en « amie » alors qu'il commençait à remporter tous ses combats sous ses encouragements. Puis en « alliée » lorsqu'il s'était enfermé dans sa chambre pour échapper aux flashs venimeux des journalistes et qu'elle venait tous les jours prendre de ses nouvelles, s'évertuant en vain à le faire sortir de cette sombre prison. En « camarade » lorsqu'ils se mirent à voyager ensemble, s'échappant de Bourg Croquis pour sauver leur vie et, par la même occasion, celle de tous les habitants de la région. Enfin en « partenaire » lorsqu'ils durent combattre côte à côte la team Flare et leur chef Lysandre. Trois ans s'étaient écoulés depuis. Trois années durant lesquelles ils avaient tous les deux bien grandi, durant lesquelles leur relation s'était complexée, rendant le terme « partenaire » inapproprié.
Ses lèvres frôlèrent la paume de la dresseuse, embrassèrent ses doigts, tandis que ses iris s'ancrèrent dans ceux de son interlocutrice, dans ce gris orageux plus sombre que le sien.
« - Merci pour ces quelques jours, Yvonne, murmura-t-il contre ses phalanges. »
À l'entente de son prénom qu'il n'employait que très rarement, la demoiselle frissonna. Frisson qu'elle lui transmit lorsqu'il vint accoler son front contre le sien, mêlant ses mèches sombres à la chevelure blonde. Leur nez se frôla, leur cœur se synchronisa, optant pour un tempo plus vif. Du moins, jusqu'à ce que celui féminin ne loupe un battement lorsqu'il lui susurra :
« - Toi aussi, tu m'as manquée. »
Provoquant l'éclosion d'une myriade de Rafflesia sur ses joues, étirant les lèvres du Maître de Kalos. Qu'elle était adorable ainsi, loin de l'énergique adolescente valeureuse qu'elle était au quotidien.
C'est alors qu'un bruit de porte coulissant, suivit d'un croassement, se fit entendre. Alertés, les deux amis tournèrent simultanément la tête pour apercevoir la silhouette de l'Amphinobi. Le regard saumon les observa un instant, se posant tour à tour sur sa dresseuse et sur le garçon la surplombant, avant que le Pokémon Ninja ne lève les yeux au ciel et fasse demi-tour.
« - Attend Nounousse ! S'exclama Y en tendant sa main libre dans sa direction. Ce n'est pas ce que tu... »
Mais elle n'eut le temps d'achever sa phrase que la porte se referma dans un bruit sourd devant son coéquipier. Puis, le silence retomba sur l'engawa, comme si rien ne s'était passé. Sauf que ce n'était absolument pas le cas. Soupirant face au comportement de l'amphibien, Y posa son avant-bras sur ses yeux en maugréant :
« - Je suis sûre qu'il va s'imaginer des choses.
- Et que devrait-il s'imaginer au juste ? »
L'interrogation lui fit retirer son bras pour plonger son regard dans celui de son interlocuteur. Il s'était légèrement redressé, brisant le cocon de chaleur qu'ils avaient formé quelques minutes plus tôt. Elle ouvrit une première fois la bouche, amorçant une réponse qu'elle préféra finalement ravaler. Se contentant de déclarer en détournant les yeux :
« - Plutôt avaler ce cookie que de répondre à cette question.
- Très bien, si tu insistes. »
Intriguée, elle ouvrit de nouveau la bouche pour répliquer. Seulement, ses mots moururent contre la surface du cookie qu'il lui fourra dedans. Face à la brûlure que lui provoqua la spécialité locale, Y se mit alors à gesticuler dans tous les sens, tentant de se redresser pour attraper le verre de lait restant. Malheureusement, le corps de son cadet continuait de faire pression sur le sien et, riant de sa petite vengeance, ce dernier déclara :
« - Trop épicé pour vous, Mademoiselle Galbena ? »
Le regard noir qu'il reçut en retour, digne d'un Mistigrix privé de repas, ne fit qu'amplifier son hilarité. S'inclinant en arrière, il attrapa le verre posé sur le plateau.
« - C'est ça que tu veux ? Demanda-t-il en le lui montrant mais le conservant hors de portée »
Face à ses hochements de tête vigoureux, son sourire s'étira davantage. Tout en la regardant dans les yeux, il porta ensuite le verre à ses propres lèvres et prit une première gorgée de lait sous le regard effaré de sa victime. Puis, se penchant en avant, il lui donna la becquée, offrant à ses papilles en feu le doux remède tant convoité. Il recommença l'opération une seconde fois, puis une troisième avant que, s'apprêtant à se redresser pour vider le verre, il ne sente les bras de la demoiselle s'enrouler autour de son cou pour le conserver presser contre ses lèvres. La sensation était chaude, délicate, enivrante. Le verre finit par lui échapper des doigts, tombant dans un bruit sourd sur le plancher avant de rouler quelques mètres plus loin sans qu'aucun des adolescents ne lui prête attention.
C'était ce genre de geste qui avait complexifié leur relation, mit un point d'interrogation derrière chaque terme qu'ils employaient autrefois pour se désigner. Ils n'étaient plus des enfants, mais ils n'étaient pas non plus des adultes. Trop âgés pour ignorer l'importance de l'autre dans leur vie, trop jeunes pour en comprendre les conséquences. Et s'il croyait au départ pouvoir faire taire ce sentiment sibyllin en prenant un peu ses distances avec son aînée, ces deux jours passés ensemble lui avaient fait prendre conscience que cela était impossible. Impensable. Car ce sentiment n'était pas récent, chatouillant déjà son esprit alors qu'il n'était qu'un garçon naïf faisant la rencontre de sa nouvelle voisine.
Décollant enfin ses lèvres de celles rosées, il resta un instant penché au-dessus de ce minois dont il connaissait depuis longtemps chaque trait.
« - Était-ce ce genre de chose dont tu parlais ? Demanda-t-il ensuite, replaçant une mèche dorée derrière son oreille
- Idiot, va ! Rit-elle, ses doigts resserrant leur prise sur le yukata de son cadet »
Rire qu'il partagea avec elle. Puis, l'aidant à se relever, il déclara :
« - Nous devrions aller nous coucher, une autre journée nous attend demain.
- Exact ! Une autre journée palpitante !
- D'ailleurs, que nous as-tu réservé ?
- Alors ça, plutôt mourir sous tes chatouilles que de te répondre, mon cher ! Proclama-t-elle avant de rajouter, le voyant déjà lever un sourcil. N'y penses même pas ! »
Ses bras se serrèrent d'instinct sur son torse, comme pour se protéger d'une attaque future. Levant les yeux au ciel, il se contenta de ramasser la vaisselle par terre et de faire coulisser la porte, invitant d'un mouvement de tête la demoiselle à rentrer dans la chambre. Sans réfléchir, elle se précipita dans la petite pièce uniquement éclairée par la flamme de Hito. Réaction qui le fit soupirer d'exaspération. Puis, s'appuyant momentanément contre le chambranle de la porte, il jeta un dernier regard au ciel. Le soleil avait complètement disparu au zénith, ses dernières couleurs entièrement dévorées par la pénombre nocturne. Les Pokémon Hippo avaient quant à eux regagné leur tanière. Tout était si paisible, et il en serait sans doute de même jusqu'à la prochaine aurore.
Un sourire éclaira ses traits. Finalement, prendre un peu de repos pouvait avoir du bon. Peut-être se laisserait-il tenter plus souvent. Peut-être permettrait-il à Y de l'emmener une seconde fois visiter les splendeurs de Hoenn, ou même découvrir une toute nouvelle région. Peut-être arriverait-il alors à mettre un mot sur cette émotion. Mais une chose était sûre...
« - X, tu viens ? L'appela-t-elle de l'intérieur
- J'arrive ! »
Tout comme ces trois jours, il voulait passer le reste de ses journées au côté de la demoiselle.
S'engouffrant à son tour dans la chambre, il referma la porte derrière lui et sur ses nombreuses pensées. Après tout, Y avait raison : une autre journée palpitante les attendait le lendemain. La dernière de leurs vacances à Hoenn.
Et c'est ainsi que s'achève notre histoire. Un peu de tendresse dans ce monde. Comme dit dans l'introduction, ce récit n'apporte pas grand chose, ce n'est pas non plus quelque chose d'exceptionnel, mais j'espère tout de même qu'il aura su vous apporter un peu de distraction.
N'hésitez pas à partager vos impressions. J'ai encore quelques textes dans le genre en réserve que je vous partagerais plus tard. En attendant, merci d'avoir pris le temps de lire cette histoire. Prenez soin de vous et à la revoyure !
Chu
