Cane Shuga - Glass Animals


La jeune femme aux yeux bleus ouvrit les yeux. Elle arrivait à distinguer le plafond blanc dans la pénombre. Elle tourna lentement la tête. 03:07. La lumière de son radio réveil éclairait doucement la pièce. Elle poussa un long soupir et se retourna, cherchant désespérément le sommeil.

Le bruit stridant du réveil la fit sursauter. Elle grogna et laissa sa main tomber lourdement sur l'appareil. 06:00. S'asseyant péniblement, elle posa son visage contre ses paumes. Dans un bruyant soupire, elle se leva et se dirigea vers la salle de bain. Sortant de son pyjama, elle laissa apparaitre son corps marqué à la lumière du néon blanc situé au-dessus du miroir de l'évier. Elle caressa un instant la longue cicatrice présente sur son ventre et soupira. Se glissant sous l'eau chaude, elle énuméra son programme de la journée.

Premier service, pause, deuxième service, ménage. Peut être qu'elle pourrait rentrer assez tôt ce soir pour avoir le temps de lire un peu. Elle sourit légèrement à cette pensée, visualisant le livre du Docteur Fletcher sur sa table de chevet.

La jeune femme enfila rapidement ses vêtements, attrapa son sac et enfila un manteau avant de partir. Elle descendit les escaliers en courant, et s'engouffra dans la rue, l'air glacé giflant son visage. Peut être aurait-il était pertinent de se couvrir un peu plus, se dit-elle.

La jeune femme alluma une cigarette en attendant son bus, priant pour qu'il arrive rapidement.


- Un café, une assiette de pancakes et un jus d'orange ? C'est bien cela ?

- Oui, Mademoiselle. Répondit la jeune fille souriante assise sur la banquette de cuir marron.

- Très bien, c'est noté ! Lui lança la serveuse en souriant.

La jeune femme se dirigea vers les cuisines pour leur donner le bon et réajusta la jupe de son uniforme qu'elle avait toujours trouvé trop courte. Elle lui donnait l'air d'une lycéenne, encore plus qu'en temps normal. La jeune femme avait pourtant 26 ans, mais elle avait toujours fait bien plus jeune que son âge, et son uniforme de serveuse lui donnait un air de cheerleader, elle trouvait cela insupportable. Elle fut sortie de ses pensées quand son collègue l'interpela :

- Iris !

- Hé ! Todd ! Comment vas-tu ? Répondit la jeune femme en faignant un sourire courtois.

- Justement, j'ai empêchement ce soir, est ce que tu pourrais prendre mon service ?

Iris le dévisagea de ses yeux bleus. Todd avait étonnement souvent des empêchements le vendredi soir. Elle soufflât avant de lui répondre :

- D'accord, mais tu m'en dois un.

- Bien sûr Iris ! Merci, tu me sauves la vie ! Répondit-il rapidement avant de lui offrir une étreinte.


Le bruit de la machine à café, l'odeur du café moulu, l'odeur de la viande qui grille, le bruit de crépitement des œufs, le brouhaha des clients qui parlent, se racontant leur vie insipide. Iris ne comprenait pas leur sourire. Elle ne comprenait pas leur vie, elle lui semblait vide de sens. Elle ne comprenait pas comment ils pouvaient être heureux et satisfait de si peu de chose. Quel était le sens dans tout cela ? Cet homme qui se réjouissait que son prêt soit accepté et qu'il puisse enfin emménager dans sa nouvelle maison. Ne se sentait il pas piégé ? Ne voyait-il pas la boucle se refermant sur lui ? Bientôt il changerait de voiture, s'installerais dans sa maison, dans son métier et avec moins de temps qu'il ne le pense, il se retrouverait piégé dans une vie qui n'est pas la sienne. S'en rendrait-il seulement compte ? Tout ces gens étaient perdus. Perdus dans leur vie sans sens, perdus dans leur consommation insensée détruisant la planète, perdus dans leur relation fausses et vide, dans leurs courses sans but.

La jeune femme servit pensivement une nouvelle tasse de café à une cliente. Quel était le sens de sa propre existence dans cette boucle infernale de destins et de vie grouillant sur la planète. Quel était le sens de venir ici, dans ce lieu qu'elle exécrait, portant cet uniforme qui la rebutait, avec ces collègues inintéressants et ces clients ingrats. Une réalisation la frappa et elle s'arrêta dans son élan. Il fallait qu'elle s'échappe d'ici. C'était elle, l'humaine prisonnière de sa boucle, coincée dans une vie qui ne lui appartenait pas, à tourner à la recherche du sens de cette vie. Elle posa la cafetière sur le bord du comptoir et enleva son tablier qu'elle laissa tomber à terre. Elle eu le temps de récupérer ses affaires quand un collègue l'interpella :

- Iris ! Tu es en pleins service, qu'est-ce que tu fais ?

- Je ne peux pas rester ici.

Sans le laisser répondre, elle le contourna et sorti du restaurant.


La jeune femme avançait lentement dans les rues désertes, éclairée par la lueur des lampadaires. Elle tremblait de froid. Elle n'avait même pas prit le temps de se changer, ni de prendre ses affaires. C'était comme si une quelque chose l'avait poussé à partir, elle ne pouvait lutter contre. Il ne lui fallut que très peu de temps pour remarquer qu'une voiture était en train de la suivre.

La jeune femme pressa le pas, et tourna subitement dans une ruelle, puis se mit à courir. Elle entendit des pas derrière elle.

L'homme mit peu de temps à la rattraper, la plaquant contre un mur, pressant un tissu contre son visage. Iris dévisagea l'homme, mais à la grande surprise de se dernier, il ne vit pas de peur dans son regard, mais une rage immense.