Cette fic est écrite pour la 120e Nuit du FoF, il fallait la rédiger sur le thème "hameçon" en une heure. Le FoF est un forum regroupant tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou participer à des jeux.
Un jour parfait
C'était un bel après-midi, riant et clair. Le soleil brillait sur l'eau verte de l'Anduin dont le cours clapotait joyeusement sur les pierres émergées, polies par les Âges de la Terre du Milieu. Dans les arbres aux branches tombantes, festonnées de vert et de fleurs, une chorale d'oiseaux célébrait la beauté du jour. Une barque solitaire flottait paresseusement sur le flot paisible, ses deux passagers allongés au fond, jambes relevées contre le plat-bord, fumant la pipe.
« -Un jour parfait, déclara Déagol, son soupir d'aise accompagné d'un nuage de fumée bleue.
-Et ce n'est pas n'importe quel jour, observa Sméagol.
-Ah oui ? » fit Déagol innocemment.
Sméagol sourit, certain que son ami plaisantait.
« -Oui, tu as raison, Sméagol, reprit Déagol en se tapotant le menton du tuyau de sa pipe. Aujourd'hui, la plus jeune brebis du maire va mettre bas et, ce soir, le meunier offre sa tournée pour fêter la réparation de sa charrette. C'est un jour faste.
-Et c'est tout ? demanda Sméagol.
-Je crois bien, répondit Déagol, insouciant. Est-ce que ce n'est pas assez pour un seul jour ? »
Sméagol se redressa en position assise. Il était contrarié. Il attrapa sa canne à pêche, tira de sa ceinture sa boîte à mouches et, sans un mot, entreprit d'en fixer une au bout de son hameçon.
« -Tout va bien ? s'enquit Déagol, alerté par la raideur des épaules de son ami qui lui tournait le dos.
-Oh oui, mon cher Déagol, répondit vivement Sméagol en se levant. Pourquoi cela n'irait-il pas ? Pourquoi tout n'irait-il pas pour le mieux en ce jour parfait ? »
D'un geste sec, il lança sa ligne. « Plouf ! », fit le hameçon en pénétrant dans l'eau. Déagol se pencha pour observer le résultat. L'Anduin était si clair qu'il voyait briller les écailles des poissons et, par moment, un éclat d'or loin sous la surface.
« -Raté, dit-il. Trop brusque. Tu as fait peur aux poissons. »
Sméagol jura tout bas en remontant sa ligne, un peu honteux car sa grand-mère n'aurait pas aimé l'entendre parler ainsi.
« -Qu'est-ce qui t'arrive ? demanda Déagol. Nous étions si bien, à prendre le soleil tranquillement, et te voilà tout agacé tout à coup. J'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas ? »
Sméagol s'obstinait à lui tourner le dos, grommelant dans sa barbe. Il arracha le premier appât, piocha une autre mouche et l'enfonça brutalement sur le crochet du hameçon. Déagol se leva lourdement, faisant tanguer la barque, et attrapa aussi sa canne à pêche.
« -Bon, puisque c'est comme ça... », fit-il.
Il se plaça à côté de Sméagol, les deux pieds solidement plantés sur le fond de la barque, et scruta l'eau où l'éclat doré clignotait, hypnotique.
« -Bon anniversaire quand même », lâcha Déagol.
Du coin de l'œil, il vit le visage de Sméagol s'illuminer d'un large sourire.
« -Alors tu n'as pas oublié ! s'écria-t-il.
-Mais non, gros bêta, je te taquinais ! répliqua Déagol en lui tapant sur l'épaule. Tu es mon meilleur ami, comment aurais-je pu oublier ? »
Pas rancunier, Sméagol éclata de rire et serra Déagol contre lui. Ensuite, ils mirent tous les deux leur ligne à l'eau et attendirent que le poisson morde, riant et bavardant tranquillement sous le beau soleil de ce jour si parfait.
