SALUT ! Me revoici avec un nouvel OS Atsuhina (MES BÉBÉS), comme promis ! Il y a même un peu de Kuroaka parce que je peux pas m'en empêcher (ils sont juste…. cachés dans le background tho, mais bon, ça va venir haha).

J'espère que vous ne vivez pas trop mal votre confinement. Que vous mangez autre chose que des pâtes. De mon côté, je suis des séances de sport au téléphone avec ma mère et mes soeurs qui ne font que de se plaindre. Mon colocataire a commencé à empiler des meubles random et à appeler ça des œuvres d'art. J'ai décidé de divertir ma classe en leur envoyant chaque jour une photo d'une personnalité avec le filtre Snapchat qui transforme en bébé. Tout va bien se passer.

Bref courage à vous ! Écrivez du Atsuhina si vous vous ennuyez, c'est une activité passionnante :D

warning : encore une fic où tout le monde est stupide (en même temps quel casting). Daishou et Oikawa sont vaguement présents mais on ne sait pas trop ce qu'ils foutent là. Présence d'activités illégales. Kuroo se prend pour Yasujiro Ozu.

J'espère que ça vous plaira ! Bonne lecture !


Tous droits de reproduction, de traduction et d'adaptation réservés pour tous pays, y compris la Chine.


Une fille s'installe à côté de lui à la cafétéria, où il est assis seul parce que Aran est malade et Kita est donc rentré lui préparer à manger. Il ne la connaît pas. Elle pose son plateau et s'installe sans rien dire, puis vole sa pomme pour croquer dedans (il ne sait pas ce qui l'irrite le plus : qu'une fille inconnue vienne juste pour lui piquer sa bouffe, ou bien le fait qu'elle commence son repas par une pomme alors que ce n'est pas du tout l'ordre qu'il a assimilé durant toutes ses années d'éducation).

Elle se marre. Il ne voit pas ce qu'il y a de drôle. Il hésite entre lui demander de partir ou de commencer son repas par l'entrée, au moins. Un ultimatum. Il lance de bons ultimatums, paraît-il.

— Ok, alors écoute bien ça— j'ai entendu un truc. Konoha m'en a parlé. Il le sait de Bokuto qui le sait d'Akaashi Keiji qui le sait de Mika qui le sait de Daishou du ciné-club, qui le sait de Kuroo du ciné-club. Je ne sais pas d'où est-ce que Kuroo du ciné-club le sait. Mais la dernière fois qu'il a lancé une rumeur, ça s'est avéré être vrai, il paraît qu'on peut lui faire confiance. Bref, tout ça pour dire qu'il paraît que Miya Atsumu est amoureux de Hinata Shouyou.

Il la fixe longuement et elle se remet à bouffer sa pomme, peu impressionnée par son absence de réaction. Elle se marre à nouveau. Il se décide enfin à ouvrir la bouche.

Je suis Miya Atsumu, dit-il.

Puis, avant de lui laisser le temps de répondre :

— Qui est Kuroo du ciné-club ?

— Kuroo Tetsurou. Il est au ciné-club, fait-elle presque automatiquement. T'étais pas supposé être blond ?

— Où est-ce que je peux le trouver ?

Elle semble y réfléchir quelques secondes.

— Au ciné-club.

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Lors de son entrée en troisième année à l'université, Atsumu prend trois décisions qui auront un impact non négligeable sur l'année à venir, ainsi que sur le restant de ses jours.

La première est d'arrêter de se teindre les cheveux. C'était certes une période amusante, mais sa mère n'arrête pas de lui répéter qu'il gagnerait en maturité s'il arrêtait. En réalité il le fait partiellement pour cette raison, et surtout parce qu'il a décidé de ne pas travailler l'été dernier pour se consacrer pleinement à son développement personnel, et se retrouve avec de maigres économies et une mère peu collaborative. En plus de cela, durant cette période de développement personnel, il est arrivé à la conclusion qu'une coloration ne remplaçait pas une personnalité et qu'il était assez unique et original pour sortir du lot sans cela.

La seconde est de traverser le bâtiment D pour rejoindre son propre bâtiment, car il a entendu dire qu'on y distribuait parfois des pains au lait (ce qui s'est avéré être une information correcte), et qu'un des types qui les distribuait était très canon (correct également, même s'il est aussi très agaçant).

La troisième est d'accepter de donner son numéro à Kita, qui aura donc le pouvoir de le harceler quant à son avancement dans ses devoirs, mais qui pourra également l'aider en cas d'urgence.

Durant l'année entière, il se mettra à maudire chacune de ces décisions, mais décidera, au final, que la tournure générale aura valu le coup.

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Trois personnes savent qu'il est amoureux de Hinata Shouyou. La première est, bien évidemment, lui-même. Il ne l'a pas toujours su, mais c'est à présent chose faite — impossible de faire marche arrière, peu importe les efforts qu'il emploie (qui certes ne sont pas énormes. Il pourrait arrêter de lui parler quand il le croise, ou arrêter de passer par le bâtiment D, où Hinata distribue des pains au lait en compagnie d'Oikawa, mais il faut avouer que les pains au lait sont très bons et qu'il passe une meilleure semaine avec son bonjour, Atsumu ! du lundi matin — celui d'Hinata, pas d'Oikawa. Il n'apprécie pas vraiment Oikawa, à vrai dire). Après cela vient Osamu, qui n'en a pas grand-chose à cirer mais qui lui donne parfois quelques conseils stupides (du style propose-lui d'aller boire un coup, ou bien apporte-lui un petit-déjeuner ; mais Osamu n'a rien à dire car il est de toute évidence très mauvais lorsqu'il s'agit de romance). Enfin, il y a Kita, l'option désespérée (ou : la fois où Atsumu avait besoin de s'exprimer sur le sujet et a décidé de sélectionner le numéro de Kita, encore tour frais dans ses contacts, pour demander une oreille attentive).

Sur ces trois personnes, deux n'ont pas la confiance absolue d'Atsumu. Osamu parce qu'il est secrètement démoniaque, et Kita, parce qu'il est tout aussi secrètement démoniaque. Pour ce qui est de lui-même… Bon, disons qu'il ne fait confiance à aucune des trois personnes au courant. C'est un secret difficile à garder. Il peut être en train de parler d'un exercice de maths avec un camarade de classe et soudainement ne plus penser qu'à Hinata, son sourire lumineux, son regard gentil et les sachets de pains au lait qu'il tient dans les bras. Et c'est difficile de ne pas parler d'Hinata quand on ne pense plus qu'à lui.

Osamu décide de lui lancer un ultimatum, au bout de quelques semaines. Ses ultimatums ne sont pas aussi bons que ceux d'Atsumu, mais ils se défendent.

— Si tu ne parles pas à Hinata, je me teins les cheveux pour tout lui dire.

— Mais je t'en prie, fais-le. Comme ça tu te feras rejeter à ma place, et je pourrais enfin passer à autre chose.

Osamu ne le regarde pas, mais laisse échapper un soupir, et retourne sur son portable pour comparer les recettes de crêpes sur Marmiton entre elles.

— Arrête de m'en parler, dans ce cas. Je ne vais pas écouter.

— Tu n'écoutes déjà pas, fait Atsumu.

Osamu ne nie pas. Il attrape son carnet de recettes et y note quelque chose.

— Je suis sûr que les pains au lait ne sont pas si bons que ça, ajoute-t-il néanmoins.

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Le ciné-club n'est pas un club très populaire. Atsumu se demande bien pourquoi : projeter quelques films dans une salle chaque semaine ne semble pas si compliqué que ça, et on pourrait penser que c'est quelque chose qui plairait aux gens. Sakusa n'est pas de son avis.

— Passer plusieurs heures dans une salle à proximité d'autres personnes ne fait envie à personne, dit-il.

— C'est ce qu'on fait absolument tout le temps. Personne ne pense ça.

Sakusa se met à frissonner, et Atsumu change de sujet.

— Je t'ai ramené des pains au lait.

Au lieu de recevoir des remerciements, il se retrouve l'objet d'un regard méfiant et froid. Typique de Sakusa, ça. Vous essayez d'aller dans son sens et il part à reculons.

— Ils ne sont pas empoisonnés, précise Atsumu.

Ça n'a pas l'air de convaincre Sakusa.

— Ils sont encore emballés, bon sang, tire pas cette tronche. Je te promets que je n'essaye pas de te tuer. Mec, rend-toi à l'évidence, personne n'essaye de te tuer. Je ne veux pas te vexer, mais je crois que pas plus de cinq personnes ont retenu ton prénom.

— Bien, dit Sakusa. Inutile de prendre plus de risques.

Atsumu ne demande pas quels risques, mais sort les pains au lait de son sac.

— Là, tu vois. Je suis prêt à jurer sur la tête de n'importe qui que je ne suis pas allé les ouvrir pour les contaminer avec je sais pas quoi avant de les emballer à nouveau.

— Pourquoi est-ce que tu me donnes ça ? demande finalement Sakusa, qui doit probablement être en train de se faire une liste mentale de tout ce qui pourrait motiver Atsumu à se montrer gentil avec quelqu'un. Ne me dis pas que c'est pour être gentil.

— C'est parce que je suis passé trois fois par le bâtiment D, admet Atsumu (inutile de mentir à Sakusa, il saura). J'y suis passé une première fois ce matin. Puis une deuxième fois à la pause de dix heures. Et je me suis rendu compte que j'avais oublié ma carte d'étudiant là-bas donc j'y suis retourné juste après.

— Tu veux dire que tu as fait exprès de la laisser là, fait remarquer Sakusa (qui a déjà récupéré des pains au lait dans le bâtiment D et qui sait donc qu'il n'y a pas besoin de refiler sa carte pour en obtenir).

— Je veux dire que les pains au lait sont délicieux, reprend Atsumu. Et j'en ai beaucoup. Je ne vais tout de même pas les jeter.

C'est l'argument du siècle. Sakusa déteste le gâchis. Il accepte quelques pains au lait.

— En échange, tu dois m'aider à trouver le ciné-club, demande Atsumu.

— Hors de question.

— Si tu ne le fais pas, je te crache dessus, dit alors Atsumu (qui lance de très bons ultimatums).

— Si tu fais ça, je t'asperge le visage d'eau de javel, répond Sakusa (qui lance également de très bons ultimatums).

Atsumu abandonne donc, et choisit de lui céder un autre pain au lait, au cas où.

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Deux semaines après avoir retrouvé sa couleur naturelle de cheveux, quelqu'un vient s'asseoir en face de lui et pose un billet de cinq mille yens sur la table, avant de le faire glisser vers lui dans la discrétion la plus totale.

— J'ai besoin de dix potions d'onigiris pour ce week-end. Je pense que ça devrait suffire.

Atsumu fixe le billet, puis le type, qui fait exprès de ne pas le regarder dans les yeux, comme s'il était une sorte de dealer.

— Ça marche, dit Atsumu. Je te livre ça à l'endroit habituel.

Le type hoche la tête, saisit son plateau, et s'en va.

Atsumu met le billet dans sa poche et tente de garder en tête qu'il faudra demander à Osamu plus de détails à propos de cette histoire. Ça a tout l'air d'être une sorte de commerce illégal. Mais à la fin de la journée, il change d'avis et décide de s'acheter un nouveau casque avec.

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Kuroo du ciné-club n'est finalement pas si compliqué que ça à trouver. Il est dans le top cinq de sa promotion et se fait appeler Le Calculator par une petite troupe d'élèves qui n'ont visiblement pas compris que Kuroo du ciné-club était un bien meilleur surnom.

Atsumu le croise dans le bâtiment G (G comme Gardez toujours votre calculatrice sur vous), où vivent les scientifiques, coupés du reste du monde. Personne n'aime le bâtiment G, à vrai dire. Le café coûte presque deux fois plus cher qu'ailleurs, mais les scientifiques n'ont pas d'autre choix que de le boire car leur emploi du temps est trop chargé pour qu'ils trouvent le temps d'en prendre ailleurs. Ils ne peuvent pas non plus s'en passer, au risque de s'endormir plutôt que de préparer l'un de leur cinq cents quarante TP. Par ailleurs, il est très compliqué d'avoir une conversation avec les scientifiques, qui vivent dans une sorte d'empressement incessant. Ils sont toujours en mouvement et attirer leur attention relève du miracle.

La raison pour laquelle Atsumu traîne dans le bâtiment G n'est aucunement liée à Kuroo du ciné-club, car il ignore alors tout sur lui. Il est en réalité à la recherche de masques (car il a entendu dire qu'on pouvait en trouver des gratuits) pour en refiler à Sakusa, qui devrait suite à cela l'aider à trouver ce fameux Kuroo du ciné-club. Même si Sakusa ne veut pas l'admettre, il possède tout un tas d'informations très aléatoires sur les élèves du campus, probablement parce qu'il a peur de se faire assassiner par l'un d'entre eux, et l'avoir de son côté serait un atout non négligeable. Mais il n'a finalement besoin de rien de tout cela, car il entend quelqu'un prononcer son nom et peut ainsi directement demander plus de renseignements sur lui.

Ce qu'il note lui paraît un peu bizarre. Kuroo du ciné-club est décrit comme étant parfois très charmant, parfois très emmerdant, parfois très malin et parfois très stupide. Atsumu ne sait pas vraiment quoi en penser, mais décide que ce n'est après tout pas si surprenant que ça, car il s'agit là d'un individu qui a deviné son béguin pour Hinata, et qui donc doit au moins être un peu surnaturel. Peut-être que Kuroo du ciné-club est plus un concept qu'une réelle personne.

— C'est vrai, répond Daishou du ciné-club lorsqu'il lui fait part de sa théorie en le voyant pour la première fois. Un concept de merde, si tu veux mon avis. On s'en serait bien passé.

— C'est ce qu'on a dit à Galilée quand il a compris que la Terre tournait autour du Soleil, fait remarquer une autre personne, qu'il suppose être Kuroo du ciné-club. Et pourtant… elle tourne.

Il tend sa main à Atsumu, qui la fixe bêtement dans la lumière faible de la pièce.

— Miya Atsumu. Tu étais attendu, ajoute Kuroo d'un ton léger.

Sa voix est grave et son sourire ne lui dit rien qui vaille. Atsumu lui serre la main, lui-même souriant. Peu importe son niveau de fourberie, Atsumu peut sûrement faire mieux.

La pièce dans laquelle il se trouve est en réalité une salle qu'il connaît bien. Elle est toujours ouverte aux heures du midi, et toujours vide. Atsumu s'y réfugie parfois quand il n'a pas envie de se taper le brouhaha incessant du self (ou quand par exemple, il a oublié de préparer un devoir et doit trouver un coin tranquille pour s'y mettre, car il ne peut pas se concentrer quand il y a du bruit). La salle en question est presque mystique. Personne ne semble en avoir entendu parler, ce qui se comprend, car elle est dans la fameuse Aile Secrète du bâtiment F (F comme Filosophie), qui n'est accessible que depuis un escalier situé derrière une porte que personne ne remarque, et qui abrite toutes les salles de philosophie, or personne ne veut parler aux gens qui étudient cette matière. Atsumu sait tout ça grâce à Kita, qui étudie lui-même la philosophie. Et il n'y a pas un jour où il ne regrette pas leur amitié.

Tout ça pour dire que la salle secrète du bâtiment F (comme Filosophie), qu'il utilise environ une fois par semaine sur les heures du midi, sert environ quatre fois par semaines à partir de dix-neuf heures pour les projections du ciné-club.

— Tu dois avoir un tas de questions, dit Kuroo du ciné-club. Mais avant tout, laisse-moi te parler de la séance du jour.

— Non, je— j'en ai rien à branler, explique calmement Atsumu.

— Nous avons peu d'invités. C'est pas faute d'essayer, pourtant.

Atsumu se demande ce qu'il entend par là. La salle est dans une aile secrète, entourée par des philosophes. Il n'y a pas d'affiches. Les gens ne risquent pas d'y apparaître par miracle.

— Je veux juste— commence Atsumu.

— Je sais. Tu veux savoir comment je sais pour toi et la petite crevette, fait Kuroo du ciné-club avec un sourire fin.

Il tire une chaise et s'installe, faisant signe à Atsumu de l'imiter. Une pile de livres de maths les sépare, à présent. Pour Atsumu, c'est l'équivalent d'une montagne entière.

— C'est un sujet délicat, reprend Kuroo en saisissant l'un des bouquins pour s'éventer. Très confidentiel.

— Exactement. Il faudrait qu'on te fasse signer une clause, ajoute Daishou et tirant également une chaise. On ignore ce que tu pourrais faire avec de telles informations.

Atsumu les regarde un à un sans montrer la moindre trace de faiblesse.

— Crachez juste le morceau. Vous êtes des télépathes, c'est ça ?

— Pire que ça.

— C'est bien ce que je pensais.

Il insiste encore un peu, mais ça ne donne rien, et bientôt, l'arrivée d'un jeune homme répondant au nom d'Akaashi Keiji lui vole quelque peu la vedette. Atsumu décide de remettre ça à une autre fois et laisse les télépathes regarder leur film ensemble. Kuroo du ciné-club lui dit de revenir plus tard, il fait genre qu'il y réfléchira alors qu'il cherche déjà le prochain trou dans son emploi du temps.

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Hinata distribue des pains au lait tous les lundis, mardis et vendredis matin au bâtiment D. Il possède un VTT jaune écaillé qu'il attache sous le préau du bâtiment B, où il passe la plus grande partie de son temps. Face à un compliment, il a deux types de réactions : soit il se met à glousser et se passe une main dans la nuque avec un air plutôt fier, soit il devient rouge tomate et en perd sa capacité à répondre. On ignore encore quels facteurs déterminent la réaction à venir. Atsumu le rencontre un lundi et lui fait savoir, le lundi suivant, qu'il distribue ses pains au lait comme un pro (ce n'est pas un compliment incroyable mais c'est malheureusement tout ce qui sort de sa bouche), et Hinata se met à glousser. Puis le vendredi matin, il lui dit que son sourire est absolument charmant, et là Hinata devient rouge tomate. Oikawa lui dit que ça arrive de temps à autre.

Hinata a un an de moins que lui, souhaite se spécialiser dans l'éducation même si ses notes sont catastrophiques, peut exprimer vingt-cinq expressions différentes par minute, et possède une endurance hors du commun. Il est né pendant le solstice d'été, ce qui peut expliquer la boule de chaleur qui gonfle dans la poitrine d'Atsumu dès qu'il lui adresse la parole. Son débit de parole est assez impressionnant. Il est ami avec Oikawa, qui est un enfoiré et qui gagne dix points de popularité dès qu'il met des lunettes. Atsumu a essayé de venir avec des lunettes, une fois, mais au lieu d'impressionner Hinata, ça l'a inquiété — Atsumu avait fait l'erreur de vanter sa vue parfaite quelques semaines plus tôt, Hinata en a donc conclut que quelque chose s'était produit. Oikawa n'a pas eu l'air dupe et a fait remarquer à Atsumu que les lunettes ne le mettaient pas du tout en valeur, quoiqu'il n'y avait de toute manière pas grand-chose à mettre en valeur. Depuis ça Atsumu déteste Oikawa.

Mais il passe tout de même chaque lundi, mardi et vendredi matin pour chercher ses pains au lait et parler de volley avec Hinata, ignorant les piques occasionnelles d'Oikawa. Hinata doit être trop gentil pour voir que c'est un enfoiré, mais ce n'est pas grave, ça fait partie de son charme.

Quand Atsumu rencontre Hinata, il a encore les cheveux blonds. Après les vacances d'été, il revient brun. Hinata le regarde avec surprise et ne fait aucun commentaire. Puis une fille s'assoit à sa table, au self, pour lui dire qu'elle a entendu dire de Bokuto (qui le sait d'Akaashi Keiji qui le sait de Mika qui le sait de Daishou du ciné-club qui le sait de Kuroo du ciné-club) qu'il était amoureux d'Hinata.

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Il découvre d'où part la rumeur. Apparemment, Kuroo du ciné-club a placé une caméra dans la salle secrète du bâtiment F, qui sert parfois de salle à manger aux losers qui n'ont pas d'amis, en espérant qu'Akaashi Keiji y passe et y déclare comme par hasard ses sentiments pour lui. Mais Akaashi Keiji a des amis avec qui manger, et à la place il enregistre Atsumu déclarer comme par hasard ses sentiments pour Hinata, au téléphone avec Kita.

— C'est illégal, fait remarquer Atsumu. Vous n'avez— vous ne pouvez pas—

Il en perd ses mots. Kuroo du ciné-club hausse les épaules, et attrape un paquet de chips pour ne pas avoir à lui répondre, sûrement. Puis il lui lance un air faussement désolé, l'air de dire mec, j'aimerai bien te répondre, mais je suis trop occupé à manger, là, tu vois bien.

— Je pourrais vous dénoncer, fait savoir Atsumu. Sauf si vous allez dans mon sens, bien sûr.

— Il y avait une pancarte, dit Kuroo. Un truc du style « souriez, vous êtes filmé ». Ce n'est pas ma faute si quelqu'un l'a enlevée.

— Peut-être que ce quelqu'un trouvait ça plus drôle sans la pancarte, fait remarquer Daishou (sans aucun doute le coupable de cet enlèvement).

— Pancarte ou pas, c'est— questionnable, dit Atsumu.

— Tu peux parler, ricane Daishou. Tu récupères les fonds de l'entreprise illégale de ton frère.

— Allons. Je n'y peux rien si les gens viennent me voir pour me donner de l'argent sans raison.

— Dans tous les cas, tu dois être la seule victime de cette… erreur, ajoute Kuroo (il fixe longuement Daishou et reprend) c'est terminé, donc ça ne sert à rien de nous menacer.

— Je veux récupérer la vidéo, fait savoir Atsumu.

Pour être honnête, les activités plus ou moins illégales du ciné-club ne l'intéressent pas tant que ça, mais il n'aime pas savoir une vidéo de lui en train d'avouer ses sentiments pour Hinata (et en train de dire qu'il a volé de l'argent) dans les mains de ces individus peu fiables.

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— Bénissez-moi, mon père, parce que j'ai péché.

— Il faut vraiment que tu arrêtes de m'appeler pour me dire ça dès que tu as fait une connerie, répond Kita d'un ton froid.

Kita lui répond toujours d'un ton froid. Il ne doit pas être tout à fait humain.

— Je n'aurais pas dû voler autant d'argent, soupire Atsumu. Ça se retourne contre moi. Une fille totalement inconnue vient de me dire qu'elle savait que j'étais amoureux d'Hinata. Parce qu'elle pensait que j'étais 'Samu ! Si ça se trouve, même lui le sait.

Silence.

— De quelle somme parlons-nous ? demande finalement Kita, toujours aussi impassible. Je croyais que tu allais lui rendre l'argent.

— Je veux dire que c'était marrant de me faire passer pour lui au départ, surtout que ce n'est pas très compliqué et que les bénéfices étaient conséquents. Mais si ça peut renverser le destin… j'accepte d'arrêter.

— Combien de personnes ? continue Kita. Atsumu, voler est très mal.

— De tous ces péchés, j'en demande pardon à Dieu, et à vous mon père pénitence et absolution, répond Atsumu. Amen.

Kita lui raccroche au nez. Treize minutes plus tard, il lui envoie un message en lui disant qu'il ne sera pas pardonné tant qu'il n'aura pas remboursé tous ceux à qui il a volé. Atsumu efface le message et fait comme s'il ne l'avait pas vu.

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Hinata vient à sa rencontre, à la sortie du bâtiment F comme Filosophie, et lui tend un pain au lait. Atsumu le fixe longuement sans réagir, puis se rapproche un peu et le prend. C'est un mercredi après-midi. Il pense à la vidéo qu'il vient de récupérer au ciné-club et son esprit se vide totalement.

Puisqu'il ne parle pas, c'est Hinata qui prend la parole.

— J'ai— hum. J'ai entendu une rumeur…

Atsumu décide immédiatement qu'il n'a pas envie de se faire rejeter un mercredi après-midi. C'est un mauvais jour. Et une mauvaise heure. Plus tard, peut-être. En fin de semaine.

— Oui, je l'ai aussi entendue, répond-il.

Il adopte un ton très neutre et ne montre aucune émotion. C'est facile. Il a des années d'expérience.

— Ah ? fait Hinata, visiblement embarrassé.

— Tu veux me demander si tu as tes chances avec lui ? demande Atsumu.

Hinata cligne des yeux, et ravale les mots qui semblaient sur le point de sortir de sa bouche. Atsumu garde son air impassible.

— Euh, je— reprend Hinata, je, hum.

Comment réagirait Osamu, face à Hinata ? Aurait-il aussi envie de se rapprocher et de l'embrasser doucement sous l'étrange pâleur du ciel ? Serait-il si fixé sur son regard perdu et ses joues rouges, qu'il en oublierait de parler ? Probablement pas. Osamu ne ressent les choses qu'à moitié, lui semble-t-il, c'est une maladie dont on ne guérit pas. Parfois, il s'emporte, mais c'est surtout quand son honneur est en jeu. Hinata est le genre de personne qui vous donne envie de faire les choses les plus stupides et de ne même pas vous sentir stupide. C'est ce genre de personne.

— Tu veux un onigiri ? demande Atsumu (ce n'est pas une réaction très naturelle, mais les choses se passent ainsi : 1) il voit Hinata paniquer et perd immédiatement le contrôle de la situation ; 2) il se rend compte qu'il doit encore imiter Osamu et qu'Osamu ne resterait pas comme ça devant lui ; et 3) il dit la première chose qui lui passe par la tête en pensant à Osamu, et il s'agit du mot onigiri).

— Non merci…

— Une prochaine fois, peut-être.

Hinata n'a pas l'air d'aller très bien. Il est agité. Ses mains font des aller-retour entre ses poches et sa nuque et ses cheveux. Le vent lui caresse le visage, étranger à sa gêne, et il ne fait pas ce truc où il ferme les yeux et lève la tête, un sourire aux lèvres, prêt à s'envoler, peut-être. Il continue à fixer Atsumu comme s'il venait de lui annoncer la mort de quelqu'un.

— Tout va bien ? demande Atsumu, qui a encore envie de se rapprocher et de lui toucher les mains, ou quelque chose comme ça. Hinata ? C'est ça ?

Le nom sonne étranger quand il le prononce. Il préfère Shouyou.

— Non, répond Hinata avec un léger sursaut. Je vais. Je vais y aller, alors. À une prochaine, euh, Miya.

Les mains dans les poches, à nouveau.

— Ah— attends une seconde, fait Atsumu. Attends.

Oui ?

Sa voix devient étrangement intense et Atsumu est presque intimidé. Presque.

— Je veux dire, je peux lui faire passer le message, dit Atsumu. Alors, tu es intéressé, ou pas ?

Quel coup de génie. L'œuvre d'un Dieu. Il peut avoir sa réponse sans se cramer. Et si elle est positive, il aura juste à revenir plus tard pour lui dire oui et ils seront heureux à tout jamais. Du jamais vu.

— Non, répond Hinata.

Sa voix est enrouée. Le vent qui revient n'est plus agréable du tout, et Atsumu le fixe en silence, une boule au fond de la gorge. Il essaye de ne pas laisser son masque se décomposer.

— Dis-lui que je ne suis pas intéressé, reprend Hinata, avant de tourner les talons.

Au bout de quelques mètres, il s'arrête et se retourne une dernière fois vers Atsumu. Son expression est indéchiffrable, comme un bout de papier froissé ; on voit des lettres pas coupées, tordues. Frustration et agacement et gêne.

— Donne-lui quand même le pain au lait, ajoute-t-il néanmoins.

Atsumu ne répond pas. Il le regarde détacher son VTT sous le préau du bâtiment B, qui est juste en face, l'enfourcher, s'élancer sur la route, disparaître. Des taches jaunes et orangées lui dansent sous les yeux avant de s'estomper à leur tour, et il pense enfin au reste de son corps, qui existe toujours. Il déchire l'emballage du pain au lait et le dévore en deux bouchées. Ce n'est pas si bon que ça, tout compte fait.

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Akaashi Keiji, qui ne fait pas partie du ciné-club, passe beaucoup trop de temps dans la salle secrète du bâtiment F, pour quelqu'un qui n'est pas tant que ça intéressé par le cinéma. Il les informe qu'il préfère la littérature.

— Je préfère la littérature, dit Akaashi Keiji. Je vais laisser quelques livres par ici.

— Tu risques de te les faire voler, fait remarquer Kuroo du ciné-club.

— Il y a une caméra, explique Akaashi Keiji. Elle n'a jamais été volée.

Kuroo ouvre la bouche mais aucun son n'en sort, alors il désigne la caméra du coin avec un air interrogatif.

— Oui, je sais qu'elle est là, répond Akaashi.

— Elle est en plein milieu, en même temps, ricane Atsumu (comme s'il ne s'était pas déjà fait filmer à son insu). Il faudrait penser à l'enlever.

— Non, dit Kuroo (qui doit toujours se dire qu'avec un peu de chance, il filmera Akaashi Keiji, qui n'est pas du ciné-club mais qui vient quand même trois jours par semaine rien que pour le voir, en train de se confesser). Non, on ne va pas l'enlever.

— Pourquoi pas ?

Il lance à Atsumu un long regard entendu, qui lui fait immédiatement regretter sa question.

— Imagine un peu ce qu'on pourra faire avec tous ces enregistrements. C'est comme capturer un morceau de cet endroit, tu vois ? Beaucoup de choses sont arrivées, ici. Laisser une caméra ici, c'est un geste qui a une certaine beauté, tu vois ?

— Si tu voulais faire un film, tu pourrais juste aller filmer les gens, répond Atsumu.

Il n'ose plus manger dans cette salle en sachant qu'il y est filmé. Personne ne trouverait ça agréable.

— Ce ne serait pas pareil, contre Kuroo. La caméra enregistre la vie, elle ne la poursuit pas.

Atsumu s'apprête à argumenter encore un peu, mais il croise le regard d'Akaashi Keiji, qui hausse les épaules, comme pour lui dire d'abandonner. Soit. Il abandonne.

— Il faudra quand même que je récupère la vidéo où je dis que je suis amoureux d'Hinata.

— Viens avec une clé USB, la prochaine fois.

— Je ne peux pas juste récupérer la cassette ?

— Quelle cassette ? demande Kuroo.

Atsumu entame un geste qui se veut explicatif, mais laisse tomber en voyant le sourire narquois de Kuroo. Oui. Bon. Peut-être qu'on n'enregistre plus sur cassettes, oui. Peut-être bien. Il ramènera sa clé USB et ne quittera pas cette pièce avant d'avoir de l'avoir forcé à effacer le ficher en question.

— Tu veux rester à la séance de ce soir ? demande Kuroo.

— Vous allez regarder des films en noir et blanc qui durent trois heures et demie, rétorque Atsumu.

— Ça ne répond pas vraiment à ma question…

— Ça veut dire non, sourit Atsumu. À la prochaine.

Kuroo (qui veut probablement juste passer la soirée en tête à tête avec Akaashi Keiji), ne fait même pas semblant d'être déçu, et secoue la main, comme pour dire oui, bon vent. Dans un coin de la pièce, Akaashi redresse ses lunettes sur son nez, pensant peut-être que personne n'a remarqué le sourire discret qui orne ses lèvres. C'est un bon moment pour partir.

Il quitte la pièce, et revient le mercredi pour récupérer la vidéo, lance un ultimatum à Kuroo pour le forcer à effacer le fichier après ça, puis sort du bâtiment et se fait rejeter par Hinata.

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— Tu es un idiot, lui dit Sakusa.

— Tu— comment est-ce que tu le sais ? demande Atsumu. Ne me dis pas que tout le campus sait que Shouyou m'a rejeté.

— Non, je disais juste ça en général. Hinata t'a rejeté ? Tant mieux pour lui.

— Tant pis pour lui, tu veux dire. Je suis un excellent produit. Parfois, je m'impressionne moi-même.

Sakusa lui lance un regard dégoûté qui lui arrache un sourire. Sakusa ne sait pas faire la différence entre premier et second degré, il trouve juste que tout ce que les gens disent est stupide.

— En fait je m'impose un tel contrôle qualité que je suis arrivé à un niveau de zéro défaut, reprend Atsumu.

— Il paraît qu'un moustique sur trois est porteur de virus mortel, fait savoir Sakusa.

C'est probablement faux. C'est certainement faux, même, mais c'est une façon de faire savoir à Atsumu qu'il peut s'arrêter là. C'est une façon de dire : un moustique sur trois, c'est énorme, et je ne veux pas gâcher le reste de mes jours à t'entendre parler. Il n'y a que Sakusa pour réagir comme ça.

— Je savais qu'il allait me rejeter, de toute façon, soupire Atsumu.

— Je croyais que tu avais une touche.

— C'est Shouyou. Il est gentil avec tout le monde.

Il est même gentil avec Oikawa, qui ne fait que de parler de pains au lait ou de son ami d'enfance que personne ne connaît (donc dont tout le monde se fout). En tout cas, Atsumu ne l'a jamais entendu parler de quoi que ce soit d'autre.

— Mais tu es… commence Sakusa, avant d'entamer un geste circulaire en sa direction.

Atsumu déteste quand il fait ça, d'une part parce que ça ne donne aucune information, d'autre part car Sakusa a un poignet bizarre, ce qui rend le geste assez répugnant.

— Je suis ?

— Tu es insupportable, répond Sakusa. Égoïste. Peu fréquentable.

— Merci ?

Sakusa soupire.

— Je veux dire par là que si… enfin, Hinata doit vraiment être très gentil.

Atsumu ne sait pas si Sakusa est un peu lent à la détente ou s'il essaye d'exprimer une pensée philosophique très complexe dont il n'aurait pas les clés. Dans les deux cas, c'est un peu irritant. Bien sûr qu'il est gentil, veut-il dire. Il ne connaît pas trente-six personnes qui vous rejettent et vous donnent un pain au lait. Et ce n'est même pas tout. Il pourrait faire une liste.

— Tu vas me faire une liste, dit Sakusa. Ne le fais pas.

— Je n'allais pas faire de liste. Tu es le seul à faire ça.

Sakusa lui lance un long regard. Il sait.

— Peut-être qu'Hinata n'est gentil qu'avec ceux qui ne font pas preuve de lâcheté excessive, ajoute Sakusa. Je dois y aller. Il faut que j'aille me laver les mains.

— Il faut toujours que tu ailles te laver les mains.

— Tu évites encore le sujet.

Atsumu reste silencieux, cette fois. Il réalise avec horreur qu'il se prend des remarques Sakusa. Le type qui n'arrive même pas à passer une après-midi sans se laver cinq fois les mains. Le type qui pense que tout le monde veut secrètement le tuer.

Quand a-t-il pris peur ? Il n'a jamais été intimidé par l'opinion des autres. On pourrait dire tout ce qu'on veut de son attitude, mais elle n'est pas lâche. Elle ne l'était pas, du moins. Si c'était Hinata, qui avait foutu cette fichue caméra dans la salle secrète du bâtiment F, il aurait été récompensé, au moins. Kuroo du ciné-club peut attendre encore longtemps.

— Je dois aussi y aller, répond Atsumu.

Sakusa pense peut-être qu'il évite une fois de plus le sujet. Il aurait tort. Atsumu fonce dans le sujet.

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— Ça ne va pas durer, lui dit Atsumu.

Il le pense sincèrement. Osamu est trop occupé à penser à son carnet de recettes pour faire tenir une relation de couple. Son tempérament est changeant, difficile à gérer, il est soit trop apathique, soit trop intense à propos de choses sans intérêt. Ça ne va pas durer.

Osamu ne s'énerve même pas.

— Tu dis ça parce que tu te projettes, fait-il remarquer. Nous sommes deux personnes différentes, tu sais.

— Encore heureux.

— Juste parce que tu es incapable de penser à autre chose qu'à toi-même ne veut pas dire que c'est mon cas.

Ils sont au lycée. Atsumu n'est jamais tombé amoureux. Il n'a même pas pensé que ça pourrait lui arriver. La lecture de quelques romans à l'eau de rose a suffi à le dégoûter. Les personnages deviennent subitement complètement stupides et dépendants, n'osent jamais rien dire. Un ramassis de conneries.

— Je ne dis pas le contraire, admet-il avec un sourire joyeux. Mais ça ne va pas durer.

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Hinata est facilement repérable. Il n'est pas très grand, mais la couleur de ses cheveux ressort aisément, sa façon de bouger avec une vivacité inépuisable l'empêche de se fondre dans la masse, et l'intensité de son regard peut transpercer un homme à plusieurs mètres de distance.

Bâtiment D, vendredi matin. Le regard d'Atsumu est immédiatement sur lui. Il traverse le fan-club d'Oikawa sans la moindre forme d'hésitation, et attrape Hinata par le poignet, s'empêchant de le regarder dans les yeux pour ne pas flancher face à un éventuel regard désapprobateur. La lumière est encore timide, à cette heure-ci. C'est un moment calme (sauf dans le bâtiment D où le fan-club d'Oikawa fait des ravages), paisible, le genre de moment qui convient bien à une confession.

Ils s'arrêtent à l'arrière du bâtiment. Atsumu prend une grande inspiration, et se laisse glisser contre le mur, formulant lentement les mots à venir dans sa tête. Il aurait mieux fait d'emprunter à Osamu d'autres romans à l'eau de rose. Mais ce serait admettre une forme de faiblesse de son côté, et donc inacceptable. De plus, il évite scrupuleusement son frère depuis que ce dernier s'est rendu compte qu'il lui devait de l'argent.

Hinata s'assied à ses côtés, dans un calme qui l'intrigue. Il finit par craquer et se tourner vers lui, décidant que de toute façon, on ne se déclare pas à quelqu'un en regardant ailleurs. Son visage semble dégagé de toute forme de jugement. Atsumu pensait qu'il serait en colère, mais son regard ne projette qu'une insouciance curieuse. Il se demande comment Hinata ressent les choses — comment est-il amoureux, comment est-il avec un cœur brisé ? Certainement pas comme lui. Atsumu ressent les choses de la pire façon : il est amoureux par désespoir et porte un cœur brisé par fierté. Il n'est sûrement pas la personne idéale pour Hinata, mais ça n'a pas d'importance.

Il a toujours été égoïste. Il pense au fait qu'il y a certainement, quelque part, quelqu'un de mieux pour Hinata, et sa seule envie est d'aller trouver cette personne pour l'effrayer au point qu'elle ne s'approche plus jamais.

— Je suis venu chercher un pain au lait, commence Atsumu.

Il ne sait pas où il va avec ça. Hinata non plus, vu l'interrogation qui se lit dans ses yeux. Atsumu s'éclaircit la gorge.

— Je viens toujours chercher un pain au lait. Je fais semblant d'adorer ça, mais en vrai, ce n'est pas que ça. Je ne dis pas que je n'aime pas les pains au lait, mais c'est un autre sujet. Tu veux savoir pourquoi je viens tout le temps ?

Un sourire fin étire les lèvres d'Hinata.

— Oikawa ? tente-t-il.

— Outch. Certainement pas, répond Atsumu avec un air dégoûté, qui arrache un rire à Hinata. En fait, je viens plutôt pour toi.

— Mmhh…

Atsumu aurait aimé être face à la règle des compliments (option A : Hinata glousse d'un air fier, option B : il rougit furieusement et en perd ses mots), mais ne trouve aucune trace d'embarras sur son visage. Quand Hinata réagit comme ça, impossible de savoir à quoi il pense. Ce n'est pas la première fois que ça arrive, et c'est peut-être ce qui avait intrigué Atsumu à l'époque, mais dans de telles conditions, ça devient presque effrayant.

Rappelons qu'Atsumu ne sait pas comment faire. Il n'est jamais tombé amoureux avant ça. Il a rapidement étudié la théorie (collégien avec un magasine de shojo mangas, lycéens avec les fichus bouquins d'Osamu, étudiant avec le manège bizarre de Kuroo du ciné-club et Akaashi Keiji) et il lui semble que ce n'est pas la mer à boire : il s'estime entièrement capable de prononcer une phrase directe, concise, sans passer pour un abruti. Dans la pratique, ça n'a malheureusement rien à voir. Le regard d'Hinata est aiguisé comme un couteau de cuisine, prêt à lui couper la poitrine, en faire sortir les mots justes. Ce n'est pas qu'il a l'air méchant ; il a l'air prêt à tout encaisser. Ça ne plaît pas à Atsumu. Il veut faire dans le grandiose, il veut arracher une réaction, une forme de reconnaissance. Ce n'est pas un regard amoureux, ça. Ce n'est pas le regard amoureux qu'il attend, en tout cas. Mais peut-être qu'il n'a pas assez étudié la théorie (c'est un fait : les romances l'ennuient, il a passé les détails sans se dire que ça pourrait avoir de l'importance plus tard).

Ils sont interrompus par le lever du Soleil. Ou plutôt la réalisation que le Soleil est bien en train de se lever, mettant en lumière les carrés d'herbes à leurs pieds. Hinata y dépose sa main avec paresse, et Atsumu décèle enfin une touche de nervosité dans son visage, un tremblement de la lèvre, un détail qui suffit à le convaincre qu'il y a quelque chose à espérer. Hinata touche le Soleil. Ses cils se fondent dans une poussière de craie. La lumière est vive et la voix d'Atsumu remplit l'espace.

— La rumeur est vraie.

Direct, concis. Il ne passe pas pour un abruti.

— La rumeur comme quoi Miya Atsumu serait amoureux de Hinata Shouyou ? demande Hinata.

Il a replié ses jambes contre son torse, et plie ses doigts dans le filet de lumière. Atsumu se rend compte de son propre sourire.

— Il n'y a pas d'autres rumeurs, non ?

— Non, fait Hinata. Pas à ma connaissance.

— Eh bien, c'est celle-là, oui.

L'angoisse qui lui remplit le ventre disparaît un moment, en suspens avec le reste du monde. Tant qu'Hinata n'a pas répondu, il est évident que rien ne peut fonctionner. Il est évident que la fille qui passe en vélo et qui fait retentir sa sonnette devant le bâtiment D, comme pour prévenir tout le campus de son arrivée, n'est qu'une illusion. Que les philosophes du bâtiment F ne se posent plus de questions. Qu'Akaashi Keiji a arrêté de regarder la caméra en se demandant ce qu'il pourrait dire pour que Kuroo du ciné-club comprenne qu'il est intéressé sans lui donner la satisfaction de se déclarer.

— Donc, pour être bien clair… dit Hinata, (pourquoi ne peut-il pas juste répondre, d'une façon directe et concise, comme Atsumu ? Qu'est-ce qui pourrait avoir de l'importance, là tout de suite ?) pour être bien clair. Tu n'est pas— Miya Osamu.

— Atsumu, répond Atsumu. Le seul et l'unique. Cent pour cent. Qualité garantie (il ajoute un clin d'œil pour la forme).

Hinata fait partie des personnes qui comprennent le second degré. Il se met à rire, et la fossette qui creuse sa joue parvient à retenir l'attention d'Atsumu pendant au moins dix secondes.

— Ce n'est donc plus Miya Osamu, conclut Hinata (qui n'a toujours pas donné sa réponse).

— J'ai toujours été Atsumu, tu sais.

— Mais tu as prétendu être quelqu'un d'autre.

Il hausse les épaules.

— Ça m'a mis un peu en colère, admet Hinata. J'ai cru que tu allais me rejeter mais que tu n'avais pas le courage de me le dire en face…

Atsumu se met à plisser des yeux.

— Tu quoi, fait-il avec nervosité.

La sonnette de vélo, encore. Mais pas la même fille. Pourquoi est-ce qu'Hinata irait penser quelque chose d'aussi stupide ?

— Ben oui, fait-il. Je viens te demander pour la rumeur, et tu— (il entame un geste bizarre de la main) tu m'ignores complètement ! Je ne comprenais pas.

— Je t'ai demandé, fait Atsumu, je t'ai demandé si tu étais intéressé.

— C'est aussi ce que je demandais, implicitement, en évoquant la rumeur, proteste Hinata (il insiste sur le mot implicitement, comme s'il était particulièrement fier de l'utiliser ainsi).

— Je croyais que tu voulais juste mettre les choses au clair. Pour me rejeter dans les règles de l'art, admet finalement Atsumu. Enfin, je n'en étais pas sûr. C'était une possibilité. J'ai paniqué.

— Ce n'est pas grave, Atsumu. Nous avons tous les deux paniqué. Ce sont des choses qui arrivent.

Il hoche la tête avec dextérité, comme un philosophe en herbe. Hinata possède une belle façon de voir les choses. Il dit qu'il veut aller vers le positif quoiqu'il arrive — il dit qu'il n'a pas toujours été comme ça, mais que maintenant, c'est décidé. Il n'y a rien de plus séduisant qu'une personne prête à réaliser ses rêves, pense Atsumu.

— J'imagine. Ça peut s'arranger, dit-il avec un sourire.

— Absolument. Tu étais venu chercher un pain au lait, c'est ça ?

— Entre autres. Mais il y a des choses plus intéressantes.

Hinata répond au compliment en choisissant l'option C : se pencher en avant, traverser le rideau de Soleil qui les sépare, la main douce et légère sur sa joue, et l'embrasser doucement du bout des lèvres.

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Akaashi Keiji s'arrête devant lui sans lui dire bonjour et le fixe pendant quelques longues secondes, pendant lesquelles Atsumu voit sa vie défiler devant ses yeux.

— Tu es celui avec du gel, dit finalement Akaashi. Où puis-je trouver ton frère ?

— Pour quoi faire ?

Atsumu ne veut pas que son frère rencontre Akaashi Keiji. Ça n'a pas l'air d'être une bonne idée, peu importe la façon dont on tourne les choses. C'est de l'ordre que naît le chaos, ou une connerie du genre.

— Il vend des onigiris.

— Ils ne sont pas très bons, répond Atsumu en haussant les épaules.

— C'est un mensonge.

Atsumu soupire. S'il voulait parler à une sorte de robot, il serait allé voir Sakusa, ou Kita. Il semblerait que la moitié de ses amis ne sont qu'à moitié humains.

— Si tu le croises, peux-tu lui dire que je souhaite trois portions pour demain ? Je le payerais directement.

— Tu peux m'avancer, fait savoir Atsumu avec un sourire en coin.

Il aimerait bien emmener Hinata au restaurant. Pas un fast-food ou un bar, plutôt quelque chose d'un peu chic. Un peu d'argent ne lui ferait pas de mal.

— Ben voyons, répond Akaashi avec un semblant de sourire, avant de commencer à tourner les talons. Bonne après-midi, Miya. N'oublie pas, pour les onigiris.

— Ok, ok, répond Atsumu.

Puis il oublie pour les onigiris parce qu'il croise Hinata et qu'Hinata est en train de déballer cinquante-sept mots à la seconde parce qu'il y avait un énorme chien dans le bâtiment D, qui s'est retrouvé à baver partout sur Oikawa, qui a décidé de faire une scène et qui s'est fait emmener à l'infirmerie par son fan-club. Hinata dit qu'il ne sait pas ce qu'il va faire à l'infirmerie, mais qu'au moins c'était un peu calme. Atsumu se dit qu'il aurait bien aimé voir ça. Ils vont acheter à manger, puis cherchent une place dans le parc près de la cafétéria, mais tous les bancs sont pris. Alors Atsumu évoque la salle du ciné-club et Hinata semble particulièrement emballé, et sans s'en rendre compte, Atsumu se met à déballer toute l'histoire de la rumeur, comment elle est arrivée, comment il a lancé un ultimatum à Kuroo pour récupérer la stupide vidéo et comment Akaashi Keiji n'a toujours pas embrassé Kuroo malgré tout. Ce n'est pas une très bonne histoire, mais elle a le mérite d'amuser Hinata.

— Et cette histoire de trafic d'onigiris ? demande-t-il. Comment ça s'est terminé ?

Atsumu hausse les épaules.

— 'Samu veut que je le rembourse, naturellement. Ce que je ne vais pas faire.

— Ce n'est pas très sympa, fait remarquer Hinata.

— Ça rembourse la veste en cuir qu'il m'a dégueulassée au lycée, dit Atsumu. De toute façon, je ne vais pas pouvoir en profiter plus que ça. J'ai acheté de quoi me décolorer les cheveux.

C'est la fin d'une époque, mais ça a assez duré. Et il a eu ce qu'il voulait, de toute façon.

— Je vais aussi me calmer sur les pains au lait, si ça ne te dérange pas, ajoute-t-il. Ça ne me réussit pas.

Hinata soupire, visiblement soulagé. Ce n'est pas la réponse qu'Atsumu attendait. Il est un peu vexé.

— C'était quoi, ça ? Tu veux plus que je passe ?

— Ah, non, c'est plus, commence Hinata avec un air embarrassé. C'est plus une question d'argent.

— Comment ça ?

— Les pains au lait sont payants, explicite Hinata.

— Non, ils ne le sont pas.

Hinata laisse échapper un nouveau soupir.

— Si. Malheureusement.

Après un court instant d'hébétude, Atsumu est pris d'un grand éclat de rire. Il pose machinalement sa main sur l'épaule d'Hinata, et remonte lentement ses doigts jusqu'à sa joue. Elle est chaude.

— Tu es incroyable, Shouyou.

— Toi aussi, Atsumu, sourit Hinata.

Atsumu n'arrive pas à croire qu'il a réussi à se trouver quelqu'un qu'il puisse complimenter sans ironie et qui le complimente en retour sans ironie. C'est assez improbable, quand on y pense. Mais qu'il le mérite ou non, il en est là.

— Si ça peut te rassurer, j'ai encore les fonds du détournement d'onigiris. On peut partager.

— Oh. Je ne sais pas si j'ai envie de rejoindre cette entreprise illégale… Mais ça ne me ferait pas de mal, en effet…

— Allons. 'Samu me doit tout. Par ailleurs, c'est lui qui était dans l'illégalité. Ce n'est pas vraiment du vol.

La légendaire théorie du bonheur qu'a adoptée Hinata prend le dessus à ce moment-là. Il hoche la tête, et Atsumu regrette de ne pas avoir soutiré plus d'argent aux pigeons qui font bosser son frère avant de changer de couleur de cheveux.

— Tu veux aller faire une annonce officielle devant la caméra du ciné-club ? finit par demander Hinata.

Atsumu n'en a pas forcément envie. Il a fait ses adieux à la salle secrète du bâtiment F et n'avait pas l'intention d'y retourner de ci tôt. Mais du peu qu'il sait, on fait fonctionner une relation avec des compromis. Et Hinata semble rayonner rien qu'en évoquant l'idée. De toute façon, ce sera une bonne fin. Kuroo du ciné-club aura enfin quelque chose d'intéressant à visionner.

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Un type qu'il reconnaît à peine s'assied à côté de lui à la cafétéria, où il est assis seul parce qu'Hinata est en retard parce qu'Oikawa l'a laissé gérer la commande de pains au lait tout seul pour aller retrouver son soi-disant ami d'enfance que personne n'a jamais vu et qui ne doit même pas exister. Il pose son plateau et toise longuement Atsumu, avant de lui passer une main compatissante sur l'épaule.

Atsumu regarde la main avec dégoût, et la retire de son épaule. Il s'apprête à demander au type de partir. Jusqu'ici, sa journée était parfaite — il a croisé Hinata deux fois dans la matinée et a reçu plusieurs compliments sur sa teinture encore toute fraîche —, pas la peine de la gâcher.

— C'est bien toi, Miya Atsumu, qui était amoureux d'Hinata Shouyou ? demande-t-il.

Atsumu se demande si ça va devenir une habitude.

— Ouais.

— J'ai entendu dire— enfin, il paraît que Kuroo du ciné-club a dit à Kiyoko, qui a dit à Suga, qui a dit à Daichi, qui a dit à Bokuto, qui l'a crié dans le hall ce matin, qu'Hinata sortait avec Miya Osamu, le type qui vend illégalement des onigiris. Tu dois être dévasté, mec.

Atsumu cligne lentement des yeux et sent un début de migraine le saisir. Allons bon. S'il n'était pas dévasté jusque là, ça va peut-être venir.

— J'ai une offre à te faire, ajoute le type. Il y a quelques semaines, j'ai voulu acheter des onigiris à ton frère et il m'a pris mon argent sans jamais rien me donner en retour. Si tu es partant pour une vengeance, ça peut se faire.

Ou peut-être qu'il va passer un excellent moment. Ce monde est plein de surprises, décidément.

— Je ne vais malheureusement pas pouvoir t'aider là-dessus, dit-il. Mais n'hésite pas à lui en faire voir de toutes les couleurs. Venge-moi.

Le type sourit et lui promet de faire de son mieux, avant de reprendre son plateau et de se tirer, peu avant l'arrivée d'Hinata. Atsumu, en parfait gentleman, lui tire une chaise et lui vole une serviette incognito parce qu'il oublie toujours d'en prendre une.

— Je crois que j'aurais mieux fait de me teindre les cheveux avant qu'on passe faire cette annonce devant la caméra, dit-il.

Hinata cligne innocemment des yeux.

— Pourquoi ? Il s'est passé quelque chose ?

— Pas grand-chose, admet Atsumu. C'est un peu drôle.

Et sans donner plus d'information que ça sur le sujet, il lui dépose un léger baiser au coin des lèvres. Quelques chuchotements se font entendre. Hinata n'a pas l'air de s'en rendre compte. Il lui sourit doucement, puis revient à son plateau et avale ses frites comme s'il était privé de nourriture depuis des jours.

— Ech-que Kuroo a vue la vidéo ? demande-t-il finalement, la bouche à moitié pleine.

— Absolument. Il trouve que ça fait une fin fantastique à son film.

Hinata hoche gravement la tête. Il semble prendre ça très au sérieux. Atsumu le comprend : ils aiment tous les deux faire les choses en grand. Et pourquoi ne pas commencer par une carrière d'acteurs, après tout.

— Hâte que le film sorte et qu'on touche de l'argent, ajoute-t-il.

Il pique une frite à Hinata alors qu'il n'a pas fini les siennes pour le simple plaisir du geste, et repense un peu à ce fichu film. Il ne sortira probablement jamais. En tout cas, pas tant que la moitié de ses acteurs sont sur pause. Quand ils se seront décidé à avancer, on en reparlera — Atsumu lancera des ultimatums et Sakusa refusera de le voir parce qu'il ne veut pas mettre les pieds dans une salle de cinéma, Osamu fera semblant de dormir pendant tout le film, Kita lui dira de se repentir, Akaashi Keiji dira finalement je t'aime et Kuroo du ciné-club remplacera son nom par celui de son frère dans le générique de fin. Ce sera une entrée dans le chaos.

En attendant, Hinata lui pique ses frites alors qu'il n'a pas lui-même terminé les siennes, pour le simple plaisir du geste, et continue à manger comme s'il s'apprêtait à engloutir le monde.

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fin.


Merci d'avoir lu !

Spéciale dédicace à notre ancien campus universitaire rival qui a posté une vidéo sur YT pour se foutre de nous et nous call out parce que notre café était dix centimes plus chers que le leur, le tout avec une reprise au piano de Nyancat en fond sonore bien sûr (dans la réponse de notre campus, c'était une reprise avec du violon). Brûlez en enfer.

Si vous avez la référence à "Message à caractère informatif" faites-le moi savoir pour qu'on parle de nos vidéos préférées.

Je suis actuellement en train d'écrire un autre OS du côté d'Akaashi et Kuroo, donc si vous voulez savoir ce qu'il leur arrive... we will meet again. Sinon, cet OS était très fun à écrire ! Sakusa est mon nouveau comic relief préféré ! Sorry Sakusa !

Plein de bisous à vous, si vous avez lu please laissez une petite review pour que je puisse sauter de joie partout dans mon appartement et faire mon sport de la journée... haha.

Prenez soin de vous ! À la prochaine :)