Cette fic est écrite dans le cadre de la 120ème nuit écriture du FoF (Forum Francophone) pour le thème "Piston". Le FoF est un forum regroupant tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou s'amuser entre nous. Le lien se trouve dans mes favoris. Rejoignez-nous !
Note de l'auteur : J'aime beaucoup trop la relation Pégasus/Kaïba qui est sous-entendue avant la saison 1 et, même si j'ai sacrifié pas mal de neurones et de temps de sommeil pour parvenir à boucler ce texte en un temps record, je suis quand même contente d'avoir pu écrire dessus. J'espère que ça vous plaira ! ENJOY !
Il l'avait fait. Il avait seize ans, Makuba en avait douze, et à eux deux, ils avaient renversé leur beau-père et pris le contrôle de sa société. Godzaburo avait disparu dans la nature après leur coup d'état et maintenant, ils étaient dans le manoir Kaïba, seuls maîtres des lieux, et seuls propriétaires de l'entreprise d'armement la plus puissante au monde. Seto avait fêté sa victoire avec les Cinq Grands en s'autorisant sa première coupe de champagne et en signant aussitôt les papiers pour les promouvoir chefs de section, comme convenus dans leur accord pour la prise de contrôle. Il le leur devait, malgré sa détermination et son acharnement, il était forcé de reconnaître qu'il n'y serait pas parvenu sans leur expérience et leur connaissance de l'entreprise. Seto était rentré dans sa chambre tard, ce soir-là, et avait été surpris de voir Makuba installé sur son lit en train de lire.
- Qu'est-ce que tu fais là ? s'étonna-t-il. Tu devrais dormir…
- Je voulais te parler.
Seto s'assit sur le lit à côté de lui et Makuba reprit :
- Je pouvais pas m'empêcher de me demander… Qu'est-ce qui va se passer maintenant ? On a réussi, la Kaïba Corp t'appartient… Et maintenant ?
- Maintenant… Tout va changer. Dès demain, avec les Cinq Grands, nous amorçons le virage pour transformer la société en la plus grande entreprise de jeux au monde. Godzaburo ne voulait pas m'écouter quand je lui parlais de tous les projets que je développais, tant pis pour lui. Ces projets seront lancés par la nouvelle Kaïba Corp et amorceront une véritable révolution dans l'univers du jeu. Ensuite… Je ne sais pas toi, mais moi je ne supporte plus de voir ce manoir, tu n'es pas d'accord ?
- Si, j'osais pas t'en parler. Beaucoup trop de mauvais souvenirs. Mais où est-ce qu'on pourrait aller à la place ?
- Les bureaux de la Kaïba Corp ont plusieurs étages inoccupés, notamment le dernier. On aurait la place de loger à vingt là-dedans si on le voulait. Si ça te dit, tu me laisses le temps de les faire aménager, et on s'y installe. Comme ça en plus, peu importe l'heure à laquelle je finirai de travailler, je ne serai jamais loin si tu as besoin de moi.
Makuba acquiesça d'un hochement de tête enthousiaste. Il aimait définitivement cette idée de débarrasser le plancher de ce manoir dans lequel ils avaient tous les deux beaucoup trop souffert.
- Et toi ? Tu vas commencer à jouer à Duel de Monstres ? Plus rien ne t'en empêche…
- A part le fait de ne pas avoir de deck ? sourit Seto. Je doute que ton dessin du Dragon Blanc aux Yeux Bleus soit accepté en duel officiel… Ce n'est pas urgent, les activités de la Kaïba Corp passent en premier. Mais oui, j'aurais bien envie de m'y mettre. Et si je n'arrive pas à devenir un bon duelliste, tant pis ? Au moins, j'aurais essayé.
- Tu vas y arriver.
La confiance que Makuba plaçait en lui faisait plaisir à entendre, pourtant, le regard de celui-ci était encore voilé d'un doute. Seto n'eut pas de mal à deviner lequel.
- Tu veux reparler de… De ce qui s'est passé l'autre jour ? Je réalise qu'avec tout ça, je n'ai pas eu l'occasion de te présenter mes excuses en bonne et due forme…
Ils n'en avaient pas reparlé ensemble, pourtant, Seto y avait repensé souvent. A cet accès de colère et de désespoir quand Godzaburo avait découvert son plan, qui l'avait poussé à soupçonner Makuba. Il se revoyait encore prendre Makuba par le col et le jeter contre un mur, le gifler encore et encore jusqu'à ce qu'il arrête d'essayer de se défendre et que la vision de son frère encaissant les coups sans broncher achève de dissiper sa colère en la remplaçant par l'horreur et la culpabilité.
Makuba sembla chercher ses mots plusieurs secondes avant de relever la tête vers lui :
- Est-ce que tu l'avais planifié ? Seto, s'il te plaît, sois honnête, j'ai besoin de le savoir… Est-ce que tu l'as fait exprès ? Est-ce que c'était ton plan pour que Godzaburo me confie les parts de la société qu'il te manquait pour en prendre le contrôle ?
Seto retint une exclamation choquée.
- Non, Makuba. Je… Je te jure que non. Je n'ai pas de mots pour te dire à quel point je suis désolé… A quel point j'étais épuisé et désespéré et effrayé à l'idée que Godzaburo réduise à néant les efforts qu'on avait fait pour s'en sortir et j'ai pété les plombs. Je passerai ma vie à le regretter et à te supplier de me pardonner un jour, mais je te jure que jamais je ne pourrais me comporter volontairement de cette façon avec toi, jamais je ne lèverai la main sur toi peu importe le plan qui est en jeu. Jamais. Je suis désolé.
Le sourire de Makuba devint plus apaisé et il apparut comme évident que cette question le tracassait depuis longtemps. Seto laissa sa main courir affectueusement dans les cheveux de son frère et il souffla :
- On devrait dormir. On a une vie entière qui nous attend à partir de demain.
Makuba acquiesça.
- Je… Je peux rester dormir avec toi ? Y a plus de garde pour me renvoyer dans ma chambre… Enfin si, mais maintenant t'as le droit de leur dire d'aller se faire voir…
Seto laissa échapper un rire amusé et acquiesça.
- Bien sûr.
Trois mois s'étaient écoulés depuis leur prise de contrôle. Ils avaient officiellement déménagé dans la tour de la Kaïba Corp où le dernier étage était devenu leurs appartements. En parallèle de ses différents projets de jeux vidéos virtuels, Seto s'était constitué un deck assez puissant grâce à l'argent qu'il possédait désormais, et il avait concouru dans quelques petits tournois qu'il avait tous remportés. Il en retirait une certaine fierté, bien qu'admettant que les duellistes qui y participaient n'avaient tout simplement pas les moyens de se constituer un deck aussi puissant que le sien. Tant pis. Il gagnait, et c'était tout ce qui importait. Après sa dernière victoire, ses secrétaires l'avaient informé que Maximilien Pégasus, le créateur du jeu, avait demandé à le rencontrer. Il avait été surpris, et intrigué surtout. Pourquoi le créateur de Duel de Monstres s'intéresserait-il au vainqueur de quelques tournois de petite envergure ? Peu importe, l'occasion était trop belle. Il avait bloqué la journée pour le recevoir dans les locaux de la Kaïba Corp et l'attendait dans le hall d'accueil quand celui-ci passa les portes.
- Heureux de te rencontrer enfin, mon petit Kaïba ! Depuis le temps que j'entends parler de toi…
La familiarité de Pégasus le surprit et l'agaça légèrement. Il l'invita à le suivre dans son bureau et, en marchant le long des couloirs de l'entreprise, demanda :
- Depuis combien de temps entendez-vous parler de moi ? Je ne joue que depuis quelques semaines…
- Oh, bien avant ça. Ta partie d'échecs contre ton beau-père avait fait beaucoup de bruit à l'époque. Du coup, tu te doutes que j'étais fou de joie d'apprendre que six ans plus tard, tu le renversais, transformais son entreprise pour la spécialiser dans le jeu, et, cerise sur le gâteau, tu te mettais à jouer à mon jeu ! Pour moi c'est une occasion rêvée… Et j'ai tellement à te proposer en échange de ce que tu peux m'apporter que je suis persuadé que toi et moi, nous allons bien nous entendre !
Ils arrivèrent dans le bureau de Seto et s'installèrent dans des fauteuils autour d'une table.
- Je vous écoute ? demanda Seto.
- Ma société Illusions Industrielles a un projet depuis un bon nombre d'années. Des duels de monstre grandeur nature. On pose la carte sur une plateforme qui l'identifie et fait apparaître le monstre en hologramme.
- C'est… Ambitieux, nota Kaïba en luttant pour masquer son intérêt.
- Je suis capable de créer ces illusions, de dessiner les modèles 3D de toutes mes cartes. Ça, j'en fais mon affaire. Mais il me manque deux choses. La première, c'est la technologie. Tout le matériel nécessaire à cela, les capteurs, les générateurs d'images, les circuits et logiciels qui iront de la lecture de la carte à la génération de l'hologramme.
Kaïba resta silencieux. Sa propre entreprise était tout à fait capable de mettre ça en place. Mieux, même, après tous les prototypes de mondes virtuels qu'il avait élaborés quelques années plus tôt, la génération d'une simple image serait un jeu d'enfant.
- Et la deuxième, reprit Pégasus, c'est d'une égérie. Ce système, s'il voit le jour, coûtera cher, les organisateurs de tournoi ne verront pas l'intérêt de l'acheter. Ce sera bien entendu très impressionnant, mais l'utilité même pour la bonne tenue d'un tournoi sera très discutable. Ils auront besoin d'un moyen de pression, et le seul qui fonctionnera sera l'assurance que le meilleur joueur du monde refusera d'y participer s'ils n'ont pas ce dispositif.
Seto fronça les sourcils.
- Quel rapport avec moi ?
- Le meilleur joueur du monde, ce titre ne te fait pas de l'œil ?
- Bien sûr que si, ricana Kaïba, mais j'en suis loin. Je n'ai fait que quelques tournois de faible importance, c'était un jeu d'enfant. On n'accède pas aux tournois internationaux en un claquement de doigts.
- On y accède en un claquement de doigts quand on est pistonné par le créateur du Duel de Monstres en personne, précisa Pégasus. Tu as du talent, il suffit d'observer un de tes duels pour le remarquer immédiatement. Voici ce que je te propose. Je te fournis toutes les cartes dont tu as besoin. Si tu as besoin d'entraînement ou de conseils stratégiques, je suis à ta disposition également. Je t'offre mon nom et mon soutien pour t'inscrire aux tournois auxquels tu n'accèderais pas même après dix ans de compétitions régionales. En contrepartie, tout ce que je te demande, c'est de gagner. En parallèle, nous développons et commercialisons ce système holographique. Et quand tu as entre les mains le titre de meilleur joueur au monde, nos deux réputations achèveront de soumettre le marché et d'imposer aux organisateurs le fait qu'un tournoi ne peut plus se faire sans ces équipements. Ils deviendront incontournables, ils seront obligés de l'acheter pour continuer leur activité. Qu'en penses-tu ?
Kaïba resta silencieux. L'offre de Pégasus était tentante. Beaucoup trop tentante. A cet instant, il avait l'impression d'avoir à côté de lui l'enfant qu'il était à dix ans qui sautillait d'excitation à cette idée, sans comprendre pourquoi le jeune homme de seize ans hésitait et y réfléchissait encore. Il avait trop lutté pour accéder à cet empire, il ne pouvait pas se permettre de tout perdre en acceptant sur un coup de tête la proposition de quelqu'un qui lui permettait de jouer. Il devait oublier son excitation de joueur et se concentrer sur ses réflexes de PDG. Déjà, le projet de Pégasus. Il en avait lui-même décrit les principaux avantages et inconvénients. Un système grandiose qui mènerait une véritable révolution, seulement s'ils parvenaient à l'imposer comme la nouvelle norme. Un système qu'il était parfaitement capable de développer, sans deadline car il devrait attendre au moins un an d'être sacré meilleur joueur au monde pour pouvoir l'exploiter. Avec deux entreprises richissimes et influentes. Décidément, le plan de Pégasus était réalisable. Et tentant.
La présence de l'enfant de dix ans à ses côtés se faisait plus sentir que jamais. Après autant d'années de combat, il supposait qu'il avait le droit d'accorder à ce gosse battu et blessé une unique faveur.
- Vous avez parlé de me fournir les cartes dont j'aurais besoin pour y parvenir ?
- Absolument !
- Je veux un Dragon Blanc aux Yeux Bleus.
Ils avaient signé leur accord et avait commencé le développement de leur projet. Seto avait dû réaliser que Pégasus était incroyablement doué pour dessiner ses hologrammes. A plusieurs moments, il s'était fait la réflexion que le succès de Duel de Monstres venait certainement en grande partie de la beauté des cartes que le créateur avait toutes dessinées lui-même. De son côté, il divisait son temps entre l'élaboration de ses prototypes techniques et son entraînement au jeu. Créer ce système était chronophage mais pas compliqué, il avait déjà fait beaucoup plus difficile et avançait vite, suffisamment vite pour impressionner Pégasus. Puis, le jour de son premier tournoi international était arrivé. Il avait passé la veille avec Pégasus à s'assurer que son deck était le meilleur et que ses stratégies étaient au point. Pour autant, il n'avait pas pu s'empêcher de s'inquiéter. Et s'il le décevait ? Si, après ses performances, Pégasus renonçait à leur projet et que tout ce temps et cet argent avaient été gaspillés en vain ? Le créateur du jeu, ainsi que Makuba, l'avaient accompagné au tournoi. Comme il l'avait promis, la présence de Pégasus lui avait ouvert toutes les portes qu'il désirait – il ne lui restait plus qu'à l'avoir mérité.
Les duels s'étaient enchaînés, et, pour la première fois depuis qu'il jouait, Seto avait senti son endurance être mise à l'épreuve. Remporter un duel était une chose, en remporter une succession d'affilées en adaptant sa stratégie à chaque adversaire en était une autre. Pourtant, il avait tenu. Il avait été habitué à être sous pression, privé de sommeil et obligé à fournir des résultats, ces tournois restaient une broutille comparés à ce qu'il avait subi chez son beau-père. Pourtant, arrivé en finale et face au champion du monde en titre, sa concentration avait baissé pendant un quart de seconde. Il avait eu hâte d'en finir, avait attaqué précipitamment et était tombé dans un piège qui lui avait paru évident aussitôt que son adversaire l'eut révélé. Celui-ci n'attendait que cette occasion pour l'achever, et il avait échoué. A un duel, un adversaire. Alors que ses points de vie tombaient à 0 sur le compteur qui permettait au public de suivre le résultat, il ressentit son cœur se serrer et sa respiration accélérer. Il mit quelques secondes à reconnaître ce sentiment. C'était celui qui l'avait accompagné pendant toute son adolescence chez Godzaburo. De la peur. Peur des remontrances, peur des punitions, peur de ne pas avoir été à la hauteur. Il n'osa pas croiser le regard de Pégasus quand il les rejoignit.
- C'était un beau duel, Seto ! C'est pas grave, tu as fini deuxième pour ton premier grand tournoi, c'est super !
Kaïba ne répondit rien, guettant la réaction de Pégasus toujours sans oser le regarder.
- Je ne saurais dire mieux que ton frère, mon petit Kaïba. Tu t'es très bien défendu. Je dois t'avouer que pour une première, tu as dépassé toutes mes espérances. Tu peux être fier de toi autant que moi-même je le suis de toi.
Kaïba releva son regard incrédule vers lui et Pégasus en parut surpris. Il esquissa un sourire amusé :
- Ma réaction t'étonne ? Tu n'as pas évincé ton beau-père pour récupérer un partenaire aussi abusif que lui, tu sais… Contrairement à lui, je sais reconnaître le talent quand j'en vois et je sais qu'on n'obtient pas tout en un temps record. On va retravailler sur ce duel que tu as perdu et la prochaine fois, la victoire est à toi. Tu en es capable.
Son regard était resté tout aussi incrédule. Il avait appréhendé des tonnes de réactions différentes suite à sa défaite. Pas celle-ci. A la réflexion, c'était peut-être la première fois de sa vie que quelqu'un lui disait ces mots, Ce n'est pas grave si tu as échoué, je vais t'aider à faire mieux, et le tourbillon d'émotions que cela faisait ressortir en lui était beaucoup trop indescriptible et inconnu pour qu'il parvienne à le gérer et l'identifier. Du soulagement, d'échapper à des sanctions. De la détermination, de ne plus le décevoir la prochaine fois. Mais, surtout, de la reconnaissance. Un sentiment infini de reconnaissance et de quiétude à l'idée d'avoir à ses côtés quelqu'un de suffisamment puissant et influent pour lui permettre d'arriver à ses fins, et suffisamment patient et compréhensif pour sincèrement désirer l'aider à y arriver. Pégasus n'avait pas menti, il était là pour le soutenir, le pistonner, l'emmener plus haut et plus loin que tout ce qu'il aurait pu accomplir seul. Et, à cet instant, il réalisait à quel point la présence d'une telle personne sur laquelle se reposer lui avait beaucoup trop manquée durant son enfance.
Quelques coups furent frappés à la porte de son bureau avant que celle-ci ne s'ouvre juste après. Kaïba ne releva même pas la tête de son ordinateur. Il n'y avait qu'une seule personne qui entrait dans son bureau sans frapper, et qu'une seule susceptible d'y entrer à 23 heures le soir.
- Je peux te déranger deux minutes, Seto ?
- Tu ne me déranges pas, entre.
Makuba referma la porte derrière lui et Seto releva les yeux vers son frère. Celui-ci était en pyjama sous une veste de jogging, et Seto devina aisément qu'il s'était relevé à force de ne pas réussir à dormir.
- Qu'est-ce qui t'arrives ?
- Je ne voulais pas t'en parler mais… J'arrive plus à garder ça pour moi. Je m'inquiète pour toi, Seto. Et pour ta relation avec Pégasus.
- Quoi ? s'étonna Kaïba.
- Ne m'en veux pas. Et ne te méprends pas, je suis super heureux pour toi de ce qui t'arrives, ton ascension fulgurante dans le jeu, ton titre de meilleur duelliste au monde le mois dernier, le soutien inconditionnel de Pégasus, vraiment, t'imagines pas à quel point ça me fait plaisir. Tu le mérites. Mais… Je m'inquiète pour toi. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi Pégasus fait tout ça.
- Tu le sais, pourquoi. Ce projet de duel holographique propulsera son entreprise en même temps que la nôtre, la moitié des bénéfices lui reviendront.
- Oui, mais… Seto, soyons honnêtes, il aurait pu faire tout ça sans avoir ta confiance. Il aurait pu s'arrêter au fait que vous soyez de bons partenaires d'affaires qui ont un objectif commun. Ce titre de meilleur duelliste au monde, tôt ou tard, tu aurais mis la main dessus. Sans son piston, sans son soutien et les cartes qu'il te fournit même maintenant que tu as atteint votre objectif, sans… Sans qu'il fasse tout pour que tu aies une confiance aveugle en lui. Regarde tout ce qu'il fait pour nous, il passe plus de temps ici que dans sa propre entreprise. Tu ne me feras pas croire qu'il n'avait pas des projets et des partenaires, avant de te rencontrer ? Il a forcément tout laissé tomber du jour au lendemain quand il a vu en toi quelqu'un capable de lui faire atteindre son objectif plus vite. Et… Tu sembles tellement attaché à son soutien, j'ai peur que tu ne t'en relèves pas s'il te fait un jour le même coup. Surtout si tu lui fais confiance au point de ne pas voir venir un coup bas de sa part.
La voix de Makuba était devenue de plus en plus tremblante au fur et à mesure qu'il parlait, et Seto comprit rapidement à quel point ces propos avaient tracassé son frère depuis beaucoup trop longtemps. Il se leva, contourna son bureau et passa son bras autour des épaules de son frère pour l'accompagner jusqu'à un fauteuil dans lequel il l'incita à s'asseoir. Seto s'appuya à côté de lui sur l'accoudoir avant de répondre :
- Tu as raison de m'en parler, et je ne t'en veux pas. C'est vrai, j'ai confiance en Pégasus, au point de penser qu'il est la meilleure chose qui nous soit arrivée depuis beaucoup trop longtemps. Mais soyons clairs, peu importe le temps que je passe avec lui et l'importance que j'accorde à nos projets, que ce soit dans ma carrière de duelliste ou dans les duels holographiques, je reste indépendant. Si demain Pégasus nous lâche, je ne sais pas si nous arriverons à maintenir le projet. Peut-être. Et si non, la Kaïba Corp n'en est pas dépendante, nous avons des dizaines d'autres prototypes en préparation en même temps qui nous assurerons de rester rentables et de continuer à générer du chiffre d'affaires. Si demain Pégasus nous lâche, mon titre de meilleur joueur au monde, je le garderai. Même s'il décide de pistonner quelqu'un d'autre, je ne me laisserai pas faire. Il nous a servi de tremplin et je lui en suis infiniment reconnaissant. Mais on reste autonomes. On reste deux frères qui n'ont besoin de personne pour se débrouiller et s'en sortir. Oui, sa présence est appréciable. Mais on s'en est sortis pendant 18 ans sans l'aide de personne et on recommencera s'il le faut. Je te le promets, petit frère.
Makuba acquiesça d'un hochement de tête. Apparemment, les mots de Seto avaient suffi à le rassurer. Seto laissa passer une main dans les cheveux de son frère dans un geste affectueux et souffla :
- Allez, va dormir. Je ne tarde pas à remonter aussi.
Il avait perdu. Ça n'était pas arrivé depuis trois ans, ça n'était plus censé arriver maintenant qu'il était le champion incontesté, qu'il possédait les trois Dragons Blancs aux Yeux Bleus, qu'il avait mis en place son système d'arènes de duels holographiques. Tout était censé aller pour le mieux à présent que Pégasus et lui avaient atteints tous leurs objectifs, en dépassant même toutes leurs espérances. Et il avait échoué contre Yugi. Un simple duel, sans enjeu, auquel Yugi avait tenu pour venger son grand-père, et il avait perdu. Quelque chose s'était brisé en lui à la fin du duel et maintenant, il était là, dans son bureau, à une heure avancée de la nuit, à se demander où est-ce qu'il avait merdé, qu'est-ce qui s'était passé… Et pourquoi Pégasus ne l'avait pas appelé. L'annonce de sa première défaite en trois ans avait déjà fait le tour du monde, il était impossible qu'il n'en ait pas entendu parler. Impossible qu'il ne l'appelle pas pour commenter ce qui s'était passé avec son ton parfois ironique, parfois moqueur mais toujours sincère, fidèle et l'assurant de son soutien.
Il secoua la tête violemment. La conversation qu'il avait eue avec Makuba revenait dans son esprit, et il devait se concentrer sur la seule stratégie à avoir dans ce cas-là, celle qu'il avait alors exposée à son frère : Continuer seul. Il aurait besoin de plus de temps et de tranquillité d'esprit qu'il ne l'aurait cru pour digérer ce retournement de situation. Tant pis. Il prendrait ce temps, s'éloignerait de la Kaïba Corp le temps de faire le point, et reviendrait encore plus assuré, avec encore plus de stratégie pour redresser son entreprise – et seul, comme il avait été habitué à l'être.
Seto était parti. Les derniers événements s'étaient enchaînés à une vitesse folle, reproduisant avec une précision effrayante les scénarios les plus pessimistes élaborés lors de ses nuits blanches les plus angoissées. Seto était parti, Pégasus l'avait lâché du jour au lendemain. Alors pourquoi était-il revenu pour une réunion avec les Cinq Grands ? Il s'était approché discrètement de la porte entrouverte de la réunion. Renverser Seto. Prendre le contrôle de la Kaïba Corp. Le faire enlever, lui, pour qu'il exécute leurs ordres. Il n'avait pas eu le temps de faire volte-face pour s'enfuir et téléphoner à son frère. Kémo l'avait ceinturé et amené à Pégasus. Il s'était débattu et avait presque réussi à les prendre par surprise. Dans un instant d'inattention de Kémo, il s'était dégagé et était parti en courant vers leurs appartements. Kémo l'avait saisi par le col et l'avait projeté contre un mur. Dans sa tête, le souvenir quatre ans plus tôt de Seto qui le projetait contre le mur s'était imposé dans sa mémoire. Une succession de gifles étaient tombées, violemment, et pendant que les coups résonnaient à l'intérieur de son crâne et le faisaient sombrer dans l'inconscience, la dernière chose qu'il vit jaillir devant lui était l'image de Seto qui le giflait.
Il était menotté dans un hélicoptère, entre Kémo et Pégasus, quand il avait véritablement repris ses esprits. Pourquoi son esprit s'était-il moqué de lui en lui repassant ses souvenirs de Seto qui le brutalisait ? Ça n'avait rien à voir. Seto n'y pouvait rien, il avait juste été abusé et trahi par Pégasus, il était le premier à en souffrir et à avoir dû s'enfuir. A la vérité, il était même soulagé que Seto soit loin à cet instant, hors d'atteinte de Pégasus, avec tout le loisir de préparer sa revanche et un plan pour venir le délivrer. Il tourna la tête vers la fenêtre de l'hélicoptère pour tenter d'apercevoir quelque chose, une indication sur l'endroit où ils se rendaient. Pégasus remarqua sa tentative et le renseigna :
- On se rend sur mon île, le Royaume des Duellistes. Tu n'as pas à avoir peur de moi, Makuba, tout va bien se passer tant que tu restes bien sage !
La familiarité de Pégasus avait beau lui être habituelle, il comprenait à présent d'où lui venait l'impression que c'était Seto qui l'avait frappé. Pégasus en était arrivé là, à connaître Makuba comme un proche, à avoir un accès direct à sa société, parce que Seto lui avait ouvert la porte. Parce que Seto avait trop eu besoin de son soutien et de son piston pour se méfier et qu'il avait finalement appréhendé la situation comme un enfant qui rêvait de devenir duelliste – et non comme un chef d'entreprise.
Pégasus avait enlevé Makuba. Sur le coup, Seto avait traité cette information donnée par l'intelligence artificielle de son ordinateur comme toutes les autres. A présent que le duel de Yugi contre l'imposteur était terminé, seule cette information comptait. Pégasus avait enlevé Makuba et comptait prendre le contrôle de sa société en l'exploitant indéfiniment. En le gardant sous son emprise éternellement. Comment cela avait-il pu arriver ? Comment les événements avaient-ils pu s'enchaîner à cette vitesse pour lui faire perdre tout ce à quoi il tenait – son frère, son entreprise, son partenariat avec Pégasus. Et pourtant… Pourtant il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même. Makuba l'avait prévenu. Il aurait lui-même dû le flairer. Il aurait dû se demander pourquoi Pégasus faisait tout ça pour lui, pourquoi chacune de ses paroles était destinée à obtenir sa confiance, pourquoi Pégasus s'était tout simplement intéressé par lui. Il ne l'avait pas vu, il n'avait pas voulu le voir parce qu'avoir auprès de lui quelqu'un sur qui il pouvait compter pour le supporter et le pistonner était une sensation beaucoup trop agréable et confortable pour qu'il accepte de la remettre en question. Parce que, pour la première fois de sa vie, il avait voulu se battre avec un peu moins d'acharnement en répartissant la charge de travail. Et il y avait perdu sa société. Il y avait perdu Makuba.
Il avait hésité, avant de demander à son ordinateur de lui passer les images de vidéo-surveillance de la Kaïba Corp. Assumer sans détourner les yeux était peut-être la dernière chose qu'il devait à Makuba. Il avait vu son frère être empoigné par Kémo et jeté violemment contre un mur et, l'espace d'une seconde, Seto se revit lui-même, à seize ans, violenter Makuba avec exactement le même geste. Kémo redressa Makuba et le gifla. A nouveau, ce fut une main d'adolescent qu'il vit s'écraser contre le visage de son frère. Son regard resta figé d'horreur jusqu'à ce que Makuba sombre dans l'inconscience et que Kémo le porte pour suivre Pégasus hors de la société. L'écran redevint noir, son poste de contrôle, silencieux. Soudain, une voix résonna dans le silence : Je te jure que jamais je ne lèverai la main sur toi peu importe le plan qui est en jeu. Il avait l'impression d'avoir prononcé ces mots hier, et de n'avoir eu besoin que d'une journée pour balayer d'un geste toutes les promesses qu'il avait faites à Makuba. C'était lui qui avait ouvert les portes de la société à Pégasus, lui qui avait été trop heureux et soulagé de pouvoir s'appuyer et se reposer sur la présence d'un partenaire plus expérimenté à qui il faisait confiance. Lui qui avait ignoré les avertissements de Makuba qui lui avait décrit avec beaucoup trop d'exactitude ce qui risquait d'arriver. Et peu importe que ce soit lui également qui, dès cet instant, allait se mettre en route pour arracher Makuba des griffes de Pégasus. C'était lui qui lui avait porté ces coups, car c'était lui qui avait juré de ne faire confiance qu'à lui-même sans pour autant pouvoir résister aux promesses de quelqu'un qui proposait de le pistonner.
Il... Est possible que mes persos soient un peu OOC. Je suis trop fatiguée pour en juger, je vous laisse me dire.
J'espère cependant que vous avez passé un bon moment de lecture !
N'oubliez pas que seules les reviews permettent de savoir ce que vous en avez pensé !
