Les Etats Unis comptent un nombre impressionnant de bases militaires, réparties entre les différentes branches des forces armées : US Army, US Navy, USMC (United States Marine Corps), et US Air Force.
L'une d'entre elles, rattachée à l'Air Force, est particulièrement étonnante.
Par sa disposition tout d'abord. Intégrée dans une montagne, on ne soupçonnerait pas son existence si elle n'était pas encerclée par un rigoureux dispositif de sécurité et s'il n'y avait pas ce grand trou à la base de la montagne, constituant ainsi l'entrée de la base. On peut lire son nom, "Cheyenne Mountain Complex", sur le fronton curviligne qui orne l'entrée. Une fois cet étonnement passé, on pourrait se contenter de continuer son chemin en se disant qu'il s'agit d'une installation militaire parmi tant d'autres, mais ce serait rater la chose la plus extraordinaire. Ce qu'il y a de plus étonnant au sujet de cette base, c'est la nature des activités qu'elle abrite depuis de nombreuses années.
Le colonel Jamieson Colby, de l'Air Force, se sentait toujours privilégié et émerveillé chaque jour qu'il travaillait dans ce lieu. Il savait aussi qu'une énorme responsabilité pesait sur ses épaules. Il devait se montrer digne de tous ceux et celles qui l'avaient précédé et qui avaient dû faire face à des situations phénoménales que très peu d'habitants de la Terre auraient pu encaisser. Une petite poignée d'hommes et de femmes sortaient du lot. Ils avaient fait partie de l'équipe appelée SG1, devenue célèbre et respectée dans le cercle fermé des gens ayant pris part directement ou indirectement aux activités de la base.
On avait proposé à Colby, il y a quelques années, de prendre le commandement de SG1. Colby avait montré beaucoup d'hésitation au début. Diriger cette équipe était un lourd héritage. Il avait finalement accepté, poussé par la curiosité et le caractère exceptionnel de cette charge. Il avait ingurgité des centaines et des centaines de rapports de mission. A chaque nouveau rapport son lot de surprises et d'effroi. A chaque nouveau rapport ce sentiment accru d'honneur et de devoir. Dommage que le monde ne connaisse pas l'histoire de ces femmes et hommes.
Après plusieurs années de dangers hors du commun, la situation était devenue plus paisible, et cela convenait au colonel. A cinquante deux ans, cet afro-américain n'était plus du genre à vouloir provoquer le frisson de son propre chef. Si une situation délicate devait se présenter, lui et son équipe la surmonteraient, comme ils l'avaient fait à quelques reprises.
Avec son équipe, Colby visitait des planètes, à travers cet objet renversant en forme de cercle de quelques mètres de diamètre appelé porte des étoiles. En quelques secondes, on se retrouvait sur une autre planète située à des milliards d'années lumière de la Terre ! Pour cela, il suffisait d'activer la porte : entrer les coordonnées de la destination, soit sept symboles, chacun représentant une constellation ; puis un vortex ayant l'aspect d'un magma bleuté et fluctuant se formait à l'intérieur du cercle ; enfin, les voyageurs s'engouffraient dans le vortex pour se retrouver quelques secondes plus tard sur une autre planète.
Le colonel Colby était sur le point de faire un énième voyage. Il devait rejoindre son équipe et une autre. Il était rentré sur Terre pour faire un rapport intermédiaire de mission au général Harrigan, en charge de la base.
Colby assistait en direct à l'activation de la porte, depuis le centre de contrôle. De là, on voyait, à travers une large baie vitrée rectangulaire, la porte des étoiles. Elle trônait, imposante, dans la salle d'embarquement. Un opérateur annonçait la procédure d'ouverture.
- Chevron 1 enclenché...
Le mécanisme d'entrée des coordonnées de destination ressemblait à celui des anciens téléphones à cadran. La porte comportait un premier anneau rotatif sur lequel étaient gravés les symboles. L'anneau tournait autour de lui-même et s'arrêtait en fonction du symbole enclenché. Ce dernier s'ancrait dans un chevron fixé à un second anneau extérieur, non rotatif, qui s'activait pour signifier la bonne prise en compte du symbole. Cette procédure devait se répéter sept fois pour l'ouverture de la porte vers une autre planète de la même galaxie.
Le général Harrigan assistait lui aussi au spectacle, à gauche de Colby. Il lança une courte discussion en attendant l'apparition du vortex.
- A votre avis, combien de temps le docteur Sakai va-t-il vouloir rester sur cette planète ?
- Chevron 3 enclenché...
- Aussi longtemps qu'il... et que le docteur Wayland trouveront quelque chose à étudier. Heureusement que l'équipe SG3 est patiente.
- Chevron 4 enclenché...
- Dites plutôt heureusement que leur chef d'équipe est sensible à l'exploration scientifique.
Les deux hommes sourirent.
- Chevron 5 enclenché...
- Mon général, il est temps pour moi d'aller en salle d'embarquement. Je vous revois dans deux jours pour le prochain débriefing.
Le colonel Colby se mit au garde à vous et salua son supérieur. Le général lui rendit son salut.
- Bon voyage, colonel, et transmettez mon bonjour à SG1 et SG3.
L'opérateur confirma l'enclenchement du septième chevron. Les deux officiers se retournèrent pour voir le vortex se former.
Le colonel Colby descendit les escaliers reliant la salle de contrôle à celle d'embarquement. Il passa les portes blindées qui protégeaient la zone de départ. Il monta sur la passerelle métallique menant vers la porte, prit la télécommande du robot de ravitaillement qui l'attendait au début de la passerelle, et le fit traverser la porte en premier. Le général ordonna la fermeture du vortex une fois que le colonel eut franchi la porte des étoiles.
