Cette histoire date un petit peu, je l'ai commencée il y a des années et en la relisant par curiosité je l'ai trouvée tellement mignonne que j'ai décidé de la terminer un peu abruptement je l'admets, afin de la partager. A l'origine il s'agissait d'une romance mais l'adolescente que j'étais n'arrivait apparemment pas à se décider entre qui et qui et avec le recul je trouve que cela fait une belle histoire d'amitié alors bon, vous y verrez bien ce que vous y voulez ! N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez en tout cas, ça me fera plaisir !
Disclaimer : Les personnages ne m'appartiennent pas, mis à part June, sa famille, Romain, Arthur, Elsa (dont l'inspiration est évidente d'ailleurs, c'était un clin d'oeil) et Dr Cooper.
Rating : K, c'est tout mignon !
Warning : June fait parfois référence à des personnes comme étant bizarres, ce n'est en aucun cas un jugement de valeur de ma part mais la façon dont une enfant de 12 ans voit le monde, notamment lorsqu'il la dépasse et qu'elle ne le comprend pas. De même, sa vision des "choses pour filles" est malheureusement très réductrice.
Résumé : Lorsque les parents de Juliet Daniels décèdent, la petite fille de 12 ans se retrouve seule au monde. Une série de tests lui permet d'entrer à la Wammy's House, un orphelinat pour enfants privilégiés mais June, telle qu'on l'appelle dorénavant, doute de posséder les mêmes dons que ses camarades... Cette chance inespérée pourrait très bien tourner au cauchemar au lieu de lui assurer une vie meilleure. A-t-elle vraiment sa place entre les murs de l'orphelinat ?
Drame à Piccadilly Circus !
« Cette nuit, un accident mortel a eu lieu à Piccadilly Circus. [...] Un conducteur ivre ne s'est pas arrêté à un feu rouge et a heurté l'une des voitures qui traversaient à ce moment là. [...] A bord, un couple revenant du restaurant après une soirée en amoureux. La femme, Susan Daniels, est morte sur le coup. L'homme, William Daniels, est décédé peu après son arrivée à l'hôpital, les médecins n'ont rien pu faire. [...] Les Daniels avaient une fille de 12 ans, restée à la garde d'une amie de la famille, qui a dès que possible été prise en charge par une cellule psychologique. Elle est actuellement dans un établissement spécialisé et passera prochainement différents tests afin d'établir un accompagnement adapté à ses séquelles psychologiques. [...] Nous cherchons des membres de la famille afin de recueillir Juliet Daniels [...]. »
Juliet froissa le journal entre ses mains blêmes, la lèvre inférieure tremblante et les yeux brillants. Elle savait qu'elle n'aurait pas dû s'emparer de l'hebdomadaire mis à la disposition des patients dans l'une des salles d'attente mais elle n'en pouvait plus de sa chambre vide et pâle, des infirmières qui ne cessaient de venir s'assurer qu'elle allait bien. Bien sûr que non elle n'allait pas bien ! Elle venait de perdre ses parents et personne ne se présentait pour la recueillir car leur famille se réduisait à eux trois. A elle à présent.
Les psychologues avaient tâché de la rassurer et de l'aider à surpasser le drame, mais elle ne pouvait s'arracher à l'idée qu'il ne restait plus qu'elle. Ils étaient partis. Le Docteur Cooper, qui l'avait prise en charge, ne tarderait pas à venir la trouver pour la faire parler, exposer ses sentiments écorchés à vifs et ses larmes brûlantes sur ses joues creuses. Elle ne voulait plus parler, elle en avait assez dit sans que cela ne changeait rien, la réalité restait la même. Ils ne reviendraient pas.
Abandonnant le journal froissé elle se précipita dans le couloir, vacillante sur ses jambes dans sa course peinée, et manqua de percuter le dit docteur. Il l'attrapa par le bras, se penchant pour être à sa hauteur et s'appliquant à la calmer par des paroles apaisantes. Elle le vit vaguement faire signe à une infirmière à travers un rideau de larmes, puis son regard se voila et il retint son corps inconscient avant qu'il ne touche le sol.
Lorsqu'elle revint à elle Juliet était de retour dans la chambre vide et avait la tête lourde des calmants qu'on lui avait injecté à son insu. Le Docteur Cooper était assit au bord du lit où elle était allongée, posant sur elle un regard soucieux, et elle aboya, de nouvelles larmes lui échappant.
« Vous allez encore me dire qu'il faut que j'accepte la douleur hein ! Qu'il faut que j'en parle à tort et à travers ! il secoua négativement la tête.
- Non Juliet. Tu n'es pas obligée d'en parler tout le temps. Tu peux te contenter d'y penser. Si je t'ai demandé de me parler, c'était pour comprendre comment est-ce que tu vivais les choses, afin de mieux te guider vers l'acceptation.
- Alors pourquoi est-ce que vous venez me voir ?! J'ai parlé ! Je ne veux plus ! elle manqua de s'étrangler dans ses larmes.
- Parce qu'il faut que tu le dises, que tu le réalises. Tu le penses, mais tu ne veux pas les laisser partir. Tu ne veux pas accepter leur départ. Je sais que c'est difficile, et toi tu sais qu'ils ne reviendront pas, mais tu ne veux pas le réaliser.
- Qu'est-ce que vous en savez ! C'est vous qui n'arrêtez pas de m'en parler ! se défendit-elle, secouée de sanglots.
- Juliet, cela fait deux semaines que j'essaye de t'accompagner dans cette période difficile. Tu ne cesses de me parler de tes parents sans que je ne t'y obliges, et tu me dis ensuite que c'est de ma faute.
- Ils ne sont plus là ! Ils ne reviendront pas ! Si je n'en parle pas ils disparaîtront à jamais ! Je ne veux pas les oublier ! JE NE VEUX PAS VOUS ENTENDEZ ! C'EST MES PARENTS ! »
Elle crut voir l'esquisse d'un sourire compatissant sur les lèvres du docteur, puis il se pencha vers elle et elle ne parvint pas à refuser l'étreinte qu'il lui offrait, se réfugiant contre sa patience qu'elle avait appris à malmener au fil des jours. Il caressa ses cheveux, encourageant, tandis qu'elle sanglotait, répétant inlassablement qu'ils lui manquaient.
Ils l'avaient enfermée dans une pièce, la coupant totalement du monde extérieur, pour qu'elle passe une série de tests qui détermineraient son intelligence et quelques autres détails psychologiques, afin d'établir son dossier et l'envoyer dans un orphelinat adapté. Elle était quelque peu sceptique devant le principe mais s'y était pliée avec deux autres adolescents.
Le premier questionnaire était déconcertant car il s'agissait de questions morales et elle se demanda si quiconque oserait répondre qu'il voulait étrangler le bébé hurlant dans le caddie de sa mère dans un supermarché. Hésitant, elle finit par répondre sincèrement aux questions puisqu'il lui semblait entrer dans la norme.
Le second était purement scolaire et elle se rendit compte après avoir usé tout l'espace disponible de l'une des questions, que ce n'était sûrement pas de son niveau mais bien plus élevé. Sûrement pour détecter les surdoués. Haussant les épaules, elle s'étira avant de relire les questionnaires, corrigeant quelques fautes.
Il y eut un raclement de chaise un peu plus tard et elle aperçut du coin de l'oeil l'un de ses camarades se lever et se diriger vers la table où ils devaient poser leurs questionnaires. Jetant un dernier coup d'oeil au sien, Juliet alla le poser à son tour et sourit devant l'écriture très soignée du garçon, ayant un peu honte de ses gribouillis pas très propres sur son propre questionnaire.
Quelques jours après le passage de ces étranges tests, un homme entièrement vêtu de noir se présenta dans sa chambre, ôtant son chapeau pour la saluer. Il se présenta sous le nom de Roger Ruvie et elle hésita à lui serrer la main, ne comprenant pas vraiment ce qu'il pouvait bien lui vouloir.
S'installant dans un fauteuil près du lit où Juliet était restée assise, il lui expliqua qu'il lui proposait une place dans l'orphelinat qu'il gérait à Winchester, Wammy's House, afin qu'elle puisse au mieux construire son futur et s'épanouir. Elle lui demanda si il avait vu les tests et il hocha la tête, souriant. Continuant dans son raisonnement, Juliet insista.
« Mais... pourquoi est-ce que vous ne me dites pas directement que j'ai été admise dans votre orphelinat ?
- Parce que je souhaite que tu prennes la décision de l'intégrer, lui répondit-il simplement. »
Intriguée, elle lui demanda s'il avait quelque chose de spécial, et Roger hocha la tête, expliquant qu'il était adapté pour les enfants particulièrement doués. Elle se demanda s'il ne s'était pas trompé de personne, avant de se raviser, se rendant compte qu'elle n'était même pas certaine qu'un autre orphelinat lui demande son avis sur la question, et qu'elle n'en pouvait plus de l'institut spécialisé pour les jeunes orphelins en rétablissement psychologique.
« Je... j'accepte d'intégrer Wammy's House, souffla Juliet. »
On était en Juin et le soleil brillait de l'autre côté de la vitre de la voiture qui la menait vers sa nouvelle demeure. Juliet regardait distraitement le paysage, profitant du léger filet d'air que laissait passer la vitre entrouverte à cause de la chaleur étouffante dans l'habitacle. A côté d'elle Roger avait laissé au chauffeur le soin de les conduire à bon port, relisant quelques papiers avant de se tourner vers elle, le regard ferme. Comprenant qu'il s'agissait d'une conversation sérieuse, Juliet se tourna docilement vers lui.
« Afin d'assurer ta sécurité, je vais te demander de choisir un nom, que tu devras absolument utiliser en toutes circonstances. Personne ne doit apprendre ton vrai nom, Juliet, et moi-même ne t'interpellerais plus sous ton réel patronyme. il n'y avait pas de discussion possible, comprit-elle. »
Elle jeta un coup d'oeil par la fenêtre, et le soleil du mois de Juin vint faire briller ses boucles blondes. Ses parents étaient décédés au début du mois. Elle s'appelait Juliet, mais plus personne ne s'adresserait à elle avec ce prénom.
« Je m'appellerai June. » le choix n'était pas difficile.
Roger lui avait fait visiter l'ensemble des bâtiments de l'orphelinat et brièvement présentée aux orphelins qu'ils avaient croisés afin qu'elle ose demander de l'aide si elle était un peu perdue au début, mais June n'en avait pas l'intention, ayant lu dans leurs regards aiguisés que si elle était là, c'était parce qu'elle était assez vive pour se retrouver après une seule et unique visite.
C'était dégradant, de se rendre compte qu'elle n'était pas à leur niveau, mais elle ne comptait pas le montrer plus que nécessaire, craignant déjà qu'on essaye de la mettre en difficulté afin de la tester. Hochant donc sagement la tête aux dernières recommandation de son bienfaiteur, elle nota consciencieusement les horaires des repas et des cours sur le bloc note mit à sa disposition sur le bureau de sa nouvelle chambre où il l'avait finalement laissée.
Allant ensuite défaire sa valise pour prendre possession du nouvel espace, elle apprécia les portes des placards colorées -un agréable marron chocolat qui réchauffait la chambre aux murs tapissés d'un blanc aux teintes parfois beiges selon la lumière.
La pièce était encore vide pour le moment mais Roger lui avait dit qu'elle était libre de la décorer. En entrant dans la pièce elle faisait immédiatement face au bureau qui faisait le coin, surmonté d'étagères et de la fenêtre, et sur sa droite se dressait une armoire, laissant un espace vide entre celle-ci et le bureau. A son immédiate gauche un meuble semblait destiné à y ranger des objets tels que des jouets et autres bibelots, et devant celui-ci, le lit et une petite table de chevet avoisinaient le bureau.
June s'assit d'ailleurs devant celui-ci, fouillant vaguement les tiroirs pour découvrir des cahiers et des stylos, ainsi que du matériel pour dessiner et même un cahier de musique. Les enfants de Wammy's House étaient purement et simplement chouchoutés en conclut-elle, et le but de l'orphelinat était de leur permettre de s'épanouir pleinement quels que soient leurs intérêts.
Elle-même n'était pas du tout douée en dessin à proprement parler, ni en musique, n'ayant d'ailleurs jamais touché à un instrument, mais elle était plutôt douée de ses mains, créant facilement des petits objets avec du bois et des compositions florales. Avant... avec ses parents... ils avaient passé beaucoup de temps dans la maison de campagne familiale, tous les étés presque, et elle y avait découvert cette habileté, créant des petites figurines et des bijoux en bois avec son grand-père, John, ainsi que des bouquets de fleur après de longues heures à avoir observé sa grand-mère, Rosaline, qui avaient par la suite toujours ravi sa mère.
Mais à présent, elle n'était plus là pour qu'elle les lui offre... June ravala brutalement ses larmes, essuyant rageusement ses yeux un peu humides avant de refermer les tiroirs qu'elle avait ouverts.
Pour ce qui était du plan scolaire elle n'avait pas encore de manuels mais Roger avait déjà prévenu la bibliothèque de son passage prochain pour qu'elle y choisisse ses options et reçoive ceux-ci en conséquence. Elle était un peu inquiète à ce sujet, craignant d'avoir énormément de difficultés, mais tâchait de ne pas trop y penser.
Se détachant donc du bureau, elle jeta un coup d'oeil à l'heure et se rendit compte qu'elle avait encore quelques heures à attendre avant de pouvoir manger. Décidant d'aller visiter un peu l'orphelinat afin de pouvoir s'y retrouver par la suite, elle referma sa porte à clé derrière elle et se retrouva bientôt à errer dans les couloirs, bien perdue mais s'efforçant de ne pas le montrer. C'est ainsi qu'elle se retrouva sans trop savoir comment dans le grand salon où la plupart des orphelins étaient regroupés lorsqu'ils n'étaient pas dans leurs chambres.
Un peu gênée car elle ne savait pas quoi faire face à tous ces groupes qui semblaient bien s'amuser, elle n'osait pas aborder ceux qui étaient seuls, pensant que c'était sûrement par choix. Elle allait faire demi-tour lorsqu'une jeune fille s'approcha d'elle, ses longs cheveux blonds vénitiens tombant en une tresse sur son épaule.
« June ? Je m'appelle Elsa, bienvenue à Wammy's House ! son sourire était bien plus chaleureux que ceux qu'elle avait pu voir depuis son arrivée.
- ... merci, répondit-elle faiblement en retour.
- Est-ce que Roger t'a montré le jardin ? Il est formidable, surtout en ce moment ! continua gaiement Elsa.
- Il m'a seulement montré comment y aller, June était un peu moins timide, mise en confiance.
- Je vais te le montrer ! »
C'est ainsi qu'Elsa lui fit visiter le jardin de l'orphelinat, qui était en effet très beau, accueillant beaucoup de fleurs différentes et parfaitement entretenu par le jardinier. June apprit par la même occasion qu'Elsa avait 15 ans et vivait à l'orphelinat depuis plus de 8 ans. Elle était la fille d'une chanteuse tragiquement décédée au sommet de sa carrière et d'un homme politique qui s'était arrangé pour qu'elle soit accueillie dans l'orphelinat de renom bien qu'elle soit plus douée en chant qu'au niveau de l'intellect, quoi qu'il reste parfaitement correct.
Elsa semblait très détendue lorsqu'elle parlait de ses parents et June comprit bientôt qu'elle n'avait pas réellement connu sa mère et encore moins son père, souvent à la garde de sa grand-mère qui n'était malheureusement plus capable de s'occuper d'elle. Elle avait dû couper tout contact avec celle-ci en arrivant à l'orphelinat et semblait bien plus affectée par cela que le reste, mais s'était très bien intégré à l'orphelinat depuis.
Lorsqu'elles se séparèrent avec la promesse de se retrouver pour le dîner, June se rendit compte que malgré toutes ces informations elle était incapable de deviner qui était la célèbre mère d'Elsa, et s'en avoua impressionnée. Remontant dans sa chambre avec en tête le souvenir du conseil de sa nouvelle amie, elle se demanda si elle s'était approchée d'elle parce qu'elle avait deviné qu'elle ne faisait pas le poids face aux génies de l'établissement, tout comme elle.
Elsa lui avait dit de ne pas se laisser marcher sur les pieds et qu'elle aurait toujours le choix quoi qu'ils lui demandent, qu'importait s'ils l'acculaient au pied du mur avec un dilemme où une seule solution lui paraîtrait supportable. C'était fait exprès pour obtenir ce qu'ils voulaient, mais il y avait toujours une porte de sortie. Sous cet angle Wammy's House paraissait soudain bien moins accueillant et facteur d'épanouissement, pensa Juliet tandis qu'elle traversait le couloir pour rejoindre les douches, enroulée dans une serviette rose pâle.
Lorsqu'elle ouvrit la porte il lui sembla entendre quelque chose racler sur le sol mais elle n'y fit pas attention, pensant qu'il s'agissait simplement de la porte, et elle manqua de tomber en marchant sur ce qu'elle découvrit être un soldat de plomb en s'accroupissant pour observer la petite figurine.
Il y eut un froissement de tissu et elle releva la tête pour découvrir avec surprise un garçon d'environ son âge, accroupi au sol et lui lançant un regard placide, les cheveux étrangement blancs et vêtu d'une sorte de pyjama gris. Battant des cils sans comprendre, June, serra sa serviette contre elle, baissant les yeux pour découvrir entre eux une armée de soldats de plomb. Un rire nerveux lui échappa et elle demanda, peu sûre d'elle.
« Tu... joues avec des soldats de plomb dans la... salle de bain ?
- Oui.
- Tu... rejoues la bataille de Waterloo peut-être ? L'eau, tout ça ? tenta-t-elle naïvement.
- Non.
- Comment est-ce que tu t'appelles ? poursuivit June le plus naturellement possible.
- Near. »
Se redressant avec hésitation, elle vérifia que sa serviette cachait bien son corps de petite fille, et croisa le regard torve de l'albinos alors qu'elle ouvrait la bouche, manquant d'en rester muette.
« Désolée d'avoir renversé ton armée en... ouvrant la porte de la... salle de bain...
- Tu sais il n'y a rien à voir. il désigna sa serviette d'un mouvement de menton, enroulant une mèche de cheveux autour de son index. »
Une exclamation outrée lui échappa et June battit en retraite, allant s'enfermer dans sa chambre, le souffle court. Est-ce qu'elle venait réellement de se faire chasser de la salle de bain par un soi-disant surdoué jouant avec des soldats de plomb ?! Est-ce qu'elle était dans un asile ? L'histoire des surdoués, c'était pour la convaincre de venir ? Frissonnant d'horreur, elle secoua la tête et tenta de se reprendre.
Les surdoués paraissaient assez naturellement bizarres vu qu'ils étaient différents de la population à l'intellect moyen. Il avait sûrement une très bonne raison de jouer dans la... salle de bain. Abandonnant tout espoir de se laver pour le moment, elle préféra se rhabiller et aller observer le jardin depuis sa fenêtre, y apercevant un garçon apparemment très occupé à crier ou du moins parler fort vu l'effort que trahissaient ses lèvres et son visage concentré.
June se demanda si il déclamait des vers ou criait simplement après quelqu'un, le voyant porter une main à sa poitrine d'un air dramatique. Peut-être était-ce une pièce de théâtre. Elle se détourna de la fenêtre quand il leva la tête et l'aperçut, lui souriant sans qu'elle ne parvienne à le lui rendre, encore secouée de sa rencontre avec Near.
Il fut bientôt l'heure d'aller manger et elle se rendit au réfectoire avec appétit, croisant Elsa sur le chemin et se réjouissant de discuter un peu avec elle. La jeune fille s'amusa de sa rencontre avec Near, lui expliquant qu'il privilégiait les endroits tranquilles pour aligner ses jouets et qu'ils étaient parfois incongrus.
Précisant d'ailleurs de toujours vérifier qu'il n'y avait rien dans les escaliers avant de les descendre en courant, Elsa finit par avouer que Near était pour le moment le plus intelligent de l'orphelinat, suivit de près par Mello, qu'elle lui montra alors qu'elles remplissaient leurs assiettes, un grand et mince garçon aux cheveux blonds. Il était accompagné d'un rouquin qu'Elsa désigna sous le nom de Matt et June hocha sagement la tête en allant s'asseoir, espérant qu'ils n'avaient pas des habitudes étranges comme jouer à saute mouton dans le couloir du dortoir en plein milieu de la nuit.
Alors qu'elle entamait son plat, un jeune garçon vint s'asseoir près de sa nouvelle amie, et elle le reconnut comme celui qu'elle avait vu dans le jardin peu avant. Elsa l'accueillit chaleureusement, ébouriffant ses cheveux bruns.
« June, voici Romain !
- Enchanté, soufflèrent-ils en cœur, et leurs regards se croisèrent sans qu'elle ne parvienne à détourner le sien. »
Ils restèrent ainsi pendant de longues secondes, puis un bruit de vaisselle qui se brise attira leur attention et ils se retournèrent tous en direction du bruit, découvrant Mello les poings serrés, tremblant de rage, devant la table où Near mangeait, seul. Le plus grand avait brisé son verre sur le sol et l'eau qui semblait destinée à Near s'écoulait lentement entre les rainures du carrelage.
Choquée, June tourna la tête vers Elsa qui lui fit signe de faire comme si de rien était tandis que la cuisinière débarquait en furie, hurlant après Mello qui quitta le réfectoire sans un mot. Alors qu'elle retournait à son assiette, June aperçut la manche humide de Near. Est-ce que Mello avait voulu lui jeter un verre à la figure ? Pourquoi ? Son regard interrogateur eut raison d'Elsa, qui rejeta sa longue natte derrière son épaule avant de se pencher vers elle, ses grands yeux bleus trahissant la confidence qu'elle allait faire.
« Comme je te le disais Mello est second, et il a beaucoup de mal à le supporter, il agresse souvent Near bien qu'il ne réagisse jamais.
- C'est pour ça qu'il est tout seul, personne ne veut mettre en colère Mello ?
- Non, Near préfère être seul, intervint Romain.
- Romain a essayé de discuter avec lui à son arrivée mais la conversation a vite tourné court, Near n'est pas intéressé par les autres. expliqua Elsa.
- Il a peut-être ses raisons, souffla June.
- L'isolement n'est pas une solution, la coupa Romain. »
Il ne semblait pas aimer le sujet de conversation et June n'osa pas l'approfondir de peur de froisser les seules personnes qu'elle fréquentait pour le moment, écoutant donc Romain lui expliquer qu'il était passionné par le théâtre et rêvait d'écrire ses propres pièces, en ayant déjà commencé plusieurs. Il travaillait le rythme de ses vers lorsqu'elle l'avait aperçut à la fenêtre précisa-t-il, et elle remarqua qu'il parlait d'une façon particulière, un peu plus lente qu'à la normale, comme s'il tenait à mettre un peu de suspens dans chacune de ses prises de parole.
Cela avait plutôt tendance à l'ennuyer et elle oubliait de l'écouter, mais June n'en dit rien, le laissant parler et surtout s'écouter parler. Il ne pouvait pas s'empêcher d'exposer tout ce qu'il savait sur le théâtre, de relater les évènements marquants dans l'histoire des représentations, et ça ne l'intéressait pas vraiment bien qu'elle n'ose pas le lui dire. Elle comprenait que Near ne se soit pas vraiment laissé emporter par la discussion avec Romain.
Lançant un regard pensif à l'albinos elle croisa son regard froid et calculateur et se demanda lequel était le plus dérangeant. Romain si expansif, ou Near si étrange et silencieux. Un frisson remonta le long de sa colonne vertébrale et elle se détourna, profitant que Romain alpaguait une connaissance pour dire qu'elle montait dans sa chambre.
Profitant que Near n'était plus dans la salle de bain, elle fila se laver et manqua de hurler en apercevant un soldat de plomb dans l'un des bacs de douche. Il avait dû l'oublier en rangeant les autres. S'en emparant, elle déplora sa jambe apparemment perdue, le ramenant finalement avec elle dans sa chambre.
Ce soir là elle pleura avant de s'endormir, pensant à ses parents qui l'avaient laissée seule face à un monde qui voulait la voir grandir au plus vite et les oublier. Le baiser de sa mère sur son front avant d'aller dormir lui manquait et elle aurait voulu qu'on la rassure dans ce lit étranger et un peu froid. Elle aurait voulu parler de Near, si bizarre, à son père pour qu'il menace de l'attendre à la sortie du collège s'il l'embêtait encore. Mais il n'y avait plus de collège, plus de parents. Elle était seule dans cet orphelinat grouillant de surdoués.
Le lendemain fut une journée difficile pour June. Elle dû choisir ses options, optant pour l'art plastique par défaut, et se vit remettre des manuels scolaires au niveau bien trop élevé pour elle rien que sur la couverture. Chargée comme une mule elle ramena son fardeau dans sa chambre avant de se rendre à son premier cours, mathématiques, avec la sensation qu'elle ne comprendrait jamais ce qu'on lui expliquait là.
La suite fut tout aussi mystérieuse et elle se surprit à rêvasser d'avant, de son collège en banlieue londonienne et de son amie Mary avec qui elle passait la majeure partie de son temps avant l'accident. Elles se réjouissaient des vacances qui approchaient, prévoyant déjà de continuer à se voir, mais à présent... ses yeux se remplirent de larmes et elle dû quitter la classe en courant sous le regard compatissant de son enseignant.
Lorsqu'elle parvint enfin à se calmer, les joues encore humides, elle ne voulut par retourner en cours et se réfugia dans sa chambre sans le moindre remord. Elle tenta de s'endormir, recroquevillée au creux de son lit, mais le sommeil ne vint pas et elle finit par se redresser, les cheveux ébouriffés et les yeux encore un peu rouges.
Incapable de trouver de quoi s'occuper dans la chambre, June se faufila dans le jardin, esquivant de peu Roger et s'accroupissant bientôt sous un arbre pour récupérer des morceaux de bois assez épais. Lorsqu'elle en eut assez à son goût, elle jeta un coup d'œil autour d'elle avant de se redresser et filer dans sa chambre en évitant le plus de personnes possibles, ne remarquant même pas que la porte de la chambre de Near était ouverte bien qu'il ne s'y trouve pas.
Se réfugiant de nouveau dans la sienne, elle déposa son fardeau sur le bureau avant d'aller fouiller le meuble près de son lit pour en tirer son matériel, soigneusement caché de peur qu'on lui confisque les petits couteaux et autres ustensiles. Revenant vers le bureau qu'elle protégea avec quelques feuilles de papier journal, June s'installa confortablement et se pencha sur un premier bout de bois, le coupant à la taille d'une main et commençant à le tailler.
Le soleil déclinait lorsqu'elle redressa enfin la tête, une série de petites figurines en bois alignées devant elle. Ce n'était que des cylindres creux surmontés d'une boule en guise de tête, mais elle avait profité de la peinture pour l'art plastique afin de les vêtir et leur donner différentes expressions. La plupart étaient plus ou moins tristes et l'une d'elles en colère, toutes habillées de couleurs sombres.
S'étirant avec un soupir fatigué, elle rangea rapidement son matériel et le cacha à nouveau, disposant les figurines sur une étagère et se tournant vers le soldat de plomb auquel elle avait confectionné et peint une petite jambe en bois, utilisant de la colle forte pour la faire tenir. Ses mains étaient un peu rêches d'avoir manipulé le bois et les instruments pour le forger, et elle avait de la peinture sur le bout des doigts, ainsi qu'un peu de colle.
Décidant qu'elle allait se les laver, elle ouvrit prudemment la porte de peur d'en tâcher la poignée, et s'avança d'un pas avant de bondir en arrière, un hurlement de terreur franchissant ses lèvres. Devant sa porte s'étalait une armée de robots qui, elle le remarqua lorsque son cœur se calma, rejoignaient la chambre de Near à l'autre bout du couloir.
Un orphelin qui traversait le dit couloir enjamba consciencieusement la colonne de robots, lui lançant un regard qui ne présageait rien de bon. Est-ce que Near avait décidé de faire d'elle son souffre douleur ?
« Taré...
- Ce n'est pas parce que tu ne comprends pas ce que je fais que je suis fou. la voix était basse, venant de sa gauche, et elle se tourna brutalement vers l'objet de son insulte.
- Pourquoi est-ce que tu fais ça ? June plissa les yeux, méfiante.
- Pour voir ta réaction. elle serra les dents, faisant volte face pour aller récupérer le soldat de plomb. Elle le lui jeta entre les mains avec hargne, crachant.
- Tu l'avais oublié dans la salle de bain ! »
Ceci dit elle balaya les robots de son pied afin de pouvoir sortir, fermant sa porte et partant vers la dite salle de bain pour se laver les mains en essayant de ne pas penser à l'albinos. Il était définitivement étrange et elle espérait qu'il allait vite se lasser d'elle parce que June n'avait sûrement pas autant de patience que lui.
Lorsqu'elle sortit Near avait quasiment finit de ranger ses robots et elle ne lui accorda pas un regard, s'enfermant à nouveau dans sa chambre et s'emparant de son cahier de texte dans l'espoir de se défouler sur ses devoirs, avant de se rendre compte qu'elle allait surtout s'énerver sans comprendre.
June se demanda comment elle allait cacher ses difficultés, hésitant à en parler à Elsa. Si la jeune femme était bienveillante, elle craignait que lui demander de l'aide tourne mal car elle restait plus intelligente qu'elle et ne semblait pas entièrement se rendre compte que June n'était réellement pas plus intelligente que la moyenne.
Soupirant, elle se laissa aller contre le dossier de sa chaise, repensant à Near. Pourquoi la testait-il ? Avait-il remarqué qu'elle n'avait rien à faire là ? Comment aurait-il pu le remarquer ? Se frottant les yeux avec lassitude, June sursauta lorsqu'on frappa à sa porte. Hésitant à aller ouvrir de peur qu'il s'agisse de Near, elle finit par se raisonner et découvrit Romain dans l'encadrement de la porte, un grand sourire aux lèvres et le soldat de plomb qu'elle avait rendu à Near dans la main.
« Il y avait ça devant ta porte. Est-ce que tu as le temps d'écouter ma dernière scène ? J'aimerais bien avoir ton avis, s'empressa-t-il de demander.
- Merci, elle prit le soldat de plomb et une grande inspiration. Euh, à vrai dire je comptais aller voir Elsa...
- Ce n'est pas grave, je repasserai après manger alors ! »
Il était vraiment obstiné, pensa June en revenant dans sa chambre. Elle allait s'y enfermer à nouveau lorsqu'elle aperçut Romain qui semblait comme l'attendre, et se souvint de son excuse pour lui échapper. S'emparant donc de ses petites figurines et d'une feuille, elle referma sa chambre derrière elle et se dirigea résolument vers la chambre de son amie sous le regard inquisiteur de Romain.
La jeune femme l'accueillit avec plaisir et rit de sa confidence sur sa tentative de fuir le garçon, avouant qu'il était souvent envahissant avec ses pièces. Observant les petites figurines avec grand intérêt, et les complimenta avant de prendre un air plus grave, questionnant soucieusement.
« Est-ce que tu t'en sors en classe ?
- Je... je venais justement te voir à cause de ça... »
Un sourire malicieux étira les lèvres d'Elsa qui se détourna le temps de prendre un petit livre dans un tiroir de son bureau, le lui glissant entre les mains.
« Tiens, il devrait suffire pour le moment, il explique tous les exercices pas à pas pour que tu puisses comprendre et ensuite les refaire correctement. Il coûte une fortune alors prends en soin ! »
June lui sauta au cou, la remerciant chaleureusement et déposant un baiser sur sa joue qui réjouit son amie. Celle-ci ajouta qu'il y avait des livres plus clairs que les cours à la bibliothèque, lui donnant les références de ceux-ci avant d'ajouter que si vraiment ça n'allait pas elle pouvait toujours venir lui demander.
Elles discutèrent ensuite encore un peu avant d'aller manger et June n'osa pas évoquer le comportement de Near alors qu'elles descendaient les escaliers, de peur que Romain prenne la mouche en l'entendant encore en parler. Prévoyant déjà d'aller travailler à la bibliothèque pour l'éviter après le repas, elle remonta les escaliers en courant pour prendre ses affaires avant de redescendre, vérifiant cependant que le chemin était libre avant de s'élancer.
Se réfugiant dans un coin tranquille de la bibliothèque, elle se pencha courageusement sur ses devoirs, découvrant avec bonheur qu'Elsa ne lui avait pas menti. Elle allait travailler bien plus qu'elle ne l'avait jamais fait aussi, réalisa-t-elle alors qu'elle tentait de résoudre un problème. Glissant sa main libre dans sa poche car elle commençait à avoir froid, June sentit le soldat de plomb contre ses doigts et l'en sortit, le posant devant elle.
Elle ne se souvenait pas de l'avoir glissé dans sa poche, mais puisqu'il était là... Pourquoi Near le lui avait-il rendu ? Contemplant le soldat qui avait récupéré sa jambe, elle mordilla son crayon avant de se raviser, revenant à son exercice.
Elle dût bientôt se lever pour aller chercher l'un des livres que lui avait conseillés Elsa et se hissa sur la pointe des pieds pour tenter de l'atteindre, sans succès. Sautillant sur place et manquant de faire tomber la rangée de livres, elle allait abandonner, dépiter, lorsqu'un mouvement attira son attention. Mello, calmement assit à la table la plus proche, venait de tourner la page du livre qu'il lisait, attirant son regard. Le contemplant sans savoir si c'était une bonne idée, elle finit par tenter.
« Mello ? il leva lentement la tête vers elle. Est-ce que tu pourrais attraper ce livre pour moi s'il te plaît, vu que tu es plus grand ? elle lui sourit timidement.
- Qu'est-ce que j'y gagne ? répliqua-t-il immédiatement. »
Elle allait lui répondre tout naturellement qu'elle lui devrait un service, mais se retint de justesse en réalisant que c'était exactement ce qu'il voulait. Il valait mieux qu'elle lui donne une information plutôt qu'une liberté totale sur ce qu'il attendrait d'elle. Mais que savait-elle qu'il ne savait pas déjà ? Elle passa en revue ce qu'elle savait déjà de Mello, se souvenant de son altercation avec Near le soir de son arrivée. Peut-être savait-elle quelque chose que lui ne savait pas.
« Near va dans la salle de bain pour jouer avec ses soldats de plomb, parfois. lâcha June avec assurance.
- Bien vu. »
Mello lui sourit, l'air satisfait et se leva pour la rejoindre, tendant la main et attrapant le livre qu'elle lui désigna. Il attendit un instant avant de le lui donner, détaillant la couverture et croisant son regard alors qu'elle refermait sa main dessus.
« Tu apprends vite, c'est bien. elle le regarda sans répondre et il ajouta, souriant. J'espère que tu choisiras tes alliés de la même façon. »
Il la laissa sur ces paroles mystérieuses et elle l'observa reprendre sa lecture pendant quelques secondes avant de rejoindre sa propre table, croisant le regard fixe du petit soldat. Etait-ce une façon de lui conseiller de copiner avec lui plutôt qu'avec Near ? Soupirant, elle reprit ses devoirs et ne partit qu'assez tard de la bibliothèque, se réfugiant bientôt sous sa couverture en essayant de ne plus réfléchir aux comportements étranges de ses camarades.
Cette nuit là elle cauchemarda. La nuit amena avec elle le souvenir de la période qu'elle avait passé dans l'institut spécialisé pour les jeunes orphelins après la mort brutale de leurs parents. Le Docteur Cooper lui rendait visite comme il l'avait souvent fait, souriant et aimable, mais cette fois là il apportait avec lui un journal, comme celui où elle avait lu l'article sur ses parents.
Il le lui tendit et elle s'en empara innocemment, l'ouvrant machinalement et s'étouffant d'horreur devant une photo en noir et blanc d'une voiture ressemblant énormément à celle de ses parents bien qu'elle soit fracassée. Elle était vide, mais Juliet n'eut pas besoin de ça pour imaginer les corps sans vie de son père et sa mère.
Elle se réveilla en hurlant, jaillissant hors de son lit et courant hors de sa chambre pour s'effondrer au-dessus des toilettes où elle rendit son repas dans un sanglot désespéré. Il lui fallut de longues minutes pour que le monde cesse de tourner autour d'elle et que ses larmes se tarissent, et encore plus pour rincer sa bouche.
Elle se traîna vers sa chambre sans entrain, sachant déjà qu'elle ne s'endormirait pas une seconde fois et passa le pas de la porte restée ouverte sans s'attendre à découvrir Near près de son bureau, observant attentivement ses figurines. Lui lançant un regard perdu, elle murmura.
« Qu'est-ce que tu fais là ? il se retourna, lui adressant un regard où elle lut comme un peu de compassion.
- Je t'ai entendue crier, je voulais savoir si tout allait bien. elle déglutit difficilement.
- Merci de ta considération. elle s'écarta de la porte comme pour l'inviter à sortir mais il ne bougea pas, s'asseyant même sur la chaise de son bureau et relevant une jambe contre lui.
- Tes figurines sont mignonnes, mais la peinture n'est pas ton fort, les traits ne sont pas tout à fait droits, les démarcations tremblent, on voit les coups de pinceau successifs. Tu pourrais tenter de faire des espèces de pochoirs pour que ce soit plus net. Elles se ressemblent beaucoup aussi, tu n'as pas diversifié cette série là apparemment et la base n'est pas lisse du tout, tu as creusé l'intérieur mais ce n'est pas propre, tu devrais faire attention aux échardes. Je pense que tu as de l'idée cependant, parce qu'elles ont toutes leur personnalité propre, c'est juste que tu étais dans un thème particulier pour celles là.
- Je ne t'ai pas demandé de les analyser.
- Tu n'aimes pas les critiques ? C'est dommage, je ne disais ça que pour que tu t'améliores, tu ne risques pas de le deviner. J'aime beaucoup celle qui est en colère. Elle te ressemble un peu. il tripota une mèche de cheveux de son index, croisant soudain son regard.
- Tu n'as pas envie de dormir ? elle l'évita immédiatement.
- Tu es toujours sur la défensive. C'est peut-être pour ça qu'on peut se faire mal avec tes figurines.
- Je n'ai pas besoin que tu joues les psychologues.
- Je te fais peur.
- T'es bizarre ! lâcha-t-elle brutalement, reculant loin de lui.
- Tu m'as dis que j'étais taré tout à l'heure.
- Laisse moi tranquille ! »
Il la fixa un instant en silence, avant de se lever, avançant vers la porte, où il marqua cependant une pause.
« Merci pour le petit soldat de plomb. »
Elle se demanda encore pourquoi il le lui avait rendu si il était reconnaissant et se tourna finalement vers ses figures pour violemment les prendre et les jeter à la poubelle. Se recroquevillant sur le lit en retenant tant bien que mal ses sanglots, June finit par s'endormir sans s'en rendre compte, la gorge nouée.
Near ne l'approcha pas dans les jours qui suivirent et elle n'aperçut pas l'ombre d'un robot à ses pieds. Elle passait beaucoup de temps sur ses devoirs afin de cacher ses difficultés et croisait souvent Mello à la bibliothèque, le garçon la suivant d'un regard moqueur dès qu'elle traversait les allées jusqu'à sa table habituelle.
Il avait compris qu'elle n'était pas aussi intelligente que lui, elle s'en rendait bien compte, mais étrangement il semblait se taire et elle n'allait pas lui donner de raison d'en parler. Elle espérait simplement qu'il n'aurait pas la mauvaise idée de venir lui faire du chantage à ce sujet.
Ce soir là elle planchait sur un devoir de mathématiques en maudissant les surdoués qui lui servaient de camarades de classe, lorsqu'elle perçut une série de chuchotements étouffés puis un rire hystérique. Relevant légèrement la tête pour voir ce qu'il se passait, elle aperçut Mello et Matt qui disparaissaient hors de la bibliothèque et décida de ne pas céder à la curiosité, se penchant à nouveau sur ses devoirs.
Lorsqu'elle descendit manger, elle s'étonna de l'attroupement au bas des escaliers, se ménageant un passage jusqu'au premier rang pour découvrir Near accroupit sur le sol, récoltant les morceaux brisés de quelques uns de ses robots tandis que des murmures parcouraient l'assistance.
Une fille répondant au prénom de Linda et peignant admirablement bien -June était fascinée par ses tableaux en art plastique- émit soudain l'hypothèse que ça devait être un coup de Mello et Matt, qui était lui aussi dans la foule, s'insurgea contre l'accusation sans preuve.
« Où est-il alors, s'il n'est pas coupable ?! continua Linda, s'approchant de Near pour l'aider à ramasser les morceaux. June le vit éviter tout contact entre leurs mains et se décaler légèrement, comme gêné par la proximité.
- Je l'ai vu à la bibliothèque, lança-t-elle sans même s'en rendre compte. »
Tous les regards se tournèrent vers elle et Elsa fit les gros yeux en se rendant bien compte que ce n'était pas exactement la vérité. Elle ne la contredit cependant pas et Romain plissa les yeux d'un air suspicieux bien qu'il choisisse lui aussi de garder le silence. Il y eut quelques murmures contrariés, puis la foule commença à se dissiper. June évita soigneusement le regard de Near, rejoignant ses amis pour aller manger et Elsa ne retint pas longtemps un chuchotement précipité.
« Il n'était pas à la bibliothèque hein ?
- Je l'ai vu il y a cinq minutes, répondit June en faisant mine de ne pas sentir les soupçons.
- Pourquoi est-ce que tu as menti pour le protéger ? continua Romain, le regard sombre.
- Je n'ai pas menti. il allait insister quand Elsa le coupa.
- Il t'a fait du chantage ?!
- Non, j'ai agi de mon propre chef. elle se prenait à parler de façon plus adulte à leur contact.
- Tu devrais être prudente June... »
Le conseil plana un instant puis ils se détendirent et prirent leur repas à leur habitude, Romain parlant beaucoup de lui et Elsa lançant des regards amusés à l'ennui de June, qui dû accepter de l'écouter déclamer ses derniers vers dans le grand salon de l'orphelinat.
Alors que le garçon prenait son rôle très à cœur, June laissa son regard errer sur ses genoux, confortablement assise dans le canapé, seule car Elsa avait mystérieusement disparu vers un autre groupe d'adolescents.
Il y eut soudain un mouvement devant elle et elle découvrit Mello qui la surplombait de toute sa hauteur, les cheveux un peu ébouriffés tandis que derrière lui Romain s'arrêtait dans une tirade, surpris par sa présence.
Le blond lui sourit et se laissa tomber à ses côtés sur le sofa, l'ombre de Matt adressant un sourire à June avant d'aller s'affaler dans un fauteuil, une console entre les mains. June tourna la tête vers Mello, qui chassa Romain d'un regard menaçant avant de lui adresser un sourire qui lui fit penser à un crocodile.
« Je vois que le bon sens est une de tes qualités, ça compense le reste. elle frémit devant l'insulte implicite.
- Je servais aussi mon propre intérêt. éluda-t-elle.
- Oh, une petite vengeance personnelle ? fit-il mine de deviner. Elle se demanda si c'était aussi évident. Est-ce que je peux te rendre service ? continua-t-il soudain.
- ... elle resta muette, n'en croyant pas ses oreilles. Pouvait-elle vraiment tenter sa chance ? Tu vas vraiment le faire ?
- Si tu te décides tout de suite oui.
- Je veux que tu m'aides à faire mes devoirs, avisa brutalement June. »
Il haussa un sourcil surpris avant d'acquiescer, séduit par le choix. Lorsqu'elle partit à la bibliothèque ce soir là, le craquement d'une tablette de chocolat qu'on entame la suivit.
Mello n'était pas un enseignant diplomate. Il s'énervait vite et était impulsif, ne comprenant pas ses difficultés, mais il avait le mérite de s'obstiner pour qu'elle comprenne et ils établirent vite des méthodes de travail efficaces. Elle devait d'abord défricher les exercices d'elle-même, puis lui expliquer son raisonnement, qu'il massacrait consciencieusement et peut-être avec une pointe de sadisme, s'énervant sur ses fautes bêtes, mais il se calmait bien vite pour lui expliquer comment reprendre les exercices.
Il était particulièrement fier lorsqu'elle parvenait à comprendre à ce moment, mais parfois ils devaient revenir à des méthodes plus triviales comme illustrer les choses avec un dessin ou ses petites figurines de bois.
Mello s'était habitué à laisser des morceaux de chocolat un peu partout dans ses affaires, la rendant quelque peu maniaque et lorsqu'elle craquait devant un exercice il avait apprit à ne pas se moquer d'elle -ça la rendait encore moins efficace pour le faire- et osait même parfois caresser ses boucles blondes le temps qu'elle se calme.
Parfois Matt se prêtait au jeu, une console dans la main et l'autre tapotant la montre qu'elle portait au poignet parce qu'elle prenait trop de temps à résoudre des problèmes, mais June devait avouer qu'ils étaient de bons enseignants au final.
Il lui arrivait aussi de voir Near parcourir les rangées de livres pendant son tutorat secret et elle le maudissait d'avoir saisit si vite qu'elle n'était pas à leur niveau rien qu'en le devinant de ses réactions.
Le garçon ne la testait d'ailleurs plus vraiment, se contentant de l'observer et elle en aurait presque eu envie d'aller le voir pour lui en faire passer l'envie, mais il n'avait pas l'air très affecté par sa maigre tentative et encore moins par les provocations de Mello. June ne prenait pas part à celles-ci, mais elle en voyait parfois les élaborations ou les résultats, se sentant même un peu mal pour Near, certains jours.
Il l'avait vexée en critiquant l'art qu'elle avait hérité de son grand-père, un homme bon bien qu'un peu dur, et elle n'avait pas pu assumer qu'elle avait perdu la main et le côté un peu maniaque qu'il lui avait transmis dans la taille des petites figurines.
Mello avait fait ressurgir cette maniaquerie et à présent les figures étaient impeccables et colorées. Elle en avait fait une à l'image de ce dernier d'ailleurs, demandant à Linda de peindre une petite tablette de chocolat dans sa main et s'était appliquée à représenter la plupart des enfants de Wammy's House ainsi que Roger. Les deux seuls enfants manquants étaient elle-même et Near. Elle était quelque peu réticente à l'idée de peindre sa figurine, en ayant pourtant déjà une de prête pour sa personne.
Les vacances étaient arrivées bien vite avec tous ces évènements et elle s'ennuyait presque quand Mello ne décidait pas de la torturer avec des exercices pour qu'elle prenne de l'avance et ait moins de difficultés lorsqu'ils reprendraient les cours.
Cette après-midi là elle l'avait assez vertement envoyer paître et il l'avait menacée de ne plus l'aider si elle était si peu reconnaissante avant de partir en coup de vent tandis qu'elle filait dehors, quelque peu contrariée.
A présent elle cherchait des fleurs pour le bouquet qu'elle composait patiemment depuis un peu moins d'une heure, errant dans le jardin avec beaucoup d'aisance, un petit ciseau dans sa main libre pour couper proprement les tiges. Elle cherchait des tons pastels, du rose et du jaune et avait orné le bouquet de quelques feuilles pâles.
June souhaitait y ajouter un peu de bleu avant de l'offrir à Elsa et s'était accroupie devant un massif où ressortaient quelques cosmos blancs. En coupant juste le nécessaire pour son bouquet avec soin, elle l'arrangea encore un peu avant de se redresser, revenant prudemment dans la fraîcheur des bâtiments, le front un peu humide de sueur.
Le soleil faisait honneur à ses boucles un peu dorées dès qu'elles étaient à la lumière et elle croisa Mello dans le hall lorsqu'elle s'y arrêta pour se regarder dans une vitre, rayonnante avec son bouquet serré contre sa poitrine. L'autre blond ne lui adressa pas un regard et s'approcha d'une forme pâle éloignée des fenêtres sous le regard intrigué de June qui finit par reconnaître Near. S'approchant par curiosité, elle saisit les paroles de Mello.
« Alors le mouton, tu ne vas pas jouer dans l'herbe ? se moquait-il.
- Il n'y a pas besoin d'être un génie pour comprendre qu'avec sa couleur de cheveux il est forcément plus sensible à la lumière que toi ou moi. sa voix claqua, la surprenant elle-même, et elle peina à ne pas baisser les yeux.
- Tiens, tu te cherches de nouveaux amis ? Tu retournes vite ta veste ! rétorqua hargneusement Mello.
- Ce qu'elle dit est censé, Mello. l'interrompit soudain Near. »
Le sous-entendu vexa suffisamment le blond pour qu'il s'éloigne en furie et June se demanda vaguement pourquoi il était aussi susceptible. Elle allait s'éloigner à son tour lorsque la voix de l'albinos la retint.
« Ce n'était pas nécessaire mais merci. »
Lorsqu'elle toqua à la porte d'Elsa pour lui offrir le bouquet il y eut un grand remue ménage dans la chambre. Son amie était toute décoiffée et n'entrouvrit qu'à peine la porte, l'air un peu gênée. June plissa les yeux devant sa dégaine avant de lui tendre le bouquet, hésitante. Il sembla faire plaisir à la jeune fille qui l'accepta gracieusement, mais s'empressa d'expédier une potentielle conversation.
Une voix de garçon parvint aux oreilles de la plus jeune lorsque son aînée eut refermé la porte et June rougit furieusement. Avait-elle interrompu quelque chose ? Rougissant jusqu'aux oreilles rien qu'à l'idée elle se précipita dans sa propre chambre, très gênée.
Elle allait s'y enfermer lorsqu'une silhouette blanche passa dans le couloir et elle ne put s'empêcher de vérifier s'il s'agissait bien de Near, l'interpellant finalement. Il se tourna docilement vers elle, le regard sombre.
« Hm... je... est-ce que tu pourrais entrer quelques minutes s'il te plait ? il hocha la tête, venant jusqu'à elle.
- Tu as besoin d'aide pour quelque chose ?
- Non non, je voulais juste te montrer, enfin... elle cessa de parler, désignant les figurines à l'effigie des membres de l'orphelinat. »
Near s'en approcha et les étudia patiemment, en attrapant parfois une pour l'observer de plus près. Celle de Mello retint particulièrement son attention mais il finit par la reposer, se tournant de nouveau vers elle, une mèche de cheveux tombant devant ses yeux.
« Il y en manque deux.
- Oui, je ne pense pas me faire moi-même et je n'avais pas très envie de faire la tienne. avoua-t-elle.
- Les bords sont beaucoup plus lisses que la dernière fois et ta peinture est plus nette même si on voit encore quelques coups de pinceau. commenta soudain Near.
- A ce sujet je voulais m'excuser, je n'ai pas été très gentille avec toi alors que tu me donnais des conseils.
- Ce n'est pas grave, le principal n'est pas que tu sois gentille mais que tu apprennes de tes erreurs, coupa-t-il.
- Je suis désolée de t'avoir traité de taré et d'avoir dit que tu étais bizarre. insista-t-elle tout de même.
- Pour toi je suis bizarre, nous sommes tous bizarres ici. Pour nous aussi tu l'es un peu, un sourire ironique étira brièvement ses lèvres.
- Ce n'était pas une raison pour te manquer de respect.
- C'est passé, trancha-t-il, impassible.
- ... pourquoi est-ce que tu m'as donné ce soldat de plomb ? Je l'ai réparé pour toi. osa-t-elle.
- ... il haussa les épaules. Tu l'as trouvé, il était à toi au moment où tu l'as pris. »
Il y eut un bruit de fracas dans le couloir puis des pas précipités qui passèrent devant la porte fermée avant qu'une exclamation étouffée ne les informe que Mello était frustré de trouver la porte de Near fermé.
Quelques rires trahirent bientôt son projet de salir les jouets de l'albinos avec de la terre prise à l'extérieur afin qu'il découvre un peu la nature même s'il n'allait pas dehors et Mello finit par décréter qu'il allait attendre qu'il arrive pour la lui offrir en personne. June lança un regard douloureux à Near qui ne le lui rendit pas, se dirigeant déjà vers la porte. Elle le trouva courageux et lança, un peu dans le vide tant elle pensait qu'il l'ignorerait.
« Tu peux rester dans ma chambre si tu veux. »
Il tourna à demi la tête vers elle, pensif et finit par accepter, s'asseyant sur son lit. June hésita, ne sachant pas si elle devait faire de même ou vaquer à ses propres occupations. Il n'avait même pas ses jouets, il allait s'ennuyer. Elle se demanda pourquoi ils avaient tous leur petite habitude étrange, Near avec ses robots, Mello avec son chocolat, Matt et ses jeux vidéos, Romain et ses pièces de théâtre, Linda et sa peinture...
Est-ce qu'ils s'ennuyaient ? Ils étaient surdoués, peut-être qu'ils avaient besoin d'être constamment stimulés. Même si ça lui paraissait puéril parfois, ils n'avaient que douze ans et peut-être un lourd passé derrière eux. Un peu gênée de n'y réfléchir que maintenant, elle adressa un regard un peu peiné à Near qui semblait absent.
« Hm, tu... tu peux attendre un peu ? J'aimerais te donner quelque chose. »
Il tourna lentement la tête vers elle, lui donnant l'impression de parler à un être amorphe et désintéressé, mais acquiesça sagement tandis qu'elle sortait son matériel et le bois qu'elle avait tranquillement amassé pour ses créations. Dans sa petite boite à outils elle trouva l'un des croquis que son grand-père lui avait laissé pour faire des casse-têtes en bois, et s'appliqua à en tailler un pour Near, espérant qu'il ne le résoudrait pas trop vite.
Une petite heure plus tard elle avait terminé et il avait tapissé le sol de ses figurines, reproduisant Wammy's House et les endroits où les enfants représentés se trouvaient le plus souvent. Elle manqua de tomber en voulant aller vers lui sans regarder où elle allait, mais arriva sans encombres à sa hauteur pour s'accroupir et lui offrir le casse-tête chinois, une pièce soigneusement cachée dans la poche afin d'allonger sa durée de vie.
Near la contempla pensivement avant d'accepter l'objet, se penchant déjà dessus pour le résoudre sous le regard plein d'espoir de June. Il comprit vite le principe (enchâsser les pièces ensemble pour former un cube) et manipula les pièces avec aisance pendant quelques minutes avant de lever la tête vers elle, un sourire réellement amusé aux lèvres.
« Bien vu, mais j'aimerais que tu me donnes la pièce manquante maintenant. »
Elle soupira, blasée, avant de la lui donner en riant et de commencer à ranger pendant qu'il terminait le casse-tête. Elle crut l'entendre rire aussi mais lorsqu'elle se retourna il était paresseusement allongé par terre, contemplant le cube complet et tripotant une mèche de cheveux avec son index. June lui sourit timidement et il battit des cils sans avoir de réaction, prenant finalement la parole.
« Est-ce que tu sais créer des puzzles ?
- Oui, mais je n'arrive pas à en dessiner de complexes moi-même. avoua-t-elle.
- Parfois je me trompe en faisant les plus simples. Je ne me concentre pas assez parce que c'est facile et je finis par faire une erreur. elle lui lança un regard ébahi avant qu'il ne continue. Je peux te dessiner le modèle.
- Pourquoi pas alors. »
Il sourit, satisfait et se releva en serrant le casse-tête contre son torse. Elle le lui laissa, flattée qu'il décide de le garder et le raccompagna jusqu'à la porte avec la sensation d'avoir réussi un test.
Ce soir là, elle pensa à son père qu'elle aurait voulu voir attendre Near à la sortie du collège. Elle pensa à sa mère aussi, à laquelle elle n'aurait cessé de parler des enfants qu'elle avait rencontré à Wammy's House si elle avait pu.
Cela l'attrista, car si sa mère et son père avaient été là, elle-même n'aurait jamais été à l'orphelinat et elle sanglota pendant de longues minutes. Ses parents lui manquaient, dès qu'elle n'était plus occupée par les petits génies qui partageait à présent sa vie.
Near lui apporta le dessin quelques jours plus tard et elle contempla la lettre L gravée en haut à gauche avec curiosité, ne comprenant pas ce qu'elle signifiait. Ce n'était ni l'initiale du garçon, ni la sienne (il aurait pu vouloir qu'elle signe sa création...). Elle se tourna vers lui pour avoir une explication et il plissa les yeux, tout aussi surpris qu'elle. Sa main s'éleva tout naturellement jusqu'à ses cheveux et il enroula une mèche autour de son index, pensif.
« Roger ne t'a pas parlé de L ?
- L ? répéta-t-elle naïvement.
- Ni Elsa ni Mello ? continua-t-il comme s'il faisait face à un mystère des plus étonnants. »
Elle se concentra, cherchant dans sa mémoire. Elsa ne lui avait jamais parlé de ce L, elle en était certaine. Mello lui... peut-être l'avait-elle déjà entendu évoquer une personne à laquelle il souhaitait ressembler et c'était pour cela qu'il devait surpasser Near, mais elle n'avait jamais été curieuse à ce sujet.
« Mello l'a peut-être mentionné quelques fois.
- C'est étrange, souffla-t-il. Les enfants accueillis à Wammy's House sont sélectionnés pour leur intelligence développée afin de pouvoir trouver un successeur à L, le plus grand détective du monde. Certains ont pu entrer mais n'ont pas du tout cette vocation, comme Linda qui trouve son génie dans la peinture, mais ils servent à la couverture de l'établissement et le remplissent, en plus de leur donner une nouvelle chance après leurs passés respectifs.
- Tu veux devenir L ? la question était à la fois inattendue et prévisible.
- Nous voulons tous le devenir. éluda Near.
- Mello a l'air plus motivé que toi, fit remarquer June.
- C'est parce que Mello est plus expressif. »
Elle ne tenta pas de le contredire, lui demandant plutôt s'il voulait un dessin sur le puzzle, mais il le réclama blanc en dehors de la lettre. June acquiesça et se mit bientôt au travail.
Lorsqu'elle ne taillait pas les pièces elle apprenait toujours plus aux côtés de Mello, finalement remis de leur conflit, mais elle le soupçonnait de se venger en la laissant poireauter sans l'aider devant des problèmes difficiles plus longtemps que nécessaire. Elle ne lui fit cependant pas de remarque à ce sujet et bientôt elle vint à bout du puzzle.
Contemplant les pièces soigneusement peintes en blanc, elle allait le résoudre sur la planche qui était destinée à l'accomplir lorsqu'elle se rendit compte qu'elle ne avait pas quelle pièce accoler à quelle autre. Frustrée, June s'acharna un moment mais finit par abandonner, quittant sa chambre pour aller toquer à celle de Near.
Il n'y était pas, découvrit-elle en tentant de l'ouvrir et elle vérifia malicieusement la salle de bain avant de descendre les escaliers pour partir à sa recherche. Doutant de le trouver dans le salon elle fit un crochet par la bibliothèque et finit par demander à Linda si elle n'avait pas vu l'albinos, apprenant qu'elle l'avait aperçut à la bibliothèque où il n'était apparemment plus.
Désappointée, elle erra un moment dans le bâtiment et finit par le croiser au détour d'un couloir. Il s'était hissé sur une fenêtre et contemplait pensivement le massif de fleur qui se déployait de l'autre côté de la vitre, tripotant son habituelle mèche de cheveux.
« Near ? il tourna lentement la tête vers elle. J'ai fini le puzzle ! annonça-t-elle joyeusement avant de se renfrogner. Mais je n'arrive pas à le compléter...
- ... il se mit à rire, la surprenant et elle le fusilla du regard, vexée.
- Ce n'est pas drôle ! cela le fit encore plus rire.
- Si ça l'est. il jeta un dernier regard par la fenêtre avant de la rejoindre. »
June suivit son regard, observant les cosmos qu'il avait dû contempler en remuant ses mystérieuses pensées, puis il fut temps de se mettre en marche. Ils regagnèrent sa chambre en silence et elle sentit le regard mauvais de Mello dans son dos lorsqu'ils le croisèrent dans les escaliers.
Il lui sembla qu'il avait remonté quelques marches comme pour les suivre, mais lorsqu'elle se retourna il n'était pas là, peut-être s'était-il ravisé. Lorsqu'il fit face au puzzle, un petit sourire éclaira brièvement le visage de Near, puis elle ne le vit quasiment plus car il s'était penché sur les pièces pour les assembler.
Il ne tarda pas à s'installer par terre, étendu de tout son long sur le sol et elle prit sa place au bureau, s'emparant de la figurine qui était destinée à être à son effigie. Elle eut bientôt de la peinture plein les doigts et un Near miniature entre ceux-ci.
Triomphante, elle se tourna vers lui pour le lui montrer, découvrant le puzzle terminé et le garçon endormi à côté, son bras calé sous sa tête en guise d'oreiller.
Elle n'osa pas le réveiller, préférant l'observer du sommet de sa chaise. Il était étrange et très différent d'elle, sûrement à cause de son intellect, mais elle avait fini par s'y habituer, comme elle s'était habituée à Mello.
Elle dû commencer à somnoler en contemplant les liens qu'elle avait noués avec les autres orphelins, car lorsque Near se redressa brutalement dans un cri de terreur, elle manqua de tomber de la chaise, ramenée sur terre en sursaut et sauta bien vite au bas de celle-ci pour plonger vers lui et l'attraper par les épaules.
« Tout va bien ! Tout va bien Near ! Tu es dans ma chambre. La chambre de June, tu te souviens de moi ? Tu t'es endormi sur le puzzle que j'ai fais pour toi. Tout va bien... »
Il sembla reprendre ses esprits assez rapidement, frottant ses yeux engourdis par le sommeil et regardant autour de lui pour retrouver ses repères.
Il la fixa un moment sans rien dire, hagard, avant de se dégager de sa poigne d'un coup d'épaule et de reculer légèrement pour baisser les yeux sur le puzzle. Cela dû terminer de le réveiller car lorsqu'il releva la tête, son regard était plus clair.
« Je suis désolé.
- Ce n'est pas grave, tempéra immédiatement June. Tu as fais un cauchemar, ça m'arrive aussi. Tu... tu es venu dans ma chambre quand j'en ai fais un...
- Je voulais m'assurer que tout allait bien. expliqua-t-il comme pour détourner la conversation de lui.
- Est-ce que ça va ? tenta-t-elle tout de même.
- Oui. »
Elle n'osa pas lui demander s'il avait besoin de quelque chose, de peur que ça le vexe et resta simplement assise en silence devant lui, attendant elle ne savait quoi. Qu'il décide de retourner dans sa chambre, ou prenne la parole, peut-être qu'il soit assez rassuré pour pouvoir aller dormir. Finalement, June brisa le silence.
« Tu n'aimes pas qu'on te touche ? il lui lança un regard étonné et prit un instant pour réfléchir.
- Pas vraiment. Je n'aime pas qu'on me touche quand je n'ai rien demandé.
- Je ferais attention la prochaine fois. il la contempla un instant.
- Merci. elle sourit timidement, continuant après une hésitation.
- Linda... elle essaye toujours de te parler, tu l'écoutes, mais dès qu'elle te touche tu recules... »
Il ne répondit pas, mais cela lui suffit. Elle avait appris à comprendre les silences à présent.
Le lendemain elle peina à se lever, mais s'efforça tout de même de se traîner jusqu'au réfectoire pour déjeuner copieusement avant de repartir dans sa chambre. Elle croisa Elsa dans les escaliers et elles s'arrêtèrent un instant pour discuter, puis June s'apprêta à reprendre son chemin avant de se raviser, interpellant son aînée.
« Est-ce que tu connais la date d'anniversaire de Near ? Elsa lui adressa une œillade surprise.
- C'est aujourd'hui mais rien n'est organisé, il n'aime pas trop les fêtes. »
June sourit triomphalement, la remerciant et filant dans sa chambre avec encore plus d'entrain qu'avant. Elle n'avait aucunement l'intention d'organiser une fête d'anniversaire. Alors qu'elle enfilait ses chaussures elle remarqua que le puzzle était resté, complet, sur le sol de sa chambre et elle n'hésita pas une seconde à le mettre de côté, une idée se formant déjà dans son esprit.
Dévalant les escaliers pour se rendre dans le jardin elle manqua de descendre les dernières marches sur les fesses, et parvint de justesse à ne pas détruire la construction que Near avait entamée. Remettant soigneusement à sa place le robot sur lequel elle avait glissé, June adressa un sourire radieux au garçon et disparut dans le jardin.
Elle fit le tour du bâtiment par l'extérieur, retrouvant bientôt la fenêtre où elle avait trouvé Near la veille et surtout, le massif de cosmos qu'il avait observé. S'appliquant à couper les tiges proprement, elle composa impatiemment un bouquet bleu et blanc, l'ornant d'un peu de verdure avant de s'estimer satisfaite.
Roger passa près d'elle alors qu'elle l'arrangeait encore un peu et June le salua poliment, s'attirant un regard bienveillant de l'homme qui complimenta le bouquet, la faisant rougir de plaisir. Se gonflant de fierté lorsqu'il demanda s'il pourrait en avoir un aussi, elle s'engagea à le faire avant de questionner, pleine d'anticipation.
« Est-ce que Near est toujours dans les escaliers ?
- Je l'ai vu en descendant, répondit aimablement le directeur de l'établissement. »
Il lui adressa un regard suspicieux, semblant deviner ses projets, mais elle ne lui laissa pas le temps de poser plus de question, le remerciant avant de repartir à petites foulées à l'intérieur. Dans le hall elle croisa Romain sans parvenir à l'éviter et ne parvint à cacher sa grimace que de justesse.
« June ! Je viens d'écrire une tirade, il faut absolument que je la lise à quelqu'un !
- Linda serait ravie de t'écouter, tenta-t-elle, jetant des coups d'œils méfiants autour d'eux.
- Non, écoute ça ! »
Et il se lança dans sa tirade qu'elle peinait à comprendre, observant les alentours de peur de voir apparaître Near. Un garçon apparut bel et bien au milieu de la tirade de Romain, mais il ne s'agissait que de Matt.
Il leva les yeux de sa console en entendant Romain déclamer ses vers, et adressa à June une mimique moqueuse à laquelle elle rendit une moue suppliante. Faisant mine de se replonger dans son jeu, il aperçut June jurer dans sa barbe et se mit à rire, interrompant Romain qui ne l'avait pas remarqué. Le jeune dramaturge lui adressa un regard outré et Matt s'approcha, lâchant nonchalamment.
« Je croyais que Mello t'attendait à la bibliothèque, June. Il va se mettre en colère si tu arrives en retard.
- Il peut bien attendre un peu, coupa Romain.
- C'est moi qui lui ait demandé de m'attendre, improvisa June sous le regard complice de Matt.
- Et il est vraiment méchant avec elle quand elle est en retard, ajouta ce dernier.
- Je suis désolée Romain il faut vraiment que j'y aille, ta tirade est très bien ! »
Elle s'esquiva avant qu'il ne puisse la retenir, Matt sur ses talons. Lui offrant un sourire rayonnant dès qu'ils furent hors de vue, elle profita qu'il n'ait pas encore relancé son jeu pour l'embrasser sur la joue, reconnaissante.
Il sembla rougir mais elle n'en était pas sûre et il relança son jeu alors qu'elle le remerciait verbalement. Elle n'aurait pas osé si le jeu n'avait pas été en pause, de peur de le faire perdre et d'être boudée pendant un long moment.
« Dis moi tu saurais si Near est toujours dans les escaliers ?
- C'est pour lui ce bouquet ? esquiva le garçon.
- A ton avis ?! bouda-t-elle.
- Il n'a pas encore atteint la moitié des marches, à mon avis il y est encore pour un moment.
- Zut ! Comme je fais moi ?! s'énerva June.
- Tu peux passer par les escaliers de secours, Matt haussa les épaules, concentré sur son jeu.
- Mais c'est interdit ! s'offusqua-t-elle.
- Tu peux aussi attendre qu'il ait fini et tenter de ne pas le croiser pendant qu'il rangera tout, se moqua son ami.
- ... ils sont où ? abandonna-t-elle, boudeuse.
- Ça fera un bisou sur l'autre joue. »
Elle manqua de s'étouffer à l'entente du chantage, hésitant à le menacer de l'embrasser sur la bouche à la place (beurk !), mais finit par le suivre, jetant un coup d'œil par dessus son épaule pour le voir gagner une course de voitures. June se demanda s'il jouait aussi aux jeux « pour filles ».
Ils gravirent les marches dans la pénombre et s'immobilisèrent au bout du couloir sur lequel débouchait l'escalier. June offrit sa récompense à Matt en riant, planifiant déjà une petite vengeance à ce sujet. Mello adorerait le charrier sur son étrange réclamation, elle n'en doutait pas.
Elle finit rapidement d'emballer le puzzle avec du papier grossièrement peint en bleu, y écrivant un joli "Bon anniversaire Near !" avant de sortir courageusement de sa chambre pour apercevoir Near qui ramenait ses derniers robots dans la sienne.
Reculant brusquement pour qu'il ne la voit pas, elle claqua la porte au moment où il tournait la tête et attendit quelques minutes, le coeur battant à la chamade. Elle allait enfin sortir quand on toqua à la porte et que la voix de Near lui parvint.
« June je t'ai vue tout à l'heure.
- Tu n'as pas vu ce que j'avais dans les mains ! rétorqua-t-elle, dos à la porte et le puzzle serré contre sa poitrine.
- Non mais je sais que tu as quelque chose dans les mains et je suppose que ça me concerne si tu veux le cacher.
- Vas dans ta chambre ! ordonna-t-elle courageusement. »
Elle doutait qu'il obéisse, mais il n'y eut pas de réponse et après quelques secondes elle daigna à ouvrir la porte pour découvrir plus loin celle de Near ouverte et le garçon sagement assit sur son lit.
Un gloussement hystérique lui échappa et June s'empara du verre dans lequel elle avait installé le bouquet de fleurs, se rendant avec empressement dans la chambre de l'albinos à qui elle tendit ses cadeaux un grand sourire aux lèvres.
« Joyeux anniversaire ! s'exclama-t-elle joyeusement. »
Il l'observa un instant sans rien dire, avant de baisser les yeux sur le paquet cadeau et de l'accepter pendant qu'elle posait le bouquet sur son bureau.
« Merci, souffla-t-il en déballant prudemment le puzzle. Le bouquet est très joli.
- Je t'ai vu regarder les cosmos hier, je me suis dit que tu aimais bien ces fleurs là.
- Je les aime bien. acquiesça-t-il, contemplant le puzzle. »
Un léger sourire étirait ses lèvres.
« Atchoum ! »
June fut secouée d'un énorme sursaut en éternuant, persuadée d'avoir une pastèque à la place du nez et bientôt à court de mouchoirs. Elle n'osait pas sortir de sa chambre pour prévenir un adulte du rhume qui s'était emparé d'elle en ce début de Septembre, déjà vexée d'en avoir attrapé un en sortant simplement récupérer du bois pour ses créations.
Et puis si elle sortait, décideraient-ils de l'enfermer dans sa chambre pour qu'elle ne contamine personne ? June ne voulait pas se retrouver toute seule, craignant la solitude à présent qu'elle s'était habituée à la présence quasi constante des orphelins autour d'elle.
Elle s'était habituée, oui, pensant un peu moins à ses parents, ou du moins plus facilement et si à l'instant sa mère lui manquait, parce qu'elle avait toujours pris soin d'elle quand elle était malade, la douleur était atténuée.
June aurait aimé sentir les mains fraîches de sa mère sur ses joues et son front, ses paroles rassurantes et la soupe qu'elle lui aurait préparé pour l'aider à guérir. Son père aurait passé la tête dans l'encadrement de la porte et il aurait lancé une blague sur des nez qui se détachent et partent comme des fusées quand on éternue, elle en aurait rit jusqu'aux larmes.
C'était des bons souvenirs à présent et non plus des regrets amers. Roulant sous sa couverture pour tenter de se rendormir, elle entendit soudain la porte de sa chambre s'ouvrir et émergea tant bien que mal de son lit pour découvrir Mello et Matt en plein milieu de la pièce, plutôt surpris par les figurines en bois qui meublaient l'étagère. Matt fut le premier à prendre la parole, pianotant sur sa console.
« Je ne savais pas que tu étais douée de tes mains !
- Ça change des problèmes mathématiques, commenta Mello. Ce n'était pas méchant, simplement son humour abrasif qui avait sûrement de bonnes raisons d'être avait-elle finit par comprendre.
- On se demandait pourquoi tu ne venais pas à la bibliothèque mais je comprends maintenant, continua Matt, compatissant.
- Tu devrais prévenir Roger, tu serais dispensée de cours et chouchoutée toute la semaine, conseilla ensuite Mello, entre deux bouchées de chocolat.
- Je... vous pouvez le faire pour moi... s'il vous plaît ? J'ai un peu de mal à me lever... demanda-t-elle faiblement.
- Matt ne lui demande pas de bisou tu vas choper ses microbes ! se moqua soudain Mello, et June rougit d'avoir cafté. »
Matt mit son jeu en pause pour lui adresser un regard mi outré mi étonné avant de répliquer assez vertement qu'il était au courant. Ils repartirent aussi soudainement qu'ils étaient venus et elle se demanda si ils allaient vraiment prévenir Roger, connaissant le caractère versatile de Mello.
La porte ne s'ouvrit finalement pas sur lui mais sur Near, un robot entre les bras et une moue légèrement soucieuse sur le visage. Il s'approcha d'elle calmement, s'asseyant au bord du lit et levant une main pensive jusqu'à ses cheveux qu'il entortilla autour de ses doigts, demandant.
« Je croyais que tu devais rejoindre Mello à la bibliothèque ?
- Et moi je ne pensais pas que j'avais raison de me dire que tu nous espionnais quand on s'y trouvait en même temps ! rit-elle bien que faiblement. Il ne se défendit pas.
- Tu es malade ?
- Rien de grave, tenta-t-elle de le rassurer. »
Il ne sembla pas convaincu, abandonnant soudain ses cheveux pour tendre la main vers elle. June ferma les yeux par réflexe, sentant bientôt sa paume fraîche contre sa joue brûlante de fièvre, mais aussi de la rougeur qui la dévorait.
Near ne sembla pas le remarquer, ou du moins pas s'en inquiéter alors qu'il effleurait son front comme pour avoir une confirmation avant de toucher sa propre joue, découvrant qu'elle était bel et bien fiévreuse. Son regard eut l'air de se voiler, comme s'il était contrarié, mais il n'en laissa rien paraître et se contenta de tourner la tête vers la porte qui s'ouvrait à nouveau, sur Roger cette fois.
Derrière lui Mello lança un regard peu amène à Near mais ne dit rien, se contentant de guider Matt à l'intérieur car le garçon ne daignait pas à lever les yeux de sa console. Roger n'eut pas besoin d'ausculter June pour comprendre le problème, commentant avec une pointe d'humour.
« Je ne pensais pas que tu tomberais malade pour m'offrir ce bouquet de fleurs ! cela eut le mérite de la faire rire. Near, je pense que tu ne devrais pas lui tenir compagnie si tu ne veux pas tomber malade aussi. Quelque jours devraient suffire pour te remettre, continua-t-il à son intention. »
Il lui donna un talkie walkie afin qu'elle puisse le contacter en cas de besoin avant de la laisser au repos, chassant les trois garçons de la chambre. Ses amis, pensa-t-elle en adressant un sourire à Near avant que Mello ne la prévienne qu'elle devrait travailler dur pour rattraper son retard dans ses devoirs.
Elsa ne vint pas la voir pendant sa convalescence. Lorsqu'elle put enfin sortir du lit June appris qu'elle avait à présent un petit ami, du nom d'Arthur selon les dires de Romain, qui semblait particulièrement secoué par la nouvelle.
D'abord elle pensa qu'il avait peut-être développé un béguin pour leur amie qui l'écoutait relativement souvent déblatérer ses tirades et le réconfortait quand on se moquait de lui à ce sujet, mais elle comprit à ses dépends qu'il était secoué par le changement brutal dans le comportement d'Elsa envers lui, mais aussi envers elle.
June ne pouvait plus toquer à sa porte lorsqu'elle avait besoin de discuter, car soit Elsa ne s'y trouvait pas, soit elle était très occupée avec Arthur. Son amie ne mangeait plus avec eux au réfectoire et elle la repoussa même violemment lorsqu'elle attrapa sa main dans les escaliers, le sourire aux lèvres et beaucoup de choses à lui raconter.
Near qui se trouvait derrière elle l'aida à garder son équilibre, agrippant fermement son bras et lui adressant un regard impassible bien qu'elle sente comme une caresse de sa main presque réconfortante. Mello, qui descendait les escaliers avec Matt, fusilla Elsa du regard. Celle-ci l'ignora.
Les choses allèrent de mal en pis et un matin elle surprit même son amie entrain de commenter à quel point la petite dernière de l'orphelinat, June, était stupide (les mots avaient bel et bien franchi les lèvres d'Elsa bien qu'elle ne veuille pas y croire).
Enfin, lorsque les classements furent annoncés après quelques mois de cours, il s'avéra que June se plaçait au-dessus d'Elsa dans celui à l'échelle de l'orphelinat. Son travail acharné avec Mello devait porter ses fruits, ce qui la réjouissait, mais cela libéra le venin d'Elsa, qui la confronta à ce sujet au milieu du salon, réclamant le livre qu'elle lui avait prêté puisqu'elle n'en avait apparemment plus besoin.
June n'eut pas le temps de lui répondre et la questionner sur sa soudaine colère envers elle, car Mello échappa à la poigne pourtant ferme de Matt et déboula entre elles pour presque bondir sur Elsa, seulement retenu par la main timide de June sur la sienne. Il se contenta de répondre à sa place avant de l'emmener loin de celle qui n'était désormais plus son amie.
« C'est toi qui est bête et méchante de te comporter ainsi juste parce qu'elle a progressé ! »
Au début, June avait pensé que c'était l'influence d'Arthur qui avait rendu Elsa comme ça, mais elle apprit un peu plus tard, au détour d'une conversation avec Matt, que le pauvre garçon était plus ou moins réduit en esclavage par la jeune fille.
Il ajouta qu'elle avait eu une autre amie avant elle, une dénommée Anna, un peu plus vieille, qu'elle avait vite laissée de côté lorsque ses notes avaient surpassé les siennes. Elsa cherchait un faire valoir plus qu'une amie car elle n'était à Wammy's House que grâce à l'argent de son père dont le seul but était de se débarrasser d'elle.
June avait entendu parlé de la jeune fille, la première à avoir hérité du titre de potentiel successeur à L. De la pression aussi, qui l'avait malheureusement poussé à commettre le pire. L'histoire était sombre et pleine d'ombres qui la rendaient encore plus obscure.
Elle se surprit à plaindre Near et Mello sans cesse mis en concurrence sans l'avoir jamais voulu et comprit un peu mieux le complexe d'infériorité de Mello que l'on comparait toujours au plus jeune. Elle ne les enviait pas et se montra d'autant plus soucieuse de Near. Si l'albinos semblait bien gérer son potentiel futur, son visage ne laissait jamais rien paraître et elle n'était plus capable de s'y fier à présent.
La désillusion eut au moins le mérite de la rapprocher de Romain qui utilisa son théâtre pour simplement leur changer les idées afin de ne plus penser à Elsa et la déception qu'elle avait occasionné. June dut avouer qu'il parvint formidablement bien à le faire, la faisant rire en déclamant des poèmes d'amour à chaque fleur qu'elle coupait pour une composition florale, imitant des combats épiques avec des branches et la traitant comme une princesse dès qu'il le pouvait.
Un soir il lui força un peu la main pour qu'ils jouent à un jeu de devinettes, ils devaient imiter quelque chose et l'autre devait deviner ce dont il s'agissait. Il commença, étendant les bras de par et d'autre de son corps et se mettant à tourner en rond. June s'écria immédiatement qu'il s'agissait d'un avion, hilare et Romain rit avec elle avant de la laisser faire son imitation.
Elle réfléchit un instant avant de sourire et de se faire deux nattes qu'elle tira au-dessus de sa tête en fronçant le nez. Son ami eut besoin de quelques minutes pour comprendre, reconnaissant finalement Fifi Brindacier et ce fut son tour.
Elle s'amusa follement, lui offrant finalement un baiser sur la joue pour l'en remercier. Lorsqu'elle se détacha elle aperçut Near de l'autre côté du salon, l'air maussade et lui sourit timidement sans qu'il ne le lui rende. Fronçant les sourcils, June voulut le rejoindre mais Romain la retint en proposant un autre jeu et lorsqu'elle lança un regard hésitant de l'autre côté de la pièce, Near avait disparu.
June sursauta en entendant toquer à sa porte, abandonnant le casse-tête en bois qu'elle taillait et le cachant sous un torchon avant d'aller ouvrir, pensant qu'il s'agissait de Near. Il n'en fut rien et elle sourit à Romain.
« Ça te dirait d'aller dehors ? proposa celui-ci, tout sourire.
- Pourquoi pas, accepta-t-elle poliment. »
Elle alla chercher un manteau et une écharpe avant de quitter la chambre, suivant Romain dans les escaliers et manquant de tomber en glissant sur l'un des jouets de Near. S'arrêtant pour le remettre soigneusement en place elle aperçut le garçon qui remontait avec quelques autres robots June lui sourit, s'emparant des plus proches pour l'aider tandis que Romain grommelait.
« June il faut qu'on y aille pendant qu'il neige encore ! »
Elle hésita, lançant un regard à Near qui esquiva le sien, haussant les épaules.
« Je n'ai pas besoin que tu m'aides. »
Elle fronça les sourcils, surprise par son comportement et voulu avancer vers lui mais il se décala et la dépassa sans un regard tandis que Romain attrapait sa main et l'entraînait dans les escaliers. Lorsqu'ils arrivèrent en bas elle remarqua qu'elle avait toujours les jouets dans les bras. Elle les serra fort contre elle, hélant son ami.
« Euh Romain... finalement je vais rester au chaud d'accord ? il eut une moue mécontente mais lâcha sa main.
- D'accord. June comprit bien qu'il boudait mais l'ignora, repartant vers les escaliers.
- Une prochaine fois ! »
Elle remonta les marches en courant, se dirigeant sans attendre vers la chambre de Near à laquelle elle frappa. L'albinos lui ouvrit la porte et elle crut voir une moue sur son visage avant qu'il ne redevienne impassible tandis qu'elle lui tendait les jouets.
Il les récupéra sans un mot, refermant immédiatement la porte devant laquelle elle resta stupéfaite. June hésita à toquer une seconde fois, finissant par se raviser pour repartir dans sa propre chambre où elle reprit le casse-tête, décidant que si elle voulait savoir ce qu'il n'allait pas, il valait mieux qu'elle puisse avoir l'attention de Near pendant plusieurs minutes consécutives.
Elle termina son étoile complexe quelques heures plus tard, s'étirant avec un bâillement fatigué, mais ne s'autorisa pas de repos, sortant de sa chambre avec un air déterminé.
Cette fois elle ne toqua pas avant d'entrer, découvrant Near penché sur le puzzle qu'elle lui avait fait. Il sursauta en l'entendant et lui lança un regard peu amène mais elle ne se démonta pas, s'accroupissant près de lui pour lui offrir le casse-tête avec un sourire doux.
« J'espère qu'il te donnera du fil à retordre. pendant un instant elle crut qu'il allait le refuser.
- Merci. il relevait le défi, la faisant encore plus sourire. »
Elle s'assit sur son lit en l'observant manipuler les pièces et les examiner pour comprendre le principe et former de premières hypothèses sans qu'elle n'ose lui demander ce qu'il avait à lui reprocher. Ce n'était pas le moment, pas encore. Les minutes défilèrent sans qu'elle ne le remarque vraiment, les yeux mi-clos et l'esprit de plus en plus attiré par le sommeil, jusqu'à ce que la voix de Near lui parvienne, presque hésitante.
« Tu passes beaucoup de temps avec Romain.
- Ça te dérange ? demanda-t-elle après un instant de réflexion.
- C'est bien que tu te fasses des amis malgré le comportement d'Elsa.
- Je suis toujours ton amie, Near. déclara-t-elle sans être certaine que cela soit réciproque.
- Tu ne l'aimais pas beaucoup avant. commenta-t-il sans orienter clairement la conversation.
- Romain a un peu changé, répondit-elle en tâchant de le suivre.
- Toi aussi tu as changé depuis ton arrivée.
- En mal ?
- Non. Tes puzzles sont plus durs qu'avant.
- Merci.
- Romain ne m'aime pas.
- Je pense qu'il est jaloux de toi, confia-t-elle à la surprise de l'albinos.
- Pourquoi ?
- Il sait que je suis ton amie avant d'être la sienne.
- Tu es aussi mon amie. affirma soudain Near, la faisant rougir. »
Il se redressa légèrement, lui montrant le casse-tête résolu et elle applaudit joyeusement, contente d'avoir mis les choses au clair, l'air de rien.
Mello, Matt et Near disparurent juste avant Noël.
Roger s'était arrangé afin que chaque orphelin reçoive un cadeau, et pas des moindres. Mais June ne trouvait pas la force de se réjouir en découvrant de nouveaux outils pour tailler le bois. Le départ de Mello, Matt et Near était probablement précipité, car leurs paquets demeuraient intouchés sous le sapin.
La plupart des enfants avaient oublié leur existence au moment où un calme inhabituel s'était abattu sur l'orphelinat. En plus des cadeaux en lien avec les intérêt de chacun, il était difficile de se soucier de la disparition des amis de June.
Car ils étaient ses amis et la présence de Romain ne faisait rien pour la réconforter. Il se vexa de son désintérêt pour les pièces de théâtre qu'il avait reçues et se tourna vers un autre enfant pour s'en extasier. Elle le remarqua à peine, les yeux rivés sur les cadeaux oubliés.
Linda vint s'asseoir à côté de June après avoir déballé une nouvelle palette de peinture haut de gamme. Les deux fillettes échangèrent des regards lourds de sens et June réalisa qu'elle n'était pas la seule à souffrir de l'absence de ses amis. Linda aussi, avait toujours cherché à se rapprocher de Near.
« Ils me manquent, admit-elle à mi-voix.
- A moi aussi. »
Linda ne parlait que de Near mais savoir sa peine partagée apaisa June, qui prit la main de l'autre fillette dans la sienne pour aller ouvrir leurs cadeaux. Matt avait été destiné à recevoir une console dernier cri et il suffisait d'effleurer le papier du paquet de Mello pour reconnaître des tablettes de chocolat suisse. June et Linda les partagèrent en bâtissant un fort de LEGOs autour d'elles avec le cadeau de Near et ainsi passèrent bien des réveillons de Noël.
« Le studio Loin des Yeux, Près du Cœur fait de nouveau salle pleine à Londres en dévoilant le nouveau projet des artistes June et Linda. [...] Tous les bénéfices sont une fois de plus reversés en soutien aux orphelins, qui recevront sans aucun doute un exemplaire des jouets confectionnés par les jeunes femmes. Des casse-têtes et autres puzzles de June sauront occuper les enfants comme les plus grands et les jeux de société dessinés par Linda vous transporteront dans un autre monde de par leur beauté. […] Les artistes admettent trouver l'inspiration dans leur propre enfance et les épreuves difficiles qu'elles ont traversé en grandissant. Elles espèrent que leur projet d'envergure épargnera cette expérience à certains enfants [...] »
June reposa doucement le journal sur la table et sourit à Linda. L'autre jeune femme n'avait pas changé malgré les années et lorsqu'elle lui rendit son sourire, June revit la petite fille qui devint sa meilleure amie un soir de Noël.
Les orphelins de Wammy's House ne pouvaient compter que sur eux-mêmes et June serait éternellement reconnaissante à son associée et son soutien, essentiel après toutes ces années. Linda avait essuyé ses larmes à la disparition de leurs camarades, à leur réapparition et à l'annonce de la mort de Matt et Mello. En retour, June avait partagé sa joie à chaque signe de vie de Near. Elles avaient fondé le studio avec les autres enfants en tête et c'était depuis ce qui donnait un sens à la vie de June.
Les deux jeunes femmes déjeunaient dans un salon de thé méconnu et le son de la cloche à l'entrée attira immédiatement leur attention. June haussa les épaules quand un homme s'aventura dans l'établissement mais Linda ne détourna pas les yeux, la bouche entrouverte et l'air ébahi.
« June, siffla-t-elle finalement tandis que l'homme s'approchait de leur table.
- Hm ? la concernée soupira, suivant son regard. »
Il était élancé, mais pas tout à fait grand et aussi pâle que dans ses souvenirs. Ses cheveux clairs lui tombaient lourdement dans les yeux et il porta une main à son visage pour entortiller une mèche grise autour de son index, le regard fuyant. Finalement, ses yeux noirs se focalisèrent sur Linda, puis June.
« Nate River, enchanté. Il ne tendit pas la main mais Linda rougit tout de même, incapable de formuler une réponse.
« Juliet Daniels, mais tu peux m'appeler June. »
Near sourit et tira une chaise pour s'asseoir avec elles, penchant légèrement la tête vers Linda lorsqu'elle se présenta à son tour. June se laissa aller contre le dossier de sa chaise en les écoutant. Ses doigts la picotaient déjà rien qu'en observant Near et il lui tardait de tailler dans le bois toutes les années passées. Il y en avait beaucoup à rattraper.
fin.
