9BBY

Jedha, Système de NaJedha

La pièce était plongée dans la pénombre. Seule une faible lumière jaunâtre vacillant faiblement au-dessus de sa tête lui permettait de distinguer ce qui se trouvait autour de lui : rien. Le jeune humain aux courts cheveux brun foncé était assis sur cette chaise depuis maintenant au moins trois heures. Il se passa la langue sur sa lèvre supérieure qui commença à picoter. Les derniers coups l'avaient bien amoché. Il sentait de nombreuses coupures sur ses joues et ses tempes et son œil droit n'était plus aussi facile à ouvrir qu'il ne l'était au début de la journée. Quant à sa mâchoire, il valait mieux qu'il ne la serre pas trop fort. Au moins, le goût de sang ferreux qu'il avait dans la bouche une dizaine de minutes plus tôt s'était estompé et il ne ressentait plus la douleur des liens qui lui maintenaient les mains derrière le dossier de la chaise. À vrai dire, il ne sentait plus grand-chose entre ses poignets et l'extrémité de ses doigts depuis un petit moment. La lampe avait fini d'osciller et le halo lumineux était maintenant fixe. L'homme baissa les yeux et tenta d'ouvrir son œil à la paupière gonflée un peu plus, sans grand succès. Toutefois, sa vision était suffisamment claire pour distinguer ses pieds munis de bottes noires qui lui arrivaient en-dessous des genoux. Entre eux, des tâches de sang parsemaient le sol de façon irrégulière. Certaines étaient très récentes et lui appartenaient, d'autre, en revanche, étaient bien plus anciennes. Pourtant, il y avait quelque chose d'artistique dans ce chaos et la disposition de ces traces d'hémoglobine. Bien sûr, cette pensée même était absurde, mais l'humain commençait à voir une certaine complexité dans les motifs tracés. Le grincement caractéristique de la vieille porte coulissante qui donnait accès à la pièce le sortit de sa réflexion.

On est reparti.

Le jeune homme releva la tête pour observer la silhouette qui venait d'entrer. Le Weequay à la peau gris sombre positionna son mètre quatre-vingt-dix juste en face de lui, comme il l'avait fait par deux fois lors des trois dernières heures. Il croisa les bras sur son torse, comme il l'avait fait par deux fois lors des trois dernières heures et garda une expression qui se voulait imperturbable et effrayante, comme il l'avait fait par deux fois lors des trois dernières heures.

Entrée de l'artiste dans 5…4…3…2…1…

Le son signalant l'ouverture de la porte retentit et un bruit de pas régulier, trahissant l'origine militaire de la troisième personne maintenant présente dans la pièce, retentit et s'arrêta à la limite du halo lumineux, comme cela avait été le cas par deux fois lors des trois dernières heures. Cette fois-ci, elle fit un pas de plus et une nouvelle tête, celle d'une Zabrak au teint beige dont le visage était traversé d'une immense balafre blanchâtre, entra dans la lumière. L'humain la voyait pour la première fois et elle souriait de ses dents étincelantes. Elle souriait avec cet air d'un prédateur prêt à se nourrir d'une proie qu'il venait tout juste d'attraper et qui était encore assez en vie pour comprendre qu'elle allait mourir dans de grandes souffrances.

Quelque chose a changé.

Elle s'avança et s'agenouilla en face du prisonnier pour lui prendre le visage de sa main gauche, ses longs ongles lui griffant sa peau déjà bien atteinte par les poings du Weequay auparavant.

Gauchère.

— J'ai quelqu'un à te présenter, murmura-t-elle sur un ton mi-charmeur, mi-glaçant avant de se relever.

Pour la troisième fois, la porte s'ouvrit et un son de bottes frappant le sol de manière plus irrégulière arriva aux oreilles de l'homme qui était attaché. Il y avait deux personnes, mais ce n'était pas tout. Il y avait autre bruit, comme si on trainait quelque chose sur le sol, quelque chose de léger. Un corps.

Ce n'est pas trop tôt.

Deux humains bien bâtis, l'un ayant rasé ses cheveux et l'autre arborant une longue tignasse noire et une barbe bien fournie, atteignirent le faible halo et lancèrent le corps d'une jeune Togruta de quatorze ans, vêtue d'un haut court et d'un pantalon anthracite, devant les pieds du prisonnier. Elle se retrouva à plat ventre, son visage rouge marqué de motifs blancs contre terre, et ne bougea pas, mais elle respirait encore.

— Mes hommes l'ont attrapée il y a une trentaine de minutes. Après quelques coups bien placés, elle nous a tout dit, votre nom, celui de votre employeur, ainsi que le job qu'il vous a fourni, puis elle s'est évanouie, déclara la Zabrak d'un ton moqueur.

Elle faisait le cent pas devant le captif avec une telle tension dans sa démarche qu'on aurait dit un nexu dans une cage trop petite.

— Alors dites-moi, Jaden Dawnwalker, quel genre de vaurien prend comme…

— Je t'avais bien dit qu'il ne s'appelait pas Moa Kitué, chuchota « Crâne rasé » au Weequay assez fort pour que sa supérieure le fusille du regard.

Il recula d'un pas et la Zabrak concentra à nouveau son attention sur son prisonnier.

— Quel genre de vaurien prend comme partenaire une gamine de dix ans, dénuées de tripes ?

— Quatorze.

La douleur due à la gifle le brûla dans tout le côté gauche et le goût ferreux fit son retour.

—Si je précise, c'est surtout pour vous, précisa Jaden.

Le côté charmeur du sourire de la non-humaine cornue disparut pour laisser place à une expression glaciale.

— Vous savez à qui vous vous attaquez ?

— L'Aube Écarlate.

Elle éclata de rire laissant voir ses dents blanches, qui étaient plus aiguisées qu'elles n'auraient dû l'être. Derrière elle, ses subordonnés firent de même.

— Quel humain effronté, arrogant et stupide.

— C'est la première fois qu'on me dit stupide, rétorqua le prisonnier.

— Vous vous attaquez à l'une des plus puissantes organisations de cette galaxie en voulant voler tout un stock de cristaux Kyber, ce qui est déjà stupide en soit, mais vous le faites pour un groupe terroriste dont personne n'a entendu parler. Dois-je aussi mentionner que vous vous êtes lamentablement trompé de vaisseau à voler ? J'appelle ça de la stupidité.

— Ma source m'a dit que les cristaux se trouvaient dans une poubelle volante appartenant à l'Aube Écarlate, donc j'ai essayé de voler une poubelle volante dans les hangars de l'Aube Écarlate.

— Le Rebelle Rouge n'est pas une poubelle volante, cracha-t-elle au visage de l'humain en accentuant fortement la négation.

Le Rebelle Rouge.

— Vous avouerez tout de même que le vaisseau de votre boss n'est pas ce qu'il y a de plus impressionnant.

Cette fois, cela en fut trop pour la criminelle zabrak dont la peau commençait à prendre une teinte qui convenait parfaitement au nom de l'organisation pour laquelle elle travaillait. Elle fit signe à ses hommes de se saisir de l'impertinent et deux des sbires s'exécutèrent. Le Weequay et « Barbu » l'empoignèrent et le soulevèrent. Les pieds de Dawnwalker touchaient à peine le sol.

— Le Rebelle Rouge est à moi ! À moi ! Je n'ai pas de chef sur cette planète ! C'est moi qui suis aux commandes ici et je vais te le montrer en t'ouvrant du menton au bas ventre, scanda la Zabrak en agitant la carte d'accès de son vaisseau.

— Je dois avouer que l'idée ne m'enchante que moyennement. Heureusement pour moi, vous oubliez un tout petit détail.

Face à l'expression sanguinaire de la Zabrak, Dawnwalker indiqua l'homme barbu qui le maintenait fermement à sa gauche.

— « Barbu », ici présent, n'a plus de blaster depuis environ 2 minutes.

L'homme lâcha son prisonnier et mit immédiatement la main à son holster pendu sur son côté droit. Il était vide. Son regard se figea et une décharge rouge l'atteignit en pleine gorge. Il ne s'était pas encore écroulé que Jaden envoyait un puissant coup de pied dans le genou du Weequay qui craqua. Le non-humain vacilla et tomba sur le sol dans un cri de douleur qui contrasta avec le hurlement de fureur que la Zabrak poussa en se ruant sur celui qui était encore son prisonnier quelques secondes auparavant. Derrière elle, « Crâne rasé » dégaina son blaster et ouvrit le feu sur la jeune Togruta à la main leste qui riposta.

Le crochet de la Zabrak vint sur sa droite, comme l'humain s'y attendait. Il l'esquiva et contra en chargeant son adversaire tête la première, les mains toujours attachées dans le dos. Ils tombèrent les deux à la renverse, mais Jaden ne resta pas longtemps au sol. Il se sentit être soulevé pas ses liens et décolla pour venir heurter le plafond.

Il n'y a rien de cassé. Il n'y a rien de cassé. C'est juste une très grosse douleur qui va passer.

« Crâne rasé » le releva et un choc se répercuta entre ses poignets qui chauffèrent fortement. Une seconde plus tard, ses mains étaient libres.

La gamine m'a tiré dessus. C'était bien joué, mais elle m'a tiré dessus.

Le poing du chauve faisant violemment connaissance avec sa tempe gauche le ramena à la réalité et il tomba sur le sol. Sa tête tournait et il ressentait la douleur dans un peu trop de régions différentes de son corps à son goût, mais il était encore conscient. Les doigts de sa main droite se refermèrent sur quelque chose de froid et métallique. Il s'en empara et se retourna. « Crâne rasé » le souleva du sol et Jaden tira une, deux, trois fois.

Tu vas tomber ou pas ?!

Quatre, cinq. Le regard du colosse qui le maintenait au-dessus du sol était enragé et déterminé, puis l'étincelle qui se trouvait dans son regard diminua. Six. Sa prise sur le veston noir de Jaden se relâcha et l'étincelle s'éteignit. Les pieds de Dawnwalker touchèrent à nouveau quelque chose de concret et il resta debout alors que son adversaire reposait maintenant sans vie sur ce sol qui avait semblé si artistiquement décoré quelques instants plus tôt et qui arborait actuellement de nouveau motifs.

Les bruits de combats avaient cessé. À sa droite, sa partenaire, Liana Zin, se tenait au-dessus du corps de la Zabrak qui ne bougeait plus, quatre trous fumants en pleine poitrine.

Je l'avais prévenue : quatorze pas dix.

La jeune Togruta était légèrement essoufflée. Les yeux marrons de Jaden croisèrent les siens qui étaient d'un gris un peu plus clair que son ensemble. Elle hocha brièvement la tête, ses traits juvéniles contrastant avec la maturité de son regard, et se baissa ensuite pour ramasser la carte d'accès au vaisseau de la criminelle. Elle l'amena à son co-équipier qui s'en saisit. Ils se sourirent et s'apprêtaient à se parler pour la première fois depuis leur entrée dans cette pièce, lorsqu'un gémissement se fit entendre.

Le Weequay au genou réduit en miettes avait rampé sur le sol pour s'éloigner des combats. Du pied, Jaden le retourna sur le dos. Le géant haletait.

— C'est bon. T'as gagné. Tu peux t'en aller. Je vais oublier qu'on a mis la main sur toi et l'Aube Écarlate ne saura rien de cette affaire. Ce n'était pas personnel. J'ai une famille à nourrir et ce boulot ça paie bien, mais pas assez pour que je ne revienne pas vers eux.

— Je sais, déclara le jeune humain avant de lui tirer une décharge dans la tête.