« Tu n'as toujours pas fini ton devoir de métamorphose ? »
« Tu es sûre que tu as bien dormi ? »
« Je t'ai entendue crier la nuit dernière... »
« C'est la troisième fois que tu ne vas pas voir les matchs de Quidditch »
La guerre, ça tue à petit feu.
Depuis sept mois, elle le savait. Au départ, ce n'était que des impressions de temps à autre, puis, ça s'était installé pour ne plus jamais partir. Elle se sentait vide, curieusement, avec un poids en plus. C'était un paradoxe, mais elle vivait comme ça. Ou plutôt elle survivait.
Elle avait perdu le goût d'à peu près tout, les aliments, et les cours. Elle riait avec Ginny et Luna, elle s'amusait, elle lisait, mais sans passion, juste par habitude.
Quelques fois, ses amies s'en rendaient compte, puis, elle remettait bien son masque. Sauf la nuit. Elle avait décidé d'arrêter de dormir, buvait des potions, lançait des sorts.
Certaines nuits, la carte du maraudeur en main, elle parait à la Salle sur Demande. Et là, pendant des heures, elle s'entraînait, se défoulait. Elle s'imaginait défendre ceux qui étaient partis trop tôt.
La culpabilité et l'horreur avait pris un peu trop de place en elle.
Invariablement, elle finissait par pleurer, puis, rentrait dans son dortoir le plus silencieusement possible, exténuée, et s'endormait d'un sommeil lourd, sans rêve. Mais sans cauchemars.
Le jour, elle se contentait de traîner ses cernes.
Elle donnait le change, la main levée, la bouche rieuse, mais sans conviction.
Son moment préféré, c'était le soir, quand le soleil se couchait et que les couleurs éclataient dans le ciel. Elle se rendait deux heures à la bibliothèque, lisait parfois, torturant ses pensées souvent.
Elle pensait à Remus, à Tonks, à Teddy, à Fred et à tous les autres. Elle se sentait mal, coupable et un peu égoïste.
Ces moments-là, il les gâchait toujours. Il arrivait de sa démarche lente, désabusée. Toujours à la même table, deux devant la sienne, en plein milieu de son champ de vision. Il le faisait exprès, elle le savait, mais comme elle, le coeur n'y était pas.
Et ensemble, ils restaient, attendant que le soleil se couche, l'observant par les grandes fenêtres.
Ils ne se parlaient plus, plus personne ne se cherchait, s'embêtait. La plupart du temps, ils croisaient le regard brisé de l'autre avant que les habitudes ne reprennent le dessus et qu'ils s'envoient des regards noirs.
Mais dans la bibliothèque, c'était un no man's land, personne et la paix. Eux deux contre l'astre qui s'étirait en criant.
Elle aurait vraiment aimé être indifférente à sa présence mais elle n'y arrivait pas. S'il était là, ses pensées étaient pour lui. Au départ, elle avait eu pitié de lui, même envie de l'aider, puis, à force, elle avait fini par comprendre. Il était comme elle, vide.
A force d'heures, elle avait compris. Il portait des blessures qu'elle n'aurait jamais, des fardeaux qu'elle ne supporterait même pas. Et au fond d'elle, voyait ce qu'elle-même vivait sans cicatrices si lourdes, sans peurs si grandes, elle l'avait trouvé courageux. Seul, courageux et il l'avait intrigué.
Drago Malefoy, ses cicatrices et sa présence certains soirs l'avait calmée. Elle dormait mieux quand il venait. D'un côté, elle s'agaçait pour ça, d'un autre, se rassurait.
Elle avait presque eu envie de s'asseoir à côté de lui, s'il ne lui avait pas fait ces yeux noirs. Peut-être l'aurait-il compris, peut-être qu'elle avait envie de comprendre pourquoi il était si fort.
Lui, il souffrait. À chaque mouvement qui réveillait chaque cicatrices, chaque tortures. Mais il se taisait et fermait les dents et les yeux. Ça passerait.
Au départ, sa présence l'avait ennuyé. Ne pouvait-il jamais être seul ?
Puis, il avait trouvé moins d'attrait à la bibliothèque quand elle n'y était pas. Il s'était haï, n'y était pas revenu durant un mois.
Puis, la fascination l'avait ramené. Elle l'avait toujours intimidé d'une certaine manière, plus forte, plus courageuse. Il l'aimait mieux dans la bibliothèque, plus accessible, plus brisée.
Ces fois-là, il voyait dans ses yeux qu'elle souffrait autant que lui, qu'elle ne savait pas comment il faisait. Il ne faisait pas, il subissait ses souvenirs. Il avait pris l'habitude de ses yeux parcourant son dos, il aimait bien sa présence.
La seule qui ne lui demandait pas des comptes, pas de parler. La seule qui méritait ses regards noirs. La seule qu'il avait envie de connaître.
Il repartait l'esprit plus calme quand elle partait, la tête emplie d'Hermione Granger.
Dangereusement, depuis sept mois, ils restaient à côté, sans parler, sans bouger.
Dangereusement, depuis sept mois, Drago renforçait sa fascination pour elle, Hermione sa curiosité pour lui.
Quand elle rentrait à son dortoir, la solitude revenait. Les lettres que Ginny écrivait à Harry lui rappelaient qu'elle s'était disputée avec Ron, et elle aurait aimé avoir l'insouciance de Luna. Elle était seule, mais elle souriait.
Une nuit, les yeux brûlants de les garder ouverts, des courbatures à tous les membres, Hermione se leva, agacée. Elle avait des examens demain.
Elle enfila un jogging en plus de son haut trop grand pour elle et passa une cape. Nous étions en mars et le grand château était froid. Presque aussi vide qu'elle, plus grand monde n'était revenu, surtout en septième année. Six, toutes maisons confondus. Elle, Neville, Malefoy, Parkinson, Macmillan, Abbot.
Elle sortit alors et déambula dans les couloirs déserts. Les murs froids semblaient la toucher tant elle était glacée à l'intérieur. Aucune décoration, elle était dans les derniers couloirs.
Elle n'avait pas envie d'aller à la Salle sur Demande, elle n'avait plus d'énergie pour se battre contre ses souvenirs intempestifs. Qu'ils torturent ses pensées jusqu'à la dernière, elle n'en pouvait plus. Sa gorge ne noua et elle sentit les sanglots quand elle se rendit compte qu'elle était au pied de la tour d'Astronomie.
Minuit était passé, il n'y avait plus de cours.
Elle entreprit alors de grimper les marches. Aucun bruit, seul le vent qu'elle sentait de l'autre côté des pierres. Elle arriva dans une salle circulaire et instantanément, elle en oublia ses pensées.
La pièce était complètement plongée dans le noir, des étoiles minuscules, de petits satellites, flottaient dans les airs, comme si elle était debout au milieu de l'univers. Des millions de milliards d'étoiles, parfois reliée à l'aide d'une baguette, souvent seulement suspendues dans le vide, comme une immense maquette.
Un sourire sur les lèvres devant ce spectacle inattendu, elle remarque au fond de la pièce une petit trappe au plafond, et une celle appuyée contre. Son sourire retomba et elle se décida à escalader l'échelle.
Elle n'était montée que trois fois ici, trois fois pas tellement joyeuses. C'était une immense plateforme entourée de créneaux lui arrivant au niveau de la poitrine.
Il pleuvait légèrement et elle rabattit sa capuche sur ses cheveux embroussaillés.
Il y eu un coup de tonnerre et une ombre lui fit relever la tête.
En face d'elle, lui tournant le dos, debout sur un des remparts, un jeune homme faisait face au vide.
Elle reconnaît dans l'éclair les cheveux blonds de Malefoy, sa carrure.
Il avait le dos voûté, les épaules menaçantes et la tête légèrement tournée, si bien qu'elle ne savait pas si il pouvait la voir ou non. Les jambes un peu écartées, comme prêt à se défendre et la baguette dans la main, elle devinait presque ses jointures dévernirent blanches.
Son ombre inquiétante claquait sur le sol à chaque éclair. La pluie ruisselait sur son visage, le long de son menton, de ses joues. Sa chemise était déchirée.
Elle eut peur sans le vouloir. Peut-être s'était-elle habituée à sa présence, à sa curiosité. Elle s'était sûrement attachée à sa force silencieuse, son calme glaçant et son port de tête impassible.
- Malefoy, tu ne va pas sauter, hein ?
Elle en fut sûre.
Oui, elle voulait savoir. Qui il était, ce qu'il avait vécu, elle voulait connaître cet homme un peu brisé, qui ne pleurait jamais, ne détendait jamais ses traits et restait des heures à ses côtés.
Lentement, très lentement, il se retourna vers elle, un peu perdu.
- Non, Granger. Et toi, tu n'as pas peur de croiser le professeure Sinistra ?
Alors, elle s'avança vers lui et s'arrêta à quelques mètres seulement.
Il la regardait. Pas avec ces yeux noirs de ces derniers mois, non, il la regardait elle et ses pupille brunes. Il cherchait à savoir qui elle était, pourquoi il avait tant envie de le savoir. Elle le fascinait, comme une chose précieuse mais interdite.
Elle lui tendit la main. Il sourit et descendit sans son aide.
Il était juste à côté d'elle, plus près que jamais. Leurs yeux se croisèrent, sans haine, juste avec intérêt.
- Tu viens ? demanda-t-il. Je suis trempé.
Ils quittèrent la plateforme côte à côte. Sans rien se dire, ils s'attendirent au bas de l'échelle, se suivirent dans les escaliers et dan les couloirs. Chacun se persuadait de suivre l'autre mais aucun des deux ne savait où ils allaient.
Soudain, un bruit et de la lumière au bout d'un couloir les fit sursauter. Malefoy murmura « la Salle sur Demande » et ils s'enfuirent. Ils s'attendirent encore, enfin, il l'attendait surtout. Elle courait lentement, s'essoufflait vite. Sans un mot, il ralentissait puis, se remettait à ses côtés.
Il passa trois fois devant le mur qui révéla une petite porte qu'il ouvrit, elle à sa suite.
Ruisselants, essoufflés, ils découvrirent une pièce plutôt petite, remplie de douze petits lits, comme une infirmerie, bordés de blancs. Le mur en face de celui où il y avait la porte n'était qu'une immense baie vitrée, laissant visible le parc de Pouldlard.
Sur deux lits se trouvaient des habits, probablement pour eux.
Hermione lui jeta un coup d'œil, puis, s'empara des siens. Un paravent apparu soudain, comme venu de nul part, elle se glissa derrière et enfila le legging et le pull. Elle attendit un peu et se montra enfin. Il était vêtu à peu près de la même façon.
Elle avança un peu et il sentit sa présence. Debouts à quelques mètres l'un de l'autre, ils se fixaient, essayant de savoir lequel allait en premier faire voler en éclats les défenses de l'autre.
Allait-elle savoir d'où lui venait ce courage, ce qu'il avait vécu, pour se rendre compte qu'il était mort de peur ?
Ou allait-il comprendre pourquoi elle le fascinait, brisant le charme ?
Un silence passa mais aucun ne fut gêné, ni complice. C'était comme un défi qu'ils se lançaient.
Hermione finit par détourner le regard et avisa un lit. Cette fois, elle se sentait fatiguée, les paupières lourdes. Elle défit rapidement les draps et se glissa dedans, tirant la couverture sur son nez.
Elle entendit Drago, deux lits, plus loin, procéder de la même manière.
- Bonne nuit à toi aussi, Granger, lança-t-il.
Sans trop savoir pourquoi, elle sourit. Il était là, sa présence lui rappelait qu'elle n'était pas seule, ou au moins pas la seule à être seule. Ça irait.
Le calme dura trois heures, trois heures durant lesquelles leurs âmes et leurs corps se reposèrent. Puis, les cauchemars rattrapèrent Drago qui envoya rageusement sa couverture par terre. Assis sur son lit, d'humeur massacrante, il reprenait sa respiration.
Dehors, la pluie s'était fait plus violente et tapait sur la baie vitrée. Comme en lui. Il se haïssait d'être si faible, d'avoir encore peur, de garder des séquelles. Il essayait de se calmer dans le silence, pour ne pas réveiller la fille à côté. Il n'avait pas l'idée qu'elle le voit comme ça.
Ou plutôt il savait qu'il ne devait pas lui permettre de le voir comme ça.
Mais c'était trop tard.
Elle avait le sommeil fragile et le réveil facile. Elle avait ouvert les yeux quelques secondes après lui. Un moment, elle hésita à bouger, elle dormait sur le côté, dos à lui. Puis, elle se retourna de l'autre côté.
Il sentit instantanément ses yeux se fixer sur lui. Il ne bougea plus et décida de l'ignorer.
Un combat commençait en lui. Il voulait aller la voir, lui parler, pas à n'importe qui, à elle, elle qui le fascinait, qui finalement souffrait comme lui. Elle n'était pas invincible.
Elle se sentit inutile, il était intouchable, inaccessible. Trop seul, ne voulant de personne.
Au moment où elle pensait ça, il se leva et vint vers elle. Elle s'écarta doucement, sans trop savoir à quoi s'attendre.
Debout, juste à côté, il hésita une dernière fois, puis, céda à son impulsion et se glissa sous les draps, près d'elle. Il regarda résolument par dessus son épaule, trop lâche pour tenter d'attraper ses yeux.
Doucement, il approcha ses mains d'elle. De la même douceur, elle les repoussa.
- Pourquoi tu es revenu ? chuchota Hermione.
- Où ?
- Ici, à Poudlard, pour faire ta septième année.
Un silence s'installa de nouveau, la pluie criait contre la vitre et, étrangement, les berçait.
- Pour me faire un nom, déclara-t-il de sa voix grave qui n'hésitait jamais.
- Tu en as déjà un, Malefoy.
Il sourit dans le noir.
- Non, je ne veux pas qu'on me juge sur mon passé ou celui de mon père, sur mon nom. Je veux me faire un nom pour mes capacités, pour ce que je suis moi.
Elle hocha la tête, il le sentit. Il n'était pas mal à l'aise, ni gêné, il ne l'était que très peu. C'était étrange mais il voulait savoir.
- Je pourrais me marier, je changerais de nom facilement, pensa Hermione à voix haute.
Elle le sentit hausser les épaules.
- On s'appelle Hermione Granger et Drago Malefoy, on a déjà un nom.
- Tu ne crois pas longtemps en tes rêves.
- Ce ne sont pas des rêves, reprit-il très sérieusement, ce sont des aspirations. J'y crois quelques fois, peu, j'essaye d'y croire. J'y crois quand je ne revis pas...tout ça.
Elle eut envie de le prendre dans ses bras, de le rassurer, de lui dire qu'elle aussi pleurait, faisait des cauchemars et voulait parfois sortir de son corps tellement elle avait mal.
Mais elle se tut.
- Mais ton raisonnement à propos de ton retour ne tient pas la route.
Il sourit et c'était comme s'il avouait « tu as raison ».
Alors, il passa ses mains autour de la taille de la jeune fille. Leurs yeux se croisèrent, puis, il ferma les siens, serein.
La vie était étrange, alors avec un sentiment incompréhensible de sécurité, elle s'endormit à son tour.
Le matin, quand il voulut la serrer de nouveau contre lui, il referma ses bras fermés et musclés sur le vide. Mais dans la minuscule salle de bain, elle avait oublié un collier.
Les jours se succédèrent les uns aux autres. Hermione, plus calme, avec moins de cauchemars, Drago, avec plus de contradictions.
Ils ne s'étaient plus croisé à la bibliothèque depuis cette nuit, depuis quatre jours. Ils se s'étaient plus parlés, mais leurs regards noirs s'étaient transformés en sondage infini de l'autre, cette envie de savoir qui était celui en face.
Hermione voulait lui parler, lui demander un tas de choses, lui en dire autant. Elle voulait l'aider, lui. Pas un autre mais lui et ses blessures, ses cicatrices l'aider à aller mieux et à guérir.
Drago hésitait chaque seconde entre aller lui parler, la prendre dans ses bras et ne plus jamais la regarder. Partagé entre ces étranges sentiments qui prenaient place, ce monstre étrange qui faisait que quand elle rentrait dans une pièce, elle en était le centre, il ne voyait qu'elle, elle le fascinait, il voulait savoir, la toucher, et entre son éducation, cette fille qui ne devait pas être sorcière, cette fille qui décevrait ses parents et que personne n'accepterait.
Elle méritait mieux.
Alors il ne dormait plus, il se battait contre tout ça.
Elle, passait ses nuits à la bibliothèque dans l'espoir de le voir apparaître. Il ne vint jamais.
Quatre jours plus tard, il la croisa dans un couloir, il prit le collier dans sa main.
Par chance, il y avait du monde dans ce minuscule passage, et il put passer près d'elle.
Il lui attrapa le poignet et elle tenta de se débattre, continuant de parler avec Luna. Puis, elle comprit qu'il tentait de lui donner quelque chose et se laissa faire. Au moment où le pendentif toucha sa paume, le poids en elle remua, comme pour s'en aller.
Quelque chose s'était réveillé.
Elle réprima un sourire, se mordit les joues et serra le collier. Elle ne put pas le voir, continuant de converser avec Luna.
- Tiens, remarqua cette dernière, il y a Drago Malefoy. Je le trouvais maussade depuis le début de l'année mais là, il semble redevenir comme avant.
Le sourire d'Hermione retomba.
Il fallut attendre encore deux jours avant que tout explose.
Il était vingt trois heures, Drago se décida à descendre dans sa salle commune pour avoir un peu de solitude. Les respirations des autres l'agaçaient.
Il s'empêcha de frissonner au contact froid du sol et grimaça en s'aidant de ses mains pour se lever. Ses phalanges étaient abîmés, à force de frapper dans des murs.
La douleur, c'était la seule chose dont il se rappelait en toute circonstance, la seule chose qui faisait penser à autre chose que le mal intérieur.
Granger.
Il essaya de prononcer son prénom, juste pour voir si ça sonnait bien dans sa bouche. Il fut déçu.
Drago comprit qu'il ne serait pas seul quand il vit Parkinson, debout devant les marches de son dortoir, une expression de profonde pitié peinte sur le visage.
- Drago...
Il ferma les yeux d'exaspération et leva un doigt pour la faire taire. Il rouvrit ses paupières sur deux fentes grises, inquiétantes.
- Je crois que je n'ai pas très envie de t'entendre.
Puis, il la laissa plantée là et disparut de sa salle commune.
Hermione remarqua son absence le matin, dans la Grande Salle presque vide, il manquait un visage aux yeux anthracite.
Il ne réapparut pas de la matinée et elle s'inquiéta. Elle se rappelait l'avoir vu debout sur ce créneau de la tour d'Astronomie.
C'est précisément à cet instant qu'elle réalisa qu'elle n'avait plus laissé grand monde l'approcher depuis la guerre, la toucher, la prendre dans ses bras.
Mais lui, si.
Il la faisait se sentir moins vide, il la rassurait, elle se sentait protégée. C'est ridicule, non ?
Il réveillait ce poids en elle, l'allégeait, elle se sentait vivante, concernée par lui. Par ses regards insistants, ses bras sur sa taille.
A sa première heure vide, elle se rendit dans le parc et se s'appuya contre un arbre centenaire. Elle ferma les yeux.
Elle se rappela de cette nuit dans la Salle sur Demande, du calme au fond d'elle, du typhon qui se calmait enfin après sept mois. De ne penser à rien d'autre que lui.
Il était la seule personne qui, quand elle pensait à elle, annihilait tout ce que n'était pas du trouble, de la paix et de l'admiration.
Elle se rappelait de sa peau en alerte, de son cœur un peu trop rapide, de ses yeux qui lui coupaient le souffle. Elle se rappelait qu'elle avait bien dormi pour la première fois depuis si longtemps, en rêvant.
Il ne pouvait pas disparaître alors que quelque chose apparaissait, alors qu'il était le seul à la faire se sentir vivante.
- Tu ne veux pas revenir ?
Seules les vagues se brisant du lac et le vent lui répondirent. Il ne pleuvait plus, mais le ciel était nuageux.
- Tu cherches quelqu'un, Granger ?
Il était adossé à l'arbre à côté d'elle, son sourire narquois aux lèvres. Il était assez abîmé pour avoir grandi, pas assez pour que tout trace de l'enfant ai disparu.
Simplement, le pire en lui s'était envolé ; les préjugés, le dédain et le ton traînant.
- Peut-être, indiqua-t-elle d'une voix faussement désintéressée, mais si c'est le cas, ce doit être quelqu'un de bien.
- Du genre qui dort à côté de toi, réponds à tes questions, te ramène ton collier.
Elle se tut et le fixa. Lui aussi il semblait plus vivant. Le poids se souleva encore une fois.
Elle le regardait avec un mélange de haine, parce qu'ils ne s'entendraient jamais complètement, de respect, de curiosité et de compassion.
Il continua à la fixer avec fascination, retenue et assurance.
- Plutôt du genre qui ne me laisse pas seule, laissa-t-elle échapper, sans trop y penser.
Il fronça les sourcils et se rembrunit un peu. Puis, il approcha.
Sans hésiter, avec cette assurance qui le caractérisait, il prit ses deux mains entre les siens et colla son front contre le sien.
Elle ne bougea pas, son corps se réchauffa, ses joues se colorèrent.
- Mais je te le dis tout le temps, tous ces soirs à la bibliothèque. Et toi aussi.
Elle sourit. Il avait compris, n'est-ce pas ?
- Je suis revenu parce que je regrette, avoua-t-il soudain, répondant à sa question la nuit dans la Salle sur Demande.
Il resserra les mains d'Hermione, comme s'il avait peur qu'elle s'échappe.
- Parce que je me déteste pour ce que j'ai fait et ce que j'ai pensé. Parce que tous les mots du monde ne suffisent pas à exprimer cette souffrance. C'est pire que les souvenirs d'avoir vécu dans la peur, c'est la certitude de savoir qu'on a fait le mal. Alors, si c'est moi que tu cherches, tu ne cherches pas une bonne personne.
Hermione s'écarta et fronça les sourcils à son tour.
- Personne n'est complètement bon ou mauvais, les regrets, Drago, c'est des choses de bonnes personnes.
Il avait était déçu par son nom à elle dans sa bouche.
Mais le sien prononcé par ses lèvres lui fit comprendre qu'il n'y avait pas que de la fascination, il y avait Hermione Granger.
Alors il passa sa main derrière sa nuque et tout doucement, l'attira vers lui. Il caressa ses lèvres du bout des siennes, comme pour être sûr. Elle soupira et, avec un sourire, il fondit sur ses lèvres.
Hermione attacha ses mains contre sa taille, colla son torse contre sa poitrine.
Le poids en elle s'envola, elle n'était pas seule, elle avait Drago Malefoy. Il était comme elle.
Il passa sa langue sur lèvres, lui tira un gémissement.
Il y avait cette chose qu'il s'était refusé de ressentir mais quoi qu'on puisse en dire, il ne regretterait jamais ce moment, jamais.
Et là, l'un contre l'autre, ils comprirent qu'il y avait plus que de la fascination et de la curiosité.
La Salle sur Demande reprit la forme du même petit dortoir que la dernière fois.
Il l'embrassa encore une fois, passant ses mains dans la cambrures de son dos. elle répondit, passa ses mains sur son torse. Il caressa ses cheveux, l'embrassa sur le front, la joue et puis les lèvres, encore, encore, jusqu'au les gercer. Elle déposa un baiser brûlant dans son cou, ils basculèrent sur le lit.
Ils parlèrent longtemps, avec le corps, la bouche, les yeux, et puis, assis côte à côte, ils se racontèrent leurs vies respectives, leurs blessures. Tout.
Il la consolait, la prenait dans ses bras, elle pleurait pour elle, un peu, et beaucoup pour lui.
Il la prit dans ses bras puissants et lui dit à l'oreille qu'il chasserait ses cauchemars.
Elle respectait ses silences, lui promettant qu'elle l'acceptait comme il était.
Ils s'endormirent quelques minutes avant l'aube, les draps empêtrés autour de leurs corps, leurs visages tout près l'un de l'autre, si bien qu'ils devaient respirer le même air.
Drago la serrait contre lui, moitié pour ne pas qu'elle ai froid, moitié de peur qu'elle s'en aille. La main d'Hermione reposait sur sa joue, qu'elle avait caressé pour le rassurer.
L'aube fut claire et pleine, lumineuse, remplaçant, pour la première fois de ce mois de mars, un ciel étoilé qui avait ravi les élèves en astronomie et le professeure Sinistra.
C'est un miracle, d'avoir un ciel pareil.
