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Résumé : Felix et Annette ne se rendent pas au festival du Millénaire - en 1185, cela fera deux ans qu'ils protègent leurs territoires du joug de l'Empire. Les menaces de famine et d'exécution de soldats ou de roturiers ne leur laissent guère le choix.
Disclaimer : Les personnages appartiennent à Intelligent Systems, Nintendo.
Hello !
Je suis tombée sur du contenu non-utilisé de la route des Lions de saphir, où Felix et Annette sont des unités ennemies lors du chapitre 18, durant la reconquête de Fhirdiad : you/tube/.c/om (/) watch?v=u4Yi3Zo1KtE. J'ai trouvé ce scénario super intéressant donc j'ai voulu écrire une fic qui expliquerait leur choix. C'est du Sylvix avec beaucoup d'amitié Felix & Annette.
Je pense que la fic fera 2 ou 3 chapitres, pas plus, et elle aura une sorte de happy ending. Les personnages qui normalement meurent dans le jeu vont mourir ici aussi.
Bonne lecture !
Chapitre 1
Les couloirs du château de Fhirdiad étaient silencieux. L'épais tapis en velours rouge et les tentures accrochées aux fenêtres absorbaient les murmures des soldats traversant le château d'un bout à l'autre, mais aussi leurs pas qui voulaient prouver leur dominance sur le territoire. C'était un silence laid et oppressant, et Felix serra les dents lorsqu'il passa à côté d'un noble impérial particulièrement expressif dans son air de supériorité.
Il ne devrait pas être là ; errer dans un château et accomplir des tâches toutes insignifiantes les unes que les autres pour quelqu'un dont il voulait la tête sur un plateau d'argent le remplissait de dégoût. Il devrait être sur le champ de bataille à décimer ses ennemis à coup d'épée acérée, criant la victoire qui se rapprochait à chaque bataille remportée.
S'il avait été moins lâche, il serait parti depuis longtemps.
Il se rendit dans la salle du trône, et le garde qui l'accompagnait annonça sa venue.
— Le fils du duc de Fraldarius !
Il n'avait même pas de nom, en ces lieux, mais ça lui convenait tout aussi bien. Inutile que son prénom soit prononcé par cette vermine.
Cornelia, assise sur le trône, le regardait avec tant de condescendance qu'il était à deux doigts de dégainer son épée et la trancher en deux sur-le-champ. A la place, il croisa les bras et lui lança un regard noir. Cornelia ne broncha pas et se contenta de le regarder avec curiosité.
— Et bien petit, comment se présente la situation ?
— Nos forces se défendent. Pas de percée majeure. C'est tout.
Cornelia avait abandonné l'idée de le faire parler poliment en sa présence, car rien ne le pousserait à prononcer un seul titre de noblesse ou de respect pour l'Empire et les traîtres. Felix ne la portait déjà pas particulièrement dans son cœur, malgré le miracle qu'elle avait amené en débarrassant Faerghus de cette épidémie ; elle n'avait été qu'une mage royale comme une autre pour lui.
— Penses-tu vraiment que je serai satisfaite avec ces maigres informations ? se moqua Cornelia, tournant une mèche de cheveux entre ses doigts. Ne sois pas aussi présomptueux, gamin.
— Vous rendre satisfaite est le cadet de mes soucis, répliqua Felix. C'est tout.
Cornelia plissa les lèvres, clairement irritée. Ce n'était pas non plus la première fois que Felix se montrait difficile et dédaigneux, et jusqu'à présent il avait échappé à tout châtiment physique. La sorcière ne pouvait pas se permettre d'amocher salement un de ses précieux otages.
— Tu me feras l'obligeance de changer de ton en t'adressant à moi, persifla-t-elle. Ton royaume tel que tu l'as connu a disparu, alors tu devrais t'habituer à tes nouveaux maîtres.
Felix hésita seulement une seule seconde avant d'ouvrir la bouche.
— Allez vous faire foutre.
Sa joue s'écrasa au sol plus vite qu'il ne l'avait prévu et il retint un juron lorsqu'un genou s'enfonça dans son dos, son bras tordu de sorte à l'empêcher de riposter. Il pourrait faire usage de ses jambes et administrer un coup de pied pour déséquilibrer le soldat le maintenant au sol, mais cela serait vain avec tant d'autres gardes à l'affût. Felix grognait et se débattait tel un animal.
— Sortez-le d'ici, il apprendra bientôt qu'il ne pourra pas faire le malin avec moi, soupira Cornelia.
Le soldat se releva et l'entraîna avec lui, manquant de lui arracher un bras. Felix se dégagea de sa prise et n'accorda pas un autre regard en direction de Cornelia, se dirigeant vers les portes de la salle du trône d'un pas lourd. Deux soldats le suivirent silencieusement et le conduisirent dans sa chambre assignée. Ils le poussèrent à l'intérieur sans cérémonie, sans se préoccuper de la façon dont Felix leur montrait les dents.
La porte claqua derrière lui, laissant Felix seul à ruminer, assis sur une chaise. Cette chambre était réservée pour les écuyers des soldats accompagnant les nobles d'autres provinces, et n'était alors pas luxueuse ou fournie. Quatre murs nus avec une seule petite fenêtre pour faire passer la lumière du jour le retenaient enfermé. Au moins ils ne le jetaient pas au cachot, même si parfois il se demandait si cela n'aurait pas été préférable, au cas où il voudrait légitimement se rebeller.
Quatre ans s'étaient écoulés depuis l'exécution présumée de Dimitri et Felix se retrouvait piégé entre son devoir pour le peuple et son devoir pour la couronne.
Même si Cornelia ne lui faisait pas confiance, et ce avec bonne raison, elle n'assignait pas de garde le surveillant à longueur de journée. La première fois que Felix avait tenté quoi que ce soit en profitant de cette liberté, elle avait exécuté deux soldats de Fraldarius sous ses yeux. Plus que la rage qui bouillait du plus profond de son être, c'était le remords qui le dévorait et alimentait chacun de ses plans suivants. Felix n'était pas étranger à la violence et au sang qui se répandait en tout Faerghus et au-delà, pour avoir lui-même pris des vies sans une once d'hésitation, mais tuer ses ennemis et être la cause de la mort de ses alliés étaient incomparables, et cela lui renversait l'estomac. La situation échappait à son contrôle et il détestait ne pas posséder les cartes lui permettant de la maîtriser.
Il se tenait depuis lors à carreau dans le château de Fhirdiad, dont l'architecture et le plan s'étaient effrités dans son esprit après l'avoir évité pendant des années. Néanmoins, il le connaissait toujours suffisamment bien pour y naviguer sans se faire humilier par le parasite impérial. Il y restait en général quelques jours pour faire son rapport à Cornelia ainsi que pour observer l'état de la capitale avant de retourner en Fraldarius. Cela faisait un an qu'il passait sa vie sur les routes et à jongler entre deux territoires pour une mission ou une autre. La fatigue et la frustration le gagnaient de jour en jour, mais il ne pouvait pas faire marche arrière.
Cette mascarade était absurde.
— Vous tirez une de ces têtes, détendez-vous un peu !
Dans le vestibule du château, plusieurs hommes montaient la garde, mais cela n'empêchait personne de continuer à vivre et à parler. Les lèvres de Felix tressaillirent vers le haut, alors qu'il regardait Annette s'approcher de lui.
— Si vous trouvez une raison qui nous pousse à nous détendre ici, je vous écoute, répondit-il.
— Je me dis qu'au moins, les jardins sont entretenus et offrent une magnifique vue.
Annette était habillée sobrement pour quelqu'un de son statut ; sous son manteau en coton épais, elle portait une simple robe jaune pâle en lin, agrémentée d'un col en fourrure et de broderies dorées. Felix n'avait pas non plus accordé beaucoup d'importance à son apparence, revêtant simplement une tenue bleu marine en lin dépourvue des décorations et accessoires coûteux qu'il utilisait habituellement.
Depuis le début de la guerre (et encore plus depuis l'annexion du territoire de Dominic à l'Empire), Annette se montrait particulièrement réservée avec les autres nobles, préférant se tenir à l'écart et se documenter autant que possible dans la bibliothèque de Fhirdiad. Chaque fois qu'ils se voyaient, ils passaient de longues heures à discuter à l'abri des regards — et avec du thé, si l'envie leur prenait.
Contrairement à Felix, Annette ne voyageait pas entre son territoire et la capitale comme il le faisait.
— Je suppose que c'est une bonne chose qu'ils veuillent préserver la beauté du château, marmonna Felix.
— Cela aurait été une tragédie s'ils coupaient tous ces arbres et ces magnifiques fleurs ! Je dois avouer que je n'ai pas vu à quoi ressemblait un jardin impérial de mes propres yeux, mais cela serait dommage d'en voir un ici, à Fhirdiad.
Et des fois, lorsqu'elle se sentait particulièrement facétieuse, elle prononçait ces mots provocateurs uniquement pour prouver qu'elle n'accepterait jamais les conditions dans lesquelles elle vivait. C'était peut-être vide de sens ou complètement contre-productif, mais Felix partageait son point de vue — que pouvait-il leur arriver à part une tape sur les poignets et des réprimandes qui seraient oubliées dans l'heure ? Ils étaient, en quelque sorte, intouchables. Cornelia avait besoin d'eux pour exercer le contrôle sur les territoires qu'elle convoitait ; le baron de Dominic la trahirait sans aucun doute si sa nièce mourrait, et Rodrigue… Rodrigue n'avait que peu de choix, en vérité.
— Je m'y connais pas beaucoup en jardinage, alors que ce soit un type d'arbre ou un autre, ça m'est un peu égal, déclara Felix en haussant les épaules.
— Je suis sûre que vous seriez un peu déçu de voir un tel changement se produire dans le château, insista Annette avec un sourire. C'est chez vous.
Et Felix lui adressa un rictus moqueur, que les personnes le connaissant bien attribuaient à l'un de ses sourires sincères.
— C'est pas faux.
Annette avait probablement des choses à faire, mais elle invita Felix à se promener dans lesdits jardins pendant que le soleil posait encore ses doux rayons sur Faerghus. L'hiver approchait et ces quelques heures où la chaleur caressait leur peau deviendraient bientôt rares, voire inexistantes selon les régions.
Une fois éloignés des gardes et entourés par des arbustes et des parterres de fleurs colorées, ils avancèrent doucement dans les allées et baissèrent le ton. Felix s'assura que personne ne les suivait avant de parler.
— Sylvain a repoussé les forces de l'Empire, mais on doit maintenant renforcer notre stratégie. Cornelia va pas accepter mes rapports pourris encore longtemps.
Annette se pinça l'arête du nez, contrariée.
— Vous ne pouvez pas lancer d'assaut frontal, vous risqueriez de mettre les troupes de Gautier en danger, murmura-t-elle. Les soldats impériaux encerclent toujours le territoire de Fraldarius ?
— On a malheureusement perdu du terrain, et certains villages sont déjà annexés, soupira Felix, irrité. Mon père est sous surveillance et nos soldats aussi. Si on lance une attaque peu préparée contre les Gautier, Cornelia saura immédiatement qu'on ne fait que gagner du temps. Et les soldats impériaux remarqueront notre désinvolture et enverront un message de toute façon.
Le piège se refermait de plus en plus sur eux. Cornelia et ses troupes étaient parvenues à acculer les Fraldarius en bloquant toutes les routes commerciales et en stationnant des soldats partout dans le duché. Bien que Felix et son père aient vaincu leurs ennemis durant les premières années, l'endurance de leur armée s'érodait à mesure que leurs ressources diminuaient et que le peuple souffrait ; entre les attaques incessantes en guise de menace et d'exemple pour faire pression sur la maison Fraldarius ainsi que la famine qui s'installait, Rodrigue avait pris la décision de signer une trêve temporaire. Felix avait été furieux et aurait préféré se battre, mais il savait que leur combat était vain avec si peu de moyens. De plus, le seul chemin permettant d'accéder au territoire de Gautier traversait Fraldarius, si l'on ne choisissait pas de passer par la capitale ; si Fraldarius tombait, Gautier serait le suivant.
La trêve était censée ralentir la progression impériale. Cependant, cela n'empêcha pas Cornelia de continuer à jouer avec les troupes aériennes de Gautier à la frontière de Blaiddyd, puisqu'elle estimait que la trêve concernait principalement Fraldarius — le fait que le margrave Gautier ait refusé de se plier à une trêve en était certainement la cause. La trêve se transforma ensuite en un objet de menace et, en échange de l'approvisionnement en eau et nourriture au peuple de Fraldarius, la maison devait apporter de l'aide militaire quand elle était demandée. Rodrigue dut se résoudre à diriger depuis le château pendant que Felix parcourait le royaume. Cela avait été une erreur de faire confiance à cette sorcière ; dans les recoins les plus dissimulés de son esprit, Felix était persuadé qu'au moins Edelgard aurait eu la décence de respecter sa part du contrat.
— Je ne vois pas d'autre solution, dit Annette. Si vous n'attaquez pas, Cornelia exécutera des innocents en Fraldarius ou à Fhirdiad, et si vous attaquez, Gautier perdra des hommes.
— Exactement. On essaie de garder un statu quo mais ça durera pas. C'est clairement un test pour voir jusqu'où elle peut nous manipuler. Cornelia veut certainement se débarrasser de l'une de nos deux maisons.
Pour avoir combattu maintes fois ensemble, les soldats de Fraldarius et de Gautier se connaissaient assez bien pour mener une bataille intense, dont le dénouement serait incertain. Les laisser s'entretuer s'avérait la stratégie la plus efficace.
— J'aurais tellement aimé apporter mon aide, mais Dominic ne peut rien faire, grommela Annette. Je déteste cette situation et ce sentiment d'être inutile.
Annette menait souvent des expéditions pour récolter les taxes, ayant pour ordre d'utiliser la manière forte s'il le fallait. Dominic étant directement sous l'influence impériale, ses libertés étaient encore plus restreintes que celles de Felix. Ce dernier aurait également préféré que l'Empire n'ait pas une emprise aussi serrée sur elle. En un mot, il s'agissait d'une catastrophe.
Marcher au milieu des fleurs et de la verdure n'apaisait pas leurs cœurs. Rien ne semblait pouvoir apporter ne serait-ce qu'un peu de calme et de réconfort afin d'alléger leur peine. Plus d'une fois ils avaient envisagé de tout simplement prendre les armes et marcher sur Fhirdiad, mais cela ne ferait qu'accélérer la destruction intestine du royaume avec leurs effectifs réduits et le peuple à protéger. Felix, dans tout le dégoût que cela lui procurait, oscillait entre sacrifier le peuple et sauver le plus de vies, et finissait par ne prendre aucune décision. Son père n'autoriserait aucun assaut irréfléchi, de toute évidence.
Alors ils continuaient à se soutenir, cherchant une solution qui paraissait hors de portée pour un problème qui ne tarderait pas à les engloutir.
Felix rentra en Fraldarius une semaine plus tard, non sans avoir donné mille et une précautions à Annette qui lui rendit la pareille, et aussitôt qu'il mit un pied dans le château de Fraldarius, il fut encerclé par ses soldats.
— Lord Fraldarius, bon retour ! s'exclama l'un d'entre eux, probablement pour amener le sujet principal plus délicatement.
— Votre père le duc nous a confié une nouvelle mission de toute urgence, et il vous demande d'aller le voir immédiatement.
Son père aurait pu l'accueillir dès qu'il avait franchi les portes du château au lieu de demander aux soldats de le faire. Insensé.
— Très bien, j'y vais tout de suite.
Les soldats le saluèrent et patientèrent dans le hall jusqu'à ce qu'il ait fini son entretien avec son père, qui se trouvait comme à son habitude dans son bureau. Il y passait le plus clair de temps afin de planifier et de prédire leurs prochains mouvements, malgré le fait que rien ne soit couru d'avance avec un contexte aussi délicat que difficile. Rodrigue lui sourit et lui fit signe de s'approcher, et Felix ne se déroba pas lorsqu'une main vint se poser sur son épaule.
— Mon fils, j'ai bien peur que nous devions faire un choix, déclara-t-il avec gravité.
— C'est quoi le problème maintenant ?
Rodrigue soupira et retira doucement sa main pour indiquer du doigt une zone au sud de Gautier, sur une carte déjà tachée par les marques de pions en bois.
— Ignorer la volonté de Cornelia est mon souhait le plus cher, mais je crains qu'elle n'abandonnera pas l'idée de soumettre l'un de nos territoires. J'ai reçu une lettre de sa part nous incitant à attaquer dans dix jours.
Dix jours paraissaient généreux pour une personne impatiente d'asseoir sa dominance. La frontière entre Gautier et Fraldarius n'était pas large, ce qui signifiait qu'en une attaque ils pouvaient forcer l'autre à reculer.
— Et vous allez obéir, sans question ? siffla Felix, dévisageant son père. Mes soldats ont dit qu'ils ont de nouveaux ordres.
Les doigts de Rodrigue se recourbèrent tandis qu'ils fronçait les sourcils, un mouvement nerveux qu'il ne s'autorisait qu'en la présence de sa famille ou de ses amis les plus proches. Felix détestait voir autant de vulnérabilité chez son père.
— Nous n'avons pas d'autre alternative, Felix, répondit-il, résigné. Avez-vous vu comme le peuple souffre ? Notre armée ne supporte pas non plus cet équilibre précaire entre nos deux territoires, alors que nous sommes supposés être des alliés éternels.
— Si on avait continué à se battre—
— Il ne sert à rien de ressasser le passé de la sorte. Nous ne pouvons qu'accepter nos erreurs et poursuivre en espérant pouvoir les réparer.
Rodrigue plaça un fantassin de Fraldarius devant un cavalier de Gautier. Des pions parsemaient le Royaume entier et la vue de tous ces soldats impériaux provoquait chez Felix une rage sans nom ; si cela ne tenait qu'à lui, il y avait longtemps qu'il aurait dégainé son épée et nettoyé des champs de bataille. Rodrigue sentait sans aucun doute sa colère, mais il décida tout de même de maintenir son regard, et déclarer :
— Nous attaquerons Gautier.
Peut-être que des lettres avaient été échangées ; peut-être que des informations avaient été envoyées de l'autre côté de la frontière. Les cavaliers de Gautier s'étaient tenus prêts à se défendre contre la charge des soldats de Fraldarius, et Felix regardait avec désarroi la collision entre épée et lance, flèche contre armure, sortilège contre monture. Le terrain ponctué d'épais buissons et d'une rivière rendait les manœuvres compliquées pour les cavaliers, alors les mages prenaient l'initiative pour prendre le dessus. Des zones entières furent enflammées, forçant les deux camps à se déplacer avec prudence et à revoir leur formation dans la précipitation. Les hurlements et le crissement des armes retentissaient avec cruauté, accompagnant chaque soldat s'écroulant au sol.
Ce n'était pas un massacre, contre toute attente — les deux armées combattaient avec frénésie et conviction mais personne ne cherchait à tuer, simplement à neutraliser et à faire reculer. Felix observait l'affrontement sans sourciller, bien que le malaise le gagnait chaque fois qu'il devait donner un nouvel ordre, son épée encore immaculée. Il était pour une fois soulagé d'avoir la position du commandant coordonnant l'attaque, car diriger n'avait jamais été de son ressort. A l'issue de la bataille, tout le monde pourrait lui reprocher son incapacité à mener correctement des troupes à la victoire. Rodrigue avait sûrement pris cette décision délibérément.
L'odeur du sang et le bruit de la bataille, mêlant cris de douleur et de fureur, les suivirent sur le chemin du retour une fois le soleil couché.
Toutes les escouades revinrent avec des blessures de gravité variable, entassées dans les infirmeries et les chambres transformées en cellule de soin, et cette image frappa Felix de plein fouet. Même avec tous les mages blancs à leur disposition, le corps devait se régénérer de lui-même, et avec autant de soldats indisposés, lancer d'autres assauts dans les semaines à venir se traduirait en suicide. Ils avaient gagné du temps en échange de la souffrance de leurs troupes.
Felix ne savait pas si se réjouir de cette semi-victoire convenait à la situation. Cela ne réglait pas le problème, et atermoyer l'attaque contre l'Empire sans obtenir les ressources qu'ils convoitaient ne rimait à rien. Mais il s'agissait tout de même de quelque temps supplémentaire, à prendre ou à laisser, et par expérience Felix reconnaissait qu'un jour ou deux en temps de guerre s'avérait précieux. Cela ne signifiait pas qu'il se satisfaisait de ce stratagème qui ne fonctionnerait qu'une fois ou deux. Un messager avait sûrement été dépêché en Gautier pour avertir le margrave du plan en secret, mais ils n'auraient pas ce luxe à chaque fois. C'était un miracle qu'aucune perte n'ait été subie.
Lorsqu'il se rendit dans la salle à manger pour le dîner, son père lui adressa un hochement de tête avec un sourire comblé, ne cachant pas sa joie d'avoir contourné le danger. Felix se renfrogna et ne daigna pas lui rendre la pareille, s'asseyant à table et commençant à manger.
— Je suis heureux de constater que nos troupes sont hors de danger.
Felix n'avait pas compté, mais l'on lui avait dit qu'au moins une cinquantaine de soldats avaient subi des blessures graves.
— Cela nous permettra d'élaborer notre prochaine stratégie. Cornelia ne nous pressera pas avant au moins un mois.
— Ça c'est avec de la chance, grogna Felix.
— C'est un risque que je suis prêt à prendre, Felix. Je vous l'ai déjà dit, nous n'avons plus d'autre alternative.
Plus d'autre alternative que de laisser des affrontements intestins détruire encore plus le Royaume. Felix avait envie de vomir. Il avala son repas et s'excusa, regagnant sa chambre sans dire un mot de plus.
Plusieurs semaines plus tard, un garde vint le chercher, le souffle court et irradiant de nervosité.
— Milord, je vous prie de me pardonner de vous interrompre de la sorte. Vous êtes… vous êtes attendu à la lisière de la colline enchantée.
Pendant un court instant Felix ne voyait pas absolument de quoi il retournait. Puis, l'image d'une forêt pleine de vie et d'un éclat rouge et brillant lui vinrent en tête, et il remercia rapidement le soldat avant d'aller préparer en vitesse quelques affaires. Il ne laissa pas de mot à son père ni ne prévint qui que ce soit car cela ne devrait pas prendre beaucoup de temps — et si quelqu'un voulait vraiment savoir où il était allé, ce soldat pourrait leur délivrer une partie de l'information.
Il sortit du château en hâte et pressa le pas en direction de la ville, prenant garde à ne pas attirer l'attention des soldats impériaux patrouillant les rues. L'une des raisons pour lesquelles il ne s'habillait presque plus qu'exclusivement en tenue de voyage ou de combat était pour se fondre dans la masse et éviter de se faire repérer inutilement. Le fait qu'il marche sans bruit l'aidait également à passer inaperçu. Fort heureusement, Rodrigue avait négocié le nombre d'hommes de Cornelia dans la capitale, ce qui signifiait que les entrées de la ville étaient surveillées mais que les patrouilles n'étaient pas régulières à certains endroits. Felix les connaissait parfaitement et se dirigea dans l'un des quartiers les moins animés, loin du centre-ville, là où les regards se feraient moins nombreux. Il s'assura tout de même que personne ne le suivait, puis escalada la muraille entourant la ville pour atterrir de l'autre côté, en s'appuyant sur des caissons et des inégalités dans la brique.
Il cracha un juron quand il faillit se prendre une branche dans le visage, mais cela avait au moins eu le mérite de faire rire son compagnon.
— Toujours aussi habile à ce que je vois, chantonna Sylvain, un large sourire étirant ses lèvres.
Felix ne sourit pas. Il se redressa de toute sa hauteur et toisa Sylvain du regard, sa frustration totalement transparente sur son visage.
— Qu'est-ce qui va pas chez toi ? s'exclama-t-il, les dents serrées. Comment t'as contacté ce soldat ? Comment t'as fait pour venir ici sans te faire attraper ? T'es complètement inconscient ma parole !
— Woah, woah, on se calme, Felix.
Sylvain leva les mains en l'air en signe d'innocence, un sourcil arqué trahissant l'amusement qu'il tirait de cette situation. Même dans un moment aussi crucial et dangereux il trouvait le moyen de rire et de faire tourner ses amis en bourrique. Felix prit une grande inspiration et expira longuement, se pinçant l'arête du nez dans un vain effort pour se calmer. Être en présence de Sylvain consommait autant d'énergie que s'il se battait contre des bandits ; et encore, contre des bandits, il n'avait pas besoin de réfléchir.
— Je t'écoute, grinça-t-il.
— J'ai voyagé sur des routes moins empruntées, et j'ai calculé la moyenne de la distance que les patrouilleurs parcouraient en une fois, expliqua Sylvain comme si c'était évident. Du coup j'ai réussi à passer sous leurs radars en allant là où ils n'y étaient pas.
Lorsque Felix le dévisagea Sylvain lui fit un clin d'œil, apparemment très fier de son coup et désireux de le faire savoir au monde entier. Felix devait avouer qu'il s'agissait d'un plan difficile à exécuter et qui nécessitait non seulement des informations précises mais aussi une discrétion impeccable. Sylvain faisait souvent l'idiot mais tout le monde pouvait compter sur lui lors des missions importantes et sur le champ de bataille — et il avait toujours été comme ça.
— Ça en valait-il la peine ? demanda Felix.
— Au risque de me faire repérer même si je sais que je ne le serai pas ? Peut-être pas.
Et Sylvain sourit de toutes ses dents, ses yeux s'adoucissant presque instantanément malgré l'air grave de Felix.
— Mais pour te voir ? Absolument.
Felix n'hésita pas une seule seconde et lui attrapa l'épaule pour le pousser, embarrassé comme jamais alors que Sylvain s'esclaffa, nullement surpris par ce geste sec.
— La ferme !
— Je sais que tu voulais me voir aussi, ne le nie pas !
— Te voir pour m'assurer que tu tires toujours une tronche d'idiot, oui !
— Ah ça, personne ne m'enlèvera mon sourire !
Felix se sentait beaucoup trop vulnérable lorsque Sylvain parvenait à sortir des phrases pareilles avec un naturel criminel. C'était presque injuste qu'il puisse se frayer un chemin aussi facilement dans ses propres émotions et ses non-dits, alors que lui-même avait parfois du mal à arranger ses pensées. De longues années passées à se côtoyer et à analyser chacun de leurs faits et gestes causait nécessairement cette brèche dans les barrières qu'ils avaient tous deux créées. Felix ne prétendait pas pouvoir lire en Sylvain comme dans un livre ouvert, mais il savait où chercher lorsqu'il voulait déterrer certaines vérités.
— Sois sérieux maintenant, pourquoi t'as pris ce risque ? grommela Felix.
Les yeux de Sylvain se durcirent de nouveau, malgré le fait qu'il conserve son sourire.
— Je voulais juste te dire que nos troupes sont salement amochées, mais qu'il n'y a pour l'instant aucune perte. On n'a pas de cas critiques mais sait-on jamais, quelqu'un peut soudainement développer une infection ou quelque chose comme ça.
Il haussa les épaules, son regard se posant sur la muraille de la ville.
— Nos pigeons voyageurs deviennent de plus en plus efficaces, tu trouves pas ?
— C'est comme ça que t'as contacté quelqu'un en Fraldarius ? Un pigeon voyageur ?
— Ça a marché, donc je m'estime plutôt heureux !
Des années à envoyer du courrier par messager pour être certain que la lettre arrive à destination, et Sylvain Gautier choisit, en pleine guerre, de miser sur un animal qui pouvait se faire abattre ou se perdre en chemin. Incroyable.
— Donc on va s'envoyer des lettres par pigeon voyageur maintenant ?
— Essayons quelque temps, et si l'Empire s'en rend compte, on arrête, tout simplement. Je ne vais pas tenter le diable et perdre des hommes, ou briser le semblant de tranquillité qu'on a.
Felix hocha imperceptiblement la tête, ne voyant pas de raison de refuser malgré leurs incertitudes. Il serait illusoire de penser qu'ils pourraient établir et maintenir une communication alors qu'ils se trouvaient techniquement dans deux camps opposés, mais s'ils parvenaient à coordonner leurs attaques et leurs données, peut-être réussiraient-ils à faire face à l'Empire.
— Tu devrais y aller, les gardes vont sûrement venir patrouiller, déclara Felix à voix basse.
Il inclina sa tête et observa la terre sous ses bottes, soudainement fasciné par les feuilles qu'il écrasait. Le sentimentalisme ne figurait pas dans le maigre répertoire des émotions qu'il s'autorisait, mais il ne pouvait ignorer le froid qui s'installa dans son corps lorsqu'il songea à leur séparation. Il ne dépendrait jamais de personne pour sa propre survie et espérait que les autres en fassent de même, pour des raisons évidentes d'égoïsme pur, mais aller trouver du réconfort et de la sécurité chez quelqu'un s'avérait inéluctable, parfois. Rechercher la compagnie d'une personne spécifique et avoir la confirmation physique qu'elle se trouvait hors de danger apportait un brin de sérénité.
Sylvain ne dit rien. Il s'approcha doucement, comme s'il ne voulait pas l'effrayer avec des mouvements brusques, et prit délicatement le visage de Felix entre ses mains. Il ne le força pas à relever la tête, mais Felix n'avait jamais été capable de refuser quoi que ce soit à Sylvain dans ces moments-là. Alors leurs regards se croisèrent, les émotions y dansant ne se reflétant probablement pas l'un l'autre, mais Felix y décela une sorte de désir déchirant qu'il retrouva dans son propre cœur.
Il n'y avait jamais rien de merveilleux lorsque seule la détresse les poussait à se mouvoir. Leurs lèvres se rencontraient encore et encore, trop insistantes et pas assez pondérées. Ils s'enfermaient dans une poche du temps et s'abandonnaient au simple plaisir de se blottir l'un contre l'autre sans se soucier de rien d'autre, comme s'il s'agissait de leur dernière rencontre avant une fin inévitable. Felix ne versait pas dans le sentimentalisme mais à cet instant précis, il voulait bien croire que la chaleur apaisante qui se répandait en lui n'était que bienfaitrice. Il s'accrochait désespérément à la chemise de Sylvain, une main agrippant le tissu et l'autre se perdant dans ses cheveux. Sylvain le tenait fermement par la taille et s'il n'exhibait pas autant de ferveur dans le baiser, Felix aurait pensé qu'ils ne faisaient que voler un moment intime avant de retourner à une routine où la paix régnait et la guerre ne les forçait pas à devenir des personnes qu'ils n'étaient pas.
Ils se séparèrent presque avec réticence, les yeux voilés par un désir toujours insatiable mais surtout par une amertume dont ils ne se débarrasseraient pas avant de longues années. Sylvain passa une main derrière la tête de Felix et l'attira contre lui, et Felix ne protesta pas.
— Ne t'avise pas de mourir, ordonna Felix.
— T'inquiète pas pour ça, chuchota Sylvain avec un brin de légèreté dans sa voix.
Felix ne se trouverait pas aux côtés de Sylvain si un danger plus urgent survenait en Gautier, et inversement ; le situation ne ferait que s'empirer au fur et à mesure que la guerre progressait, et tout ce qu'ils pouvaient faire était attendre et contre-attaquer. Il n'y avait pas de place pour les sentiments.
Plusieurs semaines s'écoulèrent durant lesquelles ils ne reçurent aucune nouvelle majeure de la capitale. Cornelia restait étrangement silencieuse tandis que les escarmouches avec de petites forces résistantes éclataient un peu partout dans le Royaume — ou plutôt le Duché de Faerghus, bien que ce simple nom donne la nausée à Felix. Galatea, manquant cruellement de ressources et de soldats, s'était proclamé neutre dans la guerre et n'offrirait donc son aide à aucun des deux camps. La communication avec Ingrid s'était alors faite rare mais Felix savait que Sylvain gardait le contact pour s'assurer que tout allait bien chez elle. Tout Faerghus brûlait de l'intérieur à cause de ces conflits, et Felix comprenait pourquoi Annette se présentait comme une pièce inestimable pour garder un semblant d'équilibre au sein des zones rebelles. Même si le seigneur du territoire avait abdiqué, l'indignation de la population ne faisait que suppurer.
Les semaines se transformèrent en mois et l'hiver de l'année 1184 laissa place au printemps de 1185. Avec la chaleur qui revenait peu à peu, lancer des attaques au nord de Faerghus s'avérait moins dangereux et Felix redoutait un appel aux armes d'un moment à l'autre. La frontière entre Gautier et Fraldarius fut jalousement défendue par des soldats impériaux pendant l'hiver, une sage décision pour l'Empire mais qui avait provoqué de la grande frustration en Felix. Les quelques messages qu'il avait échangés avec Sylvain n'étaient pas suffisants pour amasser les données nécessaires à une stratégie qui ne se composait pas uniquement de prudence et de ruse maladroite.
Annette lui rendit visite un jour en Fraldarius, toujours souriante malgré les traits tirés de son visage. Felix ne put réprimer sa joie en la voyant.
— Comment les choses se passent-elles à Fhirdiad ? s'enquit-il, après qu'ils se soient installés à une table pour prendre le thé.
— C'est calme, répondit Annette, les sourcils légèrement froncés. Je pense que Cornelia a reçu des ordres l'interdisant d'attaquer les autres territoires pour le moment. Je ne sais pas ce qui se passe, peut-être qu'ils veulent s'emparer des territoires neutres au lieu de perdre de l'énergie à combattre la résistance.
Annette croqua dans un cookie à pleines dents, mais même les sucreries ne lui firent pas perdre son inquiétude constante. Sous ses airs de jeune fille maladroite se révélait quelqu'un de bien plus brave et résilient, faisant face à l'adversité sans reculer tout en criant haut et fort qu'elle n'abandonnerait jamais. Felix trouvait cela admirable ; il n'était pas certain que tout le monde puisse garder la tête sur ses épaules comme elle le faisait si naturellement, malgré quelques épisodes où elle se confia à lui lorsque le stress était trop étouffant. Parfois la simple pensée d'avoir quelqu'un à ses côtés dans cette épreuve emplissait Felix d'un sentiment de mal-être, car personne et encore moins l'un de ses amis ne devrait avoir à subir ce contexte atroce. Cependant, une vague de soulagement y succédait immédiatement ; c'était égoïste, c'était horrible, mais s'il avait été seul depuis le début, il était inconcevable qu'il aurait pu survivre à cette expérience. Annette émanait une lueur d'espoir à laquelle il se cramponnait pour ne pas sombrer dans la folie.
— Ça me paraît logique, dit-il, pensif. C'est plus simple de convaincre des seigneurs qui ont tout à perdre.
— Exactement, du coup je suis un peu inquiète pour Ingrid.
Annette soupira, distraitement essuyant ses doigts avec un mouchoir.
— Je m'inquiète aussi pour mon père qui est je ne sais où.
Felix grimaça. Gilbert ne s'était pas montré exemplaire, et au moment où Fraldarius avait signé un contrat qui le mettait dans une situation d'incertitude, il disparut. Rodrigue, avec toute la confiance qu'il plaçait en son allié, répétait que Gilbert faisait profil bas et qu'il mettait tout en œuvre pour retrouver Dimitri. Quelque part au plus profond de lui-même, Felix se demandait s'il se sentait proche d'Annette car ils avaient tous deux toujours été un second choix.
— Il est sûrement en train de suivre une piste miteuse, gronda Felix. Rien nous garantit que le phacochère soit en vie.
Annette secoua la tête.
— Vous savez aussi que personne n'a vu son corps, donc je suis persuadée que Son Altesse est vivante.
— Le fait qu'il soit peut-être vivant ne l'empêche pas de venir combattre à nos côtés. Qu'est-ce qu'ils ont tous à privilégier les morts ?
Annette braqua son regard sur lui et Felix détourna les yeux.
— Felix. Vous pouvez être honnête avec moi, vous désirez aussi que Son Altesse revienne, n'est-ce pas ?
Ce n'était pas une conversation qu'il souhaitait avoir.
— On parlait de votre père, Annette, grommela-t-il. Gilbert peut diriger un bataillon et des armées entières. Il devrait être en Gautier pour mener les dernières puissances militaires de Faerghus.
Annette resta silencieuse, étudiant minutieusement le visage de Felix qui se contorsionnait en des grimaces et des expressions ne lui seyant aucunement. Il détestait ces regards pleins de compassion qui tentaient de déchiffrer une soi-disant faiblesse qu'il cachait derrière ses paroles acerbes. S'il souhaitait garder certaines de ses pensées enfermées dans son esprit, c'était son droit ; qui étaient-ils pour vouloir les extraire et les exhiber au monde entier ? Annette demeurait trop polie et consciencieuse pour réellement lui faire cracher le morceau, mais ses yeux brillaient de son envie de l'aider à mettre les bons mots sur les bonnes émotions. Il n'en avait pas besoin.
— Cessez de vous tracasser avec des pensées inutiles, lâcha-t-il, gardant son irritation hors de sa voix. Ce que je veux n'aura aucune influence sur l'issue de la guerre. On devrait se concentrer sur ce qui est important.
— Ce qui est important…
Annette se mordit la lèvre inférieure et parut en proie à un dilemme. Son thé commençait à refroidir mais elle ne se saisit pas de la tasse pour en boire une gorgée.
— Ne commettez rien d'insensé ou d'irréfléchi, d'accord ? Nous ne pouvons pas toujours se retrouver comme nous le faisons maintenant pour papoter et faire semblant que tout va bien, alors promettez-moi que vous me consulterez dès que vous avez un souci. Nous n'avons pas vraiment le luxe de choisir en qui accorder notre confiance.
Ce fut à ce moment-là que Felix se rendit compte que peut-être, Annette se sentait terriblement seule. Enfermée à Fhirdiad la majeure partie du temps et ne recevant que peu de lettres de sa famille, elle devait avoir plus de temps qu'il n'en fallait pour imaginer les pires scénarios et se demander si les choses changeraient un jour. Les séjours de Felix à la capitale ne constituaient pas ce qu'il appellerait de régulier ou de réconfortant — malgré la surveillance en Fraldarius, il n'était pas enchaîné dans son propre territoire. Dès le début de cet état de semi-entente, il lui avait proposé de venir vivre en Fraldarius si rester en Dominic n'était pas une option, mais Annette avait fait son choix et devait respecter sa part du contrat pour protéger sa famille. Jamais Felix n'avait été témoin d'une telle détermination.
De ce fait, dans un élan d'affection qu'il ne regretterait pas, il tendit la main et referma ses doigts sur l'avant-bras d'Annette, et le serra.
— Il y a plus inconscient et irréfléchi que moi, ne vous inquiétez pas, déclara-t-il avec une pointe d'amusement. Je garantis pas que je prendrai toujours les bonnes décisions, mais je vais essayer.
Annette éclata de rire, posant sa main sur la sienne, et son sourire s'exprimait dans ses yeux.
— Oh, venant de vous je pense que c'est une certitude !
Il leva les yeux au ciel, mais ne retira pas sa main. Annette continuait à lui sourire.
— Merci, Felix.
Et voilà le premier chapitre ! Je vous donne rendez-vous au prochain chapitre :D
