Yo les bro
Jour 3 de confinement. On me demande de continuer l'écriture de mon mémoire sans trop s'occuper de la situation. C'est sympa de dire ça mais ça va être carrément galère.
Les personnages ne m'appartiennent pas, je les emprunte juste à J.K. Rowling le temps d'une petite histoire.
Je me suis remise au sport. J'aime pas avoir des courbatures.
Tchou
L'évidence
Pour tout le monde, Teddy et Victoire c'était une évidence. Quoiqu'il se passe, ils finiraient ensemble. Victoire y avait longtemps cru, elle aussi. Personne ne pouvait lui en vouloir. Quand on vous répète que vous êtes fait pour telle personne dès que vous êtes avec cette dernière, quand on vous pousse à passer du temps rien que tous les deux, il est normal de croire à cette évidence.
Cependant rien ne se passe jamais comme prévu, beaucoup de gens vous le diront.
Si tout s'était passé comme prévu pour Voldemort, il aurait réussi à éliminer cet enfant qui menaçait sa toute puissance le 31 octobre 1981. Et pourtant, c'était ce même enfant qui avait débarrassé le monde sorcier du plus grand mage noir du 20ème siècle.
Si tout s'était passé comme prévu pour Sirius Black, il aurait réussi à venger la mort de ses meilleurs amis suite à la trahison de Peter Pettigrow. Et pourtant, il avait passé douze ans enfermé à Azkaban, avait réussi à s'échapper, avait retrouvé son filleul, Remus Lupin le dernier Maraudeur du côté de la justice, avait passé un an en cavale puis enfermé dans l'abominable maison de ses parents au 12, square Grimmaurd, à Londres, pour finir par passer à travers le Voile se trouvant dans le département des Mystères sans avoir réussi à venger les morts de James et Lily Potter.
Si tout s'était passé comme prévu Fred Weasley serait mort le 2 mai 1998 lors de la bataille de Poudlard. Et pourtant grâce à l'inconscience d'une amie de toujours, il était bel et bien vivant, toujours aussi farceur, proche de son jumeau et de sa famille.
Si tout s'était passé comme prévu Teddy Lupin et Victoire Weasley devrait filer le parfait amour. Et pourtant, même s'ils avaient essayé, leur relation n'avait duré que trois mois. Sortir ensemble était comme sortir avec son propre frère et même si tout le monde voulait les voir ensemble, ils avaient arrêté les frais avant que cela ne tourne mal. Mieux valait conserver une amitié plutôt que la briser en s'efforçant de faire ce que les autres voudraient.
Victoire secoua la tête, essayant de libérer sa tête de ses étranges pensées. Depuis qu'ils avaient rompu, elle n'était sorti avec personne, pas même une aventure d'un soir, ce qui aurait été très facile quand on ressemblait à Victoire Weasley. Elle ne savait juste pas comment faire. Pour elle, tout avait été écrit d'avance, Teddy était l'homme qu'il lui fallait mais ça c'était révélé complètement faux. Et même si elle était ravie d'être libre de tout devoir, de toute obligation, sortir avec Teddy Lupin était pour elle une obligation, elle se retrouvait désormais complètement désemparée.
À Poudlard elle ne s'était pas trop occupée des garçons, il y avait Teddy et ses études à réussir. Maintenant que Teddy n'était plus là elle avait pris conscience du regard des autres. Elle en était gênée. Elle avait l'impression de porter en permanence une pancarte avec écrit : « Cœur à prendre – Tentez votre chance »
Elle arrêta de penser à ses histoires de cœur quand elle vit le bus s'approcher. Le bus 52. Elle attendit qu'il s'arrête complètement avant de s'avancer vers la porte, elle ne se pressa pas, les conducteurs n'étaient jamais pressés aux premiers arrêts des lignes. Elle monta et remarqua que personne ne se trouvait dans le bus. Elle sourit, elle aimait être tranquille le matin et surtout ainsi elle pouvait choisir où s'asseoir contrairement au trajet du soir où le bus était tout le temps bondé à l'heure et à l'endroit où elle y montait. Elle savait qu'elle pouvait transplanner pour éviter ces désagréments mais elle détestait la sensation que provoquait un transplannage et puis elle aimait bien observer le paysage par la fenêtre.
Alors que le bus était prêt pour le départ et que Victoire s'était installée vers le fond du bus, côté fenêtre, les portes s'ouvrirent de nouveau pour faire apparaître un jeune homme aux cheveux encore mouillés par la douche qu'il avait dû prendre avant de partir de chez lui. Victoire l'observa tandis qu'il compostait un ticket et prenait place sur un siège situé dans la première partie du bus. Il se retrouvait ainsi dos à elle.
L'homme était jeune mais suffisamment vieux pour paraître homme. Il portait un pantalon de velours vert sapin avec une chemise blanche qui faisait ressortir ses muscles qui ne semblaient ni trop épais ni trop fins. Ses cheveux étaient courts, fins et bruns, quoiqu'ils semblaient tourner au châtain clair tout en séchant. Elle ne pouvait voir ses yeux ni les traits de son visage se plut à imaginer des yeux bleus aussi profonds et intenses que la mer qu'elle pouvait admirer depuis la fenêtre de sa chambre, chez ses parents à la Chaumière aux coquillages. Elle inventa aussi son visage, dur et tendre à la fois. Elle eut un aperçu de ses mains, grandes, avec de longs doigts, qui paraissaient forts et agiles. Elle passa le reste du trajet à imaginer l'homme, à penser à ce qu'elle ferait s'il l'abordait, à sa réaction à lui si c'était elle qui allait vers lui.
Elle rêvassait si bien qu'elle faillit louper son arrêt de bus. Elle se précipita à l'extérieur, se frayant un chemin entre les gens dans le bus, comment avait-elle fait pour ne pas se rendre compte que le bus s'était rempli ? Elle arriva sur le trottoir, les joues rouges, la coiffure défaite. Elle respira, tentative pour reprendre contact avec la réalité. Elle s'éloigna du bus, les joues toujours aussi colorées, un sourire aux lèvres et parti en direction de la librairie où elle faisait son stage de fin d'études. Elle était si concentrée sur sa petite rêverie qu'elle ne vit pas les deux yeux aussi bleus et majestueux que l'océan la suivre du regard jusqu'à ce qu'elle disparaisse au coin de la rue. On y voyait poindre une légère curiosité et un intérêt certain
Victoire courait. Elle détestait courir. Mais à choisir entre courir pour attraper son bus où transplanner elle préférait encore courir. Elle accéléra la cadence et arriva juste à temps, les portes allaient se refermer quand elle sauta à l'intérieur. Elle reprit son souffle et releva la tête avant de composter son billet. La conductrice du bus la regardait avec un sourire amusé.
- J'ai failli partir sans vous, ma p'tite. Quelques secondes de plus et vous auriez été bonne pour attendre le prochain.
Victoire lui rendit son sourire.
- Heureusement que je suis une bonne sprinteuse alors.
Elle jeta un dernier coup d'œil à la conductrice qui lui fit un clin d'œil avant de se concentrer sur la route. Victoire se détourna d'elle et regarda le bus pour déterminer l'endroit qu'elle choisirait aujourd'hui. Elle remarqua alors que l'homme de la veille était de nouveau dans le bus mais qu'il s'était cette fois-ci installé au fond. Elle resta figée, les bras ballants quelques instants de plus. Le regard de l'inconnu était braqué sur elle, il semblait l'observer et elle avait l'impression de ne rien pouvoir lui cacher. Ce n'est que parce qu'elle perdit légèrement l'équilibre à cause d'un virage serré qu'elle décida d'aller s'asseoir. Elle opta pour un siège situé vers le milieu du véhicule, face à la route qui l'empêcherait ainsi de fixer le seul passager présent.
Se placer ainsi, de manière à ce qu'elle ne soit pas attirée par cet inconnu ne lui permit pas pour autant de se concentrer sur autre chose. Elle avait beau ne pas le voir, toutes ses pensées étaient tournées vers lui. Elle avait conscience de sa présence et ce malgré les nombreuses personnes qui les entouraient désormais. Elle sentait son regard sur son cou. Elle était terriblement gênée mais aussi excitée de penser qu'elle avait réussi à retenir l'attention de ce garçon tout comme lui semblait l'avoir envoûtée.
Cette fois-ci elle se prépara et se leva à l'annonce de son arrêt. Elle se plaça devant la porte et ne put s'empêcher de jeter un œil à l'homme qui la chamboulait. Elle croisa alors les plus beaux yeux qu'elle n'ait jamais vu, ils dépassaient même ceux verts émeraudes de son oncle Harry. Ceux de l'étranger étaient bleus foncés comme la mer agitée ou le ciel juste après un orage. Elle plongea dans ce regard et s'y perdit jusqu'à ce qu'elle sente qu'on la poussait gentiment pour qu'elle descende du bus. Elle détourna alors le regard et sortit du bus.
Elle se dirigea vers la librairie quand mue du désir de recroiser ce regard puissant et intense, elle se retourna vers le bus. Il ne lui fallu qu'une seconde pour retrouver le propriétaire du regard. Ses yeux fabuleux étaient toujours fixés sur elle. Elle ne bougea plus et resta plantée là, en plein milieu du trottoir, échangeant un regard chargé d'émotions avec un sombre inconnu, jusqu'à ce que le bus reparte et emporte l'inconnu avec lui.
Une routine s'installa.
Tous les matins, Victoire prenait le bus 52, au seconde arrêt de la ligne. Depuis sa course folle, elle arrivait toujours en avance et prenait donc place la première dans le véhicule. L'homme ne tardait jamais, comme s'il attendait qu'elle soit montée pour le faire à son tour. Étant la première passagère, elle choisissait sa place puis il s'asseyait à son tour. Il semblait à chaque fois prendre en compte l'endroit où elle se tenait. Jamais trop proche, jamais trop loin. Toujours face à face.
Ils se regardaient, s'épiaient tout le long du trajet. Ils se souriaient, parfois. Ils ne s'adressaient pas la parole. Ils parlaient avec les yeux.
Pendant les trajets, Victoire se plaisait à lui inventer une vie. Elle lui donnait un prénom, un timbre de voix, un métier, une famille, des passions. Chaque jour l'histoire était différente.
Il y avait Eliott à la voix claire qui travaillait dans un cabinet d'avocat et n'acceptait que les dossiers en lien avec la protection des enfants. Il était orphelin et très protecteur envers sa petite sœur. Il adorait prendre la mer, passer un weekend à voguer sur son voilier.
Venait ensuite Marc et sa voix haut perchée, sa passion pour la danse et la peinture. Son travail d'agent immobilier, toujours à la recherche de la perle rare pour ses clients. Ses trois grands frères qui prenaient trop de place.
Elle avait créé Martin qui adorait les chiens et travaillait dans un refuge pour animaux, y passant même les fêtes durant lesquelles on est supposé retrouver sa famille. Joseph le maître d'école qui suivait avec beaucoup d'attention les sorties cinéma, cinéma dans lequel il retrouvait souvent ses amis avec lesquels il discutait après la séance autour d'un verre de vin ou d'une pinte de bière. Josh, Adam, Daniel, Andrew, Tim...
Ils étaient nombreux, différents, tous irréels, fruits de l'imagination de la jeune femme. Et malgré la disparité, la dissemblance de ces êtres fictifs une chose les rassemblaient. À chaque nouvelle histoire une interrogation revenait, la même : cet inconnu aurait-il quelque chose la magie ? Pourrait-il accepter ce lourd et excitant secret qu'elle devait, elle et tous les autres sorciers, cacher à la communauté moldue ?
Ce dernier point la tracassait tout particulièrement. Elle n'avait jamais entretenu de relation avec un moldu qu'elle soit amicale, amoureuse ou professionnelle... Elle ne savait pas comment se comporter avec eux, avec ces gens qui n'avaient aucune idées que des sorciers puissent exister et les côtoyer. Elle était sûre qu'elle ferait une gaffe au pire moment possible et que n'importe qui prendrait peur. N'importe qui et surtout son inconnu. Encore faudrait-il pour cela qu'ils s'adressent la parole.
Ces échanges de regards et inventions d'histoire durèrent trois semaines. Pendant trois semaines, Victoire le vit six jours sur sept, ne travaillant pas le dimanche. Ils ne communiquèrent qu'avec des regards et pourtant elle avait l'impression d'entretenir une vraie relation avec cet inconnu. Ils partageaient tant et si peu de choses à la fois. Il peuplait ses pensées le jour et s'invitait dans ses rêves la nuit.
Au bout de la troisième semaine, la jeune femme se décida. S'il ne venait pas lui parler lundi prochain, ce serait elle qui irait à lui. Peut-être était-il simplement timide et ne savait pas comment l'aborder sans passer pour un mec un peu lourd. Oui, elle, Victoire Weasley, la semaine prochaine, prendrait son courage à deux mains et lui parlerait. Elle n'avait pas été répartie à Gryffondor pour rien. C'est en pensant à sa nouvelle décision qu'elle partit se coucher en ce dimanche soir, excitée de voir le lendemain arriver.
Forte de cette résolution, Victoire s'avança, encore plus joyeuse que d'habitude, vers l'arrêt de bus. Elle n'attendit pas longtemps avant que celui-ci n'apparaisse au bout de la rue. Elle y monta, pris place au milieu et attendit que l'inconnu vienne à son tour. Elle le guetta, le sourire aux lèvres.
Le temps passa.
Le sourire de Victoire perdit de sa splendeur.
Le bus démarra.
- Attendez !
La jeune femme se précipita à l'avant du bus.
- Attendez.
- Qu'y-t-il ma p'tite ?
Elle reconnut la conductrice de la dernière fois, celle où elle avait faillit louper son bus.
- Il n'est pas là.
- Qui donc ?
Le rouge lui monta aux joues. Qui ? Elle ne le savait pas. Cet inconnu aux yeux bleus dont elle ne connaissant rien n'était pas là et elle voulait l'attendre. Elle ne pouvait décemment pas lui avouer cela.
- L'homme qui prend le bus en même temps que moi, tous les matins.
- Il prendra le prochain ma p'tite.
- Mais... Il sera en retard après.
En retard pour quoi ? Pour échanger de longues œillades qui n'ont aucun sens se morigéna Victoire en pensant à la stupidité de ses paroles.
- Et si je ne pars pas maintenant, c'est moi qui vais être en retard ma p'tite. File t'asseoir, ce sera plus agréable que de rester debout.
Victoire baissa les yeux et, défaite, partit s'asseoir au fond du bus. La conductrice continua sa route sans se douter un seul instant de la tristesse qui envahissait petit à petit la jeune femme qui venait de lui parler.
Pourquoi était-elle aussi bouleversée par l'absence de cet illustre inconnu ? Elle n'avait aucune raison valable à se sentir perdue et abandonnée parce qu'un étranger, un homme, ne prenait pas le bus qu'ils partageaient d'habitude. Après tout il avait peut-être simplement raté son bus. Une panne de réveil l'avait sûrement empêché de venir jusqu'à elle. Elle le verrait demain. L'homme ne quitta pas son esprit de la journée. Demain il serait là et elle lui parlerait.
Il ne vint pas le lendemain.
Il ne se montra pas de la semaine. Ni la suivante et un mois passa sans que Victoire ne reçoive la moindre nouvelle ou signe de vie de la part de l'homme qui la fascinait, de l'homme qui l'avait envoûté avec son simple regard. Cette subite disparition lui fit réaliser à quel point elle s'était attachée à lui. Elle ne connaissait rien de lui à part la couleur de ses yeux, bleu cobalt, de sa peau, pâle, de ses cheveux, châtains, la largeur de ses mains, leur apparente douceur, sa taille, sa carrure. Elle ne savait pas qui il était, ce qu'il faisait dans la vie, d'où il venait, pourquoi il prenait ce bus, pourquoi il avait disparu... Et le pire dans cette histoire était à venir, malgré l'attraction qu'elle ressentait pour lui, elle n'avait aucun moyen de le retrouver, excepté d'attendre de le revoir dans ce même bus où il ne se montrait plus.
Durant ce mois, l'entourage de Victoire nota le changement de comportement de la jeune femme. Certains pensaient que c'était à cause de Teddy et Cassidy Dursley qui officialisaient leur relation mais Victoire leur avait assuré que ça ne pourrait pas en être plus éloigné. D'autres parlaient de sa peur de finir ses études et l'entrée dans la vie active. Quant à ceux qui visaient le plus justement sans savoir réellement de quoi il était question, comme sa mère ou sa sœur Dominique, ils reconnaissaient dans son comportement les prémices d'un chagrin d'amour.
Personne ne chercha à savoir ce qu'il se passait. Tout le monde voyait bien qu'elle n'avait aucune envie de s'appesantir sur ce qui la tourmentait. Si elle voulait se confier, elle le ferait de son propre chef et il n'était pas question qu'on vienne lui tirer les veracrasses du nez.
Les paupière lourdes et l'esprit encore embrumé par le soleil, Victoire monta dans le bus. Le veille au soir, après une soirée arrosée avec ses amies qu'elle avait connu à Poudlard puis à l'Université des Hautes études de recherche et d'approfondissement en magie innovante, elle avait décidé de tirer un trait sur l'histoire romanesque qu'elle pensait avoir vécu avec l'inconnu du bus. Elle s'était aussi promis de chercher une personne réelle et présente à ses côtés quand elle voudrait entamer une relation avec qui que ce soit.
Elle composta sa carte et se dirigea vers l'arrière du bus. Elle s'assit et posa sa tête contre la vitre. Le frais de la fenêtre lui ferait du bien pendant le trajet. Même si elle avait pris une potion contre la gueule de bois elle ne se sentait pas du tout fraîche et reposée contrairement à d'habitude. Elle ferma les yeux et attendit que le bus démarre pour se laisser bercer tout en essayant de rester éveillée. Elle ne vit pas l'homme monter dans le bus. Elle ne le vit pas embrasser le bus du regard avant de s'arrêter sur elle. Elle ne le vit pas marcher d'un pas déterminé vers elle. Elle ne le vit pas s'asseoir à ses côtés. En fait, elle ne se rendit compte de sa présence que lorsqu'elle entendit sa voix pour la première fois.
- Bonjour.
Victoire ouvrit les yeux et tourna la tête vers la voix qui venait de la sortir de ses songes. Une voix chaude, rauque, apaisante. Elle croisa des yeux bleus, ces mêmes yeux qu'elle attendait depuis un mois. Ces mêmes yeux qu'elle n'attendait plus, qu'elle n'espérait plus. Ces mêmes yeux sur lesquels elle avait fait une croix pas plus tard que la veille au soir.
Deux sentiments bien distincts, déclenché tous deux par l'arrivée de l'homme, s'imposèrent à Victoire.
D'une part elle ressentit une colère intense. De quel droit osait-il venir vers elle comme s'il n'avait pas disparu sans laisser de traces pendant quatre longues semaines ? Pourquoi fallait-il qu'il revienne alors qu'elle se sentait enfin prête à passer à autre chose, à l'oublier ? Et nom d'un boursouf pourquoi était-il encore plus beau de près que tout ce qu'elle avait bien pu déceler de lui quand ils étaient chacun de leurs côtés ? Et cette voix devait-elle vraiment être aussi attirante ?
D'autre part elle était contente. Heureuse. Ravie qu'il soit là, de retour. Enfin. Il lui avait tant manqué ! Et sa présence à ses côtés lui prouvait que cet homme n'était pas le fruit de son imagination et qu'il était fait de chair et d'os, tout comme elle.
L'homme la regardait. Il la voyait faire face à ses sentiments et ressentit un certain soulagement. Il ne la laissait pas indifférente. Il attendit patiemment qu'elle reprenne ses esprits et dans un geste voulu réconfortant et parce qu'il en avait terriblement envie, l'inconnu du bus prit la main de son inconnue à lui.
Victoire regarda leurs mains jointes, étonnée. Sa peau rosée s'accordait parfaitement avec celle de l'homme, pâle. Elle releva les yeux pour replonger dans ceux de son compagnon de route.
- Vous étiez parti.
Elle voulait sa voix forte. Elle n'émit qu'un murmure.
- Je déménageais.
Sa voix à lui était chaude et rassurante. Son propriétaire voulait qu'elle comprenne, même sans le dire, que si lui n'avait pas été là, elle n'avait pas quitté ses pensées.
- Vous n'aviez pas le droit de partir. Comme ça. Sans me prévenir.
Elle reprenait confiance en elle, cette fois elle était plus assurée.
- Je n'avais pas pensé que mon absence vous dérangerait autant. Je ne pensais pas vous manquer autant que vous m'avez manquer.
Il était désolé. Elle le comprenait. Elle pressa doucement sa main pour lui signifier qu'elle ne lui en voulait pas. Elle ne lui en voulait plus.
Ils passèrent le trajet ainsi, main dans la main. À un moment, la tête de Victoire se reposa sur l'épaule de l'homme. À un moment, le pouce de l'homme vint caresser le dos de la main de la jeune femme. Bientôt le bus s'arrêta à l'arrêt de Victoire. Elle fut une nouvelle fois frappée par le monde qui se trouvait dans le véhicule. Il n'y avait que lorsqu'elle était avec lui qu'elle faisait autant abstraction de ce qui l'entourait.
Elle lâcha sa main. Elle se leva et passa devant lui. Elle se retourna une dernière fois avant de se diriger vers la sortie du bus.
- Ne pars plus.
Il hocha la tête, sérieux.
- À demain.
C'était une promesse.
Les rencontres dans le bus continuèrent. Petit à petit ils en apprirent plus l'un sur l'autre. Rapidement Victoire découvrit qu'elle n'avait pas à s'inquiéter de la façon de le prévenir pour l'existence de la magie, lui aussi était un sorcier. Il parlèrent énormément après s'être abordés une première fois. Les vannes furent ouvertes et ils ne se trouvaient jamais à court de sujets de conversation.
Elle apprit qu'il s'appelait Malcolm Baddock, qu'ils avaient dix-sept ans d'écart et qu'il était né un 5 février, ce qui était l'exact contraire de sa date de naissance à elle, le 2 mai.
À l'entrée à Poudlard, il avait été réparti à Serpentard. Il avait passé là-bas de belles années, malgré la guerre. Il avait fait parti des Serpentards mis de côté pendant la Bataille de Poudlard, celle qui avait donné son nom à Victoire. De toute façon, âgé de 14 ans, il n'aurait pas été autorisé à se battre.
Après ses études il avait travaillé pour le Ministère de la Magie japonais pendant huit ans et avait commencé à souffrir du mal du pays au bout de six. Il avait donc décidé de rentrer, ce qui avait fait le bonheur de ses parents et de ses amis qui se languissaient de lui et trouvaient que quatre visites par an ce n'était définitivement pas assez. Au final ça avait aussi fait son bonheur à lui, puisque cela lui avait permis de la rencontrer elle, Victoire. Elle avait rougi à ces mots et quelques secondes après ils avaient échangé leur premier baiser, assis dans leur bus fétiche.
Elle apprit aussi, deux mois après qu'ils se soient parlé dans le bus pour la première fois que ce qui l'attirait le plus chez elle c'était ses yeux et que la seconde chose qu'il avait remarqué était le vernis qu'elle se mettait sur les ongles des doigts de pieds.
De son côté il fut étonné d'apprendre qu'elle appartenait à la famille Weasley ? Où étaient donc ces cheveux roux qui les caractérisaient tant ? Elle lui promit de les lui montrer quand il viendrait au Terrier. La première réaction de Malcolm fut de lui serrer la main avant de lui souffler qu'il serait ravi de se retrouver seul Serpentard au milieu de tous ces lions. Les yeux de Victoire lui dirent qu'elle serait là pour le protéger en cas de grande nécessité.
Elle lui avoua qu'elle adorait sa façon de se déplacer, nonchalamment, et semblait s'accorder parfaitement avec son environnement, quel qu'il soit.
Il apprit qu'elle préférait lire un livre plutôt que jouer au Quidditch, se promener dans la forêt plutôt que de se prélasser au soleil au bord de l'eau même si elle adorait s'asseoir face à le mer et écouter le bruit des vagues et des mouettes volant au-dessus de cette grande étendue d'eau.
Il écouta attentivement quand elle souffla sa peur de l'abandon, de se retrouver seule et se promit de toujours rester à ses côtés. Il sourit quand elle avoua avoir adoré être prise pour une princesse quand elle était enfant mais qu'elle détestait cela aujourd'hui.
Ils s'écoutèrent, échangèrent leurs peurs, leurs joies, leurs secrets et bientôt devinrent inséparables.
Si le bus 52 était leur lieu de rencontre privilégié, ils ne se privaient pas de se voir ailleurs, dans un parc, au restaurant, au cinéma, pour une promenade dans Londres ou ses alentours ou tout simplement chez l'un ou l'autre. Ils apprirent à s'aimer, doucement mais sûrement.
Le premier regard eut lieu dans le bus 52, que Malcolm faillit louper à cause d'une voisine trop curieuse.
Le premier contact eut lieu dans le bus 52, le jour du retour de Malcolm, ce jour même où Victoire retrouva son sourire.
Le premier baiser eut lieu dans le bus 52, alors que Victoire avait les joues rouges et que le cœur de Malcolm battait à tout rompre.
Le premier « je t'aime » eut lieu au coin d'une rue du Londres moldu, alors qu'ils se faisaient bousculer de tous les côtés par des londoniens pressés.
Le premier contact intime eut lieu sur le canapé de Malcolm, lorsque ses doigts glissèrent sous le chemisier de Victoire, curieux et demandeurs.
Leur première nuit ensemble eut lieu dans une tente de la forêt de Dean, celle-là même où des tas de choses s'étaient passées avant la Bataille de Poudlard qui rendit leur liberté à de nombreux sorciers.
Leur première nuit d'amour eut lieu chez Victoire, après qu'ils aient regardé un film à la télé ils se lancèrent et s'aimèrent pendant une bonne partie de la nuit.
Leur première dispute eut lieu dans un magasin de farces et attrapes, Farces pour sorciers facétieux, celui des oncles de Victoire, devant ces derniers, qui s'empressèrent de raconter à toute la famille que Victoire Weasley avait trouvé quelqu'un.
Leur premier repas officiel avec la famille de l'autre eut lieu le même weekend. Tout se passa relativement bien, surtout du côté Weasley grâce à Teddy qui dit qu'il était content qu'elle ait trouvé l'amour. Il souligna ensuite que la différence d'âge n'était pas un problème, faisant ainsi référence à ses propres parents. Ron Weasley, un oncle de Victoire, avait ajouté que le plus problématique était le fait qu'il soit un Serpentard. Cette remarque avait été balayée par Albus Potter et Scorpius Malfoy qui accueillirent chaleureusement leur aîné.
À chaque première fois, ils ressentaient une certaine excitation, l'inconnu ne les effrayaient pas. Victoire aimait Malcolm et la réciproque était tout aussi vraie. C'est pourquoi lorsqu'il lui demanda d'emménager avec lui, elle ne put que répondre par l'affirmative.
Pour tout le monde Teddy et Victoire, c'était une évidence. Pourtant ils avaient leur mot à dire et ne s'en étaient pas empêché. Désormais l'évidence était tout autre. Victoire en était ravie et elle était sûre d'un chose.
Un jour, tôt ou tard, tout le monde le verrait. L'évidence c'était Victoire et Malcolm.
Un jour elle lira un livre moldu, Le Petit Prince, d'Antoine de Saint-Exupéry et elle comprendra. Comme l'enfant qui a apprivoisé le renard, ils se sont tous les deux apprivoisés et pour eux, c'est ça l'évidence.
« - Qu'est-ce que ça signifie « apprivoiser » ?
C'est une chose trop oubliée, dit le renard. Ça signifie « créer des liens... ».
Créer des liens ?
Bien sûr, dit le renard. Tu n'es encore pour moi qu'un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n'ai pas besoin de toi. Et tu n'as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pas pour toi qu'un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde... »
Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince, chapitre XXI
Et voilà.
L'OS est fini, j'espère qu'il vous aura plu.
Tchou
