Bonjour !
Aujourd'hui est un jour un peu particulier pour moi puisque cela fait cinq ans jour pour jour que j'ai posté ma première fanfiction. A cette occasion, je poste donc un OS anniversaire sur le thème de l'écriture (avec zéro drama... oui, comme quoi tout arrive). Il se déroule dans le même univers que mes histoires Aquarelle d'instants, Un dragon ou un sort et Des papillons en hiver mais peut très bien se lire seul.
Bonne lecture !
Le souffle des mots
oOo
« Alors, cette rédaction ? »
Iris leva les yeux de la feuille blanche qu'elle fixait depuis une bonne heure pour toiser sa mère, qui venait de pousser la porte de sa chambre. Réprimant un soupir, la jeune fille s'écarta de son bureau, les sourcils froncés.
« Je n'y arrive pas, » répondit-elle.
Zelena lui offrit un sourire compatissant.
« L'inspiration va bien finir par venir. »
« Hmm... »
Sur ces mots, Zelena referma la porte et quitta la pièce. Dépitée, Iris reporta de nouveau son attention sur la feuille vierge et le stylo plume doré que sa tante Regina lui avait offert pour son quinzième anniversaire à peine quelques semaines plus tôt. Son attention dériva bientôt vers les bibliothèques contre les murs qui croulaient sous les livres. Si cette vision la réconfortait habituellement, cette fois elle ne fit que la décourager un peu plus.
Depuis sa plus tendre enfance, Iris aimait les livres. Un peu, beaucoup, passionnément : c'était bien simple, elle n'en avait jamais assez. Rien n'était plus satisfaisant pour elle que de se perdre dans des univers fantaisistes pendant de longues heures, bercée par le souffle des mots. C'est donc tout naturellement qu'une fois entrée au lycée, elle avait choisi de suivre les cours de littérature et d'écriture. Si elle excellait dans le premier, elle avait rapidement constaté qu'elle avait plus de difficultés dans le second. C'était un fait : elle était meilleure lectrice qu'écrivaine.
Agacée, elle saisit son bloc-notes et son stylo plume avant de descendre voir ce que faisaient son père et sa demi-sœur. Sophie, installée sur la table de la cuisine, planchait sur un devoir de mathématiques sous l'œil d'Hadès, qui se retenait visiblement de l'aider. Très ambitieuse, elle avait postulé dans plusieurs universités prestigieuses et ne supportait pas de ne pas trouver la réponse elle-même.
« Alors, cette rédaction ? » lança Sophie sans lever le nez de ses calculs.
« Oh... je n'avance pas vraiment, » grimaça t-elle.
Elle ignorait pourquoi mais dès qu'il s'agissait d'écrire quelque chose, elle était saisie d'un blocage : elle ignorait par où commencer et trouvait les quelques paragraphes qu'elle parvenait à aligner tout simplement mauvais.
Sophie lui adressa un sourire compatissant. Même si elle aussi aimait lire, elle avait toujours préféré les chiffres aux mots : Iris savait qu'elle ne pourrait pas l'aider.
« Pour quand es-tu censée l'avoir terminée ? » lui demanda son père.
« Le jour de la rentrée. »
C'est-à-dire dans une semaine. Iris était de plus en plus inquiète : son professeur leur avait donné ce sujet de rédaction le jour des vacances, une semaine plus tôt, et elle n'avait absolument pas avancé. Elle n'avait tout simplement aucune idée de par où commencer.
« Je ferai mieux de m'y remettre, » soupira t-elle avant de remonter dans sa chambre.
Elle lança son bloc-notes qui, au lieu d'atterrir sur son bureau, finit sur le sol. Haussant les épaules, elle pencha la tête et observa les tranches des livres de sa bibliothèque. Comme elle enviait tous ces écrivains ! Un tel sujet de rédaction aurait été du gâteau pour eux.
« Qu'est-ce qu'écrire ? » murmura t-elle.
Car il s'agissait bien du sujet qu'elle devait traiter : qu'est-ce qu'écrire ? Si ses camarades s'en étaient réjouis, échangeant leurs idées avec enthousiasme, elle était tout simplement restée paralysée : elle n'avait absolument aucune idée de ce qu'était exactement l'écriture. Il était évident que le professeur attendait une réflexion poussée et ne se contenterait pas d'une réponse aussi simple que prendre une feuille et la couvrir d'encre.
Si seulement je pouvais interroger un vrai écrivain ! songea t-elle.
Alors qu'elle étudiait toujours les titres des livres, comme si l'inspiration allait surgir soudainement, un en particulier retint son attention. Elle le saisit aussitôt.
Il était une fois d'Henry Mills.
Elle se sentit stupide de ne pas y avoir pensé plus tôt. Un membre de sa famille était écrivain. L'excitation montait rapidement en elle : justement, Henry, qui habitait maintenant à Boston, devait venir passer une semaine entière à Storybrooke. Elle allait pouvoir l'interroger à loisir.
La perspective de faire cette rédaction lui sembla aussitôt beaucoup moins effrayante. Ragaillardie, ce fut sans culpabilité aucune qu'elle ramassa son bloc-notes pour le ranger dans un tiroir avant de saisir un livre.
Henry allait l'aider. Une discussion avec lui et elle saurait ce qu'était écrire.
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« Tu m'as tellement manqué, mon chéri ! » s'exclama Regina en lui ouvrant ses bras.
« Toi aussi tu m'as manqué, » sourit Henry en acceptant son étreinte.
Violet franchit à son tour la porte d'entrée avec leur fils Walt dans les bras. Comme toujours, Regina fut émerveillée par la vue de son petit-fils.
« J'ai invité toute la famille à déjeuner... j'espère que ça ne vous dérange pas, » fit-elle.
Henry s'esclaffa doucement. Il n'était guère surpris : sa mère transformait chacune de ses visites en véritable événement.
Comme toujours, il arpenta la maison de son enfance avec un peu de nostalgie, se rappelant de toutes les fois où il avait parcouru le livre de contes que lui avait donné Snow – dont il s'était d'ailleurs inspiré pour écrire son premier livre, Il était une fois.
Même si Regina avait donné rendez-vous à tout le monde pour midi, Snow, David et Neal arrivèrent avec une bonne heure d'avance, tout comme Emma et Killian.
« Est-ce si compliqué de respecter un horaire ? » soupira Regina, toujours affairée à préparer le repas.
« Allez, ce n'est pas si grave, » rit Henry avant d'aller embrasser son autre mère et ses grands-parents.
Parce qu'Hadès était Hadès, lui, Zelena, Sophie et Iris arrivèrent pile à l'heure. Rumple, Belle et leur fils les suivirent de peu. En revanche, il était plus de treize heures quand August, Maleficient et Lily se montrèrent.
« Désolée, nous sommes en retard ! » lança celle-ci.
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« Tu sembles pensif, » lui fit Violet en venant s'asseoir à côté de lui dans l'herbe.
Une fois le repas terminé, tout le monde avait quitté la table et s'était réparti en petits groupes dans le jardin.
« Tu penses toujours à ton prochain livre, c'est ça ? » devina t-elle.
« Oui, » confirma t-il. « Je pense que cette semaine ici va me faire du bien... qui sait, peut-être que je retrouverai l'inspiration. »
Henry se mit à penser à sa carrière d'écrivain. Son premier roman, Il était une fois, avait été un véritable best-seller : la critique avait salué l'audace et l'ingéniosité avec laquelle il avait réinterprété de nombreux contes de fées. Pour écrire ses livres suivants, il avait donc logiquement continué sur la même lancée : La ville maudite, L'île perdue ou encore Des héros et des méchants s'étaient eux aussi hissés en tête du classement des ventes. Ce n'était pas du tout le manque de succès qui peinait Henry : à chaque nouvelle sortie, ses lecteurs étaient toujours au rendez-vous et se bousculaient lors des séances de dédicaces. Par ailleurs, il était souvent acclamé pour la complexité de ses personnages et il avait constaté avec plaisir que les fanfictions sur ses œuvres fleurissaient sur le net.
En réalité, le problème était tout autre : il avait de plus en plus l'impression de ne pas être un vrai écrivain. Après tout, ne s'était-il pas basé directement sur l'histoire de sa famille et ses propres aventures pour écrire ? C'était comme si le mérite ne lui revenait en rien. Il n'était pas comme ces écrivains géniaux qui parvenaient à créer des univers entiers à partir de rien, et doutait de parvenir à l'être. Il espérait beaucoup de cette semaine qu'il allait passer à Storybrooke : peut-être aurait-il enfin une idée qui vienne directement de lui et ne soit pas simplement copiée sur quelque péripétie qu'il aurait vécue.
« Pour moi, tu seras toujours le plus grand des écrivains, » sourit Violet avant de l'embrasser sur la joue et de s'éloigner pour voir comment allait Walt – celui-ci faisait actuellement la sieste.
Henry reporta alors son attention sur Iris. Sa cousine était allongée sur le ventre, le menton posé sur une main, le regard rivé sur un bloc-notes, et ne cessait de soupirer. De toute évidence, elle était victime du syndrome de la page blanche, dont Henry était à son grand désespoir beaucoup trop familier ces derniers temps. Sentant qu'il la regardait, elle leva les yeux vers lui et lui adressa une petite grimace.
Après quelques instants de réflexion, elle se mit sur ses pieds et se dirigea vers lui d'un pas décidé.
« Est-ce que je peux te parler, Henry ? J'aurais besoin de ton aide. »
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Iris était toujours ravie de partager un moment avec sa famille mais ce jour avait une saveur particulière pour elle : elle allait revoir Henry. Malgré leur différence d'âge, elle s'était toujours bien entendue avec lui. Secrètement, elle l'admirait : l'écriture avait toujours semblé être une évidence pour lui. Il était l'Auteur, après tout : le succès de ses livres n'avait fait que confirmer qu'il était fait pour ça. Parfois, un élan de motivation la saisissait et elle s'empressait de saisir une feuille et un stylo, se voyant déjà marcher dans ses traces et devenir une auteure célèbre. Il lui arrivait d'écrire quelques lignes et même quelques paragraphes mais la réalité la rattrapait à chaque fois : elle ne savait pas ce qu'était écrire, elle ignorait totalement comment s'y prendre.
Pendant le repas, puis en début d'après-midi, Iris s'était une nouvelle fois trituré les méninges pour trouver la meilleure manière de traiter le sujet de sa rédaction, sans grand succès. Son bloc-notes était resté posé sur l'herbe sans qu'elle parvienne à y inscrire quoi que ce soit.
Lorsqu'elle s'aperçut qu'Henry la regardait, elle saisit sa chance et se dirigea vers lui. La réponse était juste à portée de main, après tout : une discussion lui suffirait probablement pour la saisir.
« Est-ce que je peux te parler, Henry ? J'aurais besoin de ton aide. »
« Bien sûr. »
Il lui fit signe de s'asseoir à côté d'elle.
« Eh bien voilà, » commença t-elle. « J'ai eu une rédaction à faire pour la semaine prochaine et je suis complètement coincée. »
« Oh ? »
« Oui. Le sujet est "Qu'est-ce qu'écrire ?" alors, je me demandais... Selon toi, Henry, qu'est-ce qu'écrire ? »
Iris leva vers lui deux yeux brillants, mais Henry eut l'air étrangement mal à l'aise.
« Ah... »
Pensif, il se gratta le menton.
« C'est une très bonne question, » fit-il.
« Quelle serait ta réponse ? » l'encouragea t-elle, stylo à la main, prête à écrire tout ce qui sortirait de sa bouche.
« Eh bien... »
Henry fronça les sourcils et Iris sentit son enthousiasme retomber.
« Honnêtement, je n'en ai aucune idée, » avoua t-il avec un petit sourire d'excuse.
Le bloc-notes qu'Iris tenait tomba sur l'herbe.
« Mais tu es écrivain, » insista t-elle. « Un vrai écrivain. Tu dois bien avoir une idée ! »
« Un écrivain, » répéta t-il avec une certaine amertume dans la voix. « En ce moment, j'ai plus l'impression d'être un simple copieur. »
« Comment ça ? »
Il lui fit alors part des doutes qu'il avait concernant les livres qu'il avait écrits jusqu'à présent.
« Si même toi tu ne sais pas ce qu'est écrire, alors je n'arriverai jamais à faire cette rédaction ! » s'exclama t-elle, désespérée.
Elle se voyait déjà être la seule élève à ne pas avoir réussi à écrire la moindre ligne. Pour quelqu'un qui suivait un cours d'écriture, c'était tout simplement l'horreur.
« Tu sais quoi ? » fit soudainement Henry. « Nous avons une semaine pour trouver la réponse. Nous allons mener l'enquête... entre cousins. Qu'est-ce que tu en dis ? »
Il se leva et lui tendit la main. Iris n'hésita pas une seconde avant de la saisir.
« Génial ! »
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Iris passa à l'action le soir même. Alors que Sophie et sa mère étaient dans la cuisine, elle sortit rejoindre son père dans le jardin. Assis sur le perron, il lisait tranquillement.
« Papa ? »
« Oui ? »
« Je me demandais si tu pouvais m'aider. »
« C'est à propos de ta rédaction ? »
Elle acquiesça presque timidement. Hadès lui sourit avec un certain amusement.
« Toi aussi, tu écris, » remarqua t-elle. « Dans ces petits carnets que nous n'avons pas le droit de toucher. »
Depuis aussi longtemps qu'elle s'en souvenait, elle avait vu son père griffonner dans de petits carnets noirs qu'il gardait précieusement. Ni sa mère, ni Sophie, ni elle n'avaient jamais su ce qu'ils contenaient.
« C'est vrai, » acquiesça Hadès.
« Alors qu'est-ce qu'écrire, pour toi ? »
Il la toisa longuement, comme s'il analysait la question, et déclara :
« Tu sais qui j'étais autrefois, n'est-ce pas ? »
« Le Dieu des Enfers. »
« J'ai fait des choses terribles... des choses dont je ne suis pas fier. Dire que je n'étais pas quelqu'un de bien serait un euphémisme. Et puis... »
Il jeta un œil vers la fenêtre ouverte de la cuisine. Le bruit d'une conversation joyeuse parvenait jusqu'à eux.
« Et puis j'ai rencontré ta mère, » reprit-il avec affection. « Elle a véritablement changé ma vie. Cependant... il m'arrive encore d'avoir des idées noires. Pour moi, écrire est une façon d'exprimer mes émotions. »
« Oh... je vois... »
Il lui ébouriffa les cheveux.
« Les plus sombres, et les plus lumineuses aussi. Le jour où tu es née, j'ai rempli un carnet entier. »
Zelena vint alors leur faire savoir que le repas était prêt. Alors qu'ils s'installaient tous les quatre à table, Iris réfléchit à ce que son père lui avait dit. Exprimer ses émotions. Et, alors qu'elle prenait part à la conversation, elle commença à comprendre. Elle se sentait détendue et heureuse quand elle était avec sa famille. A l'image de son père, elle montrait peu ses sentiments, mais en cet instant, elle se sentait capable d'écrire un long texte dans lequel elle leur dirait à quel point elle les aimait.
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Le lendemain matin, Henry rejoignit Iris. Il avait peu dormi la nuit précédente : la question que lui avait posée sa cousine n'avait cessé de lui trotter dans la tête. Hélas, il se sentait toujours aussi incapable d'y apporter une réponse.
« Faisons un tour, » déclara t-il.
Flâner ainsi dans Storybrooke lui rappelait de bons souvenirs. Leurs pas les amenèrent devant l'atelier d'August et ils décidèrent d'entrer pour le saluer. Occupé à réparer un meuble, il discutait tranquillement avec Lily. Henry ne put s'empêcher de sourire en songeant à la manière dont ils s'étaient mis ensemble : une dizaine d'années plus tôt, Regina les avait répartis en binôme pour l'aider à préparer Halloween. Ils ne s'étaient plus quittés depuis.
Henry avisa le petit carnet qui était posé au dessus d'une boite à outils.
« August, » fit-il. « Toi aussi tu es écrivain. »
« C'est un bien grand mot, » s'esclaffa t-il. « Le vrai écrivain ici, c'est toi, Henry. »
Cette remarque lui fit se poser une autre question : qu'était un vrai écrivain ? C'était de cette façon que le qualifiait Iris, et ce parce que ses livres avaient été publiés, contrairement aux récits d'August. Cela le rendait-il pour autant moins légitime que lui ?
« Ne sois pas ridicule, » dit Henry. « Tes histoires sont géniales. »
« Qu'est-ce qu'écrire, pour toi ? » demanda Iris, incapable de se contenir plus longtemps.
August échangea un regard avec Lily et sourit.
« Eh bien... comme vous le savez, Lily et les autres instituteurs lisent un grand nombre de mes histoires aux enfants, à l'école. Alors je pense que pour moi, écrire, c'est avant tout leur faire plaisir... imaginer leurs yeux brillants quand l'histoire est terminée et qu'ils en réclament une autre... pour moi, ça n'a pas de prix. »
Henry comprit sans aucun mal ce qu'il voulait dire. N'éprouvait-il pas lui-même une immense satisfaction en constatant à quel point ses lecteurs avaient aimé ses livres ? N'était-il pas heureux de lire leurs avis sur le net ou de les entendre lors des séances de dédicaces ? Cet aspect du métier d'écrivain pouvait paraître secondaire – lui même, dans ses moments de doute, avait tendance à l'oublier – mais il était pourtant essentiel.
Faire plaisir aux gens... les rendre heureux... écrire, c'est ça aussi, pensa t-il.
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Dans l'après-midi, ils se rendirent au Granny's pour y boire quelque chose et y croisèrent Snow. Assise seule, elle corrigeait un paquet de copies.
« On peut ? » demanda Henry.
« Bien sûr, mon chéri, » répondit-elle avec le sourire.
Tous deux commandèrent un chocolat chaud à la cannelle.
« Qu'est-ce que tu corriges ? » demanda Iris.
Snow, tout comme Lily, avait été son institutrice quelques années plus tôt, et elle en gardait d'excellents souvenirs.
« Ce sont des rédactions. »
« Ah... »
Tout semblait la ramener à ce fameux sujet dont elle ne parvenait pas à tirer le moindre mot. Résolue à ne pas se laisser abattre, elle poursuivit :
« Pourquoi est-ce que tu fais faire des rédactions à tes élèves ? »
Elle-même se souvenait avoir dû en faire un grand nombre. Étrangement, les mots lui venaient bien plus facilement quand elle était petite – peut-être parce qu'elle se posait moins de questions.
« Je pense que c'est un bon moyen de les faire voyager un peu... j'aime les voir froncer les sourcils, perdus dans les méandres de leur esprit. J'aime voir ce que leur imagination est capable de produire. »
Elle les couva d'un regard nostalgique.
« Je me rappelle de vos rédactions. Vous étiez déjà de petits écrivains en herbe... »
Iris rougit et protesta mais Snow ne voulut rien entendre.
« Je ne me trompe jamais. Tu seras comme ton cousin, Iris... une grande auteure. »
Ce fut au tour d'Henry d'être mal à l'aise. Cependant, les arguments de Snow avaient fait mouche : voyager, se perdre dans un autre monde... maintenant qu'elle y pensait, c'étaient effectivement des choses qu'Iris pouvait sans problème associer à l'écriture.
Ce sujet de rédaction lui devenait de moins en moins obscur.
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Le lendemain, Henry passa au poste de police rendre visite à Emma. C'était une après-midi plutôt calme, aussi accueillit-elle la visite de son fils comme une distraction bienvenue.
« Salut, petit, » sourit-elle en l'embrassant sur la joue.
« Je suis plus grand que toi, » protesta t-il en levant les yeux au ciel.
« Je suis ta mère, » rétorqua Emma. « Je me rappelle du jour où tu as débarqué chez moi... tu étais haut comme trois pommes. »
Henry avait eu dans l'idée de profiter du calme du poste de police pour se remettre à l'écriture, aussi s'installa t-il à la place de David – parti en patrouille – et sortit le carnet qu'il gardait en permanence sur lui. C'était très utile lorsqu'il avait ce qu'il appelait des éclairs d'inspiration, qui hélas se faisaient rares ces derniers temps. Il saisit le stylo plume doré que lui avait offert Regina quelques années plus tôt et ouvrit son tout nouveau carnet.
Aucun mot ne lui vint.
Emma l'observait, les sourcils froncés.
« Je ne suis pas un bon écrivain, » murmura Henry.
« Ne sois pas ridicule. Tes livres... »
« Mes livres ne sont que des transpositions romancées de toutes les aventures que nous avons traversées... »
« En quoi cela ne fait-il pas de toi un bon écrivain ? »
Henry fut pris de court par cette dernière réplique. Emma ne lui laissa pas le temps de répliquer et reprit :
« Écoute, Henry. Je me rappelle très bien de l'époque où j'ai débarqué à Storybrooke, quand tu te baladais partout avec ce livre de contes. Tu étais persuadé que tout ce qui y était écrit existait vraiment, et tu trouvais ce livre génial. Parce qu'il te donnait de l'espoir. »
Sa voix n'était pas dénuée de tendresse.
« Je n'y connais peut-être rien en écriture mais moi, ce que je vois, c'est que tes livres donnent de l'espoir à tes lecteurs. Quelle importance qu'ils soient inspirés de faits réels ? C'est le cas de milliers de romans... ça ne veut pas dire que leurs auteurs sont des bons à rien, alors arrête de douter de toi, d'accord ? »
L'espoir. C'était pour ainsi dire la devise de leur famille. Il ne l'avait jamais oubliée mais cette piqûre de rappel était plus que bienvenue. Il sourit et acquiesça doucement.
« D'accord. »
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« Je ne sais pas écrire. »
Alors qu'elle était assise à la table de la cuisine chez sa tante Regina, ce constat s'était imposé naturellement à elle alors qu'elle tentait vainement d'écrire le début d'un récit. Iris commençait à comprendre ce qu'était écrire, mais ça ne voulait pas dire qu'elle savait écrire.
Regina, qui observait un gâteau cuire dans le four, secoua la tête et vint s'asseoir près d'elle.
« Que t'ai-je offert pour ton anniversaire ? »
Iris agita le stylo qu'elle tenait dans la main sans comprendre.
« Précisément. Sais-tu que j'ai offert le même à Henry il y a bien des années ? »
« Ah bon ? »
« Mais oui. »
Si cette information l'enchanta pendant quelques secondes, son enthousiasme retomba vite.
« Henry sait écrire. Pas moi. »
« Henry n'est pas né avec ce stylo dans le main, » s'amusa Regina.
« Qu'est-ce que tu veux dire ? »
Regina se pencha vers elle, l'air conspirateur, et plissa les yeux.
« Tu veux que je te dise un secret ? »
Iris acquiesça vigoureusement.
« Oui, s'il te plaît ! »
« Eh bien... Henry était exactement comme toi, autrefois. »
« Oh ? »
« Je t'assure. »
« Tu dis n'importe quoi. Il était l'Auteur. »
« Ce qui ne veut pas dire qu'il ne doutait pas... je ne compte plus le nombre de feuilles de papier qu'il a froissées parce qu'il n'était pas satisfait de ce qu'il écrivait. »
Iris ne sut pas vraiment quoi faire de cette information. Une part d'elle était rassurée qu'Henry se soit retrouvé dans cette situation avant de devenir un auteur à succès, mais une autre considérait toujours que l'écriture était un don, chez lui.
« Ce que j'essaye de te dire, Iris, c'est que ce que tu écris n'a pas à être parfait. Aucun texte ne l'est vraiment. Ce qui compte, c'est que tu aies pris du plaisir à l'écrire. Et si ça ne te convient pas, rien ne t'empêche de recommencer encore et encore. Les possibilités sont infinies. »
Elle reporta son attention sur le four et en sortit le gâteau, qu'elle déposa juste devant Iris.
« Voilà qui devrait te remonter le moral ! »
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Le lendemain, lorsqu'Iris rejoignit Henry, son bloc-notes était tout aussi vide que son carnet à lui. Ils échangèrent un regard dépité.
« On n'est pas très avancés, hein ? » rit-elle nerveusement.
Ils s'installèrent près de l'étang.
« Oh... je crois que d'une certaine façon, nous avons un peu progressé, » fit Henry avec un clin d'œil.
Iris sortit son exemplaire de Il était une fois et le feuilleta avec nostalgie. Même après toutes ces années, il faisait toujours partie de ses livres préférés. Dès qu'il l'aperçut, le regard d'Henry s'éclaira.
« J'ai une idée, » déclara t-il en saisissant le livre qu'il ouvrit au chapitre où le prince embrassait Snow pour la réveiller.
Il s'agissait bien sûr de versions largement romancées des grands-parents d'Henry – de son propre aveu, celui-ci avait été incapable de faire de sa famille les héros de ses livres.
« Et si ce n'était pas le prince qui l'avait réveillée, mais quelqu'un d'autre ? » fit-il.
« Euh... eh bien, je suppose que... »
Il posa un doigt sur ses lèvres.
« Ne disons rien. Écrivons. »
Amusée, Iris laissa échapper un petit rire.
« Quoi, tu veux qu'on écrive des fanfictions ? »
« Précisément. »
« Bon... d'accord. »
Tous deux se prêtèrent au jeu. Pour Iris, un miracle se produisit : comme par magie, les mots se succédaient sur la première page de son bloc-notes, qui fut bientôt noircie. Elle ignorait ce qui avait fait disparaître le blocage qui l'habitait depuis tant d'années mais elle était trop heureuse pour véritablement s'en soucier.
Elle était en train d'écrire, d'inventer une histoire, d'exprimer ses émotions – la sensation était tout simplement incroyable.
Henry, tout en écrivant, la regardait faire, le sourire aux lèvres. Lui-même n'avait plus autant écrit depuis des mois.
« Alors ? » finit-il par demander quand il la vit poser son stylo.
« Eh bien... je crois que j'ai terminé. »
« Je peux lire ? »
Iris hésita mais finit par lui tendre son bloc-notes.
« Tu ne te moqueras pas, hein ? »
« Bien sûr que non. Tiens, regarde ce que moi j'ai fait. »
Henry lui donna son carnet et entreprit de lire ce qu'elle avait écrit. Dans la version d'Iris, c'était la reine, prise de remords, qui venait réveiller sa belle-fille (et pas en l'embrassant sur le front).
« Ne fais pas lire ça à Snow, » s'esclaffa t-il. « Elle risquerait de faire une attaque ! »
« Alors... qu'est-ce que tu en penses ? »
« J'aime beaucoup ! Tu as eu une très bonne idée. Et je trouve que tu écris bien. »
Le regard d'Iris s'illumina aussitôt.
« C'est vrai ? »
« Je t'assure. Et toi, qu'est-ce que tu penses de ma version ? »
« J'aime bien cette idée de Snow qui n'a besoin de personne pour briser le sortilège et qui se réveille seule. »
Ils échangèrent leurs points de vue avec enthousiasme pendant de longues minutes, puis Henry ouvrit le livre à une autre page, et tous deux écrivirent un nouveau texte, et puis encore un autre, et un autre, jusqu'à ce que le soir tombe.
Écrire, c'est aussi partager, pensèrent-ils tous les deux.
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Le reste de la semaine passa à une vitesse folle. Il fallut rapidement à Iris un deuxième bloc-notes pour écrire toutes les idées qui lui venaient à l'esprit. Lorsque vint le moment de dire au revoir à Henry, elle ne parvint pas à cacher sa tristesse.
« Tu vas me manquer, » soupira t-elle en l'enlaçant.
« Toi aussi, tu vas me manquer... je compte sur toi pour continuer de m'envoyer tes textes ! D'ailleurs, tu devrais les poster sur internet. Ils sont très bons. »
« Tu crois ? »
« Mais oui. Il y a déjà des milliers de fanfictions sur mes livres. Tu aurais des lecteurs, je t'assure ! »
Ragaillardie, Iris hocha la tête.
« Bon... d'accord, je le ferai. Et toi, tu vas écrire un nouveau livre ? »
Henry lui fit un clin d'œil.
« J'ai quelques idées... »
Plus tard dans la journée, Iris s'installa à son bureau et saisit son stylo plume doré.
Elle avait une rédaction à écrire.
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Je m'appelle Iris. Mon prénom veut dire « arc-en-ciel » en grec, alors quand je me demande ce qu'est écrire, je vois des couleurs.
Je vois du rose, d'abord, la couleur de la tendresse et de l'affection : écrire, c'est faire plaisir à ceux qui nous lisent. Écrire, c'est entendre et lire tous leurs remerciements, c'est avoir la satisfaction de leur avoir apporté un peu de joie dans leur quotidien.
Ensuite, je vois du gris : écrire, c'est exprimer ses émotions, qu'elles soient sombres ou lumineuses. Écrire, c'est un cri du cœur, c'est exprimer ce qu'on ne peut pas dire à voix haute, c'est une porte vers nos sentiments les plus profonds. Écrire, c'est jeter une bouteille à la mer que des lecteurs vont ramasser, et peut-être être touchés par son contenu.
Il y a du bleu, ensuite, la couleur du rêve et de la liberté : écrire, c'est inventer des mondes, en approfondir d'autres, c'est une danse de l'esprit, une infinité de personnages et d'univers. Écrire, c'est avoir l'impression que tout est possible, et se réjouir quand on se rend compte que ce n'est pas qu'une impression.
Le bleu précède le vert, qui représente l'espoir, parce que c'est ce qui est à la base de toute histoire. On espère que notre histoire sera bonne, on espère qu'elle plaira au monde entier, on espère qu'elle apportera de l'espoir à tous ceux qui poseront les yeux dessus. Une nouvelle histoire est un nouvel espoir.
Je vois du blanc, aussi, comme le syndrome de la page blanche. Écrire, c'est douter, c'est avoir l'impression de ne pas avoir d'idées ou d'être un mauvais écrivain. Écrire, c'est se tromper et recommencer encore et encore. Écrire, c'est cette sensation que tout un monde est à construire et va prendre vie sur une feuille de papier.
Enfin, je vois du jaune, la couleur de la joie et de l'amitié. Parce qu'écrire, c'est faire ce qui nous plaît, et c'est aussi partager : c'est en discuter avec notre famille, nos amis ou même de parfaits inconnus. Écrire, c'est une véritable passion qu'on la vive seul ou à plusieurs, qu'on soit un écrivain publié ou pas, qu'on écrive des histoires originales ou de simples fanfictions.
Écrire, c'est un monde auquel on peut accéder par un millier de portes, entraîné par le souffle des mots.
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Iris obtint une très bonne note à sa rédaction. Rayonnante, elle en envoya une copie à Henry.
Je t'avais dit que tu étais douée ! Félicitations, lui répondit-il.
Moins d'un an plus tard, toutes les librairies se préparaient à la sortie du nouveau livre d'Henry Mills. Celui-ci était resté très mystérieux sur son contenu et ni son titre, ni sa couverture, ni son résumé n'avaient été dévoilés avant sa sortie. C'est donc dévorée par la curiosité qu'Iris se rendit à la librairie de Storybrooke le matin de sa parution pour aller l'acheter.
Le soir-même, elle s'endormit le sourire aux lèvres.
La vallée aux arcs-en-ciel racontait l'histoire d'une adolescente capable d'ouvrir des portes vers différents mondes grâce à son stylo plume doré. Lorsqu'elle utilisait celui-ci, un arc-en-ciel apparaissait.
Elle n'avait lu que la moitié pour l'instant mais quelques passages de l'histoire lui donnaient matière à réfléchir.
Elle avait bien envie d'écrire une fanfiction, tiens...
