Chapitre 1

L'idée avait été mauvaise, c'était certain, mais, à présent, il était bel et bien trop tard pour revenir en arrière. L'unique option était de presser de plus en plus le pas dans l'espoir d'échapper à ses poursuivants. James Kirk lança un regard en arrière, haletant, des gouttes de sueur perlant le long de son front, cherchant un échappatoire.

Cette planète de classe M n'était pourtant habitée par aucune forme de vie intelligente connue de la Fédération : après études et scan des lieux, la probabilité de tomber sur des êtres doués de parole s'était montré extrêmement faible. De fait, les attaquants n'étaient très certainement pas des autochtones. D'ailleurs, il n'existait aucun doute sur le fait qu'ils savaient parfaitement parler la langue commune puisque Jim avait pu clairement les entendre tandis que celui qui semblait être à la tête du groupe avait ordonné sa capture.

Il avait pris le parti de se séparer de Bones, afin de donner une chance au médecin chef de l'Enterprise de retourner à bord et il espérait clairement que son ami avait pu saisir cette chance.

D'un coup de phaser, en mode étourdissement, Kirk avait vaincu deux de ses ennemis, les attirant à lui, avant de prendre la poudre d'escampette, ce qui avait eu le don de provoquer encore plus de tumulte. A présent, ils n'abandonneraient par leur proie, quelle que soient leur motivation et leur objectif.

Jim sauta subitement dans des feuillages et tenta une dernière fois de contacter l'Enterprise via son communicateur, mais rien n'y fit :tout ce qui sortait de l'appareil était un grésillement synonyme de décès prématuré dudit matériel. Il poussa un soupir d'énervement: il était livré à lui-même. Cependant, il n'avait aucun doute sur le fait que ses amis viendraient le chercher, d'une façon ou d'une autre, tôt ou tard, mais quel moyen avaient-ils à présent de le localiser?

Honnêtement, se séparer du reste de l'équipage sur ces terrains hostiles avait été la plus mauvaise idée de la décennie. D'abord, cette plante qui tentait à tout prix de le gober et dont il avait eu du mal à se défaire, puis maintenant, un tas de gens mal intentionnés à sa suite. Il entendait les pas des hostiles personnages s'approcher rapidement dans sa direction; il comprit alors que fuir ne servirait plus à rien et qu'il ne lui restait qu'une solution: se cacher et espérer qu'on ne le découvre guère.

Il se fit discret, ralentissant sa respiration, s'applatissant dans les buissons. Il resta dans cette position désagréable quelques minutes, sentant que quelque chose le piquait à travers ses vêtements, sans doute les feuillages des plantes alentours. Il tentait de supporter cette douloureuse sensation tandis que ses yeux bleus observaient avec intérêt ses poursuivants le dépasser sans le remarquer. Il put reconnaître des habitants d'Orion, ce qui ne l'étonna guère -ceux-ci étant connus pour être des pirates sans vergogne -, mais ne connaissait pas la provenance des autres créatures. De toute façon, les caractéristiques ethniques de ses assaillants n'étaient pas ce qui importait le plus en ce moment.

Tandis qu'il pensait pouvoir se lever et être tiré d'affaire le temps de trouver un quelconque plan pour communiquer avec l'Enterprise, il sentit de puissants bras l'aggriper et le soulever avec une facilité déconcertante, comme on soulèverait un petit sac de pommes de terre.

"Commandant, je l'ai trouvé!" Une voix venait de résonner derrière lui et il se trouva en hauteur, à près de deux mètres du sol, bougeant les jambes comme un jeune chiot que l'on viendrait de retirer d'une piscine.

Quelle que soit la chose ce qui venait de l'attraper, c'était bien grand, d'une taille impressionnante. Jim donna plusieurs coups de pied et de poings à l'aveugle, lâchant au passage quelques insultes pertinentes. Il comprit qu'il avait frappé suffisamment fort lorsque son adversaire lâcha prise et que le dos de l'officier de Starfleet vint se cogner brusquement contre le sol terreux. Le Capitaine lâcha un cri de douleur et rampa pour se défaire de l'emprise de son adversaire. Mais, à peine avait-il fait quelques pas que la créature le rattrapa par les jambes. Il se débattit comme un brave, et son adversaire dut s'y reprendre à plusieurs reprises avant de parvenir à l'aggriper de façon certaine. Par la même occasion, et d'un coup bien placé, il le désarma et Jim ne put que regarder avec crainte et dépit son phaser retomber plusieurs mètres plus loin.

"Tu vas nulle part..." souffla la créature en l'emprisonnant sous son poids, le retenant d'une main, contre le sol. A ce moment, Kirk put l'observer sous de plus proches coutures. C'était en effet une sorte de géant, de type humanoïde, la peau d'un orange sombre et des yeux noirs comme l'ébène. Deux points noirs aussi fascinants qu'effrayants.

"Ne l'abîme pas!" C'était un Orion qui venait d'approcher, très certainement le fameux capitaine du groupe. Il jeta un regard plein de mépris à l'homme à terre et se pencha pour l'observer comme on le ferait avec un animal sauvage. Il le força d'ailleurs à ouvrir la bouche, se calmer et admira sa peau claire. Son regard sembla indiquer qu'il était plutôt satisfait de sa prise.

Jim tenta de saisir sa chance par le dialogue. "Ecoutez, je suis ici en paix, venu explorer cette planète. Je suis désolé si ma présence vous a gênés, mais il serait mieux pour vous de me laisser partir." Le jeune homme était certain du fait que ses agresseurs avaient reconnu son uniforme et qu'ils connaissaient très bien les risques encourus pour s'en être pris à un officier de Starfleet et, à travers lui, à toute la Fédération. Son interlocuteur n'ayant pas l'air convaincu, il ne put s'empêcher de reprendre la parole, avec son charme habituel, cette fois-ci à l'attention du géant vert qui le tenait contre lui: "On m'a souvent dit que j'étais irrésistible, mais je ne pense pas que ce genre de promiscuité soit adaptée, on se connait à peine."

"Je connais quelqu'un qui serait prêt à payer une très bonne somme pour un humain tel que celui-ci." répondit simplement l'Orion, ignorant totalement la requête et encore plus la remarque de cet être qu'il considérait alors comme lui étant inférieur. Il n'allait tout de même pas écouter et encore moins débattre avec lui. L'extraterrestre se releva et fit un bref signe de la main à l'un de ses hommes.

"Une somme?!" s'exclama Kirk en remuant tous ses membres pour tenter encore en vain de se défaire de l'affreuse emprise qu'exerçait le géant. "Je ne suis pas à vendre!" ajouta-t-il ensuite, sur un ton de défi, une lueur sauvage dans les yeux. S'ils pensaient que James T. Kirk allait se laisser faire sans jamais riposter, ils se trompaient profondément et celui-ci se tortillait comme un diable. D'ailleurs, son agresseur semblait commencer à faiblir, à moins que ce ne soit simplement une preuve de lassitude face au comportement si hostile de sa proie qui le fit bouger un peu et quitter sa place de quelques centimètres.

Le jeune homme allait reprendre la parole, mais il sentit une affreuse piqûre dans le cou, lui qui détestait tant les hyposprays du Dr. McCoy, le voilà servi. On venait de lui injecter une sorte de sérum et le produit devait être puissant car, aussitôt, il se sentit fébrile, ne pouvant ni bouger, ni parler, puis il sombra, en l'espace de quelques secondes seulement, dans les bras de l'inconscience.

Spock entra sur la passerelle d'un pas pressé, son air impassible sur le visage, il ne montrait rien de son état émotionnel si ce n'était dans l'urgence de ses mouvements. Cela faisait trois heures qu'ils avaient perdu Jim Kirk. Aucune trace de lui dans l'hostilité étendue de la planète, mais des traces de lutte suspectes, vers la zone où s'était dirigé leur commandant. Ils avaient même trouvé un phaser et puisqu'ils étaient les seuls à en posséder dans cette zone à leur connaissance, la probabilité que ce soit celui de Kirk était particulièrement élevée.

"Des nouvelles du capitaine?" demanda-t-il.

"Nous avons scanné la planète, impossible de le localiser. Son communicateur doit être hors d'usage, ou alors quelque chose brouille le signal. Les formes de vie détectées plus tôt ont disparu." déclara le lieutenant Uhura, de façon professionnelle, bien qu'elle craignât pour la vie de leur capitaine. Ce dernier avait le chic pour se retrouver dans des situations dangereuses et c'était peu dire. Il fallait croire que la malchance le suivait car rares étaient les missions durant lesquelles tout se passait comme initialement prévu.

"Il ne serait donc plus sur la planète." conclut le Vulcain, perdu dans ses réflexions. Il serait illogique de se télétransporter de nouveau sur la surface afin d'effectuer de nouvelles recherches si les scanners ne détectaient aucune présence humaine dans les lieux. Mais que pouvaient-ils faire d'autre?

Alors que Spock allait appeler deux hommes de sécurité afin de l'accompagner en salle de téléportation, il fut interrompu par la voix de Pavel Chekov. Le jeune homme ne put cacher la crainte, bien présente de part les vibrations de sa voix, tandis qu'il observait, sourcils haussés, l'appareillage lui faisant face.

"Commander, nos radars détectent un vaisseau. Il semble très proche de nous."

"Prime Alerte!" indiqua-t-il, mettant le vaisseau en branle-bas de combat afin de parer à toute éventualité. "Que disent nos scanners?" demanda le Vulcain, reprenant place sur la chaise de commandement, prêt à guider une défense structurée s'il le fallait.

"Nous ne parvenons pas à le scanner, Commander." répondit M. Sulu, intrigué. "On dirait qu'il possède une technologie de camouflage." ajouta-t-il ensuite, retentant cependant l'expérience à plusieurs reprises, dans le cas où le matériel aurait été inopérant ou qu'une brèche soit trouvée, mais toutes ses tentatives se soldèrent par un terrible échec.

"Tentez de le contacter." ordonna le Commander. Il serait logique que Kirk se trouve à bord de ce vaisseau, ou du moins, que ce bâtiment ait quelque chose à voir avec sa disparition. La première étape logique était donc d'essayer d'entrer en contact avec l'équipage de ce navire. Néanmoins, cela semblait étrange qu'ils ne l'aient pas repéré plus tôt, l'USS Enterprise étant l'un des vaisseaux les plus avancés de la flotte, il était clairement difficile de lui échapper.

"Ils ne répondent pas." finit par constater Uhura quelques instants plus tard. "J'ai tenté plusieurs fréquences, ils nous ignorent." Elle gardait contenance, mais, au fond d'elle, la crainte d'avoir perdu pour de bon leur casse-cou de capitaine ne cessait de croître. Pourquoi fallait-il donc toujours qu'il se retrouve dans les pires situations?

"Alors suivez-le, Mr. Sulu. Ne le perdez pas, mais gardez une distance de sécurité." déclara Spock, les yeux rivés sur l'écran. Au loin, dans l'obscur espace, se détachait la silhouette grise d'un vaisseau. Il avait une forme étrange, de type cylindrique, aucun élément, aucune immatriculation ne permettait de définir sa provenance ou son type et le Vulcain ne se souvenait pas d'avoir jamais croisé quelque chose de tel, mais son instinct, son lien fraternel avec le Capitaine Kirk lui soufflait que celui-ci se trouvait à bord de cette étrange machine.

Bones, jusque-là silencieux et très concentré sur la situation, arqua un sourcil et ne put s'empêcher de prendre la parole:

"On ne va tout de même pas l'abandonner pour suivre ce truc!" déclara-t-il, fortement, indiquant son désaccord.

Le vulcain ne lui accorda qu'un bref regard.

"Docteur, si Jim est en vie, il ne fait nulle doute qu'il est à bord de ce 'truc'. Vous avez dit que vous aviez entendu des voix, des personnes désireuses de s'en prendre à lui. Sachant que nos analyses et notre base de données nous indique qu'il n'y a jamais eu aucune forme de vie douée de parole sur cette planète, il est logique de penser que les ravisseurs viennent de l'extérieur. Nous venons à l'instant de voir un navire inconnu quitter l'orbite de cette même planète et nous savons que le capitaine n'a pas été tué puisque si tel était le cas, nous aurions retrouvé son corps. Nous avons scanné à plusieurs reprises la surface, sans résultat. J'estime donc à 83,743% les chances que la disparition du Capitaine ait un lien avec ce 'truc'".

Bones grogna de frustration face à cette réponse, donnant de cette manière raison à celui qu'il aimait qualifier de gobelin au sang vert.

Ne voyant plus aucune objection de la part de son interlocuteur, Spock s'empara d'un PADD et commença à rechercher des informations sur ce qu'il venait d'observer, mais aucune note n'était disponible. Il fronça les sourcils, étonné et très intrigué par la situation. Pour le moment, les faits ne pésentaient aucune cohérence. A vrai dire, ils n'avaient même pas de faits certains, mais plutôt des idées ou des intuitions, ce qui n'amenait guère à de grands résultats; surtout pour un esprit logique et empirique tel que celui du Commander. La voix de Pavel le tira soudainement de ses pensées.

"Il a disparu! D'un coup!" s'exclamait le jeune homme avec stupeur, effarement et dépit, les traits de son visage indiquant ses émotions avec précision. "Plus rien!" lança-t-il, observant les résultats des radars. Il se tourna vers le premier officier, qui était de facto, à présent, le capitaine. Le vaisseau avait tout bonnement disparu, comme subitement aspiré ou devenu invisible, et il n'existait plus aucune trace de sa présence dans les lieux.

"Enseigne Chekov, pouvez-vous suivre la trace de ce bâtiment?" demanda Spock.

"Impossible, Commander." répondit le jeune homme. "C'est comme s'il n'avait jamais été là..." ajouta-t-il.

"Chaque vaisseau laisse une emprunte. Il faut absolument que nous trouvions celle que celui-ci a pu émettre." déclara le Vulcain d'une voix grave.

Sur la passerelle, tout le monde s'était tu, observant d'un oeil attentif et inquiet l'écran sur lequel ils ne pouvaient plus rien voir d'autre que la noirceur et les astres.

"Bon sang, Jim, dans quoi t'es-tu encore fourré?" murmura Bones dans un chuchotement indistinct. Mais le silence et l'effroi était tel que chacun put l'entendre et force était de constater que tout le monde se posait la même question.

Groggy, Jim ouvrit les yeux dans ce qui semblait être une sorte de cellule: une baie transparente lui faisait face et l'endroit était aussi étroit qu'un placard. Les yeux encore embrumés, il regarda autour de lui, tentant de comprendre où il se trouvait et de se remémorer les événements qui l'avaient conduit dans ce mystérieux endroit. Il se leva avec difficulté, ses jambes lui paraissant molles et la gravité bien plus puissante que d'habitude. Lorsque le capitaine Kirk tenta de lever le bras afin de passer une main sur son front plein de sueur, il lui sembla que ce membre était aussi lourd qu'une solide roche. Il se laissa donc retomber contre le sol, nauséeux.

Bon sang, que lui avait-on injecté? Si son médecin chef avait été présent, nulle doute qu'il aurait rapidement vérifié que son patient ne faisait pas d'allergie voire même, pour rajouter du drama, de choc anaphylactique. La liste des allergies présente dans son dossier médical était déjà bien longue et malheureusement non-exhaustive.

Il garda cependant les yeux ouverts et rampa jusqu'à la vitre, faite d'une matière incommensurablement solide et incassable... Au travers, il put observer les lieux: il était sans conteste à bord d'un vaisseau; plus loin, deux autres cellules contenaient d'autres personnes, les unes en train de comater, les autres en train de frapper contre la vitre dans l'espoir vain que quelqu'un ne vienne leur porter secours. Ce n'était pas des terriens, mais toutes étaient de type humanoïde, et certaines semblaient blessées, quelques unes étaient même en train de se contenir d'hurler.

Kirk les observa un long moment en silence, se demandant ce qu'il faisait là, pourquoi on l'avait enlevé. Son cerveau ne semblait que peu coopératif, pourtant les raisons n'étaient pas si nombreuses. Il restait à savoir si c'était son statut de capitaine de Starfleet qui lui avait valu cet emprisonnement ou si cette situation n'était qu'un malheureux hasard. Son esprit remarqua cependant quelques informations: aucun garde, rien pour les surveiller, mais très certainement un système de sécurité et de vidéosurveillance au point, il ne voyait pour l'instant aucun moyen de fuir, surtout si son corps préférait rester là à embrasser le sol plutôt que d'écouter la raison de son propriétaire.

Pourtant, c'était inscrit dans son ADN, il ne croyait pas au scénarii sans espoir et refusait de penser qu'il était perdu: il y avait toujours une solution. Mais le fait était qu'il ne la voyait guère pour le moment et que son corps refusait toujours de réagir.

Fermant les yeux, il sombra de nouveau rapidement dans l'inconscience, malgré une lutte acharnée pour se tenir alerte.

Lorsqu'il se réveilla, il n'était plus dans sa prison, mais maintenu debout dans un espace ouvert : ils s'étaient retrouvés sur une planète, très vraisemblablement de classe M, puisque l'air y était respirable et les alentours ressemblaient grandement à des paysages terrestres, bien que la température lui sembla quelque peu fraîche et l'air lourd. Il fallut au moins cinq bonnes minutes pour que l'esprit embrumé de notre cher capitaine ne fasse l'analyse de tout ceci. Il sentait une présence derrière lui et comprit que l'alien orange le tenait fermement.

"Il est réveillé, il peut tenir debout tout seul..." déclara une voix rauque.

Et les deux bras qui le tenaient par les épaules le relâchèrent subitement. Ses jambes ne s'y attendant guère, il tomba lourdement au sol et afficha un petit rictus de douleur tandis que son genou se cognait contre une pierre.

"Relève-toi!" grogna son gardien et Kirk n'eut d'autre solution que d'obéir.

Ce fut à cet instant que les alentours devinrent clairs, que son esprit se relâcha et qu'il comprit qu'il ne portait aucun vêtement. Le jeune homme se trouvait là, complètement nu, au milieu d'une sorte de clairière. Un vent frais battait son corps et il ressentit le besoin humain de cacher ses parties intimes, ce qu'il fit aussitôt de ses mains. Perdu, il observa les environs, cherchant un chemin de fuite, mais aucune opportunité de ce type ne s'offrait à lui. Une foule non négligeable se tenait autour d'eux, dans un cercle bien formé. S'il se mettait à courir, il serait aussitôt rattrapé et vues les circonstances, il ferait mieux de se tenir tranquille. Que pourrait-il donc faire à poils à courir dans les champs et dans le froid? Quelle chance avait-il de s'en tirer en suivant une idée si stupide? Mais peut-être était-ce mieux que de ne rien faire...

Mais avant qu'il ne puisse se décider si oui ou non, cela valait le coût de jouer les Adam au Jardin d'Eden, l'être à la peau orangée le tira par le bras.

"Reste droit. Bras sur les côtés. Bouge pas." Il n'y avait pas tellement de violence dans ses gestes, pour cette fois, comme s'il voulait éviter d'endommager davantage le jeune capitaine ou que quelqu'un lui avait interdit de montrer trop de brutalité à son égard en présence de cette foule opaque.

Une des figures présente dans l'assemblée s'avança finalement pour venir à la rencontre du terrien, après avoir discuté longuement avec certains de ses congénères. C'était un autre être humanoïde, à la peau aussi blanche que du lait, sa tête se trouvait posée sur un cou considérablement plus long que celui d'un être humain moyen et ses yeux étaient d'un rouge rubis intense. Ses oreilles paraissaient légèrement pointues et l'être arborait un étrange sourire en dévisageant l'officier de Starfleet. Ce dernier n'avait jamais eu vent de cette espèce, si bien qu'il était également en train de l'observer, non pas avec méfiance, mais avec intérêt, bien qu'il se tenait sur ses gardes... La scène ressemblait vaguement à celle de deux animaux en train de se renifler et jauger la situation.

Jim fit soudainement un large bond en arrière lorsque l'autre le toucha de ses longs doigts fins. Le grand orange n'attendit pas une seule seconde avant de l'attraper et le porter comme un enfant pour le remettre à sa place, tandis que le capitaine se débattait de nouveau quelques instants, en vain.

"Excusez-nous, il est sauvage." indiqua le chef des ravisseurs, le fameux Orion, jusqu'à présent silencieux et en retrait et à qui Kirk ferait bien ravaler sa propre peau verte. "Voulez-vous qu'on l'attache?"

L'extraterrestre fit un signe de la main, répondant à la négative. Un de ses congénères s'approcha et les deux êtres entamèrent une conversation dans une langue que Jim ne connaissait pas. Au bout de quelques minutes, la seconde créature sortit un appareil semblable à une sorte de petit tricordeur, mais paraissant bien plus avancé, et parcourut la moindre parcelle du corps du capitaine à l'aide de cet outil. Les informations renvoyées par la machine semblèrent la satisfaire, puisqu'elle affichait un sourire. D'ailleurs, ce sourire lui donnait vraiment l'air humain... A moins que cette moue ne signifie autre chose que de la joie dans leur civilisation, ce qui n'était pas à exclure de l'équation.

Une voix féminine s'éleva dans l'espace: "Vous ne nous aviez pas menti, il est en bon état, et c'est un beau spécimen pour un terrien, plutôt robuste, mais vous auriez pu éviter de lui faire ces marques. Je demande une baisse de son prix d'au moins trente pourcent."

C'était la première créature, celle qui avait touché Jim un moment auparavant, qui venait de prendre la parole, indiquant de ses doigts fins les égratignures et les bleus parsemant le corps de l'officier, ci-et-là, comme des preuves d'un usage abusif de la force à son encontre.

Lorsqu'elle parlait, il y avait comme une atmosphère de légèreté qui inondait l'air, rendant le moment moins difficile à supporter. Elle croisa alors le regard sombre du jeune homme, furieux d'être considéré comme un animal, mais qui préféra cependant garder le silence: s'il avait une chance de s'échapper, ce n'était pas encore les circonstances adéquates, malgré son tempérament qui le poussait à se lancer bien souvent dans des causes perdues d'avance. Pour l'instant, des marchands d'esclaves étaient en train de le vendre à des extraterrestres inconnus. Génial, c'était ta veine, Jim, songea l'homme, observant discrètement les environs, aux aguets de la moindre opportunité.

"Comme je vous l'ai dit: il est sauvage. Nous ne sommes pas responsables des blessures qu'il s'est infligées lui-même." indiqua l'Orion, poliment, mais on pouvait clairement entendre du dédain dans le son de sa voix ainsi que beaucoup de frustration.

"Certes, peut-être est-ce le cas, mais il est imparfait, avec ces traces. Il a été abîmé, peu m'en importent les raisons. Il est trop cher. Trente pourcent." dit-elle en fixant longuement son interlocuteur. "Même avec ce rabais, nous vous offrons un meilleur prix que n'importe quel acheteur potentiel." continua la créature blanche, affichant un air déterminé.

L'Orion fit mine de réfléchir, observant avec très fort intérêt son interlocutrice, cherchant à voir sur ses traits la moindre hésitation, le moindre signe indiquant si elle serait prête à revoir ses conditions.

Il finit par hocher la tête.

"Vingt-cinq pourcent." déclara-t-il d'une voix forte.

Quelques secondes seulement s'écoulèrent, puis l'extraterrestre fit un signe de la main et cela eut le don de réjouir son interlocuteur. Il n'y avait aucun doute que l'accord venait d'être passé.

"Y a-t-il d'autres spécimens qui vous intéressent?" demanda-t-il, un sourire victorieux sur le visage. Il n'eut en retour qu'un simple silence, plutôt pesant, sans doute signe d'une réponse négative.

La femelle à la peau laiteuse s'approcha de nouveau de son achat, affichant un sourire serein, du moins, c'était à cela que s'apparentaient les traits de son visage dans la civilisation humaine. On vint déposer avec soin et douceur une sorte de cape sur épaules de Jim, qui commençait à trembler de froid. Le jeune homme ne se fit pas prier et s'enroula dans le drapé fin, mais chaud, cachant ainsi par la même occasion ce corps qu'il n'avait jamais eu aucun envie de montrer à cette foule entière, bien qu'il soit quelqu'un de remarquablement satisfait de son apparence.

"Sais-tu parler?" lui demanda la femelle, naturellement, avec une voix très douce.

"Evidemment que je sais parler..." rétorqua Kirk, sur la défensive. "Je ne suis pas un animal." Ces créatures n'avaient, à première vue, pas l'air d'être méchantes ou malveillantes, mais elles venaient de l'acheter en tant qu'esclave. Que feraient-elles donc de lui si elles en étaient encore à suivre cette pratique barbare de la servilité d'êtres considérés inférieurs?

Qui plus est, elles semblaient l'avoir acheté pour son physique... Alors que comptaient-elles lui faire faire? Des travaux intenses? Des tâches beaucoup plus humiliantes? Jim fit la moue à cette pensée: il lui fallait fuir. Mais il se trouvait sur une planète dont il ne connaissait guère le nom et ne savait pas s'il y existait une quelconque forme de civilisation.

Son interlocutrice ignora simplement la remarque. "Bien, nous allons donc pouvoir discuter un peu durant le voyage. Ne t'en fais pas, nous, les Gamériens, ne sommes pas belliqueux. Nous ne te ferons aucun mal. Je t'assure que tu seras très bien traité parmi nous."

Sa phrase eut le don de calmer quelque peu le Capitaine. Certes, il ne lui faisait nullement confiance, mais le ton de la voix de cet extraterrestre était serein, doux, tendre. Elle ne sonnait pas comme quelqu'un qui comptait lui faire du mal, du moins, pour le moment. Gamériens? Ce nom lui disait vaguement quelque chose, mais il ne parvenait pas à se souvenir où il avait pu le lire ou l'entendre.

"Mais qu'attendez-vous de moi?" demanda-t-il finalement, tandis qu'il était escorté vers une sorte de petit vaisseau. Ainsi, il avait au moins la certitude que cette espèce ne vivait pas sur cette planète. "Ecoutez, je suis le Capitaine James T. Kirk de l'USS Enterprise, et vous devez savoir que ma disparition ne sera pas ignorée. On viendra me chercher. Alors, si vous voulez éviter les ennuis, il serait mieux que vous m'écoutiez et m'aidiez à retrouver les miens." indiqua-t-il. On ne savait jamais, peut-être que la solution était aussi simple que cela.

Son interlocutrice se contenta de hocher la tête: "N'aie pas peur." répondit-elle simplement, ignorant une fois de plus la remarque de l'humain. Elle posa une main rassurante contre la joue de son interlocuteur et, cette fois-ci, Kirk ne s'écarta pas. Son pouls se calma soudainement et il la suivit simplement, sans porter aucune résistance, qu'elle soit d'ordre moral ou physique. Serait-il possible qu'elle ait ce genre de pouvoirs?

Spock se tourna vers Nyota Uhura, attentive à ses ordres.

"Lieutenant, ouvrez un canal avec l'Amirauté." indiqua-t-il. La jeune femme s'exécuta aussitôt.

"Ici, le Capitaine par intérim de l'USS Enterprise, Mr. Spock. Comme indiqué il y a 2,35 jours, nous avons perdu toute trace de notre Capitaine, James T. Kirk durant nos explorations sur la planète Alpha Gama VII. Certains indices tendent à indiquer qu'il existe un fort risque que le Capitaine ait été enlevé. Nous avons suivi ce qui semble être les traces laissées par un vaisseau spatiale d'origine inconnue, mais ces traces sont disparates et nous n'aurons bientôt plus de piste. Nous demandons une aide dans les recherches. Spock terminé."

Quelques minutes plus tard, apparut sur l'écran le visage de l'Amiral Barnett. Après un échange de banalités et une explication plus approfondie des événements par le Vulcain, l'Amiral fit part de ses décisions.

"Nous allons dépêcher un navire de recherche dans votre zone. Cependant, d'autres missions attendent l'Enterprise, notamment la remise de vaccins à chercher sur la Base 7 et à rapporter sur Beta Sigma V. Si vous n'avez plus de piste au bout d'une semaine, vous abandonnerez les recherches. Vous avez sept jours, est-ce clair, Mr. Spock?"

Un silence s'installa l'espace de quelques secondes.

"On ne peut plus clair, Amiral." répondit simplement le Commander.

"Très bien. Barnett Terminé." Et l'écran redevint noir, laissant paraître de nouveau l'espace et les étoiles.

"Ils veulent l'abandonner?" s'exclama Bones, rouge de colère. "Sérieusement?" continua-t-il. "Et vous allez les laisser faire?" ajouta-t-il à l'attention de Spock, qui se tourna vers lui brusquement.

"Dr. McCoy, nous avons encore sept jours. Et peut-être que le navire de recherche nous apportera une aide non négligeable."

Mais la vérité, malgré le fait qu'il voulait se montrer optimiste devant son équipage – quelque chose qu'il avait appris auprès de Kirk – était que Spock avait déjà calculé, d'après les données actuelles, les chances de retrouver le Capitaine en vie. Ces chances étaient de 5,678 pourcent. Parmi le restant, il y avait 19,435 pourcent de risque de le retrouver mort et 74,887 pourcent de risque de ne jamais le retrouver.