Je lisais, j'ai eu une idée, j'ai décidé d'écrire.

L.


Elles formaient un couple que peu comprenait. Il n'était pas conventionnel. Il n'était pas logique. On doutait de leur couple. On doutait de leurs motivations. Comment expliquer cette union entre deux ennemies ? Entre Hermione et Bellatrix

Mais si les commérages allaient bon train, elles ne semblaient pas s'en soucier. Elles semblaient survoler les préjugés, les commentaires, les insultes. Elles ne s'intéressaient qu'à l'autre.

Quand elles participaient à l'une des soirées mondaines des grandes familles ou du ministère, leurs yeux n'avaient pour tout centre d'attention que l'autre. Elles remplissaient leurs devoirs sans jamais perdre l'autre de vue.

Elles sortaient fréquemment, profitant de la compagnie de l'autre. Elles ne semblaient jamais s'en lasser. Aucun geste, aucun mot, aucune allusion ne laissait entendre qu'elles se disputaient, qu'elles s'en voulaient pour un motif ou un autre.


Hermione aimait voir sa femme lui sourire. Elle aimait la regarder s'entraîner, lancer des sorts avec une facilité déconcertante. Parfois, elle acceptait d'être son adversaire.

Bellatrix aimait voir sa femme lire près du feu. Elle aimait la regarder traiter une affaire officielle. Elle aimait l'entendre défendre ses convictions. Elle acceptait de l'accompagner au ministère lors des soirées.


Parfois, Bellatrix s'emportait et accablait un collègue d'Hermione ou la défendait un peu trop âprement.

Parfois, Hermione repensait aux jours sombres et refusait que Bellatrix l'approche ou refusait d'aller voir Narcissa.

Alors, dans ses moments, elles pouvaient se disputer, élever la voix, perdre patience. Elles s'éloignaient, partant dans des pièces différentes, se défoulant chacune selon ses préférences. Puis, elles se retrouvaient plus tard, dans le salon, le jardin, leur chambre et en un regard tout était pardonné.


Un jour, Bellatrix tomba malade. Comme on tombe malade, sans s'y être attendu. Elle n'y prêta pas attention. Ce n'était pas grand-chose, elle avait survécu à pire.

Hermione faisait attention, lui proposait des potions qu'elle prenait pour lui faire plaisir. Mais elle était sûre que ce n'était rien.

Et puis la maladie s'est aggravée. Elle toussait pendant de longues minutes, supportait mal la lumière du soleil, avait des maux de tête qui la clouaient au lit. A vrai dire, elle passait maintenant la plus grande partie de ses journées au lit.

Hermione, le cœur douloureux de voir celle qu'elle aimait dans cet état, tentait de garder une figure courageuse.

Aucune n'était dupe. Bellatrix n'en sortirait pas vivante.

Elles étaient deux des plus puissantes sorcières, deux des femmes les plus intelligentes. Et elles ne pouvaient rien. Elles avaient tenté des remèdes sorciers, des remèdes moldus, des sorts, des incantations. Rien ne venait à bout de cette maladie. Cette foutue maladie !


Hermione restait à son chevet, lui parlait de tout et de rien, faisait semblant que sa conversation avait un sens, un intérêt quelconque. Mais Bellatrix n'était pas du genre à accepter d'être dorlotée. Elle avait accepté sa situation, du moins le croyait-elle. Hermione avait été si prévenante toutes ses années et plus encore ses dernière semaines, c'était à elle de pousser Hermione à vivre sa vie.

-Sors, mon amour. Tu devrais aller au bureau, on a sûrement besoin de toi.

-Tu as besoin de moi. Tu es plus importante que mon travail.

-Je n'ai pas besoin de toi. Je suis bloquée dans ce lit ! Je ne peux rien faire. Ni toi non plus. Alors sors !

Elle s'énervait fréquemment, plus que d'habitude. Son épouse ne lui en tenait même pas rigueur. Elle acceptait à contre cœur de faire ce qu'elle lui demandait et sortait ou allait voir des amis.

Ses sorties correspondaient généralement aux visites de Narcissa. Alors, Bellatrix recommençait son cirque.

-Tu ne devrais pas venir voir ta sœur. Tu devrais aller faire les magasins, t'occuper de tes associations, voir du monde, voir ton fils.

-Mon fils est adulte, a une famille et est en bonne santé contrairement à toi.

-Je ne suis pas moribonde ! On aura le temps de se voir après !

Un vœu pieux. Elle le savait pourtant qu'il ne resterait peut-être pas beaucoup de temps. Elle adorait sa petite sœur. Vraiment. Mais elle ne pouvait pas l'obliger, ni Hermione, à mettre sa vie entre parenthèses pour l'accompagner dans cette déchéance.

Elle avait survécu à deux guerres, elle avait survécu au Seigneur des Ténèbres, elle avait su s'intégrer dans ce nouveau monde, elle avait appris à aimer, elle avait aimé, elle avait vécu des années de bonheur avec son épouse. Et elle mourrait d'une maladie. D'une foutue maladie ! Quelle ironie !


Elle insistait pour se lever, profiter du salon et même du jardin malgré la lumière éblouissante. Elle ne voulait pas priver Hermione des derniers plaisirs qu'elles pouvaient vivre ensemble même si c'était une simple promenade dans le jardin. Pitoyable ! Elle, l'ancienne main droite du Seigneur des Ténèbres, terrassée par la lumière du soleil, battue par quelques pas hésitants dans un jardin !


Quelques fois, la journée était bonne. Elle se réveillait sans douleur. Elle ne toussait que très peu. Il suffisait de tirer les rideaux dans l'après-midi. Durant ces journées, elle pouvait croire que tout irait bien, que c'était une journée normale. Elle parlait avec Hermione. Elle riait avec elle. Elle dansait avec elle.

Et surtout, elle profitait du sourire d'Hermione, du rire d'Hermione, des bras d'Hermione.

Durant ces journées, elles pouvaient se coucher ensemble sans craindre les gémissements de douleur. Alors le soir, elles pouvaient s'aimer librement comme autrefois. Elle tentait de combler les journées passées au lit, passées à souffrir, passées à s'énerver par des baisers fiévreux, des caresses passionnées, des mots sacrés. Elle voulait qu'Hermione puisse se souvenir d'elle avec ces moments de tendresse, de complicité, d'amour plutôt que des moments d'irritation, de colère, de désespoir, de douleur. Elle voulait laisser un souvenir aimable et non un souvenir regrettable.


Certains jours étaient bons. Certains jours étaient… certains jours étaient horribles. Hermione souffrait autant que sa compagne. Hermione quittait parfois la chambre parce qu'elle ne pouvait plus retenir les larmes qu'elle refusait de faire couleur devant la femme qu'elle avait épousée pour le meilleur et pour le pire, dans la maladie comme dans la santé. Quand on promet ces vœux, on n'imagine jamais que le mariage qu'on est en train de célébrer sera pour le pire. On n'imagine jamais qu'on devra réellement faire face à la maladie. On imagine juste que le bonheur qu'on ressent ce jour-là sera éternel. On imagine juste que la personne à qui on se lie devant tant de témoins sera à nos côtés et s'endormira en même temps que nous. Il ne peut pas en être autrement ! Il ne devrait pas en être autrement !

Parfois, ce n'était pas Bellatrix qui était en colère, c'était Hermione. La colère, la douleur, la rage prenaient le dessus.

-Tu aurais dû faire attention dès le début au lieu de penser que ce n'était rien. Tu es censée être plus puissante que moi, plus forte que moi et c'est toi qui es allongée dans ce lit. La grande Bellatrix Black réduite à rien dans notre lit conjugal ! Qu'est-ce que tu es, maintenant ? Tu peux me le dire ?

-Hermione…

-Ne me dis pas « Hermione » ! Tu es censée être plus forte. Tu n'es pas censée être là, dans cet état. Je ne devrais pas te connaître aussi faible. Tu… Ce n'est pas juste ! Ce n'est pas juste ! Tu ne mérites pas ça… Tu devrais pouvoir sortir, profiter de ta liberté pendant des années encore. Tu ne devrais pas…

-Non, je ne devrais pas. Ni moi, ni quiconque. Et surtout, Hermione, tu ne devrais pas le vivre non plus. Tu ne devrais pas être à cette place en train de me regarder mourir…

-Tu ne mourras pas ! Je te l'interdis.

-Mon cœur, j'aimerais que ça fonctionne comme ça. Mais tu sais bien que je vais mourir. On le sait toutes les deux.

Hermione pleurait, frappait ses poings contre le matelas. Elle ne voulait pas l'écouter. Elle voulait plutôt l'insulter, lui ordonner de bouger, lui ordonner de se remettre. Comme si elle pouvait se remettre. Alors, elle se mettait à pleurer. Elle plaçait sa tête sur la poitrine de Bellatrix. Et c'était Bellatrix, cette fois, qui la réconfortait. Parce que, finalement, dans le mariage, quand l'une tombe malade, l'autre l'est aussi. L'autre ressent la souffrance endurée. L'autre ressent la même colère face à l'impuissance de se relever. L'autre ressent la même injustice face au fléau qui s'abat.

La maladie n'est pas égoïste, non, elle partage ses tourments. Dans un couple, personne ne sort indemne de la maladie.


Les jours passèrent sans amélioration. Des amis d'Hermione passèrent prendre de ses nouvelles, tentèrent de la réconforter. Narcissa occupait une chambre et restait chaque jour pour aider Hermione et sa sœur. Androméda venait régulièrement. Son regard, son visage, trahissaient les souvenirs qui la harcelaient : ceux de sa fille, de son mari et de son gendre morts.

Quand elle partait, elle serrait toujours une main d'Hermione, comme pour l'assurer de son soutien, et la gratifiait d'un regard profond dans lequel le malheur ne semblait vouloir partir.

Quand elle était partie, Narcissa s'approchait d'Hermione et posait une main sur l'épaule de sa belle-sœur, comme pour l'assurer qu'elle ne serait jamais seule et la gratifiait d'un sourire tendre dans lequel la tristesse ne semblait vouloir partir.

Hermione appréciait que ses amis s'inquiètent. Hermione appréciait que les sœurs de Bellatrix soient présentes. Mais, parfois, Hermione ne savait plus si elle voulait être avec du monde, être avec Bellatrix ou être seule. Seule et pleurer son déchirement. Seule et crier sa rage. Seule et oublier l'affliction.


Quand elle entrait dans leur chambre le soir, elle avait peur de voir, elle avait peur d'entendre. Ou plutôt, elle avait peur qu'il n'y ait plus rien à voir, qu'il n'y ait plus rien à entendre. Si Bellatrix dormait déjà, elle n'osait se coucher à côté d'elle par peur de la réveiller. Si Bellatrix ne dormait pas encore, elle se précipitait dans ses bras.

-Je suis toujours là, mon amour. Tu ne te débarrasseras pas aussi facilement de moi. Je suis là. Je suis là.

Bellatrix lui offrait ses dernières forces pour la réconforter alors que c'était elle, Hermione, qui aurait dû la soutenir. Elle, elle n'était pas malade. Elle, elle pouvait sortir. Elle, elle pouvait respirer. Mais elle ne pouvait pas dire des mots faux. Dire des mots pleins de bonne volonté mais qui ne seraient jamais qu'un mirage. Elle se promettait de faire mieux le lendemain. Et le lendemain, elle se réveillait avec une énergie renouvelée, avec une rage de vivre qui aurait dû suffire à deux. Elle parlait avec Bellatrix mettant toute sa bonne humeur, sa maigre et délicate bonne humeur qu'un toussotement faisait frémir, qu'un gémissement faisait trembler, qu'un appel au silence, à l'obscurité, à la solitude, faisait se briser.

Elle sortait alors de la chambre se morigénant, s'exhortant à plus. A plus de quoi ? Que lui restait-il ? Que lui resterait-il une fois Bellatrix… une fois Bellatrix… ? Elle n'arrivait même plus à prononcer le mot comme par une peur superstitieuse. Comme si, en le prononçant, elle allait provoquer ce qu'elle redoutait plus rapidement, comme si elle allait être responsable.


Et puis le jour tant redouté, arriva. Elles le savaient. Un seul regard suffisait pour s'assurer que l'autre était au courant. Le calme du matin n'était qu'une fausse promesse. Le calme avant la tempête. Le cessez-le-feu avant l'assaut final.

Bellatrix, amaigrie, blanche, fatiguée, se leva pour la dernière fois. Elle tenait à se préparer seule. Elle voulait se sentir humaine, forte pour une dernière fois. Elle descendit rejoindre Hermione et ses sœurs pour le petit-déjeuner. Depuis quand n'était-elle pas descendue ?

Elle fit profiter sa compagnie de son humour, de sa bonne humeur.

Hermione aurait pu croire que c'était comme si tout était terminé, qu'elle pouvait reprendre leur vie. Mais quand elle regarda les yeux de Bellatrix elle y voyait la vérité : elle était à bout de force, elle était vidée de toute énergie. Alors, elle ne put plus se retenir et éclata en sanglot à cette table du petit-déjeuner devant sa femme et ses belles-sœurs. Alors, elle se leva et lança son assiette qui se brisa contre un mur. Alors, elle tomba à genoux, incapable de se calmer.

Bellatrix se leva, calmement, et se dirigea vers sa femme, vers la femme qui avait tenu si bon, qui avait fait tout son possible, répondu à tous ses caprices, supporté ses sautes d'humeur, son harcèlement pour ouvrir une fenêtre, la fermer, tirer un rideau, l'ouvrir, apporter telle ou telle chose qu'elle ne voulait plus une fois à portée de main. Elle se dirigea vers sa femme et se mit aussi à genoux.

-Je suis encore là. Tu as été si forte. Tu le seras encore après. Tu as été si merveilleuse. Je ne saurais te dire combien j'ai été heureuse et comblée à tes côtés, combien tu m'as comblée, à quel point je suis devenue meilleure avec toi. Je ne saurais te dire comme les années passées avec toi ont été parfaites. Je suis si heureuse. Je vais mourir… oui, Hermione mon amour, je vais mourir mais cette mort sera bien plus appréciable que toutes celles que j'aurais déjà dû connaître. Je sais que tu seras là, je sais que mes sœurs seront là. Je ne meurs pas seule et c'est grâce à toi. J'aurais voulu t'accompagner plus longtemps. J'aurais voulu me lever encore bien des matins à tes côtés. J'aurais voulu t'accompagner à d'autres soirées. J'aurais voulu t'entendre me disputer à propos de ma jalousie mal placée pour que tu me dises encore ces mots si simples et dont j'avais désespéramment besoin, ces mots si simples et si profonds, si simples et si sincères, si simples et si justes…

-Je t'aime.

Hermione regarda Bellatrix dans les yeux avant de se pencher vers elle et de l'embrasser. Elle y mit toute sa conviction, toute sa tendresse, tout son amour. Quand elle recula, les yeux de Bellatrix pétillaient. Elle se surprit à sourire puis à rire. Et Bellatrix l'accompagna dans ce rire.

Narcissa et Androméda les rejoignirent, après les avoir laissées seules, et proposèrent une promenade.

Bellatrix se leva, enchantée par l'idée, et tendit une main à son épouse pour l'aider à se relever et la garder près de soi. Il n'était pas question que sa femme soit éloignée d'elle pour ces dernières heures.


La journée fut si agréable. Elles avaient toutes oublié un instant la dure, la triste réalité. Hermione avait découvert de nombreux secrets sur sa bien-aimée. Elle avait écouté de nombreuses anecdotes sur son enfance. Bellatrix était heureuse de lui céder une autre partie de son âme. Après tout, elle la lui avait confiée le jour de leur mariage.

Cette accumulation d'anecdotes les laissa soudainement devant l'horreur de la situation et cette fois ce fut Narcissa qui pleura. Androméda la réconforta et Bellatrix les serra dans ses bras en leur murmurant des mots qui n'appartenaient qu'à elles.

Elles parlèrent d'autres choses, plus futiles. Elles échangèrent d'autres propos, plus sérieux. Hermione lit un peu pour Bellatrix qui appréciait ces moments de calme où seule la voix de sa femme retentissait dans l'écho du silence tranquille.

Elles passèrent à table pour un dernier repas. Les rires fusèrent de nouveau. Les échanges étaient heureux. La main d'Hermione ne quittait pas celle de Bellatrix qui la portait souvent à ses lèvres pour y déposer un léger baiser. Les yeux de Bellatrix se posaient régulièrement sur le visage inquiet d'Hermione qui, pour tenter de la rassurer, lui souriait tout aussi régulièrement.


Le repas était presque fini quand la toux commença. Elle surprit tout le monde même Bellatrix qui la sentait pourtant venir depuis un moment. Leurs yeux s'agrandirent d'inquiétude et une angoisse sourde faisait battre leur cœur.

Bellatrix se leva brutalement cognant contre la table faisant tomber les verres encore pleins. Elle tenait sa serviette contre sa bouche comme pour tenter d'empêcher sa toux de se faire entendre, comme si elle lui intimait de se taire, de la laisser tranquille, de s'arrêter tout simplement. Son autre main la soutenant en s'appuyant sur la table.

La toux dura. On aurait dit un râle atroce.

Ses sourcils étaient froncés. Elle tenait à battre la toux.

Elle avait apparemment réussi car la toux s'arrêta soudainement.

-Ce n'est rien, tout va bien. Et comme pour le prouver elle fit un geste de sa baguette pour remettre les verres debout et nettoyer le vin qui tachait la nappe. S'il vous plaît, je vous assure que ça va.

La soirée reprit mais moins festive. Chacune attentive au moindre bruit, au moindre geste, au moindre rictus sur le visage de Bellatrix qui aurait pu signaler une prochaine crise. Elles se dirigèrent de nouveau dans le salon et y restèrent une heure de plus.

-Je souhaite retourner dans ma chambre, maintenant. Hermione, accompagne-moi s'il te plaît.

Elle se leva et embrassa ses sœurs, doucement, longuement. Elle n'en aurait peut-être plus la force après et se dirigea vers les escaliers.

Hermione se leva à son tour. Androméda la prit dans ses bras et lui promit de rester la nuit. Narcissa l'embrassa à son tour.

-Préviens Ginny. Explique-lui la situation. Dis-lui que j'ai besoin de ma meilleure amie comme elle me l'avait promis.


Elle monta les marches avec lenteur. Elle avait l'impression que l'escalier ne se terminerait jamais. Que le couloir était immense. Que la porte était lourde.

Bellatrix regardait la lune. Hermione la rejoignit et la prit dans ses bras.

Bellatrix se retourna et l'embrassa.

-Es-tu sûre ?

-Comme jamais.

-Je ne voudrais pas…

-Tu ne feras rien de mal. Profitons de notre dernière nuit, mon amour.

Alors Hermione embrassa à son tour Bellatrix. Leurs lèvres étaient parfaites ensemble. Leurs mains savaient où aller. Celles de Bellatrix descendaient jusqu'aux hanches d'Hermione avant de venir caresser ses fesses et d'appuyer légèrement ce qui lui valut un gémissement pour réponse. Celles d'Hermione se séparaient : l'une restait attachée au cou pendant que l'autre se dirigeait vers la poitrine de Bellatrix et massait l'un des seins.

Chacune déshabilla l'autre, doucement. Il ne fallait rien précipiter. Il fallait tout observer. Tout voir pour tout mémoriser. Quand elles furent nues, elles s'éloignèrent pour se contempler.

-Tu es si belle, dit dans un souffle Hermione.

-Tu es magnifique, mon amour.

Elles se couchèrent dans le lit et recommencèrent à s'embrasser mais avec plus de faim, plus de passion. Les langues s'entrechoquaient, les mains se faisaient plus volontaires. Hermione se glissa entre les jambes de son épouse et embrassa, lécha chaque parcelle de son corps. Elle regarda avec envie l'intimité de sa femme avant de se baisser pour y goûter. Elle voulait se souvenir pour toujours de ce goût qu'elle ne retrouverait plus jamais. Les gémissements augmentèrent. Bellatrix se fit plus pressante et Hermione répondit à ses supplications. Elle fit glisser un doigt puis deux avant d'entamer des va-et-vient rapides et forts. Son épouse était vocale et elle aimait ça. Elle aimait entendre le plaisir qu'elle lui procurait jaillir sans retenue de la bouche qu'elle convoitait à chaque instant. Elle aimait sentir l'humidité recouvrir ses doigts et le vagin qu'elle pénétrait se resserrer quand Bellatrix atteignait l'orgasme.

Elles firent l'amour plusieurs fois. Elles prirent une douche ensemble. Bellatrix semblait si heureuse, si paisible. Peut-être que tout irait bien. Elle avait survécu jusqu'à présent. Combien de fois avaient-elles cru la fin arrivée ? Pourquoi aujourd'hui serait différent ? Pourquoi leur enlèverait-on leur bonheur retrouvé, maintenant ?

Elles s'embrassèrent encore.

-N'oublie pas que je t'aime.

Bellatrix avait un don pour faire les déclarations de fin de vie au moment les plus inattendues.

Hermione avait toujours aimé sa capacité à surprendre. C'était l'une des choses qui l'avaient fait tomber amoureuse. Elle ne se lassait jamais d'être surprise par cette femme pas comme les autres.

Leur relation n'avait pas été simple au début. Tellement s'était passé. Finalement, il était impossible pour l'une comme pour l'autre de ne pas répondre à leurs sentiments. Elles ne l'avaient jamais regretté.


Hermione fut sortie de ses pensées quand Bellatrix perdit l'équilibre et se retint à la porte. La toux était plus forte que celle du dîner. Elle se tint rapidement à ses côtés et l'aida à se mettre au lit. Mais la toux ne s'arrêtait pas.

Elle se précipita à la porte.

-Narcissa, Androméda. Vite. S'il vous plaît. Vite !

Les pas se firent précipités. Elles entrèrent dans la chambre et portèrent leur main à la bouche d'un seul mouvement. Aucune ne s'était préparée à voir leur sœur dans cet état, à être là le jour de sa mort. Elles savaient que ça arriverait mais qui n'est jamais prêt pour le vivre réellement ? C'était si dur. Mais elles devaient rester. Elles devaient être présentes pour leur sœur, pour Hermione.

Ginny entra à son tour. Elle entoura Hermione de ses bras et la garda un instant près d'elle.

La toux prit fin. Hermione restait crispée. Elle attendait la suite. Elle attendait le râle final. Un mouvement dans le lit lui permit de respirer. Elle lui restait encore un peu de temps.

Elle s'approcha du lit, s'assit près de sa femme. Elle regarda la femme qu'elle avait épousée. Elle avait maigri. Elle était pâle. Elle était en sueur. Mais elle était toujours belle. Une pensée, horrible, lui traversa l'esprit.

Elle fut saisi d'effroi. Jamais plus elle ne verrait ce visage. Jamais plus elle ne pourrait se plonger dans ses yeux. Jamais plus elle n'entendrait sa voix. Jamais plus elle ne sentirait son parfum.

Elle fixa son regard sur ce visage. Elle voulait tout mémoriser jusqu'à la moindre petite ride. Elle voulait se souvenir de ses cheveux du mouvements que ses boucles prenaient. Elle voulait se souvenir de son sourire.

-Je ne veux pas oublier. J'ai si peur d'oublier quelque chose de toi. Je ne peux pas t'oublier. Je ne veux pas oublier le ton de ta voix quand tu me dis que tu m'aimes. Je ne veux pas oublier le son de ta voix quand tu me reproches de m'éloigner. Je ne veux plus m'éloigner de toi. Je ne veux plus vivre loin de toi. Je ne veux plus te quitter même si tu me mets en colère. Je ne veux pas oublier la chaleur de ta main dans la mienne quand on se réconcilie. Je ne veux pas oublier la douceur de tes caresses, le goût de tes baisers, l'odeur de nos amours. J'ai si peur d'oublier ton visage ou ta voix ou ton parfum. Si je perdais nos souvenirs ? Si je perdais les raisons de notre amour ? Si avec toi tout s'en allait ? Ne pars pas, je t'en prie, je t'en supplie, Bellatrix. Mon amour, reste. Reste avec moi. Je t'en prie. Reste. Nous devrions avoir tellement plus de temps. Tu ne devrais pas être dans cet état. Je t'en prie, mon amour, je t'en prie, ne pars pas. Reste. J'ai si peur sans toi. Comment pourrais-je affronter le monde sans toi à mes côtés ? Tu es tout pour moi. Tu es ma force. Tu crois que c'est moi qui te permets d'être meilleure mais c'est l'inverse. C'est toi qui me pousses à me dépasser. Comment pourrais-je continuer sans toi ? Je ne peux pas vivre sans toi. Je t'en prie. Je t'en prie !

Les larmes coulèrent sur ses joues et les sanglots coupaient certains mots mais toutes les femmes dans cette pièce purent entendre son message et ressentir sa détresse.

-Je t'aime, mon cœur. Tu es forte, tu y arriveras. Je sais que tu ne m'oublieras pas. Je resterai avec toi, dans ton cœur. Tu es forte, intelligente. Tu es une si belle personne. Je suis si fière d'être ta femme. Je suis si fière de tout ce qu'on a partagé ensemble, de ce qu'on a construit ensemble. N'aie pas de regret. Je suis heureuse, sois-le aussi.

-Je t'aime, je t'aime, je t'aime.


L'agonie dura des heures. Hermione ne voulut pas quitter la chambre un seul instant mais Ginny l'obligea à prendre un peu d'air en ouvrant légèrement une fenêtre de la chambre. La respiration hachée de Bellatrix était le seul son audible dans la pièce.

-Je ne peux pas la perdre, Ginny. Elle ne mérite pas ça.

-Je serai là pour toi. On sera tous là pour toi.


Le soleil commença à se lever quand Bellatrix fut parcourue par des spasmes. Hermione lui tint la main, lui chuchota des mots tendres, lui caressa le visage, lui remit des mèches, lui sourit. Une dernière fois.

Le silence suivit. Plus personne ne bougeait. Il semblait même qu'elles avaient toutes arrêté de respirer.

Hermione se leva dans un sursaut. Elle prenait conscience de ce qui se passait. C'était comme si l'enfer se déchaînait sur elle.

Elle tomba à genoux en criant. Un cri déchirant. Elle refusa que les autres la touchent. Elle n'était plus que douleur et souffrance. Plus rien n'avait de sens. Bellatrix morte, rien n'avait de sens. Bellatrix morte, sa vie était morte aussi. Bellatrix morte, sa raison d'être était morte aussi.


Bellatrix fut enterrée dans le cimetière familial. Seuls Hermione, Narcissa, Androméda, Ginny, Drago et quelques amis d'Hermione étaient présents. La vie de la grande Bellatrix Black résumée à une dizaine de personnes. Mais pour Hermione tout ça n'avait aucune importance. Tout ce qui comptait c'était qu'elle venait de mettre en terre définitivement sa vie.