Max regarde Chloé. Elle essaie de prévoir, de deviner son prochain mouvement, la prochaine phrase, assassine, sarcastique ou ironique qui sortira d'entre ses lèvres. Elle tente vraiment. Avant, elle en était capable. Elles étaient les meilleures-amies du monde toutes les deux. Maxine aurait presque pu dire à la seconde prés ce que Chloé allait faire ou dire quand elles étaient enfants. Elle savait qu'elle passait une main dans ses cheveux autrefois châtains, quand elle était gênée, qu'elle utilisait le sarcasme seulement comme arme de défense… Maintenant ses cheveux étaient bleu pétant, courts, et le sarcasme était devenue sa couverture.

Elle a étudié la théorie du chaos toute la nuit. Max veut comprendre son don. Elle est une artiste, pas une scientifique. Warren, lui, comprendrait parfaitement tout ce charabia de « systèmes dynamiques » et de « conditions initiales ». Les mots sont imprimés dans son cerveau. Ce que Max a compris, c'est qu'elle ne peut plus rien prévoir, parce que plus rien ne dépend d'elle, que le mouvement précédent, chaotique, déterminera le prochain, tout aussi chaotique, mais encore plus imprévisible que celui qui l'a initié. Et elle se dit qu'elle a compris la théorie du chaos comme elle a compris Chloé. Imprévisible. Imprédictible. Chaotique. Répondant à des lois, mais dont elle seule connaît les lettres.

Chloé rit. Max revisionne cette illustration, celle du double pendule. Elle revoit cette animation dans sa tête, des deux pendules, qui exécutent les mêmes mouvements, parfaitement synchronisées, jusqu'à ce qu'elles se mettent à faire n'importe quoi, à n'en faire qu'à leur tête, à briser cette harmonie dans laquelle elles vivaient. Il y a toujours une divergence de mouvements, infime, qui les change, elles qui étaient si identiques. Et maintenant c'est le chaos, parce que Chloé n'est plus exactement la même. Mais c'est pas grave. Max n'est plus tout à fait la même, elle aussi.

Le problème en revanche, c'est que la théorie du chaos semble aussi s'appliquer aux battements de son cœur. Parce que, quand elle regarde Chloé, comme elle le fait maintenant, Maxine est incapable de prédire s'il continuera de battre la seconde d'après, tant ses tambourinements sont désordonnés.