Ce texte a été écrit dans le cadre de la 120ème nuit du Fof (Forum Francophone) en une heure sur le thème "Arc". N'hésitez pas à aller faire un tour sur les autres textes de la nuit ou sur le Forum !

Ça fait très longtemps que je n'ai pas écrit sur le fandom d'HP, donc je suis peut-être un peu rouillée... En tout cas, j'espère que cet instant volé dans la vie des Maraudeurs vous plaira !


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Lunaires

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Sirius entend tout de suite la branche craquer sur le sol tapissé de feuilles, quelque part dans l'obscurité de la forêt interdite. Il se redresse, hume l'air ; plus loin, Rémus s'ébroue, fait tanguer drôlement Peter, accroché dans les poils ras de son dos. James aussi a l'air d'avoir entendu quelque chose, puisqu'il s'est figé dans le mouvement ; les yeux sombres du cerf trouvent facilement ceux de son plus fidèle ami, vrillés par l'inquiétude – quelque chose cloche. Quelque chose s'approche.

Partir. Tant qu'il en est encore temps.

La pleine lune est haute ce soir, elle a ce reflet pourpre qui rend les loups plus violents qu'à l'accoutumée. Même Sirius, sous sa forme canine, sent la différence. Il y a cette soif de sang, soudain, qui emplit l'air humide dans le bosquet ; et même si Rémus se contente pour l'heure de jouer avec Peter, il faudra aller chasser pour apaiser sa faim, plus tard dans la nuit – l'éloigner de James, au moins, puisqu'il a le malheur d'être une proie trop juteuse, à travers les yeux révulsés d'un loup-garou affamé.

James, justement, fait mine de s'éloigner plus en avant dans la clairière ; les deux autres le suivent en continuant leurs jeux, inconscients du danger qui les guette. Le sinistros, lui, reste en arrière ; sonde l'encre noire de la nuit, dans la pénombre, juste là, à la lisière. Il a l'impression de voir une silhouette se dessiner entre les bois sombres – une odeur de gibiers remonte à ses narines, le révulse.

Bien sûr, ils n'ont jamais été seuls, dans la forêt interdite. Lily leur a assez souvent répété qu'ils pourraient bien croiser d'autres créatures, au cours de leurs petites escapades ; ils ne peuvent décemment pas considérer l'endroit comme leur espace de jeu. Et si les habitants qui peuplent ces bois peuvent être redoutables, en vérité, il n'y a rien de plus mortellement dangereux que le loup-garou qui se balade avec eux.

Une flèche bandée contre un arc perce l'obscurité, entre les arbres ; elle vise la bête, qui continue son manège, parfaitement inoffensive. Pour le moment.

Un grondement sourd veut remonter la gorge de Sirius ; c'est juste intolérable, de voir son ami menacé d'une telle arme – c'est sa meute, c'est son frère, et rien qu'à l'idée de le voir blessé, il a envie de bondir.

Mais le danger, c'est nous.

Maintenant, il voit plus clair, dans le voile sombre de la nuit. Un visage horrifié s'y dessine, yeux écarquillés, mains serrées sur son arc, prêt à tirer. Un centaure. Et derrière lui, des enfants. Visages baignés de larmes, sanglots étouffés derrière leurs petites mains tremblantes. Piégés.

Des proies pour l'homme à l'envers.

Il y a du silence, maintenant. Sirius ne s'en rend compte que maintenant, figé comme il est devant les centaures. Le loup ne joue plus. Est-ce qu'il les a vus ? Est-ce qu'il les a sentis ? Est-ce que la bête a pris la place de l'homme ?

Rémus hume l'air, se relève sur ses pattes arrières. Curiosité. Par Merlin, que la pluie d'automne suffise à camoufler leurs odeurs. Est-ce qu'il devrait tout de suite s'interposer ? Attirer l'attention de la bête sur lui ? Reprendre son apparence humaine, pour se substituer à ces potentielles proies ?

Après tout, Sirius se sent responsable de cette situation. C'était son idée depuis le début. Et Rémus ne s'en remettrait jamais, s'il venait à s'en prendre à qui que ce soit.

Son regard de prédateur finit par se fixer, quelque part là où se cache le gibier.

Par pitié, Rémus. Ne le laisse pas prendre le dessus.

Puis soudain, Peter, qui a escaladé le dos du loup jusqu'au haut de son crâne, bascule devant ses yeux, se rattrape dans la fourrure. Le loup pousse un jappement, taquine de son museau le petit rat qui remonte sur son perchoir ; leurs jeux reprennent, l'attention de la bête détournée. James les entraîne alors à sa suite, vers le contre-bas de la colline et le lac noir.

Il y a du soulagement de part et d'autre de la lisière, même si l'arc reste bandé, aux aguets. La scène est improbable à bien des niveaux. Sirius s'incline bas sur le sol, son museau rasant la terre humide ; vous êtes sans danger maintenant, partez.

Puis le sinistros s'éloigne, rejoignant cette troupe étrange ; une course s'engage entre le chien et le loup, jusqu'à ce que les quatre silhouettes animales ne disparaissent, à l'horizon.

De cette nuit d'angoisse naîtra un serment, entre le rat, le cerf et le chien ; ne jamais laisser leur ami blesser qui que ce soit d'autre qu'eux-mêmes.

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Je me suis toujours demandée comment pouvait bien se dérouler les escapades nocturnes des Maraudeurs, et comment résoudre l'incompatibilité entre les populations de la forêt interdite et la présence d'un loup-garou. En tout cas, j'espère que ça vous a plu !

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