Disclaimer: ni les personnages, ni l'univers ne m'appartiennent.


Hey!

Il y a un sacré bout de temps que je n'ai plus rien posté, alors quoi de mieux que de débarquer sur un nouveau Fandom pour s'y remettre?

En fait, j'ai un bon petit paquet d'O.S (et un projet plus long!) en court sur d'écriture sur X-Men, alors j'espère que ça va vous plaire parce que celui-ci n'est que le premier de la liste ;)

pour la petite information, je suis devenue accro à la franchise non pas en me plongeant dans les comics (bien que j'ai rattrapé mon retard depuis) mais en voyant la prélogique. Le Cherik était tellement évident que je n'aurais jamais pu résister à ça! C'est pour ça que tout ce que je vais écrire sur X-Men va se rapporter aux films, bien que j'apprécie beaucoup ajouter des références aux comics dès que cela me semble possible.

Et j'arrête mon blabla ici pour vous laisser lire!


Solitude

La première fois que c'était arrivé, ni Charles ni Erik n'y était préparé. Aucun d'eux n'avait cherché à en arriver là, effrayés tous les deux, sans se l'avouer, autant par l'idée que cela puisse échouer que fonctionner.

Mais cela se produisit tout de même, par un concours de circonstance.

Ce fut d'abord comme un tiraillement familier dans sa tête; une présence qui n'aurait pas dû être là. Erik mis quelques secondes à comprendre ce qui était en train de lui arriver et quand soudain la réalisation le frappa, c'est l'intense sensation d'avoir quelqu'un avec lui qui l'envahit au point de lui en faire tourner la tête. Il s'était redressé d'un bond sur sa couchette.

-Charles...

Sa voix n'était qu'un croassement rauque. Elle ne servait plus depuis bien trop. La dernière fois qu'il l'avait utilisé, c'était à son souvenir, au début de son emprisonnement, lorsqu'il hurlait encore tout seul dans sa cellule, jusqu' à s'en briser les cordes vocales.

Après cette étrange sensation, il y eu un lourd silence dans son esprit. Trop intense pour être naturel.

C'était probablement un accident, c'est pourquoi Erik ne comprit pas ce qui avait empêché Charles de rompre le lien à la seconde où il s'en serait rendu compte. Le silence s'étira, mais en aurait mis sa main au feu, le télépathe était toujours là.

-Charles, parle-moi…, murmura-t-il.

Il attendit encore un moment sans rien entendre, au point de se demander si tout ça n'était pas simplement un effet de son imagination. Puis, enfin, il ressentit une des choses les plus délicieuses qu'il pensa n'avoir jamais vécu : la voix de Charles l'envahit. Elle était hésitante, fatiguée et étrange, mais c'était bel et bien lui et Erik fur submergé par l'émotion.

Bonjour Erik.

Aucune joie dans cette intonation, encore moins d'enthousiasme et peut-être même une légère pointe de colère. Mais Erik n'était pas sûr, il n'avait jamais vraiment connu Charles en colère, alors il préféra alors ignorer ce fait.

-Tu m'as trouvé, parvint-il à croasser.

Ce n'est pas toi que je cherchais. C'était…une erreur.

Trop cassant. Son Charles n'avait jamais été ainsi ; lui qui se comportait toujours en modèle de patience, lui qui l'avait regardé l'abandonner paralysé sur une plage (et certes, à ce moment-là Erik n'en avait pas eu conscience, mais ça n'excusait rien) tout en continuant à l'observer avec une infinie douceur dans les yeux. Ce n'était plus cet homme qui se trouvait actuellement dans sa tête. Mais comment Charles aurait pu rester les mêmes avec tout ce qui s'était passé?

Pour la énième fois depuis qu'il était enfermé, Erik regretta de ne pas être resté auprès de lui.

-Mais pourtant, tu restes.

Il entendait à peine sa propre voix, mais il savait que dans la tête de Charles, ses pensées devaient être limpides. Le silence lui répondit pourtant et Erik se mit soudain à craindre que Charles le laisse à nouveau seul ; il s'empressa d'ajouter :

-Alors tu es…tombé sur moi en recherchant quelqu'un d'autre ? Tu n'utiliserais pas Cerebro sans raison ; à moins que …Est-ce tu recrutes encore?

Parce qu'il utilisait obligatoirement Cerebro. Pour pouvoir atteindre son esprit à cette distance avec une telle clarté, Erik ne voyait pas d'autres explications. Charles était extrêmement puissant ; mais pas à ce point. Pas encore.

Un autre court silence se fit dans son esprit, puis, la voix de Charles devint plus hésitante encore qu'elle ne l'était déjà :

Alex. J'essayais d'entrer en contact avec Alex. Mais je me suis perdu dans mes souvenirs, c'est sans doute pour ça que je suis tombé sur toi.

Erik sentit son cœur se serrer ; d'abord par mélancolie, parce qu'il savait mieux que personne désormais la souffrance que pouvait causer les souvenirs, qu'ils soient bons ou mauvais. Ensuite, c'est une vague de peur qui lui tordit l'estomac. Souvent après son départ, il avait pensé aux garçons laissés derrière lui, et même s'ils n'occupaient pas pleinement ses pensées, comme pouvait le faire Charles, Erik se faisait du souci pour eux.

-Que lui est-il arrivé ?

Encore un silence ; il ne supportait plus le silence. Soudain, il eu une drôle de sensation, comme si Charles venait de pousser un soupir.

-J'avais oublié…Je suppose qu'on ne te donne pas le journal ici. Tu n'as aucune idée de ce qu'il se passe dans le pays, je me trompe ?

Erik ne dit pas un mot et n'esquissa pas un geste. Il ne savait pas ce que Charles percevait de son environnement lorsqu'il utilisait la télépathie de cette façon, en tout cas, il était de toute évidence en mesure de lire l'interrogation qui devait apparaître dans son regard, car une voix lasse résonna dans sa tête lorsque le télépathe entreprit ses brèves explications :

-La guerre contre le Viêtnam a pris de l'ampleur. Alex a été mobilisé, comme la plupart des professeurs et des élèves. Je n'ai plus de nouvelle de qui que ce soit, si ce n'est d'Hank qui est resté avec moi. J'ai fermé l'école.

Fermer l'école...C'était à peine concevable. Erik savait à quel point ce projet lui avait tenu à cœur. Il avait entendu parler de l'ouverture de l'établissement et avait souvent voulu y aller, mais ça l'avait effrayé. A ce jour, il ne savait toujours pas ce qui lui avait fait le plus peur, de voir Charles accueillir ou le rejeter.

Je t'aurais accueilli Erik. Et avec plaisir.

Erik déglutit avec difficulté. Plusieurs fois. Il sentait quelque chose le démanger derrière ses yeux et le poids des regrets se faire de plus en plus lourd au fond de lui.

-Plusieurs fois, j'ai voulu…J'ai pensé…revenir. Même si ce n'était pas pour longtemps. Je n'ai pas osé. Pas après tout ce qui t'était arrivé par ma faute.

Il n'avait jamais osé avouer ça à haute voix avant ce jour. Il n'avait même pas réussi à se l'avouer complètement à lui-même, mais l'isolement lui avait laissé du temps pour réfléchir à certaines choses.

La seule chose que je te reproche, c'est de m'avoir laissé.

Le ton si résigné de Charles provoqua une secousse dans sa gorge, comme un sanglot étouffé. Il lui avait arraché sa sœur d'une certaine manière, et ses jambes, plus littéralement. Il avait même détruit la confiance et l'espoir que son ami portait en lui. Pourtant, tout ce que Charles lui reprochait, c'était d'être parti.

-J'ai regretté certains choix, réussit-il à articuler.

Il craignait que le moindre mot de travers ne fasse partir Charles. Il ne l'aurait pas supporté et celui-ci se trouvait dans sa tête, il ne pouvait pas l'ignorer. Cette crainte hantait tout l'esprit d'Erik. C'est peut-être pour cette raison que Charles, à sa grande surprise, changea de sujet. C'était bien lui ça ; à essayer de distraire l'homme qui lui avait détruit la vie de sa culpabilité.

Ta voix est….changée.

Erik voulait bien le croire. Lui-même ne la reconnaissait plus. Il ne comptait plus les semaines, peut-être même les mois qu'il avait passé sans ouvrir la bouche. Dans les premiers temps de son emprisonnement, il avait cru que cet isolement atroce allait le rendre fou. Il avait beaucoup hurlé, parce que c'était tout ce qu'il était en mesure de faire. Mais personne ne réagissait, pas même les parois de sa cellule qui ne contenaient pas la moindre once de métal.

Il avait cherché à crier sa rage, sa frustration, puis sa tristesse et sa peur sur quelqu'un. Mais il ne pouvait pas ; il était seul.

Il était relativement rare qu'un garde entre dans la cellule et quand bien même c'était le cas et qu'Erik essayait de lui parler, aucun ne répondait jamais. Il en aurait presque espéré voir un garde de plus près, pouvoir toucher ou même juste effleurer quelqu'un. Mais ça non plus, on ne lui permettait pas. Evidemment. Si un contact devait être établi, il ne fallait surtout pas qu'Erik soit en possession de ses moyens. Il était trop dangereux pour ça ; beaucoup trop dangereux.

Il s'était déjà voilé la face, espérant trouver de la compassion dans le regard d'un geôlier ; puis il s'était rendu compte qu'on ne lui envoyait jamais plus de deux ou trois fois la même personne et jamais deux fois de suite. Il ne fallait surtout pas prendre le risque que quelqu'un s'attache à lui, pauvre monstre assassin et manipulateur qu'il était ! Alors il avait vite fini par se résigner à ne plus crier, ne plus implorer, ne plus émettre le moindre son, comprenant que cela ne le mènerait nulle part. Il s'était contenté de canaliser son énergie à tenir la folie à distance. Beaucoup auraient perdu pied depuis longtemps dans un tel isolement.

-Je n'ai pas parlé à qui que ce soit depuis très longtemps. Je m'étonne même de savoir encore comment me servir de ma voix.

Charles ne dit rien. Un long moment. Beaucoup trop long. Erik sentit la panique ramper en lui avait une violence inouïe. Il était sur le point de bondir sur ses jambes, de le supplier de rester auprès de lui sans se soucier d'avoir l'air d'un fou aux yeux des nombreux gardes qui devaient surveiller sa cellule ; quand soudain la voix de Charles raisonna à nouveau dans sa tête.

Calme-toi Erik. Je suis là.

Erik. Il fut un temps où Charles l'aurait appelé « mon ami » ; mais il craignait bien d'avoir perdu ce privilège. Il prit une profonde inspiration, tachant de faire ce que lui demandait Charles. A quoi bon se laisser aller à la panique maintenant. Charles ne resterait pas auprès de lui éternellement, il devait profiter de chaque seconde. Sans surprise, cette pensée ne le réconforta pas. Bientôt, il serait à nouveau totalement seul, sans même une voix dans sa tête pour lui tenir compagnie. Il avait du mal à rester calme et à canaliser sa respiration avec de telles pensées en tête.

Apaise ton esprit. Je reste encore, répéta Charles.

-Je ne mérite pas ta sollicitude Charles, dit-il en essayant de ne pas paraître trop affecté tout en sachant qu'en tant que télépathe Charles lisait sans problème à travers la nonchalance qu'il arrivait à peine à feindre.

-Si tu es en prison, ce n'est que la conséquence directe de ce que tu as fait, je ne reviendrais jamais là-dessus, mais ne vas pas croire que je me réjouis de te voir dans des conditions pareille. Je sais que tu souffres Erik, je n'ai jamais voulu ça et cela aurait pu être évité si tu n'étais pas aussi aveuglé par ta haine contre les humains.

Il en aurait éclaté de rire s'il n'avait pas eu tant envie de pleurer. Charles ne savait pas. Il le croyait encore responsable de la mort du Président. Il y a bien longtemps qu'Erik ne se considérait plus comme un homme innocent, la vengeance l'avait poussé trop loin pour ça. Mais ce dont Charles le croyait coupable, ce dont les hommes qui l'avait enfermé ici dans des conditions qui lui ferait bientôt perdre l'esprit le croyaient coupable, il ne l'avait pas fait. Il refoula cette pensée profondément dans sa tête. Charles n'avait pas besoin de savoir, pas maintenant en tout cas.

-Alors pourquoi tu continus à rester avec moi si je ne le mérite pas ?

Il sentait que si Charles le prenait au pied de la lettre et s'en allait maintenant, il pourrait en mourir. Il ne savait pas s'il supporterait à nouveau le silence total après s'être rappelé ce qu'était la compagnie ; celle de la personne la plus chère à son cœur étant encore de ce monde, qui plus est.

Je sais ce qui t'a poussé jusque là Erik, j'aurais tout donné pour empêcher ça, pour apaiser ton cœur. Je croyais y arriver et je suis désolé que ce ne soit pas le cas. Vraiment désolé.

Erik savait que la peine déchirante qu'il ressentait au fond de lui n'était plus seulement la sienne, mais également celle de Charles, ce qui ne fit qu'accroître sa culpabilité. Il passa une main sur son visage. Par miracle ses yeux étaient encore secs, et se blottit contre le mur espérant y trouer un vague réconfort, mais il n'y avait que du béton glacial. Même ses draps trop blancs paraissaient toujours froids, malgré les heures qu'il y passait.

Pourtant, la voix de Charles dans son esprit lui avait apporté une certaine forme de chaleur ; il savait que cela disparaîtrait dès que le télépathe repartirait. Il aurait voulu dire quelque chose, mais il ne savait pas quoi et il n'osait pas parler, sachant qu'il perdait peu à peu le contrôle qu'il parvenait généralement à garder sur ses émotions.

Ecoute Erik, peut-être que…, je ne te garantis rien, mais je vais essayer quelque chose. Pour que ça marche, j'ai besoin que tu fermes les yeux, que tu apaises ton esprit le plus possible et surtout que tu ne me montres absolument aucune résistance.

Erik ferma immédiatement les yeux, sans hésiter et se laissa retomber totalement sur sa maigre couchette pour supprimer un maximum la tension dans ses muscles. Son cœur s'était mis à battre à tout rompre. Il n'avait pas la moindre idée de ce que Charles voulait faire, mais à cet instant, il était près à tout si ça le gardait auprès de lui ne serait-ce que quelques secondes de plus.

-Crois-tu vraiment que j'ai la moindre envie de résister, Charles ? Je suis tout à toi.

Il songea à nouveau à cet horrible jour, sur cette plage, ou il avait enfilé le casque de Shaw. Dieu, s'il avait su ce moment précis, s'il avait eu la possibilité de parler à l'homme du passé…Jamais, à l'époque, il n'aurait pu imaginer qu'avoir un esprit totalement isolé du monde extérieur puisse être si douloureux, et même effrayant par moment. Il avait un passé trop violent pour ne pas ressortir blessé en se perdant dans ses pensées.

Erik ne sut combien de temps il resta dans cette position. Il ne ressentait aucune différence et devait lutter contre l'envie de demander à Charles s'il était toujours là, bien qu'il sente sa présence familière dans son esprit. Il ne prononça pas un mot, ayant une confiance infini en Charles qui n'aurait jamais abandonné un ami. Ça, c'était lui qui le faisait…

Je ne suis pas sûr que ça fonctionne. Je n'ai jamais vraiment essayé de faire ça avant, mais…Ouvre les yeux, résonna à nouveau la voix de Charles.

Erik se demanda s'il avait remarqué le soupir de soulagement qu'il poussa à ce moment-là. Il ouvrit lentement les yeux. D'abord, il ne vit rien si ce n'est le plafond transparent de sa cellule ne laissant apparaître qu'un autre plafond de béton sans le moindre intérêt.

-Je pense que ça à marché.

Erik fut pris d'un léger sursaut, parce que ce n'était plus dans sa tête que la voix de Charles avait retentit, mais à côté de lui.

Sans trop oser y croire, il laissa son corps tourné lentement sur le côté. Le choc lui coupa la respiration. Charles était là, allongé près de lui, et s'il s'agissait d'une hallucination, qui n'aurait pas été la première, elle semblait cette fois plus vraie que nature.

-Charles…, s'étrangla-t-il dans un souffle.

-Erik.

Il y avait une certaine lassitude dans sa voix, comme sur son visage.

-Comment as-tu…

-Cela serait compliqué à l'expliquer, disons que j'ai simplement…suivit mon instinct. Je savais que j'avais le pouvoir de faire ce genre de chose avec l'aide de Cerebro, je l'avais…sentit, mais disons que je n'ai jamais vraiment eu l'occasion de le mettre en pratique.

Erik le détailla plus attentivement, et ce qu'il vit lui brisa le cœur.

A l'entendre lui parler, il avait déjà compris que Charles avait beaucoup changé. Maintenant, il en avait la confirmation.

Depuis combien de temps ne s'étaient-ils pas vus ? Trois ans, peut-être plus. Charles semblait pourtant avoir vieillit de dix. Son visage s'était atrocement creusé, ses yeux étaient cernés de noir et s'ils avaient toujours les mêmes bleus, ils ternes et avaient perdu ces étincelles de malice et d'espoir sans lesquels Erik n'aurait jamais été en mesure d'imaginer Charles.

Ses cheveux avaient poussé, ils s'emmêlaient sur ses épaules. L'homme qu'Erik avait sous les yeux était aux antipodes du jeune universitaire soigné et élégant, même un peu trop parfois, qu'il avait connu. Charles ne semblait même pas avoir pris la peine de se raser depuis une bonne semaine ; lui qui, avant, y mettait un point d'honneur, quitte à se lever plus tôt le matin lors de leurs voyages de recrutement.

Même à Erik, on permettait de se raser. Bien sûr, il ne touchait jamais au rasoir, constitué spécialement pour lui de plastique et de verre. Un outil étrange et un peu imprécis, mais le résultat était toujours plus net que celui qu'obtenait Charles à l'heure actuelle.

C'était toujours la même histoire dans ces moments-la. Lui qui n'avait jamais droit à aucune visite, voyait soudain débarquer devant lui une foule de gardes avec leurs foutues armes en plastiques pointées sur sa tête, près à tirer pour un mouvement trop brusque. Ils dégainaient presque aussi vite des menottes, elles aussi en plastique, pour lui immobiliser les poignets derrière le dos. On ne lésinait pas sur les précautions avec lui. Et un garde généralement peu délicat venait manier le rasoir sans jamais croiser le regard d'Erik.

Il s'agissait de moments terribles, ou il se sentait affreusement vulnérable, à la merci d'êtres humains qui auraient pu le tuer en un battement de cil. Pourtant, Erik en était venu à attendre ces rares instants de contact humain. Il s'effrayait lui-même.

Il voulut demander à Charles ce qui était arrivé pour qu'il se retrouve dans un tel état, mais il n'osa pas, connaissant très bien la réponse. Il était arrivé lui. C'était de sa faute.

A la place Erik leva doucement la main, comme s'il voulait effleurer l'image de Charles, mais ne rencontra que du vent. Il n'y avait personne en face de lui ; même s'il voyait Charles, celui-ci n'était pas là. Il baissa les yeux pour lui cacher les larmes qui menaçaient de rouler sur ses joues. Mais était-il vraiment possible de cacher quelque chose à Charles ?

-Ce n'est qu'une projection de mon esprit vers le tien, murmura celui-ci. Mais je devrais me féliciter, cela doit avoir l'air vraiment réel.

Erik déglutit avec difficulté ; il savait qu'il avait également des larmes dans la voix.

-Oui, c'est le cas.

Un sourire triste apparu sur le visage de Charles. Comment ne pouvait-il pas être réel, il semblait si palpable…

-Mon pouvoir n'est peut-être pas aussi rouillé que je me l'étais imaginé dans ce cas.

Erik aurait bien essayé de sourire également, mais il n'y arrivait pas. Il y avait quelque chose de résigné chez Charles qui l'en empêchait.

-Est-ce que tu me vois comme si tu étais vraiment là, en face de moi, ou est-ce que tu perçois ce que, moi, je perçois ? demanda-t-il à la place.

-Un peu des deux, je suppose. J'ai conscience de l'environnement qui m'entoure, en grande partie à travers tes yeux, je te vois, et je reste connecté à ce que tu penses. Mais pas autant que si j'avais simplement cherché à lire dans ton esprit, rassure toi.

- Ça ne m'aurait pas dérangé. Je n'aurais jamais cru que la sensation d'avoir quelqu'un dans ma tête puisse me manquer à ce point, dit Erik dans une faible tentative d'humour.

Cela ne fit absolument pas rire Charles et il se rendit compte de l'absurdité de ses propos à la seconde où les mots eurent quittés sa bouche.

-Tu as tout fait pour ne plus m'avoir dans ta tête. Tu sais, je t'ai cherché les premiers jours ; les premières semaines en réalité, après…après cuba. Il n'y avait aucune trace de toi. Nulle part.

C'était tristement vrai. Erik sentit une boule se former dans sa gorge. Il baissa les yeux sur ses draps blancs (toujours le même blanc ! Il n'y avait pas la moindre distraction dans cet endroit) il ne supportait pas de voir les expressions qui crispaient le visage de Charles à cause de lui.

-Parfois, j'essayais de toucher ton esprit à des heures indécentes. Mais même là, je n'y arrivais pas. Bon sang ! Erik, est-ce que tu dormais avec ce maudit casque ?

Erik releva les yeux vers lui. Honteux, il ne parvint qu'à hocher la tête. Il avait su dès le départ que Charles ne l'aurait pas forcé à revenir vers lui. D'ailleurs, le télépathe ne l'aurait jamais forcé à faire quoi que se soit contre sa volonté. C'était en lui-même qu'Erik n'avait pas eu confiance, car dans les premiers temps, il n'aurait pas parié sur sa capacité à rester loin de Charles si celui-ci s'était présenté à son esprit. Il avait dit à Emma Frost que son ami avait laissé un vide dans sa vie ; l'un comme l'autre savaient qu'il ne s'agissait que d'un doux euphémisme.

L'image de Charles se déplaça un peu, tout son poids reposait sur son avant-bras et Erik songea que s'il ne s'était pas agi d'une simple image, la position aurait été plutôt inconfortable à tenir. Sans qu'il ne le veuille, ses yeux se posèrent sur les jambes de Charles ; elles étaient croisées l'une sur l'autre, ne semblait pas vraiment immobilisé.

-C'est dans ma tête autant que dans la tienne, lui rappela doucement Charles. Parfois j'oublie. Mes jambes n'ont plus été capables de faire le moindre mouvement depuis ce jour sur la plage. Hank m'a dit qu'il cherchait un moyen de me faire retrouver ma mobilité. Il travaillerait sur une sorte de sérum ; mais honnêtement, je ne crois pas une seule seconde que cela fonctionnera.

Le dernier souvenir qu'Erik avait de Charles était celui d'un homme fort et optimiste face à n'importe quelle épreuve, qui n'aurait jamais abandonné, jamais baissé les bras, jamais perdus espoir. Il avait l'impression de se trouver face à un inconnu désormais. Un inconnu dans le corps de Charles.

-Je suis désolé, murmura-t-il d'une voix à peine audible.

Cette fois, c'est le regard de Charles qui se fit fuyant. Mais au froncement de sourcils qui barra son front, Erik devina qu'il ne pouvait pas se soustraire à son image. Il était littéralement dans sa tête après tout. Il regretta de n'avoir jamais demandé plus de précision à Charles sur l'étendue de son pouvoir avant de l'abandonner. Bon sang, qu'il s'en voulait !

-C'est bon, Erik. Ne revenons pas là-dessus, tu veux bien.

-Non…Non, je m'en veux de t'avoir rendu comme ça.

Charles tourna à nouveau les yeux vers lui.

-Qu'est-ce que tu veux dire ?

-Tu m'as l'air…fatigué ; malade.

Charles laissa échapper un petit rire amer. Jamais Erik n'aurait pu l'imaginer émettre un son pareil.

-Disons simplement que lorsque l'école a commencé à se vider, cela n'a pas eu un effet favorable sur mon moral et…laisse tomber, tu n'as pas envie d'entendre ça.

-Je suis prêt à entendre n'importe quoi !

Sa voix se perdit un peu dans les aigues, il commençait à redouter le moment ou Charles disparaîtrait et avait de moins en moins de contrôle sur la panique croissante qui s'activait en lui.

-Alors disons que je n'ai pas envie d'en parler, fit sèchement Charles.

-Moi , il y a tant de choses que j'aimerais te dire.

Charles soupira. Oui, il semblait vraiment fatigué, voir même, moralement anéantie.

Erik pouvait le comprendre. Pourtant, Charles restait auprès de lui, alors que cela lui faisait probablement plus de mal que de bien et surtout, qu'Erik savait qu'il ne le méritait pas. Cet homme aurait beau faire tous les efforts du monde pour continuer à lui en vouloir, sa compassion finirait toujours par prendre le dessus.

-Je ne suis pas certain d'avoir envie d'entendre ce que tu as à dire.

Erik se retint de lui demander si c'était par crainte de ce qu'il entendrait, ou tout simplement parce qu'il s'était résigné à ne plus le croire. Pourtant, il prit quand même le risque de parler, tout en sachant que ce qu'il allait dire sonnerait comme un mensonge aux oreilles de Charles. Mais il ne parvenait plus à garder le silence là-dessus. Il espérait se dédouaner ; au moins un peu.

-Je ne l'ai pas tué, tu sais. Kennedy. J'ai fait des choses qui me mériteraient peut-être d'être enfermé, mais pas ici, pas comme ça…Et pas pour ça. Pour ça, je suis innocent. Je voulais juste protéger les nôtres.

Il pouvait sentir le trouble et les doutes de Charles au fond de lui. Puis celui-ci finit par secouer la tête, son visage se teinta d'une brusque tristesse et sa voix se fit tremblante.

-Le problème avec toi Erik, c'est que quand tu veux protéger quelqu'un, cela ne finit toujours par faire couler le sang de plus d'une personne.

-De personnes qui l'ont mérité ! Qui ont fait du mal aux nôtres, qui m'ont fait du mal !

Les souvenirs qui lui étaient revenus en premier, ceux de soldas nazis dans le bureau de Shaw, n'étaient certainement pas ce dont Charles voulait parler, mais Erik ne pouvait s'empêcher d'y repenser.

Il avait élevé la voix. Est-ce que les gardes de sa prison allaient changer quelque chose à sa captivité s'ils commençaient à penser qu'il était définitivement devenu fou ? Ou alors s'étonneraient-ils simplement que cela ne se soit pas produit plus tôt. Ils avaient probablement lancé des paris à ce sujet il y a bien longtemps. L'argent devait commencer à circuler de main en main désormais. A cette idée, que ses hommes se divertissent sur sa situation, Erik sentit une colère sourde se développer en lui.

- Erik, reste calme. Pense à autre chose. Changeons de sujet.

-Pas tant que tu ne seras pas sûr que ce que je dis est la vérité.

-Comprends-moi, soupira Charles, je sais que tu es impliqué…

-Regarde mes souvenirs. Tu comprendras ce qui c'est réellement passé.

Le télépathe se contenta de secouer la tête.

-Je n'ai plus la force de faire face à tes souvenirs, murmura-t-il de façon à peine audible.

-S'il te plaît, Charles. Tu as déjà suffisamment de choses à me reprocher, je ne veux pas que la liste soit plus longue que nécessaire…

Sa voix se brisa sur la fin de sa phrase. C'est peut-être ce qui poussa Charles à accepter. Il ferma les yeux et Erik eu à nouveau cette sensation étrangement familière de sentir des souvenirs être attiré à la surface. Il revit des bribes des événements qui l'avaient conduit ici, dans la solitude la plus totale. Comment il avait appris qu'un attenta contre le président allait avoir lieu, comment il avait appris que celui-ci était l'un des leurs, comment il avait envisagé de le sauver et surtout, comment le gouvernement lui avait mis la main dessus, l'empêchant de le faire pour ensuite l'accuser sans ciller du drame qui venait de se produire.

Lorsqu'il revint à la réalité, il constata avec effroi que l'image de Charles était devenue plus flou. Cette fois, on ne pouvait pas douter qu'il ne s'agissait que d'une simple projection. Le cœur d'Erik s'arrêta de battre, la peur se déversait dans ses veines comme un poison et une des larmes qu'il avait eu tant de peine à retenir coula le long de sa joue.

-Non, ne t'en vas pas, je t'en supplie…, plaida-t-il au bord du désespoir sans plus chercher à reprendre contenance.

Charles ouvrit brusquent les yeux et son image se stabilisa à nouveau. Ils étaient si près de lui qu'Erik pouvait imaginer la sensation de leurs lèvres en train de s'effleurer, de leurs se souffles qui se mêlaient. Il aurait tout donné pour que cela soit réel, mais ce n'était une douce illusion.

-Désolé, murmura Charles, je n'avais pas l'intention de perdre le contacte, mais ça me demande beaucoup d'énergie. Je ne sais pas encore combien de temps je tiendrais.

S'il ne faisait aucun doute que sa présence auprès de lui n'avait été au début qu'accidentel, Erik pu constater que désormais, l'idée de le quitter semblait anéantir Charles. Il semblait également sur le point de pleurer, mais peut-être était-ce tout simplement une impression dû au fait que de plus en plus d'eau s'accumulait dans les yeux d'Erik.

-Par tous les dieux, Erik…Je suis navré, je…J'aurais dû chercher à comprendre quand Hank m'a appris que tu étais impliqué dans ce meurtre…

Erik était partagé. Une partie de lui voulait hocher la tête, car il se disait que si Charles l'avait su innocent, de ce crime-là en tout cas, il aurait peut-être volontairement cherché à le contacter pour apaiser sa solitude et ce dès le début de son emprisonnement. Mais d'un autre côté…

-Tu avais toutes les raisons de me croire coupable.

-Mais tu ne mérites pas ça, s'étrangla Charles. Bon sang, tu es là-dedans depuis des années ! Complètement seul…

-Je ne le suis plus maintenant.

Une autre larme roula sur sa joue, parce qu'il avait peur de se leurrer à ce sujet. Peur que cette visite de Charles soit la première et la dernière. Celui-ci s'empressa de le rassurer.

-Non, tu n'es plus seul.

Pourtant, cela ne consolait pas vraiment Erik et il savait pourquoi. Si la projection de Charles restait aussi nette que s'il s'était vraiment trouvé en face de lui, il sentait pourtant que sa présence faiblissait. Il osa poser la question qui le terrifiait :

-Combien de temps penses-tu pouvoir rester ?

-Assez peu de temps, je le crains, répondit Charles contrit. Je pousse mon pouvoir dans ses retranchements, je n'ai pas encore l'habitude de faire ça.

Erik baissa les yeux, laissant enfin toutes ses larmes retenues s'échapper en silence. Si Charles s'en rendit compte, ce qui devait être le cas, à n'en pas douter, il ne fit aucune remarque à ce sujet.

-Tu reviendras ? murmura Erik d'une voix éraillé. Dit moi que tu reviendras, je ne supporte plus d'être seul ici.

-Dès que possible.

Malgré ses yeux mouillés et rougis, Erik reposa son regard sur Charles, profitant, tant qu'il le pouvait encore, d'avoir un visage ami sous les yeux.

Charles leva une main et l'approcha le plus possible du visage d'Erik sans pour autant le toucher. Cela aurait brisé l'illusion. Erik s'imagina du mieux qu'il put la sensation des doigts de Charles contre sa joue. C'était mieux que rien ; il saurait s'en contenter.

-Je sens que je ne vais plus pouvoir maintenir la projection très longtemps, soupira Charles.

Erik hocha la tête, résigné. Que pouvait-il faire de toute façon ? Il devait s'estimer heureux d'avoir pu échapper à la solitude quelques instants. Le problème étant que désormais, le retour à sa triste réalité n'en serait que plus douloureux.

-Charles…, hésita-t-il, avant que tu partes, est-ce que je peux te demander quelque chose ?

Charles ne répondit rien, attendit juste.

-Je…J'aimerais dormir, mais…

Il savait qu'il en serait incapable ; à la seconde où la présence de Charles aurait disparu, il se retrouverait accablé de tristesse. Jamais son esprit ne pouvait trouver assez de paix pour s'endormir ; plus maintenant qu'il avait à nouveau ressentit le bonheur de plus être seul. Une sensation qu'il avait cru avoir oublié. D'ailleurs, il n'avait pas le souvenir d'avoir passé une seule nuit réellement paisible depuis qu'il était enfermé ici et cela n'avait rien à voir avec la couchette trop fine et inconfortable qui lui servait de lit.

La projection de Charles le regardait intensément ; il lut encore de la peine dans ses beaus yeux bleus. Il peinait à se souvenir d'un jour ou il n'avait pas provoqué ce sentiment chez lui.

-Il y a peut-être encore une chose que je puisse faire, murmura son ami.

Erik sentit son cœur se gonfler d'espoir. Il savait pourtant qu'il n'aurait pas dû se laisser aller à ce sentiment ; c'était le risque de souffrir encore plus. Et si ça ne fonctionnait pas, et si Charles disparaissait simplement, et si quelque chose finissait par l'empêcher de revenir…

-Tout ira bien, l'apaisa le télépathe en sentant son esprit s'emballer à nouveau.

Alors Erik prit une profonde inspiration, cherchant au mieux à garder son calme.

-J'ai encore suffisamment de force pour faire en sorte que tu ressentes ma présence près de toi jusqu'à ce que tu t'endormes.

Tellement attentionné ; tellement lui-même. Charles avait presque tout perdu à cause d'Erik, il lui en avait voulu et lui n'avait encore rien fait pour se racheter, et pourtant, lorsqu'il lui demandait son aide, Charles faisait tout son possible pour le réconforter ; pour être là. Qu'avait-il fait pour mériter un ami pareil ? Rien. Il y avait bien des années qu'il ne méritait plus la moindre once d'amour de qui que ce soit.

-Tu as tord mon ami, murmura Charles atterré par ce qu'il venait de percevoir dans son esprit. Tu as fait des erreurs, des erreurs terribles, mais ça ne veux pas dire que tu n'as pas le droit d'être aimé. Tout le monde peux se racheter Erik, et personne, surtout pas toi ne mérite de vivre ce que tu as vécu…et ce que tu vis toujours. Maintenant ferme les yeux. Je suis près de toi.

Erik s'exécuta. Il n'avait pas envie de voir la projection de Charles disparaître, mais il lui faisait entièrement confiance. Le voile noire qui tomba sur ses yeux ne dura pas longtemps, il fut vite envahi par une multitude d'images et de sensations qu'il devina être l'œuvre de Charles. Son ami fouillait dans sa mémoire, pour faire remonter à la surface ce dont il avait le plus besoin ; les souvenirs qui l'apaisaient, lui mettaient du baume au cœur.

Il était enfant, peinait à dormir. C'était avant la guerre, quand il vivait encore une vie incroyablement normale, heureuse. Dans ses moments d'insomnie, sa mère venait s'asseoir au bord de son lit, lui offrait son sourire le plus gorgé d'amour, fredonnait des berceuses jusqu'à ce qu'il commence à somnoler puis, alors que les brumes du sommeil l'enveloppait de toute part, elle se penchait sur lui pour déposer un baiser sur son front.

Un sourire étira les lèvres d'Erik alors qu'il se laissait embarquer par le souvenir puis par les autres qui suivirent. Peu importe ce qu'il voyait, il avait toujours l'impression de sentir le regard de Charles poser sur lui, l'observant de loin, le drapant d'un confortable apaisement. Et alors que les souvenirs que Charles mettait en avant étaient désormais ceux des bons moments qu'ils avaient pu passer au manoir avant que tout ne dégénère, la présence de Charles près de lui se fit encore plus forte et réconfortante.

-Merci, laissa échapper Erik dans un souffle alors qu'il sentait que le contrôle de sa conscience lui échappait peu à peu.

Les souvenirs commencèrent à devenir des rêves et lui commençait à s'endormir, plus apaisé qu'il ne l'avait été depuis très longtemps, il crut toutefois entendre l'écho d'une voix dans sa tête avant de s'endormir complètement :

N'ai pas peur, mon ami. Je ne te laisserais plus être seul, c'est promis.

Fin


J'espère que ça vous a plu!

J'ai adoré écrire sur ce sujet, il y a un tel potentiel psychologique et dramatique dans le fait qu'Erik ait passé dix ans dans un isolement pareil; c'est tout ce que j'aime ;)

N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensez!

A bientôt j'espère! :D