Titre : Bancal
Auteur : ylg/malurette
Base : Banana Fish
Personnage : Okumura Eiji
Genre : gen/drama
Gradation : G / K
Légalité : propriété de Yoshida Akemi, je ne cherche ni à tirer profit ni à manquer de respect.

Thème : «Béquilles» pour horrible bingo
Nombre de mots : 570+

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Eiji est tombé – pas sur le tapis après avoir passé la barre ou même en l'ayant accrochée. Non. Il est tombé avant, à côté. Il s'est tordu la cheville, méchamment. Le médecin a dit qu'il s'était déchiré quelque chose – il l'a bien senti sur le moment, et plus encore depuis. Pour lui ce ne sont pas juste des fibres musculaires ou un tendon, ce sont sa carrière, ses rêves, qui sont arrachés là.

Il va guérir, lui promet-on, s'il prend bien soin de lui, s'il ménage sa cheville et fait attention à faire porter le poids de son corps ses béquilles, pas sur son pied blessé. Il faut qu'il accepte, le temps de sa convalescence, de fatiguer ses bras plus que pendant une course et une envolée, mais ils sont assez musclés pour ça. Son corps, c'est une chose ; son cœur déjà lourd en revanche il n'est pas sûr d'arriver à le traîner. Les médicaments à prendre le laissent indifférent.
Des deux tubes de métal avec leurs poignées, c'est comme si sa perche était brisée en deux, et tordue. Au début, il les fixe avec incrédulité. Avec hostilité. Loin d'y voir les instruments de soutien qui l'aideront à retrouver et préserver sa mobilité, les béquilles sont le rappel flagrant de son échec.

Et puis, petit à petit, lentement, trop lentement, il commence à rééduquer sa cheville mise au repos. Progressivement, on l'encadre pour refaire ses muscles, sa force et sa souplesse, pour réapprendre à courir. Ça va prendre du temps, tellement de temps... pendant lequel ses collègues, ses rivaux, continuent à progresser. Et lui, pire que stagner, il régresse ! Que de temps perdu ; il ne pourra jamais rattraper l'écart qui se creuse. Même s'il fait de son mieux, il est inexorablement laissé derrière. Il ne participera plus aux mêmes compétitions. Sa carrière s'en trouvera écourtée.

Même quand il n'en a plus finalement besoin, de ces béquilles, quand il peut de nouveau marcher sans, sur ses deux pieds... il n'ose plus courir. Ni sauter. Il faudrait tout réapprendre. Et il n'y arrive pas.
La peur est là, avec le souvenir de la douleur, de l'échec, avec le savoir qu'il peut tomber, et se blesser. Ça le cloue au sol. Sur quoi s'appuiera-t-il désormais ?

Lui qui était bon élève, athlète prometteur, de bonne composition, est devenu maussade, renfermé. Il tend à se traîner les mains dans les poches, les envies en berne. Sa carrière est finie ! Ses béquilles raccrochées depuis longtemps, il ne touchera plus à une perche finalement. Il n'a pas envie de recommencer de zéro.
Les conseils de sa famille, de ses amis, de se trouver un autre hobby, un sport différent peut-être, qui ménagera sa cheville et son cœur abîmés ? il les repousse avec une mauvaise humeur qui ne ressemble pas à ce qu'il était avant sa blessure. Il les prend comme un pis-aller pour se voiler la face.
Le pire affront c'est encore quand on lui suggère d'encadrer des petits sportifs en herbe plus jeunes : s'il ne saute plus lui-même, d'au moins continuer par procuration ?
Non.
Non.
Non !

En rupture avec son ancienne vie, il préfère trouver complètement autre chose encore. C'est comme ça que commence son voyage à New York avec Ibe-san : comme un soutien spécial pour se changer les idées et se remettre en jambe.