Note d'auteur :

Cette fanfiction (tome 5) reprend la trame de JK Rowling et la détourne pour relater l'histoire d'un OC (Megan) de son propre point de vue. La trame originale appartient donc à JK, seul ce qui relève de Megan m'appartient.

N'hésitez pas à laisser des reviews, la critique est constructive, et ça fait toujours plaisir (et des encouragements) de savoir qu'il y a des lecteurs :)

Un merci tout particulier à PrincessAsgard, fidèle au poste depuis le tome 1, ça me fait vraiment plaisir !


1

LA NOBLE ET TRÈS ANCIENNE MAISON DES BLACK

- J'adore ton tatouage, murmura Cal, en suivant doucement des doigts le serpent qui se mouvait sur le bras de Megan.

C'était notamment pour cette raison que la jeune fille appréciait autant Cal, car voilà tout ce qu'était pour lui sa Marque des Ténèbres : un tatouage, dont seule la capacité du serpent à onduler sur sa peau le distinguait d'un vulgaire dessin moldu. Elle laissa sa tête reposer sur le torse nu du jeune homme en profitant de leurs dernières minutes de répit avant que son réveil ne sonne pour annoncer une nouvelle journée de travail à la librairie. Mais bientôt, les affreux « bip bip » de la machine moldue retentirent dans la chambre. Cal déposa un léger baiser sur les lèvres de Megan et s'extirpa de leur lit pour commencer sa journée.

Les deux semaines que la jeune fille avait passées à Stourbridge avaient été une véritable bouffée d'air frais. Cal avait beau lire la presse magique, il ne savait pas qu'elle était en réalité la Meganna Buckley dont parlait Rita Skeeter dans un de ses articles du mois de juin dernier. Après avoir suivi avec enthousiasme les épreuves du Tournoi des trois sorciers grâce aux journaux et aux lettres de sa sœur, il avait appris avec un peu de peine la mort de Cedric Diggory dans un « tragique incident » au cours de la troisième tâche, mais après avoir passé une journée entière à se demander comment une école pouvait accepter de mettre ses élèves face à de tels dangers, il était rapidement passé à autre chose, et avait lu avec intérêt la brève qui annonçait la victoire de Harry Potter. Bien sûr, il savait désormais qui était Harry Potter, pour avoir découvert son histoire dans nombre d'ouvrages à la librairie, mais ne s'intéressait pas plus que cela au garçon, dont il ignorait qu'il faisait partie des proches de Megan. Et mieux encore, il ignorait tout du retour de Voldemort, la presse n'en ayant bien sûr jamais fait mention. A Stourbridge, ses seules préoccupations étaient la librairie magique, qui fonctionnait désormais très bien, remplir son réfrigérateur, et passer son temps libre avec Megan.

- Ma famille arrive après-demain, tu crois que je devrais ranger l'appartement ?

Sa brosse à dent à la main, Cal s'arrêta sur le pas de la porte de la chambre, les cheveux toujours en bataille.

- Ça n'est pas de mon ressort, je serai déjà partie, fit observer la jeune fille, qui traînait encore au lit. Ils dormiront à l'hôtel de toute façon.

Il n'y avait pas la place dans l'appartement pour accueillir les Davison, celui-ci ne comportant qu'une seule chambre.

- D'accord, répliqua le jeune homme, mais ils vont venir ici dans la journée. Tu trouves que ça fait rangé, ça fait propre ? Je ne veux pas qu'ils pensent que je suis irresponsable.

Megan jeta un coup d'œil autour d'elle. Son hibou, Salazar, était encore endormi, au sommet de l'armoire. Des amoncellements de livre occupaient une grande partie de l'espace sous la fenêtre, son ordinateur portable était ouvert en équilibre sur un chaudron en étain noirci par de nombreuses tentatives ratées, et le bureau était recouvert des exemplaires de la Gazette du Sorcier et du Sorcier du dimanche des trois derniers mois, surlignés de toutes parts. Le monde semi-magique de Cal n'était pas un exemple d'ordre et de discipline.

- Tu devrais peut-être donner un coup de balai, répondit-elle. Je t'aurais bien aidé, mais –

- Mais pas de magie en dehors de Poudlard, je sais. Vivement que tu sois majeure !

Vivement, en effet. Dans l'une des lettres que lui avait adressées Dumbledore au début de l'été, elle avait été informée que la surveillance par le ministère de l'usage de la magie par des mineurs hors de l'école avait été renforcée : une réforme était en cours depuis quelques années, et avait été promulguée à la fin de l'année scolaire, permettant désormais de connaître l'identité du contrevenant et le sort utilisé, ainsi que la localisation exacte de l'infraction. Dumbledore cherchait ainsi à lui rappeler que l'usage de la magie lui serait strictement interdit avant la rentrée, mais Megan avait notamment lu entre les lignes qu'elle était responsable du durcissement de cette politique du fait de ses frasques de l'année passée.

Cal fut bientôt parti pour la librairie, laissant la journée libre à la jeune fille. Son départ étant prévu pour le lendemain matin, il était temps pour elle de préparer ses bagages. Bien qu'elle ne sache pas exactement quand elle pourrait revenir à Stourbridge, c'était ici qu'elle laisserait les affaires qu'elle n'emmènerait pas pour la fin de son été et son année à Poudlard. La maison des Boyd lui était en effet désormais interdite. Lucius, qui était prêt à tout pour être de nouveau dans les bonnes grâces de Voldemort, avait en effet probablement donné à son maître toutes les informations en sa possession au sujet de la vie de la jeune fille en dehors de Poudlard, et les Mangemorts surveillaient certainement étroitement la maison que les Cracmols avaient quitté dans la précipitation à la fin du mois de juin. Megan ressentait un élan de culpabilité chaque fois qu'elle y pensait : Emily et Roger avaient dû, en l'espace de quelques heures, abandonner maison, travail et amis. Leur vie était soudainement menacée, par sa faute, elle seule était responsable de leur déracinement.

Voldemort n'avait cependant donné aucun signe de son retour. Depuis le soir de la troisième tâche, celui-ci semblait s'être évertué à donner raison à Cornelius Fudge, le ministre de la magie. C'était à la fois rassurant et inquiétant : Megan n'avait pas pour le moment à se soucier de la protection de Cal, mais elle se demandait ce qu'attendait exactement le Seigneur des Ténèbres pour annoncer son retour et faire régner de nouveau la terreur dans le Royaume-Uni.

S'occupant l'esprit du mieux qu'elle pouvait, Megan entreprit de réunir les affaires qu'elle avait étalées un peu partout dans l'appartement, puis prit le temps de lire le numéro de la Gazette du Sorcier qu'un hibou était venu lui délivrer dans la matinée, tout en savourant les spaghettis bolognaise que lui avait préparé Cal la veille au soir. La une était consacrée à la nouvelle collection de Brossdur, signe qu'aucun événement majeur n'avait eu lieu au cours des dernières vingt-quatre heures. Megan parcourut les articles d'un air distrait, savourant méchamment les allusions moqueuses à Harry Potter dont le quotidien ne se lassait pas depuis le début du mois. Elle savait pourtant ce que celles-ci signifiaient : le ministère de la magie contrôlait la presse et l'utilisait afin de discréditer le garçon et ses affirmations selon lesquelles Voldemort était revenu d'entre les morts. Megan, elle, échappait à ce harcèlement médiatique sordide : ce n'était pas elle qui avait crié sur le premier ministre le soir de la troisième tâche pour lui faire entendre la vérité. Le département de la justice magique avait cependant pris connaissance de la version selon laquelle elle avait victime du sortilège de l'Imperium, mais attribuait ce méfait à feu Barty Crouch Junior et sa folie meurtrière, il n'y avait donc donné aucune suite.

Un seul article retint réellement son attention : sous une publicité pour les capteurs de dissimulation, un journaliste rapportait les propos d'un Auror du nom de Kingsley Shacklebolt, chargé des recherches du dangereux Sirius Black, qui affirmait que ce dernier aurait désormais trouvé refuge au Tibet. Un bel exemple de l'incompétence du ministère, ne put s'empêcher de penser Megan. En effet, elle était bien placée pour savoir que le sorcier, accusé à tort du meurtre de Peter Pettigrew, était en réalité sur le sol anglais. Elle tira de sa sacoche une lettre, qu'elle avait relue à de nombreuses reprises ces derniers jours.

Megan,

J'espère que tu vas bien et que tu passes un bon été, malgré les récents événements. Comme tu le sais, une menace plane désormais, et notre ami commun s'inquiète pour ta sécurité. Je sais que tu n'as plus d'endroit où aller depuis que tes parents adoptifs ont dû s'enfuir, et que tu es pour l'instant dans une situation précaire, mais j'ai une bonne nouvelle à t'annoncer : j'ai trouvé un endroit où m'installer, un endroit sûr, dont la protection a été renforcée par tu-sais-qui, et il demande à ce que tu viennes m'y rejoindre ! Tu seras en sécurité ici plus que nulle part ailleurs – à part Poudlard, bien sûr. Il t'enverra bientôt les informations supplémentaires : l'adresse et la date à laquelle tu pourras arriver. Je dois dire que j'ai plutôt hâte que tu arrives, il y a tellement de choses dont nous devons discuter, mais je ne peux rien dire par courrier, les lettres peuvent s'égarer. A très bientôt,

Sniffle.

Remplie de sous-entendus et de non-dits, la lettre avait pour le moins désarçonné Megan. Elle se sentait à l'aise à Stourbridge, et non véritablement dans une situation précaire comme le sous-entendait Sirius, mais elle était consciente que sa sécurité n'était pas assurée. Elle n'avait donc pas fait de nouvelle scène lorsqu'un petit homme râblé et mal rasé à la longue tignasse rousse avait transplané dans sa cuisine pour lui communiquer les informations en question, sur ordre de Dumbledore. Cal, quant à lui, avait été si surpris de l'apparition soudaine du sorcier qu'il avait renversé sa bouteille de bière dans la cage d'Eleyna. Trop distraits pour nettoyer immédiatement la flaque, Megan et Cal ne s'en étaient rappelés qu'une heure plus tard, lorsqu'ils avaient retrouvé la chouette, visiblement plus soûle que l'elfe Winky elle-même, en train d'effectuer des roulades avant sur le rebord de la baignoire de l'appartement.

- A quelle heure est-ce que tu dois y être ?

Cal était rentré de la librairie, et lui et Megan regardaient un film, enlacés sur le canapé du salon, un grand bol de Chocogrenouilles entamé posé devant eux. Manger devant la télévision était une habitude qu'elle avait gardée de sa vie chez les Boyd, et elle savait qu'elle n'en aurait plus l'occasion une fois qu'elle aurait rejoint Sirius.

- Fletcher ne m'a pas donné d'heure précise, il a simplement dit « dans la matinée ».

- Il y a deux bonnes heures de route, on va devoir partir tôt.

Ce fut en effet à huit heures du matin que la sorcière et le Moldu entreprirent de hisser la lourde malle de Megan dans le coffre de la voiture, installèrent Eleyna, encore endormie, sur la banquette arrière, et prirent la route vers Londres. Cal, fier de conduire le véhicule dont ses parents lui avaient fait cadeau pour son dix-huitième anniversaire, utilisait son téléphone portable comme GPS, ayant refusé que Megan se charge d'être son copilote à l'aide d'une carte routière.

- On est bientôt au vingt-et-unième siècle, avait-il affirmé résolument, les sorciers devraient peut-être s'en rendre compte.

La jeune fille, qui n'affectionnait pas particulièrement la technologie moldue, profita donc de son inutilité au cours du trajet pour terminer sa courte nuit, la tête posée contre la vitre. Les deux heures et demie de route lui parurent ainsi bien courtes, et elle eut le sentiment qu'ils venaient à peine de quitter Stourbridge lorsque Cal la réveilla pour lui signaler qu'ils étaient arrivés.

En réalité, la jeune fille n'avait donné à son ami que l'adresse d'un petit cinéma londonien situé non loin de sa destination finale : Mundungus Fletcher avait lourdement insisté, répétant disait-il les paroles de Dumbledore, sur le fait que nulle autre personne qu'elle-même ne devait être informé de l'adresse de la maison où elle se rendait. Se fut donc sur le trottoir sale et peuplé de Moldus que Megan et Cal se séparèrent. Ce n'étaient pas des adieux difficiles et déchirants : tous deux n'entretenaient pas une relation amoureuse mais avaient seulement choisi de laisser libre cours à leur attirance physique réciproque à une période de leurs vies où le besoin de proximité s'était fait ressentir, et ils acceptaient maintenant de reprendre le cours normal de leurs vies. Megan passa donc la lanière de sa besace sur son épaule, attrapa fermement la poignée de son imposante valise d'une main et la cage d'Eleyna de l'autre, et se mit en chemin sans un regard en arrière.

Il lui fallut un quart d'heure pour rejoindre sa destination. Au fur et à mesure qu'elle s'en approchait, le quartier dans lequel elle évoluait devenait de plus en plus pauvre et crasseux, les façades des maisons n'étaient pas entretenues, plusieurs fenêtres étaient cassées, les peintures des portes s'écaillaient et les ordures envahissaient les trottoirs et les marches des perrons. Eleyna, désormais réveillée, poussa un hululement réprobateur lorsqu'une odeur de déchets ménagers en décomposition flotta jusqu'à elles. Fronçant les sourcils face à son nouvel environnement peu accueillant, Megan s'arrêta en face des maisons qui portaient les numéros 11 et 13. Procédant comme le lui avait indiqué Mundungus Fletcher, elle sortit de sa poche le morceau de parchemin soigneusement plié qu'il lui avait remis, et inscrit dans son esprit les mots qu'elle y lut, tracés de ce qu'elle reconnut comme étant la main de Dumbledore :

Le quartier général de l'Ordre du Phénix se trouve au 12, square Grimmaurd, Londres.

Aussitôt, une vieille porte délabrée surgit de nulle part entre les deux numéros. Des murs décrépis aux fenêtres crasseuses apparurent à leur tour. C'était comme si une nouvelle maison avait soudain écarté les deux autres pour se glisser entre elles. La porte était recouverte d'une peinture noire miteuse et éraflée par endroits. La poignée d'argent avait la forme d'un serpent et il n'y avait ni trou de serrure, ni boîte aux lettres. Rodée aux apparitions magiques de toutes sortes, Megan s'avança sans hésiter et tira sur la cloche pour signaler son arrivée. Il s'écoula de longues secondes, puis la porte s'ouvrit sur un homme aux longs cheveux noirs qui lui adressa un sourire ravi.

- Je suis vraiment très content de te voir, Megan, lança Sirius Black, mais la prochaine fois n'utilise pas la cloche, s'il te plaît !

Ses paroles étaient presque recouvertes par les hurlements d'une voix de femme qui semblait en proie à une véritable crise d'apoplexie :

- IMMONDE BÂTARD, TRAÎTRE A TON SANG, OSER SOUILLER AINSI LA DEMEURE DE MES ANCÊTRES, PHILISTIN, VERMINE, SALETES !

Sa voix fut bientôt rejointe en concert par une demi-douzaine d'autres, engendrant une cacophonie assourdissante. Sirius fit entrer Megan sans ménagement dans le sombre hall et referma derrière elle les nombreuses serrures dont disposait la porte. La jeune fille, les yeux écarquillés, cherchait des yeux la femme responsable de cet accueil peu ordinaire.

- Donne-moi un coup de main, Megan, la pressa Sirius.

Elle le suivit dans le hall sinistre et faiblement éclairé par des lampes à gaz à l'ancienne alignées le long des murs, jusqu'à un portrait grandeur nature encadré de longs rideaux mangés aux mites, représentant une vieille femme vêtue de noir qui hurlait les insultes de toutes ses forces en bavant, ses yeux roulant dans leurs orbites, sa peau parcheminée tendue sur son visage.

- ALLEZ-VOUS-EN, MISERABLES CAFARDS, HOULIERS, STUPIDES TRAÎTRES !

- Qu'est-ce que c'est que cette horreur ? s'enquit Megan en haussant le ton pour se faire entendre.

- C'est ma mère, aide-moi à refermer les rideaux !

Abasourdie par l'information, Megan entreprit cependant d'attraper l'un des pans de tissu moisi et tira dessus d'un coup sec. La tenture refusa cependant de bouger, prenant la jeune fille par surprise. Il fallut aux deux sorciers conjuguer toutes leurs forces pour enfin recouvrir le portrait, qui se tut aussitôt. Sirius entreprit alors de stupefixier tous les occupants des portraits noircis par le temps, accrochés de travers sur les murs, qui avaient repris en chœur les exhortations de la mégère.

- Voilà pourquoi il ne faut pas utiliser la cloche, ni parler trop fort dans le hall, expliqua Sirius à voix basse. Viens, on sera plus tranquille dans le salon. Donne-moi ta valise.

Sans discuter, la jeune fille suivit son hôte jusqu'à un escalier obscur, passant devant un grand porte-parapluies en forme de jambe de troll, et observant avec consternation la rangée de têtes d'elfes de maison fixées à des plaques le long des marches. Lorsqu'elle avait vécu au manoir Malfoy, il était évident que ses occupants appréciaient la magie noire et prônaient la supériorité de leur sang, mais cette impression s'accompagnait d'une certaine élégance, tandis que la bâtisse où elle se trouvait aujourd'hui ressemblait davantage à un repaire de Mangemort de très mauvais goût. Sur les murs, le papier-peint se décollait, et les tapis étaient usés jusqu'à la corde. Une odeur douceâtre d'humidité, de poussière et de pourriture imprégnait les lieux. Le manoir Riddle était, en comparaison, un lieu chaleureux et accueillant – si l'on faisait abstraction de la créature repoussante qui y régnait l'année passée.

Au premier étage, elle entra dans une vaste pièce aux plafonds hauts et aux murs vert olive ornés de tapisseries sales. Un nuage de poussière s'éleva du tapis lorsqu'elle posa le pied dessus, et un bourdonnement incessant dans les longs rideaux vert mousse attira son attention. Au fond de la pièce, un secrétaire remuait étrangement par intervalles. Des armoires vitrées, couvertes de poussière, se dressaient de chaque côté de la cheminée, encombrées de poignard rouillés, de griffes et de peaux de serpent.

- Sirius, qu'est-ce que c'est que cet endroit ? s'enquit-elle après avoir regardé autour d'elle avec un froncement de sourcils. Je veux dire, ta caverne en Ecosse n'était pas très confortable, mais cet endroit… C'est ça, le quartier général de l'Ordre du phénix ?

- La maison de mes parents, annonça le sorcier d'un ton laconique. Bienvenue dans la noble et très ancienne maison des Black !

- Des Black ? Tu habites ici ?

- Plus depuis que j'ai 16 ans, et j'étais parti habiter chez Remus après le Tournoi. Mais j'ai hérité de cette maison à la mort de mes parents, alors comme l'Ordre n'avait pas encore de local, j'ai proposé à Dumbledore de l'utiliser, même si je la déteste.

- Et ce n'est pas trop risqué ? Le ministère doit se douter que tu possèdes cette maison, ils pourraient venir te chercher ici !

- Ne t'inquiète pas pour ça : l'Auror qui dirige les recherches pour me retrouver est un membre de l'Ordre.

Megan haussa un sourcil, impressionnée d'apprendre que la société secrète de résistance étendait son influence jusqu'au sein du ministère de la magie.

- Et les Mangemorts ?

- Mon taré de père a doté la maison de tous les systèmes de sécurité qui existent dans le monde magique, et Dumbledore y a ajouté sa propre protection. C'est lui qui est le Gardien du secret de l'Ordre, c'est pour ça qu'il te fallait un mot de sa main pour venir ici. Tu as détruit le parchemin ?

Le regard de Megan lui répondit. Un peu honteuse d'avoir oublié cette règle de sécurité dont lui avait pourtant parlé Fletcher, elle sortit de la poche où elle l'avait fourré le bout de parchemin. Sirius y pointa le bout de sa baguette.

- Incendio.

Les deux sorciers regardèrent sans un mot le parchemin prend feu puis disparaître en cendres sur le tapis sale et usé.

- Aujourd'hui, la maison est calme, dit Sirius pour rompre le silence. Remus vit ici aussi, il reviendra en fin de journée, mais en général c'est très animé, tu verras. Et les Weasley doivent arriver demain, ainsi que ton amie Hermione.

- Et Potter ?

Elle n'était pas pressée de retrouver le garçon, avec qui elle ne s'entendait pas.

- Il n'est pas prévu qu'il vienne ici, pour le moment. Maintenant que Voldemort est de retour, sa sécurité doit être renforcée, et Dumbledore a veillé à ce qu'il ne puisse rien lui arriver tant qu'il se trouve chez son oncle et sa tante. Ta sécurité aussi est très importante, Megan, c'est pourquoi il était important que tu viennes ici, on ne pouvait pas te laisser dans la nature.

Stourbridge n'était pas exactement l'idée qu'elle se faisait d'être « dans la nature », mais elle ne prit pas la peine de le reprendre. Vivre au sein du quartier général de l'Ordre du Phénix promettait d'être intéressant, elle allait enfin en apprendre plus sur ce qui se passait du côté de Voldemort et de la résistance, après en avoir été coupée pendant deux semaines.

- Tu veux choisir ta chambre ? s'enquit Sirius. Je pense que tu dormiras avec Hermione et la sœur de Ron. Il y a beaucoup de chambres ici, cette maison est ridiculement grande.

Megan jeta son dévolu sur la pièce située en face du salon, espérant ne pas être ainsi trop éloignée de l'activité de la maison. Une fois sa valise installée et la chambre aérée afin d'évacuer tant bien que mal l'odeur de moisi qui y flottait, Megan et Sirius reprirent place dans le salon. Le sorcier prit cependant soin de jeter un sortilège de Récurage sur le canapé avant qu'ils s'y installent. La maison donnait l'impression d'avoir été laissée en parfait abandon pendant une génération entière.

- Tu as grandi depuis la dernière fois que je t'ai vue, observa Sirius.

En effet, la jeune fille semblait avoir terminé sa croissance, ses cheveux noirs et ondulés atteignaient le bas de son dos, et son visage avait perdu toutes les rondeurs de l'enfance. L'année écoulée l'avait changée.

- Tu t'es lavé depuis la dernière fois que je t'ai vu, répliqua-t-elle.

Sirius ne put retenir un éclat de rire, qui ressemblait à un aboiement.

- Je déteste cette maison, mais elle a l'avantage d'offrir plusieurs salles de bain, reconnut-il avec un sourire.

- Pourquoi est-ce que tu la détestes ? Je veux dire, toutes les poignées de porte sont en forme de têtes de serpent, c'est sale, ça sent mauvais et la décoration témoigne d'un réel manque de goût, mais avec quelques efforts et de la magie, tu peux en faire un endroit intéressant.

- Ça sera toujours la maison de mes parents, répliqua Sirius, le regard sombre. Personne ne vit plus ici depuis dix ans, depuis la mort de ma mère, à part bien sûr Kreacher, son vieil elfe de maison – tu vas le croiser, il est un peu cinglé – mais moi ça fait bientôt vingt ans que je suis parti, en espérant ne jamais revenir.

- Pourquoi ?

Megan était toujours surprise d'entendre parler de familles déchirées, elle qui aurait tout sacrifié pour ramener ses parents à la vie, morts pour la protéger.

- Je les détestais, répondit Sirius avec un haussement d'épaule. Mes parents étaient obsédés par le Sang-pur, convaincus que les Black étaient presque une famille royale, et mon petit frère avait avalé toutes ces âneries. Il est devenu Mangemort, et ça l'a tué : il a fini par se rendre compte qu'on lui demandait d'accomplir des abominations, et il a voulu tout arrêter, mais on ne peut pas tourner le dos à Voldemort. Il faut servir ou mourir.

La jeune fille déglutit. Elle-même avait suivi un chemin semblable, mais elle était parvenue à s'enfuir après avoir trahi le Seigneur des Ténèbres. Désormais, il souhaitait certainement la tuer elle aussi.

- Je dis ça, mais je suis idiot, ça ne doit pas t'aider t'entendre ces histoires ! Après ce qui t'est arrivé l'année dernière… Je n'arrive pas à croire que le fils Crouch t'ait soumise à l'Imperium, cette vermine ! Quand je pense que toute l'année, tu étais à sa merci et nous n'avons rien vu… C'était lui qui te demandait de m'écrire ces lettres ? Tu avais tellement l'air d'être de notre côté, je n'ai rien remarqué, je m'en veux tellement. Et en même temps, j'ai eu de la chance : Voldemort aurait pu te demander de me tuer, dans la caverne, et personne n'en aurait rien su. Quand je pense à tout ce temps que tu as passé seule avec Harry, par Merlin, les choses auraient pu mal tourner ! Mais Voldemort avait besoin de lui vivant, c'est bien ça ? Pour sa potion ? Megan, je suis tellement désolé que nous n'ayons rien remarqué.

- Personne n'aurait pu remarquer quoi que ce soit.

Elle prit une profonde inspiration.

- Parce que Voldemort ne m'a jamais soumise à l'Imperium.

Il y eut un long silence, pendant lequel diverses émotions traversèrent le visage de Sirius. Ses sourcils se froncèrent, une lueur d'incompréhension brillant dans ses yeux, puis la surprise, la colère, et de nouveau l'incompréhension.

- Qu'est-ce que tu racontes ?

Megan n'était pas certaine de connaître la raison exacte qui la poussait à avouer tous ses secrets à Sirius, mais il ne l'avait pas abandonnée lorsqu'il avait eu connaissance de son lien avec Voldemort, et il lui était plus facile ne de pas avoir à mentir tout le temps, prenant le risque de se trahir par inadvertance. Si elle devait passer le reste de l'été chez lui, elle préférait être honnête avec lui. Alors elle se lança dans le récit de ses luttes de l'année passée : la peur du retour de Voldemort et du règne de terreur qui l'accompagnerait, la crainte que le camp de Dumbledore ne soit pas de taille à l'affronter s'il parvenait à retrouver ses pouvoirs, sa terreur à l'idée de perdre Hermione, Kevan ou n'importe lequel des Weasley, la mission de Dumbledore, son marché avec Voldemort, et le rôle d'agent double qu'elle avait tenu tout au long de l'année, puis l'article de Rita Skeeter, la mort de Cedric, et l'échec du mage noir dans le cimetière à tuer Potter.

Lorsqu'elle eut terminé son récit, elle avait le cœur battant et les yeux brûlants. Sirius, quant à lui, avait froncé les sourcils un peu plus à chaque étape, jusqu'à sembler véritablement furieux.

- Tu te MOQUES DE MOI, MEGAN ! tonna-t-il en se levant du canapé, ses yeux lançant des éclairs.

Le jeune fille se recroquevilla malgré elle, surprise et peinée par la réaction inattendue du sorcier.

- Tu as aidé Voldemort à retrouver ses pouvoirs ? s'écria-t-il.

- Je ne l'ai pas aidé ! rétorqua-t-elle en retrouvant un semblant d'assurance.

- Mais tu n'as rien fait pour l'en empêcher !

- Je ne connaissais pas son plan ! J'ai cherché à en savoir plus, vraiment, j'ai tout fait pour gagner sa confiance !

- Tu as tué des gens, Meganna !

Elle serra les dents en renvoyant les visages terrifiés des Barish.

- J'ai fait ce que je pensais être la seule solution de sauver mes amis ! répliqua-t-elle, furibonde. Mes amis, et toi ! Tu étais dans la liste, Sirius Black !

- Mais quelle liste, Megan ? Tu ne pensais pas sérieusement que Voldemort allait tenir sa part du marché ?

- S'il avait posé un doigt sur ne serait-ce qu'un seul d'entre vous, je lui aurais immédiatement tourné le dos !

- Après l'avoir servie pendant combien de temps ? Tu sais combien tes pouvoirs contribueraient à son ascension, les centaines de milliers de personnes qui pourraient en souffrir ! Et lui tourner le dos, comme mon frère ? Lui aussi a bêtement cru que c'était possible, et il a été tué !

- Mais pas moi, si ? J'ai sauvé Potter, dans le cimetière, je l'ai ramené à Poudlard, j'ai trahi Voldemort et j'ai survécu !

- Tu as eu de la chance, Megan, ce n'est rien d'autre que de la chance ! Tu aurais pu te faire tuer, et Harry avec toi ! Est-ce que tu te rends compte du danger que tu as fait courir à tout le monde avec tes idées stupides ?

- C'est stupide de vouloir sauver des vies ?

- A quel prix, bon sang, Megan ! Et sans aucune assurance que ton plan fonctionne ! Je n'arrive pas à croire que tu aies réussi à mener Dumbledore en bateau, pendant tout ce temps tu étais prête à le trahir ! Tu as quatorze ans, tu es encore une enfant, je comprends que tu aies cru pouvoir aider les autres, mais lui n'aurait jamais dû te laisser faire !

Megan sourcilla, surprise que la colère de Sirius soit soudain déviée en direction de Dumbledore.

- J'ai quinze ans, crut-elle bon de préciser.

Son hôte poussa un profond soupir d'agacement.

- Est-ce que tu comprends ce que je te dis, Megan ?

- Oui, je comprends. Je ne suis pas d'accord, mais peu importe, c'est fini maintenant. Je voulais juste que tu saches que la version de l'Imperium est celle que Dumbledore a donné à tout le monde pour expliquer ce qu'il s'est passé, mais ce n'est pas la vérité. Mais il n'y a pas grand-monde qui soit au courant, alors garde-le pour toi, d'accord ? Il n'y a que toi, Dumbledore, Snape et McGonagall qui soyez au courant. Et puis Voldemort et Pettigrew aussi, bien sûr.

- Harry, Ron et Hermione ne sont pas au courant ?

- Non. Ils ne sont au courant de rien, et il ne faut pas que ça change.