Note d'auteur.

Eh oui, c'est encore moi ! Que voulez-vous, la quarantaine. (en vrai c'est totalement faux j'ai des DM et des dissert' à rendre par dessus la tête, mais j'ai réussi à choper un rythme où je peux écrire un peu le matin en me levant, donc c'est pas mal, bref).

Aujourd'hui on se retrouve pour (stupeur générale) un KuroKen ! Alors oui, certains savent que je ship pas du tout à la base, que mon coeur va au KuroShou et au KenHina, mais vous voyez j'ai lancé une section de demande d'OS dans mon recueil sur Wattpad, et je me suis dit que tant qu'à être enfermée, autant en profiter pour écrire quelques commandes. On commence donc par celle de -kenmacat qui m'a demandé un KuroKen (elle n'est pas la seule, je fais donc d'une pierre deux coups) en me laissant le choix du thème. J'ai choisi un YouTuber!UA, parce que c'était populaire pendant un moment et que j'ai pas eu le temps de m'y essayer. Oui, je sais, je me suis crue en 2013, mais que voulez vous, les clichés hein.

Je vous souhaite une bonne lecture, j'espère que ça vous plaira ! N'hésitez pas à voter et à commenter, je vous fais des bisous !


Tous droits de reproduction, de traduction et d'adaptation réservés pour tous pays, y compris le Liechtenstein.


"But we know we've been longing for this
Cut it out The plot that deceived you
Drop the rebel sound, shut the system down
Reveal the never found now"

- Database, Man with a mission


– Tu vas pas regarder des vidéos alors que je suis juste là ?

– Je me sentirais un peu coupable si je t'avais invité, sauf que c'est pas le cas.

Assis contre son lit, enroulé dans un plaid gris, Kuroo pianotait sur sa manette. Il avait ramené son immense TV juste en face de son sommier quelques semaines plus tôt, et depuis il passait ses journées à la regarder sans faire grand-chose d'autre.

– Tu m'as dit y'a un mois que si je me sentais seul je pouvais toujours venir.

– Déjà, j'avais dit ça pour être poli. Et ensuite, j'avais pas vraiment imaginé que tu viendrais vraiment toquer à ma porte sans prévenir à 1h du mat'.

Si Oikawa était là, c'était uniquement car Iwaizumi était parti en voyage avec le groupe de gamin qu'il entraînait la semaine. Un camp spécial, ou quelque chose du genre : dans tous les cas, Oikawa n'avait pas été invité, et avait dû lui dire au revoir pour les quelques jours à venir.

Il avait tenu la journée avant de venir squatter son lit.

– Normalement, avec Iwa à cette heure-là on...

– Je veux vraiment pas savoir ce que tu fais avec Iwa à cette heure-là, c'est clair ?

Oikawa lui glissa un regard étonné.

– J'allais dire qu'on regardait des films, mais puisque tu veux avoir l'esprit mal placé.

Avec un petit rire, il arracha la manette des mains d'un Kuroo un peu rouge, avant de commencer à faire défiler les propositions YouTube. Rapidement, il remarqua quelque chose qui ne l'étonna pas vraiment.

– C'est marrant, mais ils proposent quand même beaucoup de vidéo de Kenma.

Kuroo grogna et lui reprit la manette.

– Ouais, bah c'est parce que je regarde pratiquement que ça en ce moment. Il est cool, non ?

Le regard sceptique que lui renvoya son ami fut plus que révélateur. Il attrapa un coussin sur le côté et le posa sous son menton.

– Eh bien, j'aurais pas vraiment dit « cool ». Enfin, c'est pas tout à fait le bon mot. C'est l'un des meilleurs joueurs, et si je devais le comparer à quelqu'un...

Il remua ses sourcils en direction de Kuroo, et ce dernier soupira largement. Il lança une vidéo au hasard, de celles qui faisaient partie de la playlist « jeux détentes », et la laissa tourner.

– Oui, bah... on fait pas les mêmes types de jeux. Lui, il veut juste avoir des Top Score un peu partout, et moi –

– Toi tu te contentes de te faire botter le cul par un peu près tous les invités de ta chaîne. Je sais, j'étais là sur au moins trois d'entre elles. Mais tu sais, pour un gameur, t'es quand même sacrément nul.

Il était devenu connu ainsi : un mec pas trop moche et un peu sarcastique qui faisait des vidéos gaming où il perdait même quand il était seul. S'il arrivait à finir le jeu, c'était au bout de plusieurs heures de Let's play qu'il fallait ensuite monter et corriger afin de ça ne soit pas trop long. Mais celles qui avaient le plus de succès, c'était tout de même les moments où il invitait des amis ou d'autres YouTuber afin de jouer à plusieurs.

Si même Iwaizumi et ses grimaces face à n'importe quel jeu pouvaient le battre, il n'y avait plus aucun espoir pour lui.

Soupirant, il se retourna vers la vidéo qui tournait.

– Même pour un jeu détente il est super fort...

En haut à droite de l'écran, Kenma avait placé un petit cadre de caméra qui le montrait en train de jouer. Il avait posé sur ses oreilles son casque muni d'un micro, et avait ramené ses cheveux en un chignon lâche à l'arrière de sa nuque. Sans grand effort, il paraissait parfaitement dans son élément et possédait un certain style, Kuroo voulait bien le reconnaître.

Soudain, il trouva l'un des passages secrets par hasard et ses lèvres s'étirèrent en un rictus.

Kuroo, lui, fit la moue.

– Comment il fait ça ? J'ai joué à ce jeu, et j'ai été obligé de tourner en rond pendant une heure avant de trouver quoi faire avec cette partie. Ce mec est un génie des jeux vidéos, et je suis méga jaloux.

Oikawa ricana juste à côté de son oreille. Il avait l'air tout fier de lui, ainsi Kuroo sentit le problème arriver à des kilomètres.

– Tu devrais lui envoyer un message.

– Quoi ? Mais pourquoi ?

Certes, il était un peu fan, mais ce n'était pas une raison. La chaîne de Kenma avait un peu plus d'abonnés que la sienne, mais il trouvait que c'était normal était donné que lui était un vrai gameur et pas juste un clown qui acceptait de se faire battre par sa petite sœur (cette vidéo avait été particulièrement humiliante). Donc, il ne pouvait pas faire n'importe quoi et lui envoyer un message de fanboy en mode « j'adore vraiment ce que tu fais merci d'exister », ce qu'il pensait pourtant très fort.

En secret. Parce qu'il était un mec un peu mystérieux, quand même.

– Bah à ton avis ? Pour lui proposer une collab' ! Vous faites une vidéo ensemble, il te bat dans les règles de l'art, vous devenez presque amis, et t'auras eu l'occasion de voir ton idole de près.

– Oui, enfin n'abusons rien je ne suis quand même pas...

– Oh, Kuroo. Je te vois venir, avec tes petites étoiles dans les yeux. La dernière fois, c'était avec Akaashi et ses reviews livresques alors que tu lis même pas. Regarde-nous maintenant : unis comme les doigts de la main !

Tu es devenu pote avec lui. Moi il me supporte pas.

– Ce qui est logique, étant donné que t'as squatté chez lui et Bokuto tous les soirs pendant un mois. Il avait rien contre toi avant que tu foutes tes gros pieds dans son couple.

Bon, cet été-là, il avait peut-être exagéré. Mais pour sa défense, Bokuto était son meilleur ami et il avait eu une remontée d'amour pour lui ; il s'était donc pointé tous les jours vers 19h avec Mario Kart et des manettes, afin qu'ils passent un bon moment entre bro'.

Akaashi avait fini par éteindre la sonnette de leur appartement afin que Bokuto arrête de le laisser entrer.

– Et donc ?

– Quoi ? Non, je vais pas lui envoyer un message. Tu rigoles ? Je préfère encore qu'il me connaisse pas plutôt qu'il me haïsse. Ça fait un peu mal à l'ego, tu sais.

– Mmmh, je vois.

Il aimait beaucoup les vidéos de Kenma : sa voix était agréable, il était plutôt mignon quand il se mettait face caméra, et en plus tous les jeux qu'il essayait avaient l'air super cools. Certes, il aurait bien aimé pouvoir tourner une vidéo ou deux, et passer un peu de temps avec lui pour voir si dans la vraie vie il faisait également ce rictus qui affolait ses fans dans ses lives, mais c'était aussi un peu effrayant.

Il ne l'avait fait qu'une fois, avec Akaashi, et avait reçu une réponse claire : non merci. Par mail. Simple, mais efficace, il avait parfaitement compris le message. Pour apprendre trois semaines plus tard que son meilleur ami sortait avec lui.

Oui, la plaie était encore fragile.

Soudain, il se rendit compte qu'Oikawa était silencieux depuis bien trop longtemps. Quand il se retourna vers son lit, dans son dos, ses yeux s'ouvrirent en grand et il poussa un petit cri.

– C'est mon portable ? T'es pas en train de faire ce que je crois ?

Son ami releva la tête, avec un petit regard innocent qui ne prenait définitivement pas avec lui.

– Ça dépend. Qu'est-ce que tu crois que je fais ?

Kuroo aurait pu se relever en tapant une crise. Il aurait pu le supplier de ne pas faire ça, ou alors se jeter sur lui comme un sauvage pour essayer de lui reprendre le téléphone. Seulement pour la dernière option, Oikawa était un sportif et Kuroo un YouTuber gameur qui faisait des vidéos dans sa chambre.

Il lui lança donc un regard mouillé plein de tristesse et d'espoir. Que son ami ignora.

– Parce que si tu crois que je viens d'écrire un mail à Kenma, c'est trop tard. J'ai déjà appuyé sur envoyer.

Il détestait ses amis. Il détestait ses choix de vie. Il détestait son petit cœur fragile qui faisait des bons dans sa poitrine.


– Dis, tu connais un certain KuroGaming ?

La question d'Hinata obligea Kenma à mettre son jeu en pause.

– Pourquoi ?

Assis dans le pouf du coin de son studio, un ordinateur portable sur les genoux, le rouquin releva vers lui un regard étonné. Le plus surprenant n'était pas tant le fait que Kenma ait mis pause pour répondre à une simple demande innocente, que sa réponse qui habituellement était toujours « nan connais pas ».

Penchant la tête sur le côté, Hinata attendit la suite.

– Je connais sa chaîne. Vite fait.

C'était un mensonge, qui ne roula personne. Soudain, les yeux de son ami s'ouvrirent dans un instant de compréhension et il laissa échapper :

– Oooh. Oui. Ça me revient. C'est ce mec qui se fait tout le temps battre.

Puis il ajouta, avec un sourire :

– Ses vidéos te font rire.

Il aurait bien voulu tout nier en bloc, mais mentir à Shoyo était compliqué : il le regardait avec son grand regard plein d'étoiles, son visage plein d'innocence et son sourire sincère, et alors Kenma ne pouvait que soupirer. Alors à la place, il posa sa manette sur le côté (de toute façon, il était plus d'1h du mat', et son tournage était terminé. Hinata était seulement passé le chercher pour le ramener à l'appartement qu'ils partageaient, et s'était arrêté pour regarder ses mails au passage) et se leva pour aller s'asseoir à côté de lui.

Il se laissa tomber sur le pouf, et gigota jusqu'à réussir à se créer sa place.

– Pourquoi tu demandes ça ?

– Parce que ce mec vient de t'envoyer un mail.

Hein ?

Se penchant vers l'écran de son ordinateur, toujours posé sur les genoux de son meilleur ami, Kenma lut attentivement ce qui était inscrit. C'était un mail sérieux, poli, qui lui demandait s'il serait d'accord pour une collaboration. Une vidéo pour chaque chaîne, sur un jeu différent à chaque fois. Il se présentait au début, comme s'il n'y avait aucune chance pour que Kenma puisse le connaître (ce qui avait bien failli être le cas, s'il n'était pas tombé sur l'une de ces vidéos, celle avec sa petite sœur, par hasard).

Kenma retomba contre son siège, les sourcils haussés.

– Il m'a envoyé un mail, annonça-t-il à voix haute. D'accord, ouais. Un mail.

Il aimait bien les vidéos de Kuroo ; c'était simple et honnête, sans prise de tête. Il était drôle, quand il le voulait, et tous les gens qu'il invitait étaient des amis IRL qui avaient l'air d'avoir une case en moins. Surtout le mec aux cheveux verts, qu'il avait fini par dégager du cadre.

– Tu penses que je devrais faire quoi ?

Salut à tous, aujourd'hui on se retrouve avec mon ami que certains connaissent sûrement déjà

Sur son téléphone, Hinata avait lancé une vidéo de Kuroo. Il l'observa un instant sans rien dire, puis mit sur pause.

– Tu devrais carrément dire oui. Il a l'air cool. J'aime bien ses cheveux.

– J'ai jamais fait de collab'. D'habitude, je suis juste tout seul dans mon studio : tu penses que c'est lui qui va venir, ou moi qui vais devoir prendre le train ? D'ailleurs, il habite où ? Si ça se trouve, on est à chaque coin du pays...

Un petit rire le força à relever la tête, et Shoyo lui donna un petit coup d'épaule.

– Justement. Monsieur le grand gameur que personne n'ose approcher va enfin s'ouvrir au monde de YouTube. Tu lis à peine tes commentaires, et tu regardes pratiquement aucune autre vidéo. Si ce KuroGaming –

– Il s'appelle Kuroo. En vrai.

– Si ce Kuroo veut que vous fassiez une vidéo ensemble, ça pourrait être cool. Réponds-lui d'accord pour l'instant, on verra bien après.

Puis, avec aplomb, Hinata reporta l'ordinateur portable devant lui, et commença à taper une réponse. Kenma, lui, observa le vide devant lui en sentant son estomac se tordre.


– Kenmaaaa !

Kuroo sentait qu'il allait encore mourir. Il avait utilisé tous ses items de soin lors de la dernière vague, et s'il ne se dépêchait pas de courir dans le sens inverse, il allait tout simplement mourir.

Dans son casque, il entendit un soupir.

– Kuroo, arrête de bouger comme ça sinon je vais pas pouvoir venir te soigner.

– Mais ils me poursuivent !

– Évidemment qu'ils te poursuivent, ce sont des mobs, ils sont là pour ça. Il te reste des balles, non ? Tire-leur dessus.

Kenma avait toujours les réponses les plus simples : un problème ? Une solution. C'était un peu irritant parfois, surtout quand lui finissait toutes les vagues sans problème, mais c'était bien pour ça qu'ils s'étaient mis à jouer à deux.

Quand il fut enfin soigné, Kuroo laissa échapper un grognement soulagé. Kenma était son sauveur.

À ses côtés, son téléphone portable posé sur le bureau derrière le tapis de souris vibra de toutes ses forces. Il profita de la légère pause pour lire le message.

[19h34] Oikawa : T'as vu votre dernière vidéo ? Elle fait un carton, mec.

Kuroo haussa un sourcil. Oikawa ne suivait jamais ses sorties vidéos, surtout pas celle où il n'apparaissait pas (si personne dans les commentaires ne lui rappelait à quel point il était beau, quel était l'intérêt de les lire pendant des heures ?).

– Hey, Kenma. T'as été voir les résultats de notre vidéo ?

– Celle qu'on a postée hier ? Ou celle d'avant ?

– Nan, celle d'hier. Oikawa vient de me dire qu'on avait des bons retours.

Il entendit un léger rire dans son casque, et lança inutilement un regard à la fenêtre Skype ouverte dans son ordinateur. S'ils avaient tourné plusieurs vidéos ensemble, le changement le plus marquant devait certainement être ces rendez-vous hebdomadaires qui s'étaient naturellement organisés.

Jouer un peu ensemble avant d'aller tourner chacun de son côté mettait Kuroo incroyablement de bonne humeur.

– Pourtant on a rien fait de très inhabituel, ricana Kenma et Kuroo put parfaitement se visualiser son rictus. Je t'ai botté le cul, et t'as réussi à perdre tout seul.

C'était entièrement vrai : il avait fait le voyage en voiture jusqu'au studio de Kenma, et ils avaient passé le week-end à jouer et à tourner. Au final, cinq vidéos chacun étaient ressorties de ces deux jours. Celle que Kuroo avait postée la veille les montrait en train de se défier sur un jeu Wii, une course de voiture où Kuroo était sorti de route dans l'aide de personne, et où Kenma était sorti vainqueur.

Ça avait été l'un des meilleurs week-ends de sa vie.

[19h37] Oikawa : celle de Kenma est dans toutes les recommandations, et la tienne est pas très loin derrière. Iwa te fait un high-five. Et Bokuto me harcèle parce que tu lui réponds pas, alors il va sûrement venir défoncer ta porte.

Il avait arrêté de répondre à Bokuto au moment où celui-ci lui avait envoyé dix smileys yeux pervers à la suite.

– Tu viens de te faire tuer, annonça platement Kenma dans son micro.

Kuroo fit la moue. Il l'avait un peu vu venir, mais c'était rageant de se faire dégager après trois heures de jeu.

– Désolé, dit-il.

Kenma souvent le mieux placé dans les classements gaming, et même si là il jouait sur son compte personnel, ça ne changeait rien au fait qu'il lui avait sûrement fait baisser ses statistiques.

– On en refait une ? entendit-il alors.

Ses oreilles prirent une légère couleur rougeâtre, et il ne put retenir son sourire alors qu'il relança la partie. Ils repartaient ensemble du point de départ, mais sur le moment Kuroo n'en eut pas grand grand-chose à faire.

– Tu sais, on devrait en refaire une.

– C'est ce qu'on est en train de faire, Kuroo.

– Nan, mais je parle pas d'une partie. Je veux dire une vidéo. On devrait en refaire une ensemble.

Il y eut un silence, et en retournant sur la page Skype Kuroo se rendit compte que Kenma avait coupé son micro. Il attendit patiemment quelques secondes, et quand le revint sur la conversation, sa voix était plus rauque, comme s'il venait de tousser.

– Ouais. Pourquoi pas. On devrait faire ça.

Kuroo sourit.

– Cool. On se fera un Mario Kart.

– Si tu tiens à te faire humilier.

Le retour du rictus. Il pouvait l'entendre.

– Kuroo, tu vas encore te faire tuer là.

Et il se concentra un peu, car la dernière chose qu'il voulait était de décevoir Kenma.


Kenma ne voyait plus qu'un front et des cheveux roux derrière l'ordinateur qu'il laissait Hinata utiliser à sa guise, et c'était un peu inquiétant. Son ami ne l'avait jamais habitué à un silence pareil.

– Qu'est-ce que tu fais ? demanda-t-il alors en éteignant sa console.

Il se leva pour aller déposer sa manette à côté de sa grande TV, puis alla squatter le pouf sur lequel Shoyo était assis. Il se colla à lui, une légère moue sur le visage, et attendit sagement sans vraiment regarder l'écran qui était à présent à sa portée.

– Je lis tes commentaires. Ils sont... intéressants.

Il savait qu'Hinata adorait faire ça : à ses débuts, il avait été le premier à se ruer sur les quelques personnes qui laissaient des messages sous les vidéos de Kenma. À présent, il s'occupait plus ou moins de les gérer quand son coach lui laissait quelques vacances pour se reposer (tout en lui envoyant par mail un entraînement complet à faire pour ne pas perdre la forme ; Kenma ne comprendrait jamais).

– Ah bon ?

– Oui. Vraiment cools. Ils disent que la vidéo était géniale et que t'avais l'air de t'amuser, ce que beaucoup trouvent trop mignon.

– « Trop mignon » ? J'ai 27 ans.

On pouvait pas trouver quelqu'un de cet âge-là « trop mignon », si ? Kenma était un peu désaxé.

– Tout le monde s'en fiche, de ton âge. Pendant une période, t'avais un casque avec des oreilles de chat ; ça a affolé la toile pendant des semaines.

Il l'aurait bien gardé plus longtemps si Shoyo n'avait pas marché dessus par inadvertance. Il ne lui en avait pas voulu, mais apparemment les magasins (en ligne aussi) étaient en rupture de stock pour ce produit.

– Et là, ils disent tous que tu t'éclates dans les vidéos avec Kuroo. Tu jures, vous vous tapez l'épaule, et vous rigolez jusqu'à ce que l'un de vous sorte du cadre pour aller aux toilettes.

Kenma devait bien admettre que c'était arrivé une fois ou deux.

– En plus, ces vidéos ont beaucoup de vues. Et les gens trouvent qu'ensemble vous êtes...

– On est quoi ?

Cette fois, le gameur regarda l'écran. Il tourna l'ordinateur dans sa direction, et lut quelques commentaires à voix basse. À la fin du premier, il rougit discrètement et fronça les sourcils. Des yeux firent défiler les mots jusqu'à ce qu'Hinata lui dise :

– Ouais, beaucoup de filles vous trouvent bien ensemble. Enfin, elles aiment vos vidéos en commun et...

– « Ils se déshabillent du regard » ? On ne fait absolument pas ça.

Shoyo se racla la gorge. Kenma fronça encore plus les sourcils.

– J'ai enlevé les plus crus, mais certains étaient bien plus explicites. Bon, après c'est vrai que vous vous regardez comme...

– Comme quoi ?

– Comme si vous vous entendiez super bien.

– Mais on s'entend super bien !

S'ils s'appelaient tous les soirs pour jouer quelques parties, c'était bien parce que la compagnie de Kuroo était agréable. Il avait regardé un bon nombre de ses vidéos, et Kenma devait bien avouer que pouvoir avoir la vraie personne sous la main était un sentiment agréable. Kuroo était gentil et un peu taquin, avait la peau chaude et des cheveux doux, et surtout un regard gentil et admirable qu'il arborait même en faisant des blagues. Il était certes un peu ballot parfois, quand il se retrouvait devant une situation où il devait réfléchir sous peine de perdre la partie (Kenma lui avait fait essayer un jeu de réflexion, un peu dans le style d'un escape game. Il n'avait jamais autant ri qu'en voyait Kuroo se mettre à pigner devant la difficulté de la chose).

– Oui. Non. Tu vois, dans le genre très amis.

Shoyo essayait de lui faire comprendre quelque chose, en remuant les sourcils et en le fixant intensément, mais Kenma ne voyait pas. Il pencha la tête sur le côté, et repensa au « déshabillage du regard ».

Ses oreilles chauffèrent.

– Oh. Oui, d'accord, je vois. Pourquoi ils pensent ça ? Pourquoi toi, tu penses ça ? C'est ridicule.

Ça ne l'était pas vraiment, en vérité. Kuroo n'était pas moche à regarder, loin de là, et Kenma voulait bien admettre que voir sa tête dans certains Let's Play l'avait peut-être poussé à regarder ces vidéos-là plus que les autres, mais c'était tout. C'était... de son côté. Il pouvait garder ça pour lui, et personne ne saurait jamais rien.

Enfin, personne sauf Hinata qui le fixait encore, et toutes ces personnes dans les commentaires de ses vidéos.

– Ridicule, vraiment ?

– Pourquoi ça le serait pas ? Kuroo est... (il fit de petits gestes du poignet, désignant quelque chose dans l'air). Ça doit lui arriver à chaque fois qu'il fait une collaboration avec quelqu'un.

Il n'avait jamais été voir les commentaires des vidéos de Kuroo où il invitait l'un de ses amis IRL, mais Kenma avait bien envie d'y faire un tour, tout à coup. Juste pour voir.

– Oui, c'est ça. Les petites étoiles dans les yeux, ça doit être tellement courant.

Il détestait quand Shoyo avait cet air-là. Celui qui lui montrait qu'il n'était plus juste son adorable voisin qui parlait trop fort, mais bien un adulte qui n'était pas si bête que ça.

– Et en plus, Kuroo a l'air de vraiment se forcer à être là. Regarde-moi cet air triste.

Il remonta la page jusqu'à faire apparaître l'image, et tourna l'écran vers lui. Kuroo riait aux éclats, alors qu'il venait d'enfin passer le premier niveau ; il se tourna vers Kenma, et tendit la main pour taper dans la sienne.

Il n'avait ni l'air forcé, ni l'air triste. Et peut-être y avait-il bien des étoiles dans les yeux.

Kenma renifla avec gêne et détourna le regard. Il se releva du pouf, faisant tomber Hinata sur le côté, et commença à rassembler ses affaires. Quand il eut fini, il se tourna à nouveau vers son ami qui avec refermé l'ordinateur portable, un léger sourire aux lèvres.

Il avait l'air fier de lui.

– T'es prêt ? T'étais venu me chercher à la base.

– Mmh, acquiesça-t-il en se redressant.

– Et arrête de me regarder comme ça. Qui a bien pu t'apprendre à être aussi fourbe ?

Il le pointa du doigt.


Assis par terre, le dos contre le sommier de son lit, Kuroo essayait de ne pas lancer sa manette contre l'écran de sa TV. D'abord, parce que les deux coûtaient cher, et ensuite car il fallait qu'il bosse sur sa frustration post-défaite. S'il était destiné à perdre jusqu'à la fin des temps, autant s'y habitué et adopter un comportement mature et responsable.

Mais son personnage alla tout droit vers le bord d'une falaise, et il tapa du pied en grognant.

– Bro, tu m'écoutes pas du tout là ?

Dans son casque la voix de Bokuto l'obligea à reporter son attention sur le téléphone connecté en Bluetooth qu'il avait posé à côté de lui. Après plusieurs jours sans se parler, son meilleur ami l'avait appelé en panique presque une heure plus tôt car apparemment il avait « tellement de trucs à lui dire ».

– Si, bien sûr que si. Et alors, tu lui as dit quoi à ce type ?

Les histoires de Bokuto à la salle de sport étaient de loin ses préférées : Kuroo n'avait aucune envie de l'accompagner, pourtant il arrivait à lui donner la curiosité suffisante pour vouloir y jeter un coup d'œil. Entre le patron avec qui il faisait des concours stupides, la secrétaire qui lui demandait à chaque fois des nouvelles de Keiji dans l'espoir d'apprendre leur rupture, le coach des séances en groupe qui lui touchait un peu trop souvent les cuisses, et les lourdauds que Bokuto se faisait un plaisir de remettre en place quand ils emmerdaient les filles ; il n'avait pas le temps de s'ennuyer, et Kuroo non plus.

– Je lui ai dit de rentrer chez lui d'allumer son ordinateur si tout ce qu'il voulait c'était voir des culs.

– Et... ?

– Et qu'en attendant, il avait des bras de mollusque.

– Je parie que t'as contracté tes biceps en disant ça.

– Évidemment. Ça donne plus d'impact.

Kuroo rit de bon cœur. Son meilleur ami était gentil de nature, mais il s'énervait tout de même bien plus facilement qu'avant : quand il ne s'était pas encore blessé, il avait suivi des entrainements très intensifs pour faire partie des équipes nationales, et cela lui avait avalé toute sa patience. À présent qu'il n'était plus qu'un coach à domicile qui se faisait payer des fortunes pour une seule séance, il avait appris à s'endurcir et à arrêter de douter.

Ce qui l'obligeait à se lever chaque fois qu'une personne avait besoin de soutien dans la même pièce que lui.

– Et toi, alors ? demanda-t-il soudain.

Le personnage de Kuroo retourna encore une fois dans le précipice de la falaise, et cette fois il ne put que soupirer.

– Moi ? Rien de jamais passionnant dans ma vie, tu sais bien.

– Bro...

– Quoi ?

– Tu sais qu'Akaashi me fait regarder tout plein de vidéos sur YouTube, n'est-ce pas ? Tu pensais vraiment que j'allais pas voir la tienne ?

Il essaya de ne pas répondre pour gagner du temps, parce qu'à ce niveau-là, quand ça le concernait lui, Bokuto était bien trop perspicace. Mais son ami ajouta :

– Kenma, hein ? Il a l'air sympa. Et c'est marrant, mais il a le même air que... tu sais, cette fille du lycée que t'aimais bien. Et ce mec-là, au début de la fac. Et cet autre gars, en boite. Y'avait aussi cette prof qui parlait trop bas, et que tu trouvais charmante. Et celui avec qui t'es sorti quelques mois y'a –

– Bon, c'est quoi ton point ?

– C'est ton type. À fond. Et sur la vidéo, j'ai remarqué tous ces petits regards et ces tapes sur l'avant-bras. Tes tapes sur le bras, c'est ton signe qui hurle « cette personne me plaît ! » et je te connais super bien.

En face à face, Bokuto l'avait très certainement entraîné contre son torse pour un câlin forcé contre ses pectoraux bien trop durs. Bokuto adorait les câlins, surtout quand son amour dégoulinait comme ça.

Sa voix était douce et pleine d'affection, comme si voir Kuroo intéressé par quelqu'un méritait clairement une petite fête.

– Je te préviens, on fera pas de petite fête.

– Merde, j'étais déjà en chemin pour prévenir Akaashi. Bon, et sinon, tu comptes faire quoi ?

– Comment ça « faire quoi » ? Rien du tout, bien sûr. Kenma est super sympa, je vais pas risquer de tout gâcher.

Ou alors, uniquement quand il serait sûr et certain que ses impressions étaient partagées, ce qui ne risquait pas d'arriver, selon lui.

– Déjà que j'ai fait des vidéos avec lui et qu'on joue ensemble tous les soirs en ligne, je vais pas demander la lune. C'est agréable comme ça.

Il y eut un petit silence, puis Bokuto répondit :

– Si tu le dis.

Kuroo sentit qu'il n'était pas tout à fait content, parce que le rêve de Bokuto était de faire des rendez-vous à quatre avec son meilleur ami et l'élu de son cœur mais : déjà Akaashi ne voulait absolument pas faire ça, et ensuite Kuroo non plus.

– Je vais voir comment ça évolue, d'accord ? Si ça se trouve, dans une semaine je vais me dire que je le préfère largement comme ami et je vais arrêter de lui donner des petites tapes sur l'avant-bras.

Il fallait vraiment qu'il arrête de faire ça, oui. C'était un peu comme se trimballer dans la rue avec une pancarte fluo.

– Si tu sens qu'il peut se passer quelque chose, tu devrais foncer. Moi, je vais pas m'en mêler, tu me connais, mais...

– T'inquiète pas, bro. Tout devrait bien se passer. Tant qu'Oikawa, lui, s'en mêle pas, je vois pas ce qui pourrait arriver.


Assis sur le canapé de son salon, les jambes croisées sur la table basse, Oikawa Tooru déclara :

– Je vais tellement m'en mêler.

Face à lui, déposant quelques bols et verres sur la table, Iwaizumi lui pinça la cheville pour le forcer à retirer ses pieds. Il mit des dessous de verre, posa un plateau avec un peu de charcuterie, puis fit demi-tour pour retourner dans la cuisine. Quand il revint, ce fut avec une bouteille.

Oikawa adorait l'apéritif du vendredi soir.

– Nan, sérieusement, continua-t-il pourtant comme si ne rien n'était, alors qu'Hajime mettait tout en place. Il est aveugle, c'est pas ma faute. Si personne ne s'en mêle, ils vont se tourner autour pendant des années, devenir super potes, et se rendre compte un beau jour qu'ils sont passés à côté d'un truc.

Leur appartement était plutôt bien placé, haut dans les étages, ainsi la lumière de fin de journée inondait la pièce et lui donnait un air chaleureux.

– Kuroo est l'un de mes amis. Je dois faire quelque chose.

– Je suis pas vraiment sûr que tu aies vraiment cette obligation, tu vois. Peut-être qu'il fera les choses tout seul, comme un grand.

– Kuroo est tout sauf un grand. C'est un crétin. Mais il est plutôt attachant dans son genre, et j'ai bien envie qu'il sorte de sa petite routine de célibataire. En plus, en ce moment il regarde tous les jours sur internet les annonces de chat à vendre.

Iwaizumi soupira et se laissa tomber à côté de lui. Il versa le contenu de la bouteille dans chaque verre, puis lui tendit le sien.

– Tais-toi et bois.

– Je peux pas. Sérieusement, tu trouves pas qu'ils seraient mignons ensemble ? Fin', Kenma est plutôt sympa, et Kuroo est pas dégueu à regarder. Enfin, seulement en fonction de la luminosité, mais t'as compris.

Iwaizumi leva les yeux au ciel et se pencha pour attraper des cacahuètes. Il en fourra dans sa bouche, et mâcha en regardant les infos à la TV.

– Donc, je vais m'en mêler. Kuroo est carrément piqué, t'as vu leur dernière vidéo ? Et en plus, il m'a dit qu'ils s'appelaient tous les soirs pour jouer pendant des heures. Et que Kenma ne lui en voulait pas d'être nul. C'est tellement pas crédible, même moi qui joue pas souvent je finis par lui crier dessus quand le jeu demande qu'on soit en équipe.

Il but trois gorgées, puis sourit en allant se pelotonner avec habitude contre Iwa qui ne bougea pas. Il soleil commençait doucement à se coucher.

– En plus, quand on a signé un pacte amical avec moi, c'est comme ça : on accepte que je me même de sa vie sentimentale.

– Je suis pas sûr, là.

– Mais si, regarde : j'ai été parlé à Akaashi, et maintenant il est en couple avec Akaashi. J'ai même convaincu Mika de ne pas jeter les fleurs de Daishou, la première fois qu'il en a envoyé. Et puis, je te parle pas de –

– C'est bon Cupidon, j'ai compris.

Il soupira à nouveau, parce que s'il était là, c'était sa faute. Ses choix de vie étaient mauvais, que pouvait-il y faire ?

– Et donc, je vais tellement me mêler de celle de Kuroo. Et si je dois tout faire à sa place, tant pis. Pas une seule personne honnête avec ses sentiments dans ce groupe, marmonna-t-il.

Il se tut enfin, et Iwaizumi attrapa la télécommande pour mettre un film. Quand il la reposa quelques secondes plus tard, sa main alla se poser dans les cheveux d'Oikawa qui se serra un peu plus contre lui.

Le soleil se coucha, et ils burent une gorgée de plus.


– Bon, sois honnête, déclara Kenma. T'as pas du tout envoyé ce message ?

Assis dans le coin d'un petit café tranquille et complètement désert, Kenma haussa un sourcil. Il avait l'air gêné, et si son expression un peu hésitante laissait transparaître un certain stress, Kuroo ne put s'empêcher de baisser les yeux sur ses doigts qu'il tordait dans tous les sens.

Ce message, hein ?

Bizarrement, il avait l'impression que la visite d'Oikawa, tard hier, avait quelque chose à voir là-dedans.

– Je... non. J'ai bien l'impression que non.

Il était venu ici car Oikawa (décidément, encore lui) lui avait donné rendez-vous en l'invitant à boire un café. Il faisait ça, parfois, et invitait aussi tout le groupe. Même si jamais il ne l'avouera, les périodes du lycée et de la fac où ils étaient tous réunis lui manquaient un peu. Alors parfois, il organisait une réunion surprise et ils finissaient par boire du café toute l'après-midi.

Kuroo avait naïvement cru que c'était cela, mais sous estimé Oikawa Tooru n'apportait jamais rien de bon.

Kenma fit une petite moue qui semblait triste, et Kuroo ne put s'empêcher de s'en vouloir.

– Il disait quoi ce message ? Je peux voir ?

Si Oikawa avait envoyé quelque chose avec son téléphone, il s'était dépêché de l'effacer juste après pour nettoyer ses traces. Le sale fourbe.

– Ouais, attends.

Il se contorsionna sur le côté de sa chaise afin de sortir son téléphone de la poche de son jean, puis tapota sur l'écran un instant. Quand il lui tendit leur échange, Kuroo déglutit.

Son visage passa du rouge au blanc en l'espace de quelques secondes, et quand il eut fini de lire le pavé que son crétin d'ami avait envoyé à Kenma, et n'osa pas le regarder tout de suite. Sa bouche était sèche.

– Je... je crois qu-que mes amis ont vraiment u-un sens de l'humour pourri. J'ai pas envoyé ça.

– Je me disais aussi, lui avoua Kenma en reprenant son téléphone pour lire le message à nouveau. La petite rime de la fin te ressemblait pas.

Kuroo piqua un nouveau fard, et eut très envie de se cacher le visage derrière le menu du café. Malheureusement, le papier en question faisait la taille d'une carte postale. Un silence pesant remplit la pièce, et en tournant la tête sur le côté Kuroo aperçut les deux serveurs du café, une jeune fille et un homme dans la trentaine, discuter entre eux dans les regardants en coin.

– Bon, dit Kenma en se relevant, faisant grincer sa chaise contre le sol. Si c'est une erreur, alors je vais –

– Non !

Sans vraiment s'en rendre compte, il s'était levé à son tour et lui avait attrapé le poignet. Kenma le regarda avec des yeux ronds.

– Enfin je veux dire : d'accord, c'est pas moi qui aie envoyé ça, mais ça change rien, si ? Maintenant que tu es là, autant qu'on... enfin, qu'on boive un truc ensemble, non.. ?

Si Oikawa avait écrit beaucoup de connerie dans ce message (il allait tellement le tuer. Et même si Hajime serait certainement triste, aucun air de chien battu ne se mettra en travers de sa vengeance), il n'avait pas eu tout faux non plus. Comme les parties où Kuroo disait aimer leur soirée, qu'il aimerait bien le rencontrer à l'extérieur, et qu'il lui avouait vouloir un rendez-vous avec lui. Un date.

C'était gênant, mais en même temps assez vrai. Et Kenma était mignon avec sa vieille chemise à carreaux rouge et ses bottes larges. Il avait même attaché ses cheveux en grande partie noirs à présent en une petite queue lâche, comme quand il s'apprêtait à jouer et qu'il prenait les choses au sérieux.

– Enfin, si ça te dit, bien sûr, ajouta-t-il un peu plus bas.

À sa grande surprise, Kenma se rassit doucement et posa le bas de son visage contre la paume de sa main, l'air désinvolte. Mais quand il tourna la tête pour regarder derrière, Kuroo put apercevoir le rouge de ses oreilles. Il sourit, bizarrement encouragé.

– Tu sais, même si c'est Oikawa qui a dit tout ça... ça ne veut pas dire que je ne pense pas certaines choses.

Il prenait son courage à deux mains, et c'était étrangement satisfaisant. Et stressant, aussi, il risquait à tout moment de rendre son déjeuner sur la table.

– Je suis content que tu sois venu. Vraiment. Je... (il inspira fort par le nez) t'apprécie beaucoup.

Kenma écarquilla discrètement ses yeux. Il regarda à droite et à gauche, mais personne ne pouvait les entendre.

– Je.. c'est vrai ? Oh. D'accord. Cool.

Kuroo aurait pu s'en sentir un peu vexé, s'il ne venait pas de se rendre compte que Kenma était venu dans ce café en sachant parfaitement que c'était un rendez-vous. Qu'il avait, d'une certaine façon, déjà accepté.

Il sourit davantage encore, au risque de passer pour un crétin. Et Kenma ajouta :

– Moi aussi je t'aime bien.

L'atmosphère qui régnait entre eux n'aurait trompé personne, et ce fut le moment que la jeune serveuse choisit pour arriver devant leur table. Elle sautilla presque devant eux, et les regarda tour à tour avec un air conspirateur.

Avait-elle tout entendu ?

– Vous avez choisi ce que vous voulez boire ?

Ils commandèrent presque en grognant et en marmonnant, tous les deux encore un peu rouge. L'un regardait le plafond, et l'autre fixait la table.

– D'accord, ça marche je vous ramène ça. Oh, et si ça ne vous ennuie pas, on pourrait prendre une photo ? J'ai adoré vos dernières vidéos.


Sur l'écran, dans le coin en haut à droite, Kenma et Kuroo étaient côte à côte, tous les deux assis dans le même pouf. Ils se donnaient des coups de coude en essayant de déconcentrer l'autre, de grands sourires sur leurs visages.

« Kenma, non ! Sérieux, mec tu peux pas — oh putain. »

Ils avaient dans les mains des volants Wii, et faisaient leur possible pour ne pas se prendre les dizaines de carapaces vertes qui tournaient sur le circuit.

« Bouge de là, dit Kenma avec un rictus avant de lui lâcher une banane. Tu commences à me coller d'un peu trop prêt, à force. »

« Mec à cause de toi je suis septième, tu te rends compte ? »

Kenma avait l'air de trouver ça hilarant, et Kuroo lui envoya une petite tape sur l'avant-bras.

« T'as choisi Peach, donc tu demandais à te faire battre. »

« J'ai essayé tous les autres personnages ! »

« C'est bien que le problème vient d'ailleurs. Oups, je suis premier. »

Kenma passa la ligne d'arrivée, et posa son volant sur le côté du pouf en s'étirant de tout son long. Kuroo finit cinquième.

« Dommage pour toi, mais ça sera pas pour aujourd'hui non plus. »

Puis il rajouta en lui donnant un coup d'épaule :

« Tu vas être obligé de revenir »

Extrait de la vidéo DEVINEZ QUI SE FAIT BATTRE A MARIO KART ? de KuroGaming


Des bisous !