Le Prince et la Grenouille.
Sachez, avant toute chose, que je ne regrette rien, et que c'est probablement un de mes meilleurs OS. Merci au serveur discord de m'avoir constamment rappelé l'existence de notre batracien préféré, et un merci spécial à Pigeon pour m'avoir convaincue de me lancer. Je sais que je vous vends pas du rêve mais promis, ça en vaut le coup. Je crois.
Bonne lecture !
OoOoOoOoO
Il se savait laid. Petit. Lâche. Insignifiant. Plein de boutons, de vieil acné gratté mal soigné. Avec des genoux cagneux et une peau jaunâtre. Son nez cassé et recassé pendant son entraînement - impossible de dire si l'expérience l'avait arrangé ou pas. Sa bouche, qui aurait eu bien besoin d'un dentiste - pas mort depuis trois mille ans de préférence. Zélos soupira. Bref, il était laid. Et il n'en était qu'au début de l'inventaire de ses défauts physiques.
- Zélos ? s'éleva une voix depuis la cuisine.
- Moui, répondit-il sans conviction, les yeux rivés, happés par l'image peu flatteuse que lui renvoyait le miroir de la salle de bain.
En soupirant, il attrapa un t-shirt pour se couvrir. Un de ces jours, il trouverait le courage de jeter ce fichu miroir. Silence dans la cuisine.
- Tu es quelqu'un de bien, Zélos, lâcha son compagnon.
Le ton était égal, presque froid. Le Spectre sourit. Cela lui ressemblait tellement.
- Pas depuis longtemps, rétorqua-t-il.
- Tu sais très bien ce que j'en pense.
Oui, il savait. À vrai dire, ils avaient déjà eu cette conversation. Et ils l'auraient encore, ils le savaient l'un et l'autre. Toutes se dérouleraient de la même manière, se finiraient de la même manière, et reprendraient avec une assommante régularité. Quel est le crétin qui avait affirmé que la seule chose qu'il savait, c'est qu'il ne savait rien ? Peu importait. Mais c'était du n'importe quoi. On savait énormément de choses, dans la vie.
- Viens boire ton café, Zélos, l'appela une fois de plus son compagnon.
Le Spectre se détourna de son reflet. Il se sentirait mieux après un bon café, son amour avait raison. Il attrapa un élastique et attacha rapidement ses cheveux longs en chignon. Bon, c'était raté, mais tant pis. Son café l'attendait. Il entra dans la cuisine, son regard se fixant aussitôt sur le deuxième occupant, déjà attablé avec une tartine de confiture et un thé.
- Ce n'est pas le thé de d'habitude, non ?
Camus sourit. Même fatigué, même de mauvais poil, Zélos restait attentif aux détails... enfin, pas à tous les détails, remarqua le Verseau avec amusement. Il se leva, contourna la table, embrassa rapidement son amant et le fit asseoir sur une chaise, devant sa tasse préférée - celle avec les pingouins.
- Ce n'est pas le même, non, lança le Chevalier par-dessus son épaule en allant récupérer sa brosse à cheveux dans la salle de bain. Shaka m'a ramené du thé de sa dernière mission, j'ai eu envie de l'essayer, acheva-t-il en revenant.
D'une main rendue assurée par l'habitude, il défit la "coiffure" de son amant et commença à brosser sa chevelure blonde. Camus adorait ça. Les mèches pâles coulaient entre ses doigts, peu à peu disciplinées par la brosse. Décidément, les cheveux de Zélos étaient magnifiques. Sa seule fierté, comme il aimait à le souligner avec ironie. En quelques minutes, une queue de cheval basse convenable avait remplacé le chignon brouillon. Les deux amants s'embrassèrent une nouvelle fois.
- Merci, sourit le Spectre.
- C'est mon plaisir du matin, plaisanta Camus. Et puis, il faut bien que quelqu'un le fasse.
- Et comme les queues de cheval sont hors de ma compétence...
Un nouveau sourire, un regard entendu. Le dialogue leur est habituel. Ils le répètent chaque jour ou presque, comme une pièce de théâtre dont ils savourent chaque représentation. Dans certaines maisons, on se dit bonjour.
- Oui, tu préfères les tresses.
Les fameuses tresses, que Zélos enroule et plaque sur son crâne de telle sorte que pas une mèche ne dépasse de son casque de Spectre. Ce n'est pas vraiment esthétique, mais c'est en tout cas très bien fait.
Dans un confortable silence, ils achevèrent leur petit-déjeuner. On était dimanche, ils n'avaient rien de prévu. Leur seule contrainte, c'était le retour de Camus au Sanctuaire dans la soirée. Mais le reste de la journée, ils l'avaient pour eux. Bon, c'est dommage qu'il pleuve.
- On n'est pas obligés de sortir, murmura le Verseau, qui avait suivi le regard de Zélos vers la fenêtre.
Le Spectre acquiesça. Il ne tenait pas à sortir. Il avait beau adorer être avec son Camus, au cinéma, au restaurant, il avait toujours du mal avec le reste. Les regards qui s'arrêtaient sur son compagnon, sur lui, mais pas pour les mêmes raisons. Surprise, moquerie, voire dégoût. Il n'en avait jamais parlé au Chevalier, il ne voulait pas le déranger avec ça. Mais connaissant son amant, il avait déjà compris. Il n'était pas espion pour rien.
- Par un temps pareil, je passerais bien la journée à lire, poursuivit Camus.
Sa voix avait pris un accent légèrement rêveur.
- Toi et moi, du thé, le canapé, et une pile de bouquins.
- Tu es optimiste, rétorqua le Spectre. Tu lis peut-être vite, mais pas assez pour finir une pile entière en une après-midi.
- Sauf si tous ces livres sont à moitié ou aux trois-quarts entamés depuis des mois.
- Il faut toujours que tu aies le dernier mot !
- Toujours.
Zélos se leva et débarrassa la table pendant que Camus parcourait rapidement le journal. Il finit par le reposer en soupirant.
- C'est déprimant. On ne croirait pas que la Terre a été sauvée il y a deux ans. Tout va de pire en pire.
- Ça reste "mieux", selon des critères humains, que ce que prévoyait le Seigneur Hadès.
- Tu vas me dire que je suis un indécrottable pessimiste, Zél', mais des fois j'ai des doutes...
Le Spectre fixa son amant quelques instants, admiratif. Voilà bien ce qu'il préférait chez Camus : cette liberté de penser. Lui-même n'aurait jamais osé dire pareille chose. D'ailleurs, alors même qu'Hadès avait reconnu sa défaite et la sagesse d'Athéna, alors même qu'il vivait et aimait si profondément un Chevalier d'Or, son ancien ennemi, alors même qu'il avait tant souffert dans l'armée infernale, il ne se serait tout de même pas permis de douter des plans - abandonnés - de son Seigneur.
Zélos aurait pu se voiler la face et dire que c'était parce qu'il était complètement formaté, manipulé par Hadès et Pandore, qu'il n'était qu'un pion sans volonté, qu'un exécutant aveugle, qui avait tué, torturé, humilié simplement pour obéir aux ordres. C'était en partie vrai. Mais cela n'était pas, et le Spectre ne voulait surtout pas l'oublier, cela n'était pas l'entière vérité.
Il déglutit. Il ne devrait pas avoir ce genre de pensée dès le matin. Son humeur était décidément aussi grisâtre que le ciel dehors.
- Tout va bien, Zél' ?
- Pas vraiment, reconnut-il. Je ne sais pas ce que j'ai ce matin.
Camus ne répondit rien, se contentant de l'emmener jusque dans leur salon. Ils s'assirent sur le canapé.
- Il n'y a pas de thé, ni de pile de livres, fit remarquer Zélos, dans une pauvre tentative pour détendre l'atmosphère.
Très sérieux, le Verseau le fixa quelques secondes avant de répondre :
- Aucune importance, nous irons en chercher plus tard. Il y a plus pressé. Dis-moi à quoi tu pensais.
Zélos haussa les épaules. Maintenant qu'il devait en parler, cela lui semblait si insignifiant, si futile. Pourtant, il y a encore quelques secondes, cela menaçait de le submerger.
- Tu sais bien. Je m'apitoyais sur mon sort.
La bouche de Camus se tordit en un rictus douloureux. Il n'aimait pas voir son amant comme ça. Il se blottit contre le Spectre, l'embrassa doucement dans le cou. Zélos sentait bon. Une fleur exotique quelconque. C'était agréable.
- Tu as repensé à ça, n'est-ce pas ? finit par demander le Chevalier.
La Grenouille laissa échapper un petit rire :
- Je n'y étais pas encore. Je m'étais arrêté au fait que mes actes n'étaient pas explicables simplement par une obéissance aveugle aux ordres.
Camus souffla d'agacement, lui chatouillant le creux du cou.
- Remarque, poursuivit le Spectre, c'était la prochaine étape. Le fait que j'ai agi comme une merde arrogante parce que je suis aussi une...
- Un être imparfait qui s'améliore tous les jours.
- Un gros bras de cour de récré qui frappe une personne affaiblie, à terre.
- Un homme en souffrance qui a au fond surtout besoin d'aide.
Léger silence.
- Je n'étais pas le seul à souffrir. Pourtant, toutes les personnes qui souffrent ne s'en prennent pas aux autres.
Le Verseau haussa les sourcils :
- Je ne dirais pas que tu t'en prends aux autres. Tu n'es pas, n'as jamais été quelqu'un de violent. Enfin, en dehors d'être un soldat.
- Tu es pourtant bien placé pour savoir que...
- Pour savoir qu'en plein milieu d'une guerre, après t'être pris une vague de froid en pleine figure, tu t'en prends de façon un peu excessive à la personne responsable. C'est un peu trop spécifique comme contexte pour affirmer que "s'en prendre aux autres" est une tendance générale chez toi. Non ?
- Peut-être.
Camus sourit.
- Et puis, ce n'est pas comme si j'avais gardé des séquelles de cet épisode.
Zélos grogna.
- Après deux morts et résurrections, tu m'étonnes.
- Bon, j'admets avoir triché. Mais même sans, remarque. Au pire, tu m'as cassé une côte, autant dire rien du tout.
Le Spectre frissonna :
- Arrête. C'est grave.
Le Verseau se redressa, lui prit le visage entre ses mains. Leurs regards se rencontrèrent, plongèrent l'un dans l'autre.
- Tu es si... moral, Zélos.
- Alors ça, c'est bien la première fois que...
- Je suis sérieux. Tu es quelqu'un de très moral. Bien plus que moi. Déjà, tu as des principes. Mine de rien, je n'en ai pas. Je suis espion, assassin. Les principes, c'est de l'emballage ; moi, je m'intéresse au chocolat, tu me connais. Ensuite, tu es si sévère avec toi-même. Tu ne te donnes jamais d'excuses. Et tu ressasses. Cet épisode avec moi, alors même que je m'en fiche, alors même qu'il ne s'agissait que de quelques minutes insignifiantes à l'aune de nos vies...
Une petite pause. Pour reprendre son souffle.
- J'aurais oublié ce moment si il ne te torturait pas autant. Et toutes les piques que tu as pu lancer, les gens que tu as pu blesser. Tous les mauvais ordres que tu as pu suivre. Par Athéna ! Pendant treize ans, j'ai obéi à un imposteur, un dictateur, qui a tenté de mettre fin à la vie de notre déesse. Pendant treize ans, je l'ai renseigné sur les activités des personnes qui s'opposaient à lui, je l'en ai parfois débarrassé. J'ai envoyé mon propre disciple, que j'aime comme un fils, trahir et exécuter ses anciens amis, ses frères.
À nouveau, un silence.
- Et je m'en fiche. Et ça ne me pèse pas plus que ça. D'ailleurs, personne ne m'en veut. Les gens sont aveugles, ou alors c'est grâce à ma belle gueule. Bref, toujours est-il que tu es moral, Zélos. Tu trébuches, mais au moins tu essaies, tu te poses des questions, trop de questions parfois. Tu es moral, et cela te rend magnifique.
- C'est sûr que c'est pas mes dents qui vont s'en charger.
- Pff.
- Je ne suis pas un canon de beauté. Je le sais, tu le sais...
- Et je n'ai jamais dit le contraire ! Tu n'es pas un canon de beauté, Zélos. Mais cela n'a pas d'importance.
Camus toussota, changea de position sur le canapé, rougit un peu.
- Tu peux déprécier ton visage, tes dents, ta bouche tant que tu veux, mon amour. Cependant, de tous les garçons que j'ai eu l'occasion d'embrasser, c'est toi qui te débrouilles le mieux.
- Carrément ?
Un marmonnement inaudible. Zélos sourit.
- C'est un beau compliment, reprit-il.
- Oui, bon... L'idée, c'est que tu es quelqu'un de bien, Zél'.
- Je le suis devenu, grâce à toi.
- Si tu veux. Je ne crois pas. De toute façon, c'était en toi depuis le début. Pourquoi serais-je venu vers toi, sinon ?
- Parce que j'ai été le seul à comprendre ta blague sur Rabelais ?
- Il faut toujours que tu aies le dernier mot, hein ?
- Toujours.
OoOoOoOoO
Leur relation n'avait pas été très bien vue. Elle ne l'était toujours pas. Camus termina de boucler sa valise en soupirant. Il en avait marre. Kanon ramenait sa fichue Wyvern toutes les semaines au Sanctuaire, sans que personne ne dise rien. En revanche lui... et bien, la seule fois où il était parvenu à convaincre Zélos de venir habiter au onzième Temple, le reste de la Chevalerie s'était montré particulièrement insultant. Camus en avait eu honte.
Le comportement de son meilleur ami l'avait particulièrement blessé. Milo, qui buvait pourtant sans problème une bière avec Rhadamanthe, alors même que le Juge l'avait tué, s'était montré particulièrement méchant avec Zélos, rappelant sans cesse la Guerre sainte, le comportement de la Grenouille, sa lâcheté, etc.
Depuis, le Verseau n'était jamais revenu au Sanctuaire avec son amant, et partait avec bonheur aux Enfers chaque fois qu'il en avait l'occasion. De toute façon, il avait du mal à supporter les remarques insidieuses sur sa relation. Si DeathMask et Aphrodite semblaient s'en moquer, voire même l'accepter, la plupart de ses proches oscillaient entre la désapprobation et le déni, allant jusqu'à feindre d'oublier qu'il était en couple. Et heureux.
- Mon cœur, donne-moi une bonne raison de retourner au Sanctuaire, lâcha-t-il en revenant dans le salon accompagné de sa valise.
Zélos baissa le son de la télé et lui sourit. Camus se sentit fondre. Non, son amant n'était pas beau. D'ailleurs, s'il devait être objectif, le Verseau devait reconnaître qu'il était plutôt laid. Mais à ses yeux, il avait du charme, un charme étrange - qui allait bien avec son surplis, d'ailleurs.
- Et si je restais ? soupira le Chevalier en s'installant dans le canapé.
- Tu as tes devoirs de Chevalier, objecta le Spectre. Tu ne peux pas ne pas rentrer, ce serait comme une rébellion.
Camus grimaça :
- Tu y vas fort... Je suis sûr que je peux trouver mieux... Ah ! Je sais ! Une petite grippe.
- Tu mentirais au Pope ?
- Ce ne serait pas la première fois !
- Et à Athéna ?
Silence.
- Je ne pense pas qu'elle m'en voudrait.
- Ce n'est pas la question.
Zélos embrassa doucement Camus.
- Nous avons des devoirs, des comptes à rendre à nos divinités. Nous ne pouvons pas prétexter d'une grippe pour y échapper.
Le Verseau grogna :
- J'aimerais que le Sanctuaire invente le télé-travail. J'en ai marre de les voir, des fois.
- Il leur faut un peu de temps. On peut comprendre.
- Tu peux comprendre. Moi, je n'en ai pas la moindre envie. Enfin, j'essaierais de les éviter.
Camus soupira et se leva. Un coup d'œil à l'horloge. Presque vingt-et-une heures.
- Tu devrais y aller, lança Zélos d'une petite voix.
Ni l'un, ni l'autre n'avaient envie de se séparer.
- Je te jure que si je parle de grippe on me croira, Zél'. Le Pope me sait quelqu'un de sérieux, il me fera confiance.
- Alors ne trahis pas cette confiance, Camus.
- Pff, souffla le Chevalier. Tu portes trop bien ton nom, mon amour.
Ils s'enlacèrent une dernière fois.
- Je rentre samedi, murmura le Verseau.
- J'ai déjà hâte...
Ils s'écartèrent l'un de l'autre et Camus se téléporta rapidement dans son Temple. Celui-ci était vide, froid, impersonnel. Un logement de fonction. Son propriétaire en avait même ôté les quelques photos - Hyoga et Isaak avec un bonhomme de neige, Milo et Aiolia faisant les idiots dans un Photomaton - qui l'égayaient. Une façon claire d'affirmer que sa vie, elle était aux Enfers.
- J'ai fini par croire que tu ne rentrerais pas !
- Aphrodite... Comment s'est passé ton week-end ?
- Oh, comme d'habitude. Je me suis disputé avec DeathMask, on s'est réconciliés grâce à Shura, puis on a vexé Shura.
- Et ce soir ?
- Réconciliés de nouveau. On dort au dixième Temple.
Dormir, mais bien sûr. Depuis que ces trois-là s'étaient (plus ou moins, ça dépendait de l'heure et de la pression atmosphérique) mis ensemble, leurs voisins avaient eu maintes fois l'occasion d'apprécier leur définition du verbe "dormir". Une définition bruyante. Et Camus, coincé entre deux pieds-à-terre du trio terrible, en avait particulièrement fait les frais.
- La réunion est à neuf heures demain, essayez d'être un peu sages...
- Oooh ! Serait-ce de la jalousie que j'entends là ?
- Absolument pas.
Un "pffrt" lui répondit, suivi d'un rapide au-revoir, et le Poisson s'éloigna en fredonnant. Subitement épuisé, Camus prit à peine le temps de manger un yaourt avant d'aller s'allonger. Le sommeil lui tomba dessus comme une chape de plomb, lourd et presque étouffant, désagréable. Le lendemain, le Verseau n'était absolument pas reposé. Franchement, il n'avait qu'une envie, c'était que cette semaine se finisse.
En silence, il se prépara, parcourant d'un œil distrait son journal. Huit heures quarante. Il ferait mieux d'y aller. Connaissant ses collègues, beaucoup seront en retard. Alors autant être bien en avance, histoire de ne croiser personne.
- Je savais que tu partirais en avance, alors je l'ai été encore plus !
Raté.
- Milo...
Le Scorpion s'approcha de lui en souriant, visiblement très fier de son coup :
- Je ne suis pas ton meilleur ami depuis quinze ans pour rien, Camus !
Le Verseau sourit. Effectivement.
- Comment s'est passé ton week-end, Milo ?
- Tu m'as manqué.
Silence.
- Enfin, on a fait une soirée avec DeathMask, reprit le Scorpion avec un sourire. Tu n'aurais pas aimé, c'était un peu n'importe quoi. Shion a dû intervenir...
- Je croyais que DeathMask s'était un peu rangé depuis qu'il sortait avec Shura et Aphro ?
Milo acquiesça, très sérieux :
- C'est vrai. Sauf que là, pour la soirée, Death' était célibataire. Aphro et lui se sont engueulés, et comme d'habitude Shura a refusé de prendre partie en boudant les deux.
Camus secoua la tête :
- Des fois, je me demande ce qu'ils font ensemble...
- Oh tu sais, il y a plus surprenant...
Silence. Le Verseau finit par sourire :
- C'est vrai. Il y a Kanon et Rhadamanthe.
- Je...
- Un mot, Milo. Un seul. Et je te garantie que tu n'auras pas que des engelures.
- Bon, bon...
À nouveau, le silence s'installa. Ni l'un ni l'autre ne surent par où commencer, par où reprendre. Cela faisait quelques temps que leur relation s'était dégradée, se dégradait toujours. Depuis que Zélos et Camus étaient ensemble, pour être précis. Milo ne parvenait pas, malgré une certaine bonne volonté, à accepter que son meilleur ami... Enfin, c'était absurde ! Camus méritait mieux. Camus méritait... quelqu'un comme lui, Milo. Que fichait le si élégant Verseau avec ce crapaud ? Le Prince et la Grenouille, mais sans magie ni transformation.
- Milo.
La voix de Camus le sortit de ses pensées. Il rougit en rencontrant son regard. Le Verseau savait. Pour ses sentiments. Milo s'était déclaré, après tout. Il y a cinq ans, avant la Guerre Sainte, avant Zélos. Et Camus, avec beaucoup de gentillesse et tout autant de fermeté, lui avait expliqué qu'il ne ressentait rien d'autre pour le Scorpion qu'une profonde amitié.
- Je suis... désolé.
- Ne t'excuse pas, Camus. Il n'y a pas de raison.
Un petit rire.
- Vraiment. C'est moi, je suis un idiot.
- Bien sûr que non. Aimer, ça te tombe dessus sans prévenir, ça t'emporte. Comme une vague.
Le Verseau se tourna vers lui. Derrière lui, le soleil se levait lentement, une aube flamboyante recouvrait lentement le Sanctuaire. Impossible de savoir si c'était l'émotion ou cette lumière naturelle qui enflammait les pupilles du Chevalier des glaces.
- Je sais de quoi je parle, Milo. Crois-moi.
La voix de Camus est étonnamment douce. Il l'aime, son fichu Crapaud. Bordel. Bien sûr qu'il l'aime.
- Je vois parfaitement de quoi tu parles, lâcha le Scorpion avec amertume.
Il secoua la tête comme pour chasser ses idées noires. Un sourire finit par revenir sur son visage.
- Dépêchons-nous, poursuivit-il sans laisser à son meilleur ami le temps de répondre. On va finir par arriver en retard.
- Je pense que quinze grosses minutes pour traverser le temple des Poissons et monter trois volées de marches, c'est largement suffisant Milo. Après tout, nous ne sommes pas des Chevaliers de bronze.
- Tu te mets à l'humour, maintenant ?
- J'ai une bonne source d'inspiration !
- J'aurais jamais cru que le Crapaud soit porté sur ces choses-là...
- Oh, non, il est surtout porté sur ses devoirs...
- Et sur toi !
- ... Certes. Enfin bref, je pensais à toi.
- Moi ?
Camus acquiesça :
- Ça t'étonne ?
- Oui... Non... Je ne sais pas comment le prendre.
Milo finit par hausser les épaules. Le trajet se poursuivit en silence, mais ce silence-là était plus apaisé. Souvent, Camus avait suggéré qu'ils prennent un peu de distance, le temps de se remettre. Mais le Scorpion, peut-être égoïstement, avait toujours refusé. Il sentait au fond de lui que chaque conversation avec son meilleur ami, chaque échange sur son couple, sur leur amitié, était comme une pelletée de terre sur le cercueil de son amour de jeunesse. Et lorsque la tombe serait refermée, alors son deuil serait fait.
OoOoOoOoO
Le début de la semaine se passa sans encombres. Il semblait à Camus que le temps faisait enfin son œuvre. Bon, il s'était considérablement isolé, ne venant ni aux soirées, ni aux apéros, ni aux piques-niques organisés par la déesse désireuse de profiter du beau temps. Alors forcément, les occasions de cancaner sur sa relation en sa présence étaient moins nombreuses. Mais tout de même. Le Verseau avait le sentiment qu'enfin, tout se calmait pour lui.
Confortablement installé dans un fauteuil, il terminait tranquillement un essai sur l'ordre teutonique. Il était presque deux heures du matin, il avait un peu exagéré. Tant pis. Il s'étira comme un chat puis se leva. Il avait besoin de café.
"Du café avant de dormir ? Ce n'est pas une bonne idée, mon cœur."
"Mais j'en ai besoin."
"Pour dormir ?"
"... Oui. Je sais. Ne dis rien."
Zélos lui manquait. Encore, toujours. On était à peine mercredi... non, jeudi, très tôt. Il lui faudrait attendre le lendemain soir pour rentrer, enfin.
Soudain, un bruit à sa porte.
- Camus ! Ouvre !
Kanon. Le Verseau fronça les sourcils. Qu'est-ce qu'il lui voulait ?
- Bordel, vite ! C'est Milo !
- Que se passe-t-il ? demanda Camus en ouvrant la porte, inquiet.
Sur son seuil, l'ancien Marina soutenait un Milo visiblement mal en point.
- Je crois qu'il a un peu trop bu... J'ai préféré ne pas le laisser seul mais...
Un coup d'œil par-dessus l'épaule de Kanon donna à Camus la suite de la phrase :
- Mais tu as toi-même déjà de quoi t'occuper.
- Exactement, interrompit Rhadamanthe avec un flegme affiché qui cachait mal son agacement. Puisque tu vis seul, nous avons pensé que déposer Milo ici ne poserait pas de problème.
- Et puis, il t'appelait, ajouta Kanon d'une petite voix.
Camus se pinça l'arête du nez. Les dragons le fatiguent. Et l'agacent. Il doit l'avouer, il est jaloux de leur bonheur, jaloux de leur ménage, jaloux de la présence de Rhadamanthe au Sanctuaire.
- Je ne vis pas seul.
- Il n'y a pourtant personne d'autre dans ton Temple, fit remarquer le Juge avec un sourire moqueur.
- Je n'y vis pas. Entrez.
En silence, le Verseau guida le trio jusque dans son salon.
- Mettez-le dans le canapé. Il n'est pas si inconfortable. D'autres désastres dont je devrais être informé ?
- Non, pas à ma connaissance, sourit Kanon. Au fait, tu es toujours avec la Grenouille ?
- Oui.
Camus se tendit. Il connaît mal le second Gémeaux. Il sait que c'est un ami proche de Milo. Il sait qu'il sort avec Rhadamanthe. Il connaît sa réputation de dragueur invétéré. Enfin, Camus sait que Kanon fait partie des rares qui ne lui ont encore jamais parlé de son couple.
- Oh, répondit simplement l'ancien Marina.
- Ta curiosité est satisfaite ?
- Je... Désolé, j'ai peut-être été un peu intrusif.
Le Verseau haussa les épaules :
- Pas plus que d'autres. Vous feriez mieux d'y aller, ajouta-t-il après un petit silence. Il est tard.
- Sans blague... Dis-moi... Tu repars aux Enfers vendredi soir ?
- Évidemment.
- Tu dois avoir hâte de le retrouver...
- Tu te sentirais comment, si tu ne pouvais être avec Rhadamanthe que pendant tes week-ends et vacances ?
Un silence gêné.
- Bonne nuit, le trancha la voix ferme du Juge.
Camus répondit d'un signe de tête, Kanon conclut l'échange d'un marmonnement, et ce fut tout. Après un dernier regard en direction de Milo qui dormait, couché sur le côté dans le canapé, le teint chiffonné, le Verseau regagna sa chambre. Cependant, il ne parvint pas à trouver le sommeil. Il finit par se relever, se refaire un café. Là, c'était vraiment déraisonnable. Presque trois heures trente du matin. Il ne pouvait pas l'appeler maintenant. Il devait dormir. Et lui aussi devrait dormir. Il se rallongea, les yeux grands ouverts, fixant le plafond.
En une demi-heure, il découvrit trois nouvelles traces non-identifiées, crut déceler une toile d'araignée dans un coin, puis se laissa happer par le ballet d'une mouche voletant dehors, derrière la moustiquaire de sa fenêtre ouverte. Brusquement, il s'assit sur son lit, ralluma la lumière. Stop. Il fallait faire quelque chose. Il attrapa son portable. Quatre heures. Tant pis. Il s'excuserait.
- Zélos ? lâcha-t-il d'une voix mal assurée dès qu'un grognement ensommeillé retentit au bout du fil.
"- Attendez, qu... Camus !"
- Je suis désolé, mon amour, je n'arrive pas à dormir et je...
"- Pas de souci, tout va bien... Tu m'as l'air épuisé..."
- Je le suis, crois-moi. Mais je ne peux pas dormir !
"- Café ?"
- J'en ai pris, mais ce n'est pas ça, je te promets. C'est juste que je...
Camus s'interrompit, prit une inspiration tremblante.
- C'est juste que tu me manques. Je voudrais que tu viennes.
Dans sa chambre, Zélos se figea. Ces deux phrases ne ressemblaient pas à son amant. Appeler à quatre heures du matin ne ressemblait pas à son amant.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé, Camus ?
"- Rien, rien de spécial, c'est juste... Je ne sais pas. Rhadamanthe et Kanon m'ont amené Milo, et de les voir ensemble, ça m'a un peu... enfin bref, laisse tomber, c'est rien."
- Attends, attends. Comment ça, ils t'ont amené Milo ?
"- Il a trop bu à la dernière soirée de DeathMask, il dort sur mon canapé."
Silence au bout du fil. Camus fronça les sourcils :
- Ne me dis pas que tu es jaloux, Zélos !
"- Je ne crois pas. Je te fais confiance. Plus important, tu voulais que je vienne ?"
- Oui. Mais ça ira, je sais que demain...
"- Donne-moi vingt minutes, le temps de prendre quelques affaires."
- Mais...
"- Je m'arrangerais pour le boulot. Je n'aime pas te savoir seul. Et puis, il n'y a pas de raison : si le Juge Rhadamanthe peut s'absenter du tribunal une semaine sur deux, alors les Enfers ne s'écrouleront pas si je ne me présente pas au greffe pendant deux jours."
Camus ne répondit pas tout de suite. Enfin, sa voix parvint à Zélos. Une voix fatiguée, mais où perçait le soulagement.
"- Merci, Zél'..."
Décidément, il était temps qu'il revienne au Sanctuaire. En espérant que les choses se passent mieux, cette fois.
OoOoOoOoO
- Ça va mieux ?
Le Verseau hocha la tête. Assis en tailleur sur son lit, sa couette sur les épaules, il buvait à petites gorgées le chocolat que lui avait préparé Zélos. Celui-ci était encore debout, un peu mal à l'aise.
- Oui, ça va mieux, finit par répondre le Chevalier. Tu devrais t'asseoir, fais comme chez toi.
La Grenouille hocha la tête, mais ne bougea pas. L'appartement terrien de son amour l'avait surpris. On aurait dit l'intérieur cliché d'un Chevalier des glaces : des tons bleus, gris, froids, peu d'objets personnels, encore moins de photos, des livres aux dos muets, et deux ou trois toiles d'art contemporain - hideuses. Zélos avait l'impression de s'être introduit chez quelqu'un d'autre.
- Sympa, ta déco, lâcha-t-il d'un ton incertain.
Camus rit :
- Je sais, c'est ignoble.
- Personne ne te pose de questions sur ton absence de goût ?
- Non. Je suis le Chevalier du Verseau, et il semblerait que la déco tout droit sortie d'un magazine pour vieux bourges aille avec l'armure. Remarque, j'ai fait beaucoup d'effort pour la composer, alors heureusement que c'est convaincant !
- Mouais. Je n'aime pas savoir que tu vis dans ce décor.
- Ne t'inquiète pas, répondit Camus en souriant. Je n'y vis pas, j'y travaille.
Zélos se laissa tomber aux côtés de son amant en secouant la tête.
- Encore pire. Tu ne peux pas démissionner ?
- Et toi ?
Soupirs. Le Verseau posa sa tasse sur la table de nuit et se glissa dans les bras de sa Grenouille.
- Merci d'être venu, murmura-t-il. Je sais ce que cela te coûte.
- Et encore, tu n'as pas vu la facture Ikea.
- Hum ?
- Je compte bien redécorer ce... truc que tu appelles maison pendant mon séjour.
- Je te fais confiance là-dessus, bâilla Camus.
Ses paupières papillonnèrent. Avec douceur, les deux amants s'allongèrent l'un contre l'autre.
- Tu crois que les autres vont réagir comment, demain ?
- Je ne sais pas. J'ai un peu peur.
- Il va falloir gérer Milo.
- Oui. Demain. On verra.
Peu à peu, le silence revint dans la chambre. La nuit, comme toutes ses prédécesseuses, passa, à peine troublée par quelques cris de chouettes.
OoOoOoOoO
Milo finit par émerger le lendemain, vers midi, et avec lui les problèmes. Le premier fut sans conteste le trou laissé par son ongle dans le mur du temple du Verseau. Le second, bien sûr, était le cri strident qui perça les tympans de tout le voisinage, c'est-à-dire, outre les occupants du onzième temple, Shura, DeathMask et Aphrodite, qui avaient décidé de se réconcilier chez le Capricorne, délaissant la soirée organisée la veille dans le quatrième temple.
- Qu'est-ce qu'il fout ici, bordel ?
- En l'occurrence, Milo, il t'apporte l'aspirine que tu réclames en geignant depuis vingt minutes !
- Qu'est-ce que c'est que ce boucan ?
- Milo, tout va bien ? On a senti que tu avais déployé ton cosmos, alors on est venus...
- Putain, mais c'est un Spectre !
Un sourire crispé figé comme une grimace en travers du visage, Zélos recula vers la sortie du salon. Il ne regrettait pas d'être venu, Camus avait eu besoin de lui, mais il devait avouer que là, maintenant, il aurait préféré être n'importe où, sauf ici. Ah, et il commençait à avoir la trouille.
- Ce n'est pas un Spectre, intervint le Verseau d'une voix dédaigneuse en venant se placer devant son amant. C'est Zélos. Mon compagnon. Qui est venu me rendre visite.
- Mais vous n'étiez pas censés ne vous voir qu'aux Enfers ? Athéna a-t-elle été informée de cette visite ? intervint Shura en fronçant les sourcils.
- Non et non, soupira Camus. Mais je ne crois pas que Rhadamanthe prévienne Athéna à chaque fois que l'envie lui prend d'aller voir Kanon, si ?
- Certes, cependant, c'est un peu différent...
- Quoi donc, Shura ? Qu'est-ce qui est différent ?
Camus croisa les bras devant sa poitrine, regardant le Capricorne droit dans les yeux.
- Qu'est-ce qui est différent ? répéta-t-il. Pourquoi devrais-je informer Athéna lorsque mon compagnon me rend visite à l'improviste ? Pourquoi ne pourrais-je voir mon amant qu'aux Enfers alors qu'un traité de paix, de coopération et de libre circulation a été signé ?
Au fur et à mesure de sa tirade, sa voix était montée dans les aigus, devenant de plus en plus agressive. Son cosmos s'élevait doucement autour de lui, comme une vague glacée.
- Calme-toi, Camus, intervint Aphrodite. Tu as raison, les questions de Shura étaient... impolies. Il n'y a pas de problème. On ferait mieux de partir, ajouta-t-il à l'intention de ses amants en leur attrapant le bras.
- Sage conseil, lâcha le Verseau.
Le temple se vida de nouveau. Un peu timidement, Zélos prit place sur le fauteuil en face du canapé. Il soupira :
- Tu n'aurais pas dû t'énerver comme ça.
- Je crois au contraire que j'ai très bien fait, rétorqua Camus en allant se poser sur ses genoux.
- Dans dix minutes, ces trois-là sont dans le bureau du Pope.
- Grand bien leur fasse. S'ils veulent ajouter le ridicule à l'offense, c'est leur problème.
- Je suis désolé.
Les deux amants se tournèrent vers Milo, un peu surpris par une telle intervention. À vrai dire, Camus s'attendait plus à l'entendre claquer la porte du temple. Ou au minimum, à l'entendre faire un esclandre.
- J'ai été surpris. Je n'aurais pas dû. Je ne t'ai pas blessé ? ajouta le Scorpion à l'adresse du Spectre.
Zélos resta quelques instants silencieux. Il ne s'attendait pas à ça. Milo qui déployait des trésors de self-control et de diplomatie pour éviter de l'insulter... Un bel effort, vraiment inattendu.
- Non, j'ai pu éviter le coup à temps, répondit-il enfin.
- Heureusement ! s'exclama Camus en l'embrassant.
Milo grimaça un peu. Un réflexe irrépressible. Il ne pouvait s'empêcher d'être jaloux, d'autant plus que Zélos lui apparaissait comme un homme tout à fait sympathique. Il baissa les yeux, apercevant les restes du verre d'aspirine sur le parquet. Parfait.
- Je vais nettoyer ça ! annonça-t-il en se levant, plus pressé de se distraire que de réparer sa bêtise.
Sans attendre de réponse, il se rendit dans la cuisine, attrapa une balayette, une serpillière, et revint dans le salon. Camus et Zélos se câlinaient toujours, visiblement peu enclins à jouer les hôtes.
"Ils sont mignons, tous les deux", finit par s'avouer le Scorpion en ramassant précautionneusement les morceaux de verre.
- Tu as toujours besoin d'une aspirine ? lui lança Zélos depuis le fauteuil.
- Heu... Oui, grimaça Milo, soudainement rattrapé par son mal de crâne. Ce serait pas de refus...
- Je m'en occupe, sourit Camus en disparaissant dans la salle de bain.
Ayant terminé sa tâche, le Scorpion se redressa pour aller jeter les débris.
- Attends, l'interrompit le Spectre.
- Hm ?
Silence, un peu gêné.
- Je... J'ai l'intention de venir ici un peu plus souvent. Et de rester. On en a parlé, avec Camus. On pense qu'il est temps que... qu'on...
- Que vous viviez ensemble, acheva Milo sans le regarder. Oui. C'est bien.
- Cela ne te dérange pas ?
Oui. Non. Bien sûr. Le Chevalier cligna des yeux. Qu'est-ce que c'était que cette question ? Il se retourna, fixant le Spectre. La Grenouille était toujours assis sur son fauteuil, une main crispée sur l'accoudoir, l'autre jouant nerveusement avec son t-shirt. Zélos puait la nervosité à plein nez.
"Ça ne doit pas être facile. Personne ne l'aime ici", songeait Milo. "Sauf Camus, bien sûr."
Ce n'était probablement pas raisonnable que les deux tourtereaux s'installent ensemble au Sanctuaire. Le regard de Milo s'égara dans la pièce - les cadres photos anonymes, les toiles sans âme, le papier peint froid, la fausse fleur d'un blanc maladif dans son vase. D'un autre côté, si l'arrivée de Zélos pouvait permettre à son meilleur ami d'arrêter de passer son temps dans cet horrible décor.
"Ils auront besoin de soutien."
Et bien, il allait leur en donner. Ce serait sa BA de l'année.
- Non, répondit le Scorpion en plantant son regard dans celui de Zélos. D'ailleurs, tant que Camus est d'accord, je n'ai rien à dire.
Il hésita, puis se lança :
- Et puis, je pense que c'est une bonne chose. Ça n'a pas dû être facile jusque là.
Zélos secoua la tête. Non, ça n'avait pas été facile. Mais c'était fini. Tout allait changer, en commençant par cette ignoble décoration intérieure.
