Cette fic est écrite pour la 120e Nuit du FoF, il fallait la rédiger sur le thème "maelström" en une heure. Le FoF est un forum regroupant tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou s'amuser entre nous.
Trou de mémoire
« Courant tourbillonnant des côtes de Norvège (îles Lofoten), produit par l'accélération de la marée et le déferlement des fortes houles entre l'îlot Mosken et la pointe sud de l'île Moskensöya. Au sens littéraire : Mouvement impétueux. »*
Elle se souvenait d'avoir lu cette définition dans quelque dictionnaire, un dictionnaire moldu, forcément. Sans avoir cherché à la retenir, elle la connaissait par cœur. Ça aurait fait sourire Harry et hausser les sourcils de Ron. Elle n'y pouvait rien : dès qu'une chose l'intéressait, elle se gravait dans sa mémoire. En l'occurrence, ce n'était pas la chose elle-même qui l'avait interpellée, mais le mot ; un mot étranger, étrange, dont la sonorité lui plaisait. Mais maintenant, comble de l'aberration, elle ne le retrouvait plus !
C'était très agaçant, songeait-elle en marchant dans la rue tranquille, la main serrée sur le bout de papier sur lequel elle avait griffonné l'itinéraire. Et, en vérité, ça n'avait aucune importance. Pourquoi cherchait-elle ce mot disparu ? Elle avait bien d'autres choses à penser. Elle refit mentalement la liste de tout ce dont elle aurait besoin dans les prochaines heures : sa baguette magique, la boîte de mouchoirs en papier pour sa mère et la flasque de whisky pour son père – ou inversement – les trois billets d'avion Melbourne-Londres et son propre passeport. Tout était là, dans le petit sac en perles qui pendait à son épaule. Sauf ce mot qui, lui, se tenait sur le bout de sa langue, mais refusait de sortir.
Pinçant les lèvres pour contenir cette frustration idiote – en un moment pareil, se laisser obnubiler par une question de vocabulaire, non mais vraiment ! – elle poussa la porte qu'elle cherchait, celle d'un immeuble anodin de cette rue anodine. Encore trois étages à monter. Dans l'escalier, son cœur se mit à battre plus fort, plus vite ; elle n'était pas précisément sportive, mais elle avait fait sa part d'exercice physique, cette année. La définition s'égrenait dans sa tête au fil des marches : « Courant tourbillonnant des côtes de Norvège... ». Stupide, vraiment. Navrant, même. Elle ferait mieux de penser à ce qu'elle allait leur dire une fois le sort levé, quand ils réaliseraient ce qu'elle leur avait fait. Modifier leur mémoire pour leur faire oublier jusqu'à leur propre nom, pour les pousser à déménager – en Australie qui plus est, alors que son père avait la phobie des koalas ! C'était pour leur bien, ils le comprendraient. Sûrement. Quand elle leur aurait tout expliqué. Si elle arrivait à placer un mot.
Une autre porte, celle de l'appartement cette fois. Son cœur cognait si fort qu'elle se serait crue à un concert des Bizarr' Sisters. Elle pressa la sonnette. Le mot était là, juste en deçà de sa conscience ; elle le sentait comme derrière un voile.
Des pas derrière la porte, la poignée qui tourne, le battant s'ouvre. Une femme se tient sur le seuil, anodine, poliment souriante bien qu'intriguée.
« -Bonjour, dit-elle avec un accent anglais surprenant sous ces latitudes. Je peux vous aider ? »
Hermione ouvre la bouche. Elle devrait répondre avec ce même accent, sortir sa baguette, la pointer sur la femme et prononcer le contre-sort ; mais elle ne peut pas. Pas tout de suite.
« -Est-ce que tout va bien ? » s'inquiète la femme sur le seuil.
C'est comme si une explosion volcanique jaillissait de son ventre et irriguait tout son corps : peur de leur réaction, honte de les avoir manipulés, soulagement que toutes ces horreurs soient finies et qu'ils n'aient plus à se cacher, fierté d'avoir fait ce qu'il fallait mais surtout bonheur de les avoir retrouvés...
Hermione sourit. Il était revenu, ce fichu mot, en fin de compte.
Maelström.
* Définition du Larousse en ligne.
