Note d'auteur.
Bonjour à tous !
Aujourd'hui, c'est de nouveau un KenHina parce que j'ai bloqué dessus je crois. Un UA avec des sorciers, un peu moyen-âge: si la narration semble accélérée, même avec 7K d'OS, c'est parce qu'à la base cette histoire est une histoire que j'écris à côté, et ce n'est pas une fanfiction. J'ai décidé de la reprendre vite fait, en changeant des trucs et en sautant beaucoup de parties, donc si la compréhension est difficile... Je pense pas que ça soit le cas, mais sinon laissez une review pour me le dire.
Je vous fais des bisous, longue vie au KenHina
Tous droits de reproduction, de traduction et d'adaptation réservés pour tous pays, y compris la Bosnie-Herzégovine.
"Si vis pacem, para bellum"
Si tu veux la paix, prépare la guerre
Hinata observa sa chambre en tournant sur lui même une ou deux fois.
Il y avait déjà dormi dedans une fois, la veille, mais ses yeux n'avaient pu observer avec précision les détails au vu de l'heure tardive à laquelle on l'avait enfin laissée seul. Une servante (c'était elle qui s'était présentée ainsi) très gentille lui avait fait prendre un bain en voyant l'état de son corps et de ses habits ; il y avait eu un moment de panique en découvrant que derrière ses cheveux bruns terreux plein de poussière se cachait en vérité une chevelure rouge, épaisse et indomptable.
Elle avait eu peur, avait hésité, mais s'était finalement résolue à le laver entièrement et correctement, en affirmant que son comportement ne se reproduirait jamais. Il s'était ensuite pelotonné au creux de la cheminée, entassant les nombreux draps du lit devant l'âtre, et avait demandé au feu de chanter pour lui.
– Natsu, dit-il en regardant le renard qui commençait à s'endormir bien sagement sur les draps du lit qui avait été changé pendant son absence. Tu ne veux pas venir ?
Hinata n'avait réellement compris ce qu'on voulait de lui que ce matin, alors que des gardes l'avaient sorti de sa chambre pour l'emmener dans ce qu'ils avaient appelé la salle du trône. Il avait rejoint huit autres personnes, debout au milieu de l'immense pièce, et avait attendu l'arrivée du prince héritier comme on le lui avait demandé. Quand celui-ci avait fait surface, accompagné d'un garde personnel à l'air sérieux, il leur avait brièvement expliqué que si on les avait enlevés à leur maison, à leur famille parfois, c'était pour le bien du royaume. Le bien du roi, qui était tombé très malade des mois plus tôt, et dont l'état ne s'arrangeait pas. Une récompense à la clé, des compensations financières pour leur absence dans leurs villages ou châteaux, selon les personnes. Il avait ensuite parlé des nombreuses rumeurs qui les désignaient tous plus ou moins comme des personnes capables d'utiliser la magie, et personne n'avait trouvé le courage de le démentir. Hinata, lui, avait écarquillé les yeux en jetant un coup d'œil aux personnes qui se trouvaient toutes à sa gauche. Des hommes, deux femmes ; il ne sentait rien de particulier, pourtant son cœur battait comme un fou dans sa poitrine. On lui avait toujours répété de se cacher, mais à présent il se retenait de ne pas leur bondir dessus pour leur poser des questions.
Le prince avait ensuite déclaré :
« Si je vous accueille ainsi en ces lieux, où vous serez nourris et logés pendant toute la durée de votre... séjour, c'est bien car je compte sur vos talents pour soigner mon père. Je ne vous donne pas de délais pour l'instant, mais ne mettez pas ma patience à rude épreuve, voulez-vous ? »
Il avait un regard froid et blessé, une stature haute et droite, et malgré l'impressionnante aura qu'il laissait planer sur la salle, Hinata n'eut pas particulièrement peur de lui. On aurait dit un loup, tout au plus.
– Natsu, appela-t-il à nouveau, en espérant que la renarde change d'avis.
Elle l'accompagnait toujours partout, habituellement. C'était même elle qui insistait pour le suivre, mais peut-être cette matinée l'avait-elle épuisé. Il avait essuyé de nombreux regards étonnés et craintifs, qui observaient tantôt ses pieds nus (il avait toujours marché ainsi, dans la forêt, alors quand la servante lui avait donné des chaussures il s'en était débarrassé sitôt son dos tourné) tantôt ses cheveux qui avaient été coupés de quelques centimètres un moment avant cela. Peut-être cette pression l'avait-elle épuisé, elle qui était uniquement habituée à crapahuter à ses côtés dans les arbres de leur forêt, et dont les seuls humains qu'elle apercevait étaient quand Hinata se rendait au village de la lisière afin d'y vendre des herbes médicinales pour acheter à la place quelques vêtements. La période où il se baladait nu comme un vers au milieu des troncs et des branches, accompagné par les loups et les ombres, lui paraissait bien lointaine.
Comprenant qu'elle ne le suivrait pas cette fois, Hinata soupira. Il ne lui en voulait pas et serait même bien resté avec elle, mais son désir d'explorer et de voir commençait à se montrer bien trop fort. Il voyait cette chambre immense pleine de broderies, de dorures, de toutes ces choses qui brillaient et ces odeurs florales qui ne paraissaient pas naturelles ; il avait envie d'en voir plus. Lui qui était habitué à sentir la terre et les feuilles sous ses pieds devait bien avouer que le marbre fois lui faisait tout drôle. C'était intimidant de sentir que dans cette ville immense qu'il avait traversée la veille, en compagnie du capitaine Kuroo qui l'avait ramené, il n'y avait plus beaucoup de la nature qui lui donnait tant de force.
Plus de feuilles, d'animaux qui venaient se serrer contre lui en hiver, des ombres qui l'accompagnaient et qui jouaient avec lui quand il était petit, de sa mère, la créature du lac, qui l'avait élevé comme son propre enfant en lui donnait par la même occasion celle d'être béni par les éléments. Plus rien de tout ça, seulement une ville grouillante de gens, un palais froid et immense dans lequel des femmes et des hommes en servaient d'autres, et des gardes devant sa porte. Il n'avait revu le capitaine qu'une seule fois, dans la salle du trône pendant le discours du prince, mais ce dernier ne l'avait pas regardé, droit dans ses bottes propres.
Hinata prit une grande inspiration. Il alla ouvrir la fenêtre, passa sa tête dehors et regarda un peu : il était au moins au quatrième étage, et pouvait apercevoir en contre-bas un petit jardin qui commençait doucement à dépérir. L'hiver arrivait, Hinata le sentait, et l'herbe disparaissait peu à peu. Tout était entouré de grands bâtiments, mais derrière ça il arriva à apercevoir quelque chose qui brillait derrière les toits. C'était une bulle en verre, bien plus haute que le reste, qui surplombait les différents étages et édifices dont était constitué le palais.
Un sourire étira ses lèvres, et il fit demi-tour pour aller écouter à la porte. Ses oreilles devinaient le pas agité des servantes, et celui, bien plus lourd, des gardes devant sa porte. Ils étaient quatre en tout, comme hier, et Hinata comprit qu'aucun d'eux n'allait jamais ouvrir cette porte pour vérifier qu'il était encore bien là. Après tout, il n'était pas censé avoir d'échappatoire.
Sans attendre une seconde de plus, il fit demi-tour et alla sauter par la fenêtre, s'échappant au gré du vent qui le fit atterrir sans encombre plus bas.
Kenma mémorisait les différents ouvrages que la bibliothèque venait de tout juste de recevoir.
Beaucoup venaient tout juste d'être écrits et, comme la loi l'exigeait, une copie avait été envoyée à la bibliothèque royale dont il était le gardien. Tous les ouvrages du royaume se trouvaient là, et Kenma se délectait parfois de la chance qu'il avait eue en recevant ce titre. Oikawa et lui s'étaient tout de suite bien entendus, et même si à présent il était devenu un homme très occupé avec la maladie de son père, il avait quand même pris le temps d'écouter toutes ses histoires sur les sorciers et leur magie incroyable.
Kenma ne désirait rien d'autre que s'occuper de cet endroit ; il avait tout de même été ravi en apprenant qu'il serait le gardien attitré de l'un des invités de la couronne, les fameuses personnes suspectées d'être des sorciers. Seules les personnes en qui le prince Oikawa avait particulièrement confiance avaient été choisies, et Kenma savait que Kuroo, Daishou, et Bokuto en faisaient partie. Ushijima également, même si cela était incompréhensible étant donné l'animosité que lui vouait Oikawa, mais apparemment il avait du décidé de mettre son ressentiment de côté un instant. Mika, également avait été appelée, mais cela n'étonnait personne : derrière Iwaizumi, son garde personnel, Mika était la personne en qui Oikawa avait le plus confiance. Elle était droite et fière, forte et douce quand il le fallait, mais surtout particulièrement fidèle et avait juré fidélité au prince en personne quand elle était devenue chevalier.
Gardien. Sorcier. Tous ces mots lui paraissaient si étranges maintenant qu'ils étaient si proches ; il avait passé sa vie dans les livres, à rêver du jour où toutes ces choses seraient enfin à sa portée, et il ne pouvait pas croire que le moment était arrivé. Après la chasse aux sorcières qui avait eu lieu quarante ans plus tôt, la magie était devenue quelque chose de bien plus rare, qui se cachait aux yeux des hommes non méritants. C'était en tout cas ce qu'il avait lu dans les livres, car du haut de ses 23 ans, Kenma n'avait pas connu cette période absolument affreuse.
Et pourtant, à présent ils étaient là, dans l'enceinte du palais royal. Certes, leurs pouvoirs n'avaient pas encore été prouvés, et beaucoup ne devaient être que de simples paysans n'ayant pas osé dire la vérité, mais cela ne changeait rien au fait qu'il devait bien en avoir un qui était réellement ce qu'ils pensaient tous qu'ils étaient.
Soudain, une sensation étrange se diffusa dans son corps, et Kenma se redressa en refermant son livre. Si avec les années il s'était fait à ces lieux, la bibliothèque également s'était faite à lui. Elle l'avait accepté comme son gardien, et avec les jours et les semaines qu'il passait ici, elle lui avait accordé certains privilèges.
Comme celui de sentir toute intrusion.
Kenma se releva en faisant racler sa chaise, et laissa tous ces ouvrages sur l'immense bureau qu'on lui avait installé sur l'estrade au fond, derrière les nombreuses allées de la première section. La bibliothèque royale était en vérité une ancienne cathédrale qui avait perdu son utilité le jour où celle du centre-ville avait été construite ; immense et spectaculaire, celle du palais faisait pâle figure à côté. Il y avait donc trois sections en tout, celle du centre, celle de gauche et celle de droite. C'était simplement, pourtant l'emplacement des immenses allées et des étagères qui montaient presque jusqu'au ciel faisait en sorte que seules quelques personnes réussissent à se repérer à l'intérieur.
Kenma aurait pu se balader à l'intérieur les yeux fermés.
Il prit donc la direction que lui soufflaient les lieux, dérangé par cette visite impromptue et par ce malotru qui ne s'était pas annoncé. À gauche, à droite, tout droit : Kenma finit bien vite par se retrouver contre le mur Est, face à une fenêtre ouverte qui n'avait décidément pas lieu d'être. Elle était haute et inaccessible sans échelle, mais le plus étrange était qu'elle donnait sur le toit d'un bâtiment largement hors de portée depuis l'extérieur.
Il fronça les sourcils, puis se retourna en entendant à nouveau le murmure de la bibliothèque : il laissa cette fenêtre pour plus tard, et marcha d'un pas lent vers la présence qu'il percevait, à trois allées de lui. À sa taille, le poignard qu'il avait toujours sur lui imposa sa présence par son poids qu'il sentait à présent plus qu'habituellement, et il posa une main dessus. Il était certain de pouvoir s'occuper de la personne qui était ainsi rentrée sans autorisation, et sans même se présenter à lui afin de s'annoncer.
Mais quand il se profila au bout de l'allée d'immenses étagères, méfiant, ce qu'il aperçut l'obligea à relâcher la pression. De dos, dans la même tenue brillante que celle qu'il avait portée au discours du prince héritier quelques instants plus tôt, le sorcier dont il avait désormais la garde feuilletait un livre sans faire plus attention. Il reconnut ses cheveux rouges, ses pieds nus, et décida de s'avancer en silence.
Mais au bout de quelques pas, celui dont le nom ne lui était pas inconnu pour la bonne raison qu'il était allé chercher des infirmations auprès de Kuroo (le prince Oikawa lui avait avoué que son invité serait celui que le capitaine ramènerait dans la journée, il était donc allé le trouver le soir même, impatient d'en apprendre plus) se retourna vers lui. Ses grands yeux noirs comme deux billes de charbons se posèrent sur lui, et il étira ses lèvres pour lui offrir un sourire tout en refermant le livre.
C'était un livre d'images, Kenma le reconnut.
– Bonjour, dit Hinata, particulièrement inconscient d'avoir dérogé à l'une des principales règles du palais.
Seules quelques personnes avaient le droit d'entrer dans la bibliothèque royale. C'était un lieu de calme et de protection des œuvres, ainsi il fallait éviter toute chose qui pourrait les abîmer. Mais il remit le livre à sa place, avec précaution, et se retourna complètement.
– Tu n'es pas censé être ici, fit alors Kenma, oubliant la politesse que le prince leur avait recommandé pour s'adresser aux invités.
Hinata pencha la tête sur le côté.
– Pardon, s'excusa-t-il. Je voulais simplement explorer un peu le château. C'est très grand. Et cet endroit est très calme. Un peu comme l'intérieur du lac.
Kenma fronça les sourcils, pas vraiment sûr de comprendre. Peut-être avait-il mal entendu ? Il ne lui demanda pas de répéter pour autant, car ce jeune homme n'aurait pas dû se trouver dehors ; tous les invités étaient assignés à résidence, sans possibilité de sortir de leur chambre sans la présence de leurs gardiens. Sans même parler des quatre gardes qui étaient en permanence devant leurs portes, et des étages hauts spécialement choisis pour les accueillir.
– Comment tu es sorti ?
Mais Hinata se détourna, plus vraiment attentif. Il marcha le long des livres tout en les regardant sans les toucher. Kenma le suivit, jusqu'à finalement se sentir gêné.
– Tu peux en prendre un, si tu veux. Je t'autorise à ramener un livre dans ta chambre.
Arrivés au bout, ils s'arrêtèrent presque en même temps. Hinata se retourna vers lui, secouant sa tête et ses cheveux bouclés en même temps.
– Je ne sais pas lire, dit-il simplement. Mais merci.
Haussant ses sourcils de surprise, Kenma ne sut quoi dire. C'était pourtant courant, que des paysans des campagnes n'aient jamais appris à lire ou à écrire, mais il avait fini par oublier. Il avait été dans leur cas, dans sa jeunesse, mais se souvenait très bien de la façon dont il avait suivi le prêtre pendant des semaines afin qu'il lui apprenne.
Cela avait largement porté ses fruits, puisqu'il était là à présent.
– C'est un très bel endroit, continua-t-il en repassant à côté de lui. L'odeur est naturelle. Tu as lu beaucoup de ces livres ?
– Je les ai tous lus.
Il connaissait l'emplacement de chacun d'entre eux, c'était bien pour cela qu'il en était le gardien. Celui qui l'avait précédé avait fait n'importe quoi, ainsi il avait été obligé de reprendre le livre qui listait tous les ouvrages depuis le début, et le remplissait depuis avec les nouvelles arrivées semestrielles.
Hinata parut étonné, mais sourit à nouveau. Ce garçon, qui devait avoir le même âge que lui, ou pas moins, souriait beaucoup. Et ces yeux...
Le sorcier fit demi-tour sans demander son reste, et avant que Kenma ne reprenne ses esprits, il avait déjà parcouru la moitié du chemin qui le menait à la fenêtre. Il comptait repartir.
– Attends, appela-t-il en se dépêchant à sa suite, sa grande cape blanche symbole de sa fonction voletant derrière lui. J'aurais... quelques questions. Pour toi.
Mais comme Hinata ne s'arrêtait pas, il lança :
– Es-tu vraiment un sorcier ?
Il vit ses épaules se raidir légèrement, et cette fois il se stoppa. Kenma fit de même, à à peine deux mètres de là.
– Je ne sais pas. Vous utilisez bien trop de mots pour une seule chose, répondit Hinata. Un sorcier, c'est bien quelqu'un qui utilise la magie ?
Kenma hocha lentement la tête, captivée. Si son obsession pour toutes les choses se rapportant de près ou de loin à la magie ne lui avait jamais porté préjudice, il devait bien avouer qu'il se sentait tout de même intimider ; il respectait profondément ses utilisateurs, ainsi la méthode d'Oikawa, à les retenir ainsi en les menaçant implicitement, ne lui plaisait pas vraiment.
Il crut obtenir une réponse, mais à la place il ne récolta qu'un nouveau sourire un peu forcé. La seconde d'après, Hinata prit son élan et courut en direction du mur ; comme pour monter à un arbre, il se servit de sa vitesse pour faire quelques pas sur les pierres avant de sauter et de s'agripper aux rebords de la fenêtre.
Kenma l'observa avec de grands yeux. Ce garçon était-il un singe ?
– Oh, monsieur le gardien ? Êtes-vous celui qui m'a été attribué ? demanda-t-il à tout hasard.
Il hocha doucement la tête, puis après quelques secondes, Hinata sauta dans le vide, et ses cheveux rouges disparurent.
Assis sur un banc à l'ombre, alors même que le soleil commençait doucement à décliner, Kenma observait Hinata qui jouait avec les chiens de chasse du palais.
Il lui avait une fois dit à quel point c'était dangereux, que ces molosses n'étaient pas des toutous qui gardaient les moutons, mais Hinata n'avait rien écouté : dix minutes plus tard, ils lui obéissaient tous au doigt et à l'œil et se faisaient un plaisir d'aller chercher le bâton qu'il leur lançait.
C'était incompréhensible.
– Alors ? lui demanda Kuroo en arrivant silencieusement derrière lui.
On aurait pu croire qu'avec tout ce qu'il transportait, ses lourdes bottes, ses tenus pleines de décorations, ses deux épées et son pistolet, il aurait tinté comme une cloche à pas. Pourtant Kenma dû retenir un sursaut.
Kuroo appuya ses avant-bras contre le dossier du banc, et observa Hinata à son tour.
– Vous vous entendez bien, non ?
– J'imagine. Je crois bien que oui.
Hinata débarquait presque tous les jours dans la bibliothèque, pour lui demander des choses sans importances et lui tenir compagnie. Parfois, il ramenait avec lui ce renard qui le suivait partout, parfois non. Il y avait des jours où il ne disait pas un mot, et d'autres on il n'en finissait plus de parler.
Mais à chaque fois, c'était Kenma qu'il venait trouver, et c'était vers lui que son regard se tournait dans une pièce remplie de monde. Satisfaisant dans un sens, un peu effrayant dans l'autre.
Car c'était vrai, il l'aimait bien.
– Ça fait déjà trois semaines, tu te rends compte ?
En trois semaines, beaucoup de choses avaient changé. Déjà, Oikawa avait renvoyé quelques sorciers chez eux, comprenant rapidement qui n'était qu'un simple paysan et qui pouvait lui mettre le doute. Ainsi, ceux de Kuroo et Daishou avaient été reconduits dans leurs villages, et ils étaient à nouveau libres de leurs mouvements. Autant dire que Daishou n'en avait pas été mécontent, lui qui haïssait profondément celui dont il était le gardien.
Kenma était certain que cela avait un rapport avec le fait qu'il paraissait bien trop intéressé par Kuroo, et qu'ils échangeaient parfois quelques piques. C'était étrange, mais la relation entre le capitaine de la garde Kuroo Tetsurou et le stratège royal Daishou Suguru n'avait jamais été autre chose.
À présent, il n'en restait plus que quatre, c'est à dire un peu moins de la moitié.
– Tu as eu des nouvelles de tes messagers ?
Le sud faisait pression sur la frontière avec le royaume depuis des mois. Et si en apprenant la présence de sorcier dans l'enceinte des murs de leur capitale ils s'étaient un peu calmés, les attaques avaient repris de plus belle quelques jours plus tôt.
Kuroo eut un sourire triste.
– Je vais devoir aller sur place. Je pars demain à l'aube.
Kenma savait bien ce qui se préparait : une guerre. C'était pour cette raison qu'Oikawa avait refusé de succéder à son père dans l'immédiat et avait tout d'abord cherché une autre solution ; dans ce climat, le peuple avait besoin de stabilité, d'ancienneté, d'expérience.
Mais l'état de l'empereur se dégradait de jour en jour, et encore aucun invité n'avait l'air d'avoir trouvé de solution.
– Si une riposte est nécessaire, alors je guiderais mes hommes. Ne t'en fais pas, dit-il en voyant l'air de Kenma. Tu sais très bien que je suis toujours revenu.
Si Kuroo était parfois un abruti, cela ne changeait rien au fait que c'était son ami d'enfance le plus précieux. Et que les guerres, ça tuait même les gens forts.
– Fais attention à toi, dit-il alors tout simplement.
Ce fut ce moment qu'Hinata choisit pour se poster devant lui, ses yeux innocents les regardant tour à tour. Kuroo lui offrit un rictus amusé ainsi qu'un « salut gamin » qu'il lui réservait toujours. C'était étrange, étant donné que Kuroo n'avait que quatre ans de plus que lui, mais apparemment c'était assez.
– Tiens, lui dit Hinata en sortant une couronne de fleurs blanches de derrière son dos.
Il lui posa sur les cheveux, effleurant ses oreilles de ses doigts, et Kenma se sentit bizarre.
– Merci, dit-il car il ne savait pas quoi dire d'autre.
Hinata faisait cela, parfois : il lui ramenait des choses qu'il trouvait ou fabriquait, et les lui offrait. C'était gentil, même s'il ne savait pas trop pourquoi. Était-ce une manière de lui montrer son affection, de lui prouver qu'il l'appréciait ?
Soudain, il prit délicatement sa main, et Kenma l'observa avec des yeux écarquillés porter ses doigts à ses lèvres pour les baiser poliment. Kuroo s'étouffa derrière lui.
– Hinata ?
Venait-il de lui faire un baise-main ?
– J'ai vu ça dans l'un de tes livres, annonça-t-il, tout fiers. Il y avait des images, et il montrait comment faire. J'ai reconnu les mots « politesse » et « salutation ». Et j'ai déjà vu des gens faire, dans le palais.
Puis en voyant Kuroo qui regardait à gauche et à droite pour vérifier que personne n'avait vu ça, ainsi que l'air perturbé de Kenma, il demanda :
– Ce n'était pas ça ?
– Non, dit Kuroo en fronçant les sourcils, tout à coup très sérieux. Ce n'était pas ça du tout. Ce geste, tu le fais à une femme, une dame. Pas un homme. Avec les lois encore en vigueur, tu pourrais bien te faire couper la tête pour...
Il serra la mâchoire et détourna le regard. Kenma l'observa, pas vraiment surpris : s'il retrouvait Daishou de temps à autre dans sa chambre dans le plus grand secret avec la boule au ventre de se faire surprendre, ce n'était pas pour assister à ce genre de scène.
– Kuroo. Tout va bien, personne n'a vu. Tu devrais... retourner à l'intérieur.
Le capitaine hocha la tête, puis après un dernier regard en direction d'Hinata qui baissait la tête, penaud, il tourna les talons et disparut sous les alcôves ouvertes du jardin.
– Hinata..., commença Kenma.
– Je suis désolé. Je ne savais pas. Je ne voulais pas t'attirer d'ennuis.
Un chien vint à ses côtés pour lui apporter une branche en couinant, et il la lui lança rapidement.
– Ça ne fait rien. Tu ne savais pas, oui. Kuroo exagère, on ne te fera pas couper la tête pour si peu.
Mais il n'avait pas l'air effrayé, plutôt déçu.
– Je ne comprends pas vos coutumes. Il y a de l'amour dans tous les livres que tu m'as montré, et pourtant ce que je viens de faire est mal ? L'amour, c'est bien quand on apprécie quelqu'un, quand on veut le voir et qu'il nous manque, quand sa présence nous fait du bien ? C'est ce qu'ils disent.
Il s'énervait presque, et Kenma ne sut que répondre. C'était difficile d'expliquer quelque chose en quoi on ne croyait pas : si Oikawa passait empereur, il ferait certainement disparaître ces sorts bien trop barbares, mais ce n'était pas encore le cas. Et les généraux du conseil étaient de vieux croûtons fervents de traditions.
– Je ne sais pas quoi te dire. Tout n'est pas forcément très logique.
Il soupira, parce que voir Hinata en colère était rare : il s'énervait en voyant le traitement de certaines servantes, il s'énervait quand on bousculait Yachi dans les couloirs. Mais là, c'était autre chose.
– S'ils veulent me couper la tête pour ça, dit-il soudain en tournant les talons, qu'ils essayent. Je les attends.
Il s'éloigna à travers le jardin, passant sous le porche afin de récupérer la veste qu'il avait ôtée en jouant. Les cinq chiens le suivirent sans même hésiter, et il Hinata prit la direction du chenil.
Kenma le fixa jusqu'à ce qu'il disparaisse, conscient que son rôle était pourtant de le suivre lorsqu'il se trouvait à l'extérieur. Il toucha distraitement ses cheveux, et décrocha la couronne de fleurs qu'il lui avait confectionnée.
Puis soudain, il se demande d'où venaient ces fleurs, alors même que les arbres étaient nus, et que l'herbe ne montrait plus que quelques traces de vert. L'hiver arrivait.
La bibliothèque avait toujours cette atmosphère calme et précieuse, comme un cocon dans lequel Kenma se sentait à l'aise.
Parfois, il dormait dedans pendant des jours avant d'aller finalement retrouver sa chambre. Il lisait toute la journée, triait et changeait les œuvres, dépoussiérait toutes ces étagères ; c'était du travail, mais un travail qui ne pouvait être confié à personne d'autre.
Pourtant, il avait accepté qu'Hinata vienne. Plusieurs fois. De temps à autre, il passait par la fenêtre, mais pour ces cours qu'il lui offrait, Kenma avait insisté pour qu'il passe par la prote. Les gardes d'Hinata, chargés de le suivre partout désormais, l'accompagnaient pour chaque séance.
– Et là, dit Kenma, quand ces deux lettres sont associées, ça fait le son « é ». Comme dans ce prénom, là.
Il lui avait sorti quelques ouvrages des histoires pour enfants, ainsi que d'autres, un peu plus durs. Il alternait en fonction des choses, mais Hinata était un élève assez lent : apprendre à lire à son âge n'était pas aisé, surtout qu'il lui avait confié avoir appris à parler assez tard également.
Parfois, ils parlaient ensemble des heures durant. Kenma lui racontait son rôle, sa rencontre avec Oikawa, le rôle qu'avait joué Kuroo là dedans. Il lui avait même parlé de Daishou et Bokuto, afin qu'il comprenne au mieux. Hinata, lui, évoquait ses souvenirs : comment sa mère (une sorte divinité qui vivait dans le lac, mais qui portait la forme d'une ombre épaisse et chaude) l'avait trouvé dans la forêt après qu'un homme l'ait abandonné dans l'espoir que l'âme de son petit soit en paix. « Il pensait qu'avec elle, je serais mieux traité ». Et cela semblait vrai, car même en sautant des parties de sa vie, Hinata lui décrivait sa relation avec les animaux, la manière dont sa renarde, Natsu, n'était en fait que la descendante d'un autre qu'il avait un jour trouvé. Comment il aimait courir avec les loups, comment il grippait aux arbres, comment il nageait dans le lac.
Il n'avait commencé à parler qu'à neuf ans, quand une femme du village l'avait récupéré et soigné.
Hinata parlait d'elle avec respect, car elle lui avait enseigné beaucoup de choses utiles.
– Et là, c'est un « y ». Le son qu'il fait dépend de ce qu'i côté, regarde.
Il commençait à savoir lire quelques phrases, mais c'était encore fragile : Kenma ne lui en voulait pas, c'était amusant comme ça.
Quand Kenma releva la tête, il remarqua qu'Hinata ne l'écoutait plus. Il fixait un point derrière lui, intrigué, et quand il se retourna Kenma ne vit que des livres et une plante fanée.
– Depuis combien de temps est-elle ici ? demanda Hinata.
Parlait-il de la plante ?
– Des années. C'est Kuroo qui me l'a donné : elle vient du jardin de ma mère.
En partant de son village, il n'avait pratiquement rien pu garder. Pourtant, Kuroo était un jour arrivé en portant ce petit arbuste attaché à son cheval, et il le lui avait offert. Il l'avait arrosé consciencieusement, mais ces derniers temps sa triste mine lui indiquait que c'était la fin.
– Elle est belle.
– Tu trouves ?
Elle n'avait jamais donné la moindre fleur, pas plus qu'elle n'avait grandi. Ce n'était pas étonnant, ainsi coincée dans un pot en terre, mais c'était tout de même décevant.
Soudain, Hinata leva le bras : sa main arriva presque sous le nez de Kenma, et il se recula en fronçant les sourcils. Une question brûla ses lèvres, mais il n'eut pas le temps de la poser. Quand il tourna la tête vers lui et rencontra ses yeux, un frisson parcourut son dos.
Des yeux entièrement noirs, et des cheveux presque enflammés.
Si ces couleurs étaient habituellement celles d'Hinata, en cet instant tout était plus fort. Kenma ne comprit pas immédiatement, mais un petit froissement le força à se tourner à nouveau vers la plante. Il écarquilla les yeux, silencieux.
Sa plante aux feuilles fripées et aux couleurs ternes avait pratiquement disparu ; ce qu'il en restait, c'était un arbuste fort et vert de santé, qui grandissait à vue d'œil le long d'une étagère. Il eut des fleurs rose pâle sur ses branches, puis commença à faire des fruits qui grandissaient d'eux-mêmes tout en laissant l'arbre grandir.
En quelques secondes, sa plante avait disparu, laissant sa place à un arbre qui montait jusqu'au toit de verre. Son tronc avait avalé le pot et détruit le sol sous lui, mais Kenma n'arriva pas à s'en formaliser.
Car ce qu'il venait de voir, c'était de la magie, et c'était Hinata qui l'avait utilisé.
Il déglutit.
– Je...
– Il ne grandira plus, ne t'inquiète pas. Ça serait bête qu'il endommage votre bibliothèque, alors il restera comme ça jusqu'à... et bien, je ne sais pas trop à vrai dire. Jusqu'à la fin ?
Hinata semblait presque amusé, comme s'il n'avait pas fait pousser un arbre géant au milieu d'un bâtiment de pierre.
– Tu... tu es...
Il haussa un sourcil, et Kenma put remarquer que ses yeux étaient redevenus normaux.
– Un sorcier ? Eh bien oui, c'est bien pour ça que vous m'avez amené ici.
Chaque jour, au petit déjeuner qui était pris en collectif entre tous les invités, une personne était choisie pour se rendre auprès de l'empereur et essayer de le soigner. Il était évidemment bien surveillé, mais Hinata était passé au moins trois fois depuis le début de son séjour.
Ce dernier lui sourit.
– Où en étions-nous ? demanda-t-il.
Puis il se pencha sur le livre, alors que Kenma fixait encore l'arbre en se disant que personne ne devait plus rentrer dans la bibliothèque. Jamais il ne pourrait trouver d'excuse à cela.
Hinata marchait dans les couloirs du palais, ses gardes savamment dispersés autour de lui. Il avançait d'un pas calme, pas vraiment pressé, mais ces hommes accéléraient la cadence afin qu'il retourne plus rapidement à sa chambre.
Devant la porte de sa chambre, il leur lança un dernier regard avant de soupirer. Ils avaient arrêté de le pousser ou de lui donner des coups de bâtons dans les jambes, mais ne semblaient pas pour autant décidés à lui sourire.
Il entra à l'intérieur et referma derrière lui. Immobile, il resta le front contre le bois un moment : tout cela commençait à le fatiguer.
– Hinata ?
Tout en retenant un sursaut, il se retourna vers son gardien qui attendait sagement, assis sur une table. Il portait toujours cette cape blanche, et avait relevé ses cheveux noirs pour dégager son visage.
Hinata fit la moue, et s'approcha.
– Qu'est-ce que tu fais là ?
– Je venais prendre des nouvelles.
Il semblait plus sérieux qu'à l'ordinaire, et Hinata se demanda si cela avait un rapport avec le départ de Kuroo. Le capitaine était parti la veille pour le sud, afin de garder la frontière et pouvoir faire des rapports de confiance.
Kenma lui avait expliqué, un jour. La guerre.
– Est-ce que le roi va mieux ?
Les jours passaient et défilaient, mais rien ne changeait. Oikawa devenait de plus en plus tendu, et s'enfermait la plupart du temps dans son bureau afin de chercher une solution. Iwaizumi restait avec lui, bien sûr, mais rien n'était simple.
Daishou se sentait seul, Kenma avait peur.
Hinata haussa les épaules.
– Pas vraiment. Ce vieil homme va bientôt mourir.
Personne ne pouvait qualifier le roi de « vieil homme » et garder sa tête. Il n'y avait personne dans la pièce à part eux, mais Kenma n'aima pas la façon dont il parlait du souverain : il ne se sentait peut-être pas concerné, mais si cette guerre éclatait bel et bien, alors même sa précieuse forêt ne serait pas épargnée.
Kenma serra le poing.
– Pourquoi tu ne... pourquoi tu ne le soignes pas ?
Hinata lui lança un regard étonné, et Kenma se mordit la lèvre. Depuis qu'il lui avait montré ce qu'il savait faire, dans la bibliothèque, il avait été témoin de nombreuses autres choses : des bougies qui s'enflammaient toutes seules, du vent qui lui permettait de sauter de toit en toit. Hinata pouvait faire des choses extraordinaires, pourtant il ne levait pas le petit doigt pour sauver leur roi.
– Tu pourrais le faire, non ? Tu m'as dit que plusieurs fois l'eau t'avait soigné !
Il lui avait dit ça en effet : quand Hinata était petit et qu'il marchait encore nu et seul dans l'immense forêt, uniquement accompagné par les ombres et les quelques bêtes qui lui prêtaient leur fourrure, il s'était blessé à de nombreuses reprises. Tomber d'un arbre, chuter dans un trou, se tordre la cheville, manger des baies empoissonnées.
L'eau l'aimait profondément, et elle l'avait à chaque fois accueilli dans le lac pour le soigner en quelques heures.
– Ce n'est pas pareil, dit-il. Ça ne marche pas comme ça.
Sa réponse ne lui convint pas, et Kenma baissa les yeux. Il avait l'air fatigué.
– Ce n'est pas moi qui décide. Moi, je ne peux que demander gentiment. Si la nature voulait soigner votre roi, elle ne l'aurait pas rendu malade en premier lieu.
Les lois auxquelles ils obéissaient n'étaient définitivement pas les mêmes. Et Hinata ne pouvait pas simplement faire ce qu'il voulait.
– Je suis désolé, ajouta-t-il en voyant que sa réponse n'était définitivement pas celle que Kenma attendait. Je ne peux rien faire.
Il s'approcha de lui et essaya de prendre sa main, mais son gardien le repoussa. Il descendit de la table, et passa à côté de lui.
– Tu ne soignerais pas simplement un homme, dit-il en essuyant ses yeux. Tu sauverais le royaume d'une guerre que personne ne veut.
Hinata ne voulait pas la guerre, c'était certain. Mais Kenma ne comprenait pas : il ne pouvait pas simplement soigner toutes les personnes qui croisaient son chemin.
– Je vois, continua-t-il devant son silence. Je ne m'attendais pas à ce que tu comprennes, de toute façon.
Il ouvrit la porte, et disparut en la claquant derrière lui. Hinata resta là, au milieu de sa chambre, tandis que Natsu grimpait sur son épaule.
Le palais entier était tombé dans une agitation étrange, presque discrète. Si une sorte de brouhaha régnait, les couloirs étaient vides et Oikawa s'avança sans croiser personne.
D'un pas vif, presque tremblant, il essayait pourtant de garder la tête haute tout en ignorant les voix qui provenaient des pièces alentour ; des majordomes, des servantes, les quelques résidents du conseil ainsi que leur cour personnelle, tous chuchotaient dans leurs coins et faisaient bourdonner ses oreilles.
Derrière lui, Iwaizumi le suivait sans rien dire, sa main droite posée sur le pommeau de son épée. Il restait attentif.
Soudain, une cloche résonna, faisant presque trembler le sol et les murs. Oikawa ralentit sans pour autant s'arrêter. Cette fois, le silence se fit derrière les sons réguliers que produisait l'église de la capitale : le messager avait dû galoper à travers les ruelles à toute vitesse pour aller donner l'ordre.
Des gardes se trouvaient devant la porte de la chambre du roi. Oikawa les fit s'écarter d'un regard, puis entra en poussant les deux portes : l'intérieur était rempli de monde, et il eut envie de tous les faire sortir.
À la place, il se tourna vers le médecin royal qui avait échoué à garder le roi en vie encore un peu plus longtemps. Il ne lui en voulait pas, mais son visage le dégoûtait profondément.
– Je suis désolé, votre... Altesse.
Il avait hésité sur son titre, et Oikawa prit soudain toute la mesure de la situation ; ce qu'il avait repoussé pendant des mois était finalement arrivé, et il ne se sentait toujours pas près. Le médecin baissa les yeux, s'inclina avec respect — ses jambes tremblaient aussi, comme si à tout moment Oikawa allait donner l'ordre de lui couper la tête.
Sur le lit, le roi avait un tissu blanc sur le visage et la gouvernante nettoyait son corps (ou tout du moins ses bras maigres, de ce qu'il pouvait voir) à l'aide d'une bassine d'eau froide et d'une serviette qui semblait neuve.
– Pourrais-je adresser mes derniers vœux en privé, je vous prie ?
Beaucoup de tête se retournèrent vers lui, mais aucune bouche ne s'ouvrit pour protester. Ils sortirent tous dans un bourdonnement de chuchotement.
– Vous aussi, dit-il à la gouvernante qui ne savait pas si cet ordre la concernait. Vous reprendrez cela plus tard.
Elle n'aurait même pas dû être désignée pour cette tâche, mais pas une seule personne n'avait l'air de connaître le protocole à suivre. Il aurait pourtant cru le contraire, étant donné le temps qu'ils avaient tous eu pour se préparer.
Il ne resta finalement plus qu'Iwaizumi et lui.
Doucement, presque avec crainte, il alla tirer le tabouret jusqu'au lit et s'y assit en laissant échapper un soupir. Les cloches sonnaient toujours, et Iwaizumi était silencieux, comme d'habitude.
Tooru prit la main de son père. Elle était tiède.
– Père, je –
Il serra la mâchoire et inspira gravement.
– Je pense qu'au fond, je croyais vraiment qu'un de ces sorciers vous ramènerait. Je suis désolé.
Il avait bien sûr imaginé de nombreuses fois cette situation, mais cela ne changeait rien. La réalité était toujours bien plus forte que n'importe quelle fiction.
– Vous auriez dû faire un autre fils, dit-il en serrant le membre qu'il tenait. Même si ce n'était pas avec la reine, je lui aurai volontiers cédé ma place.
Il n'avait aucune envie d'être roi. Ni maintenant, ni jamais. Mais il allait le faire, parce que ces cloches étaient le signe que ce royaume était désormais livré à lui-même.
– Je ne vous ai jamais particulièrement aimé ; nous n'étions pas proches, pas plus que nous ne ressemblions à une famille. Pourtant je vous respectais profondément, et vous étiez un bon roi aux décisions avisées. Vous avez à la fois gagné le respect, la crainte, et l'amour du peuple. J'espère de pas vous faire honte à l'avenir.
Il inspira à nouveau, mais cette fois un sanglot rendit le tout bien plus fragile.
Tooru ne dit plus rien d'autre, et attendit simplement quelques minutes de plus. Devant la porte de la chambre, toutes les personnes précédemment présentes restaient agglutinées, et il profita de ce moment de calme avant la tempête.
De ce moment où il était encore prince, et non roi.
– Iwa, appela-t-il. Approche-toi.
Son garde n'hésita pas une seconde avant d'arriver à ses côtés. Il s'arrêta à sa hauteur, et baissa les yeux pour le regarder. Tooru posa son front sur l'épaisse ceinture qu'il portait à la taille, déçu qu'il n'ait pas plus de temps. Il lui attrapa la main, et la serra autant qu'il put : elles étaient toutes les deux brûlantes et pleines de cornes.
Quand il sentit que le moment était venu, il le lâcha : Iwaizumi se recula et imposa à nouveau cette distance obligatoire entre un chevalier et celui à qui il avait offert sa lame.
Un instant plus tard, Oikawa Tooru se releva, droit et fier, et déclara d'une voix assurée :
– La succession doit avoir lieu avant la nuit. Nous enterrerons le roi demain. Va prévenir le conseil et fait quérir le prêtre.
Dehors, les cloches sonnaient encore.
Des bisous !
