Toute histoire a plusieurs versions, plusieurs points de vue et déclenche autant si ce n'est plus de sentiments qu'il n'y a de protagonistes. Il avait toujours été une personne pleine de principes, de règles et lois implicites et de valeurs. Il avait toujours voulu être capable de pouvoir me regarder dans la glace sans avoir honte de la personne qui se trouve dans le reflet. Dès son plus jeune âge, sa mère lui a inculqué des valeurs de respect et de loyauté. Il entend encore sa voix lui dire de ne pas répondre à ses aînés, de rester humble et discret, et d'obéir. Il l'entend dire avec fierté à ses amies qui venaient prendre le thé « Dieu merci, mon petit Takanori-kun ne me cause pas autant de soucis » après que celles -ci aient fini de se plaindre d'une fille ou d'un fils un peu trop têtu.
Il avait longtemps obéi, obtempérer, fait plaisir, arrondi les angles afin d'être aimé mais cela n'avait pas suffi. Cela n'avait pas empêché ses parents de lui tourner le dos au début de sa carrière, ni à ses ex de le tromper. Cela n'avait pas empêcher son ami d'enfance de mourir ni à ses soi-disant meilleurs amis de s'éloigner peu à peu avant de disparaître totalement de sa vie.
Cela dit se replonger dans son passé tourmenté n'expliquait pas ce qu'il faisait dans ce lit, dans cette ville avec lui. Ce qu'il faisait dans ce lieu qui allait à l'encontre de tous les principes auxquels il pensait tenir. Comme il a été dit plus tôt, chaque histoire à une version qui est propre à la personne qui la vit. Il avait bien essayé d'expliquer la situation dans laquelle il se trouvait à ses trois amis les plus proches mais, ils avaient eu bien du mal à comprendre. Ils avaient pourtant essayé de ne pas le juger, cependant, la situation était bien trop complexe à comprendre pour celui ou celle qui ne la vivait pas. Il ne leur en voulait pas car si c'était un autre à sa place, il aurait certainement eu des paroles très dures envers lui. Il soupira doucement, mais le bruit résonna dans le silence nocturne de la chambre d'hôtel dans laquelle ils se trouvaient. Il resserra son étreinte sur le dos de son amant qui dormait profondément et, renifla à plein poumons cette odeur qu'il aimait tant et dont il était si souvent privé. A peine avait-il franchi le pas de cette chambre d'hôtel, un peu plus tôt dans la soirée, que le compte à rebours s'était enclenché dans cette tête. Les heures semblaient défilées comme des secondes et il ne pouvait rien faire pour les retenir. Il ne pouvait qu'essayer de profiter de l'instant présent. Comment profiter de l'instant présent quand l'idée même de la séparation vous étouffe et vous angoisse. Il prit la main de son amant et la glissa dans la sienne à cette pensée. La position devint inconfortable pour ce dernier qui n'eût d'autres choix que de se tourner face à lui, afin de poursuivre son sommeil de manière plus confortable. Il l'enviait de pourvoir dormir aussi bien, de ne pas sentir le poids du temps oppresser sa poitrine au fur à mesure que la nuit avançait. C'est vrai, qu'il avait été sur scène avant de le rejoindre et qu'il donnait toujours tout pendant ces concerts mais bon… Ses paupières étaient lourdes mais il avait peur de dormir car le temps allait en profiter pour filer encore plus vite. Il batailla pendant de longues minutes pour ne pas céder aux bras de morphée. Cependant, blotti ainsi contre le torse de la personne aimée, il est impossible de résister au plaisir du sommeil.
Le réveil sonna à 7heures comme prévu mais, ils étaient réveillés depuis quelques minutes déjà. Leurs corps étaient entremêlés afin de profiter de la chaleur de l'un et l'autre pendant ces derniers instants à deux, reclus dans cet hôtel, cachés du monde entier. Quelques minutes après la sonnerie du réveil, l'un des deux hommes se leva et se dirigea vers la douche. Son amant, resté au lit, ne pouvait qu'attendre en contemplant le plafond tout en essayant de pas se laisser aller à jouer la veuve éplorée. L'homme sous la douche fini par en sortir pour s'habiller devant son amant, qui en profita pour ancrer dans sa mémoire cette image qu'il ne verrait pas d'aussi tôt. Sa voix retentit pour la première fois depuis son réveil et brisa le silence de la pièce :
« Il est quelle heure stp ?
- 8 heures, répondis l'homme assis sur le lit
- Il faut que je me dépêche, je n'ai pas intérêt à rater ce TGV
- Hummm, » fut le seul grognement qu'il trouva à lui répondre, essayant tant bien que mal de cacher sa peine et sa frustration.
Le blond assis sur le lit regarda son amant s'afférer à rassembler ses affaires éparpillées un peu partout dans la pièce. La veille, son amant avait pris soin de poser son manteau et ses chaussures dans un coin. Cependant, le reste de ses vêtements n'avaient pas eu la même chance. Ils avaient valsé un peu partout dans la pièce au fur et à mesure de leurs étreintes passionnées. Après avoir rassemblés tout ce qui lui appartenait et les avoir portés, le second jeune homme récupéra son étui de guitare, vérifia qu'il avait bien son téléphone et son portefeuille avant de se diriger vers son amant. Ce dernier sentit sa poitrine se compresser douloureusement car chaque pas de l'homme qu'il ailait vers lui, signifiait la fin de cette douce parenthèse à deux. Le guitariste se pencha maladroitement pour poser ses lèvres sur mon amoureux en signe d'aurevoir afin de clore le moment en douceur. Cependant, le destinataire du baiser tourna sa tête à la dernière minute, ce qui sembla amuser son amant
« Ruki-chan, tu veux me bouder avant que je parte ? Tu sais que je n'ai pas le choix heiin ! Ce n'est pas facile de te quitter
- Evite le chan, je ne suis pas une fille », soupira le dénommé Ruki.
Son amant lui répétait à chaque fois que ce n'était pas facile de le quitter mais au vu de la facilité avec laquelle il le faisait, il avait vraiment du mal à le croire. Soudain, il se rappela qu'il ne le voyait pas assez souvent et qu'il ne pouvait pas se permettre le luxe de refuser un dernier baiser. Il le regretterait cruellement très vite s'il ne le faisait pas, il fallait profiter de l'autre jusqu'à la dernière seconde. Son amant était resté penché au-dessus de lui, le visage tout près du sien, s'aidant de ses mains posées sur le lit de part et d'autre de son corps pour tenir en équilibre. Il sembla lire dans ses yeux la bataille intérieure à laquelle se livrait Ruki, même si elle ne dura que quelques secondes. Il fit mine de se redresser mais le blond le pris par le col et l'attira vers lui afin de sceller leurs lèvres dans un dernier baiser. Le guitariste finit par être déséquilibré par le poids de son instrument et finit à moitié allongé sur Ruki. Ce dernier s'empressa de vouloir le garder dans ses bras mais ce fut sans compter sur la lucidité de son amant qui lui dit :
« Il faut que j'y aille bébé le train est à 8h30
- On est à 5minutes de la gare Die, c'est pour cela qu'on a choisit cet hôtel et il est que 8h10, protesta Ruki
- Je vais me prendre un café et un magazine pour le trajet et il faut que je trouve ma place aussi, rétorqua le guitariste, laisse-moi partir bébé s'il te plait
- humpf, grommela-t-il avant de rajouter, appelle-moi quand le train démarre pour me rassurer
- D'accord », concéda Die avant de l'embrasser une dernière fois puis de se relever pour se diriger vers la sortie.
Ruki entendit la lourde porte de la chambre claquée bruyamment après le départ de son amant. Il se rallongea dans le lit et alluma la télévision. Il ne tarderait pas non plus à quitter ce lieu qui n'avait aucun intérêt si son amant ni était pas. Il avait lui aussi un TGV à prendre dans 1 heure pour retourner dans sa ville. Yokohama était une ville superbe du peu qu'il en avait vu en arrivant hier nuit mais il se devait de retourner à la réalité. Il remarqua qu'aucune larme n'avait coulé sur sa joue et pensa tristement que son cœur s'était habitué à la situation. En même temps, cela faisait déjà un an que Die était revenu dans sa vie et qu'il vivait cette relation marquée par une absence physique et des entrevues de courtes durées. Il se souvint qu'il n'avait même pas voulu venir à Yokohama car il trouvait cela bête de se voir peu de temps pour souffrir du départ de l'autre aussi tôt. Cependant son amant avait insisté pour qu'il vienne le rejoindre, déclarant qu'il valait mieux se voir un court laps de temps plutôt que ne pas se voir du tout. Ruki soupira lourdement et jeta un coup d'œil au dessin animé qui passait à la télé. Après quelques minutes, son téléphone vibra, c'était Die. Il voulait sûrement le rassurer sur le fait que son TGV était bien parti.
« Moshi moshi
-oui bébé, lui répondit son amant au bout du fil, on est parti sans soucis et j'ai même eu un café convenable
- c'est bien, rétorqua Ruki puis après un court silence il ajouta, tu ne m'as même pas dit je t'aime, tu m'aimes ?
- évidemment chéri, s'offusqua l'autre au bout de la ligne
-dis le, insista le chanteur
-je t'aime Ruki, je t'aime mon bébé », déclara le guitariste.
Le chanteur sentit une vague de chaleur le remplir à l'entente de ces mots et poursuivit la conversation pendant un petit moment avec son amant. Il n'avait pas l'occasion de pouvoir entendre sa voix tout le temps et encore moins de lui parler aussi librement au téléphone. Pendant ces instants, il avait vraiment l'impression qu'ils formaient un couple tout ce qu'il y a de plus classique. Pourtant, rien dans cette relation n'était normale, ni les sentiments qu'ils avaient l'un pour l'autre, ni la situation qu'ils traversaient. Die essayait d'arrondir les angles au sujet de leur relation et de la justifier par leur amour mais malgré son amour infini pour son amant, cette relation de couple était vraiment étrange. Ruki raccrocha avec son amant, lui promettant de l'appeler quand lui-même serait dans son TGV car il était temps pour lui de se préparer à partir.
Le chanteur prit sa douche rapidement et rassembla ses affaires afin de pouvoir quitter l'hôtel. Il ne manqua pas de poser ses lunettes sur son nez afin de ne pas être reconnu par qui que ce soit. Il quitta la chambre sans un regard pour celle-ci, il se dit qu'il s'était vraiment endurci avec le temps et lâcha un rictus moqueur à son propre égard avant de grimper dans l'ascenseur. Il passa par l'accueil où il déposa la carte d'accès à la chambre puis, se dirigea vers la gare afin de prendre son train. Une fois installé dans le TGV, il se pressa d'appeler son amant afin de profiter de sa voix une dernière fois. L'appel fut un échange de blagues et de banalités entre eux sur leurs programmes respectifs une fois qu'ils seraient rentrés chez eux. Le sujet tabou était évité afin de préserver le faux ton léger de la conversation, afin de faire durer leur entrevue au-delà de la courte nuit qu'ils avaient partagé. Lorsque le réseau téléphonique eût raison de la qualité de leur appel, Ruki se résigna à ne pas téléphoner et à passer la fin du trajet à regarder le paysage. Il n'était pas si pressé de rentrer chez lui mais il avait hâte d'en finir avec ce trajet solitaire. Toutefois, la fin de la conversation et ce retour à Tokyo rimait également avec un cruel retour à la réalité.
