Ce texte a été écrit dans le cadre de la 120ème nuit du Fof (Forum Francophone) en une heure sur le thème "Chaos". N'hésitez pas à lire les autres textes de la nuit et passer faire un tour sur le Forum !

Avant-propos : Première incartade dans le fandom de Naruto, que je connais pourtant depuis un sacré bout de temps. L'histoire se situe après la Grande Guerre Ninja, Sasuke est de retour au village et n'est pas reparti pour sa mission solo. Ou du moins, pas encore. C'est un petit texte sans prétention, un petit moment volé dans leurs vies de ninja et un petit hommage à des personnages que j'affectionne tout particulièrement. J'espère que ça vous plaira !

Bonne lecture !


.

L'odeur de la pluie

.

.

Deux ombres rapides traversent la nuit noire, la capuche rabattue sur leurs visages, fendant le silence de la forêt. Il y a cette odeur de terre mouillée omniprésente, qui s'infiltre par chacun de leurs pores jusqu'à l'étouffement ; mais ce parfum d'orage, Naruto ne saurait s'en lasser. Ça lui rappelle ces nuits passées avec son maître, quand sur leur périple le tonnerre les piégeait et qu'il n'y avait plus que les alcôves creusées dans la roche pour les abriter.

Naruto n'a pourtant jamais aimé voyager sous la pluie – l'humidité désagréable finit toujours par rendre sa peau moite, sous les couches épaisses de ses vêtements. Mais Sasuke a raison ; l'averse a cet avantage de camoufler leur passage mieux que n'importe quoi d'autre.

Devant lui, la silhouette souple du brun poursuit son avancée, élégant jusque dans le moindre de ses gestes, totalement dans son élément. Parfois, Naruto ne peut pas s'empêcher de l'observer, avec le sentiment surpris de le trouver encore là, à ses côtés. Il a encore du mal à se faire à l'idée que celui qu'il a pourchassé pendant des années est enfin de retour au village, avec lui, et qu'il a promis de ne plus repartir. Certaines fois, il a l'impression que Sasuke pourrait s'évaporer encore une fois, s'il détourne son regard ; qu'il pourrait s'échapper loin de lui pour ne plus jamais revenir. Pourtant, il a promis qu'il partirait à nouveau à sa recherche, comme il l'a toujours fait, si une chose pareille devait se reproduire.

En vérité, il ne sait pas s'il en serait toujours capable.

Peut-être que cet ultime départ serait le départ de trop.

Finalement, la course folle de Sasuke s'arrête, alors qu'il se perche sur la branche d'un arbre, à la lisière de la forêt. Par-delà la plaine, ce vieux champs de bataille où la nature reprend ses droits, le village d'Ame se dessine ; ses immenses constructions, faites de chaos et d'acier, percent le ciel noir. Naruto rejoint son compagnon sur son perchoir, échange un regard avec lui, avant que le brun ne poursuive son avancée dans les champs, sharingan tournoyant dans son regard pourpre.

Après plusieurs minutes passées dans l'angoisse d'être à découvert, la petite maison surgit d'entre les herbes hautes, pareille à celle que Jiraya a croqué, dans le journal que Naruto a reçu en héritage. L'habitation est modeste, ne comporte vraisemblablement qu'une seule pièce, et la charpente a l'air de prendre l'eau.

Les deux jeunes adultes s'y engouffrent, sur leurs gardes – mais l'endroit est désert. Sur les murs, des petites inscriptions ; des dessins d'enfants, des schémas de jutsu ninja, trois prénoms. Yahiko. Konan. Nagato.

Sasuke l'observe en silence caresser du bout des doigts les gravures dans le bois ; tous les deux, ils n'ont jamais eu besoin de beaucoup de mots pour se comprendre. Mais voilà, il y a cet air de souffrance qui crispe les traits du blond. Sasuke s'agace. L'envie de chasser leurs souvenirs le tiraille.

Il n'a pas hésité une seconde, quand Naruto lui a demandé d'infiltrer les repères d'Orochimaru pour récupérer le corps de Konan, ni même lorsqu'il lui a demandé, à l'insu du village, de l'accompagner dans le fin fond du pays de la Pluie pour accomplir dieu seul savait quelle mission. Sasuke n'a jamais posé de question, jusque là, parce que la raison est limpide – donner à ces enfants qui leur ressemble bien trop, à lui, à Naruto, et puis à Sakura, le droit d'être réunis de nouveau pour l'éternité

L'urne est dans le sac de Naruto, et il faudra attendre que la pluie se calme, pour creuser près des deux tombeaux déjà présents, à côté de la maison, en contre-bas de la colline.

Mais d'ici-là, il n'y a rien d'autre à faire qu'attendre ; prendre le temps qu'il faut pour effacer sur le visage strié de cicatrices cette tristesse sourde, cette impression d'avoir échoué, de ne pas avoir pu leur montrer, à ce trio maudit, ce que la paix pouvait donner. Effacer la tristesse par des caresses, s'il le faut ; par des baisers, si ce n'est pas suffisant.

Oublier qu'il y aura toujours du chaos dans leurs cœurs, même si dehors, la paix est acquise.

.


N'hésitez pas à lancer un petit mot si ce petit bout de vie vous a plu, les auteurs écrivent pour leur propre plaisir mais postent pour vous ! A bientôt !