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Résumé : Dans le soupir de son esprit, après les événements des Plaines de Gronder. / post chapitre 17.
Disclaimer : Les personnages appartiennent à Intelligent Systems, Nintendo.
Hello, voilà mon interprétation de ce qui s'est passé après le chapitre 17 de la route des Lions de saphir. Le chapitre m'a détruite niveau stratégie et émotionnellement, j'adore les quatre amis d'enfance donc me voici :') (bon Dimitri n'est pas présent mais)
Bonne lecture !
One-shot : silencieusement
Personne ne l'approcha sur le chemin de retour vers le monastère. Cela avait été une stupide décision à prendre à un stade aussi avancé dans leur campagne, gaspillant des ressources qu'ils auraient pu conserver s'ils n'avaient pas écouté les ordres d'une bête barbare. Cela avait été une stupide décision, mais Felix ne pouvait nier que la perspective de reprendre Fhirdiad, comme ils se devaient de faire, lui apportait ne serait-ce qu'un peu de soulagement — comme le devoir leur dictait, mais il ne l'avouerait jamais à voix haute. Devant eux se dressait un objectif plus immédiat faisant l'unanimité, et rallier les troupes était alors plus aisé.
Mais pour le moment, ils voyageaient dans un silence accablant, et Felix refusait de prononcer un seul mot ou de regarder quiconque dans les yeux. Il marchait en tête de file, avec les autres soldats protégeant les chariots et leurs contenus. Il n'y avait nul besoin d'amorcer des bavardages insensés et les soldats n'y montraient aucun intérêt, de toute façon. Le calme enveloppait cet instant sinistre.
Il marchait derrière le chariot transportant le corps de son père et il oscillait perpétuellement entre rage et chagrin. L'étreinte brûlante et féroce autour de son cœur l'empoignait jusqu'à l'étouffement alors que la torpeur oppressante rendait son corps figé. Il ne s'était jamais senti de cette façon, sur le champ de bataille ou n'importe où d'autre. C'était frustrant, c'était absurde, et sa main tressaillait d'envie pour sa lame afin de découper des villes entières.
Se débattre et se frayer un chemin dans ses émotions s'avérait un luxe qu'il avait abandonné dix ans auparavant, alors il marchait, silencieusement, insensible.
La première personne à ouvrir sa bouche et à sortir des foutaises fut, étonnamment, Ingrid.
— Felix, mange quelque chose, dit-elle comme si elle approchait l'un de ses chevaux énervés, les sourcils froncés. Il y a… beaucoup moins de personnes dans le réfectoire, maintenant.
Moins de personnes signifiait qu'il y avait toujours des gens. Felix ne trouvait aucun confort ou quelconque raison d'écouter Ingrid, qui était pourtant quelqu'un d'ordinaire posé et vif avec les mots. Il continuait à fixer l'étang, bien que la nuit soit tombée depuis un moment et qu'il n'y ait rien à voir à part les eaux noires. Ses yeux observaient la flamme vacillante de la lampe posée sur la jetée, puis s'intéressaient de nouveau à l'eau. Il n'accorda pas un seul regard à Ingrid.
— Veux-tu que je t'apporte quelque chose ? s'enquit-elle, et il entendait le froissement des vêtements et le mouvement de ses pieds. Il y a de la viande aujourd'hui. Le professeur a dit que nous le méritons après… tout ça.
Felix serra les poings, plus par réflexe qu'autre chose, et il expira lourdement.
— Arrête de perdre ton temps, Ingrid, gronda-t-il d'une voix étrangère, mais toujours la sienne. Va-t'en.
Elle inspira brusquement et passa son poids d'un pied à l'autre, comme si ses propres mouvements étaient incertains et qu'elle avait peur d'apparaître maladroite. Trop tard, pensa Felix, en se demandait à quoi rimait tout cela.
— Ce n'est probablement pas ce que tu veux entendre, mais… ne fais rien de stupide, d'accord ?
— Dégage, Ingrid !
Et ce fut qu'elle fit, sans un bruit, alors que Felix laissa un cri muet s'échapper de sa gorge et agrippa ses cheveux, incapable de chasser de son esprit la voix d'Ingrid, vide et peinée comme lors de ce jour fatidique il y avait bien longtemps, ou encore le souvenir d'Ingrid et lui, pleurant et regardant le corps en train d'être déposé sous terre.
Il se précipita vers le terrain d'entraînement en fuyant les regards de pitié et les secouements de tête compatissants, et s'y enferma.
Ses pieds étaient endoloris après une semaine de voyage et parsemés de bleus gagnés sur le champ de bataille, et le poids de ses bras ressemblait plus à du plomb qu'à de la chair lorsque les portes furent poussées. Le son de son épée frappant encore et encore la cible en bois retentissait dans ses oreilles depuis une heure, et il prétendit qu'il s'agissait du seul son qu'il entendait.
— Tu as demandé à Mercedes ou Annette de t'examiner avant de venir ici ?
Les doigts de Felix s'enroulèrent plus fermement autour de son épée, menaçant de perdre leur prise à chaque fois qu'il donnait un coup sec et vicieux. Il se focalisait sur la route tracée par sa lame et il imaginait que la cible se soignait elle-même quand elle était blessée, afin qu'il puisse la rouer de coups encore une fois aux endroits où il lui avait déjà infligé de longues balafres. Sa respiration saccadée n'était que le résultat de son entraînement — il n'y avait rien d'autre qui justifierait pourquoi son corps était si lourd et son esprit si brumeux.
Il regardait chaque entaille qu'il administrait à la cible au lieu de croiser le regard de Sylvain, qui sans aucun doute le fixait.
— Désolé, c'est une question stupide, t'as pas besoin d'aide.
Ses mains frissonnèrent et un autre parfum de fureur se diffusa dans sa poitrine, mais il ne répondit pas à la provocation. Sylvain avait toujours été ainsi ; son sourire béat dissimulait ses paroles empoisonnées qu'il embellissait de compliments et de formulations inutiles, et lorsqu'il abandonnait toute prétention il voulait se faire entendre.
Sauf que Felix ne souhaitait pas l'écouter.
— Je vais juste m'asseoir là, alors. Au cas où tu te fatigues et décides de dormir sur le sol et dépérir.
Felix se tourna vers un autre mannequin et poursuivit dans son élan, ne voyant que du coin de l'œil Sylvain en train de s'installer sur la marche. Il s'attendait presque à ce qu'il s'affale par terre et s'y accoude, mais Sylvain ne fit rien de tel et l'observait, en silence. Felix l'ignora — avec une épée en main et une cible définie, aucune raison ne le poussait à diviser son attention, sur quoi que ce soit n'ayant pas d'importance. Ses chevilles enflaient et son poignet brûlait, mais s'il s'arrêtait, tout le reste s'arrêterait aussi. Faire tourbillonner sa lame lui était familier ; il y avait une fin, quelque chose qu'il pouvait faire et accomplir comme s'il était né pour cela.
La sueur ruisselait sur son menton et dans ses yeux et ses cheveux collaient à son front, une bouffée d'adrénaline alimentait chacun de ses gestes comme s'il se battait pour sa vie et avait besoin de vaincre cet ennemi invincible se dressant devant lui. Le temps qui passait n'avait que peu d'importance quand le sang qui cognait contre son crâne noyait les pensées néfastes et les réflexions futiles.
Qu'importe la force dont il voulait faire preuve, qu'importe la résistance qu'il possédait réellement, son bras finit par céder et il lâcha son épée, tandis que ses genoux rompirent et il s'écroula au sol, haletant mais sifflant, les mains tordues en des poings tendus. Ce n'était jamais assez — même face au mur, même lorsque ses muscles le tiraient dans toutes les directions et aucune à la fois, il avait l'impression qu'il se devait de continuer pour que son esprit reste clair. Il essaya de s'appuyer sur ses pieds et ses mains mais il s'effondra pathétiquement de nouveau, drainé de son énergie qui avait déjà disparu depuis longtemps.
Des bottes entrèrent dans son champ de vision, et il était physiquement trop épuisé pour repousser Sylvain.
— Tu savais que ça allait arriver, pourquoi tu es aussi têtu ? demanda-t-il sans colère, bien que le ton de sa voix n'apaisa nullement Felix.
— La ferme, mugit Felix, refusant toujours de croiser son regard.
— Je veux juste que tu te reposes. Ton bras va pas manier une épée avant un bon moment si tu continues à t'obstiner à t'entraîner.
Parler avec Sylvain était étrange, souvent énervant et définitivement indésirable, parfois. Il s'immisçait partout et poussait les gens dans leurs retranchements, sans vergogne. Felix le connaissait depuis suffisamment longtemps pour reconnaître ses tactiques, mais cela signifiait également que Sylvain savait exactement comment s'y prendre avec lui. L'entêtement était un trait de personnalité que tous les quatre partageaient, et ce n'était pas toujours joli à voir.
— Laisse-moi tranquille.
L'agitation et la frustration gagnaient Felix, et il serrait ses poings jusqu'à ce qu'il ne les sente plus. Ses phalanges s'éraflaient contre le sol.
— Felix, je sais très bien ce que tu vas faire. J'ai rien fait quand Glenn est mort, alors je vais pas rester là à te regarder te détruire davantage.
Sylvain ne recula ni ne se déroba, lorsqu'enfin Felix releva vivement la tête et lui lança son regard le plus noir.
— Va te faire foutre Sylvain, tu peux pas obéir pour une fois ?
Il savait parfaitement qu'il ne voyait pas clair ; il savait parfaitement ce qu'il ressentait. Mais Sylvain, tout comme Ingrid, pensait qu'ils étaient plus qualifiés que lui et ne le laissaient pas gérer le problème lui-même, comme s'ils étaient plus à même d'examiner son état mental.
— Je vais rien dire d'autre, soupira Sylvain en passant une main dans ses cheveux. Va dormir. Tu n'as pas beaucoup dormi lors du retour au monastère. Ingrid et moi te demandons seulement que tu prennes soin de toi.
— Vous êtes évidemment tous les deux dans ce plan.
Invoquer le nom de son frère était la seule chose qui faisait bouillir son sang et le faire dégainer son épée sans penser aux conséquences. Sylvain agissait sciemment de la sorte et la furie qui dévorait Felix devenait de plus en plus virulente, incontrôlable à l'image du feu qui avait ravagé les Plaines de Gronder.
— J'ai dit ce que j'avais à dire, déclara Sylvain d'une voix lointaine. A moins que je te traîne dans ta chambre, tu vas rester là et tes blessures vont s'aggraver.
— J'ai pas besoin de ton aide de merde.
— Dois-je aller chercher Annette ? Elle te jugera pas.
Elle s'inquiéterait excessivement et c'était probablement pire, mais Felix ne dit rien et détourna ostensiblement les yeux. Mercedes le regarderait avec compassion ou pitié, et au final toutes les options paraissaient horribles à ses yeux alors Felix soupira lourdement, passant une main sur son visage. Tous les os de son corps s'étaient transformés en bouillie tandis que l'épuisement s'était enroulé soudainement autour de ses épaules, comme s'il avait attendu qu'il soit à court d'échappatoires pour surgir.
— Je vais pas dormir des masses, de toute façon, marmonna-t-il.
Quand il jeta un œil à Sylvain, il vit un sourire éreinté sur ses lèvres.
— Je sais.
Il ne résista que par principe lorsque Sylvain l'aida à se relever, puisqu'il savait pertinemment qu'il n'en serait pas capable tout seul. Il détestait sa prévisibilité, la facilité avec laquelle les barrières qu'il avait érigées se brisaient, mais Ingrid et Sylvain détenaient naturellement les armes pour les fracasser après avoir vu certaines de ses facettes que personne d'autre ne connaissait.
Le chemin en direction des dortoirs était long, recouvert du silence ambiant et devenu usuel, installé dans son esprit depuis les événements des Plaines de Gronder — le silence régnait même lorsque tout ce qu'il voulait était de brailler et hurler sa rage.
Tous les trois dormaient toujours dans les mêmes chambres qu'ils avaient occupées auparavant, de ce fait Felix ne fut pas surpris de voir Ingrid en train d'attendre devant sa chambre, malgré son accès de colère précédent. Elle affichait une expression contrariée et voulait clairement lui dire quelque chose, mais elle se pinça les lèvres et les fit entrer à l'intérieur.
— Assieds-toi sur le lit.
Felix obéit de mauvaise grâce, les laissant nettoyer et mettre des bandages sur ses blessures du mieux qu'ils le pouvaient, Ingrid s'installant par terre et Sylvain restant debout à côté de lui. Aucun d'entre eux ne s'était suffisamment entraîné dans l'art de la foi et il s'agissait d'une chose qu'ils devraient rectifier ; ils ne pouvaient pas continuer à se reposer sur leurs amis compétents en magie, étant donné que ceux-ci s'affairaient à soigner des personnes à droite et à gauche. Ingrid avait pris le temps d'apprendre les bases et lançait Soin sur Soin, tandis que Felix avait décidé qu'expédier des gens dans des état convulsifs correspondait bien plus à son style. Réfléchir aux spécificités de leurs capacités à un stade aussi avancé de la guerre s'avérait ridicule, puisqu'ils auraient pu perfectionner leurs techniques lorsqu'ils n'étaient pas encore dans une course contre la montre.
Ses blessures n'étaient finalement pas aussi graves et ce dont il avait vraiment besoin était du repos, apparemment. Il subissait le traitement comme dans un état second et écoutait la respiration d'Ingrid et de Sylvain. Ils s'étaient tous calmé en quelques minutes, et le fait qu'il se murait dans son silence jouait sans aucun doute un rôle là-dedans. Rien ne se passait comme il le pensait, et il avait l'impression de ne pas être lui-même non plus à cet instant, entouré de deux de ses amis en qui il avait le plus confiance alors que le troisième (celui qui avait perdu ce droit et qui tentait de le recouvrer) se trouvait il ne savait où occupé à faire ce qu'il putain de voulait. Il ferma les yeux ; en toute honnêteté, il n'était pas lui-même depuis des jours.
— Il est mort pour ce phacochère de merde. Comme un putain de bâtard égoïste.
Les mots sortant de sa bouche étaient amers, enrobés de venin, mais sa voix était étouffée. C'était la première fois qu'il prononçait ces mots à voix haute — ils l'avaient hanté et avaient tourné en boucle dans sa tête sans qu'il ne leur prête attention. Il n'y avait rien de libérateur. A la place il se sentait écrasé par le poids de la réalité, et l'injustice l'accompagnant l'étranglait de souffrance.
— Il n'a pensé qu'à le protéger et faire son devoir ou je sais pas quoi. Je le haïssais tellement, putain.
Ils ne lui demandèrent pas à qui il faisait référence, et au plus profond de lui-même il ne savait pas non plus qui il accusait réellement, mais la seule vérité demeurait qu'il avait été laissé avec chagrin et amertume comme seule compagnie.
— Nous sommes désolés, Felix, murmura Ingrid en plaçant sa main sur la sienne.
— J'ai pas besoin–d'entendre ça, s'étrangla Felix, portant son autre main à son visage pour vainement le couvrir.
— Probablement, mais on l'est quand même, ajouta Sylvain en lui agrippant doucement l'épaule.
Il ne désirait aucunement y penser, par peur que toute cette colère et cette tristesse ne le submergent et le rendent incapable de masquer ce fouillis d'émotions. Des soubresauts secouèrent ses épaules et son souffle se brisa, et ses sanglots devinrent saccadés, extirpant chaque particule de souffrance qu'il avait désespérément essayé de réprimer. Perdre le contrôle devant Ingrid et Sylvain s'était déjà produit, avant, et cette fois-ci comme toutes les autres ils ne firent que se tenir à ses côtés, sans bruit aucun. Felix n'avait nul besoin de leur pitié et de leurs espoirs, parce qu'il savait parfaitement ce que l'on attendait de lui.
Il enterrerait ces sentiments et ces pensées tout au fond de son cœur, et il avancerait. S'attacher aux morts ne ferait qu'attirer les fantômes qu'il avait tenus à distance pendant des années — à quoi bon les invoquer lorsque les vivants avaient encore tant de choses à perdre ?
Il s'en sortirait. Son père lui avait légué des espérances dont il n'était pas certain de vouloir hériter, mais il considérerait le sujet plus tard, lorsque ses larmes auraient séché et que sa haine se serait amenuisée.
Felix est le genre de personne qui a besoin de réfléchir énormément avant de dire quoi que ce soit à ses amis. Cette réplique comme quoi il pense que Rodrigue lui a confié la protection de leur roi m'a vraiment marquée. Qui a besoin d'avoir ses problèmes résolus et de se sentir enfin allégé, sûrement pas un mec qui a passé la moitié de sa vie à haïr son père et son pote !
Une petite review ferait très plaisir o/
