- Arrête, s'il te plaît, murmura-t-elle, une nouvelle larme dévalant sa joue.
Elle recula encore d'un pas dans le couloir, mais Drago avançait toujours vers elle, calme et résigné.
- S'il te plaît, arrête ! reprit-elle plus fort, retenant un sanglot.
Il marcha jusqu'à elle, elle qui n'avait de toute façon plus la force de reculer. Il mit ses deux mains sur ses épaules et attrapa son regard brun de ses yeux orageux. Elle avait les traits alarmés, les yeux infectés de rouges et le teint poisseux de larmes, mais il la trouva belle, C'est dans ces moments-là qu'il se disait qu'ils étaient vraiment mal partis.
- Tu ne peux pas partir comme ça, sans explications, après tout ce qui s'est passé, asséna-t-il de sa voix froide, et grave.
Hermione se mordit les lèvres, réprimant un nouveau éclat de chagrin. Elle essuya maladroitement ses joues humides.
- Mais que s'est-il passé Malefoy ? Rien, rien du tout. Lâche-moi...
Elle ne remua que légèrement les épaules, comme dans une tentative de se dégager, et pourtant, il la lâcha. Immédiatement un vide grandit dans son estomac, tapant contre les parois. Elle renifla et détourna le regard. Drago serra ses poings.
- Hermione...
- Non. Non, répéta-t-elle plus fort, relevant les yeux et les fixant sur un point juste au dessus de l'épaule du jeune homme. Il y a eu quoi ? Nos soirées longues et épuisantes de Préfet-en-Chef , puis la fois où tu as pleuré. Et après ? Des erreurs.
- C'est faux, la fois où tu m'a embrassé, tous les sourires que tu m'as adressé, tes blessures, tes faiblesse et tes peurs que tu m'as raconté plus qu'à quiconque, ce n'était pas faux, pas une erreur, assura-t-il d'un ton convaincu.
Hermione mordit sa lèvre inférieure au sang. Le goût de rouille sur la langue, elle essaya de trouver une échappatoire. Mais seule la vérité était plausible ici.
Doucement, avec cette douceur qu'elle lui avait découvert, Drago attrapa le menton d'Hermione pour relever son visage à sa hauteur.
- Les palpitations, les papillons, l'envie de te protéger, de t'écouter, tout ça, dit-il en joignant le geste à la parole en posant sa main sur son cœur. Je l'ai vraiment ressenti. Vraiment.
A ces mots, elle éclata en sanglots et se jeta dans ses bras, le serrant à s'étouffer.
- Moi aussi, moi aussi... Mais ce n'est pas possible, tu le sais, n'est-ce pas ? On est trop détruits. Et puis, il y a Harry, il y a Ron. Et puis pour toi, Zabini, Parkinson. Ils ne comprendraient pas... Personne ne comprend.
Elle serrait sa chemise entre ses mains moites, désespérée, blessée. Il caressa ses cheveux, le désarroi commençant à s'emparer lentement de son être.
Alors ça y est, ils y étaient déjà.
- Un de nous deux aurait bien fini par briser tout ça, on ne peut pas se cacher indéfiniment. On est pas seuls au monde. Et dans ce monde là, toi et moi ensemble ça n'existe pas. Tu sais, je regrette vraiment, la guerre, et c'est horrible de dire ça, a fait ressortir le meilleur de toi. Tu es intelligent, tu es beau, tu peux prendre soin des gens quand tu le décides, même si tu es encore un peu borné...
- Parlons-en de ton entêtement..., répondit Drago, la voix cassée.
Elle sourit contre son torse et il la serra un peu plus fort.
Un silence passa. Un silence terrible qui les condamnait, eux, leurs espoirs, leurs souvenirs, et les rêves, parce qu'ils ne restent jamais que des rêves.
- Je tiens tellement à toi, tellement, je t'aime comme jamais quelqu'un ne t'aimera et les souvenirs de ces quelques mois ensemble seront l'essence du reste de mon existence. J'espère que tu le sais. Mais on ne peut pas, on ne peut pas, il faut en finir, plus vite ce sera fait, moins ça fera mal.
- C'est trop tard, souffla-t-il dans ses cheveux, ça fait déjà très mal.
Elle frissonna, quelques larmes coulèrent. Drago se mit à trembler et elle crut l'entendre à son tour se mettre à pleurer. Elle se sentit coupable, terriblement impuissante, désemparée.
Mais il fallait aller jusqu'au bout, même si la tristesse devait la dévorer bout par bout.
- Tu es exceptionnel. On ne t'as jamais donné le choix mais prends- le, d'accord ? Et ne m'oublie pas trop vite.
- Toi non plus, ne m'oublie pas. Je t'en supplie, ne nous oublie pas.
- Jamais, je te le promets.
Drago la serra contre lui plus fort que jamais et elle s'accrocha à lui comme si son existence en dépendait. C'était impossible, Hermione Granger et Drago Malefoy ensemble. A cause de tant de gens, dont la plupart disaient les aimer.
- Si tu savais comme j'ai peur, Drago, sans toi. Si tu savais...
- Et toi, si tu savais comme ça fait mal de savoir qu'un autre séchera tes larmes, te réconfortera dans tes cauchemars, te fera rire et t'aimera. Et que tu te laissera aimer. Je te le souhaite, ma Granger, parce que personne ne le mérite plus que toi.
- Toi aussi, réussit-elle à articuler entre deux larmes, porte-toi bien, trouve quelqu'un qui t'aimera.
Il sourit et se décolla lentement d'elle. Elle s'autorisa à se perdre une dernière fois dans cet océan incertain qu'étaient ses yeux gris, à observer les traits parfaits de ce visage pour lequel elle aurait fait tout et n'importe quoi.
- J'ai déjà trouvé.
Il s'avança et déposa ses lèvres contre son front, déposant un ultime baiser, la touchant et l'approchant pour la dernière fois de leurs vies.
Puis, il finit par s'en aller.
Il lui tourna le dos et fit le chemin en sens inverse. Elle savait qu'il n'allait pas se retourner, et il ne se retourna pas. Ce qu'elle ne savait pas en revanche, c'était qu'il ne voulait pas qu'elle voit son visage déformé par la tristesse et le désespoir, les larmes qui abîmaient ses traits.
Alors elle se contenta de le regarder disparaître, avec l'impression qu'elle agonisait, cherchant de l'air, pendant que la moitié d'elle même la quittait à jamais.
La meilleure partie de Drago Malefoy venait de lui être arrachée.
S'ils savaient combien elle avait été heureuse avec lui, combien elle pensera à lui toute sa vie, s'ils savaient combien ça la brisait, s'ils entendaient les sanglots dans sa gorge, son cœur se briser, se fendre en mille morceaux qu'on ne recollera pas. Et le désespoir, le désespoir immense de savoir que jamais plus il ne serait à elle.
Ce monde-là n'était pas fait pour eux.
