Hey hey hey ! En cette période de confinement je reviens avec un OS pas du tout dans les thèmes printanier. Commencé en 2018, il m'aura fallut presque un an et demi pour le finir celui-là. Un grand merci à Ahriall-sann qui m'aura supporter pendant tout ce temps, on peut presque dire qu'il à été co-écrit avec elle /bam

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Si vous trouvez que ce petit OS n'est pas suffisant, et que vous voulez revoir les deux protagonistes, vous pouvez retrouver la suite de leur aventure dans mon recueil qui leur ai dédié Électricité Statique.

Je vous souhaite bonne lecture et pensez à laisser une review si ça vous a plu, ou pas plu aussi.

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Éclair au chocolat

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Denki aimait beaucoup les orages. Voir le ciel s'assombrir, les lourds nuages chargés de pluie voler les rares heures de luminosité hivernale au soleil pour plonger le monde dans un camaïeu de gris. Le gris acier des immeubles dont les cimes les plus hautes atteignaient presque les nuages électriques les plus bas, comme un pont éphémère entre la terre et le ciel. Le gris anthracite du bitume détrempé, les flaques qui se formaient sur la chaussé déformée. Voir les éclairs qui illuminaient le ciel à intervalles irréguliers, faisant fuir les pigeons et effrayant les quelques rares passants qui se précipitaient pour trouver un abri avant que l'orage éclate. Voir la pluie tomber par la fenêtre, bien au chaud sous son plaid pokémon, une tasse de chocolat dans les mains, observer les malheureux tenter vainement d'esquiver les gouttes qui tombaient à verse sur la ville, serrant les pans de leur manteau pour se soustraire au froid mordant de décembre et aux vents qui venaient cristalliser en de minuscules stalagmites les pointes de leurs cheveux trempés.

Oui, définitivement, Denki aimaient beaucoup l'orage.

Sauf quand il se retrouvait du mauvais côté de la vitre, sans chocolat chaud, sans plaid duveteux, et surtout sans manteau car il avait eut la bonne idée de se dire qu'il allait faire beau, ce matin en partant au travail. Mais la pluie avait décidé de le contredire et de s'abattre sans interruption pendant toute l'après midi et il avait eut beau repousser l'heure à laquelle il partirait du travail, elle ne s'était jamais arrêtée. Son supérieur avait fini par le mettre dehors, agacé et pressé de pouvoir rentrer également chez lui. Sauf que lui il avait une belle voiture qui coûtait au moins cent fois le salaire annuel d'un démarcheur téléphonique comme Denki, et il pouvait rentrer tranquillement sans avoir peur de finir noyé sous l'averse.

La capuche de sa veste jaune canari avait vite rendue l'âme, détrempée par la pluie virulente, et Denki avait rapidement abandonné l'idée de la maintenir en place sur sa tête, le vent glacé se faisait un malin plaisir de la rabattre en arrière à chaque nouveau pas. De toute façon, le maigre tissus ne le protégeait pas vraiment et ses cheveux blonds qu'il avait passer une demi-heure à coiffer ce matin, retombaient lourdement sur son front jusque devant ses yeux. Il avait couru jusqu'à son arrêt de bus malgré les gouttes d'eau qui venaient gifler son visage, et il espérait juste que le car arriverait vite, imaginant déjà la douche bien chaude qu'il prendrait une fois rentré à son appartement.

Bien sûr, comme sinon ce n'était pas drôle, l'abri bus, n'avait d'abri que son nom. Le frêle toit de plastique tremblait sous l'averse et les parois de verre vandalisées laissaient allégrement passer vent et pluie pour venir le transformer en glaçon géant.

Et son bus qui n'arrivait pas.

Après ce qu'il lui parut être une éternité à attendre (en fait c'était seulement cinq minutes, mais son hyperactivité avait tendance à allonger les secondes en heures), Denki sortit son portable, jeta à un rapide coup d'œil à l'heure (17h32) et le déverrouilla pour chercher les horaires de passage de sa ligne de bus. Il grimaça en apprenant que le prochain ne passerait pas avant 18 heure. Se plaignant des horaires pourries (même si c'était les vacances de Noël, ils étaient pourtant en pleine semaine, personne ne pensait aux pauvres travailleurs sans congé !) il ne mit pas longtemps à se décider à rentrer à pied. Il en avait pour un peu plus d'une demi-heure de marche, c'était presque aussi long que d'attendre le bus, et au moins en marchant il se réchaufferait un peu.

Bon, un peu, c'était relatif, il avait beau presser le pas, la chaleur avait désertée son corps et ses doigts commençaient même à bleuir. Il se demanda un instant s'il n'allait pas les perdre puis plongea les mains dans ses poches et croisa les bras, tirant sur les pans du vêtements pour s'enrouler dedans et conserver le peu de chaleur qu'il possédait encore. Le geste déformait sa veste mais de toute façon elle était déjà un peu trop grande pour lui.

Longeant les murs des bâtiments, il profitait du moindre porche pour s'abriter pendant une fraction de seconde. Même s'il ne se faisait pas d'illusion et savait très bien que d'ici à ce qu'il arrive chez lui, il ressemblerait très probablement à une serpillière dégoulinante et qu'il aurait toutes ses chances de tomber malade.

Un éclair illumina le ciel, recolorant le monde durant un bref instant avant que le gris ne vienne reprendre ses droits sur la rue. Denki, compta mentalement quarante deux secondes avant que le tonnerre ne résonne entre les immeubles dans un grondement de fin du monde.

Il allongea le pas, se mettant presque à courir. Il avait beau aimer les orages, c'était quand même une autre histoire de se retrouver dessous. Il s'était déjà fait électriser plusieurs fois (cinq fois cette année), des chocs souvent dû à des prises défectueuses qu'il essayait de réparer, et malgré sa forte résistance au courant électrique, il n'avait vraiment pas envie de découvrir ce qu'était un coup de foudre au sens premier du terme.

Soudain, l'averse redoubla d'intensité et il se vit contraint de trouver refuge sous l'auvent d'un restaurant, se collant presque à la porte, encore close à cette heure ci, afin esquiver les gouttes de pluie qui s'alliaient au vent pour continuer à le harceler.

Denki resserra les pans de sa veste contre lui, frictionnant vigoureusement ses bras pour tenter de se réchauffer. À l'intérieur du restaurant, les lumières étaient allumées et les serveurs s'activaient sous les décorations de Noël pour préparer la salle en vu du repas du soir. Si l'un d'eux le vit, aucun ne l'invita à entrer.

Il resta un moment sous l'abri, mais la pluie ne semblait pas vouloir se calmer et les employés commençaient à lui jeter des regards désapprobateurs, alors mêmes que le restaurant n'était pas encore ouvert et qu'aucun client ne se profilait à l'horizon. D'ailleurs personne ne se profilait nulle part, la rue était pratiquement déserte, à part quelques pauvres âmes en peine qui couraient sous la pluie infernale, tentant de se protéger sous des parapluies pour ceux qui en avait (et pour peu qu'ils ne se soient pas retournés à cause des rafale de vent), il n'y avait pratiquement personne.

Denki réalisa subitement qu'il faisait partit des dis âmes en peine lorsqu'une bourrasque plus forte que les autres s'engouffra sous l'auvent et vient gentiment lui tremper le visage avec un seau d'eau de pluie glaciale. Pas que ça change grand chose de toute façon, il était déjà trempé jusqu'aux os.

Essuyant son visage avec sa manche, ce qui étala davantage l'eau sur ses joues, il se résolut à quitter son abri pour reprendre son chemin. L'averse ne s'était pas calmée mais il ne pouvait pas attendre ici indéfiniment. La nuit commençait à tomber et comme c'était l'hiver, il ferait bientôt complètement noir.

S'engageant sous le déluge, Denki courba le dos sous la pluie, la capuche tiré sur son visage s'agrippant au tissu pour essayer de la maintenir un tant soit peu en place. Il tourna à l'angle de la rue, s'engouffrant dans une allée plus petite que celle qu'il venait de quitter. Une ruelle étroite beaucoup moins accueillante que l'avenue commerciale qu'elle jouxtait, peu avenante, presque oppressante à cause du chemin tortueux et du peu d'éclairage public qu'on y trouvait.

L'orage rendait les rues encore plus sombres, chaque ruelle ressemblait à la précédente, transformant la ville en un véritable labyrinthe qui longeait multitudes immeubles anciens et luxueux, et édifices d'aciers inoxydables plus moderne les un que les autres. Un réseau complexe qui perdait les âmes égarées, mais des raccourcis pour celui qui connaissait bien la ville comme Denki.

La pluie ricochait sur les bâtiments et venait s'écraser sur le trottoir dans des roulement de tambour grondant, comme s'ils annonçaient la fin du monde. Et pourtant, derrière le tumulte du tonnerre, un son traversa le rideau dense de l'averse incessante pour parvenir jusqu'à ses oreilles. Un cri aiguë, presque un couinement, si imperceptible que Denki pensa un instant l'avoir imaginé.

Il se stoppa un peu trop brusquement et son pied dérapa sur le sol humide, il faillit trébucher et dut se retentir au mur pour ne pas tomber, trempant encore plus sa manche de son sweat. Il allait jurer contre sa maladresse lorsqu'il entendit de nouveau le couinement. Il tourna la tête vers la droite, où plusieurs poubelles et cartons endommagés attendaient le petit matin pour être ramassés.

Denki fronça les sourcils lorsqu'il crut voir une des boîtes s'agiter pendant un instant. Le carton, haut d'environ trente centimètres, était mal refermé et en aussi mauvais état que les autres mais... Le léger mouvement recommença et Denki se précipita sur le carton, il y avait quelque chose de bloqué dedans !

Il s'agenouilla sur le trottoir, se fichant de l'eau qui venait tremper son jean. Il tira vivement sur le pans mal fermé pour ouvrir la boîte et se figea en croisant deux orbes de cuivre qui semblaient toutes aussi surprises de se retrouver face à celles dorées de Denki.

Un chaton.

Quelqu'un avait abandonné un pauvre chaton dans une boîte à côté de poubelle en espérant sans doute que les éboueurs ne remarque pas sa présence et que le corps de l'animal disparaisse sous une tonne de déchet.

Denki grinça des dents.

« Qui est le monstre qui t'as laissé là? »

Il tendit un doigt vers l'animal qui le renifla un peu méfiant. Son poil gris assombri par la pluie lui collait à la peau, lui donnant un aspect rachitique. Il poussa un petit couinement, semblable à ceux que Denki avait entendu un peu avant, puis recula dans le fond de la boîte, trébuchant maladroitement sur ses propres pattes. Il tomba dans l'eau qui s'accumulait dans le carton puis se redressa, tremblotant si fort que la boîte tremblait avec lui.

Denki joignit ses deux mains pour le soulever, le chaton se débâtit un peu avant de se laisser faire, sûrement exténué. Denki se redressa en le tenant contre lui, tentant de lui apporter un peu de chaleur mais le chaton n'arrêtait plus de trembler et éternua brusquement.

« Tu es malade petit chat ? »

Ce n'était pas étonnant, il devait être resté sous la pluie pendant plusieurs heures et avait dû attraper froid.

Denki se glissa sous un porche pour se mettre un peu à l'abri, il se défit de son sac qu'il laissa sur le sol et déposa le chaton dessus, le temps d'enlever sa veste jaune puis le pull blanc qu'il portait en dessous. Le vent glaciale le fit renfiler la veste en quelque seconde, il récupéra le félin qui n'avait pas bougé, sûrement trop frigorifié pour ça, et l'enveloppa dans son pull.

Il le frictionna vivement pour le sécher tout en espérant lui apporter un peu de chaleur, et très vite le pull perdit sa blancheur au profit d'un gris sale. Récupérant son sac, Denki l'ouvrit pour y glisser le chaton emmitouflé dans le polaire et enfila les bretelles à l'envers pour garder le sac contre son torse et éviter que le félin ne soit trop secoué.

« C'est mieux comme ça non ? »

Il eut un sourire que le chat ne vit pas, ses yeux cuivrés se fermant doucement et Denki perdit son sourire. Qu'est-ce qu'il allait bien pouvoir faire d'un chaton malade ? Il ne pouvait pas le ramener chez lui, il ne saurait même pas s'en occuper correctement.

Le mieux c'était de l'emmener chez un vétérinaire, il pourrait le soigner et peut être lui trouver une famille.

Toujours sous le porche, Denki se tortilla pour atteindre la poche arrière de son jean et en sortir son portable. Il pianota rapidement dessus, regarda machinalement l'heure (17h56, arg) et chercha la clinique vétérinaire la plus proche de sa position. Il l'a trouva facilement, mais son site indiquait qu'elle fermait à 18 heure et Denki n'aurait jamais le temps d'y être en à peine quatre minutes.

Les autres cliniques étaient beaucoup trop loin pour qu'il s'y rende à pied, encore moins avec le temps qu'il faisait. Il allait laisser tomber lorsque son œil fut attirer par la banderole de présentation d'un refuge pour chien et chat en bas du site d'une des cliniques. Cliquant sur le lien, il lut rapidement la présentation de l'association Nouvelle chance, qui tentait de redonner une deuxième vie aux animaux abandonnés.

Le site ne précisait pas si le refuge récupérait les animaux qu'on lui apportait, mais ça devait certainement être le cas, et les bénévoles sauraient au moins s'occuper du chaton. Et puis les locaux fermaient à 18h30 alors en se dépêchant, il pourrait y être avant la fermeture.

Denki tira sur la fermeture de son sac, tout en laissant une ouverture pour que le félin puisse respirer, et activa le GPS de son portable pour pouvoir trouver le bâtiment du refuge. Il soupira, trente-sept minutes de marche. Bon, ben il n'avait plus qu'à courir.

Le refuge Nouvelle Chance se situait en périphérie de la ville, en clair, à l'opposé de l'appartement de Denki. Quand il y arriva enfin, après de longues minutes de course contre le vent, la nuit était définitivement tombée et l'orage ne semblait plus vouloir s'arrêter. Les lumières à l'intérieur était toujours allumées, aussi ne prit-il pas le temps de vérifier l'heure avant de pousser la porte à double battants.

L'air sec à l'intérieur, lui fit pousser un soupir de bien-être, c'était fou ce que ça faisait du bien quand la pluie arrêtait enfin de vouloir faire de vous une éponge géante.

Son soupir attira l'attention de la personne assise derrière un écran d'ordinateur qui semblait dater du siècle dernier. Le bénévole, qui devait approximativement avoir le même âge que Denki, soit une vingtaine d'année, releva la tête pour le dévisager d'un air morne.

« On est fermés. » Annonça-t-il d'une voix toute aussi lasse.

« Salut ! » Denki lui adressa un grand sourire amicale qui fut néanmoins gâché par un reniflement. Devant le regard de l'autre qui n'exprimait aucune émotion, il reprit, un peu hésitant. « Euh, je viens pour un chat. »

« Revenez demain si vous voulez adopter. »

« Non, non, tu as pas compris. J'ai un chaton et, euh, je sais pas trop quoi en faire. »

Le visage inexpressif de l'autre changea soudain, ses sourcils se froncèrent et il fusilla le blond du regard.

« Quoi en faire ? » Répéta-t-il, sa voix se faisant aussi glaciale que le vent dehors. « C'est un chat, pas un objet. Il fallait y réfléchir avant de le prendre si c'était pour l'abandonner dès qu'il devient trop compliqué de s'en occuper. »

« Non c'est pas ça je... »

Denki tenta de se défendre devant la méprise de l'homme, mais celui-ci ne le laissa pas s'exprimer, continuant de le fusiller du regard. Et même assis, il était assez intimidant pour que Denki se sente mal à l'aise devant son regard furieux, même en sachant qu'il n'avait rien fait de ce que l'autre lui reprochait.

L'échange visuel perdura quelques instants de plus, Denki se sentant de plus en plus mal à l'aise devant le regard de l'homme aux cheveux violets. Ses yeux pourpres, glaciales, semblaient le sonder, le juger, et Denki avait l'impression d'être un enfant qui avait fait la pire bêtise de sa vie. Il se sentait pris au piège devant ce regard impérieux, accusateur et tranchant qui semblait pouvoir percer le moindre de ses secrets.

« C'est pas ce que tu crois…» Tenta-t-il de se justifier une nouvelle fois, il baissa les yeux, ne pouvant plus soutenir le regard des froides orbes améthystes.

« Ah ouais ? »

Brusquement, Denki releva la tête, alerté par le ton narquoi et amer qu'avait prit le bénévole. Et le sourire fielleux qu'il afficha ensuite en détournant les yeux, une main sur la nuque ne lui annonçait rien de bon.

« Je les connais les gens comme vous. Vous adoptez des chatons ou des chiots. Les premières semaines, ou même les premiers mois parfois, si on a de la chance, ils sont mignons, vous les câlinez, en prenez soin. Tout est idyllique et parfait, un peu comme un cadeau qu'on reçoit à Noël et qu'on attendait depuis longtemps. Puis le temps passe, ils grandissent les gens se lassent et …» Son sourire devient encore plus amer. « Les promener, les éduquer, nettoyer leurs bêtises devient trop chiant et occulte le reste. Et la seule chose possible c'est de "se débarrasser de cette chose encombrante" qui, oh bizarrement, ne se laisse pas faire comme une mignonne petite peluche. »

Comprenant que l'homme ne lui laisserai jamais l'occasion de s'expliquer, Denki s'avança jusqu'au comptoir laissant une trainée de flaques derrière lui. Ignorant le regard peu amical du bénévole, il se pencha vers lui, décidé à ne pas le laisser l'interrompre cette fois-ci.

« Je ne viens pas abandonné un animal. »

« Oh. » Aussitôt le regard du bénévole perdit tout son fiel. « Dans ce cas nous sommes fermés. »

Et il replongea dans les dossiers de son ordinateur archaïque sans plus lui accorder d'attention. Denki retiens un soupir, ce n'était pas dans ses habitudes d'être agacé pour si peu.

« En fait, j'ai trouvé un chaton dans la rue et je crois qu'il est malade. »

Denki vit les orbes améthystes s'illuminer, délaissant l'écran pour venir se fixer sur lui, et il eut l'impression que le bénévole le regardait vraiment pour la première fois. Ses yeux violines, bien que loin d'être amicals, semblaient s'être adoucis à la mention du félin.

« Pourquoi ne pas l'avoir dit plus tôt ? Ça nous aurait évité de perdre du temps. »

Denki se mordit la langue pour retenir la remarque acerbe qui lui brûlait les lèvres. L'autre ne lui laissa de toute façon pas le temps de répondre qu'il enchaînait déjà :

« Où est-il ? »

« Dans mon sac. »

L'homme s'était penché par dessus son bureau pour tenter d'apercevoir une boîte qui aurait pu servir de moyen de transport pour le chaton, en entendant la réponse du blond, il releva les yeux vers lui.

« Je vous demande pardon ? »

Son ton était de nouveau froid et il fixait Denki d'un air presque méprisant.

Sachant qu'il était peu probable que le bénévole écoute ses justifications, Denki préféra poser avec douceur le sac dont le tissu trempé formait de larges flaques sur le carrelage. Il se défit des bretelles et l'ouvrit, plongeant ses mains à l'intérieur. Il en sortit délicatement le chaton, toujours emmitouflé dans le pull qui avait également pris l'humidité malgré la protection du sac. Repoussant les plis du pull, il dévoila le félin à la vue du bénévole.

Celui-ci repoussa bruyamment sa chaise et contourna le comptoire à grands pas pour s'approcher du blond.

« Mais ça va pas de le transporter dans un sac ? Ce n'est pas un objet ! »

Il laissa à peine le temps à Denki de lui expliquer qu'il n'avait pas trop eu le choix que déjà, il lui prenait le félin des bras. Il le cala contre son torse, repoussant le pull pour observer s'il n'avait pas d'éventuelles blessures.

Le chaton ouvrit à peine les yeux lorsque le bénévole le défis de sa couverture improvisée. Il leva ses orbes ambrés sur l'homme aux cheveux violets et poussa un faible miaulement en se mettant à trembler.

« Il est resté longtemps sous la pluie. » L'informa Denki. « Je crois qu'il a attrapé froid, tout à l'heure il éternuait. »

Sans lui répondre, l'homme frictionna le pelage humide de l'animal et lui tourna le dos, il se dirigea vers un couloir parallèle à l'entrée. Ce n'est que lorsque Denki voulu le suivre qu'il daigna lui adresser de nouveau la parole.

« Restez ici, vous mettez de l'eau partout. » Lança-t-il sans même se retourner.

Il tourna à l'angle du couloir et disparut à la vue de Denki.

Resté seul dans l'entrée, le blond prit enfin le temps de souffler. Regardant autour de lui, il repéra des chaises en métal typiques des salles d'attente et se laissa tomber sur la première qui fut à sa portée.

Il passa une main dans ses cheveux humides, plaquant ses mèches blondes vers l'arrière, et soupira épuisé. Il était resté longtemps à son boulot, qui avait tendance à le fatiguer moralement, et courir sous la pluie n'avait pas arrangé les choses.

Il retira sa veste jaune dégoulinante d'eau, et l'étala sur la chaise à côté de lui dans le vain espoir qu'elle sèche un peu. Il n'était plus qu'en t-shirt, son pull était resté sur le comptoir à côté de son sac, et malgré l'air peu chauffé du bâtiment, il avait presque plus chaud les bras à l'air qu'avec son hoodie trempé.

Son pantalon lui collait désagréablement sur la peau et il était en train de réfléchir s'il devait ou non enlever ses chaussures dont la toile était toute aussi détrempée, lorsque le bénévole revint.

« Tenez. »

Il lui tendit une serviette et Denki s'empressa de le remercier. Il se frictionna vivement les cheveux pour en enlever l'humidité puis passa le tissu un peu rêche sur ses bras espérant se réchauffer un minimum.

« Merci. » Le remercia une nouvelle fois Denki, lorsqu'il eut fini de s'éponger les avants bras. « J'avais hyper froid ! »

L'autre c'était déjà éloigné, fouillant dans les tiroirs de son bureau, il haussa simplement les épaules.

« C'était une serviette pour chien qui traînait. »

Denki eut un léger temps d'arrêt, observa la serviette, puis décida que ce devait être une blague. Il esquissa un sourire que le bénévole ne vit pas, occupé à fermer la porte à double battant avec les clés qu'il avait récupéré dans son bureau.

« Très drôle. » Fit le blond, comme l'homme ne lui répondit pas, il demanda : « Comment va le chaton ? »

« Je l'ai mit sous une lampe chauffante avec de quoi manger, il s'est rendormi. »

« Je peux le voir ? »

Cette fois le bénévole lui jeta un coup d'oeil, mais Denki avait dû mal à décrypter les émotions dans son regard qui en semblait presque dénué.

« Vous allez mettre de l'eau partout. »

« Je peux enlever mes chaussures si tu veux. »

Après une hésitation, l'homme acquiesça. Denki retient une grimace, il avait espéré qu'il lui dise que ce n'était pas la peine. Il s'exécuta néanmoins, gardant ses chaussettes, même humide, elles finiraient par sécher plus vite que s'il gardait ses chaussures. Le contact du carrelage froid à travers la mince épaisseur de tissu le fit frissonner. Il aurait beaucoup de chance s'il n'attrapait pas la grippe avec tout ça.

Il suivit le bénévole dans le couloir, l'homme ne l'avait même pas attendu et il dû ouvrir plusieurs portes avant de le retrouver auprès d'une table haute, semblable à celle qu'on pouvait trouver dans les cliniques vétérinaires.

Le chaton était installé dans une boite de transport dont on avait retiré le couvercle, emmitouflé dans un amas de couvertures polaires, complètement endormi sous une grosse lampe qui émettait une douce lumière rouge orangée. Un peu plus loin sur la table, un bol de minuscules croquettes mélangeaient à du lait attendaient que le petit félin ai faim. Il ne cilla pas lorsque la porte se referma un peu trop brusquement derrière le blond, mais ses oreilles s'agitèrent lorsque Denki lui caressa le dos du bout des doigts.

Il ouvrit les yeux et posa ses étranges iris cuivrées sur le nouvel arrivant, poussant un miaulement qui, bien que aïgue, ne ressemblait plus en rien aux couinements plaintifs qui avaient attirés l'attention de Denki dans la rue. Ce dernier sourit, le félin avait déjà l'air d'aller un peu mieux.

Denki remonta le long du dos du chaton pour venir lui caresser la tête. Maintenant que ses poils avaient séchés, le pelage du félin était doux sous ses doigts et, contrairement à ce que Denki avait pensé en découvrant le chaton dans le carton, il n'était pas gris foncé, ni même noir, mais d'un élégant brun uniforme qui lui faisait penser à du chocolat. Seules quelques tâches blanches sur le bout de ses pattes et de sa queue, sous son ventre et sur sa tête, venaient rompre l'uniformité de la couleur.

« Je n'avais jamais vu un chat marron comme ça. » Commenta Denki en gratouillant les oreilles de l'animal.

« C'est étrange. »

Denki releva les yeux vers le bénévole de l'autre côté de la table qui observait le félin les sourcils froncés.

« Comment ça ? » L'interrogea le blond. « Me dit pas que ça n'existe pas et que c'est une nouvelle couleur de chat ? T'imagine un peu, en fait ce chat est spécial, c'est peut être une évolution de l'espèce, genre un chat avec des pouvoirs, on l'appellera le Denkikat et il pourra lire dans les pensés ou...»

Le regard blasé que le bénévole avait levé vers lui, mit rapidement fin à ses élucubrations insensées.

« Bien sûr que non, ce n'est pas une nouvelle race de chat. » Soupira l'homme au cheveux violets, une extrême fatigue se faisait ressentir dans sa voix. Pourtant il prit la peine d'expliquer : « Un marron uni comme ça, est une robe chocolat, avec la morphologie du chaton, court sur patte et un peu trapus malgré sa maigreur, je peux dire sans trop me tromper qu'il est de race British ShortHair. Une race de chat assez chère. »

« C'est marrant. » Commenta Denki, attirant de nouveau le regard du bénévole vers lui. Il sourit à pleine dents. « Tu parle beaucoup plus quand c'est au sujet des animaux. »

Avec un nouveau soupir, l'autre décida de l'ignorer et réajusta les couvertures du chaton afin qu'elles soient plus confortable pour lui. Il attrapa un porte document et écrivit quelque chose sur la première feuille, renseignant des donnés sur le nouvel arrivé au refuge.

« Et donc, pourquoi c'est étrange ? »

« Un chaton comme lui doit valoir dans les 2000 à 3000 dollars, alors je trouve ça étrange qu'il ait été abandonné. » Répondit le bénévole sans lever les yeux du dossier du chaton.

« Trois milles ?! » Répéta Denki éberlué, il se pencha vers le félin qui avait de nouveau fermé les yeux. « T'entends ça petit chat ? Tu vaux presque deux fois mon salaire ! »

Cela ne sembla pas beaucoup impressionné le chaton qui ne bougea même pas une oreille.

« Faites moins de bruit et laissez le se reposer. »

Denki obéit docilement et s'éloigna de la table haute rejoignant le bénévole de l'autre côté de la pièce. Ils sortirent dans le couloir et le blond le suivit jusqu'à une autre salle qui semblait servir de lieu de repos au vu des quelques canapés rapiécés, du réfrigérateur qui faisait un bruit de machine à laver et de la cafetière datant des années 70. C'est vers cette dernière que se dirigea le bénévole, il appuya sur quelques boutons et attendit fixement que le liquide remplisse la verseuse.

« Au faite moi c'est Denki Kaminari. » Se présenta celui-ci avec un sourire que l'autre, trop concentré sur la cafetière, ne vit même pas. « Et je bois pas de café, c'est mauvais pour l'hyperactivité, y paraît. »

L'autre lui jeta à peine un coup d'oeil.

« Super. »

Il attendit d'entendre le bip signalant la fin de la préparation. Denki le regarda attraper une tasse en plastique qu'il remplit avec tout le café préparé, jusqu'à la dernière goutte. Il commença à le boire, puis devant le regard insistant de Denki, il fini par soupirer et se présenta :

« Hitoshi Shinsou. Vous pourrez - »

« Oh tu peux me tutoyer ! » L'interrompit Denki. « On doit avoir presque le même âge. »

« … Vous pourrez récupérer votre chat dans deux ou trois jours, s'il n'y a pas de problème. »

« Quoi ? Mais je t'ai déjà dit que c'était pas mon chat et... »

Denki s'interrompit en le voyant quitter la pièce, café à la main. Il le suivit, traversa de nouveau le couloir et retourna dans la pièce où dormait le chaton. La porte claqua derrière lui lorsqu'il voulut la repousser, et les deux hommes sursautèrent.

« Doucement ! » Murmura agressivement le bénévole en le fusillant du regard. « Vous allez le réveiller. »

« Désolé ! C'était pas volontaire, je l'ai juste un peu tirée et elle s'est refermé d'un coup, j'ai cru que j'allais me faire écraser les doigts d'ailleurs et… »

« Fermez-là. » S'agaça Hitoshi Shinsou. Il se massa l'arrête du nez. « C'est déjà un miracle qu'il ne se soit pas réveillé avec tout le boucan que vous faites et… »

Il fronça subitement les sourcils, pensif, et s'approcha doucement du chaton. Avant de claquer des mains juste au dessus de sa tête. Denki sursauta brusquement.

« Eh ! Je croyais qu'il ne fallait pas faire de bruit ! »

Mais le bénévole ignora sa protestation et continua de claquer des doigts au dessus de l'animal toujours endormit. Il vient finalement lui frôler l'oreille et le chaton l'agita par réflexe avant d'ouvrir à demi les yeux pour regarder autour de lui.

« Et voilà, tu l'as réveillé. » Constata Denki avec un soupir. « Franchement, tu me demande de pas faire de bruit et tu t'agites tout autour, faudrai savoir ce que tu veux. »

« Je pense qu'il est sourd. »

« Oh, je- Ah bon ? »

Maintenant que le chaton était éveillé, Hitoshi claqua de nouveau ses doigts autour de lui et, effectivement, le félin ne réagissait que lorsque sa main passait dans son champs de vision où lorsque le bénévole le touchait.

« Il faudra faire des examens pour en être sûr mais je pense ne pas trop m'avancer en affirmant qu'il a une surdité au moins partielle. » Annonça Hitoshi, il attrapa un stylo et griffonna rapidement son diagnostic sur le dossier du chaton. « C'est peut être pour ça que les gens l'ont abandonné. » Marmonna-t-il pour lui même.

« Mais c'est horrible ! »

Le bénévole releva la tête vers Denki, se rappelant visiblement de sa présence. Il l'observa quelques instants avant de froncer les sourcils.

« Il se fait tard vous devriez rentrer. Je vais vous raccompagner à - »

« Il faut lui trouver un nom ! » L'interrompit brusquement Denki en se penchant sur le chaton pour lui caresser la tête.

« Un nom ? » Répéta mécaniquement le bénévole.

« Oui ! On va pas l'appeler chaton toute sa vie ! Même si c'est mignon. »

« Mais …»

« Oh il ronronne ! » S'extasia Denki en sentant la gorge du chat vibrer sous ses doigts. « D'ailleurs, c'est un mâle ou une femelle ? »

« … Un mâle. »

Hitoshi soupira, abandonnant visiblement l'idée de lui faire changer d'avis. Denki réfléchit quelques secondes avant de s'exclamer :

« Harry Potter ! »

« Pardon ? »

« Oui, regarde cette tâche ressemble à un éclair. »

Denki pointa une marque chocolat qui ressemblait vaguement à un éclair sur le front de l'animal.

« Mais ce n'est pas un nom. » Protesta Hitoshi. « Et c'est beaucoup trop long pour un animal. »

« Oh c'est nul, hm... Eclair au chocolat alors ! En plus je l'ai trouvé lors d'un orage alors… Ah ça lui va trop bien ! »

« … »

Le bénévole se contenta de soupirer de nouveau, ne prenant même pas le temps de lui faire remarquer que ce nom était encore plus long. Denki le regarda fixement jusqu'à ce qu'il abdique et note le nom dans le dossier du chaton.

Satisfait, Denki reporta son attention sur le félin qu'il calina de plus belle en lui répétant son nouveau nom.

« Il faut le laisser dormir, il a besoin de se reposer pour récupérer au mieux. » Annonça le bénévole un peu après.

Denki abandonna le chaton à contre coeur dans ses couvertures. Il ne pouvait plus gagner du temps sans que ça finisse par énerver le bénévole.

« Au revoir Eclair au chocolat ! » Fit-il avec un dernier câlin au félin.

Hitoshi remit le couvercle de la boîte de transport afin de laisser le chaton en sécurité pour la nuit et rapprocha la lampe chauffante pour qu'elle puisse continuer à faire son effet et sortit ensuite dans le couloir. Denki le suivit, traînant des pieds alors qu'ils prennaient la direction du hall d'entré.

« Au fait Hitoshi ? » Denki observa avec amusement l'homme frémir en entendant son prénom, mais il ne le reprit pas. « Tu en connais beaucoup sur les animaux ! Je n'aurai jamais deviné qu'il était sourd aussi vite que toi. »

L"autre haussa vaguement les épaules.

« Il suffit de bien les observer. Je suis bénévole ici depuis des années, c'est important de repérer ce qui ne va pas rapidement pour le bien des animaux. » Répondit Hitoshi de son ton monocorde. « Et je fais des études pour devenir vétérinaire alors ça m'aide beaucoup. » Avoua-t-il après un instant de silence.

Denki sourit, remarquant une nouvelle fois que le bénévole, étudiant, donc, était beaucoup plus bavard lorsqu'on lui parlait des animaux.

« Oh tu es vétérinaire ! C'est un super métier ! »

« Hm. »

Le bénévole ne prit pas la peine de le rectifier sur son statut d'étudiant, ils étaient arrivés dans l'entré et dehors, derrière la porte vitrée, la tempête avait redoublé d'intensité.

Denki grimaça, la pluie frappait les carreaux avec violence et il avait absolument pas envie de retourner dessous. Il n'avait aucune idée de combien de temps il lui faudrait pour rentrer chez lui, ni même par où il devrait passer. Il ne connaissait pas cette partie de la ville et sortir son portable sous l'orage lui paraissait dangereux pour la survie de l'appareil.

Alors il coula un regard au bénévole et glissa, l'air de rien :

« Il pleut vraiment fort maintenant. »

« Hm. » S'ému Hitoshi.

Il récupéra les clés de la porte dans le tiroir de son bureau et partit déverrouiller l'entrée sans plus prêter attention à Denki. Le blond s'était immobilisé au milieu du hall, pas motivé à renfiler ses affaires trempés et encore moins à retourner sous la pluie.

Hitoshi ouvrit la porte invitant le ronronnement du tonnerre dans le bâtiment. Remarquant que l'autre ne l'avait pas suivit, il se retourna et l'incita à sortir d'un mouvement de la tête. Comme Denki ne bougeait toujours pas il reprit la parole, forçant un peu sur sa voix pour se faire entendre par dessus le tumulte de la pluie.

« Vous devriez vous dépêcher. » Insista-t-il. « On doit vous attendre. »

« Oh non, t'inquiète pas, je vis seul, personne m'attends. » Le rassura Denki avec un sourire.

Comme le bénévole continuait de le regarder fixement de son regard lasse mais déstabilisant, il consentit tout de même à bouger, avançant vers ses affaires le plus lentement possible espérant retarder son départ. Mais Hitoshi ne semblait toujours pas vouloir lui proposer de rester, et se contentait de maintenir la porte grande ouverte laissant le froid s'infiltrer à l'intérieur du refuge.

Il remit ses chaussures, toujours trempées, qu'il avait abandonnées à l'entrée du couloir, attrapa son pull anciennement blanc maintenant gris et sale, le fourra en boule dans son sac resté sur le bureau, et vient récupérer sa veste jaune poussin sur les chaises de la salle d'attente. Il frissonna en l'enfillant, le tissus rendu lourds par l'humidité n'avait pas encore eu le temps de sécher.

Se dirigeant à contre coeur vers la sortie, Denki ralentit le pas au maximum afin de retarder l'inévitable.

« Bon ben euh… » Hasarda-t-il, essayant de se trouver une excuse pour grappiller encore quelques secondes à l'abri de la tempête. « Pour le chat.. ? »

« Revenez dans quelques jours si vous voulez le récupérer. »

« Oh je peux pas le prendre mais… »

« D'accord, alors ne revenez pas. » Le coupa le bénévole, l'agacement se faisant entendre dans sa voix. « Rentrez bien et passez un bon rev-... »

Un coup de tonnerre beaucoup plus proche que les précédents lui coupa la parole, illuminant la ville comme en plein jour le temps d'une fraction de seconde. Et puis ce fut le noir complet.

« Oh une coupure de courant. » Commenta Denki, sa voix résonna étrangement dans le silence un peu trop long qui avait suivit la détonation. « C'est un peu cliché non ? La coupure juste au moment où j'allais partir. C'est comme si quelqu'un là-haut voulait que je reste un peu plus longtemps, nan ? »

Mais Hitoshi resta imperméable à son trait d'humour (ou sa tentative de gagner toujours plus de temps à l'intérieur) et lâcha un juron, :

« Bordel, le chauffage ! »

La panique audible dans sa voix, surpris Denki, lui qui pensait que le bénévole était dénué d'émotion forte. Celui-ci lâcha le battant de la porte qui se referma dans un claquement sourd, coupant enfin le courant d'air qui s'infiltrait insidieusement dans le refuge, au plus grand soulagement du blond qui commençait à trembler de froid.

Oubliant complètement son invité indésirable, Hitoshi se dirigea vers le couloir à pas vif. Laissé derrière, Denki prit le temps de faire un tour de clé pour refermer le battant puis rangea le trousseau dans sa poche et se précipita à la poursuite du bénévole.

« Remettre le chauffage. » Marmonnait furieusement Hitoshi. « Les chiens … crever de froids. »

« Hey hey hey, du calme. » Lança Denki attrapant son bras pour arrêter sa course folle à travers les couloirs. Il distinguait à peine les yeux écarquillés du bénévole dans la pénombre, mais entendait son souffle rendu court par la panique et la précipitation. « Déjà arrête de courir dans le noir, tu vas finir par te prendre un mur. »

« Je connais l'endroit par coeur, je vais pas me prendre bêtement un mur. » Protesta le bénévole agacé, il chercha à se libérer mais la prise du blond sur son bras était ferme.

« Ensuite, je peux peut être t'aider. » Proposa Denki. « Je travail à Chargezuma. »

La société Chargezuma était connue pour être le fournisseur d'électricité principal du pays. Bon Denki n'était qu'un simple démarcheur téléphonique travaillant dans un bureau sans aucun contact avec la moindre électricité produite, mais le bénévole n'avait pas besoin de connaître son CV, non ?

Denki devinait presque le futur vétérinaire froncer les sourcils, puis il entendit un soupir et sentit la tension dans le bras de Hitoshi se relâcher.

« Très bien, je t'emmène au compteur. »

Se dégageant un peu trop vivement de l'emprise du blond sur son bras, Hitoshi reprit son avancée dans le couloir, sans courir mais toujours d'un pas rapide. Denki lui emboîta le pas heureux de profiter encore un peu de l'hospitalité forcée du bénévole.

Ils traversèrent une bonne partie du bâtiment, Hitoshi n'avait pas mentit, même dans le noir et malgré l'aspect labyrinthique des multiples couloirs, il connaissait l'endroit par coeur et ne se trompa pas une seule fois de direction. Il les fit descendre un escalier, tenta par réflexe d'allumer la lumière de la cave (qui ne fonctionna évidemment pas) et alluma la fonction lampe torche de son téléphone pour éclairer la pièce. Denki se demanda furtivement pourquoi il ne l'avait pas fait avant, puis son regard fut attiré par le panneau électrique.

Sans attendre l'autorisation du bénévole, il ouvrit le boîtier de contrôle, observa rapidement les différentes annotations grâce à la lumière du téléphone que Hitoshi maintenait au dessus de son épaules et après un instant de réflexion abaissa et releva plusieurs leviers.

Il ne se passa rien.

La lumière s'éloigna un instant, lorsque Hitoshi partit appuyer sur l'interrupteur de la pièce une fois. Puis deux, puis trois, puis…

« Ça ne marche pas. » L'informa Denki, en l'entendant martyriser le pauvre bouton interrupteur.

« J'avais remarqué. » Fit Hitoshi, il appuya néanmoins une dernière fois, certainement pour vérifier si le courant n'était pas revenu pendant la demi-seconde de conversation. Sait-on jamais. Il n'empêche que ça ne fonctionna pas davantage.

« Ça doit être une panne générale. Le courant a dû sauter dans toute la ville. On peut juste attendre qu'ils le remettent maintenant. »

Denki entendit le bénévole recommencer à grommeler et la lumière du téléphone s'éloigna dans l'escalier.

« Eh, m'abandonne pas dans le noir ! » S'écria Denki en le voyant remonter les marches. À son plus grand étonnement, Hitoshi s'arrêta pour l'attendre. « Ouf, ça aurait fait grave psychopathe si tu m'avais laissé dans une cave sombre, pendant un soir d'orage. » Plaisanta-t-il une fois de retour dans le couloir.

« Ne me tente pas. »

« Oh mon Dieu ! Mais serait-ce un trait d'humour que je distingue sous cet air blasé ? »

Hitoshi l'ignora superbement, reprenant le chemin qu'ils avaient prit un peu plus tôt en sens inverse.

« Du coup on fait quoi maintenant ? » Fit Denki alors qu'ils tournaient à l'angle d'un énième couloir.

« Je te raccompagne à la sortie. »

Denki se demanda un instant quand le bénévole était passé au tutoiement puis le sens de ses paroles le frappa.

« Quoi ? Pas déjà, on s'amusait bien tous les deux, non ? »

Il s'était arrêté forçant Hitoshi à en faire de même s'il ne voulait pas le laisser seul (quoi qu'en d'autre circonstance, ça ne l'aurai certainement pas dérangé de l'abandonné au détour d'un couloir). La lumière du téléphone lui permit de voir les sourcils du bénévole se froncer une fois de plus.

« Faut que t'arrête de froncer autant les sourcils, tu vas avoir de ces rides. » Commenta Denki, mimant les rides en appuyant sur son propre front de ses doigts.

« Pourquoi tu ne veux pas rentrer chez toi ? »

Les mains du blonds migrèrent de son front à son menton pour adopter la position du penseur, il fit mine de réfléchir longuement avant de déclarer :

« Hm, peut être parce qu'il pleut, qu'il fait un froid à pas mettre un chaton dehors et qu'en plus la ville entière est plongée dans le noir ? Ou peut être que j'ai juste envie de passer un peu plus de temps avec toi ? »

Il ponctua sa phrase d'un clin d'oeil, mais sa tentative d'humour fut, encore une fois, complètement ignorée par le bénévole. Si le silence avait été à peine un peu plus dense, il aurait presque pu entendre ses yeux rouler dans leur orbite.

« Sérieusement. Je n'ai pas de temps à perdre avec ce genre de connerie. » Soupira Hitoshi, il se remit à marcher, pointant la lampe torche de son téléphone droit devant lui. « Vous feriez mieux de rentrer fêter Noël avec les gens que vous aimez, au lieu de rester avec un total inconnu antipathique comme moi. »

Il s'éloigna dans le couloir, mais plus aucun pas ne faisaient échos aux siens; Denki ne l'avait pas suivi. Se retournant, il braqua la lampe du téléphone sur le visage du blond qui le dévisageait d'un air ébahi, ses paupières cillant à peine devant la lumière drue.

« Quoi encore ? »

« C'est Noël aujourd'hui ? » S'étonna le blond. Il fouilla ses poches à la recherche de son portable pour confirmer (ou infirmer) la date, mais ne le trouva pas, sans doute l'avait-il laissé avec son sac dans le hall d'entré.

« Bien sûr que c'est c'est Noël. » S'exaspèra Hitoshi. « Le seul jour de l'année où les personnes qui vous adressent jamais la parole vous envoi un message plein d'hypocrisie pour souhaiter de joyeuses fêtes et vous...»

Il s'interrompit et dévisagea le blond. Denki releva la tête qu'il n'avait pas eu conscience d'avoir baissée et lui adressa un sourire maladroit.

« Oh, bien sûr, c'est Noël. Je le savais ahah. »

Aucun d'entre eux ne releva l'évident mensonge, et le silence se fit lourd dans le couloir obscur. Denki déglutit, mal à l'aise, il se gratta le crâne, hésitant. A vrai dire il avait complètement oublié qu'aujourd'hui était un jour de fête, même l'absence de bus et les décorations en ville ne lui avait pas rappelé. Sans doute parce qu'il n'avait personne avec qui partager ce jour spécial. Mais ce ne devait pas être le cas du bénévole et il comprit subitement pourquoi Hitoshi tenait tant à se débarrasser de lui.

« Peut être que… Je devrais y aller finalement, tu as sans doute envie de rentrer chez toi et… »

« Hm. En fait, je fête pas Noël. Les animaux, ils ne prennent pas de jour de vacance, alors, il faut quelqu'un pour s'en occuper…»

« Ah, euh… Évidemment. C'est généreux de ta part.»

Denki sourit, un peu maladroitement mais le bénévole haussa les épaules. Puis, comme il ne semblait pas vouloir reprendre la parole et que Denki ne voulait pas laisser un silence désagréable s'installer de nouveau dans le couloir, il demanda :

« Je peux t'aider avec les animaux, si tu veux ? Tu avais l'air de t'inquiéter pour les chiens à cause de la coupure de courant. »

Hitoshi le regarda longuement et Denki cru presque qu'il allait l'ignorer, mais finalement il accepta sa proposition d'un bref hochement de tête. Se retournant, il repartit d'un pas rapide, entraînant Denki dans une partie du bâtiment qu'ils n'avaient pas arpenté jusqu'ici.

Le futur vétérinaire ouvrit la porte donnant sur un cagibi aux étagères remplis de pièce de tissus du sol au plafond. Hitoshi entreprit de le vider méthodiquement, empilant plaids et couvertures dans les bras de son larbin blond.

« On va les distribuer aux animaux pour qu'ils n'aient pas froid cette nuit. » Expliqua le bénévole avant que l'autre ne lui pose la question.

Denki esquissa un sourire dissimulé derrière la pile de couvertures, l'autre garçon semblait avoir enfin accepté sa présence.

Hitoshi l'entraîna ensuite vers les boxs des chiens, pour y accéder, ils étaient obligés de passer par l'extérieur avant de pouvoir atteindre la bâtisse qui abritaient les canidés pour la nuit. Ils traversèrent la cours en courant, pliés en deux pour échapper un maximum à la pluie battante.

Quand la porte du bâtiment des chiens claqua derrière eux, Denki poussa un soupir de soulagement en passant une main dans ses cheveux de nouveau trempés. Dire qu'ils venaient tout juste de sécher.

« J'ai l'impression que ça se transforme en tempête. Je suis pas sûr qu'il parvienne à remettre le courant avant que ça se calme. »

« Hm. » Argua Hitoshi, il posa son tas de couverture, n'en gardant qu'une seule et s'avança vers le premier box.

Denki l'imita et ne pu retenir un petit cri attendri en découvrant la boule de poils blanche qui vient les accueillir.

« Oh ! Il est trop mignon ! »

« Elle. » Rectifia machinalement Hitoshi.

Mais déjà Denki s'était penché en avant et la chienne vient lui lécher les doigts sous le regard impénétrable du bénévole. Celui-ci déposa le plaid dans un coin du box, l'arrangeant pour que ce soit confortable pour l'animal et, après une caresse pour Boule de poils et son colocataire, un vieux berger Allemand qui n'avaient pas bougé de son panier, il sortit pour récupérer une nouvelle couverture et passer au box voisin. Denki fit un dernier câlin à la petite chienne blanche puis vient l'aider dans sa tâche.

Ils firent ainsi une trentaine de box, avec plus du double de chiens (et autant de commentaires niaiseux de Denki). Après avoir terminé leur tournée, il ne leur restait qu'une ou deux couvertures sous lesquelles ils s'abritèrent pour revenir au bâtiment d'accueil.

Hitoshi l'emmena ensuite dans la pièce des chats pour s'assurer qu'aucun animal ne manquait de rien. Denki n'osait plus trop parler, bien sûr il s'extasiait devant chaque félin, mais il se retenait d'adresser la parole à l'étudiant vétérinaire, de peur qu'il ne change d'avis et décide de le mettre à la porte.

L'autre ne semblait de toute façon pas vouloir faire la conversation et se contentait de lui donner les instructions pour s'occuper des animaux. Denki s'appliquait à ne pas faire (trop) de bétise, il laissa s'échapper qu'un seul chat que Hitoshi rattrapa tout aussi vite en lui lançant un regard noir. Eh, c'était pas si facile de surveiller des matous hyperactifs dans le noir presque total ! En plus il était pratiquement sûr que l'autre faisait exprès de ne jamais éclairer de son côté.

S'occuper des chats prit beaucoup moins de temps que pour les chiens et bientôt, ils furent de retour dans le couloir. Denki jeta un coup d'oeil au bénévole, retenant son souffle en attendant le moment où l'autre lui dirait qu'il n'avait plus besoin de lui et qu'il pouvait rentrer chez lui.

Mais le possesseur de la lampe torche téléphonique ne lui dit absolument rien et se contenta de s'éloigner dans le couloir. Denki fut bien obligé de le suivre (il n'avait vraiment aucune envie de se retrouver seul dans le noir dans un bâtiment inconnu alors qu'une tempête faisait rage).

« Euh, alors, et maintenant ? » Laissa-t-il échapper dans un souffle. La pression du silence se faisait trop forte et il ne pouvait pas retenir sa respiration plus longtemps.

« Maintenant il faut que j'aille fermer la porte. »

« Oh je l'ai déjà fait. »

Hitoshi se retourna vers lui surpris et Denki sortit les clés de sa poche pour lui montrer. Il lui lança dans la foulé, mais comme Hitoshi tenait son portable d'une main et que l'autre était dans la poche de son pull, il les manqua complètement et le trousseau tomba par terre dans un désagréable bruit de mental.

« Oups désolé ! »

« Qu'est-ce que tu faisais avec ça ? » Interrogea Hitoshi avec méfiance, en se penchant pour les ramasser.

« Tu l'avais laissé sur la porte après la coupure de courant. Je me suis dis que c'était mieux de fermer, au cas où il y ai un coup de vent où je sais pas quoi. » Expliqua Denki, haussant simplement les épaules

« Oh, hm. Merci. »

Hitoshi fit demi-tour et repartit dans le couloir, mais Denki s'était figé sous le choc.

« Je rêve ou tu viens de me remercier ? »

« Tu rêve. Tu as du prendre froid et la fièvre te fait délirer. » Annonça Hitoshi, retrouvant son ton monocorde habituel.

« Alors tu es vraiment capable d'humour sous cette tonne de blasitude. » Renifla Denki, amusé. « Mais ça m'étonnerais pas que je choppe un truc avec toute la flotte que je me suis prise sur la tête. »

« Hm. » Répondit le bénévole, toujours aussi loquace.

Après quelques minutes à déambuler dans les couloirs (Denki commençait à se demander s'ils ne tournaient pas en rond), Hitoshi s'arrêta devant une porte et l'ouvrit, invitant Denki à entrer d'un mouvement de tête.

« Je reviens. » Marmonna-t-il avant de repartir dans le couloir.

« Euh, mais on voit rien la dedans. » Protesta le blond, mais déjà Hitoshi et la précieuse lumière avait disparue et il se retrouva dans le noir.

Comme il n'allait pas rester sur le pas de la porte, il consentit à entrer dans la pièce sombre, avançant à tâtons, les mains tendues devant lui. Mais aussi loin pouvait aller ses mains, elles ne purent pas le prévenir de la table basse qui traînait traîtreusement sur son chemin et il se cogna douloureusement le genoux.

Il laissa échapper un couinement suraiguë (qu'il nierait plus tard avoir poussé) et sautilla en tenant sa jambe douloureuse contre lui. Ce qui était très stupide puisqu'il était toujours dans le noir et qu'il heurta un autre meuble qui acheva le travail commencé par la table basse et le fit tomber en arrière.

Heureusement pour le crâne du blond, le meilleur ami des tables basses était le canapé et Denki s'écroula au milieu des coussins.

Râlant (pour la forme) contre l'assise inconfortable qui n'avait pas totalement amortie sa chute, et lui avait fait mal au dos, il jugea qu'il était plus prudent de ne plus bouger jusqu'au retour du bénévole.

Et c'est donc affalé à moitié sur un canapé, les jambes pendant dans le vide que Hitoshi le retrouva lorsqu'il revient quelques minutes plus tard. Le retour brutale de la lumière força le blond à plisser les yeux et il maugréa pendant qu'il prenait une position assise, beaucoup plus confortable.

« Tu sais que j'ai faillis mourir ? Ça va pas de laisser les gens dans le noir comme ça ! »

Il vit Hitoshi secouer la tête comme s'il était dépité, puis le bénévole traversa la pièce pour venir déposer ce qu'il avait dans les bras sur la table basse (cette meurtrière !) et Denki se rendit compte qu'il avait ramené son sac et une caisse de transport.

« Oh merci ! »

Il attrapa ses affaires et en sortit son pull blanc roulé en boule, toujours humide, et son téléphone. Il étendit le premier sur un des accoudoires et déverrouilla le deuxième qui lui indiqua qu'il était 21h56 (ils avaient passé autant de temps à errer dans les couloirs ?) et qu'il n'avait reçu aucun message. Avec un soupir, il activa le mode lampe de poche et le posa sur la table devant lui pour éclairer davantage la pièce.

« Ahah, tu n'es plus le seul à posséder la lumière divine ! »

Hitoshi qui s'était assis sur un canapé de l'autre côté de la table basse, haussa un sourcil circonspect quant à son affirmation et Denki lui renvoya un large sourire. Puis il aperçut la petite boule de poils au milieu d'un plaid qui reposait sur le genoux du bénévole.

« Oh, tu es allé chercher Éclair au chocolat ! »

« La lampe chauffante ne marche plus à cause de la coupure, je ne voulais pas qu'il ai froid. » Se justifia Hitoshi, mais déjà le blond s'était levé pour se laisser tomber à côté de lui.

S'il sentit le bénévole se raidir à son contact, Denki ne dit rien et se contenta de se pencher en avant pour caresser le chaton entre les oreilles. Le félin semblait beaucoup plus en forme qu'un peu plus tôt, les yeux grands ouvert, les pupilles dilatées au maximum à cause de l'obscurité, il regardait autour de lui avec curiosité.

« Il est trop mignon. » S'attendrit Denki lorsqu'il se mit à ronronner.

« Tiens. » Fit brusquement Hitoshi en lui tendant chaton et couverture avant de se lever du canapé.

Denki réceptionna le colis avec maladresse, il l'installa comme il put sur ses genoux puis releva les yeux vers le bénévole partit de l'autre côté de la pièce. C'est seulement à se moment là qu'il se rendit compte qu'ils se trouvaient dans la salle de repos qu'il avait rapidement visité un peu plus tôt (ça lui semblait remonter à une éternité).

Hitoshi s'était avancé vers la cafetière dont il tripota les boutons avant de réaliser qu'elle ne pouvait pas marcher sans électricité.

« Arg, pas de café. » Marmonna-t-il à voix basse.

Et Denki rit devant sa déconvenue, ignorant le regard noir que lui renvoya l'autre.

« On dirait qu'on va devoir se passer de boissons chaudes ! » S'amusa-t-il.

« C'est pas drôle. Je vais jamais survivre sans café. » Marmonna le bénévole, ce qui ne fit que renforcer le rire du blond.

Décidant de l'ignorer, il ouvrit le petit réfrigérateur et en sortit tout ce qu'il trouva, c'est à dire pas grand chose : une bouteille de jus de fruit entamée, trois pots de yaourts dont la date de péremptions lui fit lever un sourcils et un fromage qu'il s'empressa de remettre dedans lorsque l'odeur atteint ses narines. Il referma brusquement le frigo et décida que pour leur survie, il ne devait plus l'ouvrir avant un bon moment. Il s'attaqua ensuite à fouiller les placards, mais ne put en tirer qu'un uniques paquet de cookies et des sachets de thés inutiles sans eaux chaudes. Et assez de sucre pour tenir au moins cinq mois.

Il attrapa deux tasses et ramena tous sur la table basse. Reprenant place sur le canapé, à une distance raisonnable du blond, il indiqua son maigre butin d'un geste de la main.

« Bon… Il y a que ça de mangeable. »

Denki lui fit un grand sourire.

« Je crois que c'est le meilleur réveillon de ma vie. »

Son rire fut contagieux et les lèvres de Hitoshi s'étirèrent dans un sourire.

« Oh mais tu es capable de sourire ! »

Puis retombèrent aussitôt pour retrouver l'air blasé du bénévole.

« Est-ce que tu es toujours aussi agaçant ? »

« Toujours ! » Répondit-il avec un clin d'oeil. « C'est pour ça qu'on m'adore. »

« C'est pour ça que tu es tout seul pour Noël ? » Ne put s'empêcher de répliquer le bénévole. Puis se rendant compte de ce qu'il avait dit, il écarquilla les yeux et tenta de se reprendre : « Euh, non, je voulais pas dire ça, je... »

« Peut être que tu as raison après tout. » Souffla le blond, perdant sa bonne humeur.

« Non je suis sûr que.. que non. » S'embrouilla Hitoshi. « Quelqu'un comme toi doit avoir pleins d'amis. »

« Des amis qui oublie de l'inviter pour Noël ? »

« … »

Loin de se soucier du malaise entre les deux humains, Éclair au chocolat décida que c'était le bon moment pour quitter les genoux confortable du blond et de partir en exploration sur le canapé. Ils le suivirent des yeux, puis Denki soupira bruyamment.

« Je suis le bon copain un peu marrant qu'on prends jamais au sérieux. Le gars sympas pour délirer cinq minutes ou qu'on appelle quand personne d'autre peut venir. Avec qui c'est facile de rigoler, de passer du bon temps, mais...Qu'on laisse vite de côté quand on en trouve un de plus intéressant. »

Hitoshi garda le silence un moment, il ne savait sans doute pas trop quoi dire.

« Enfin, désolé, tu es pas là pour t'entendre te plaindre de ma vie. » Fit finalement Denki en passant une main gêné dans ses cheveux encore humides.

« Hm, je crois… » Commença Hitoshi, avant de s'interrompre pour chercher ses mots. « Que si tu es le mec sympa, moi je suis le gars froid et insensible que personne n'apprécie. »

Il tourna la tête vers le blond et leur regard se croisèrent.

« Je suis sûr que non… » Le contredit Denki mais Hitoshi secoua la tête.

« Peut être que les autres me voient comme ça, oui. Mais peu importe. Tant que je sais qui je suis. Je vais pas mentir, me mentir à moi même pour leur faire plaisir, dans l'espoir idiot qu'il m'accepte pour quelqu'un que je ne suis pas. »

Il laissa glisser ses doigts dans la fourrure brune du chaton qui venait de se rouler en boule contre la jambe de Denki.

« Je pense, que je comprends ton point de vue. Mais… Je pourrai jamais faire comme toi. »

« Pourquoi ? Qu'est-ce qui t'en empêche ?»

« Je … » Les mots restèrent bloqués dans sa gorge et il se rendit compte à quel point il avait l'estomac noué. « Je sais pas… J'aime, j'aime bien être vu comme ça, je pense ? Comme un gars drôle qui sourit tout le temps. »

« Mais tu n'es pas heureux comme ça. »

Denki déglutit mais ne pu pas le contredire, parce qu'il avait certainement raison. Mais il n'avait pas non plus tellement envie de s'étendre davantage sur son mal être enfoui profondément que la discussion faisait ressortir à la surface. Alors il fit ce qu'il savait faire le mieux pour se cacher : de l'humour.

« En tout cas si j'attrape la crève, je pourrai dire que j'ai un chat dans la gorge ! »

Il passa ses doigts dans ses cheveux humides pour approuver ses propos, plaquant les mèches un peu longues vers l'arrière. Sans grande surprise, cela ne fit pas rire le bénévole qui se contenta de l'observer assez longtemps pour qu'il se sente gêné.

« Booon. » Fit-il alors que le silence s'éternisait un peu trop, vaguement interrompu par de léger ronronnement. « On les goûtes ces cookies ? »

Avec un hochement de tête, Hitoshi attrapa la boite et distribua les fameux biscuits pendant que Denki se chargeait de répartir le plus équitablement possible le jus de fruit entre leur deux tasses.

« Joyeux noël, je suppose. » Lança Denki lorsqu'il trinquèrent.

« Joyeux noël. » Répondit posément le bénévole.

Ils burent quelques gorgés dans le calme, puis, puisqu'il était génétiquement impossible pour Denki de rester muet plus de trois minutes, il reprit :

« C'est vraiment le réveillon le plus bizarre que j'ai jamais fais. » Commença-t-il, puis croisant le regard du bénévole il sourit et continua : « Mais certainement un des plus intéressant. »

Hitoshi se contenta d'un léger sourire, minuscule mais présent. Puis, il détourna le regard et ses yeux se posèrent sur le chaton endormi contre la cuisse du blond.

« On dirais qu'il t'a adopté. » Fit-il un ton plus bas, comme s'il avait peur de réveiller le félin.

Denki sourit, attendrit et passa doucement ses doigts dans la fourrure brune.

« Il est vraiment mignon. »

« Dommage que tu ne veuille pas de lui. »

La main qui caressait lentement l'animal s'interrompit et Denki releva les yeux pour croiser le regard franc du bénévole. Il soupira.

« C'est pas… que je ne veux pas de lui. J'aimerai beaucoup mais… Je ne sais même pas m'occuper de moi alors un animal… Et puis je vie dans un appartement, il n'aura pas une belle vie avec moi. »

Le jeune étudiant resta un instant silencieux. Sur la table, une des lumières diffusés par les deux téléphones portables abandonnés là un peu plus tôt s'éteignit et ils se retrouvèrent davantage dans l'obscurité. Hitoshi remonta ses jambes sur le canapé, il changea de position se rapprochant légèrement pour pouvoir caresser à son tour le chaton.

« Tu sais. » Continua-t-il lentement, détachant presque chaque mots. « S'il est bien sourd, un appartement ça serait le mieux pour lui. »

Il releva les yeux vers le blond et croisa son regard une fraction de seconde avant de se concentrer de nouveau sur le chat.

« Et, je pourrai, peut être, te donner des conseils pour t'en occuper. »

Denki resta si longtemps silencieux que Hitoshi dû relever la tête pour s'assurer qu'il l'écoutait toujours.

« Enfin…» Reprit Hitoshi avec moins d'assurance. « Si tu as envie, tu n'es pas obligé de - »

« Il faudrait m'en donner des centaines, pour que je sois à la hauteur. » Le coupa soudain Denki, plongeant son regard doré dans les iris violines du bénévole.

« J'en ai plus du double en réserve. » Assura Hitoshi soutenant son regard.

Et Denki sourit.

« Tu serais obligé de me revoir. »

« Je prends le risque, si c'est pour le bien-être du chaton. »

« Oui. Pour Éclair au chocolat. »

« C'est ça. Alors ? »

« D'accord. »